Comté et Château de Mordansac

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Yuimen
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Comté et Château de Mordansac

Message par Yuimen » ven. 29 déc. 2017 12:54

Comté et château de Mordansac

Il s'agit de l'un des comtés les plus au sud de Valorian. Si autrefois le domaine a été très influent et riche, l'avènement de Tristan a mis un frein titanesque à l'économie du comté. En effet, le comte de Mordansac, Alankert, était l’adversaire le plus virulent de Tristan et a jusqu'à la fin été vu comme l'un des successeurs les plus logiques.

La disparition de ses enfants l'a cependant fait réfléchir et il a retiré sa candidature à la succession. Quelques ragots prétendent que le jour de l'intronisation de Tristan, un messager lui a rapporté la tête de sa fille et de son fils. Depuis, il vit reclus dans sa demeure, retiré de la vie politique.

Ses terres en ont pâti, la plupart de des troupes ayant été réquisitionnés par le duc tandis que les impôts accablent le comté comme nul autre. Beaucoup ont considéré Mordansac comme l'exemple de ce qui pouvait arriver aux ennemis du duc mais, maintenant que celui-ci n'est plus, la suspicion est grande quant à l'implication du comte dans la mort de son ennemi. Aujourd'hui, il reste à voir si oui ou non le comte reprendra la voie de la politique et tentera de saisir les rênes du duché.

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Corvus Salverac
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Corvus Salverac » mar. 9 déc. 2025 20:40

Chapitre I : Le Poids d’un Faux Sceau
Partie I

De nos jours

Cela faisait maintenant quelques mois que Corvus cavalait avec ces maraudeurs qui l’avaient, sans le vouloir, arraché à sa destinée de taulard. En ayant aperçu sa marque au fer rouge à son épaule, signe distinctif des traîtres à la Couronne, le chef de la bande avait décidé de le garder captif. Toutefois, il n’était nullement dans ses intentions d’en faire un esclave ou un laquais. Un criminel de cet acabit pouvait être un atout ! Le prisonnier se vit offrir une seconde chance : celle d’être un homme libre, mais au service d’Igor Skarnulf, l’homme dirigeant la modeste troupe de maraudeurs. Ces brigands avaient pris pour habitude de ne jamais rester au même endroit très longtemps et, de ce fait, voyageaient beaucoup.

Si Corvus avait été repêché en Ynorie, leur route avait finalement dévié vers l’est, en direction d’un de leurs fiefs – si l’on pouvait l’appeler ainsi – situé au comté de Mordensac. Durant leur périple, le nouveau maraudeur avait pu lentement récupérer des forces, bien qu’il fût loin de sa forme d’antan. Si ce n’avait été qu’une question de force physique, il n’en aurait pas été aussi meurtri. Hélas, ce qu’il avait senti au fil de son incarcération s’était avéré… Il ne maniait plus aussi bien la lame, le combat à mains nues ni toute forme de pugilat. Son corps l’avait trahi, et il avait compris que sa rééducation prendrait plus de temps que prévu. Pour autant, il se révéla rusé et sut se rendre utile aux brigands libérateurs autrement qu’en tant que simple bagarreur. Ses connaissances de la milice, de ses usages, de ses méthodes permirent à la petite bande de toujours réussir à se faufiler à travers les points de passage et les villes.

Les mois passèrent, et Corvus avait retrouvé suffisamment de force et d’habileté pour être capable de tenir correctement une épée en main. Il avait su retrouver quelques couleurs au visage et, bien qu’il retrouvât également quelques couches de chair par-dessus ses os, la route était encore longue avant de redevenir le soldat qu’il fut autrefois. Le voyage prit fin alors que la troupe de malandrins établissait un camp de fortune dans une ruine à l’abandon, à environ trois lieues de la commune de Mordensac.
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La petite fumée du feu de camp improvisé s’élevait lentement dans le ciel sombre et bleuté de la nuit. Un plafond scintillant de mille feux, dont celui de l’astre lunaire formant un mince croissant. Igor Skarnulf, dit le Brise-Os, avait mené une partie de sa troupe jusqu’à Mordensac afin d’y intercepter un convoi de vivres et d’équipements. La logique du Brise-Os était implacable : le comté était en train de s’effondrer sur lui-même, en raison de l’absence de force politique. Le comte de Mordensac demeurait reclus entre ses murs, et nul ne parvenait à l’en faire sortir. Ainsi, même si la machine continuait de tourner, elle le faisait au ralenti et non sans peine.

Des malandrins comme Igor – et Corvus – s’en réjouissaient. L’ancien garde royal estimait que son chef avait raison : piller les convois censés collecter le labeur des paysans locaux serait une aubaine, car la sécurité était moindre. En vérité, Igor n’en était pas à son coup d’essai : deux à trois fois dans l’année, il revenait à Mordensac pour y mener la même opération. À force, lui et certains de ses hommes avaient fini par acquérir une certaine expérience. L’ancien garde parlait peu ce soir-là, préférant observer les étoiles tout en tentant de trouver le sommeil, plutôt que de bavarder. Ce plafond étincelant, dont il ne pouvait admirer qu’une infime partie il n’y avait même pas un an, était un spectacle qui lui apaisait autant l’âme que l’esprit.

Toutefois, il fut tiré de ses rêveries par Igor. Celui-ci le secoua légèrement, juste de quoi le réveiller, du bout de sa botte.
— Salverac, j’ai à te parler. Suis-moi. lança Igor, profitant que les quatre autres hommes dormaient à poings fermés pour s’isoler avec Corvus. L’homme se redressa, grinçant des dents : son dos le faisait souffrir depuis qu’il avait attrapé des rhumatismes dans sa cellule miteuse. La douleur s’était calmée depuis sa sortie, mais elle demeurait en arrière-fond. Il enfila l’épais manteau sur ses épaules robustes et suivit Igor, qui l’emmena un peu plus loin, en contrebas des ruines, afin de ne point se faire entendre.
— Igor ? On a un problème ? demanda Corvus, perplexe devant cette entrevue à huis clos.
— Pas un problème, mais une affaire en cours. rétorqua Igor, qui peinait à masquer une pointe de tension dans son attitude. Tu ne nous accompagneras pas demain pour le raid, j’ai besoin de toi ailleurs. Trousser des manants, ça on sait faire. Igor marqua une pause, avant de poser fermement une main sur l’épaule de sa nouvelle recrue, la tapotant d’une poigne solide. Faire les poches à Alankert de Mordensac, dans sa demeure, avec les quelques miliciens qui rôdent… Seul un gars qui leur ressemblait autrefois peut le faire, tu me suis ?

Un larcin, donc. Corvus acquiesça. Il se serait menti à lui-même s’il n’avait pas trouvé l’idée exaltante : partir en mission secrète, s’infiltrer dans la demeure d’un noble, braver le danger et, peut-être, garnir quelque peu ses propres poches. C’était assurément plus divertissant que de tomber sur une caravane pour la piller. Tout un flot de questions naquit dans son esprit : quels étaient les dangers ? Quels étaient les mouvements des gardes ? À quelle heure agir, et comment ? Mais il se doutait bien qu’Igor n’était pas stratège, ni du genre à préparer ses coups avec minutie. Il se contentait de donner un ordre, et les autres devaient se débrouiller. Corvus, en fin de compte, n’avait qu’une seule chose à lui demander.

— Et que dois-je lui prendre à ce cher Alankert ? Un tableau ? lança Corvus, avec une pointe de sarcasme dans la voix. Dans son esprit, il ne voyait pas ce qu’un vieux noble dont le domaine déclinait pouvait bien garder qui valût tant aux yeux d’Igor. Ce dernier rétorqua brièvement qu’on lui avait appris que le comte gardait dans sa demeure une cassette scellée, renfermant des objets de grande valeur, dont certains avaient appartenu à sa défunte épouse. La sécurité serait moindre, car une partie des gardes serait réaffectée à d’autres convois destinés à la collecte des vivres auprès des sujets. C’était donc un moment idéal pour passer à l’acte.
— Demain, nous franchirons les derniers lieux nous séparant des ateliers et des cultures au nord du château. Au crépuscule, pendant que nous attaquerons le convoi, toi, tu prendras la route du château. La nuit couvrira ton passage dans la demeure de Mordensac. Tu nous rejoindras ici, dans ces ruines : ce sera notre point de chute avant que nous ne mettions les voiles vers Haenian pour y écouler notre butin. Le plan était bien ficelé ; il ne restait plus qu’à l’exécuter. Corvus hocha la tête, acquiesçant, sentant que la journée du lendemain serait périlleuse, mais avec son lot de divertissements.


