Commanderie d'Opale

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Yuimen
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Commanderie d'Opale

Message par Yuimen » ven. 10 août 2018 20:57

Commanderie d'Opale

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Lieu de guilde des Danseurs d'Opale


Opulente propriété fortifiée d'une famille de la haute noblesse située dans le quartier sud de la cité, la commanderie d'Opale n'est évidemment pas connue sous ce nom à Nessima, pas davantage que son appartenance à cet ordre considéré comme hérétique et disparu par le Clergé de Sithi. Les Nessimois l'appellent simplement du nom de la famille qui la possède, comme pour toutes les demeures de la noblesse.

Bâtie sur une éminence rocheuse dans les premières années d'existence de Nessima, elle n'est accessible que par le biais d'un long escalier muni de rebords en pente pour les roues d'un chariot et ne présente au monde extérieur qu'une unique façade austère digne d'une forteresse. L'intérieur est plus vaste qu'il n'y parait car les constructeurs ont habilement tiré parti de l'existence de la ville souterraine de Sanssitr pour créer de vastes caves, servant aujourd'hui de salles d'armes ou d'entrepôt.

La propriété comporte un grand bâtiment principal, celui partiellement visible depuis l'extérieur, servant de demeure seigneuriale et hébergeant également la domesticité et les gardes, dont l'arrière donne sur des jardins de bonne taille pour l'intérieur d'une cité, enrichis de quelques fontaines et bassins. Ces jardins sont entourés de divers bâtiments annexes à moitié creusés dans le roc: écuries, four à pain, petite forge pour maréchal ferrant, lieux de stockage pour le fourrage et le grain, leurs usages sont divers et variés.

Officiellement cette propriété est donc celle de riches nobles de Nessima qui, passionnés d'arts martiaux, en ont fait un lieu d'enseignement en sus de leur demeure. Tout un chacun peut venir y suivre des cours, gratuits pour les bases, payants pour les techniques plus complexes. Par ailleurs, une dizaine de chambres confortables est à disposition des visiteurs et des apprentis dans le bâtiment principal.

Les propriétaires étant la plupart du temps absents, c'est la maître d'armes et intendante Llyann'tar Thelwë qui accueille les visiteurs et donne les cours d'arts martiaux. C'est une jeune Sindel d'à peine plus de cent vingt ans, mais c'est aussi et surtout une redoutable combattante affectionnant tout particulièrement l'épée à une main et demie. C'est une femme déterminée et dure, elle ne ménagera pas ses recrues mais ne fera preuve d'aucune rudesse inutile. Fille de l'Armurière Royale Eshrin'tar Enoure, elle est née à Nessima dans une famille de la haute noblesse très aisée et y a passé sa jeunesse. Devenue adulte, elle a beaucoup parcouru le monde, les continents d'Imfitil et de Nirtim principalement, puis est revenue endosser le rôle de "gouvernante" dans cette demeure à la demande de sa guilde, dont elle est par ailleurs l'une des dirigeantes. Outre Llyann, une vingtaine de serviteurs et guerriers résident en permanence dans la propriété.

Une redoutable tireuse d'élite Sindel âgée de quelques quatre siècles, nommée Elëryann, peut également vous enseigner diverses techniques de tir. Ancienne soldate en poste sur Sor-Tini, elle a rejoint l'Ordre des Danseurs d'Opale en l'an 8 suite à une alléchante proposition d'Ylis Ithil, la dirigeante de l'Aura de Syriën. D'un naturel calme et avenant, elle possède un don pour enseigner son art tout en douceur, ce qui ne l'empêche nullement de savoir se montrer implacable en cas de nécessité.

Maître d'armes de la commanderie de Nessima (CC de mêlée)

Llyann'tar Thelwë

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Guerrière Héroïque issue de maître d'armes.

Elle peut vous enseigner les CC de mêlée suivantes:

Basiques: (prix public: 300 yus. Membres: 210 yus)
  • Botte Désarmante
  • Souplesse arrière
  • Coup colossal
  • Coup de bouclier
  • Coup de fourreau
  • Estoc droit
  • Feinte
  • Sacrifice
  • La différence d'un pas
  • La main du géant
  • Les cent lames
  • Passe-bouclier
  • Renversement armé
  • Lame Furtive
  • Trancheur
  • Vol d'arme
  • 36 chandelles
Postures: (prix public: 500 yus. Membres: 350 yus.)
  • Danse de l'éclipse
  • Danse des sabres
  • Instinct sauvage
  • Lames défensives
  • Garde imprenable
  • Halte forcée
Tireuse d'élite de la commanderie de Nessima (CC distance)

Elëryann

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Elle peut vous enseigner les CC à distance suivantes (prix public: 500 yus. Membres: 350 yus):
  • Appui
  • Épinglé
  • Improvisation déconcertante
  • Neutralisation
  • Point faible
  • Riposte
  • Tir chirurgical
  • Tir Critique
  • Tir de barrage
  • Tir du Destin
  • Tir Instinctif
  • Tirs Multiples
  • Tir précis
  • Tir fourbe
  • Tir en cloche
  • Tirer dans la mêlée
  • Vrille
Arcaniste de la commanderie de Nessima (Sorts de foudre, feu, lumière, terre et omni-éléments)

Siathiël
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Récemment, une arcaniste du nom de Siathiël a également rejoint les rangs de l’Opale, proposant son savoir à ceux possédant des fluides au sein de l’Ordre. Relativement jeune comparée à ses pairs, elle possède une personnalité enjouée bien que très stricte lorsqu’il s’agit d’apprentissage, poussant ses apprentis à se surpasser sans relâche. Originaire de Ridenia, elle fut forcée de fuir lors de l’attaque Oaxienne et a décidé de servir l’Ordre pour laquelle sa défunte mère avait voué sa vie, acceptant sans mal son nouveau rôle au sein de la commanderie.

Elle peut enseigner les sorts suivants (classés par éléments) (Prix public 500 yus ; membre 350 yus)

Omni-élément
  • Obus magique
  • Arme magique
  • Transfert magique
  • Vague énergétique
  • Transe
Feu
  • Feux follets
  • Comète
  • Cercle de feu
  • Boule de feu
  • Vague de feu
Lumière
  • Souffle de Gaia
  • Protection solaire
  • Trait de lumière
  • Aura fortifiante
  • Bénédiction
Terre
  • Frappe du golem
  • Jet de roche
  • Bouclier de pierre
  • Rejet du sol
  • Epieux
Foudre
  • Atmosphère orageuse
  • Choc des éclairs
  • Nuage orageux
  • Nuage protecteur
  • Cercle protecteur

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Akihito
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Akihito » mer. 6 févr. 2019 17:12

Dans le chapitre précédent...

Deuxième Arc : L’art de faire parler la Foudre

Chapitre IX.3 : Danse opaline

Suivant les enseignements de Tanaeth, Akihiko fléchit légèrement les genoux, posa sa main sur le bout du manche de la Kizoku. Il ferma les yeux, concentrant l'énergie qui parcourait son corps dans son bras gauche et son pouce droit. Poussant sa concentration dans ses derniers retranchements, il ouvrit brusquement les yeux et tira sa lame aussi légère que l'air dans un magnifique sifflement.

D'abord fier de son coup, le Sindel le calma rapidement en effectuant le même coup mais avec une vitesse encore bien supérieure à la sienne. La lame de bois trancha le vide à une vitesse qui fit onduler quelques mèches de cheveux de l'enchanteur.

(Je suis bien heureuse que ce ne soit pas notre adversaire...)

(A qui le dis-tu...)

Rengainant de nouveau le sabre de Faerunne, son instructeur s'adressa de nouveau à lui.

"Dernière chose, la plus importante de toutes peut-être: votre arme doit faire partie de vous, être le prolongement de votre corps. Si vous la considérez comme un objet distinct, vous y perdrez en rapidité, en fluidité et en force parce que, d'une certaine manière, vous serez toujours en train de lutter contre son poids, son inertie au lieu de vous en servir. Vous appliquerez votre énergie à votre arme, ou à votre corps, mais pas les deux en même temps puisque dans votre esprit ils ne formeront pas qu'un et que cela demanderait une concentration beaucoup trop grande dans la furie d'un combat que de l'appliquer à deux choses distinctes en même temps. Aussi, n'essayez pas de dégainer votre sabre: dégainez une part de vous-même, projetez-là de la même manière que vous projetteriez votre main, ou votre pied. Maintenant, essayez?"

Aux oreilles de Akihiko, la remarque faisait sens. Mais il y avait un profond fossé entre vouloir faire intégrer son arme à son corps et y arriver. A plusieurs reprises, le jeune homme échoua à effectuer le geste avec la même fluidité que son hôte. Ce n'était pas faute d'essayer pourtant.

Alors qu'il dégainait une énième fois la Kizoku, Akihiko vit le même domestique qu'avant de nouveau chuchoter quelque chose à l'oreille de son maître. Le visage de Tanaëth se durcit et il jeta presque le sabre dans son râtelier, avant de faire un brusque mouvement de tête à son invité et de partir à grands pas. Le domestique lui s'approcha prudemment de lui.

"Jeune homme, mon Maitre s'excuse de ne pouvoir prolonger votre séjour plus longtemps, mais des personnes peu recommandables vous ont vues entrer ici et cela ne leur a pas plut. Votre présence n'ai pas du goût de toutes les grandes pontes de la ville et sieur Tanaëth'tar Ithil est déjà en train de vous faire gagner quelques précieuses minutes. Il vous faut partir sans plus attendre."

A peine eut-il fini qu'il partit au pas de course dans le dédales des couloirs de la forteresse, ne laissant aucune chance au jeune homme de parler. (Aux vues de la situation, je n'ai peut être pas forcément ce luxe là...)

Emboîtant le pas au grand Sindel, il parcourut nombre de couloirs, descendit plusieurs escaliers dont un long, très long et sombre en colimaçon, à tel point qu'il se demanda s'il n'était pas descendu tout en bas du promontoire rocheux sur lequel la Commanderie était perchée. Une intuition qui se révéla correcte lorsqu'une fois en bas, il tomba sur une lourde porte de pierre. Le domestique lui expliqua à voix basse qu'il s'agissait d'une sortie dérobée, construites par les anciens propriétaires de la bâtisse il a des siècles de cela. A l'aide d'un mécanisme secret dont le fulguromancien ne perçut pas la nature à cause de l'obscurité à peine éclairée par la torche qui brûlait dans la main du domestique, le panneau de pierre s'ouvrit dans un bruit sourd et de crissement de pierre contre pierre. Remerciant à voix basse le domestique pour son aide, il se glissa dans l'ouverture et respira une goulée d'air frais. Il entendit ensuite la paroi de pierre se refermer et en se retournant, vit une paroi moussue couverte de végétation, cachant parfaitement la sortie dérobée.
Il se trouvait dans un petit renfoncement rocheux, d'une dizaine de mètres de large, profondément encastré au fond d'une rue déserte. De l'herbe haute, quelques arbustes, le lieu était vraisemblablement peu entretenu. D'un coup d'oeil, il vit une cabane de bois rudimentaire et des armes elles aussi en bois jonchant le sol, preuve que l'espace était souvent investis par les jeunes enfants du voisinage pour y mener quelque bataille épique contre les hordes maléfiques d'Oaxaca... Ou contre les "viles humains".

Et comble de l'ironie, c'est ce qu'il se passa. Alors qu'il vérifiait que chacune de ses possessions étaient avec lui, une ombre arrêta de s'adosser au mur et se plaça entre la rue et Akihiko, lui bloquant le passage. Portant la livrée d'une famille quelconque d'une famille importante de Nessima, le Sindel dégaina une épée droite argentée et un long bouclier de type aspis, pointu aux extrémités et avec deux ouvertures pour laisser bouger librement le bras d'arme en cas de combat rapproché. Il portait également des bottes de cuir renforcées d'acier par des bandes qui garnissaient les extrémités et réparties également sur le dessus. Un casque à cimier argenté lui aussi protégeait son propriétaire, cachant ses traits à l'exception de son sourire narquois alors qu'il pointait son épée dans la direction de Akihiko.

"Oh mais que voilà, notre petit rat tenterait-il de s'enfuir ? Heureusement que je couvrais cette entrée, les autres ne pensaient pas que tu aurais le temps de t'échapper petit rat."

En sans autre forme de procès, il bondit dans un rire sur Akihiko, l'épée au poing.


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Tanaëth Ithil
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Tanaëth Ithil » mer. 26 juin 2019 20:27

Les jours, puis les semaines, passent, ne me laissant que fort peu de loisirs. L'humain Cherock'O Fall ne s'attarde guère, sans doute du fait de l'impossibilité pour lui de se déplacer librement dans ma cité natale, mes concitoyens étant pour la plupart résolument racistes. Les préparatifs du mariage m'occupent également largement, le plus rébarbatif à mes yeux étant les inévitables ronds de jambes envers certains membres de la noblesse, ennuyeux à mourir mais nécessaires pour rétablir ma position sociale à Nessima. Le point positif, c'est que je peux mesurer à cette occasion à quel point l'influence d'Averren, mon ennemi juré, s'est érodée. Non seulement ses perpétuelles manigances et sa soif de pouvoir lui ont aliéné passablement de personnalités, mais de surcroît sa longue absence pour me traquer à travers Yuimen a permis à ses opposants de manoeuvrer sans vergogne pour contrer ses ambitions. Est-ce pour cette raison qu'il ne se manifeste pas durant ces semaines, bien que revenu à Nessima? Peut-être aussi hésite-t-il à agir contre moi du fait de mes fiançailles avec Sylënn, prendre sa puissante famille à la légère serait été une erreur mortelle que mon rusé ennemi est bien trop malin pour commettre. Une chose est certaine: le rapport de force a bien changé depuis l'époque de mon bannissement et j'estime avoir mes chances dans l'inévitable confrontation qui m'attend.

Je fais aussi sommairement connaissance avec les membres de ma nouvelle garde personnelle: Elzekiël'tar Ithil, une lointaine cousine, psychomancienne et sorcière douée qui dirigera la petite troupe; déterminée et directe, je m'entends immédiatement avec elle. Setaya, une soldate et archère montée Sindel au caractère affirmé, endurcie par les épreuves qu'elle a traversées, à commencer par l'extrême pauvreté qu'elle a subie lors de son arrivée à Tahelta après la défaite de Sor-Tini. Aïlann, maître d'armes Sindel taciturne et rusé avec lequel je prends vite plaisir à m'entraîner; Tylëas, lui aussi maître d'armes, ancien Vagabond de sa majesté la reine, un être réservé qu'il me faudra du temps pour cerner. Cërethil, un autre soldat Sindel ayant longtemps protégé les secrets militaires de Balsinh et connaissant par conséquent cette ville et ses mystères sur le bout des doigts. Illays'tar Enoure, nièce de mon amie l'armurière royale Eshrin'tar Enoure, tireuse d'élite et rôdeuse émérite ayant servi un siècle durant dans l'armée de Nessima, plutôt distante au premier abord. Lydiël Keldanor enfin, une archère d'élite Hïnionne envoyée par l'influente noble de Cuilnen Dame Callirhoé d'Escalie. Pourquoi Callirhoé a jugé bon de m'adjoindre Lydiël reste un mystère, cette dernière se contentant de sourire en guise de réponse lorsque je lui pose la question. J'apprends néanmoins qu'elle a été en poste à l'ambassade Hïnionne de Tahelta durant près d'un siècle, ce qui explique peut-être en partie sa présence puisque je connais l'ambassadeur et que je partage avec lui la volonté de renforcer les liens entre nos peuples. En tous les cas Ylis'tar Ithil, ma tante dirigeant l'Aura de Syriën et Ephedym, l'Ithilauster des quartiers pauvres de Tahelta, ont soigneusement choisi chacun des membres de cette garde car aucun n'éveille ma méfiance ou ne m'incite à la réserve.

Quoi qu'il en soit, le grand jour arrive enfin sans que mon ennemi ne se soit manifesté. Un fait dont je ne sais s'il doit me réjouir ou m'inquiéter, en réalité. M'efforçant de ne plus me soucier de lui, advienne que pourra, je me prépare pour la cérémonie avec une sourde anxiété qui ne doit rien à l'Ithilauster. Aujourd'hui je vais prononcer un serment aussi puissant et durable que ceux qui me lient à Sithi et à ma Faëra, une promesse qui perdurera aussi longtemps que je vivrai, selon les traditions de mon peuple. Jamais je ne pourrai me remarier, même si Sylënn venait à mourir, et réciproquement. Je n'ose imaginer comment elle-même le vit, après tout elle a bien plus de raisons que moi de craindre cette union, compte tenu du harcèlement sexuel abject qu'elle a jadis enduré de la part de mon ennemi. De notre ennemi, en fait, au moins est-ce pour nous une sorte de lien: nous le haïssons tous deux avec la même intensité.

(Tu ne voudrais pas finir de te préparer, au lieu de repenser sans arrêt à ce maudit? Tu n'as plus que lui en tête, ça devient inquiétant...), maugrée Sindalywë.

(J'arrêterai de penser à lui quand il sera mort. Seulement, je ne sais pas comment m'y prendre pour parvenir à ça en conservant mon honneur et ma réputation. La seule chose qui pourrait me permettre de le défier légalement c'est ses actes envers Sylënn, seulement elle n'acceptera jamais qu'ils soient rendus publics. Pour le reste, je n'ai aucune preuve, pas de témoins, rien. Et ce n'est pas faute d'avoir cherché. Et puis, je trouve absurde qu'il n'ait rien tenté depuis son retour, ça ne lui ressemble pas et ça me rend nerveux.)

(Tu as vécu trop longtemps loin des tiens, Tanaëth, parmi des peuples à la vie brève. Souviens-toi qu'ici, les plans peuvent s'étaler sur des siècles, quelques semaines, mois ou mêmes années, qu'importe? Patience, tôt ou tard il devra bien se dévoiler.)

(Oui...mais j'aurais préféré conserver l'initiative, initiative dont ce stupide bouffon de petit noble m'a privé le jour des fiançailles.)(*)

(Tu peux y changer quelque chose?)

(C'est ce que je me demande, précisément.)

Mais j'ai beau tourner et retourner tous les éléments en ma possession, aucune stratégie viable ne se dessine. Force m'est d'attendre le premier coup, et Sithi sait que j'ai horreur de ça! Un profond soupir s'échappe de ma poitrine, manière d'évacuer l'anxiété qui me tenaille, mieux vaudrait que je n'aie pas une tête d'enterrement durant le mariage, et achève enfin mes préparatifs méticuleux. L'heure est venue de me rendre au temple de Sithi... bon sang... que suis-je en train de faire?!

*****

(*) Le petit noble en question a forcé Tanaëth a user du jugement de Sithi, une coutume martiale permettant un duel à mort, en s'opposant aux fiançailles sous prétexte que Tanaëth était un hérétique. Or Tana escomptait que son véritable ennemi, l'Ithilauster Avërren, fasse cette erreur afin que le duel ait lieu contre lui.

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Yliria
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Yliria » dim. 21 juil. 2019 15:56

<< Auparavant

Une arrivée qui dérange

Comme je le craignais, notre arrivée ne se fit pas aussi paisiblement que Nyllyn avait bien voulu me le faire croire et déjà les gardes arrivaient. J’avais toujours le bras en piteux état, mais je posai néanmoins ma main sur le pommeau de ma lame elfique. Je n’étais pas venue jusqu’ici pour me faire emprisonner sans rien faire. Nyllyn me jeta un regard à la fois désolé et inquiet tandis que le Sindel qui avait appelé les gardes se faisait remettre à sa place par le Seigneur Ithil. Je tiquai au mot « engeance » mais me contentai de pincer les lèvres en jetant un regard torve au Sindel qui vociférait. Regard qu’il ne dut même pas voir, tout concentré qu’il était à hurler à la trahison. Nyllyn et moi fûmes surprise de voir le Seigneur Ithil l’attraper par le col et, devant son refus d’obéir, de lui envoyant son poing ganté en plein visage, me laissant bouche bée. Nyllyn regarda son mentor avec une admiration encore plus forte qu’avant et les personnes autour écarquillèrent les yeux devant le spectacle qui leur était offert.

"Qu'est-ce encore que ce merdier, par Sithi?!"

Une voix claqua soudainement tandis que la porte s’ouvrait sur une Sindel au visage fermé et passablement énervé. D’autres Sindeldi l’accompagnaient, mais pas que, je fus notamment surprise de voir une Hinïonne qui me jeta un regard meurtrier qui me fit frémir. La situation empirait de secondes en seconde. Je tiquai de nouveau lorsque la Sindel, visiblement quelqu’un d’important, nous adressa un regard colérique et méprisant. L’insulte me fit grincer des dents mais je restai stoïque, ce n’était vraiment pas le moment d’empirer les choses. Il y avait beaucoup trop de monde pour que cela se règle tranquillement, surtout lorsque le Seigneur Ithil ignora superbement la Sindel qui bouillonnait de rage tandis qu’il demandait à ce qu’on prépare une chambre pour nous et fasse quérir un guérisseur. Il se tourna vers nous et je vis du coin de l’œil l’Hïnionne s’avancer légèrement et froncer un peu plus les sourcils.

- Seigneur’tar Ithil… Que fais une Shaakte ici ? Cette vermine doit être…

- La vermine t’entend !