Image
Igor Skarnulf (à droite) confiant la mission d’aller voler le comte de Mordansac à Corvus (à gauche)
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Corvus Salverac
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Corvus Salverac » mer. 10 déc. 2025 21:11

Chapitre I : Le Poids d’un Faux Sceau
Partie II

Le lendemain

La troupe de bandits avait passé la journée à faire du repérage. Il leur fallait d’une part localiser l’endroit où ils pouvaient intercepter la charrette d’équipements, et d’autre part recueillir des informations sur les accès menant à la demeure du comte. Chacune de ces deux missions avait ses particularités, ses forces et ses faiblesses. Corvus savait bien que s’introduire dans le foyer d’un seigneur n’aurait rien d’une sinécure ; il redoubla donc d’efforts pour examiner les environs. L’ancien milicien usait de ses vieilles compétences pour déterminer l’itinéraire des patrouilles, les voies d’entrée et de sortie, ainsi que les possibles goulets d’étranglement.
Il nota alors un premier problème, et non des moindres. Les murs étaient hauts, et les gardes - bien que peu nombreux par manque de moyens - lui interdisaient tout passage par l’accès principal. Il devrait donc emprunter une voie détournée pour pénétrer dans l’enceinte. Plusieurs options s’offraient à lui, mais aucune n’était parfaite. La plus viable consistait à escalader le mur à l’endroit où il était légèrement moins élevé. Heureusement, la paroi était constituée de lourdes briques dont les aspérités proéminentes facilitaient l’ascension. En d’autres termes, il pourrait grimper sans équipement. Il se refusait à employer une corde, de peur de laisser une trace compromettante, et craignait qu’elle ne le ralentisse dans sa retraite.

— J’escaladerai le mur sur la façade sud, en prenant appui sur les pierres. Le soleil en journée aura - je l’espère - asséché leur surface, ce qui les rendra moins glissantes, confia-t-il à Igor en lui exposant le fruit de son repérage et le plan envisagé pour dérober la cassette du comte de Mordansac. Une fois le mur franchi, il gagnerait l’écurie, puis la résidence où devait se trouver le butin. Par manque de temps et de renseignements, Corvus ne put déterminer à l’avance dans quelle pièce l’objet serait conservé. Toutefois, il devinait qu’un tel bibelot devait reposer dans un lieu où l’on gardait les effets personnels : les appartements privés du comte, ou son cabinet.
Le soir venu, Corvus mit son plan à exécution. Comme annoncé au Brise-Os, il s’enveloppa de la pénombre nocturne pour échapper aux maigres patrouilles autour de la demeure. Il longeait les murs, avançant à pas feutrés pour ne produire aucun bruit. Pourtant, à plusieurs reprises, il faillit être trahi : son corps, encore meurtri par les années de geôle, manquait de souplesse. Une branche sèche qui craquait, un genou qui flanchait… mais il parvint malgré tout à demeurer assez discret pour ne pas éveiller l'attention les gardes.
L’ascension du mur ne fut guère plus clémente. Si Corvus conservait l’habileté d’évaluer une surface, d’en sentir les reliefs et les rugosités, son corps n’obéissait plus aussi promptement qu’autrefois. Il inspira profondément, jaugea la hauteur, puis s’élança. Sa botte trouva appui sur une brique érodée, tandis que ses doigts, serrés au maximum, cherchaient leur prise. Il accrocha la pierre du bout des phalanges, créa la tension nécessaire dans ses bras, puis se hissa. Sa mémoire musculaire - affaiblie mais tenace - refit surface. Les exercices de caserne revenaient à son esprit : grimper, franchir, surmonter. Des gestes autrefois répétés sans y penser.

Il grinçait des dents, sentant ses muscles se tendre, son dos protester. L’effort ne pesait pas tant sur ses mains ou ses pieds, mais sur l’ensemble de son corps, encore fragile. Tel un animal tout juste tiré d’hibernation, il soufflait, râlait, luttant contre la pesanteur et la douleur.
Un instant faillit le perdre : la pierre se déroba sous sa main tremblante, la sueur faisant glisser sa peau contre la doublure de ses gants. Son souffle se coupa net ; le vide sembla l’aspirer. Par réflexe, il s’agrippa de toutes ses forces de l’autre main, ses doigts crispés jusqu’à la brûlure. Il resta immobile quelques secondes, haletant, avant de reprendre son ascension. Par chance, il n’était plus qu’à un demi-mètre du sommet. Il persévéra, le front trempé, la respiration brisée par l’effort. Enfin, il passa un bras par-dessus le rebord, se hissa, puis se laissa tomber de l’autre côté dans un tas de paille. Il n’avait pas choisi la façade sud au hasard : les écuries se trouvaient là, et il avait parié - avec justesse - sur la présence d’une litière pour amortir sa chute et lui offrir une voie de repli.
— Une bonne chose de faite… pensa-t-il.
Il était désormais intrus en territoire ennemi. Ses pas prudents - encore tremblants - le menèrent vers la demeure. Il profita d’un court instant où le garde de l’entrée s’éloignait pour satisfaire un besoin naturel, puis se glissa dans la bâtisse. Courbé, ses yeux allant de droite à gauche comme un pendule, il avançait sans bruit. Il savait que sa mission ne tenait qu’à un fil : s’il était repéré, il retournerait en geôle… ce qu’il refusait avec une rage froide. Autrefois, un tel exploit eût été simple. Aujourd’hui, chaque geste lui rappelait la ruine de son propre corps. Il fallait se reconstruire, ou périr.
Il ne sut combien de temps il lui fallut, mais il atteignit finalement le cabinet du comte. Une pièce austère, où des étagères chargées de livres et de parchemins encombraient les murs. Une unique chandelle éclairait faiblement la table ronde au centre. L’air sentait le renfermé, chargé d’effluves rances. Des registres étaient abandonnés en piles irrégulières, certains ouverts comme si le comte les avait consultés avant de renoncer. Une tasse métallique portait les traces séchées d’une décoction oubliée. Ici, aucune fenêtre ni lucarne : la pièce semblait coupée du monde. Corvus plissa les yeux. La pénombre drapait chaque recoin, avalant les détails. Par précaution, il referma l’épaisse porte derrière lui pour étouffer tout bruit. Ses yeux balayèrent la pièce, où ne régnaient que bois, papier et bibelots poussiéreux.

La recherche s’annonçait longue…
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Corvus Salverac
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Corvus Salverac » dim. 14 déc. 2025 01:40

Chapitre I : Le Poids d’un Faux Sceau
Partie III

La fouille se devait d’être rapide et discrète. L’ancien soldat ne pouvait guère s’offrir le luxe du temps : il devait agir vite. Mais comment retrouver l’objet convoité au milieu d’un tel désordre ? On aurait dit que cette pièce avait été abandonnée par le maître des lieux. La poussière y était si dense qu’elle avait rongé certains ouvrages, les rendant presque illisibles. Corvus ne disposait que d’une description superficielle de l’objet recherché. Igor lui avait expliqué que le bibelot en question était une relique ayant appartenu à la défunte épouse du comte de Mordansac. Il avait rapidement deviné qu’il devait s’agir d’un bijou ou d’un autre objet de grande valeur. Celui-ci était, selon toute vraisemblance, enfermé dans une cassette.

C’était donc cela qu’il cherchait. Son instinct l’avait poussé à commencer par le cabinet du comte, là où le notable devait rédiger ses ordres et ses documents administratifs. Mais plus les minutes s’égrenaient, plus l’inquiétude grandissait. Si l’objet ne se trouvait pas ici, il y avait de fortes chances pour qu’il fût conservé dans les appartements privés du comte, ce qui rendrait la mission bien plus périlleuse. Corvus n’était guère désireux de se retrouver de nouveau aux mains de la milice. Il déglutit, fouillant la pièce du regard, cherchant le moindre indice susceptible de le guider. La faible lumière de la chandelle n’aidait que très partiellement, les ombres mouvantes compliquant davantage sa concentration.

Après un moment, l’intrus posa son regard sur le bureau, au fond de la pièce. Il n’y avait ni tiroirs ni cache dissimulée, seulement un amas de papiers et d’enveloppes, accompagné d’une plume et d’un encrier fermé. Corvus entreprit d’examiner les lettres, en déplaçant certaines afin de vérifier ce qui se trouvait dessous, au cas où la cassette s’y serait trouvée par quelque hasard providentiel. L’idée pouvait sembler vaine, mais il s’en serait voulu de négliger le moindre recoin avant de repartir bredouille.
C’est alors que son attention fut captée par un détail. Son expression se figea, ses yeux trahirent une brève stupéfaction avant que ses sourcils ne se froncent. Une lettre au cachet singulier reposait là, bien en vue. Un pictogramme issu d’un passé qu’il aurait préféré oublier. Le sceau royal était devant lui, imprimé dans la cire d’une enveloppe ouverte. Corvus en oublia un instant sa mission première et, presque machinalement, en parcourut le contenu. Il s’agissait d’un ordre de réquisition militaire émanant de Kendra Kâr, destiné à renforcer un campement situé à l’ouest du royaume, près de Breen. La perplexité s’empara aussitôt de l’ancien garde royal. Si le document pouvait paraître légitime aux yeux du profane, il éveillait bien des soupçons chez un homme rompu aux usages de l’administration royale. Certaines tournures de phrases lui semblaient peu conventionnelles — le ton était trop direct, presque déplacé pour une ordonnance militaire — et plusieurs demandes manquaient de cohérence.