J’en avais un peu marre de me faire insulter par tout le monde et j’avais haussé la voix, attirant les regards, pour la vaste majorité étonnés ou furieux. Celui, inquiet de Nyllyn fut le seul qui aurait pu m’importer, mais je bouillonnais et fouillai mon cou pour en sortir le pendentif de l’ordre que je mis bien en évidence.

- Si je suis ici c’est pour une bonne raison, qui concerne le Seigneur Ithil. Je n’ai pas fait des milliers de kilomètres dans le but de servir l’Ordre pour être ensuite insultée par des ignares intolérants sous prétexte que je suis à moitié shaakte.

En voyant les visages devenir furibonds et les mains se porter sur les poignées des armes présentes, je me dis qu’insulter toute une troupe de Sindeldi armés jusqu’aux dents étaient vraiment une connerie monumentale vu ma situation. Alyah était totalement d’accord avec ce point, mais je sentais qu’elle était presque aussi énervée que moi.

- Vous détestez les Shaakts ? Merveilleux, moi aussi ! Et si vous ne pouvez pas supporter ma présence, contentez-vous de m’ignorer, parce que je ne vais pas me laisser marcher dessus au prétexte d’une haine vieille de milliers d’années qui n’a rien à voir avec moi ! Et je n’ai pas fait tout ce chemin pour repartir sans avoir fait ce qu’on m’a demandé !

- Espèce d’insolente petite…

- Assez !

Une autre Sindel haussa la voix et foudroya l’Hinïonne du regard qui se tut et s’inclina doucement. La Sindel se tourna vers moi et s’approcha, s’arrêtant devant moi avant de scruter le Seigneur Ithil d’un étrange regard qui retomba ensuite vers moi. Elle me fixa d’un regard dur et je le lui rendis sans faillir. Comme si j’allais ravaler mes paroles maintenant !

- Ton nom.

- Yliria Varnaan’tha.

- Pourquoi ?

Je fronçai les sourcils. Pourquoi quoi ? Pourquoi j’étais venue ? Pourquoi je faisais partie de l’Ordre ? Pourquoi je l’ouvrais devant tous ces gens alors que j’étais en train de pisser le sang à cause de la blessure sur mon bras ?

- Parce que c'est par ma seule volonté que mes armes se meuvent.

Silence pesant tandis que la Sindel me scrutait sans bouger le moindre cil, comme si elle était complètement figée. Un mince sourire apparut finalement sur son visage et elle se tourna vers le Seigneur Ithil.

- Elle me plaît.

Elle s’adressa aux serviteurs et leur enjoignit de faire ce qu’on leur avait demandé avant de se retourner vers le reste des Sindeldi.

- Je donne le bénéfice du doute à mon cher cousin. Mais tu vas devoir nous expliquer tout cela en détail. Les deux jeunes devront être évidemment présentes, mais il serait plus judicieux d’attendre demain que les esprits échauffés se calment et que les blessures soient guéries. Cela vous convient-il ?

Elle parlait à tout le monde, particulièrement à la Sindel qui fixait toujours le Seigneur Ithil d’un œil furieux. Je vis quelques regards qui en disaient suffisamment sur leurs pensées se tourner vers moi, mais j’attendis patiemment. Par Meno s’ils refusaient d’écouter celle qui était visiblement la cousine du Seigneur Ithil, je n’allais pas pouvoir faire grand-chose face à cette forêt de lames.

Suite >>
Modifié en dernier par Yliria le jeu. 1 août 2019 11:51, modifié 3 fois.

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Tanaëth Ithil
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Tanaëth Ithil » lun. 22 juil. 2019 02:46

A peine ai-je achevé ma phrase que Lydiël, l'archère Hinïone membre de ma garde, s'avance, sourcils froncés, pour me demander ce qu'une Shaakte fait là, la traitant elle aussi de vermine. Avant qu'elle n'ait fini de parler, Yliria extirpe le pendentif de l'Opale et s'exclame avec colère que la "vermine" l'entend, puis ajoute en haussant le ton qu'elle est venue ici pour une bonne raison qui me concerne et qu'elle n'a pas fait un long voyage au service de l'Ordre pour se laisser ainsi insulter. A ces mots quasiment tous les Sindeldi présents portent leurs mains à leurs armes, prêts à se jeter sur la jeune semi-Elfe. Par Sithi, n'ont-ils rien appris de nos erreurs, mes frères et soeurs de race? Loin d'en rester là, Yliria ajoute avec colère:

"Vous détestez les Shaakts ? Merveilleux, moi aussi ! Et si vous ne pouvez pas supporter ma présence, contentez-vous de m’ignorer, parce que je ne vais pas me laisser marcher dessus au prétexte d’une haine vieille de milliers d’années qui n’a rien à voir avec moi ! Et je n’ai pas fait tout ce chemin pour repartir sans avoir fait ce qu’on m’a demandé"!

J'aurais préféré qu'elle s'abstienne de réagir, d'un côté, cela risquant fort d'envenimer la situation, mais de l'autre je ne puis qu'approuver ses paroles et admirer une fois encore son courage. Et Sithi sait qu'il en faut pour se dresser ainsi face à tant d'ennemis potentiels, d'autant plus que ce ne sont pas les premiers venus. Si Sylënn se contente fort heureusement d'observer la scène d'un regard polaire, Lydiël s'offusque de ces réparties et fait mine de la remettre à sa place, mais ma cousine Elzekiël lâche un "assez" digne d'un sergent hargneux et fixe l'Hinïone d'un regard si sévère que cette dernière s'interrompt et s'incline doucement en signe d'obéissance.

Ma cousine s'approche alors d'Yliria pour la scruter avec attention avant de me jeter un coup d'oeil perçant, comme si elle cherchait à savoir le fond de ma pensée. Sans un mot, je rive les yeux dans ceux de ma parente et hoche imperceptiblement la tête, manière de lui indiquer que je lui laisse prendre la situation en main. Mieux vaut que ce soit elle qui intervienne à mon sens car sa neutralité, notamment à l'égard de mon épouse, aura peut-être le pouvoir d'apaiser les choses. D'autant plus que je ne suis pas particulièrement d'humeur sereine et que la tension entre Sylënn et moi est encore vive suite à ce qui s'est passé chez Averenn. Elle reporte son attention sur la jeune femme et lui demande sévèrement son nom, puis lâche un simple "pourquoi" qui semble laisser Yliria un peu perplexe. Elle se reprend vite, cependant, et prononce avec un bel à-propos la devise de l'Opale. S'ensuit un pesant mais bref silence, puis Elzëkiel se fend d'un discret sourire avant de m'annoncer que la semi-Shaakte lui plaît. Après que je lui aie retourné un même sourire en miroir, elle fait signe aux serviteurs quasiment tétanisés d'obtempérer, puis fait face à la petite assemblée présente et propose calmement:

"Je donne le bénéfice du doute à mon cher cousin. Mais tu vas devoir nous expliquer tout cela en détail. Les deux jeunes devront être évidemment présentes, mais il serait plus judicieux d’attendre demain que les esprits échauffés se calment et que les blessures soient guéries. Cela vous convient-il?"

Malgré quelques regards peu amènes dirigés vers Yliria, les membres de ma garde acquiescent tour à tour, à mon plus grand soulagement. Il ne dure malheureusement pas car Sylënn ne semble absolument pas l'entendre de cette oreille, à en juger par son air ulcéré. D'un ton dangereusement dépourvu de toute intonation, elle rétorque en me fixant:

"Dis-moi, cher époux, cette demeure, censée être devenue la mienne, est-elle vouée à devenir un repaire d'Eruïons et autres races aussi peu recommandables? Crois-tu que je vais laisser quiconque, amie ou cousine peu m'importe, m'imposer quoi que ce soit dans ma propre maison? Parce que si c'est le cas, j'ai le regret de t'annoncer que tu cours au devant d'une sévère désillusion. Quant à Lubjaen, dois-je en déduire que tu es prêt à te dresser contre les tiens pour protéger l'une de nos ennemies?"

Soutenant sans détour son regard de jade, je prends sur moi pour lui répondre avec un calme que je suis très loin d'éprouver intérieurement:

"Non. Mais je suis prêt à me dresser contre quiconque s'aviserait de nuire à une Danseuse d'Opale. Et je n'ai strictement rien à fiche qu'elle soit d'une race ou d'une autre, si elle a été acceptée parmi nous c'est qu'elle en est digne et je la défendrai comme s'il s'agissait de ma propre soeur. En conséquence, j'attends de toi que tu l'accueilles comme telle, tout comme tu es en droit d'attendre que j'accueille chaleureusement les membres de ta famille."


Je marque une courte pause, puis ajoute sur le même ton:

"Maintenant, je suis épuisé, je me suis pris je ne sais combien de ténébreux sortilèges, cette vermine d'Averenn a bien failli me congeler et j'ai perdu assez de sang pour en remplir une bassine. Alors si tu veux bien, je vais aller me décrasser et tâcher de recoudre mes plaies avant que l’hémorragie ne m'achève pour de bon. J'apprécierais par ailleurs énormément que ma tendre épouse m'aide à me débarrasser de cette foutue armure, parce que là, je ne suis même plus sûr d'en avoir la force. Alors je te pose la question: m'aideras-tu ou dois-je demander l'assistance de l'un ou l'autre de nos serviteurs?"

Sylënn me dévisage en silence, aussi dure et froide que de coutume, mais je commence à la connaître et je discerne dans ses prunelles un trouble des plus inhabituels. Au bout de plusieurs secondes, assez pour que je sois sur le point de quérir l'appui d'un serviteur, elle lâche à mi-voix:

"Je vais t'aider. Mais que ce soit clair: tu ne bougeras pas d'ici avant que nous ayons eu une sérieuse discussion, en privé. Et par Sithi tu as intérêt à être sacrément convainquant, Tanaëth, parce que cette fois tu as largement dépassé les bornes."

J'acquiesce d'un grave hochement de tête, puis demande à ma cousine:

"Elzekiël, peux-tu t'occuper de nos invitées et veiller à ce qu'elles ne manquent de rien?"

"Bien entendu".

Me tournant ensuite vers Yliria et Nyllyn, j'ajoute avec un pâle sourire:

"Difficile de faire pire comme accueil, pas vrai? Mais je vous en prie, ne jugez pas trop durement mon peuple, il vit depuis plus de vingt millénaires sous le joug écrasant du clergé de Sithi et, croyez-moi, échapper à son endoctrinement n'a rien d'aisé. Allez maintenant, vous aussi avez besoin de soins et de repos. Demain nous parlerons."


Ayant dit, je m'empare en douceur du bras de mon épouse, autant pour éviter de m'effondrer que pour sauvegarder un tant soit peu les apparences rudement malmenées, puis nous nous retirons tandis que ma cousine invite les deux jeunes femmes à la suivre.

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Yliria
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Yliria » mar. 23 juil. 2019 19:12

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La tension ne semblait guère baisser malgré la proposition de la Sindel qui n’était pas, contrairement aux autres, obtuse et pleine de préjugés. Ce fut une autre Sindel, la première à avoir ouvert la bouche, qui répliqua alors, directement au Seigneur Ihtil. Je sentis Nyllyn se tendre au son du mot « époux » et je la vis fixer la Sindel avec un air que je n’avais jamais vu sur son visage, mais qui n’avait rien de rassurant. Je tiquai encore aux paroles de la Sindel, mais le Seigneur Ithil prit les choses en main au grand dam de l’Hinionne qui me regardait toujours avec des yeux emplis de haine qui m’aurait sans doute fait froid dans le dos si je n’étais pas aussi énervée par toutes ces insultes. Je me contentai de l’ignorer pour suivre la conversation glaciale entre le Seigneur Ithil et son épouse. Les mots du Sindel ne firent visiblement pas l’unanimité, mais ils firent écho aux paroles que le commandeur avait prononcés pour moi des mois auparavant. Malgré tout, son épouse ne semblait guère convaincue, mais consentit à nous laisser nous reposer, m’arrachant un léger soupir de soulagement, à peine perceptible.

La Sindel qui avait tenté de calmer les esprits, nommée Elzekiël,fut chargée de nous accompagner par le Seigneur Ithil qui se tourna vers nous.

- Difficile de faire pire comme accueil, pas vrai? Mais je vous en prie, ne jugez pas trop durement mon peuple, il vit depuis plus de vingt millénaires sous le joug écrasant du clergé de Sithi et, croyez-moi, échapper à son endoctrinement n'a rien d'aisé. Allez maintenant, vous aussi avez besoin de soins et de repos. Demain nous parlerons.

Je jetai un œil au comité d’accueil et haussai les épaules.

- J’ai connu pire… Je… oui, je comprends. Merci pour tout.

Je m’inclinai doucement, Nyllyn faisant de même, avant de suivre Elzekiël, jetant un dernier regard à la petite assemblée qui semblait nous suivre du regard. Regard qui était noir pour certain, plus mitigé pour d’autres. Si au moins certains pouvaient commencer à douter, tout cela n’aurait pas été fait en vain.

Nous suivîmes la Sindel au cœur de la bâtisse, croisant d’autres Sindeldi qui semblaient surpris et qui, pour la plupart, portaient leurs mains à leurs armes avant de se faire rappeler à l’ordre par Elzekiël. Elle nous conduisit jusqu’à une chambre plus spacieuse que je n’aurai imaginé et en désigna une deuxième que Nyllyn refusa, arguant que nous étions depuis longtemps habituées à partager une chambre, voire un lit si cela était nécessaire. La Sindel n’insista pas et nous pûmes enfin poser nos affaires avec un soupir de soulagement non feint qui lui tira un sourire.

- Je pense qu’il serait préférable que vous ne sortiez pas pour aujourd’hui, je pense que vous comprenez aisément pourquoi. Je vous ferai monter de quoi manger et viendrai vous chercher demain pour la réunion. Dès que la guérisseuse se sera occupée de mon cousin, je l’enverrai vers vous.

- Merci… Et merci de vous être interposée tout à l’heure.

- Contrairement à beaucoup de mes frères et sœurs, j’ai pu voir au-delà de ce que le clergé nous fait croire. Et même si les Shaakts restent nos ennemis, une jeune semi-shaakte n’est pas ce contre quoi nous luttons.

Elle sortit avec un sourire, ajoutant une dernière chose avant de fermer la porte.

- Et qui sait, peut-être que d’autres verrons que notre naissance ne définit pas qui nous sommes. Je pense que vous serez d’accord avec moi sur ce point, Yliria Varnaan’tha.


Sur ces paroles cryptiques, elle referma la porte et nous laissa seules, Nyllyn et moi. Nous en profitâmes pour nous laver, Nyllyn m’aidant pour compenser mon bras blessé qui commençait peu à peu à devenir réellement handicapant. Dans l’intensité du moment, j’avais oublié de prendre une simple fiole pour me soigner, et maintenant, je me voyais mal accueillir la guérisseuse avec un simple « Tout va bien finalement ! ». Et de plus, j’étais curieuse de voir une guérisseuse en action. J’avais des fluides de lumière désormais, autant apprendre à les utiliser.

Lorsqu’elle arriva, elle ne sembla pas surprise ni rebutée par ma présence, m’ordonnant sans détour de me montrer la blessure, maugréant contre les « imbéciles qui s’en prennent ainsi aux enfants ». Devais-je lui dire que c’était le seigneur Ithil qui m’avait infligé cela ou garder le silence ? J’optai pour la deuxième solution et la regardai faire en silence, admirant sa magie opérer, illuminant ses mains avant que la douleur ne cesse et que la blessure, peu à peu , ne se résorbe, ne laissant qu’une fine cicatrice à ajouter à la collection grandissante. Elle me tapota doucement le bras en me souriant.

- Voila jeune fille, faites tout de même attention, je ne serai pas toujours dans les parages et tout le monde ne sera pas aussi ouvert d’esprit que moi… enfin vous avez dû vous en rendre compte par vous-même.

- Je vous remercie. D’ailleurs, à ce propos… j’ai récemment absorbé des fluides de lumière et… et je cherche un moyen d’apprendre à m’en servir. Quelqu’un serait susceptible de le faire ici ?

Elle me regarda quelques instants d’un air indéchiffrable avant de sourire à nouveau.

- Ce n’est pas tous les jours que l’on croise une Shaakte, et encore moins habitée par la magie de lumière. Hélas je doute que qui que ce soit accepte de vous enseigner…

- Je vois… je m’en doutais un peu pour être honnête.

- Ne soyez pas défaitiste. Je repasserai dans trois jours. Si vous êtes toujours là et si votre souhait n’a pas changé, je pourrais vous donner un petit coup de pouce. Mais ! Que cela soit bien clair dès maintenant, je ne suis pas professeure et il vous faudra un certain temps pour maîtriser un sort si vous n’êtes pas familière avec la magie.

- Vous feriez ça ? Je vous en serais très reconnaissante. Et ne vous en faites pas pour la magie, j’ai des pouvoirs d’enchanteresse et de magie du feu, j’ai quelques notions.

Elle haussa un sourcil avant de hocher la tête.

- Fort bien, nous verrons cela alors. Sur ce, je vous souhaite une bonne fin de journée jeunes filles. On vous l’a sûrement dit, mais ne sortez pas, votre arrivée n’est pas vraiment passée inaperçue ici et tout le monde n’est pas très enclin à vous laisser vous balader dans les couloirs, même avec l’aval du maître des lieux.

Je la remerciai, tout comme Nyllyn, avant qu’elle ne quitte la pièce. Plus tard, alors que j’essayais de trouver le sommeil, Nyllyn se blottit contre moi à ma grande surprise et je l’entendis renifler à plusieurs reprises.

- Nyllyn, qu’est-ce qu’il se passe?

- Rien je... juste, laisse-moi rester un moment comme ça, s’il te plaît.

Un peu éberluée, je l’enlaçai néanmoins en la sentant sangloter contre moi. Elle finit par se calmer et s’endormir alors que je restais éveillée, partagée entre l’incompréhension et la tristesse. Je ne l’avais jamais vu comme ça et ne pas savoir ce qui lui arrivait me faisait me sentir impuissante. Lentement, le sommeil finit néanmoins par venir me trouver et je rejoignis mon amie aux pays des songes.

Le lendemain, Elzekiël nous conduisit de nouveau, nous emmenant dans une salle où se dressait une table avec autour le Seigneur Ithil, son épouse, quelques personnes de la veille, notamment l’Hinionne, Elzekiël et Nyllyn et moi. Ce fut Elzekiël qui prit la parole la première, brisant le silence tendu.

- Bien, puisque tout le monde est là, nous pouvons commencer j’imagine. Cher cousin, nous feras-tu cet honneur en nous expliquant tout ceci ?

En voyant le visage de la femme de celui-ci, je commençai à me dire que peu importe ce que lui ou moi pourrions dire, rien ne lui ferait accepter notre présence ici. Et après c’était moi moi qui étais têtue…

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Modifié en dernier par Yliria le jeu. 1 août 2019 16:54, modifié 7 fois.

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Tanaëth Ithil
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Tanaëth Ithil » jeu. 25 juil. 2019 19:36

Sylënn conserve un inquiétant mutisme tandis que nous nous rendons dans nos luxueux appartements où elle m'aide impatiemment à me défaire de mon équipement. Ce n'est qu'en avisant mon épaule salement lacérée et le sommaire bandage rougi qui entoure le haut de mon bras percé d'un carreau d'arbalète qu'elle s'exclame:

"Par Sithi! Qui t'a fait ça?!"

"Une espèce de goule, toute une meute nous est tombée dessus dans les souterrains. Et l'un des sbires d'Averenn pour le bras..."

Mon épouse secoue la tête à ces mots, avec, dans le regard, une lueur étrangement...désemparée? Étonnant, jamais je n'ai aperçu la moindre faille dans son assurance jusqu'à ce jour. Quoique, en y repensant, j'ai déjà remarqué un trouble inhabituel dans ses prunelles quelques instants plus tôt, que lui arrive-t-il? Un peu perplexe, je lui demande doucement:

"Eh bien, cela a l'air de te surprendre... que se passe-t-il, Sylënn?"

"Je...je ne sais pas...c'est comme si...comme si quelqu'un m'avait droguée..."

"Que veux-tu dire par là?" lui demandé-je encore en fronçant les sourcils d'incompréhension.

"Je...je me souviens d'être allée chez Averren après qu'Elzekiël m'ait informée que tu allais t'y rendre, mais après... tout est... flou. Il me semble que tu étais là, mais je n'arrive pas à me souvenir de ce qui s'est passé, c'est comme un de ces cauchemars dont on ne se souvient qu'à moitié au réveil. Je crois...je crois que je l'ai tué, Tanaëth...et maintenant...maintenant tu amènes ici ces deux misérables créatures sorties de nulle part, dans ma propre demeure! Et ta prétentieuse de cousine qui se comporte comme si c'était elle qui dirigeait ici! C'en est trop, tu comprends ça?!"


Si la première partie de sa réponse était hésitante et pleine de doutes, c'est avec une profonde colère qu'elle l'achève, ses vertes prunelles brûlant d'un éclat accusateur rivées aux miennes. Si de prime abord je ne saisis absolument pas ce qui lui arrive, une lueur de compréhension ne tarde pas à s'immiscer en mon esprit : j'ai tenté d'utiliser le pouvoir supposé de la cape de Revan pour que nul ne sache vraiment ce qui s'est passé chez mon ennemi, à ce qu'il semblerait il a parfaitement fonctionné... un peu trop bien, même, à mon goût.

(Merde, je fais quoi maintenant? Je lui explique tout? Je la laisse dans le doute en lui disant qu'elle a effectivement dû être droguée?)

(Tu en as d'autres des idées comme ça? Averenn est mort, tu lui expliqueras ça comment? En lui laissant croire qu'elle est la seule responsable? Sois honnête avec elle, si tu veux qu'elle te fasse confiance un jour!)

Après un profond soupir, j'entreprends de relater à ma compagne les événements qui se sont déroulés depuis notre séparation au temple de Sithi, sans rien omettre cette fois, tout en m'efforçant de me décrasser un peu en attendant Eshrin. A ma surprise, Sylënn prend l'initiative de m'aider dans cette dernière tâche, attentive à mes paroles mais se gardant bien de m'interrompre. Quant à la présence d'Yliria et de Nyllyn, je me borne à lui faire lire la lettre remise par Tyrdann et lui promets de plus amples explications lors de la réunion qui aura lieu le lendemain. Reste à la persuader que personne n'usurpera sa place de maîtresse des lieux et que ma cousine n'a agi que pour apaiser les esprits échauffés...

Lorsque Eshrin arrive enfin, une bonne heure plus tard, ma chère et tendre n'est pas vraiment convaincue, mais elle n'a apparemment aucune envie de se donner en spectacle et, l'armurière royale insistant lourdement sur la nécessité de me reposer, admet du bout des lèvres que le reste peut attendre le lendemain. Il me faut aussi persuader Eshrin d'aller s'occuper ensuite d'Yliria ce qui, par chance, ne s'avère pas trop ardu, la mère de Llyann ayant passablement voyagé sur Yuimen et m'accordant une solide confiance. J'apprends par ailleurs d'elle que Llyann récupère de ses blessures en sa demeure après avoir faussé compagnie à son père qui, en réalité, n'a fait que tenter de stabiliser son état après qu'elle ait pris des coups lors de l'attaque sur le chemin du temple et lui ait été amenée par certains de ses serviteurs! Si cela me laisse perplexe, mon soulagement est tel que je me contente de la remercier de cette information sans creuser davantage la question. Une fois mes blessures miraculeusement guéries par la lumineuse magie d'Eshrin - étonnamment je ne la hais pas, celle-ci - et la guérisseuse partie, j'adresse un sourire ouvertement ironique à mon épouse et lâche d'un ton qui ne l'est pas moins:

"Je ne m'attendais pas vraiment à ce qu'elle se passe bien, mais tout de même, je n'imaginais pas notre nuit de noces ainsi..."

Cette plaisanterie me vaut un regard aussi noir que les souterrains de Sanssitr mais, après un instant d'hésitation, Sylënn finit contre toute attente par se fendre d'un léger sourire en coin:

"Après ta calamiteuse demande en mariage et nos pitoyables fiançailles, je commence à croire que tu le fais exprès!"

"J'avoue que les apparences ne plaident pas en ma faveur", lui rétorqué-je en riant avant d'ajouter avec malice : "mais fais-moi quand même une faveur: ôte ton armure avant de venir te coucher."

Ma réplique fait visiblement grincer des dents ma tumultueuse épouse, me faisant craindre d'avoir été trop loin, mais elle se borne à hausser les épaules en soupirant:

"Ne commence pas avec ça, tu veux? Tu sais très bien que..."

"Que tu as une peur bleue? Oui, je sais ma douce. Mais..."

"Je ne suis pas ta douce, par Sithi! Et je n'ai pas peur, c'est juste que... bon sang, tu me saoules! Arrête ça", gronde-t-elle rageusement!

Je pourrais lui répondre que je sais reconnaître la peur dans les yeux de quelqu'un lorsque elle s'y manifeste, mais tout ce que j'y gagnerais serait de la braquer davantage. Néanmoins je ne suis pas décidé à abandonner ainsi la partie, aussi je m'approche d'elle sans hâte afin de frôler sa joue d'une légère caresse, geste qu'elle accueille avec un brusque mouvement de recul en crachant entre ses dents serrées:

"Ça suffit! Laisse-moi tranquille!"

C'est à mon tour de hausser les épaules, non sans adopter une expression profondément blessée. Pure comédie de ma part, en réalité sa rebuffade ne m'atteint pas plus que ça car je sais qu'elle n'est pas vraiment dirigée contre moi, mais Sylënn ne paraît pas le réaliser car elle s'empourpre de honte et murmure d'un ton un peu penaud:

"Je...je suis désolée Tanaëth...je n'arrive pas à oublier..."

Lui souriant avec une certaine tristesse, non feinte celle-ci, je lui réponds doucement:

"Je peux aisément le comprendre, Sylënn. Ce n'est pas grave, ne t'en fais pas. Sur ce je vais aller m'allonger un peu, j'ai vraiment besoin de récupérer."

C'est sous le poids de son regard pensif que je m'exécute et ferme les yeux afin de me plonger dans l'état méditatif qui me permettra de me ressourcer. Mais, avant que je ne l'aie véritablement atteint, apaiser mes pensées en ébullition après tous les événements de ces dernières heures n'a rien d'aisé, j'ai la totale surprise de sentir soudain quelqu'un venir s'allonger auprès de moi! Ouvrant les yeux, je découvre avec effarement qu'il s'agit de mon épouse, et sans armure encore!

"Sylënn? Que..."

Un air gêné sur le visage, elle pose doucement un doigt en travers de mes lèvres et me murmure de me taire avant de se blottir contre moi, chastement certes, mais je n'en reviens tout de même pas! Me gardant bien de tout geste malencontreux, je passe tendrement un bras autour de ses épaules, savourant cette victoire imprévue plus amplement encore que celle que je viens de remporter contre mon ennemi.

Bien des heures plus tard, nous rejoignons la salle de réunion où se trouvent déjà plusieurs de mes compagnons: Elzekiël bien sûr, mais aussi Lydiël, l'archère Hinïonne, et Tylëas l'ancien Vagabond. Nyllyn et Yliria ne tardent pas à nous rejoindre, leur présence engendrant aussitôt une tension palpable que Lydiël s'empresse de rompre:

"Bien, puisque tout le monde est là, nous pouvons commencer j’imagine. Cher cousin, nous feras-tu cet honneur en nous expliquant tout ceci ?"

Je réprime durement une grimace lorsqu'elle prend la parole, l'intention est louable mais elle usurpe une fois de plus la place de mon épouse et cela finira par coincer sérieusement. Toutefois le moment est mal choisi pour l'inciter à la prudence. D'autre part il y a dans cette situation quelque chose qui me dérange fortement à titre personnel, aussi est-ce après avoir fixé sévèrement chacune des personnes présentes, exception faite des deux jeunes Elfes, que je prends la parole d'un ton dur:

"Je n'ai guère l'habitude de justifier mes actes, cousine, ceux qui ne sont pas prêts à me faire confiance sont libres d'aller voir ailleurs si j'y suis. Toutefois j'admets que la situation est particulière, aussi vais-je le faire cette fois."


Je marque une courte pause pour donner du poids à mes paroles, puis reprends:

"Sithi m'a demandé de protéger et de guider notre peuple, c'est exactement ce que je suis en train de faire. Dites-moi, combien de fois devrons-nous encore perdre notre patrie, combien de défaites devrons-nous encore subir avant de comprendre que la voie que prônent les Ithilausters ne mène nulle part? Ils nous incitent au racisme le plus primaire et nous isolent pour conserver leur main-mise sur le peuple, sur nous. Ils prônent notre supériorité sur tous les autres peuples dans ce même but, mais réfléchissez : avons-nous connu tant de succès et de bonheur que nous puissions nous flatter d'avoir fait mieux que les autres races? Croyez-vous vraiment que nos armées sont assez puissantes pour que nous soyons en mesure d'affronter seuls Oaxaca et ses hordes innombrables alors même que nous venons de perdre plusieurs de nos colonies? Alors qu'elle a réussi à menacer jusqu'à notre capitale et à trucider nos souverains?"


Nouveau silence, aussi pesant qu'une montagne, puis je poursuis:

"J'ai combattu les forces de cette maudite sur ses propres terres, j'ai affronté ses troupes et ses créatures parmi les plus puissantes et je vous l'affirme: sans alliés nous nous ferons écraser. Continuons à mépriser tout ce qui n'est pas Sindel, ou Hinïon, exactement comme vous êtes en train de le faire, et bientôt il nous faudra chercher une nouvelle terre, si tant est qu'il reste des Sindeldi pour fuir."


Je scrute chaque personne présente avec gravité, au cas où quelqu'un souhaiterait contester mes dires, mais comme cela ne semble pas être le cas j'enchaîne:

"Venons-en maintenant à la présence d'Yliria et Nyllyn. Elles font partie de l'Opale, comme d'autres membres de races étrangères, précisément parce que l'Ordre a conscience de ce que je viens de vous dire. Nous sommes présents sur Nirtim et en Imfitil, nous avons tissé là-bas des liens avec d'autres peuples: Hinïons, Thorkins, Humains et j'en passe, tout comme nous avons commencé à tisser ici des liens avec les Eruïons. Nos seuls ennemis sur ce monde sont ceux qui servent Oaxaca, pas une semi-Shaakte qu'aucun des deux peuples dont elle est issue n'accueillera jamais et certainement pas une Taurionne dont le peuple combat chaque jour les alliés d'Omyre en Imfitil. Ces deux jeunes femmes ont choisi de soutenir notre cause en rejoignant l'Opale, et vous les traitez comme des ennemies? J'ai honte d'être Sindel lorsque je vois pareilles réactions, et pas davantage je ne me glorifierais si j'étais un Hinïon, d'autant plus que vous vous êtes alliés aux Shaakts de Caix Imoros il n'y a pas si longtemps. Où est passée la prétendue sagesse légendaire de nos peuples, mes amis? Ne réalisez-vous pas que vous vous comportez exactement comme ceux que vous méprisez? Que vous, Sindeldi, cautionnez par cette réaction les agissements et dogmes de ce clergé qui a causé la destruction de notre monde d'origine? Ouvrez les yeux avant qu'il ne soit trop tard, je vous en conjure!"


Des paroles dures, certes, mais comment espérer ébranler des certitudes aussi solidement ancrées autrement qu'en les malmenant? Je ne suis et ne serai probablement jamais un diplomate, jamais je ne mâche mes mots, mais j'espère tout de même que mon discours enflammé saura faire réfléchir les personnes présentes. Après un bref silence qui me semble pourtant interminable, c'est Sylënn qui demande soudain abruptement:

"Qu'est-ce que c'est que cette histoire de liens avec les Eruïons? Ce sont nos ennemis depuis toujours, ils massacrent notre peuple et pillent nos villages, nos fermes! L'aurais-tu oublié?"


"A qui la faute? Nous les avons presque totalement exterminés, avons pris leurs terres et les avons cloîtrés dans un désert où ils ne subsistent que par miracle! As-tu seulement idée des conditions dans lesquelles ils survivent? Du nombre de leurs enfants qui crèvent parce qu'ils sont incapables de les nourrir? Ils n'ont d'autre choix que d'essayer de s'emparer de cette nourriture qui leur fait tant défaut, Sylënn, sans elle ils ne survivraient pas. Mais là encore, continuons sur la voie actuelle et nous serons sûrs d'une chose: ils rejoindront Oaxaca sans hésiter s'ils en ont l'occasion. Maintenant, tu as lu la lettre que m'a remise Nyllyn: le commandeur Tyrdann nous y informe avoir appris que les Eruïons s'agitent, ce qui corrobore ce que j'ai moi-même constaté lors de mon retour de Raynna. Or c'était un Sindel qui était la cause des troubles qui se préparaient, et d'après ses derniers mots il est clair qu'il n'agissait pas pour son propre compte. En cela Yliria pourrait nous être d'une aide cruciale, ne l'avez-vous pas presque tous prise pour une Eruïonne? Mais d'ailleurs, si j'ai bien compris les mots de Tyrdann, n'est-ce pas précisément pour cette raison que tu es venue, Yliria?"
Modifié en dernier par Tanaëth Ithil le jeu. 1 août 2019 03:44, modifié 1 fois.

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Re: Commanderie d'Opale

Message par Yliria » ven. 26 juil. 2019 23:37

<< Auparavant


La tension ne sembla monter d’un cran après les paroles d’Elzekiël, notamment en provenance de la femme du Seigneur Ithil qui lui lança un regard glacial. Je n’avais aucune idée des diverses tensions qui régnaient, mais je n’en étais pas la cause cette fois, cela devait venir d’autre chose. Le seigneur Ithil prit néanmoins la parole, parlant d’une manière qui fit hausser ou froncer les sourcils des personnes présentes. Autant dire qu’il envoyait tout le monde paître s’ils n’étaient pas contents de ses choix.

(Marrant, tu fais pareil.)

(C’est bon, n’en rajoute pas.)

J’appris beaucoup en l’espace de très peu de temps en écoutant le discours du Seigneur Ithil. Le clergé qui manipulait le peuple Sindel pour plus de pouvoir, l’enfermant dans un isolement et un racisme primaire qui expliquaient probablement les réactions de notre arrivée. La guerre contre Oaxaca, que je ne voyais jamais que comme quelque chose de lointain, mais qui avait un vrai impact sur le peuple Sindel selon ses dires. Lorsqu’il en vint à parler des réactions que nous avions suscitées la veille, je fus quelque peu surprise par sa véhémence à l’égard des autres personnes présentes.

(Il n’y va pas par quatre chemins…)

Il fut interrompu par sa femme qui n’était guère prête à faire des concessions concernant les Eruïons et ce que j’appris de sa bouche et de la réponse de son mari me fit froncer les sourcils. Les tueries continuaient, des gens mourraient de faim à cause de ce clergé et eux, dans les belles maisons, ils jugeaient, sans rien connaître d’autre que les belles paroles de menteurs et la haine et le mépris des autres peuples. Et ça se prétendaient sages et supérieurs. Orgueilleux, vaniteux et ignares oui…

(Je te déconseille de leur envoyer tes pensées en pleine figure.)


(Je ne suis pas stupide…)

(Non, mais tu es impulsive. Calme-toi.)

Je sursautai lorsque le Seigneur Ithil se tourna vers moi, tous les regards convergeant vers moi et Nyllyn à mes côtés. C’était à moi d’expliquer tout ça ? Il avait lu la lettre non ? Nyllyn me donna un discret coup de pied et je pris mon courage à deux mains.

- En quelque sorte oui. Le commandeur E’Oriel n’a pas été très clair là-dessus, mais il a affirmé que mon statut d’entre-deux, rejetée par un peuple et fuyant l’autre, serait utile pour traiter avec eux.

Je haussai les épaules pour bien faire comprendre que je n’en voyais moi-même pas l’intérêt.

- J’imagine qu’il espérait que je serai à même de dialoguer plus facilement avec un peuple qui a une racine commune avec moi, de m’intégrer et peut-être comprendre les raisons de troubles aussi soudains. Mais si je connais la culture Shaakte, du moins dans les grandes lignes, je ne connais rien des Eruïons, je ne connaissais même pas leur existence avant qu’on me parle de cette mission. Mais s’il pensait que j’étais apte à le faire, je le ferai.

Il y eut un silence pendant lequel quelques regards furent échangés. Rien d’agressif, plutôt de la curiosité. Quant à savoir si j’avais dit quelque chose de pertinent, c’était autre chose. Il fallait maintenant les convaincre que je n’étais pas une ennemie, menace ou vermine, mais un membre de l’Ordre, tout comme eux.

- Je vais être franche, je m’attendais à vos réactions, je les vis tous les jours, partout où je vais. Les regards méprisants, les insultes, les armes tirées sans sommation, parce que je ressemble trop à une shaakte, vous n’avez rien de différents des autres races de ce monde sur ce point. Si j’ai rejoint l’Ordre, ce n’est pas par un idéalisme aveugle ou par vénération pour Sithi, c’est simplement parce qu’on m’a proposé de faire partie d’une famille qui allait au-delà des stupides rancœurs. C’est seulement après que j’ai embrassé ses idéaux, parce que j’estime qu’ils sont justes. Ça n’a rien de noble ou d’héroïque, je voulais juste être acceptée quelque part après avoir erré sans but pendant trop longtemps.

Je croisai les bras, défiant les autres personnes du regard.

- L’Ordre m’a offert cela. Et c’est pour ça que je suis ici, parce qu’on m’a accepté et que, pour ça, je dédierai ma vie à la cause de l’Ordre. Alors cette mission, je vais la mener à bien, avec ou sans l’aide de la commanderie de Nessima, avec ou sans votre accord et avec ou sans vos insultes.

Je sentis la main de Nyllyn me serrer doucement le bras et je me rendis compte que j’étais bien trop crispée. Je relâchai la pression, laissant mes mains et mon souffle se détendre, avant de tourner la tête vers le Seigneur Ithil.

- Je ferais ce que je peux pour accomplir ma mission. Je vous remercie sincèrement pour vos paroles Seigneur Ithil, mais si on estime que je n’ai pas ma place ici et Nyllyn pas davantage, je partirais, parce que je refuse d’être la cause d’un conflit. Je ne veux pas voir l’Ordre se déchirer pour quelque chose d’aussi futile, pas plus que je ne veux vous causer d’ennuis, à vous, à votre famille et à ceux qui vivent ici.

Je sentis Nyllyn resserrer un peu plus sa main sur mon bras. Elle n’avait pas envie de devoir quitter son mentor aussi vite après de si brèves retrouvailles et je pouvais le comprendre. Alors s’il le fallait, cette fois, je partirai seule, comme avant. Mais Nyllyn aussi avait des choses à dire.

- Mes parents ont été tués par des Shaakts quand j’étais bien plus jeune et c’est grâce à Maître Ithil que j’ai rejoint l’Ordre. J’en voulais toujours aux Shaakts au fond de moi, d’avoir massacré ma famille, je voulais leur faire payer. Et un jour Yli est arrivée, timide et perdue et vous savez la première chose qu’elle m’ait dite en apprenant la mort de mes parents et le lien avec les Shaakts ? « Je suis désolée », parce qu’elle pensait que je lui en voudrais à elle, parce qu’elle a toujours vécu comme ça, haït des autres. J’ai oublié ma rancœur au moment même où elle a prononcé ces mots d’un air abattu. Et depuis, c’est ma camarade, mon amie, ma sœur. Alors ouvrez les yeux et arrêtez de voir en nous l’ennemi ou des personnes inférieures. Parce que nous valons autant que vous et que, tout Sindel ou Hinïon que vous êtes, vous avez les mêmes travers que nos peuples. L’Ordre est ma famille, Yli est ma famille. Et je me battrai toujours pour ma famille, que ça vous plaise ou non.

Lorsque Nyllyn se tourna vers moi avec un air déterminé et un hochement de tête, j’eus un nœud dans l’estomac. Si les choses se passaient mal, elle serait forcée de venir avec moi. Son visage mourant me revint en tête et je dus fermer les poings pour que mes mains ne tremblent pas. Peu importe que je doive demander à genoux une faveur au Seigneur Ithil, mais Nyllyn ne viendra pas avec moi. Je ne pouvais pas la mettre en danger, pas après ce qu’elle venait de dire. Comment je pourrais volontairement faire courir des risques à ma sœur ?
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Tanaëth Ithil
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Tanaëth Ithil » sam. 27 juil. 2019 15:36

Diverses expressions passent sur les visages, au fil de mon discours : surprise, parfois teintée de colère face à la virulence de mes paroles, curiosité, gêne plus ou moins colorée de honte. Lorsque je l'achève en questionnant Yliria, tous les regards se tournent vers elle, non plus luisants de haine mais plutôt intrigués. Ce qui est déjà, à mon sens, une nette amélioration. La jeune semi-Shaakte semble quelque peu effarée de se retrouver ainsi mise à contribution mais, après une courte hésitation, elle nous explique que Tyrdann n'a pas été vraiment clair sur la question. Elle précise qu'il a affirmé que son statut de métisse, rejetée par un peuple et contrainte de fuir l'autre, serait utile pour traiter avec les Eruïons et qu'il lui serait plus aisé de s'intégrer parmi eux afin de découvrir la source des troubles qui les agitent. Elle avoue ne rien connaître des Elfes Bruns, ignorant leur existence jusqu'à l'instant où le commandeur lui a confié cette mission, mais déclare néanmoins qu'elle l'accomplira puisqu'il a pensé qu'elle en était capable.