Son premier réflexe fut de reposer la lettre et de reprendre ses recherches afin de remplir la mission confiée par Igor. Pourtant, il demeura immobile. La vue du sceau avait réveillé en lui des souvenirs enfouis, ceux d’une autre existence, d’un homme qu’il avait été autrefois. Il acheva la lecture de la missive, puis la retourna afin d’examiner de nouveau le cachet qui avait attiré son attention. Corvus se gratta le menton, pensif, puis s’approcha à pas feutrés de la chandelle pour mieux éclairer la cire. Il observa le sceau sous différents angles, effleurant sa surface du bout de l’index afin d’en sentir les reliefs. Il inclina légèrement l’enveloppe, cherchant à capter la lumière sous un autre jour. Quelque chose clochait. Il ne saurait dire quoi précisément, mais sa mémoire visuelle — et même gestuelle — lui hurlait qu’il ne s’agissait pas du véritable sceau qu’il avait côtoyé durant ses années de service. Un détail infime le troublait, renforçant peu à peu sa certitude. Ce cachet n’était pas authentique. Plus il l’examinait, plus le doute s’effaçait : il s’agissait d’une imitation, remarquable certes, mais d’une imitation malgré tout.
— Par les dieux… c’est un faux, pensa-t-il, désormais convaincu de la supercherie et, par extension, de la fausseté du document. Une ou plusieurs personnes se faisaient passer pour des représentants légitimes de la Couronne afin d’obtenir des ravitaillements — militaires, à en juger par le contenu de l’ordre. Breen semblait être un point de livraison pour les individus impliqués. L’idée de s’y rendre traversa l’esprit de Corvus. Il se ressaisit aussitôt. Pourquoi irait-il là-bas ? Pour enquêter, encore ? Cette manie de s’immiscer là où il ne le devait pas avait déjà précipité sa chute. Que gagnerait-il à agir ainsi ?
Soudain, un craquement sec résonna derrière l’épaisse porte de bois. Corvus tourna vivement la tête, sa main se posant instinctivement sur le pommeau de son épée. Son cœur se mit à battre furieusement, une chaleur sourde lui nouant les entrailles. Avait-il été repéré ? Une lueur filtrait sous le seuil de la porte, indiquant la présence d’une source lumineuse à l’extérieur — sans doute une torche portée par un garde.
— Je ne peux pas rester ici, songea-t-il, en alerte. Il n’eut toutefois guère le temps de se mouvoir davantage : la porte s’ouvrait déjà. Le garde entrait.
Corvus n’eut que quelques secondes pour réagir. Il se déporta d’un pas rapide sur le côté et se glissa avec agilité derrière une lourde armoire de bois, située à gauche du seuil. De cette position, il se retrouverait dans le dos du garde si celui-ci pénétrait entièrement dans la pièce. Le cœur battant à tout rompre, il retint son souffle, prêt à fondre sur l’homme au moindre faux pas.
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Corvus Salverac
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Corvus Salverac » dim. 14 déc. 2025 16:53

Chapitre I : Le Poids d’un Faux Sceau
Partie IV

La tension grandissait. L’épaisse porte en bois grinça à mesure que le garde, prudent, pénétrait dans la pièce. Il avait entendu du bruit venant d’ici et, tout naturellement, avait décidé de venir y jeter un œil. Sans doute pensait-il avoir ouï une souris, ou quelque autre rongeur ayant élu domicile dans la demeure à la faveur de sa dégradation et du manque d’entretien. Les nuisibles n’étaient pas rares dans ce genre d’endroit, à l’inverse du reste de la bâtisse, qui se voulait plus propre et mieux tenue. Ce cabinet, après tout, n’était utilisé qu’à de rares occasions.

Cela n’empêcha nullement le garde de s’avancer pleinement dans la pièce. Corvus serra la mâchoire, ne voyant désormais que deux options s’offrir à lui : tenter la fuite en passant derrière l’homme armé pour refermer la porte dans son dos, ou chercher à le neutraliser. Chacune présentait ses avantages et ses risques. La première comportait un danger évident : Corvus n’était plus aussi agile ni furtif qu’autrefois, et une erreur suffirait à le faire rattraper. Le garde donnerait alors l’alerte, compromettant toute la mission. Cette option fut rapidement écartée.

Dans son esprit, la solution s’imposa avec une clarté glaçante : il lui faudrait mettre cet homme hors d’état de nuire, et vite, avant qu’il ne puisse porter la corne à ses lèvres. Corvus savait précisément quoi frapper — et où. Il observa sa cible, de dos. Le garde scrutait les lieux de droite à gauche, à la recherche d’un rongeur ou de toute autre présence indésirable pouvant expliquer le bruit. Son équipement était sommaire : une épée de facture moyenne pendait à sa ceinture, accompagnée d’un pourpoint et de gants usés. À en juger par son accoutrement, le comte n’avait manifestement plus les moyens d’assurer une garde digne de ce nom. Jadis, Mordansac était connu pour sa rigueur et sa fierté ; le contraste était frappant. Corvus n’en éprouva aucune compassion. Cette misère jouait en sa faveur : le garde semblait pouvoir être neutralisé sans trop de peine. Du moins l’espérait-il. Il déglutit, puis s’approcha lentement, mesurant chacun de ses pas, posant le pied avec précaution pour ne produire aucun bruit. Mais la malchance s’en mêla. À l’instant même où il s’apprêtait à poser les mains sur sa cible pour l’étouffer, le garde se retourna afin de quitter la pièce… et se retrouva face à un intrus.
— Qu’est-ce que… ?! s’écria le veilleur, pris de court.
Corvus n’eut qu’une poignée de secondes pour réagir. L’essentiel était d’empêcher toute alerte. Un ancien réflexe, hérité de sa formation passée, prit le dessus. Sa paume droite jaillit et frappa violemment la glotte du garde. Le coup, bref mais précis, lui coupa net la respiration. L’homme toussa brutalement, laissant échapper la corne qu’il s’apprêtait à porter à sa bouche. Corvus réagit aussitôt, décochant un coup de pied sec qui envoya l’instrument rouler à l’autre bout de la pièce.
— C’est entre toi et moi, murmura-t-il d’une voix basse et dure.
Peut-être se montrait-il trop confiant face à un homme encore jeune et entraîné. Car au lieu de répondre par un coup de poing, le garde saisit un lourd ouvrage posé à portée de main et le projeta de toutes ses forces. Corvus eut à peine le temps de lever les bras pour protéger son visage. Le livre le frappa de plein fouet, soulevant un nuage de poussière qui l’aveugla.
— Scélérat ! cria le garde de Mordansac.
Profitant de la confusion, il se rua sur Corvus pour le faire basculer à la renverse. Il parvint à poser ses mains sur lui, mais ne réussit pas à le faire chuter. Les dents serrées, Corvus lutta contre la prise qui tentait de le verrouiller. Il se pencha brusquement et asséna un violent coup de tête, qui fit reculer son adversaire.

Saisissant l’ouverture, Corvus arma son bras et frappa de toutes ses forces, engageant le poids de son corps dans le mouvement. Son poing heurta la mâchoire du veilleur avec un bruit sourd. Une gerbe de sang jaillit, accompagnée d’un râle de douleur. Mais loin de l’abattre, ce coup ne fit qu’attiser la fureur du garde. Celui-ci se ressaisit aussitôt et riposta avec habileté, envoyant un poing fermé dans le ventre de Corvus. L’air lui quitta les poumons dans un râle guttural. Le pugilat s’installa, brutal et désordonné. La pièce, trop étroite et encombrée, rendait l’usage des épées impossible. Les deux hommes durent se contenter de leurs poings et de ce que le cabinet offrait à portée de main. Corvus songea un instant à saisir le chandelier pour frapper, mais renonça aussitôt : le risque d’incendie, au milieu de tant de livres et de parchemins, était trop grand. Mettre le feu à la demeure signerait sa perte. Les coups pleuvaient sans grâce ni calcul. Rien d’un duel maîtrisé : seulement deux corps s’affrontant avec une violence animale, cherchant à mettre l’autre à terre par tous les moyens. Autrefois, Corvus aurait maîtrisé cet homme en quelques secondes à peine. Les gardes royaux recevaient un enseignement poussé du combat à mains nues, destiné à neutraliser toute menace approchant la famille royale.