Sylënn, Elzekiël et Tylëas échangent des regards étonnés et curieux à cette réponse, mais ils se gardent d'intervenir et laissent Yliria poursuivre. Elle déclare qu'elle s'attendait à leurs réactions, identiques à celles qui l'accueillent partout où elle va, et que ce n'est pas par idéalisme aveugle ou vénération de Sithi qu'elle a rejoint l'Opale. L'Ordre lui a offert de faire partie d'une famille ne se préoccupant pas d'antiques rancunes, raison pour laquelle elle s'y est engagée, lasse d'errer seule sans aucun but. Ce n'est que plus tard qu'elle a embrassé nos idéaux, les trouvant suffisamment justes pour lui dédier son existence. Bras croisés, elle affirme ensuite qu'elle accomplira la mission qui lui a été confiée, avec ou sans notre accord, que nous la soutenions ou pas et indépendamment des insultes qui pourraient continuer à pleuvoir. Je souris légèrement à ces mots, repensant à la lettre de Tyrdann qui y déclarait qu'elle avait du caractère : il ne s'est pas trompé, visiblement. Enfin, Yliria achève son discours en disant qu'elle partira si nous ne l'acceptons pas, ne souhaitant pas que l'Ordre se déchire ou que nous ayons des ennuis du fait de sa présence. Alors que je m'apprête à lui répondre, Nyllyn prend à son tour la parole :

"Mes parents ont été tués par des Shaakts quand j’étais bien plus jeune et c’est grâce à Maître Ithil que j’ai rejoint l’Ordre. J’en voulais toujours aux Shaakts au fond de moi, d’avoir massacré ma famille. Un jour Yli est arrivée, timide et perdue et vous savez la première chose qu’elle m’ait dite en l’apprenant ? « Je suis désolée », parce qu’elle pensait que je lui en voudrais à elle, parce qu’elle a toujours vécu comme ça. J’ai oublié ma rancœur au moment même où elle a prononcé ces mots d’un air abattu. Et depuis, c’est ma camarade, mon amie, ma sœur. Alors ouvrez les yeux et arrêtez de voir en nous l’ennemi ou des personnes inférieures. Parce que nous valons autant que vous et que, tout Sindel ou Hinïon que vous êtes, vous avez les mêmes travers que nos peuples. L’Ordre est ma famille, Yli est ma famille. Et je me battrai toujours pour ma famille, que ça vous plaise ou non."

Elzekiël ouvre la bouche pour dire quelque chose après cet émouvant plaidoyer, mais elle se ravise lorsque je lui décoche un regard sévère avant de me tourner vers Sylënn en quête de son avis. Pensive, mon épouse me scrute longuement en silence avant de me demander:

"Tu sais ce qui arrivera si Gaëren'tar Ethariël, ou n'importe lequel de nos opposants, apprend leur présence ici. Es-tu vraiment prêt à courir ce risque?"

"Sans hésiter. Trop longtemps nous avons tremblé devant le pouvoir du clergé, trop longtemps nous avons fui et nous sommes terrés comme des rats pour échapper à leur vindicte. C'est terminé, Sylënn, le moment est venu de nous débarrasser de leur joug."


Un nouvel instant de silence s'écoule tandis que nous nous scrutons intensément, non plus en nous défiant cette fois, mais puisant l'un en l'autre une résolution qui ne pourrait que trop aisément vaciller. Enfin, elle se détourne pour dévisager les deux jeunes Elfes et se fend d'un discret sourire:

"Très bien. Je vais vous donner une chance de prouver que vous êtes dignes de la confiance que vous accorde mon époux, jeunes femmes. Ne la gâchez pas, il n'y en aura pas de deuxième."


Je réprime sévèrement un profond soupir de soulagement, puis questionne Elzekiël, Lydiël et Tylëas du regard, à quoi ma parente répond en haussant les épaules:

"J'ai dit hier ce que j'en pensais. Je suis avec toi, cousin. Je parlerai aux autres membres de ta garde."

"Je t'en remercie. Lydiël, Tylëas?"

L'ancien Vagabond incline gravement le visage pour déclarer sobrement:

"Vous pouvez compter sur moi, seigneur 'tar Ithil."

Lydiël hésite quelques secondes de plus, puis lâche d'un ton indiciblement amusé:

"La Dame d'Escalie place de grands espoirs en vous, Tanaëth, et je commence à comprendre pourquoi. Qu'elles restent, si telle est votre décision."

Je la remercie d'un signe de tête renforcé d'un franc sourire, puis me tourne vers Yliria et Nyllyn et leur adresse un discret clin d'oeil :

"La cause est entendue, mesdemoiselles. Soyez les bienvenues à Nessima. Reste maintenant à savoir comment aborder le "problème" des Eruïons. Sylënn, peut-être pourrais-tu nous parler un peu d'eux, pour commencer?"


Yliria a précisé qu'elle ne savait rien de ce peuple et mes connaissances à leur sujet sont pour le moins sommaires, bien que je les aie brièvement côtoyés. En revanche, mon épouse les combat depuis des années et je ne doute pas qu'elle en sache bien plus que nous à ce propos.

"Nous n'avons que peu d'informations sur leur mode de vie, ils sont très secrets, mais voici toujours ce que je sais: ils sont organisés en neuf tribus qui portent chacune le nom d'une divinité élémentaire de Yuimen à l'exception d'une qui arbore le nom du dieu de la mort de ce monde, Phaïtos. Toutefois ils ne semblent pas vénérer ces divinités, la seule qu'ils prient à notre connaissance est Zewen, une espèce de dieu du destin si j'ai bien compris. Ils sont soumis à un régime matriarcal, chaque tribu est placée sous l'autorité d'une Matriarche, les mâles ne donnent jamais d'ordres. Ils sont extrêmement résistants aux privations et ne craignent pas la mort, ce qui en fait de redoutables combattants. Nous savons aussi qu'ils vivent fréquemment dans des cavernes et que leur existence est bien plus brève que la nôtre, mais c'est à peu près tout."

"Mmm. A ton avis, auraient-ils une chance de victoire s'ils se soulevaient contre nous?"


"Aucune. Ils sont trop peu nombreux et leurs équipements ne valent rien, pour la plupart. Nous les écraserions sans difficulté s'ils nous attaquaient, mais les déloger dans leur désert est une toute autre histoire. Nous l'avons tenté voilà environ un millénaire et demi, nos pertes ont été si lourdes et le coût de cette campagne si élevé que les Ithil Aënors de l'époque y ont rapidement mis fin."


"Peut-être vous intéresserait-il de savoir que celui qui a mené cette campagne n'est autre que Kanith'tar Syrëas, l'un des actuels Ithil Aënors", intervient pensivement Tylëas. "Il hait les Eruïons, ces derniers ayant massacré sa famille lorsqu'il n'était encore qu'un enfant."

Une information intéressante, certes, qui pourrait expliquer les paroles de Maëren lorsqu'il m'a affirmé que je ne comprenais rien à la situation et qu'elle me dépassait de très loin. Mais quel intérêt aurait Kanith à attiser le conflit larvé qui nous oppose aujourd'hui aux Eruïons? Se pourrait-il qu'il soit derrière tout ça? Sa haine serait-elle une motivation suffisante pour le pousser à tenter de déclencher une nouvelle guerre ouverte, ou y aurait-il autre chose, une raison plus réfléchie? Force m'est d'admettre que je n'en ai pas la moindre idée, ne connaissant ce sieur que de réputation et étant peu au fait des luttes de pouvoir qui agitent le clergé. Laissant ces interrogations de côté pour l'instant, je reprends songeusement:

"L'idéal serait d'aller chez les Eruïons pour essayer de découvrir les causes de leur agitation, mais ce ne serait pas une partie de plaisir. Ce qu'il vous faut encore savoir, je pense, c'est que j'ai noué contact disons...amical, avec l'une des matriarches de la tribu de Moura lors de mon retour de Raynna. Poussée par un Sindel, elle était sur le point de lancer une attaque soigneusement planifiée sur Nessima, non dans le but de prendre la cité, mais de voler un Aynore afin que sa tribu puisse s'exiler sur un autre continent. Si je suis parvenu à empêcher cela, c'est que je lui ai promis une aide substantielle : lui fournir régulièrement des vivres et du matériel de survie non militaire. Dans ce but, l'Opale a financé l'achat de six navires avec leurs équipages et cargaisons, ce qui pourrait constituer une porte d'entrée pour tenter d'en apprendre plus sur ce qui se passe."

Je marque une courte pause, me tournant vers Yliria avant d'achever:

"Quoi qu'il en soit c'est à toi que cette mission a été confiée, jeune femme, aussi la décision te revient-elle. Comment vois-tu les choses?"
Modifié en dernier par Tanaëth Ithil le jeu. 1 août 2019 03:48, modifié 2 fois.

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Re: Commanderie d'Opale

Message par Yliria » dim. 28 juil. 2019 22:47

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Fébrilement, j’attendis le verdict qui allait décider de si, oui ou non, j’allais devoir ne compter que sur moi-même en ce qui concernait les Eruïons. Il y eut un long silence, de lourds regards échangés entre les membres présents. L’Hinïonne me regarda intensément sans pour autant que je ne repère la même haine qui l’animait la veille. Ils semblaient tous intrigués, ou du moins étonnés et je devais avouer que c’était plutôt une amélioration bienvenue. Puis la femme du Seigneur Ithil prit la parole, affichant encore son doute, parlant des opposants à l’ordre, des risques encourus si notre présence était découverte. La réponse du Seigneur Ithil, qui affirma qu’il était temps de cesser d’avoir peur du clergé, sembla la convaincre et un discret sourire se dessina sur son visage. Une chance, une unique chance de prouver que nous étions dignes de confiance.

- Merci… nous ne la gâcherons pas.

Cela sembla lui suffire et, l’un après l’autre, les membres présents acceptèrent que nous restions. L’Hinïonne hésita plus longuement mais finit par acquiescer malgré tout. J’eus un discret soupir de soulagement et mes mains se décrispèrent enfin. Le clin d’œil du Seigneur Ithil me fit légèrement sourire. Un sourire de reconnaissance plus qu’autre chose. La question qu’il posa à sa femme me fit dresser l’oreille et j’écoutai les informations avec attention. Un système de tribu, un matriarcat à la manière shaakte, des guerriers résistants et redoutables mais sous équipés qui connaissaient très bien le désert dans lequel même l’armée Sindel n’avait pu les en déloger, voilà ce qu'elle savait des Eruïons. Je restai pensive face à ses informations. J’avais déjà survécu à un désert, mais de justesse, je ne me sentais pas d’y retourner sans une intense et minutieuse préparation cette fois. J’écoutais sans vraiment comprendre l’intervention du Sindel qu’on avait appelait Tylëas et me notai dans un coin de ma tête de demander l’accès aux éventuelles archives ou à la bibliothèque pour essayer de comprendre dans quoi je mettais les pieds.

J’écoutai la tirade du Seigneur Ithil. Savoir qu’il avait aidé une des tribus à échapper à un complot visant à l’exterminer me fit hausser un sourcil et je commençai à comprendre l’admiration de Nyllyn pour ce Sindel, bien que je ne la partageai pas. Lorsqu’il se tourna vers moi, je réfléchissais déjà et levai des yeux plissés vers lui avant de les écarquiller.

- Je dois y réfléchir… Je me suis déjà aventurée seule dans un désert, sans préparation, je ne vais pas revivre ça.

Je me grattai l’arrière du crâne, essayant de mettre des mots sur ce que j’avais en tête.

- J’aimerais en apprendre davantage, consulter des archives, prévoir un itinéraire, me renseigner au maximum et profiter d’être ici pour m’entrainer un peu si vous le permettez. Pour ce qui est des Eruïons, j’imagine que rencontrer chaque tribu prendrait trop de temps et que demander aux tribus d’envoyer un émissaire pour parler serait perçu comme un piège par la plupart… Seigneur Ithil… serait-il possible de profiter de la livraison d’un navire pour prendre contact avec la Tribu de Moura ?

J’éviterais bien des ennuis et des dangers en passant par la mer sur un navire de l’ordre qu’en allant à pied, seule, en passant au cœur des terres Sindel, cela ne faisait aucun doute. Il me fallait réfléchir sérieusement à quoi faire une fois sur place. Enquêter n’avait pas été mon fort à Tulorim, je n’avais rempli ma mission que par une série de coup de chances et d’un peu d’audace qui avait heureusement payé, m’évitant une mort atroce due au poison de la Vipère. Encore une chose que je n’allais certainement pas raconter à Nyllyn. Ni à qui que ce soit d’ailleurs.

- En dehors de ça… je dois y réfléchir. Le voyage ne m’en a pas beaucoup laissé l’occasion malgré la distance.

A force de courir partout, de fuir, de me cacher, toujours avec une certaine angoisse, il avait été difficile de prendre le temps de préparer quelque chose d’efficace, surtout au vu des informations que je possédais alors et qui s’approchaient du néant total. Les Sindeldi ne nous avaient pas facilité la tâche. Et justement…

- J’aurais... Une question. Comment être sûr qu’aucun membre de la commanderie ne cherchera à… enfin à nous nuire ? Je ne doute pas de leur loyauté envers l’Ordre, mais je n’ai guère envie de finir avec une dague ou une flèche plantée entre les omoplates. De plus, Nyllyn risquerait de faire un carnage après…

Je l’entendis grommeler à côté de moi et souris en voyant son air renfrogné face à ma boutade. Cela n’en restait pas moins vrai. Les dirigeants nous laissaient une chance, mais qu’en était-il des autres ?

Suite >>
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Tanaëth Ithil » lun. 29 juil. 2019 13:47

A mon interrogation, Yliria répond qu'elle doit y réfléchir et que, s'étant déjà aventurée seule dans le désert sans préparation, elle ne souhaite pas revivre pareille expérience; une prudence que je ne peux qu'approuver mais, n'ayant moi-même jamais mis les pieds dans le désert de Sarnissa, il nous faudra trouver quelqu'un de compétent pour nous conseiller en la matière. Se grattant pensivement le crâne, la semi-Shaakte poursuit:

"J’aimerais en apprendre davantage, consulter des archives, prévoir un itinéraire, me renseigner au maximum et profiter d’être ici pour m’entraîner un peu si vous le permettez. Pour ce qui est des Eruïons, j’imagine que rencontrer chaque tribu prendrait trop de temps et que demander aux tribus d’envoyer un émissaire pour parler serait perçu comme un piège par la plupart… Seigneur Ithil… serait-il possible de profiter de la livraison d’un navire pour prendre contact avec la Tribu de Moura?"

C'est Sylënn qui lui répond en premier, une moue dubitative aux lèvres:

"Les archives que nous avons ici ne vous serviront pas à grand chose, je le crains, elles ne sont guère constituées que de rapports mortellement ennuyeux relatant les escarmouches de ces dernières années. Le reste se trouve à Tahelta et, connaissant nos chers Ithilausters, elles ont certainement été soigneusement censurées pour que le clergé y apparaisse blanc comme neige. Quant à prévoir un itinéraire, les Eruïons sont nomades et il n'existe aucune piste sur leur territoire. Les seuls qui pourraient vous renseigner à ce sujet sont les Fils du Dragomélyn, les troupes d'élite de Raynna, ou les Eruïons eux-mêmes. Pour ce qui est de demander aux tribus d'envoyer des émissaires, encore faudrait-il pouvoir les contacter. Et même si c'était possible, je ne crois pas qu'ils prendraient le risque que nous les interrogions."


A ces paroles qui rejoignent ma propre pensée, je précise à l'attention des deux jeunes Elfes:

"Mon épouse sait de quoi elle parle, elle commande la Garde Militaire de Nessima, les troupes d'élite de nos armées, qui sont chargées de convoyer les bannis à Raynna et de sécuriser les régions frontalières du désert."


Après un instant de réflexion, j'ajoute:

"Utiliser l'un de nos navires et prendre contact avec la tribu de Moura est tout à fait envisageable, oui. Quant à t'entraîner, rien de plus facile : comme toutes les commanderies de l'Opale ce lieu sert d'école d'arts martiaux et comporte plusieurs salles d'armes."


La jeune femme s'inquiète ensuite d'une éventuelle trahison du personnel de la commanderie, étant peu désireuse de recevoir une flèche ou un coup de dague dans le dos, puis soutire un grommellement à Nyllyn en déclarant avec humour que cette dernière risquerait alors de faire un carnage. Je hausse un sourcil amusé en jetant un bref coup d'oeil à ma protégée, mais c'est avec sérieux que je rétorque à Yliria:

"Le risque me semble faible, mais il ne peut être totalement exclu. Toutefois votre mort n'aurait guère d'intérêt, si quelqu'un décidait de trahir ce serait pour nous nuire, à Sylënn et moi, auquel cas vous seriez bien plus utiles vivantes puisque il serait possible de vous interroger afin de nous confondre. Quant à tenter de vous assassiner par pur racisme, cela signifierait encourir ma vengeance. Et crois-moi sur parole, il n'y a pas grand monde à Nessima qui se soucie de m'avoir sur le dos."

Une assertion qui peut paraître prétentieuse, mais qui se risquerait encore à m'affronter armes à la main alors que j'ai vaincu Sylënn et Athyërel, le champion en titre de la cité ? Certainement pas l'un de nos gardes ou serviteurs, en tous les cas. Si l'un d'eux se décide à agir ce sera en nous dénonçant à Gaëren'tar Ethariël, j'en suis raisonnablement certain. Toutefois, comme on n'est jamais trop prudent...

(Ça te va bien de dire ça, tiens), ironise soudain ma Faëra.

(Oooh, ça va toi) lui rétorqué-je, faussement outré.

Sautant du coq à l'âne comme elle sait si bien le faire quand elle s'apprête à me "manipuler", elle me demande avec un détachement des plus suspects:

(Tu comptes les laisser aller seules dans le désert?)

(Allez ma belle, pas la peine de tourner autour du pot. Qu'as-tu en tête?)

(Rhôoo, tu gâches tout mon plaisir, là! Bon bon, d'accord : je pense que tu devrais accompagner Yliria et que Nyllyn devrait rester ici.)

Surpris, je dévisage tour à tour les deux jeunes femmes d'un regard perçant, qui ne m'apprend évidemment rien que je ne sache déjà, avant de lui demander:

(Vraiment? Et pourquoi donc? Tu sais que je dois retourner à Tahelta, je l'ai promis au capitaine Brëanal...)


(Eh bien fais l'aller-retour, raconte-lui ce que tu as appris à propos des Eruïons et persuade-le que la milice devrait t'envoyer régler le problème.)

(Tsssk! Tu n'as pas répondu à ma question, petite drôlesse), lui rétorqué-je avec un amusement mêlé de tendresse.

(Ah, tu as remarqué? Zut. Oui oui, je crache le morceau : tu as déjà vu une Taurionne dans la région? Et puis, Yliria est encore très jeune; elle a du caractère et du potentiel, certes, mais elle ne connaît rien aux Eruïons et pas davantage aux Sindeldi. Par ailleurs c'est vraiment un sale coin, toi-même tu as bien failli y rester, alors imagine-la toute seule dans la région...)

Ses arguments sont pertinents, mais je la pratique depuis assez d'années pour comprendre qu'elle tourne une fois de plus autour du pot: jamais elle ne se soucie du destin d'autrui à moins qu'elle n'y ait vu un impact sur le mien; comme elle le dirait elle-même: ce n'est pas son rôle et elle a bien assez à faire avec mon fichu caractère. Je sais aussi qu'elle ne m'en dira pas davantage si elle a décidé de se taire, surtout quand cela concerne l'avenir. Et comme ma confiance en elle est absolue...

"Bien, je crois que nous pouvons clore cette réunion. Elzekiël, veille sur ces deux jeunes femmes durant leur séjour ici, veux-tu?"

Ma cousine opinant simplement d'un hochement de tête, je m'adresse ensuite à Nyllyn et Yliria:

"Deux choses encore : premièrement, oubliez les "seigneur" et autres titres ronflants, je m'en suis passé jusqu'à très récemment et ça ne m'a jamais manqué. Tanaëth suffira. Et deuxièmement, je t'accompagnerai dans cette mission, Yliria, si tu n'y vois pas d'inconvénient."

Si elle en voit aussi, d'ailleurs, mais ça elle ne l'apprendra que si cela s'avère nécessaire. J'espère aussi qu'elle comprendra à la tournure de ma phrase que je ne désire pas que Nyllyn nous accompagne et que je préférerais que ce soit elle qui le lui annonce. Une tâche ingrate, j'en ai bien conscience, mais si elle a la moitié de la jugeote que Tyrdann lui prête elle devrait comprendre que la jeune Taurionne serait bien trop exposée dans cette mission. Et puis, quelque part c'est un juste partage des tâches : je n'ai pas non plus l'intention d'emmener ma garde et j'entends déjà Elzekiël s'indigner haut et fort... Mais pour l'heure c'est Sylënn qui réagit en fronçant les sourcils:

"Comment ça tu l'accompagnes? Deux jours que nous sommes mariés et tu repars? Tu réalises que ça va jaser ferme?"

"Eh bien, qu'ils jasent? Tu perçois comme moi l'enjeu potentiel de cette mission, et tu sais mieux que moi à quel point ces régions sont dangereuses, non?"

"Sans doute, mais rien ne t'oblige à y aller! Envoie deux ou trois membres de ta garde ou de ton fichu ordre, par Sithi!"


"Et pendant ce temps je me pavane dans les rues de Nessima? Allons, admets donc que tu ferais exactement la même chose à ma place. Tu n'étais pas planquée derrière tes troupes lors des combats que tu as menés, à ce qu'on m'a dit..."

"Certains feraient mieux de la boucler", me rétorque-t-elle avec agacement avant d'ajouter en me fixant : "Tu as intérêt à revenir vivant, Tanaëth, fichtrement intérêt."

"J'y compte bien, douce amie."