Mais près d’une décennie passée à croupir en cellule, sans entraînement ni discipline, avait émoussé ce savoir. Pour l’heure, Corvus devait se battre comme il le pouvait — avec rage, instinct et douleur.
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Gamemaster6 » dim. 14 déc. 2025 21:00

Intervention pour Corvus

Le combat fait rage dans le cabinet du comte. Si Corvus est en mauvaise posture, le garde, lui, ne compte clairement pas se ménager ou laisser la moindre chance à l'intrus de s'enfuir ou de voler quoi que ce soit. Le bruit du combat résonne dans el cabinet. tant et si bien que la porte de ce dernier finit par s'ouvrir soudainement, figeant les belligérants. Tenant une chandelle de la main droite, un homme de haute stature se tient alors dans l'embrasure. Son visage émacié et fatigué à peine éclairé par la lumière dansante de la petite flamme qu'il tient en main droite. Une épée rengainée pend à son flanc gauche, rangée dans un fourreau richement décoré. Ses yeux, vides de tout intérêt pour ce qui se passe face à lui, observe les deux hommes enchevêtrés comme s'il ne faisait pas vraiment attention à leur présence. Un profond soupir échappe ses lèvres alors qu'il se frotte le visage de sa main libre, ébouriffant sa barbe qui aurait dû être soigneusement peignée.

- Un assassin des Magides, je présume ? Venu finir votre travail ?

Sa voix n'est qu'un souffle sans vie. Il s'adresse au garde sur le même ton tout en dégainant d'une geste las, sans volonté réelle.

- Tenez-le, Maniel. Nous renverrons sa tête aux Magides. Un juste retour des choses.
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Quand on l'appelle, il apparaît !!
Et il reste, alors gare !

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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Corvus Salverac » lun. 15 déc. 2025 17:20

Chapitre I : Le Poids d’un Faux Sceau
Partie V

Plus tôt dans la journée.

Parmi les tâches qui incombaient à Corvus en vue de son braquage du soir même, il devait recueillir le maximum d’informations possible sur la demeure : les accès, les sorties, le passage des gardes, et ainsi de suite. Mais, en bon pisteur, il savait que tout ne se résumait pas à un simple repérage des lieux. Il lui fallait faire preuve de ruse et envisager des scénarios plus complexes, notamment celui d’une capture éventuelle. Il n’avait guère trouvé de plan miracle pour s’échapper si cela devait arriver, sinon une seule chose : il devrait, a minima, connaître le comte pour espérer s’en sortir.

Le cas du comte de Mordansac était épineux, car l’ancien milicien se souvenait vaguement de lui.

Il l’avait déjà aperçu des années auparavant, lors d’une visite officielle à la capitale, alors que le comte était accompagné de son épouse — aujourd’hui disparue. Corvus n’avait toutefois jamais interagi avec Mordansac, étant en poste à l’époque, et le noble n’ayant pas requis de protection supplémentaire de la part de la Couronne durant son séjour. Néanmoins, ce qu’il avait pu observer concordait avec ce qu’il avait entendu à son sujet : autrefois, Mordansac était réputé pour être un homme droit et honorable, vaillant et soucieux de défendre les siens. C’était du moins l’image qu’en gardait Corvus. Hélas, les propos qu’il avait recueillis auprès d’Igor et d’autres manants durant son repérage diurne l’avaient profondément troublé. Mordansac n’était plus que l’ombre de lui-même. Il avait perdu son épouse et ses enfants dans une sanglante guerre de succession à la tête du duché. Corvus n’avait pas pu reconstituer l’intégralité de cette tragédie, mais il en saisissait désormais la cause principale — celle qui expliquait l’état du comte aujourd’hui.


Le combat contre ce maudit veilleur donnait du fil à retordre à l’intrus. L’homme se débattait avec acharnement, refusant de céder. Plus Corvus luttait, plus ses forces s’amenuisaient, tandis que la rage du garde demeurait intacte, sans le moindre signe de fatigue. Était-ce lui qui vieillissait prématurément, ou simplement le manque d’entraînement qui se faisait sentir ? Il se refusait à croire qu’il ne retrouverait jamais sa forme d’antan. Ce n’était qu’une question de temps et de patience. Toujours était-il qu’en cet instant précis, une sensation glaciale s’empara de lui : il risquait de perdre cet affrontement. Il devait battre en retraite coûte que coûte, quitte à subtiliser un quelconque bibelot de valeur suffisante pour convaincre Igor du succès de sa mission.
Mais même cette option lui fut refusée.

L’épaisse porte de bois s’ouvrit brusquement, révélant une silhouette humaine dans l’embrasure. Chandelle en main, la flamme dansante éclairait un côté du visage de l’homme, dont la simple présence suffit à figer les deux combattants. Corvus tourna la tête et relâcha sa prise sur le garde, le repoussant légèrement. Son souffle se coupa. Il venait d’être pris sur le fait.
Restait à comprendre qui se tenait devant lui.
La pénombre compliquait l’identification, mais l’ancien soldat, fidèle à son instinct d’enquêteur, tenta aussitôt de déduire l’identité du nouvel arrivant. Celui qui, jadis, avait contribué à déjouer un attentat, observa intensément l’homme. Ce qui ne dura que quelques secondes lui parut s’étirer en de longues minutes.

Le comte vivait reclus. Hormis ses gardes et son bras droit — Mathurin Thadeus — nul autre ne résidait ici, du moins selon les informations recueillies par Corvus. Aucune mention d’un capitaine, d’un chef de la sécurité, ou d’une quelconque autorité intermédiaire. Cette absence renforçait une hypothèse déjà naissante. Par ailleurs, le fait que l’homme s’adresse immédiatement à l’intrus comme à un assassin dépêché par les Magides acheva de convaincre Corvus.
— Alenkert de Mordansac, murmura-t-il faiblement, presque pour lui-même.
La gestuelle lasse et détachée de l’homme correspondait au profil qu’il avait esquissé. Corvus remarqua également les gravures et les fioritures ornant le fourreau pendu à sa hanche : un tel raffinement n’aurait guère été porté par un simple chef de la sécurité. Et sa barbe, négligée, confirmait l’impression. La vision du comte fut à la fois inquiétante — car sa mission était désormais compromise — et profondément triste. Il n’était pas nécessaire que la chandelle éclaire davantage son visage pour comprendre que cet homme n’était plus que l’ombre de lui-même. Corvus sentit ses entrailles se nouer, repensant à la lettre au sceau falsifié, à ce passé qu’il s’efforçait d’éviter depuis son évasion, mais qui revenait inexorablement à lui.

Dans cet état de torpeur, il n’opposa guère de résistance au garde — désormais identifié comme Maniel — lorsque celui-ci lui saisit les bras et les immobilisa dans son dos. Mais Corvus semblait ailleurs. Son regard, dur et fixé, demeurait braqué sur Mordansac. Ils ne partageaient aucun souvenir commun, aucune histoire personnelle. Pourtant, tout commençait à s’ordonner dans l’esprit de l’ancien soldat, qui ressentait une forme d’empathie inattendue pour cet homme brisé, malgré la menace de mort pesant sur lui.
Puis, lentement, ses lèvres s’entrouvrirent.
— J’aurais été un bien piètre assassin si j’avais ouvert votre courrier avant de vous occire, lança Corvus d’une voix calme mais incisive. Il venait d’abattre sa première carte. Il montrait qu’il avait connaissance de la lettre et de son sceau falsifié. Il espérait que Mordansac en avait conscience lui aussi — sans quoi il lui faudrait avancer avec bien plus de finesse encore.
— Je doute qu’un Magide s’en prenne à l’homme de paille parfait, ajouta-t-il, la mâchoire serrée. Surtout si quelqu’un se fait passer pour la Couronne afin de détourner vos ressources, sire.
À l’extérieur, Corvus demeurait droit. À l’intérieur, la tension le rongeait. Chaque mot pouvait désormais le condamner… ou lui offrir un sursis.
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Gamemaster6 » mar. 16 déc. 2025 10:17

Intervention pour Corvus

Le comte avance dans la pièce tandis que le garde immobilise Corvus. D'un pas lent, comme si marcher était dun ennui piètre, l'homme se dirige vers le bureau où il dépose sa chandelle. puis, il se tourne vers Corvus alors que ce dernier tente de se faire entendre. Le comte a un geste envers le garde, lui signifiant d'attendre. Ce dernier obéit, se contentant de garer Corvus immobile au lieu de fracasser son crâne contre le sol pour le faire taire. lorsque l'intrus termine ses paroles, seul un souffle sec du comte lui répond en premier lieu. Les yeux sans vie le scrutent quelques secondes avant que la voix du comte ne lui réponde enfin.