La connaissant elle serait capable de venir me chercher par la peau des fesses au fin fond du Dragomélyn si je tardais, une menace autrement plus inquiétante que tous les dangers du Domaine de Charlùm réunis... Amusé par cette pensée, je me lève et dépose sans prévenir un léger baiser sur son front, ce qui la fait grogner d'un air désabusé, puis achève avec un petit sourire en coin à l'attention des deux Elfettes:

"Bon, trêve de parlottes. J'ai besoin de me défouler, vous vouliez vous entraîner?"

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Re: Commanderie d'Opale

Message par Yliria » mar. 30 juil. 2019 01:40

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Feu et Lumière, égide et cimeterre

Je restai songeuse en posant mes questions et en dévoilant ce que j’avais en tête. Un plan bien maigre en vérité, mais je n’avais hélas pas assez d’informations. J’attendis une réponse du Seigneur Ithil, mais ce fut sa femme qui me répondit. Toutes les possibilités envisagées se soldaient par des impasses et je soupirai doucement en entendant le Seigneur Ithil appuyer ses propos. Autant dire que je partais de zéro, ni plus ni moins. Seule la perspective de pouvoir utiliser un navire de l’Ordre était envisageable, ce qui avait au moins le mérite d’arranger mes affaires. Voyager seule au beau milieu du pays Sindel, très peu pour moi. Ma boutade, si elle renfrogna Nyllyn, amusant son mentor qui me rassura à sa façon, ce qui n’était pas vraiment ce que j’aurais aimé entendre. Servir d’otage ou de preuves contre eux ne m’enchantait guère et j’avais suffisamment vécu pour savoir que la peur, même de quelqu’un de puissant, n’empêche pas toujours les gens d’agir. J’allais devoir surveiller mes arrière, même ici.

« Je vous remercie, je vais réfléchir à tout cela. »

Nyllyn avait surtout retenu l’idée de s’entraîner car je la voyais trépigner, me faisant sourire. Mais avant que je ne puisse envisager l’idée d’un entraînement, le Seigneur Ithil ouvrit de nouveau la bouche, mettant un terme à cette petite réunion. Elzekiël fut chargée de veiller sur nous et elle accepta avec un sourire. La suite me surprit quelque peu.

"Deux choses encore : premièrement, oubliez les "seigneur" et autres titres ronflants, je m'en suis passé jusqu'à très récemment et ça ne m'a jamais manqué. Tanaëth suffira. Et deuxièmement, je t'accompagnerai dans cette mission, Yliria, si tu n'y vois pas d'inconvénient."

Silence de mort dans la pièce avant que sa femme n’ouvre la bouche pour afficher son désaccord. Je jetai un œil à Nyllyn qui semblait aussi surprise que moi, quoique plus joyeuse. Si la première partie de la tirade ne m’ennuyait pas vraiment, la deuxième me laissait perplexe. Il voulait m’accompagner ? Mais pourquoi ?

(Accepte ! Comme ça tu ne seras pas seule. Et puis il te protégera.)

(Quel est l’intérêt pour lui ? Je ne comprends pas ! Et il a dit qu’il m’accompagnerait, moi, pas nous. Il ne veut pas que Nyllyn vienne ? Je croyais que c’était sa protégée.)


(Probablement pour ça qu’il ne veut pas justement, pour en pas l’exposer au danger.)

Pendant que je discutais avec Alyah, le couple semblait se disputer et Nyllyn leur jetait des regards étranges. Puis, Tanaëth donc, se tourna vers nous, proposant un entraînement pour se « défouler ». Je fronçai les sourcils, contrairement à Nyllyn qui semblait sur le point de sauter de joie. J’espérai que ce n’était qu’une formulation maladroite, je l’avais bien assez vu se défouler sur moi.

« Avec... plaisir. Avant ça, Nyllyn, on peut discuter ? Toutes les deux ? »

Les autres avaient déjà commencé à quitter la pièce, donc ce ne fut pas un souci et elle hocha la tête en promettant à Tanaët de le retrouver juste après. Elle perdit son sourire en voyant mon air grave.

« Yli ? Qu’est-ce qu’il t’arrive ? »

« J’ai… j’ai réfléchis Nyllyn, j’y pense depuis un moment… Je tiens à toi et… et je veux que tu restes à Nessima, je ne veux pas que tu viennes avec moi dans le désert. »

Je la vis écarquiller les yeux avant de froncer les sourcils. Je savais que ça n’allait pas lui plaire.

« Pardon ? Tu te fous de moi ? Et pourquoi ? Donne-moi une seule bonne raison ! »

« Je ne veux pas te perdre, c’est dangereux ! »

« Je ne suis pas en sucre ! Et tu coures les mêmes dangers alors ne vient pas me dire que je ne peux pas survivre mais que toi si ! Tu ne me perdras pas ! »

« Je t’ai déjà perdu une fois ! »

« Je suis toujours là Yli, devant toi ! »

« Tu es MORTE sur cette putain d’île, Nyllyn! »

Silence pesant pendant quelques instants, comme si le temps lui-même s'était figé. Je la vis blêmir tandis que mes yeux s’embuaient.

« Tu… tu es morte dans mes bras Nyllyn, tu as cessé de vivre et je t’ai pleuré, j’ai cru t’avoir perdue à jamais ! »

« Yli… écoute…»

« Non ! Tu ne peux pas savoir ce que j’ai ressenti. J’étais supposée veiller sur toi et je n’étais pas là. Tu… tu es ma famille, ma sœur, je… merde ! Plus jamais tu m’entends ? Je ne veux pas te voir mourir une nouvelle fois ! Je ne veux pas revoir ton visage ensanglanté se figer et la lumière de tes yeux disparaître à nouveau. Je t’en supplie Nyllyn, reste ici. Je ne veux pas t'emmener. »

Elle ne répondit pas. Au lieu de ça, elle tourna les talons et sortit de la pièce sans un mot, le pas rageur. Il me fallut quelques instants pour me ressaisir. Je savais que ça se passerait mal, je le sentais pourtant, mais je n'avais pas le choix. Je sortis en reniflant, tombant sur Tanaëth qui n’avait manifestement pas louper une miette de l’échange, pas plus que sa femme. Les deux me jetèrent un étrange regard tandis que j’essuyais les dernières larmes qui maculaient encore mes joues.

« Désolée pour ça… Je pense qu’on peut remettre l’entraînement à plus tard, si ça ne vous dérange pas… »

Je me sentais si pitoyable soudainement. J’entendais Alyah murmurer des paroles de réconfort, mais cela ne suffisait pas vraiment à m’apaiser. J’avais peur. Peur d’avoir perdue la seule personne à qui je pouvais vraiment confier ma vie sans hésiter une seconde. Ma seule famille.

(Elle reviendra quand elle sera calmée. Elle ne peut pas t’en vouloir.)

(Si, elle en a le droit…)

(Pourquoi tu dis ça ?)

( Parce que je m’en veux d’avoir dit ça, de lui avoir balancer ça en pleine figure. Je ne suis pas sûre qu’elle me le pardonne.)

(Elle tient à toi Yliria. Elle pardonnera et comprendra, laisse lui le temps.)

(J’espère que tu as raison. Sinon je l’aurai perdu en voulant éviter de la perdre… )

Elle resta silencieuse après cela. J’avais vraiment peur d’avoir fait la pire erreur de toute ma vie. Je levai les yeux vers Tanaëth, évitant tout de même son regard.

- Un peu d’aide… ça ne serait pas de refus, finalement.

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Tanaëth Ithil
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Tanaëth Ithil » mar. 30 juil. 2019 14:00

Si Nyllyn semble sur le point de danser de joie lorsque je propose un entraînement aux deux jeunes femmes, Yliria en revanche fronce les sourcils comme si cette idée l'inquiétait. Il faut dire que notre rencontre agitée dans les entrailles de Sanssitr est encore récente, tout comme le souvenir de la rude blessure que je lui ai infligée; de quoi la rendre un peu nerveuse à l'idée de se retrouver face à mes lames, sans doute, d'autant plus qu'elle ne me connaît pour ainsi dire pas. Elle accepte néanmoins mais souhaite d'abord s'entretenir en privé avec Nyllyn, qui acquiesce tout en me promettant qu'elles me rejoindront aussitôt leur discussion achevée. J'entraîne donc mon épouse hors de la salle afin de les laisser seules mais, à peine avons-nous franchi la porte que le ton monte, la jeune Taurionne demandant d'un ton colérique si Yliria se fout d'elle. Bien involontairement, j'entends cette dernière lui répliquer vertement que notre mission va s'avérer dangereuse et qu'elle ne veut pas la perdre, surtout après l'avoir déjà vue...mourir?! Par Sithi! Qu'est-ce que cette histoire?! La semi-Shaakte détaille alors ce qu'elle a ressenti en voyant trépasser devant elle celle qu'elle considère comme sa soeur, ce qui semble mettre un terme brutal à la conversation car Nyllyn s'enfuit alors d'un pas rageur, passant devant nous sans même nous jeter un regard.

Quelques secondes plus tard, c'est une Yliria aux yeux embués de larmes qui sort à son tour sous nos regards surpris. Avisant notre présence, elle essuie ses larmes d'un air défait avant de s'excuser pour cette scène et me demander de remettre l'entraînement prévu à plus tard. J'adresse un bref coup d'oeil à Sylënn qui comprend aussitôt ma demande muette et se retire sous prétexte d'avoir à faire, puis contemple à nouveau la semi-Elfe qui relève les yeux vers moi sans pour autant accrocher mon regard. Piteuse, elle déclare alors ne pas être contre un peu d'aide, finalement, à quoi je réponds en lui pressant doucement l'épaule:

"Tu as fait ce qu'il fallait. Elle comprendra, laisse-lui juste un peu de temps. Je lui parlerai, si besoin, mais viens, marchons un peu."

Je l'entraîne en silence jusque dans les jardins, un lieu apaisant avec ses fontaines et ses sentiers sinuant entre massifs fleuris et arbres fruitiers, du moins en temps normal car j'ai oublié un "petit" détail... Je ne dois qu'à mon sens aigu de l'équilibre de ne pas me retrouver projeté au sol par l'assaut enthousiaste de mon Ithilartëa, qui trouve moyen de s'emparer de mon avant-bras entre ses crocs pour le secouer avec une feinte violence alors que je m'exclame en riant:

"Sinwaë! Espèce de sauvage!"

Tout en luttant avec une férocité factice contre mon fauve joueur, je m'empresse de préciser à l'attention d'Yliria, histoire qu'elle ne tente pas de le rôtir :

"Tout va bien, ne crains rien! Je te présente Sinwaë, mon fidèle compagnon. Il est très gentil, quoique parfois un peu...encombrant. Je lui ai manqué visiblement..."

Parvenant enfin à dégager mon bras de sa gueule, je l'attrape par la peau du cou et ajoute sèchement:

"Ho! Suffit! Tu te calmes maintenant!"

Il n'en faut pas plus pour que mon Silnogure s'immobilise instantanément, non sans adopter un air de majesté offensée du plus haut comique qui ne dure qu'une seconde, le temps que sa curiosité prenne le dessus et qu'il s'intéresse à l'inconnue qui m'accompagne.

"N'aie pas peur, il ne te mordra pas, il veut juste te sentir pour identifier ton odeur."

Ayant procédé, il s'étire de tout son long en baillant tandis que j'explique à Yliria:

"C'est un Silnogure, des créatures extrêmement rares et très respectées par mon peuple qui les utilisait jadis comme gardiens ou comme montures. Il en existe douze sortes, chacune portant le nom Sindel d'un mois lunaire. Celui-ci est un Ithilartëa, on ne les trouve qu'à très haute altitude, là où règnent glaciers et neiges éternelles, d'où la blancheur de son pelage. Ils sont parmi les plus farouches, et donc difficiles à apprivoiser."


Je laisse filer un silence, contemplant affectueusement mon ami à quatre pattes en ajoutant pensivement:

"Lui non plus ne viendra pas avec nous. Le désert n'est pas un endroit pour lui, il y fait beaucoup trop chaud."

Revenant à la jeune femme, je rive mon regard au sien avant de poursuivre:

"J'imagine que tu dois te demander pourquoi j'ai décidé de t'accompagner, et pourquoi je ne souhaitais pas que Nyllyn participe à cette mission? Il y a plusieurs raisons, en réalité. La première c'est que ni les Sindeldi ni les Eruïons n'ont jamais vu une Taurionne, sa présence compliquerait certainement cette mission qui, tu t'en doutes, n'aura rien d'une partie de plaisir. Par ailleurs, les régions où nous allons nous rendre sont extrêmement périlleuses : le climat y est infernal, l'eau et la nourriture plus rares que l'or et certaines des créatures qui y vivent ne feraient qu'un bouchée de toi ou de notre amie.

Ne crois pas que je te sous-estime ou que je dénigre tes capacités à te défendre, j'ai eu un aperçu de ce dont tu es capable et me tenir tête comme tu l'as fait n'est pas à la portée de tout le monde. Tu es douée, tout comme l'est Nyllyn, mais dans l'enfer de Sarnissa cela ne suffira pas. J'ai vu des guerriers Sindeldi puissants et expérimentés revenir de là-bas terrorisés, brisés, et on ne compte plus ceux qui ne sont jamais revenus. Je n'ai pas la moindre envie que cela vous arrive, à toi ou à Nyllyn, vous faites partie de l'Opale et mon rôle est de veiller sur vous. Je ne peux pas te garantir qu'il ne t'arrivera rien, bien sûr, le prétendre serait absurde, mais il faudra me passer sur le corps avant de t'atteindre et je suis salement teigneux quand on s'en prend aux miens."


Je souligne ces derniers mots d'un sourire d'auto-dérision, puis achève tout en observant distraitement la lune qui se lève, presque pleine encore :

"Cela dit, nous allons prendre quelques jours pour nous préparer soigneusement. Je me charge du navire et des provisions, mais as-tu besoin de quelque chose? Armes, armures, potions ou autre? Je dois de toute manière passer à l'armurerie avant de partir, alors n'hésite pas. Et si tu as des questions, pose-les, ne te gêne pas."

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Yliria
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Yliria » mer. 31 juil. 2019 17:29

<< Auparavant


Je soupirai tristement tandis que le regard de Tanaëth se posait sur moi après le départ de son épouse. Une douce pression sur mon épaule me fit lever les yeux vers lui et je hochai la tête, reconnaissante. Qu’il comprenne mon geste me rassurait, qu’il propose d’en parler avec Nyllyn me convenait, peut-être qu’elle entendrait raison si cela venait de son mentor plutôt que de moi. Il m’entraîna à sa suite dans les couloirs avant de sortir dans les jardins. Je compris pourquoi il m’avait emmené ici. Des fontaines, de petits chemins slalomant entre des massifs de fleurs et des arbres fruitiers. De quoi apaiser un peu ma tristesse. Je levai les yeux vers lui tandis que nous marchions, ouvrant la bouche pour le remercier. Une bête d’un blanc pur me coupa dans mon élan et sauta sur le Sindel, mâchoires ouvertes. Je reculai d’un bond, paniquée, prête à envoyer une boule de feu sur la créature avant d’entendre le rire de Tanaëth. Haussant les sourcils d’un air intrigué, je l’écoutai m’expliquer que c’était son compagnon, Sinwaë, avant de calmer l’animal d’une voix forte. Celui-ci s’approcha de moi après m’avoir repéré et j’eus un instinctif mouvement de recul face à ses pupilles d’un bleu froid. Sa gueule était presque au niveau de mon visage, je n’étais pas très confiante.

« N'aie pas peur, il ne te mordra pas, il veut juste te sentir pour identifier ton odeur."

Je déglutis mais obéis néanmoins, laissant la créature s’approcher avant de renifler à plusieurs reprises, penchant la tête d’un air curieux. Probablement que mon odeur devait être un peu particulière pour lui, habitué aux Sindeldi et non aux semi-Shaakts. Il finit par s’écarter avant de s’étirer en baillant, faisant onduler sa fourrure. Tanaëth m’expliqua alors que c’était un Silnogure, créature rare dont je n’avais jamais entendu parler. Je tendis doucement la main et il me regarda une seconde avant de me laisser toucher sa fourrure soyeuse, m’arrachant un sourire ravi. Je notai son nom tout en le caressant et me posai une question, la gardant pour plus tard alors qu’il m’expliquait les raisons qui l’avait poussé à vouloir m’aider et à écarter Nyllyn. Le fait qu’elle soit une Taurionne et que cela poserait problème ne m’était pas venu à l’esprit mais j’acquiesçai en silence. Je haussai les épaules quand il parlait des conditions difficiles, du manque d'eau et de nourriture, sans compter les créatures et les Eurïons eux-memes. Comme si je n’étais pas déjà au courant, mais il n’avait pas fini.

« Ne crois pas que je te sous-estime ou que je dénigre tes capacités à te défendre, j'ai eu un aperçu de ce dont tu es capable et me tenir tête comme tu l'as fait n'est pas à la portée de tout le monde. Tu es douée, tout comme l'est Nyllyn, mais dans l'enfer de Sarnissa cela ne suffira pas. J'ai vu des guerriers Sindeldi puissants et expérimentés revenir de là-bas terrorisés, brisés, et on ne compte plus ceux qui ne sont jamais revenus. Je n'ai pas la moindre envie que cela vous arrive, à toi ou à Nyllyn, vous faites partie de l'Opale et mon rôle est de veiller sur vous. Je ne peux pas te garantir qu'il ne t'arrivera rien, bien sûr, le prétendre serait absurde, mais il faudra me passer sur le corps avant de t'atteindre et je suis salement teigneux quand on s'en prend aux miens."

« Aux miens »… Je retins surtout cela et lui offrit un regard reconnaissant pour ses paroles.

- Je ferai de mon mieux, vous n’aurez pas à vous en faire pour moi. »

Lorsqu’il me demanda si j’avais besoin de quelque chose, je secouai la tête en signe de dénégation, posant tout de même une question qui me trottait dans la tête.

- Le terme « Ithil » signifie-t-il quelque chose de particulier ? J’ai l’impression de l’entendre tout le temps, votre nom, la race de votre compagnon, votre clergé avec leurs Ithil… trucs.

(Ithilauster je crois.)

(Oui bon… il a compris.)

(Et tu pourrais lui demander plein de choses. Des armes, des sorts, des potions, ce genre de choses.)

(Ce n’est pas un commis, je ne vais pas envoyer l’un des chefs de l’Opale faire mes courses Alyah.)

(T’es vraiment têtue… de toute façon je devais lui parler.)

(Hein de quoi tu … ?)

Et elle apparut soudainement, au beau milieu du jardin, feu de lumière et de feu qui chassa l’obscurité ambiante, les bras croisés, son regard posé sur un Tanaëth visiblement surpris par son apparition inopinée, tout comme moi. Elle parla de sa petite voix fluette de laquelle s’échappait une autorité qui me fit froncer les sourcils. A quoi jouait-elle ?

- Bonsoir Tanaëth Ithil. Je suis la faera d’Yliria et elle m’a nommé Alyah. Ravie de vous rencontrer.

- Par Meno, Alyah qu’est-ce que tu fabriques ? Je croyais que tu ne voulais pas qu’on te voit !

- Ce grand dadais pâlichon a une faera, il connait notre existence, ce n’est pas un problème.

Me laissant bouche bée, elle voleta et s’approcha de Tanaëth.

- J’ai quelques questions pour vous et j’aimerais que vous preniez quelque potions pour Yliria, cette tête de mule refuse de vous en faire la demande !

- Alyah !

Elle m’ignora superbement et j’enfouis mon visage dans mes mains en soupirant. C’était un cauchemar.

- Je voudrais savoir deux choses. Premièrement, comment est-il possible que votre faera, que j’aimerais voir se montrer, puisse être ainsi constituée de fluides contraires ? C’est censé être impossible ! Ensuite… pouvez-vous m’assurer que vous ferez tout pour protéger celle que j’ai choisi de guider ? Je ne l’ai pas choisi au hasard, vous devez vous en douter, et votre rôle est bien trop flou pour que je sois pleinement sereine de la laisser entre vos mains.

Je relevai la tête en observant ma faera. Elle semblait mortellement sérieuse, son visage lumineux rivé sur celui de Tanaëth, attendant sa réponse.


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Tanaëth Ithil
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Tanaëth Ithil » mer. 31 juil. 2019 22:52

La jeune femme ne semble guère rassurée par la présence de mon fauve, mais elle le laisse néanmoins humer son odeur avant de se risquer à le caresser brièvement, un sourire ravi aux lèvres. Je ne peux que m'en réjouir, bien que n'ayant nullement prémédité cette rencontre elle a le mérite de chasser la tristesse engendrée par sa dispute avec Nyllyn. Après que je lui aie exposé les raisons m'incitant à l'accompagner dans sa mission et réaffirmé que je veillerai sur elle, la semi-Shaakte me lance un regard où je crois percevoir une certaine reconnaissance. Elle me rétorque qu'elle fera de son mieux et que je n'aurai pas à m'en faire pour elle, ce qui me tire un léger sourire : comme si je pouvais m'en empêcher... Elle répond ensuite d'un signe de tête négatif lorsque je lui demande si elle a besoin de quelque chose, puis me questionne sur le sens du mot "ithil", l'ayant entendu à maintes reprises.

"Ithil signifie lune, en tant qu'astre. Ainsi Ithilauster signifie littéralement "prêtre de lune", et Ithilartëa pourrait se traduire par "prince de lune". Quant à Sithi, qui est très proche étymologiquement parlant comme tu l'auras peut-être remarqué, cela désigne la lumière qui en émane, en sus d'être le nom de notre Créatrice."

Quelques petites secondes plus tard, je sursaute violemment et porte instinctivement les mains à mes armes lorsque apparaît sans prévenir un espèce de minuscule soleil à quelque pas de moi!

(Bon sang! C'est quoi encore ce truc?!)

(Détends-toi, c'est ma nouvelle amie), réplique aussitôt Sindalywë avec une pointe de satisfaction.

Éberlué, je finis par discerner que le "soleil" en question est en effet une petite créature évoquant une demoiselle munie d'ailes semblables à celles d'un papillon, quoique plus ou moins translucides. Une Faëra, sans le moindre doute, la première que je vois de ma vie en dehors de la mienne! Elle me salue d'une petite voix emplie d'une autorité qui me ferait sourire si je n'étais aussi surpris :

"Bonsoir Tanaëth Ithil. Je suis la faera d’Yliria et elle m’a nommé Alyah. Ravie de vous rencontrer."

Avant que je n'aie pu lui répondre, Yliria invoque Meno pour lui demander ce qu'elle fiche, visiblement aussi étonnée que moi qu'elle se montre ainsi, à quoi Alyah rétorque que le "grand dadais pâlichon" que je suis est également accompagné d'une Faëra et que je connais donc leur existence. Venant d'à peu près n'importe qui d'autre cette appellation engendrerait une réplique cinglante, mais je suis tellement habitué aux noms d'oiseaux que me donne Sindalywë que cela ne me surprend même pas qu'une autre Faëra se permette pareille familiarité. Je me contente donc d'un sourire amusé et la salue à mon tour :

"Bonsoir impertinente petite libellule, ravi également de te rencontrer."

Déjà elle volette dans ma direction et déclare qu'elle a quelques questions à me poser, puis que cette "tête de mule" d'Yliria renâcle à me demander les potions dont elle a bel et bien besoin; Cette dernière lâche le nom de sa Faëra d'un ton outré, ce qui me fait jeter un coup d'oeil amusé à la jeune Elfe qui ne sait visiblement plus où se mettre car elle dissimule son visage entre ses mains. Là encore je n'ai pas le temps de répondre à l'autoritaire petite créature de fluide qui poursuit:

"Je voudrais savoir deux choses. Premièrement, comment est-il possible que votre Faëra, que j’aimerais voir se montrer, puisse être ainsi constituée de fluides contraires ? C’est censé être impossible ! Ensuite… pouvez-vous m’assurer que vous ferez tout pour protéger celle que j’ai choisi de guider ? Je ne l’ai pas choisie au hasard, vous devez vous en douter, et votre rôle est bien trop flou pour que je sois pleinement sereine de la laisser entre vos mains."

(Tu veux que je me montre), me demande timidement ma petite compagne?

(Alors là c'est toi qui vois, Bien-Aimée, mais au point où on en est...)


Après un instant d'hésitation, Sindalywë se décide à apparaître sur mon épaule, pudiquement voilée par quelques mèches de ma longue chevelure :

"Bonjour Yliria, bonjour Alyah... je... Sindalywë est le nom que m'a donné mon Bien-Aimé. Je...je n'ai pas le droit de révéler comment ces fluides peuvent cohabiter en moi, j'ai promis à Sithi de ne jamais en parler..."

Je hausse un sourcil à ces mots. J'ignore moi-même comment ce paradoxe est possible et j'ai toujours évité de lui poser directement la question, sentant bien que ce sujet la gênerait. Une promesse à Sithi, donc. Serait-ce lié à la rencontre entre mon ancêtre et notre Créatrice? Rien d'impossible, mais je ne tiens pas à creuser le sujet maintenant, cela ne ferait que mettre davantage mon amie dans l'embarras. Je préfère donc changer de sujet et répondre à la deuxième question d'Alyah avec un sérieux égal au sien :

"Mon rôle n'a pas vocation à être limpide, Alyah. Lumière et Obscurité... mais je t'en fais le serment devant Sithi : je veillerai sur Yliria comme si elle était ma propre fille."

Cette promesse, la plus sacrée qui soit pour un Sindel, semble satisfaire Alyah qui me débite alors une impressionnante liste de potions à acheter et d'objets à vendre pour le compte de sa maîtresse, laquelle semble mourir d'envie d'aller se planquer dans le trou le plus profond qu'elle trouvera dans les jardins. Quant à moi, je m'efforce de tout retenir, non sans mal car je n'ai pas trop été habitué à endosser le rôle d'un commis de cuisine, mais je finis par mémoriser le tout après quelques piteuses tentatives.

"Bon, eh bien euh... planquez-vous les mouettes, il faut que j'appelle un ou deux serviteurs pour m'aider à porter tout ça..."

J'attends sagement que nos Faëras aient disparu avant de héler deux gardes à qui je confie le matériel que me remet Yliria ainsi que la tâche d'aller chercher dans nos stocks quelques objets que je compte vendre également, puis m'adresse à ma nouvelle protégée:

"J'en ai pour un moment, n'hésite pas à demander à Elzekiël si tu as besoin de quoi que ce soit. Et si tu veux commencer à t'entraîner nos salles d'armes sont bien sûr à ta disposition. Tylëas ou d'autres membres de ma garde accepteront très certainement de te servir de partenaires."

Je la salue d'un sourire amical puis, accompagné de mon Ithilartëa, rejoins les deux gardes lourdement chargés près de la porte d'entrée et me mets en route pour l'armurerie royale.

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Yliria
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Yliria » jeu. 1 août 2019 15:48

<< Auparavant


« Lune », voilà ce que ce mot qui revenait sans cesse signifiait donc. J’aurai du m’en douter lorsqu’il évoqua Sithi, la déesse que les Sindeldi vénéraient avec autant de force et d'abnégation. Alyah n’ayant jamais vraiment côtoyé longuement de Sindel, je me demandai intérieurement si apprendre leur langue ne serait pas un pas vers eux, une sorte de geste pour leurs montrer que j’avais à cœur de calmer les tensions et d’intégrer l’Ordre. De son côté, Alyah n’en fit qu’à sa tête et les minutes qui suivirent furent parmi les plus gênantes de toute ma vie. Si l’apparition de la faera de Tanaëth, que je saluai d'un voix douce, fut une surprise, le reste fut surtout un enchaînement de moments gênants pour moi, particulièrement lorsqu’Alyah décida de faire du maître des lieux et l’un des chefs de l’Ordre, mon commis, sans me laisser le choix. La réponse qu’il lui offrit après sa question sembla lui convenir et, après avoir salué sa consœur et le maître de celle-ci elle disparut, suivi de Sindalywë. Ce fut en évitant le regard de Tanaëth que je donnai l’équipement qui m’encombrait à ses serviteurs. Il prit étonnamment bien tout cela, finalement, m’enjoignant d'aller trouver Elzekiël ou à utiliser une salle d’arme si l’envie m’en prenait.

- Je… Je suis tellement désolée pour ça… Et merci pour vos paroles.

Il ne parut pas s’en offusquer et me sourit gentiment avant de partir, accompagner de ses deux serviteurs surchargés et de son compagnon à quatre pattes. Restée seule, je soupirai, grondant finalement contre mon amie de fluide.

(Alyah…)

(Si tu n’étais pas aussi orgueilleuse et bornée, je n’aurai pas eu à intervenir, tu ne peux t’en prendre qu’à toi.)

(Que… Quoi ?! Attends parce que c’est ma faute en plus ?)

(Oui. Allez, trêve de bavardage, va t’entraîner. Ce voyage dans le désert ne va pas être une partie de plaisir, je veux que tu t’y prépare correctement cette fois, pas question de reproduire le fiasco du désert d’Exech.)

Elle me moucha admirablement et je restai pantoise quelques instants avant de soupirer lourdement. J’acquiesçai néanmoins et prit la direction qu’elle m’indiqua, ayant apparemment fait un peu de repérage pendant que je dormais, comme à son habitude. Rasant tout de même les murs, j’arrivai devant une large double porte que j’ouvris doucement, jetant un œil à l’intérieur. Une large salle aux murs où épées, lances et autre armes tranchantes et contondantes attendaient patiemment que l’un des Sindeldi présent ne s’en serve. Il y a avait une demi-douzaine d’entre eux et j’hésitai à entrer avant d’entendre une voix derrière moi.

- Et bien ? On est timide ?

Je sursautai et me retournai vivement, faisant face à une Sindel qui me regarda avec étonnement en apercevant mon visage. Elle avait de longs cheveux argentés attachés en un chignon impeccable, des yeux perçants et une peau plus claire que le gris de Tanaëth. Elle fronça les sourcils et me toisa quelques instants.

- Ah oui… Mère m’avait prévenue. Qu’attends-tu ? Entre ! On va voir ce que tu sais faire.

Elle me poussa à l’intérieur et je jetai un œil inquiet à l’ensemble de la pièce. Les Sindeldi présents interrompirent leurs passes d’arme pour saluer la Sindel. Les regards ne s’attardèrent étrangement pas sur moi et les exercices reprirent tandis que la Sindel, se présentant sous le nom de Lyann, maître d’armes de la commanderie, me demanda de me mettre en garde tout en tirant deux lames de leurs fourreaux. Ils avaient quoi les Danseurs à se battre à deux armes ? Nyllyn, Tanaëth aussi visiblement, puis maintenant elle. C’était une tradition ? Je me mis néanmoins en garde et elle fronça les sourcils avant de s’approcher.

- Cela ne va pas du tout ! Tu n’as pas appris à te servir de ton bouclier ma parole ?

- Euh… je ne l’ai que depuis quelques jours.

- Et cela se voit. On va commencer par ça. Tiens le plutôt comme ça, voilà. Et ne le braque pas devant toi, ce n’est pas un pavois. Sers t’en pour dévier les coups, ils doivent glisser dessus, pas le frapper violemment. Ensuite, ta position n’est pas mauvaise, mais elle manque de stabilité, écarte la jambe droite, la gauche plus en retrait, voilà.

Elle recula et se remit en garde avant de me foncer dessus, assénant une série d’attaque qui me sembla bien trop chorégraphiée pour n’être qu’un simple enchaînement. J’essayai de suivre ses conseils, déviant les coups de mon bouclier du mieux que je pouvais, évitant ou parant le reste avec plus ou moins de succès. Elle recula finalement et je m’aperçus que j’avais reculé de trois bons mètres, mais sans prendre de coup véritablement dangereux.

- Hum… tu es agile et tu as de bons réflexes. Tu apprends vite aussi, c’est une bonne chose. A ton tour maintenant, attaque-moi.

Me remettant en garde, j’avançai prudemment avant de bondir. Au lieu de frapper directement, je bloquai mon élan mi-course avec ma jambe, me stoppant soudainement tout en abaissant mon centre de gravité en tournoyant sur ma jambe, assénant un violent coup de tranche. La Sindel para de ses deux armes croisées. J’enflammai violemment mon arme pour la surprendre avant de remonter ma lame pour asséner un coup d’estoc qu’elle esquiva sans faillir. Ses lames arrivèrent à toute vitesse et je me baissai en inclinant mon bouclier pour qu’elles glissent à sa surface avant de rejeter mon bras, précipitant l’élan des deux armes. Je m’apprêtais à donner un coup avec la mienne, mais le talon de sa botte percuta mon plexus solaire, me coupant net la respiration. Je suspendis mon geste par réflexe et elle me jeta au sol, posant une lame sur mon torse tandis que j’essayai de reprendre ma respiration.

- Hmm… tu as besoin d’apprendre à manier ta lame et ton bouclier de façon plus naturelle et je pense que tu es trop portée sur les coups puissants, alors que tu devrais te concentrer sur une approche tout en finesse, tu n’as pas assez de force pour rivaliser avec des adultes.

Elle rangea ses lames et tandis sa main, que je saisis après une seconde d’hésitation. Elle avait toujours ce visage ferme, mais il y avait une petite lueur de curiosité dans ses yeux.

- Ce cher Tanaëth a de bien étranges idées… Viens ici tous les jours dès le coucher du soleil, je vais m’occuper de t’enseigner un style de combat plus approprié à tes aptitudes. As-tu fait de la danse ?

- Euh… oui, comment vous savez ?


Elle sourit légèrement.

- J’ai des yeux, jeune fille. Nous allons exploiter cela. Commençons !

Je passais la journée avec la Sindel, nommée Lyann, qui commença à m’apprendre une façon de penser et de bouger plus en accord avec ma corpulence et mon agilité.

- Tu as visiblement été formée par des gros mecs très musclés, mais toi tu n’es ni grosse ni très musclée, il faut t’adapter.

J’en toucherais deux mots à Sorinion en rentrant, il allait être flatté. L’entrainement se portait tantôt sur le maniement de ma lame, tantôt sur une utilisation plus optimale de mon bouclier puis sur l’utilisation conjointe des deux pour optimiser chaque mouvement à son maximum. Elle me montra comment utiliser ma lame pour défaire un adversaire de son arme et m’incita à utiliser mon bouclier de manière aussi offensive que défensive.

- Ce doit être un prolongement de ton bras, et un bras qui ne bouge pas, est un bras inutile et une cible facile. Alors utilise-le !

J’allais passer un long moment à m’entrainer pour parfaire ces techniques, mais je n’allais pas m’en plaindre. Si cela pouvait me permettre de faire face à des ennemis plus coriaces, toute leçon, même douloureuse, était bonne à prendre. Si seulement elle pouvait arrêter de m’enfoncer sa botte dans le ventre, ce serait vraiment plus facile.

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((( HRP : don à Tanaeth pour vente de :
-Dague pommeau bleu lame noire (Arme de mêlée à une main, Niv.10)
-Dague pommeau noire lame bleuté (Arme de mêlée à une main, Niv.10)
-Orbe (Arme magique à une main, Niv. 12)
-Épée droite (Arme de mêlée à une main, Niv.12)
-Robe de mage (Habit, Niv.2)
Apprentissage des CC de mêlée « botte désarmante » et « coup de bouclier » pour 700 yus auprès du maitre de guilde (prix membre) )))
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Yliria » mar. 6 août 2019 10:05

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Après plusieurs heures, Lyann consentit à me laisser souffler et je m’effondrai à moitié contre un mur, haletante. Je ne pensais pas qu’il fut possible d’être aussi endurant, c’était tout bonnement incroyable. J’avais en plus quelques estafilades un peu partout, notamment une qui était douloureuse au niveau du poignet, et une autre dans le bas d’une joue. Je tâtai prudemment cette dernière, grimaçant en sentant le léger filet carmin qui s’en écoulait. Elle utilisait pourtant des armes émoussées pour l’entrainement, mais elle arrivait tout de même à m’infliger ce genre de blessure. Il fallait que je m’entraîne sérieusement pour espérer un jour atteindre un tel niveau. Je vis Lyann s’entretenir avec une autre Sindel qui posa son regard sur moi quelques secondes avant de revenir vers la maître d’armes. Je ne m’y attardai pas, récupérant de mon mieux dans mon coin. Au vu des regards de certains Sindeldi présents, je préférais me tenir loin d’eux. C’était un petit miracle qu’aucun ne m’ait encore insulté, autant ne pas provoquer la chance en allant m’installer là où ils se trouvaient.

- Yliria c’est ça ? Tu as une minute ?

Perdue dans mes pensées, je n’avais pas vu approcher la Sindel qui s’entretenait jusqu’alors avec Lyann. Ses yeux sombres me fixaient tandis qu’une expression curieuse était imprimée sur son visage. Probable réflexe dut à l’accueil qu’on m’avait réservé, je me reculai légèrement en fronçant les sourcils d’un air suspicieux, lui tirant un sourire navré.

- Tu n’as rien à craindre. De moi en tout cas…

- Désolée je … Vous vouliez quelque chose ?

- A toi de me le dire ! J’ai vu ton petit tour de magie tout à l’heure et, étant une mage moi-même, je me suis dit que tu aurais peut-être besoin de mon expertise.

Je lui jetai un regard étonné.

- Je… ça ne vous dérange pas que je sois…

- Une Shaakte ? Enfin une semi-Shaakte ? Pas vraiment. Je n’ai pas grandi à Nessima et n’ai pas à avoir d’a priori sur ceux qui partagent nos valeurs. Et surtout, j’ai enfin quelqu’un ici qui pourrait s’intéresser un minimum à la magie. Tout le monde ici ne jure que par les lames ou les arcs, même le Seigneur’tar Ithil, c’est agréable de voir une autre pratiquante des arcanes. Tu maîtrises la pyromancie si je ne m’abuse ?

Une petite discussion plus tard, dans laquelle la Sindel se présenta sous le nom de Sathiël, elle s’improvisa mentor en magie, affirmant qu’elle était ravie d’avoir enfin quelqu’un à enseigner sérieusement. Je lui expliquai, face à ses questions, ce que je savais de la magie, les fluides que je possédais, ce que je savais faire et ce que j’espérais pouvoir apprendre. Tout cela la laissa songeuse et elle s’entretint une nouvelle fois avec Lyann avant de se tourner vers moi.

- Changement de programme. La nuit, tu dors, le reste de la journée, tu la passeras avec nous. Lyann a d’autres personnes à s’occuper donc tu t’entraîneras avec d’autres Sindeldi qu’elle. En revanche, tu es ma seule apprentie donc, tu seras toute à moi pour l’après-midi. Et puisque tu m’as expliquée ce que tu savais faire, voyons cela !

Une boule de feu apparut aussitôt dans sa main et fusa vers moi sans crier gare. Je roulai sur le côté pour l’éviter et me relevai, les yeux écarquillés tandis qu’elle me regardait d’un air sévère, comme si j’avais fait quelque chose de mal.

- Jeune fille, nous sommes là pour entraîner ta magie, pas faire des galipettes, alors utilise la magie !


- Vous m’avez attaquée sans prévenir !

- Tes adversaires ne te demanderont pas ton avis avant d’essayer de te tuer ! Dresse ton bouclier, dépêche-toi ! Qu’on voit s’il est efficace !

Elle en avait de bonne ! J’inspirai avant de concentrer mes fluides, créant le rempart rougeâtre formé de flammes magiques censé me protéger de la magie. Je repris le même schéma que pendant mes premiers entrainement, utilisant d’abord mon bouclier de métal pour faire circuler les fluides avant de dresser la barrière devant moi. Je vis Sathiël faire la moue avant qu’un orbe de feu bien plus gros ne prenne forme au-dessus de ses mains. Il grossissait vue d’œil et je vis les autres Sindeldi s’écarter en vitesse en voyant ce qu’elle préparait.

(Oh merde, Yliria, renforce ton bouclier magique, vite !)

(Quoi ? Mais je…)

(Plus de fluides, dépenses en plus, tu dois te protéger de ça !)

J’obéis, faisant glisser ma magie de sorte à ce que mon bouclier soit plus épais et plus large, me coûtant plus cher en énergie, mais je sentis clairement une différence, autant dans l’intensité du bouclier que dans sa taille, plus importante et surtout, son épaisseur. Je pensais y parvenir lorsqu’elle abaissait les mains et que l’orbe fusait vers moi. Je vis Lyann écarquiller les yeux avant que l’orbe ne percute le bouclier qui résista dans un instant qui parut durer des heures, avant de voler en éclat sous la violence du sort qui s’écrasa juste devant moi, l’onde de choc me soulevant du sol et me projetant deux bons mètres plus loin, heurtant violemment le sol à l’arrivée, les cheveux roussis par le sort, le souffle coupé par l’impact. J’eus du mal à me relever et une main m’aida tandis que je reprenais mes esprits.

- Sathiël ! Ne refais jamais ça. Ma parole tu voulais la tuer ?

- Pas du tout, regarde, elle va bien.

J’allais bien ? J’étais vivante et entière oui, pas certaine qu’on pouvait dire que j’allais bien. On me remit debout et je chancelai un peu avant de retrouver un certain équilibre, faisant face au sourire de Sathiël.

- C’est ma méthode, on apprend bien plus vite en étant en danger imminent, la preuve tu as su renforcer ton bouclier pour résister à mon sort alors que tu avais du mal juste avant. On va faire en sorte que tu le fasses plus vite et plus facilement, et tu auras parfaitement maîtrisé ce sort.

Elle pencha la tête d’un côté.

- Je vais aussi te donner quelques cours pour des sorts de soin, je pense que ça te sera utile… ne serait-ce que pour réussir à rejoindre ta chambre après les entraînements

Pendant le reste de son cours, elle envoya des sorts bien moins puissants contre mon bouclier pour que je m’habitue à ce genre d’assaut et que je puisse juguler la dépense d’énergie magique en fonction de la puissance des sorts qu’elle envoyait. Elle commença par des petites boule de feu que je pus encaisser sans dommage, puis des plus grosses qui me faisaient serrer les dents à cause de la chaleur, mais globalement, je m’en sortis bien. Elle fit ensuite la même chose avec une attaque de lumière pure que je devais encaisser avec un bouclier fait à partir des mêmes fluides, une vraie nouveauté pour moi qui n’avait jamais utilisé cette magie. Le rempart devint d’un blanc pur, brillant, qui semblait absorber le trait de magie, ais le résultat fut le même et je m’en sortis sans trop de bleus. Cet exercice me fatigua bien plus cependant. Je ne possédais pas encore beaucoup de fluides de lumière, cela m’épuisait bien plus de les consommer aussi rapidement. Après avoir presque entièrement brûlé mes réserves magiques, Sathiël s’estima satisfaite. Mon bouclier parvenait à encaisser des sorts de faible puissance entièrement et à diminuer des sorts plus puissants. Ce n’était pas parfait, mais elle considéra que je maîtrisais suffisamment le sort pour m’en servir efficacement en cas de danger. Il était solide et efficace, c’était tout ce qui importait.