- Un voleur. Ou un piètre espion, donc. Qui est bien mal informé sur le courrier qu'il lit. La couronne n peut plus exiger quoi que ce soit.

Lentement, la lame vient lécher la joue de Corvus, laissant un filet de sang écouler lentement. Malgré l'évident état de délabrement du comte, le fil de son épée est toujours tranchant comme un rasoir. Une preuve d'un dévouement certain à ce qui était jadis une part de l'homme détruit que Corvus a devant les yeux.

- Qui t'envoie, manant, si ce ne sont les Magides ? Parle et tu éviteras peut-être la roue et la potence.
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Corvus Salverac » mar. 16 déc. 2025 19:56

Chapitre I : Le Poids d’un Faux Sceau
Partie VI

Le moins que l’on pouvait dire était que le comte avait réussi à fissurer la dure carapace dont s’était armé Corvus pour lui faire face. En une seule phrase et coup de lame, il était parvenu à le faire douter du fondement même de sa déduction concernant le faux sceau royal et à effriter son masque de dur à cuire. Corvus avait beau eu se raidir et rugir au moment de l'entaille, la douleur fut tout de même incisive. Une brûlure sourde irradiait désormais sa joue, pulsatile, presque lancinante. Le sang, déjà en train de sécher, tirait légèrement sa peau chaque fois qu’il serrait la mâchoire dans un vain effort d'encaisser la douleur.

Malgré tout, l’ancien garde continua de fixer le comte tandis que celui-ci persistait à vouloir savoir qui était donc son indésirable invité. Corvus ne cilla pas ou peu. Il refusa au corps ce qu’il s’autorisait à l’esprit : reconnaître la douleur. Toute faiblesse visible serait un aveu. Son esprit, en revanche, était devenu une véritable fourmilière. Les questions fusaient en tous sens, le plongeant dans un tel tumulte intérieur que son masque flegmatique s’érodait peu à peu — suffisamment pour qu’un œil aussi exercé que celui du comte puisse le remarquer. Sa micro-gestuelle trahissait ses doutes et son appréhension : une respiration à peine plus courte, une paupière qui se contractait sous l’effet combiné de la tension et de la douleur. Il devait à la fois peser chaque mot sortant de sa bouche et les prononcer sans tarder, afin de ne pas irriter davantage le maître des lieux. Un équilibre délicat qu’il peinait encore à maintenir, surtout dans une situation de tension comme celle-ci.

Ses yeux quittèrent un instant ceux du comte pour se poser sur la lettre, toujours posée sur le bureau un peu plus loin. Ce simple mouvement tira sur la plaie, ravivant l’élancement. À ses dépends, il en laissa paraître une lourde expiration doublée d'une grimace. Quel détail avait-il manqué ? Pour quelle raison la Couronne ne pourrait-elle plus exercer son droit de réquisition ? Corvus demeurait convaincu de la nature falsifiée du sceau, mais il était évident qu’un autre élément crucial lui avait échappé — qu’il s’agisse du contenu de la lettre ou de quelque chose qu’il aurait dû remarquer lors de son repérage.
À cet instant, il comprit.
Son corps n’était pas le seul à avoir perdu de son efficacité. La réalisation lui brûla la poitrine plus sûrement encore que la blessure à sa joue : son esprit de déduction n’était plus aussi affûté et vif qu’autrefois. Il reprit une inspiration contrôlée, lente, comme on le lui avait appris jadis, afin de maintenir le tremblement à distance, puis reporta son regard sur le comte, prêt à livrer la véritable raison de sa présence.
— Au risque de vous décevoir, sire, je ne suis rien d’autre qu’un banal voleur, comme vous l’avez deviné, déclara-t-il d’un ton résigné, mais empreint d’une assurance manifeste. Sa voix ne trembla pas. Il disait vrai — du moins en partie. Il n’avait donc aucune raison de laisser son souffle se rompre, ni d’offrir au comte la satisfaction de le voir fléchir sous la douleur. Chaque syllabe, cependant, lui coûtait un effort supplémentaire : la plaie pulsait, et le goût métallique du sang lui remontait parfois à la bouche. Il ne cherchait pas à tromper son interlocuteur — seulement à ne lui offrir qu’une part de la vérité. Malgré la situation désespérée dans laquelle il se trouvait, il refusait de livrer ceux qui l’avaient tiré de sa geôle. Il trouverait un autre moyen de s’en sortir. Ou pas. Gaïa seule en déciderait. Mais trahir la troupe qui l’avait libéré ne ferait qu’assombrir davantage son âme. Quoi qu’il en coûte, il demeurait — peut-être à tort — un homme d’honneur.

Il mobilisait toute sa volonté pour conserver ce masque de calme et de maîtrise. La voix basse, mais ferme ; l’attitude coupable, mais la tête haute. Implorations et violences étaient inutiles. Il avait accepté les risques bien avant de franchir ces murs. Désormais, les armes devaient céder la place aux mots.
— J’étais chargé de vous subtiliser un objet de valeur et de repartir sans causer davantage de torts. On ne m’a décrit que le contenant… une cassette d’obsidienne aux fioritures dorées, poursuivit-il, toujours sur ce ton égal. Un filet de sang, désormais froid, glissa le long de sa joue jusqu’à sa mâchoire. Il ne l’essuya pas. Son regard, toutefois, était trop assuré — presque calculateur — comme s’il anticipait chaque réaction du comte. Un pari audacieux, voire téméraire, au regard de sa position : la potence l’attendait peut-être déjà. En décrivant la cassette sans évoquer le bijou ni la défunte épouse du comte, Corvus espérait se faire comprendre sans prononcer de mots susceptibles de raviver une douleur trop vive.
Il marqua une brève pause, le temps de contenir l’élancement qui lui vrillait la joue, puis reprit :
— Mais après ce que j’ai vu, l’appât de l’or m’apparaît d’autant plus vénal.
Il inspira de nouveau, profondément, puis conclut :
— J’ai manqué de lucidité sur la forme… *argh* mais certainement pas sur le fond. Poursuit-il, la douleur pulsante de l'entaille l'ayant forcé à rugir et plisser des yeux malgré lui. Ce sceau est une très habile contrefaçon. Et si cela venait à se savoir, tous les impliqués seraient pendus haut et court. Je peine à croire qu’un homme de votre trempe soit complice d'une telle forfaiture...
Il assuma cette maigre mais sincère flatterie en bout de course. Il savait pertinemment qu’il ne parlait plus comme un simple maraudeur, mais presque comme un clerc ou un officier. Peu importait. Son objectif était simple : semer le doute, provoquer une réaction — fût-elle hostile — et, surtout, gagner du temps. Son estomac se nouait, la peur de la mort le lacérait sans qu’aucune lame ne soit nécessaire. Pourtant, il demeurait droit, aussi impassible que possible face au comte — si ce n’était ces menus tremblements dans son regard, et le sang séché sur sa joue, silencieux témoignage de ce qu’il avait déjà enduré non sans peine.
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Gamemaster6 » jeu. 18 déc. 2025 23:05

Intervention pour Corvus
Les paroles de Corvus ne semblent pas particulièrement avoir le moindre effet sur le comte. il reste là, stoïque, à le fixer comme s'il ne le voyait pas vraiment. Le garde qui maintient el supposé voleur garde une prise ferme, mais Corus peut sentir un léger relâchement. involontaire, sans doute, mais bien présent, pou peu que Corvus s'y attarde un peu. Finalement, après un temps, le comte réagit enfin à l'étrange plaidoirie de son captif.

- Un voleur, idiot et honnête. Une étrange combinaison que voici...

La même voix morne, le même visage n'exprimant aucun joie ou intérêt. Simplement une tristesse et une expression désabusée. Comme si plus rien n'avait vraiment d'importance.

- Et j'ai du mal à voir en quoi l'avis d'un vulgaire voleur devrait m'importer.

Il fait un signe au garde qui redresse Corvus en raffermissant sa prise. Une fois son captif à genoux, le comte se saisit d'un fauteuil qu'il traine face à Corvus, avant de s'y installer. Il garde son épée à portée de main, trop loin pour que Corvus ne puisse s'en emparer, à moins de réussir à se débarrasser le garde qui lui tient les mains.

- Je suis en revanche bien plus curieux concernant autre chose. Comment un voleur peut savoir à quoi ressemble un sceau royal et juger de la qualité d'une contrefaçon ?
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Corvus Salverac » ven. 19 déc. 2025 17:26

Chapitre I : Le Poids d’un Faux Sceau
Partie VII

L’objectif de Corvus était atteint. Il était parvenu à gagner du temps et à faire en sorte que le comte ne le tue pas. Pas tout de suite, en tout cas. Il l’observait, déconcerté par le profond désintérêt qui émanait de lui… comme s’il était mort de l’intérieur. Son regard était vide, dénué de toute émotion. Ses paroles résonnaient telles un écho dans une chambre vaste et creuse. Cet homme avait réellement tout perdu, et cela se voyait d’une manière on ne peut plus flagrante.