Suite >>


(((Tentative d’apprentissage du sort « bouclier élémentaire » commencé ici et continué ici et )))
Modifié en dernier par Yliria le jeu. 8 août 2019 17:41, modifié 1 fois.

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Tanaëth Ithil
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Tanaëth Ithil » jeu. 8 août 2019 15:36

A Eshrin qui me demande si je m'intéresse maintenant aux arcanes magiques, je rétorque avec une légère grimace que les fluides sont en réalité pour une amie et que je n'ai nulle intention de m'user les yeux pendant des décennies sur de vieux grimoires poussiéreux pour pouvoir allumer un feu de camp sans briquet à amadou. Mon amie me jette un regard faussement désespéré, sachant fort bien le peu d'attrait que j'ai pour ces fameux arts. Nous nous saluons donc en riant puis, mes achats à l'armurerie royale terminés, je retourne rapidement à la commanderie.

A peine ai-je franchi la porte que le son d'une voix familière me parvient, en provenance de l'une des salles d'armes où je me rends aussitôt après avoir lâché mon fauve dans les jardins.

"Llyann! Par Sithi, tu m'as fichu une sacrée frousse!"

"Oh, vraiment? Eh bien, je devrais te faire le coup plus souvent, c'est plaisant de se savoir appréciée", me rétorque-t-elle d'un ton taquin.

Ayant cru à tort que son père Averenn l'avait séquestrée pour faire pression sur moi, alors qu'il n'a en réalité fait que la soigner après qu'elle ait pris un mauvais coup lors de l'attaque des goules sur le chemin du temple de Sithi, j'ai en effet craint que l'Ithilauster soit assez pourri pour tuer sa propre fille. Ma joie de la revoir est donc grande et c'est avec fougue que je l'étreins affectueusement avant de réaliser qu'il y a une deuxième personne dans la salle. Ma soeur d'âme me présente aussitôt la Sindel vêtue d'une souple armure d'écailles et équipée d'un très bel arc qui l'accompagne :

"Tanaëth, voici Elëryann, récemment revenue de Sor-Tini. C'est ta tante Ylis qui nous l'envoie, elle a pensé qu'il nous fallait quelqu'un capable d'enseigner les techniques de tir."

"C'est une excellente idée. Soyez la bienvenue, Elëryann. Je serai ravi de bénéficier de vos conseils, à l'occasion."

"Merci pour votre accueil, messire tar'Ithil. Quelles armes utilisez-vous? En dehors de ces remarquables épées que vous portez, s'entend."

"Laissez tomber les messires et autres, voulez-vous? Je manie un peu l'arc, mais de manière peu académique je le crains..."

"Vraiment? Eh bien, je suis à votre disposition mess...Tanaëth."

"Dans ce cas, laissez-moi juste le temps d'aller chercher mon arc et voyons un peu l'étendue des dégâts", lui répliqué-je avec un sourire d'auto-dérision.

Pour avoir formé quelques recrues au maniement de l'épée, je sais qu'il est bien plus aisé d'enseigner à quelqu'un n'ayant jamais pratiqué qu'à une personne ayant pris de mauvaises habitudes, j'espère ne pas trop la désespérer d'entrée de jeu... Quelques minutes plus tard, je la retrouve dans les jardins, plus appropriés qu'une quelconque salle pour s'entraîner à bonne distance. Une profonde surprise se marque sur les traits d'Elëryann lorsqu'elle découvre mon arme, bien loin sans doute de l'arc banal qu'elle devait s'attendre à voir d'après ce que je lui ai dit de mes compétences de tireur :

"Serait-ce le légendaire Arc des Glaces que vous avez là?!"

"Vous avez l'oeil, c'est bien de lui qu'il s'agit."

"Puis-je le voir de plus près? Je le pensais perdu à jamais, j'ai entendu dire qu'il avait été enterré avec sa dernière porteuse...comment se nommait-elle déjà?"

"Galaen Findaryë. En réalité il n'était pas dans sa tombe, que je ne me serais pas permis de profaner, mais à proximité, sous la garde d'un Sylphe."

La Sindel observe ma relique avec admiration, sans la toucher cependant, puis elle me dévisage attentivement durant quelques instants avant de me désigner une petite cible qu'elle a accrochée contre un arbre situé à l'autre bout des jardins :

"Une telle arme mérite mieux qu'un archer de bas étage pour la manier. Montrez-moi un peu ce que vous savez faire avec."

Ma première flèche se fiche en vibrant dans la cible de la taille d'une assiette, à trois pouces au-dessus du centre. La deuxième se plante approximativement à la même distance, mais sur la droite cette fois. Fronçant les sourcils de dépit, je prends ensuite le temps d'analyser correctement le léger courant d'air qui parcourt les lieux et rectifie imperceptiblement l'angle de mon tir qui, cette fois, trouve le centre du cercle.

"Vous maniez "un peu" l'arc, hein? Par Sithi, si tous nos archers tiraient comme vous nous serions encore maîtres de Sor-Tini", s'exclame Elëryann qui ajoute après une seconde de silence : "Mais votre position n'est effectivement pas très académique, pour reprendre vos mots. Vous faites des efforts inutiles pour tendre votre arme, ça ne se ressent pas trop parce que vous avez suffisamment de force mais cela nuit un peu à votre précision. Voyons cela..."

La Sindel m'invite à bander une fois de plus mon arc et à le maintenir tendu puis, après m'avoir observé quelques secondes, reprend:

"Tenez-vous plus droit et pivotez davantage les épaules. Quand vous le tendez votre geste doit suivre une ligne droite proche de l'axe de votre corps, s'il est courbe il s'éloigne de cette ligne et cela vous demande un effort superflu. Réessayez. Oui, voilà, c'est mieux. Encore. Plus droit le dos! Allez, encore. En ligne droite la traction! Tournez un peu les épaules, oui, ainsi. Bien, maintenant prenez le temps de viser et... non, gardez les deux yeux ouverts. Si vous en fermez un votre vision est faussée."

Durant près d'une heure les conseils pleuvent, me permettant d'affiner peu à peu la précision de mes tirs. Le plus difficile pour moi n'est pas de toucher la cible, mais de prendre un temps qui me semble considérable à viser avant de décocher ma flèche. Plus habitué au combat au corps à corps où réagir à l'instinct est primordial, j'ai toujours fait de même avec l'arc, au détriment de la technique pure ainsi que me le démontre Elëryann. Ce n'est que lorsque je parviens à planter dix flèches d'affilée dans le centre de la cible qu'elle s'avère satisfaite :

"Excellent, vous apprenez vite. Rien ne sert de se hâter lorsque l'adversaire est encore à bonne distance, un seul tir précis vous prendra toujours moins de temps que trois tirs hasardeux. Ce que je viens de vous apprendre est l'une des bases essentielles de l'archerie, maintenant nous pouvons travailler des techniques un peu plus élaborées."


*****
Note GM:

apprentissage automatique de la cc distance "Tir Précis". (175 yus)
Modifié en dernier par Tanaëth Ithil le ven. 30 août 2019 11:22, modifié 1 fois.

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Tanaëth Ithil
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Tanaëth Ithil » jeu. 8 août 2019 17:29

Elëryann remplace ensuite la cible ronde par un mannequin de bois et de paille :

"Je suppose que je n'ai pas besoin de vous expliquer quels sont les points vitaux d'un corps humanoïde? Alors utilisez ce que je viens de vous apprendre pour placer vos tirs de manière à ce qu'ils soient le plus mortels possibles."

Flèche après flèche, je lamine le mannequin à la gorge, à la tête, au coeur et dans les poumons. L'archère me fait peu à peu accélérer la cadence, arguant avec raison que l'on a pas toujours plusieurs secondes à disposition pour viser soigneusement son adversaire, puis elle place ma cible dans diverses positions qui me compliquent quelque peu la tâche. Rien d'insurmontable cependant et, si quelques-uns de mes traits se perdent dans les fourrés au début par excès de zèle, je ne tarde guère à rectifier mes tirs pour qu'ils soient aussi dévastateurs lorsque l'adversaire se trouve de dos ou de profil que lorsqu'il est de face. Bien évidemment il y a toujours une part de chance dans l'histoire car il suffit, par exemple, qu'un ennemi de profil bouge le bras pour que la flèche le perfore en lieu et place de la cage thoracique, mais dans l'ensemble mon adversaire serait régulièrement mis hors de combat par un unique tir s'il était constitué de chair.

Elëryann noue ensuite de fines cordes aux membres de la quintaine et demande à deux gardes de la faire pivoter afin d'accroître la difficulté et d'approcher au plus près d'une situation réelle. Les réussites sont tout de suite moins nombreuses, il faut un certain temps à la flèche pour parcourir la distance me séparant du mannequin et cela implique donc de prévoir le mouvement de l'adversaire, ce qui n'a rien d'évident. Mais, grâce aux conseils avisés de la Sindel, j'atteins une régularité satisfaisante au bout de quelques dizaines de tirs.

"Parfait, compliquons un peu l'exercice maintenant", déclare-t-elle avec une certaine malice avant de faire équiper le mannequin d'une armure d'entraînement. "Une bonne armure a passablement de chances de dévier une flèche, mais elle comporte toujours des failles. Tâchez donc de viser ces dernières."

Là encore je n'ai nul besoin que l'on m'apprenne les faiblesses de protections habituelles, j'en use depuis des décennies pour placer mes coups au corps à corps, mais les atteindre d'une flèche alors que l'adversaire est à quelques dizaines de mètres est une toute autre affaire, ainsi que je ne tarde pas à le réaliser. Mes premiers traits ricochent lamentablement sur le métal, ou s'y plantent dans le meilleur des cas, mais non sans être massivement freinés au passage. Si je parviens assez rapidement à rectifier mes essais lorsque la cible est immobile, il en va tout autrement lorsque les gardes se remettent à la faire se mouvoir :

"Bon sang! Les failles sont trop petites, comment voulez-vous les atteindre si le type remue en tous sens", finis-je par m'exclamer d'un ton dégoûté après une douzaine de tentatives infructueuses !

"Allons allons, il n'y a pas de mauvaise cible, il n'y a que de mauvais archers", riposte-t-elle en riant. "Suivez ses mouvements et attendez l'instant propice pour tirer, en tenant compte du vent et du temps que met la flèche à atteindre sa cible."

"Bougrement plus facile à dire qu'à faire", ronchonné-je dans ma barbe, mais je n'en reprends pas moins l'entraînement en tentant de suivre ses conseils de mon mieux. Au bout de deux heures supplémentaires, mes bras me semblent être faits de plomb et seul mon entêtement me permet de tendre quelques fois de plus ma puissante relique, mais je parviens désormais à atteindre ces maudites failles environ une fois sur deux. Si ce résultat ne me paraît pas précisément glorieux, la Sindel se montre quant à elle satisfaite et me précise que même les plus grands archers ne réussissent pas toujours des tirs aussi délicats à réaliser.

"Eh bien c'est qu'ils ne sont pas si bons que ça. Il n'y a que de mauvais archers disiez-vous, non?"

Depuis mon plus jeune âge j'ai cherché à atteindre la perfection dans chacun de mes coups, refusant avec obstination l'idée que la chance ait quelque chose à voir dans l'affaire. J'ai passé des milliers de nuit à répéter inlassablement des gestes dont je n'étais pas pleinement satisfait, parfois au grand dam de mes instructeurs qui m'avaient ordonné de me reposer. Même si je sais aujourd'hui que la perfection n'existe pas, j'entends bien m'entraîner sans relâche jusqu'à atteindre un niveau que je jugerai acceptable, ce qui est encore loin d'être le cas. Néanmoins, je suis bien vite contraint de faire une pause, mes bras tremblant tant que je manque systématiquement mes tirs sous le regard à la fois amusé et discrètement admiratif de la Sindel.

"Vous êtes...persévérant, à ce que je vois", lâche-t-elle à mi-voix.

"Têtu comme une mule, vous voulez-dire" riposté-je en riant légèrement avant d'ajouter : "Mais faisons une pause, encore un peu et je n'aurais tout simplement plus la force de bander ce fichu arc! Parlez-moi un peu de Sor-Tini, voulez-vous?"

"Si vous voulez. Il n'existe qu'un seul continent sur ce monde, à notre connaissance du moins. C'est une terre très semblable à Yuimen, globalement, l'air y est respirable sans mal, l'eau est identique à celle d'ici, salée dans la mer et douce dans les lacs et fleuves. A l'origine quatre races la peuplaient : les Tarouans, qui ressemblent à des humains sauf qu'ils ont des oreilles triangulaires pointues et que leur chevelure, toujours noire, ressemble fortement à une crinière. Il y a aussi les Masanis, ils ressemblent beaucoup aux Hinïons, en plus raffinés encore. Eux aussi vénèrent la lune, bien que différemment de nous. On trouve encore les Gamnains, des êtres de petite taille qui ont tout le temps l'air joyeux. Ils sont incroyablement riches, enfin, l'étaient avant que les troupes d'Oaxaca n'envahissent ce monde. Ils étaient plus ou moins nomades, mais je ne sais trop ce qu'ils sont devenus maintenant. Le dernier peuple est celui des Dryades, des êtres sauvages à la peau verte qui vivent en forêt."

"Mmm, intéressant. Et notre peuple, dans tout ça?"

"Eh bien, nous n'avons jamais vraiment conquis ce monde, ni bâti de cités. Nous vivions dans de grands camps principalement destinés à la formation des Ithilausters. Comme ils n'étaient défendus que par des palissades de rondins, les forces d'Oaxaca n'ont pas eu grand mal à s'en emparer, d'autant plus que nous avons été pris par surprise."

Je lui pose encore de nombreuses questions, tant sur l'organisation des peuples locaux que sur celle des Sindeldi. Je tente aussi d'en savoir plus sur les forces de la noire déesse qui ont forcé mon peuple à fuir cette planète, mais Elëryann ne sait finalement que peu de choses à ce propos. Elle n'a vu que des Garzoks pour sa part, bien qu'elle ait entendu de nombreux récits évoquant de terrifiantes créatures assez similaires à celles que j'ai abattues en Omhyrie. Quant aux peuples natifs elle ne sait pas ce qu'ils sont devenus, les Sindeldi n'ayant eu que le temps de rejoindre au plus vite le fluide spatial menant à Tahelta pour éviter d'être exterminés. Songeur, je lui demande encore:

"Savez-vous s'il existait un autre fluide menant sur Yuimen?"

"J'ai entendu parler d'un fluide menant vers Pohélis, oui. Certains disent que c'est par là que les forces d'Oaxaca sont venues, mais honnêtement je ne sais si c'est la vérité, ni même si ce fluide existe vraiment. Ceux qui m'en ont parlé le situaient très au nord-est de nos camps, dans une région proche de montagnes où nous n'allions quasiment jamais."


Pohélis... je n'ai jamais été dans ce coin, mais je sais qu'il est aussi soumis à Oaxaca et que, par conséquent, ce fluide ne serait guère plus aisé d'accès que celui que la maudite noire a emporté à Omyre lors de son attaque sur notre capitale. Autant dire que nous aurions le plus grand mal à reprendre cette colonie, si tant est que nos chers dirigeants le souhaitent seulement. Enfin, j'ai d'autres priorités que ce monde lointain pour le moment :

"Je vois...merci de ces informations. On reprend l'entraînement?"

"Allons-y, si vous vous sentez de nouveau d'attaque", répond-elle avec un sourire discrètement ironique.


*****
Note GM :

apprentissages automatiques des cc distance:

-Tir critique
-Tir chirurgical

2x175 yus = 350 yus
Modifié en dernier par Tanaëth Ithil le dim. 11 août 2019 19:28, modifié 1 fois.

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Re: Commanderie d'Opale

Message par Yliria » jeu. 8 août 2019 17:40

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Sitôt l’entrainement terminé, Sathiël m’envoya directement vers les cuisines en m’ordonnant de me remplir l’estomac histoire de me « remplumer un peu », ce qui fit beaucoup rire Alyah tandis que je marchais dans les couloirs de la bâtisse, cherchant les fameuses cuisines. Son amusement me fit grincer des dents.

(Ce n’est pas drôle !)

(Tu n’as pas vu ta tête, crois-moi, c’était absolument hilarant.)

Ignorant le ricanement de cette petite peste d’Alyah, je déambulai dans les couloirs en suivant les indications fournies par Sathiël, espérant en pas me perdre comme une idiote dans ce dédale de couloirs. Elle avait été très précise dans ses explications, mais sans un petit coup de pouce d’Alya, je me serais sans doute retrouvée le bec dans l’eau sans la trouver. Alors que j’atteignais enfin les cuisines, je sentis Alyah changer d’humeur soudainement, me faisant froncer les sourcils. Elle semblait ennuyée.

(Un problème Alyah ?)


(Pas sûr, mais il y a quatre Sindeldi qui te suivent.)
Dans n’importe quel autre pays de ce monde, ça ne m’aurait pas alarmé plus que cela puisque je me trouvais dans un lieu géré par l’Opale. Ici, en revanche, ce genre de chose allait me rendre méfiante, aussi je demandai à Alyah de les surveiller tandis que je me hâtai de me rendre aux cuisines. Une fois sur place, personne ne fit de commentaire sur ma présence, tout au plus quelques regards étranges ou intrigués, mais, visiblement, le mot était passé et les Sindeldi me fichaient la paix. On me fit patienter quelques minutes avant de me donner un repas qui semblait bien trop copieux pour moi, mais je me contentai de remercier les cuisiniers d’un sourire avant d’aller m’installer dans la salle la plus proche où d’autres Sindeldi semblaient eux aussi prendre un repas. Il y eut un bref silence à mon arrivée, ce qui m’encouragea à rapidement trouver une place à l’écart pour manger en silence. Tout cela avait quelque chose de pesant malgré tout. Si encore Nyllyn était là…
Le repas était épicé, mais délicieux et, discutant mentalement avec Alyah sur la suite des événements, j’en dévorai la majeure partie sans m’en rendre compte. Elle était plutôt bonne la nourriture Sindel. Tout en baillant, je rangeai les ustensiles et rapportait le tout aux cuisines avant de regagner ma chambre. Celle-ci était vide. Pas la moindre trace de Nyllyn, même si ses affaires étaient toujours là, preuve qu’elle comptait revenir. Je me défis de tout mon attirail et m’effondrai sur mon lit sans aucune retenue, m’endormant sans même faire l’effort de ramper sous les couvertures. Je dormis bien et Alyah me réveilla, me forçant à me lever de mauvaise grâce. Je vis que le lit de Nyllyn était défait, elle avait donc dormi là, mais s’était éclipsée avant mon réveil. Je soupirai en voyant cela. Je savais qu’elle m’en voudrait, mais à ce point… Je pris un repas frugal et retournai à la salle d’entraînement sans tarder. En arrivant, j’aperçus justement Nyllyn qui discutait avec Lyann et hésitai à aller vers elle, histoire d’essayer de me réconcilier avec mon amie. Prenant mon courage à deux mains, je m’avançai vers elle mais m’arrêtant en voyant son regard se poser sur moi. Elle n’avait plus ce sourire ou ce regard amusé ou joyeux non, elle semblait indifférente à ma présence. Cela me fit bien plus mal que si elle m’avait hurlé dessus et je reculai pour quitter les lieux, ne voulant pas affronter ce genre de regard de sa part. Une flèche me passa juste devant les yeux, si proche que je pus sentir le déplacement d’air et qu’elle m’entailla l’arête du nez. Je reculai d’un bond en vérifiant l’état de ce dernier.

- Toutes mes excuses, je suis un incorrigible maladroit.

Un Sindel s’approcha avec un sourire navré, un arc à la main et une grande épée dans le dos. D’autres Sindeldi derrière lui croisaient les bras, observant la scène. Je n’aimais guère la façon dont il me regardait et plissait les yeux tandis qu’il approchait. Il me scruta un instant avant de s’exclamer.

- Vraiment, quel maladroit, pardonnez-moi.

Si sa voix et son sourire étaient convaincants, son regard empli de haine ne l’était pas du tout et il se pencha comme pour examiner la plaie, murmurant quelques mots.

- Tu as peut-être les faveurs du Seigneu’tar Ithil en étant sa putain, mais ici nous sommes chez nous, vermine. Je te conseille vivement de re…

Son nez rencontra mon bouclier et sa tête partit en arrière accompagnée d’une giclée de sang. Il s’affala sur le sol et je me ruai sur lui, l’attrapant par le col en lui crachant des mots emplis de colère au visage.

- Je ne suis la putain de personne ! Ose le dire à voix haute ou face au Seigneur Ithil ! Vas-y !

-Yliria !