Alenkert se détourna temporairement de son intrus pour aller chercher une chaise, qu’il traîna ensuite face à lui avant de s’y asseoir. Corvus en avait presque oublié la présence du garde, lequel ne manqua guère de lui rappeler qu’il était bel et bien captif. Il le força à s’agenouiller. Corvus grimaça : il goûtait fort peu une telle posture. Toutefois, il sentit que la prise était moins tenace. Un relâchement ? Était-ce volontaire ou non ?

Dans un cas, cela signifiait que le garde prenait conscience que Corvus n’était pas un danger ; dans l’autre, ce geste témoignait d’un manque de rigueur. Quoi qu’il en fût, le maraudeur n’avait nullement l’intention de compromettre sa vie en cédant à la tentation de se défaire de l’emprise du garde pour tenter de saisir l’épée du comte. Son instinct lui dictait qu’un homme comme Alenkert, aussi affaibli et désabusé fût-il, ne commettrait jamais l’erreur de se laisser prendre au dépourvu. De toute façon, Corvus n’était pas en état de se battre contre deux hommes à la fois. Et ce n’était guère l’image qu’il souhaitait renvoyer à cet instant : celle d’un criminel brutal. En temps normal, il n’en aurait eu cure — après tout, il avait déjà tué, et de sang-froid. Mais, en règle générale, il estimait que ces hommes l’avaient, au moins en partie, mérité.

Ce qui n’était pas le cas du comte. Alenkert ne méritait pas de mourir ainsi. Le choix s’imposa donc de lui-même. Corvus devait prendre son mal en patience et demeurer agenouillé, à la merci du garde et de son employeur. Ce dernier finit par reprendre la parole et posa alors la question que Corvus redoutait : comment un simple voleur pouvait-il s’y connaître autant en sceaux royaux ? Il n’y avait guère de bonne réponse. S’il décidait d’être honnête jusqu’au bout, il pourrait tout lui révéler : son passé, sa carrière de garde royal, puis sa déchéance. Mais cette option comportait plus de problèmes qu’elle n’en résolvait. Le comte se lasserait vite d’un tel récit et, surtout, pourrait le faire arrêter — voire exécuter — pour crimes envers la Couronne.

Et pourtant, en cet instant, Corvus se demandait si ces chefs d’accusation avaient encore la moindre valeur ici, sachant que ces terres se déclaraient désormais indépendantes du royaume. La réflexion était trop complexe… et bien trop risquée. Il opta donc pour une approche hybride, dans la continuité de ce qu’il avait entrepris jusque-là : rester vague tout en disant la vérité. Corvus soupira lourdement, sentant la tension s’accumuler, puis releva les yeux vers le comte.
— Je n’ai pas toujours été ce que je suis aujourd’hui, sire. Vous non plus, d’ailleurs... Le destin réservé aux hommes comme nous n’est pas toujours celui que l’on attend. Il tâchait de conserver un ton neutre, sans parvenir à masquer entièrement une pointe d’amertume. Un court silence s’installa. Le doute l’étreignait. Dire la vérité — même partiellement — était un exercice périlleux. Depuis des mois, il s’était imposé une règle cardinale : ne jamais révéler son identité, ne jamais évoquer son passé auprès de quiconque en dehors d’Igor et de sa troupe. Et pour cause : il était activement recherché dans tout le royaume. Il déglutit, puis poursuivit avec une prudence extrême.
— J’ai été milicien, dans une autre vie, au service de Sa Majesté. J’ai appris les codes et les usages de la Couronne, ainsi que ses doctrines militaires. Même après toutes ces années, mes yeux ne peuvent se tromper sur ce genre de détails. Il s’arrêta là, se gardant bien d’en dire davantage. Inutile de préciser qu’il avait été garde royal, au service direct du roi. Inutile, également, de mentionner son procès ou les chefs d’accusation — aussi calomnieux fussent-ils — qui pesaient encore sur lui.

Corvus soupira profondément et tenta de se dégager légèrement de la prise du garde en remuant les épaules, qui commençaient à le faire souffrir dans cette position contrainte. Il jeta un bref regard par-dessus son épaule, lançant une œillade acide à Maniel, tout en sachant qu’il resterait agenouillé tant que le comte ne daignerait pas le relever.
— Si vous affirmez que la Couronne n’a plus de droit de réquisition… alors qu’est-ce donc ? Une autre fourberie des Magides ? ajouta-t-il, cherchant à en apprendre davantage.


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Corvus (à gauche) tenu de force par le garde (derrière Corvus) avec le comte de Mordansac (à droite) l'interrogeant
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Gamemaster6 » mar. 23 déc. 2025 17:47

Intervention pour Corvus

Assis sur son fauteuil, le comte observe Corvus, de ce même regard sans vie. Un regard qui, pourtant se focalise enfin sur l'homme face à lui. Un regard qui juge les acte set paroles d'un intrus venu, selon ses propres dires, voler au sein de sa demeure. Difficile de dire si ce sont les mots concernant ce que el comte a perdu ou sur le soi-disant passé de Corvus qui font réagir el comte, mais ce dernier semble s'intéresser plus pleinement à son captif. Reste à savoir si cela est un bon ou un mauvais signe, au vu de la situation délicate dans laquelle Corvus se trouve toujours.

- Un milicien...

Le ton change, devient plus vif, mais aussi plus suspicieux, comme s'il peinait à croire à l'histoire de Corvus. Et pour cause.

- Un simple milicien qui serait suffisamment proche du pouvoir pour reconnaître d'un simple coup d'œil le sceau royal ? Ou plutôt sa contrefaçon. Mieux vaut en effet être honnête quand on est un aussi piètre menteur.

Se détourant de Corvus, il tend la main pour ouvrir el tiroir de son bureau. il en sort une clochette maculée de poussière. D'un souffle, il retire cette dernière en un nuage qui s'étale devant son visage avant de retomber entement vers le sol. le tintement de cloche qui suit et d'une clarté sans pareille. le son semble résonner plusieurs secondes avant de s'éteindre tandis que le comte repose l'objet sur le bureau.

- Je ne vois aucune raison de révéler quoi que ce soit à un simple voleur, qu'il fût ancien milicien ou non. On coupe la main des voleurs, on ne leur donne pas des informations.

Son regard plonge dans celui de Corvus, comme pour le sonder.

- A moins, bien sûr, que vous n'ayez quelque chose qui pourrait me faire changer d'avis.
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Corvus Salverac » mar. 23 déc. 2025 19:47

Chapitre I : Le Poids d’un Faux Sceau
Partie VIII

La situation échappait au contrôle de Corvus. Le malandrin avait tout fait pour esquiver, autant que possible, toute révélation à son sujet, par crainte de dévoiler sa condition de fugitif et de finir à la potence. Alenkert était certes un homme brisé, mais il demeurait un homme de loi — du moins selon l’image que s’en faisait l’ex-milicien.

Pourtant, Corvus s’était fait cette remarque plus tôt : depuis que les duchés se déclaraient libres, la loi Kendrane n’y était plus aussi prévalente. Un criminel recherché pour crime de lèse-majesté l’était-il encore à Valorian ? Et si tel était le cas, un homme comme le comte de Mordansac irait-il jusqu’à fermer les yeux sur de telles accusations ? Pour la première fois depuis le début de cet échange, Corvus doutait réellement. Son masque pragmatique se fissurait davantage ; ses yeux trahissaient la tension qui le déchirait intérieurement. Sa priorité absolue était sa survie. Il ne devait pas mourir ici. Il devait repartir sain et sauf, quitte à aviser ensuite avec Igor s’il revenait bredouille.

Il s’agaçait : chacune de ses tentatives pour noyer le poisson s’était soldée par un échec. L’esprit vif de Mordansac ne lui laissait ni répit ni marge de manœuvre. Corvus grinçait des dents, hésitait, mais s’efforçait de garder contenance. Impensable, pour un homme comme lui, d’exposer son désarroi au grand jour. Pourtant, il faisait désormais face à un choix presque insoluble : tout révéler, ou mentir pleinement, au risque d’y laisser la vie.
Il devait aussi décider s’il pouvait faire confiance à son propre jugement. Quel genre d’homme était réellement Alenkert ? De cette réponse dépendait toute sa stratégie pour se sortir de ce mauvais pas.

Le comte fit tinter une cloche, rapprochant ainsi l’échéance pour l’intrus. Corvus pensa d’abord qu’il appelait d’autres gardes, sans doute pour mettre un terme définitif à cette entrevue… à moins qu’il ne parle. Il était dos au mur, pour de bon. Pas par fierté déplacée, mais par pur instinct de survie, il avait tenté jusqu’ici de dissimuler sa véritable nature. Il soupira. Sa respiration s’alourdit, et nul doute que le comte perçut le trouble qui s’emparait de son prisonnier.
— Je prends comme un compliment le fait que vous me jugiez piètre menteur. Le mensonge est un vice que les gardes royaux se voient interdire d’employer, avoua-t-il enfin. Il supportait de moins en moins les invectives d’Alenkert destinées à le rabaisser, notamment en le traitant de mauvais menteur ou de voleur médiocre. En vérité, il aurait presque pu y voir un compliment : qui pouvait honnêtement se targuer d’être un « bon voleur », sinon une crapule ? Ce qu’il s’interdisait d’être, malgré sa vie de maraudeur. Il ne prétendait pas être le meilleur bandit ; il faisait simplement ce qui était nécessaire à sa survie.
— Je me nomme Corvus Salverac. Je n’ai pas menti en affirmant avoir été milicien… mais je n’étais pas que cela. Autrefois, je fus garde royal, dédié à la protection de notre défunt roi Solennel et de la princesse Satina.
Ses yeux se troublèrent.
Le passé, endolori par la trahison, refaisait surface. Sa mâchoire se crispa pour contenir l’amertume et la rancœur qui gonflaient sa poitrine. Évoquer sa vie antérieure revenait aussi à exhumer le souvenir douloureux de son mentor et maître… Richard d’Hallecourt.
— Votre regard me juge, je le sais. Vous vous demandez comment un ancien garde royal peut en venir à s’introduire dans la demeure d’un noble pour y dérober un bijou.
Il marqua une pause.
— Le destin est farceur, sire. J’ai donné ma vie à la Couronne. J’ai enquêté, j’ai empêché un attentat contre la princesse… et cela n’a fait qu’attiser la haine et la peur. Les corrompus pullulent dans les hautes sphères et ourdissent des plans macabres pendant que des hommes comme nous risquent leur vie pour les arrêter. Et notre seule récompense est la disgrâce… l’exil… le déshonneur. La colère vibrait dans sa voix. Il ne se rendait même plus compte de l’ampleur de son discours, emporté par ses émotions. Il inspira profondément, cherchant à reprendre le contrôle, puis baissa les yeux un instant, s’efforçant d’enfouir à nouveau ces souvenirs qui troublaient son jugement.
— En dépit de mon dégoût pour ces gens, je n’ai jamais renoncé à mon sens du devoir. Quand je vous affirme que mon œil ne se trompe pas sur un sceau royal, vous devriez me croire. Il releva le regard et soutint celui d’Alenkert, avec une détermination égale à la sienne.
Modifié en dernier par Corvus Salverac le dim. 28 déc. 2025 00:37, modifié 4 fois.

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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Gamemaster6 » jeu. 25 déc. 2025 18:37

Intervention pour Corvus

Rien, dans l'attitude du comte, ne laissait entrevoir une quelconque surprise ou le moindre soupçon d'étonnement. il écoute Corvus sans mot dire, avec le même regard, la même posture. Une sorte d'étrange désintérêt focalisé, malgré tout, sur le récit et la personne face à lui. Que cela soit fait dans le but de déstabiliser Corvus ou non, cela reste étrange. Et quelque peu difficile à comprendre et à appréhender. Le garde, lui, n'est pas aussi bon pour cacher ses réactions. Sa poigne se raffermit un peu à l'évocation du vol, mais cela ne dure qu'un temps, comme si le récit de Corvus parvien à légèrement aténuer la pression subit par le garde. Mais c'ets el comtme qui parle ensuite.

- Voilà une histoire étonnante. Dont j'ai pourtant peu de mal à croire en la véracité.

Il croise ses mains et pose ses coudes sur ses genoux, se penchant davantage vers Corvus.

- Cela ne réduit en rien la gravité du crime que vous avez tenté de commettre, Salverac. Cela dit... Il existe peut-être une solution pour nous arranger tous les deux.

Un éclat de vie. Bref, fugace, mais bien présent dans le regard du comte. Corvus en peut s'y tromper. Le quinquagénaire a une idée derrière la tête, bein qu'elle soit inconnu de Corvus.

- Je sais que ce sceau est un faux. Ce n'est pas la première lettre de ce type que je reçois. Cela fait un moment que mes hommes tentent d'en découvrir la source, mais en vain.

Il se redresse et récupère la lettre posée sur son bureau. il y jette un bref coup d'œil avant de revenir vers Corvus.

- Si vous êtes celui que vous prétendez... Trouvez d'où viennent ces lettres. En échange, j'oublierai ce petit... contretemps.
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Corvus Salverac » jeu. 25 déc. 2025 20:24

Chapitre I : Le Poids d’un Faux Sceau
Partie IX

L’ex-milicien attendait, le regard fixé sur le comte, conscient que sa vie dépendait désormais des prochaines secondes. Si Mordansac décidait de ne pas croire à son histoire, nul doute que son existence s’achèverait sur-le-champ. Si, au contraire, il avait su trouver les mots justes pour le convaincre, alors tout espoir n’était pas encore perdu. Après de longues secondes — qui lui parurent des minutes interminables — l’intrus sentit son cœur se relâcher en même temps que la prise du garde sur son épaule. La tension s’apaisait, légèrement. Le noble laissait entendre qu’il croyait au récit de Corvus, sans pour autant le relâcher comme si de rien n’était. Car l’acte restait criminel : s’introduire dans la demeure d’autrui demeurait un délit.

Corvus resta donc agenouillé, observant Mordansac tandis que celui-ci lui exposait le plan censé les tirer de cette impasse. Un service rendu contre une faveur. En échange de la découverte de l’origine de ces lettres, Alenkert s’engageait à ne pas conduire Corvus à l’échafaud. Le maraudeur aurait pu se trouver en bien pire posture, mais il n’était guère convaincu qu’exécuter une mission pour le comte fût la solution la plus avantageuse pour lui. Hélas, il n’était nullement en position de négocier, et il le savait.

C’était déjà un miracle qu’il eût réussi à convaincre Mordansac de ne pas lui faire trancher les mains, alors même que l’homme était réputé pour son détachement vis-à-vis de tout — y compris de la vie d’autrui. Corvus acquiesça à la requête d’Alenkert, puis sentit la prise du garde s’alléger, ce qui lui permit de se redresser, bien que ce dernier conservât une poigne ferme sur ses poignets, maintenus dans son dos.
— Si c’est le seul moyen… alors soit. J’enquêterai sur l’origine de ces lettres. Que Gaïa en soit témoin, déclara Corvus.
Le marché était conclu. Pourtant, de nombreuses questions demeuraient en suspens. Par où commencer ? L’ancien garde royal savait que la missive mentionnait Breen ainsi qu’un avant-poste. Dans la mesure où il s’agissait des seuls repères géographiques à sa disposition, il se voyait déjà prendre la route dans cette direction.
Mais ensuite ?
Il ne pouvait décemment frapper à toutes les portes pour interroger les habitants. D’autant plus que la requête formulée dans la lettre était caduque : les duchés étaient désormais indépendants de la Couronne. Il s’agissait clairement d’ordres de réquisition, et non de simples faveurs. Corvus peinait à saisir la logique qui pouvait pousser de supposés trafiquants de matériel militaire à agir de la sorte.

Quelque chose clochait. Une pièce manquait sur l’échiquier, et sans elle, rien de tout cela n’avait de sens.

Il se serait menti à lui-même s’il refusait d’admettre qu’au fond de lui subsistait une sensation étrange — maigre, mais exaltante. Lui qui, autrefois, avait longuement enquêté sur la préparation d’un attentat ne pouvait résister à l’appel du mystère que représentait cette affaire. Il se doutait bien qu’un arbre pouvait en cacher un autre. S’il parvenait à percer le secret de ces missives et à identifier leur commanditaire, il mettrait peut-être la main sur une première pièce à conviction — susceptible, à terme, de le rapprocher de ceux qui intriguaient au sein même de la Couronne contre la régente.
Mais il se rappela brutalement à la réalité.
Tout cela n’était, pour l’instant, qu’une hypothèse mêlée de spéculations. Et surtout, il était recherché dans tout le royaume. Le moindre déplacement, la plus petite erreur pouvaient le trahir. Sa mine s’assombrit avant qu’il ne partage cette contrainte avec le comte.
— Mon statut de fugitif complique les choses… surtout si mon enquête doit me mener jusqu’à la capitale. Corvus demeura pensif, mesurant le danger qui se profilait devant lui.
— Mais puisque vous avez fait preuve de magnanimité, sire, je m’efforcerai de mener cette tâche à bien, sans accroc, ajouta-t-il finalement, scellant par ces mots son engagement envers le comte de Mordansac. Il marqua une courte pause, reprenant ses esprits, avant de conclure :
— Auriez-vous d’autres informations susceptibles de m’aider ? Conclut-il, regardant son nouvel employeur d'un air toujours aussi sérieux et soutenu.
Modifié en dernier par Corvus Salverac le sam. 27 déc. 2025 15:42, modifié 2 fois.

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Gamemaster6
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Gamemaster6 » jeu. 25 déc. 2025 20:54

Intervention pour Corvus

L'accord entériné, le comte fait un geste en direction du garde qui permet à Corvus de se relever, bien qu'il garde ses mains dans son dos. Une précaution que le garde en semble pas vouloir relâcher pour le moment. Le comte, lui, reprend alors, après les questions de Corvus.

- La lettre mentionne Breen, il serait avisé de s'y rendre. Mathurin, mon bras droit, y a envoyé un homme sur place. Un certain Jolph. Il aura sans doute des pistes à vous donner.

Il fait un nouveau signe au garde qui relâche finalement les mains de Corvus. Au même moment, des bruits de pas se font entendre dans le couloir. Sous peu, deux autres gardes ouvrent les portes et se fendent d'un salut rigoureux en direction du comte. Ce dernier leur offre un hochement de tête avant de se retrouver vers Corvus.

- Mes hommes vous escorteront en dehors de mon domaine. Et une portraitiste sera appelée demain pour dessiner votre visage grâce à mes indications. Décideriez vous de me trahir, votre tête sera connu de tous et il vous sera difficile de revenir par ici.

Même s'il donne une chance au garde royal désavoué, le comte n'est pas pour autant idiot. Sa paranoïa ne s'est pas calmée, malgré la nouvelle aide impromptue dans cette étrange affaire de faux.

- Une dernière chose. Nous ne nous sommes jamais rencontrés et vous avez échoué lors de votre tentative de vol. Vous vous êtes enfuis, poursuivi par mes gardes que vous avez semé. J'espère que cela est clair ?

Il se lève finalement de sa chaise et rengaine son épée restée jusque là posée près de lui. Corvus a son opportunité, son moyen de partir et ses informations. A lui d'en tirer le meilleur.

- Je vous souhaite bonne chance, Corvus Salverac. Que Gaïa guide vos pas.
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Quand on l'appelle, il apparaît !!
Et il reste, alors gare !

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Corvus Salverac
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Re: Comté et Château de Mordansac

Message par Corvus Salverac » ven. 26 déc. 2025 01:27

Chapitre I : Le Poids d’un Faux Sceau
Partie X

La tension aurait pu redescendre encore d’un cran, mais il n’en fut rien. Le rythme cardiaque de l’ancien soldat résonnait en lui comme un tambour de guerre, haletant, toujours en alerte. Le plus difficile restait de ne rien laisser paraître, de conserver une façade aussi maîtrisée que possible. Corvus s’autorisait à penser qu’il n’avait pas trop mal réussi à sauver les apparences, évitant de justesse de passer pour un homme faible ou peureux. Mais quel individu raisonnable n’aurait pas éprouvé d’angoisse dans un pareil instant ? À moins d’être fou. L’intrus acquiesça aux informations complémentaires du comte et se surprit même à esquisser un sourire discret, presque malicieux, à la commissure des lèvres à l’évocation de la portraitiste.
— (J’espère au moins qu’elle n’exagéra point le trait sur mon nez…) pensa-t-il, las. Il ne pipait désormais mot, écoutant attentivement les dernières directives d’Alenkert, en particulier celles concernant le secret absolu entourant cette mission. Officiellement, Corvus et le comte ne s’étaient jamais parlé, et la tentative de vol avait échoué.

L’ancien officier reconnaissait là une qualité propre aux nobles aguerris : les meilleurs mensonges naissaient toujours d’une vérité soigneusement distillée. D’un point de vue strict, il était exact qu’il n’avait rien dérobé. Ce simple fait lui permettrait de parfaire sa couverture et d’échapper aux soupçons. Il n’oubliait pas, cependant, que rentrer bredouille rendrait Igor — le Brise-Os — furieux. Il aviserait sur le chemin du retour, mais savait déjà que cette tâche serait bien moins ardue que celle qu’il venait d’accomplir.
Le comte lui tendit la lettre frappée du sceau falsifié. Corvus s’en saisit et la rangea soigneusement dans une petite besace pendue à sa ceinture. Les deux hommes échangèrent un dernier regard, scellant définitivement l’accord. Puis, comme convenu, Corvus fut raccompagné par les gardes, dont Maniel, celui qui l’avait maintenu captif tout ce temps. Le soldat paraissait troublé depuis que le prétendu voleur avait révélé sa véritable identité. Le trajet à travers le domaine se fit dans un silence pesant, chacun se contentant de marcher jusqu’aux portes du château.

Maniel libéra Corvus devant les lourds battants de la demeure de Mordansac. Toujours enveloppé par l’obscurité nocturne, le maraudeur s’éclipsa d’un pas félin, aussi rapide que possible. Quelques minutes plus tard, il quitta le village et se retrouva enfin seul.
C’est alors qu’il s’arrêta près d’un arbre.
Son souffle se brisa soudain. Sa poitrine se contracta dans une brûlure violente, l’obligeant à porter la main à son cœur. Le choc le fit plier le genou et s’appuyer contre le tronc massif d’un chêne. Toute la tension accumulée ne pouvait se dissiper en un instant. Il venait de comprendre ce qui s’était réellement produit : il avait frôlé la mort pour une raison aussi triviale que vénale — un bijou à voler. Sa vue se troubla, sa respiration devint lourde, saccadée, trop rapide. Il ferma les yeux et s’abandonna contre l’arbre, laissant enfin tomber le masque. La peur se lisait sur son visage, brute, incontrôlée. De longues minutes furent nécessaires pour qu’il reprenne ses esprits et ses couleurs. Face au comte de Mordansac, il avait tenu bon. Seul, il pouvait désormais relâcher cette douloureuse pression.

L’estafilade à la joue, infligée par son nouvel employeur, le lançait encore légèrement. La plaie, superficielle, avait déjà commencé à se refermer. Corvus finit par se redresser, rassemblant ses forces et son orgueil avant de reprendre la route vers le campement. Le temps passa. Il retrouva finalement les ruines où Igor et sa troupe avaient établi leur camp de fortune, dissimulé dans un relief au milieu des champs. Le Brise-Os, entendant des pas, se retourna arme en main avant de se détendre en reconnaissant Corvus.
— Bon sang, Salverac ! Où diable étais-tu passé ?! Il s’approcha vivement, puis son regard s’arrêta sur l’entaille à la joue. Il comprit aussitôt. Corvus soupira et expliqua que la mission était un demi-échec. Il n’avait pas trouvé la boîte d’obsidienne, mais avait obtenu une information cruciale. Sans révéler son accord avec le comte, il montra la lettre et évoqua la possibilité d’un butin militaire à Breen.
— Imagine le pactole, Igor. Ce matériel vaut bien plus que de la quincaillerie. Et cette boîte d’obsidienne… rien ne prouve qu’elle existe réellement.
Igor lut la missive, grommela longuement, puis la lui rendit.
— Je te pensais plus habile. Cette boîte et son contenu nous auraient mis à l’abri un bon moment… Fort heureusement notre raid a été plus fructueux que prévu. Il fit quelques pas, songeur, puis se retourna brusquement.
— Mais ce sceau… cette lettre… Palsambleu ! On tient peut-être quelque chose de gros. Il lui asséna une tape vigoureuse sur l’épaule. Corvus grimaça, frottant l’endroit meurtri. Il était rassuré de voir que l'homme en face de lui n'y voyait que du feu sur la nature fausse du sceau, prouvant que seul un œil très avertit pouvait la déceler. Igor reprit, le ton plus grave. Le surplus trouvé dans le convoi pillé les obligeait tous à rejoindre Haenian pour écouler la marchandise. Corvus, lui, irait seul à Breen.
— Fais ce que tu as à faire. On se retrouvera au repaire des Trois Rochers.
Corvus resta figé.
— Mais… c’est au nord de Kendra Kâr ! Tu sais que j’y suis recherché et…
— Assez ! s’emporta Igor en interrompant Corvus. Estime-toi heureux que je ne te brise pas ces phalanges revenues vides. Tu sais te cacher. Tu sais te faire discret. Alors tu feras comme je dis.
Corvus serra les dents, ravalant sa colère. Les esprits finirent par se calmer. La troupe se reposa quelques heures, puis leva le camp à l’aube. En quelques minutes, tout fut empaqueté. Ils prirent la route d’Haenian, tandis que Corvus s’engageait seul vers l’ouest, en direction de Breen. Avant cela, Igor et lui échangèrent une poignée de main ferme.

Corvus faisait désormais cavalier seul.


FIN DE CHAPITRE

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