Je relevai la tête pour voir Lyann approcher d’un air furibond, mais ce fut surtout la vision d’un autre Sindel bandant son arc en me visant qui me fit réagir. Je roulai sur le côté, la flèche me frôlant sans m’atteindre. Je dégainai aussitôt ma lame en voyant que deux autres avaient leurs armes sorties.

- Cessez tout ceci ! Êtes-vous tous devenus fous ? Ce comportement est indigne d’un Sindel.

Le Sindel qui m’avait insulté se releva, se tenant son nez ensanglanté en me regardant d’un air mauvais avant de tirer sa lame.

- Lifarion, range cette lame !

Il bondit vers moi sans tenir compte de l’avertissement de Lyann , assénant un grand coup vertical que j’esquivai en faisant un rapide pas de côté alors que la lame se fracassait sur le sol.

- Cette catin inférieure mérite mille fois la mort pour avoir osé porter la main sur un Sindel, je ne vais pas laisser passer cela. Le Seigneur’tar Ithil se rendra compte qu’il était manipulé lorsqu’elle gira morte à ses pieds !

Je me jetai au sol pour esquiver son coup de taille, me relevant d’un bond an assénant un coup d’estoc qui lui perça le bras droit. Il grimaça de douleur tandis que je retirai la lame, mon bouclier rencontrant son genou qui plia sous l’impact en amenant son visage près du mien.

- Tu vas payer pour cela, putain !

Le plat de ma lame rencontra son crâne et il s’effondra en poussant un bref cri de douleur. Ma lame se posa sur sa gorge et je vis passer une étincelle de surprise dans ses pupilles sombres.

- Ne me traite plus jamais de pu…

Une vive douleur m’arracha un cri tandis que je me sentis être projetée au sol sous l’impact. Quelque chose m’avait frappé en dessous de l’épaule et je me retournai en levant mon bouclier, interceptant une flèche, probablement sœur de celle qui avait dû se planter dans mon dos à l’instant. L’autre Sindel en profita pour se relever, un sourire mauvais sur les lèvres, mais Nyllyn entra dans la danse et son genoux vint percuter le visage du Sindel après qu’elle lui ait sauté dessus. Lyann, quant à elle, se dirigea vers l’archer et leur somma de cesser tout cela. Je vis Sathiel approcher et s’agenouiller près de moi.

- Ne bouge pas Yliria !

Je la sentis poser ses mains près de la flèche profondément enfoncée dans mon épaule. Je sentais que je n’allais pas aimer la suite.

- Respire, je vais devoir te l’arracher si on ne veut pas que ça s’infecte. Voilà, inspire profondément. A trois. Un…

Elle arracha la flèche d’un coup et je hurlai tant la douleur fut atroce. Je sentis une main serrer la mienne, mais je me recroquevillai au sol en espérant que la douleur passe, tremblant de tous mes membres. J’entendis Sathiel dire quelque chose et on me tourna sur le ventre avant que la douleur ne finisse par décroître progressivement. Haletante, je restai encore un peu au sol le temps de reprendre mon souffle. C’était agréable le sol frais. La main qui serrait la mienne me lâcha doucement avant de passer dans mes cheveux.

- Yli… ça va ?

Je tournai ma tête vers une Nyllyn visiblement inquiète, répondant sèchement.

- D’après toi ?

Je m’en voulus aussitôt de lui répondre ainsi en la voyant froncer les sourcils.

- Très bien !

Elle voulut se lever mais je la retins en lui attrapant le bras, le regrettant aussitôt en sentant mon épaule demander grâce.

- Non Nyllyn attends... excuse moi je…

- Je dois aller vois Maître Ithil.

Et elle se dégagea avant de quitter la salle. Je commençais en avoir marre…

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Yliria
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Yliria » jeu. 8 août 2019 18:06

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- Nyllyn !

Ignorant la douleur qui continuait de me lancer dans l’épaule, je m’étais relevée et lui avait couru après, la rattrapant alors qu’elle sortait de la pièce. Elle se retourna et fronça les sourcils. Nous nous dévisageâmes pendant quelques secondes, dans un silence pesant. Puis elle ouvrit la bouche, d’une voix qui m’énerva aussitôt, comme si elle n’avait pas le temps de me parler.

- Quoi ?

Je luttai pour ne pas m’énerver, mais c’en était trop, j’en avais ma claque de son comportement.

- Tu es ridicule. Tout ton beau discours sur le fait d’être ma sœur, c’était du vent ?

- Quoi ? Tu… Tu inverse les rôles ! C’est toi qui m’abandonne, pas l’inverse !

- Je ne t’abandonne pas ! Je veux te protéger !

- Je n’ai pas besoin de ta protection ! Je suis une grande fille, je m’entraîne au combat depuis plus longtemps que toi ! Si quelqu’un doit accompagner Maître Ithil, c’est moi !

C’était donc ça, le nœud du problème.

- Tu me fais quoi là ? Tu es jalouse ? Tu plaisantes ? Tu crois que j’y vais uniquement pour accompagner Maître Ithil ? Pincez-moi je rêve, j’ai une mission je te rappelle ! Et lui non plus ne voulait pas que tu viennes Nyllyn !

- Que… tu mens ! Tu dis ça pour que j’accepte ! Pourquoi il ne voudrait pas ?

- J’en sais rien ! Je n’ai pas pensé à lui demander après que tu m’ais planté dans la salle de réunion comme une sombre idiote. Peut-être qu’il veut aussi te protéger ou qu’il pense que tu n’es pas prête ou…

- Pas prête ? Tu te crois meilleure c’est ça ?

- Quoi ? Mais non je…

Elle pointa son doigt vers moi, appuyant à plusieurs reprise sur ma poitrine.

- Tu sais quoi ? On va voir ça. Un duel, si tu perds, tu acceptes que je vienne, et si je perds, je resterais ici !

Je la regardai, abasourdie. Elle était pourtant mortellement sérieuse et je me retins à grande peine de la secouer pour lui faire entendre raison. S’il fallait ça pour qu’elle accepte.

- Très bien ! On y va ! Fichue tête de mûle…

Rageusement, je tournai les talons et entrai dans la salle d’entraînement, expliquant brièvement la situation à Lyann qui soupira. Sathiël aussi eut l’air dubitatif, mais elle convainc Lyann, arguant qu’elle serait là pour les soins si besoin. Les autres Sindeldi, notamment le groupe responsable de l’incident précédant, avaient pour la plupart quitté les lieux. J’entendis nettement Nyllyn dégainer ses deux lames et la regardai d’un air étonné. Elle voulait vraiment y aller avec de vraies armes ? Elle soutint mon regard sans un mot et se mit en garde. Je retins à grand peine de lever les yeux au ciel, mais pas le soupir qui l’accompagnait, avant de dégainer épée et bouclier. Une fois en garde, je scrutai Nyllyn, espérant qu’elle se rende compte que tout ceci était ridicule. Mais j’avais tort, parce qu’elle se rua sur moi, donnant un coup de taille avec chacune de ses lames. La première rencontra la mienne et je déviai le deuxième d’un coup de bouclier, l’obligeant à reculer pour ne pas ouvrir sa garde, parant mon assaut en croisant ses deux épées pour bloquer la mienne. Elle recula prestement lorsque je tentais de la frapper avec la tranche de mon bouclier et je me remis en garde. Mon but était surtout de l’épuiser, pas de la blesser.

Elle, en revanche, m’attaqua avec une violence que je ne lui connaissais pas, virevoltant pour essayer d’atteindre une zone moins protégée. Un coup de taille m’entailla suffisamment la gorge pour que je sente un filet de sang couler et un autre m’entailla le bras. Elle essayait de me tuer ou quoi ? J’en eus assez et passai à l’offensive en enflammant ma lame, lui tirant une grimace. Elle voulait y aller franchement ? Je n’allais pas faire semblant à présent.

(Yliria…)

(Je sais… Je veux pas faire ça, merde ! Elle croit que je l’abandonne, je suis censée faire quoi ?)

Nos lames s’entrechoquèrent, faisant voleter quelques étincelles et flammèches en tous sens et mon épaule me fit grimacer de nouveau, mais j’ignorai la douleur du mieux que je pus. Les coups pleuvaient des deux côtés. Nyllyn était agressive et rapide et j’étais plus défensive avec pourtant la même vitesse, chaque coup était paré ou dévié des deux côtés sans qu’aucune de nous ne prenne l’avantage. Je décidais de mettre en pratique ce que j’avais appris avec Lyann et attendis le bon moment pour enrouler ma lame autour d’une des armes de Nyllyn, avant de sèchement imprimer une torsion du poignet, faisant voler l’arme hors de sa prise. Elle agrandit les yeux de stupeur et recula précipitamment alors que j’armai une boule de feu pour la lui lancer dessus, visant ses jambes. Elle l’évita d’une pirouette aérienne avant de foncer pour ramasser son arme. Je me plaçai sur la trajectoire et m’apprêtait à l’en empêcher lorsqu’elle freina brutalement, esquivant mon bouclier avant de donner un violent coup d’estoc. Le coup passa sous mon bouclier et entre les différentes parties de mon armure, s’enfonçant sous mon aisselle. Je hoquetais sous la douleur et Nyllyn se figea, son visage pâlissant aussitôt et perdant cette expression dure qu’elle s’était forgée pendant le combat. Stupidement, je regardais la lame plantée près de mon torse et relevai des yeux effarés vers une Nllyn dont le bras se mit à trembler. Elle lâcha son arme lorsque je lui donnai un coup de pommeau dans le ventre avant de la faire tomber au sol, posant ma lame sur sa gorge, mon visage tout près du sien, effaré.

- Tu as perdu Nyllyn, je…

Le reste fut un filet de sang que je crachai sur le sol à côté d’elle tandis que Sathiël s’approchait.

- Tu as le chic pour te faire enfoncer du métal dans le corps toi on dirait. Comme tout à l’heure, inspire.

Retirer la lame fit moins mal que retirer la flèche et je ne hurlai pas cette fois, me contentant de grogner de douleur. Une intense lumière irradia des mains de Sathiël tandis que je m’allongeais à nouveau sur le sol. Deux fois dans la même journée c’était trop. En sentant la douleur refluer, je me dis qu’apprendre à me soigner avec la magie serait probablement une bonne idée. Une priorité même, vu ma capacité à me blesser en permanence. Je murmurai ma demande à Sathiël qui sourit et accepta, me laissant discuter avec Nyllyn après avoir soigné la blessure, laissant le soin à mon amie de bander le tout pour qu’elle ne s’ouvre pas de nouveau. Elle hocha la tête et je la laissais faire, d’abord en silence, puis, je voulus lui parler.

- Nyllyn, je…

- Je sais Yli… je… je suis désolée. C’est stupide, mais je n’y arrive pas. Je voulais partir avec toi, avec vous deux et vous me laissez derrière comme ça… J’ai l’impression d’être un fardeau.

- Ne dis pas ça, idiote. Je ne veux juste pas qu’il arrive malheur à ma sœur. Tu es tout ce que j’ai Nyllyn. S’il te plaît…

Elle fixa ses yeux dans les miens et je pus presque voir le conflit intérieur qui se jouait en elle. Sa soif d’aventure et l’envie de prouver sa valeur face à ma demande égoïste de la savoir en sécurité, ici. Elle finit par se lever après m’avoir aidé à me redresser.

- Je… je vais parler à Maître Ithil. Si vraiment il ne veut pas que je vienne, je resterais là ou je retournerai en Imiftil, je n’aurais plus rien à faire ici.

- Nyllyn…

- Je t’en veux Yli… Parce que je sais que tu avais ça en tête depuis un moment, et tu as attendu tout ce temps. Je te connais, tu as trop hésité et tu ne l’as avoué que quand tu t’es retrouvée dos au mur.

Je baissai honteusement les yeux, parce qu’elle avait parfaitement raison. SI j’avais été franche avec elle dès le début, elle aurait pu se préparer. Là, elle était mise devant le fait accompli. Je la sentis bouger avant qu’elle ne m’embrasse doucement le front.

- On se voit plus tard, j’ai besoin d’être un peu seule. Et après… on discutera, toutes les deux.

Je hochai la tête avant de la regarder sortir de la salle en soupirant légèrement, comprenant que la retenir n’arrangerait rien et que je devais respecter sa volonté d’être seule pour le moment, même si cela me pesait. Je grimaçai en me relevant, jetant un œil aux bandages, captant le regard inquisiteur de Sathiël.

- Il serait temps d’apprendre quelques sorts qu’en dis-tu ? Pour soigner en premier lieux, mais pas que, commençons !

- Maintenant ?

- Oui, tu as encore quelques entailles plus ou moins profondes, c’est parfait pour t’exercer à la magie de soin. Oh et, j'oubliais.

Elle sortit des fioles du sac posé dans un coin.

Les fluides que tu as apparemment commandé au Seigneur'tar Ithil.

Elle me regarda d'un air mi-intrigué, mi-amusé et je me contentai de détourner le regard tout en acceptant les fioles.

Allez ! Avale ça et suis moi, on a du pain sur la planche !

J’obéis face à son regard autoritaire, débouchant immédiatement une fiole de fluides de lumière avant de l'ingérer, sentant les fluides descendre lentement avant de se diffuser dans tout mon corps, apportant une bienheureuse sensation de l'intérieur en plus d'illuminer brièvement ma peau d'une lueur blanche avant de s'éteindre. C'était toujours aussi étrange, bien que pas désagréable. Je n'en consommais que deux, j'avais de toute manière hâte de maîtriser un peu mieux ma magie, autant commencer le plus tôt possible. Je jetai un dernier regard vers la porte dans l’espoir que Nyllyn ait finalement décidé de rester, mais elle resta obstinément close.


(((HRP : Consommation d'une fiole de fluide de lumière 1/4 )))

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Yliria
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Yliria » ven. 9 août 2019 00:06

<< Auparavant


Assise en tailleur aux côtés de Sathiël, j’écoutais cette dernière m’expliquer la théorie concernant les sorts de lumière, plus particulièrement les sorts de soins qui, bien que très utiles, n’étaient pas toujours suffisant et pouvait parfois vider le mage de toute son énergie tant le sort demandait d’efforts.

- Nous allons commencer avec un sort des plus simples de cette école. La plupart des gens à travers Yuimen l’appellent le « Souffle de Gaïa » et c’est ainsi que je l’appellerais également. Il consiste en un soin sur une zone précise du corps, il n’est pas assez puissant pour soigner une personne entièrement, mais il est très efficace et parfait pour démarrer. Tu vas me regarder faire pendant que j’expliquerais, puis tu essayeras ensuite.

Elle tendit sa main et je lui présentai le bras où il y avait des entailles. Elle en cibla une avec son doigt pour montrer sur laquelle elle allait me faire la démonstration avant de poser ses mains de part et d’autres. Elle expliqua chaque détail du processus qu’elle effectuait. Faire circuler les fluides de lumières jusqu’à ses mains puis les relâcher avec une extrême délicatesse. Le but ici était de diffuser la magie pour qu’elle soigne, pas de l’éjecter pour qu’elle blesse. Ses mains s’illuminèrent et je sentis un picotement sur la blessure nimbée d’une douce lueur. La blessure sembla se résorber d’elle-même et la lumière émanant des mains de Sathiël s’éteignit lorsqu’il ne resta plus rien. Elle m’expliqua que, la blessure étant bénigne, il était aisé de la faire disparaître, mais que des blessures plus grave pouvaient nécessiter une dépense d’énergie plus importante et qu’il était crucial que je parvienne à maîtriser mes fluides si je ne voulais pas m’épuiser inutilement sur des blessures légères. Elle ajouta que, pour que le sort fasse vraiment effet, il fallait vouloir soigner. Pour elle, la magie n’était pas qu’une affaire de fluides et de puissance, c’était aussi et surtout une affaire de volonté.

- Cela vaut pour beaucoup de choses, mais c’est encore plus vrai pour la magie. Allez, ferme les yeux, concentre toi, fait circuler tes fluides et après nous passerons à la pratique.

Je m’exécutai, fermant les yeux en me concentrant. Il y avait deux magies en moi, feu et lumière et la première prenait facilement le pas sur l’autre. Elle était plus ancienne, plus facile à utiliser et à relâcher. Mais j’avais réussi à utiliser la lumière sur ma lame, la faire circuler jusque dans mes mains ne serait pas trop difficile. Lentement, je fis émerger cette magie avant de la sentir se diffuser dans mon corps. Je la redirigeai vers mes mains, sentit les flux de fluides courir le long de mes bras, dans des veines invisible mais pourtant bien présentes. Sathiël émit un son appréciateur et me demanda d’augmenter l’intensité. Je concentrai davantage de fluide dans mes mains, les maintenant ensuite à sa demande avant de les relâcher et de recommencer plusieurs fois pour que cela devienne pus facile d’appeler ces fluides.

- Tu t’en sors bien. Maintenant, nous allons passer à l’étape cruciale, celle où tu diffuse tes fluides pour soigner. Ne t’embarrasse pas avec la puissance pour le moment, contente toi de lancer le sort.

- Je ne risque pas de blesser si je concentre mes fluides ?

- Si, justement, c’est pourquoi tu dois diffuser et non concentrer tes fluides quand tu les relâches. C’est toute la difficulté de l’exercice. Allez, commençons.

J’inspirai avant de suivre ses instructions. Appeler les fluides, les concentrer dans ma main, puis les relâcher en les diffusant tout en souhaitant soigner, pas détruire. Sur el papier cela me sembla simple. Dans la pratique, ça l’était beaucoup moins. Concentrer mes fluides n’était plus un problème, restait à les diffuser. Lentement, je les fis s’échapper en souhaitant soigner ce qu’il y avait en dessous. La lumière de mes mains irradia soudainement et le flux, trop brutal, me fit comme une brûlure soudaine sur les paumes tandis que la lumière quittait violemment mes mains pour frapper le sol devant moi sans causer de réels dégâts. Je me massai les mains sous le regard de Sathiël. Je m’attendais à une remarque, mais elle ne fit que froncer les sourcils avant de m’ordonner de recommencer en me concentrant davantage, me précisant qu’il fallait que je focalise mon attention sur la blessure. Pour joindre l’action aux paroles, elle m’obligea à viser l’entaille sur mon tibia, arguant que si j’échouais cette fois, j’en subirai les conséquences, ce qui n’était as pour me rassurer.

- Je vais essayer.

- Non, tu vas réussir. Rentre toi ça dans le crâne. Si tu essaie, tu risques d’échouer. Forces-toi à réussir. Et donc, tu vas… ?

- Je vais réussir.

- Bien ! Allez !

J’inspirai puis expirai lentement avant de reprendre, mes mains entourant la légère plaie qui barrait mon tibia. Comme avant, j’appelai les fluides qui circulèrent jusque dans mes mains, illuminant les paumes de ces dernières. Je pris davantage mon temps cette fois, diffusant très lentement les fluides pour qu’ils agissent pour soigner et non pour détruire comme Sathiël me l’avait expliqué. Soigner, guérir, éloigner la douleur tout en diffusant lentement les fluides. Je sentis que j’étais crispée, je devais me calmer. J’expirai lentement, soufflant doucement tout en continuant à réguler le flot de fluides. La plaie, peu à peu, se résorba, mais je ne criai pas victoire et continuait de juguler la puissance du sort selon les indications de la Sindel à mes côtés. Lentement, la plaie se referma, ne laissant qu’une fine trace claire sur ma peau tandis que la lumière émanant de mes mains déclinait peu à peu avant de s’éteindre tout à fait. C’était intense comme utilisation de magie, la moindre erreur aurait pu être catastrophique, mais le sourire de Sathiël m’assura que je n’avais pas failli.

- Bien joué ! Du beau travail, tu apprends vite, c’est appréciable.

Elle se leva et tendit sa main vers moi.

- Viens, nous allons manger un morceau pour te remettre d’aplomb, et après ça, tu vas t'entraîner à nouveau et je vais t’enseigner quelques sorts supplémentaires qui ne seront pas superflus pendant ton voyage.

Je la suivis docilement pour aller manger un repas frugal et ingérai de nouveaux des fluides de lumières. Sathiël me mit en garde et me conseilla d'attendre le lendemain avant d'en prendre d'autre, cette fiole étant puissante et j’acquiesçais en sentant les fluides se diffuser en moi comme plus tôt, bien que la sensation soit loin d'être aussi plaisante, comme si la magie saturait légèrement et avait du mal à s'intégrer à mon corps. L'effet ne dura pas, mais je suivis son conseil en n'en consommait pas d'autres de la journée. Je récupérai donc un peu de force après cette matinée plus que mouvementé et épuisante, avant que nous ne retournions dans la salle où elle entreprit de m’enseigner de nouveaux sorts qu’elle pensait utiles pour notre prochaine expédition dans le désert avec Tanaëth.

- Il n’aime guère la magie si j'ai bien compris, mais une mage est toujours un atout, surtout avec une versatilité comme la tienne. Maîtrise ses sorts et tu verras que tu te sentiras bien plus à l’aise dans des situations périlleuses.

Elle m’apprit trois sorts tous différents. Celui qu’elle avait usé contre moi pour m’enseigner brutalement le bouclier élémentaire, qui était un sort très violent et puissant dont m’avait déjà parlé le gérant de la boutique magique de Kers. Le second, fait de lumière, servait à aider les alliés pendant un combat et le troisième, de feu, m’entourait de plusieurs boules de feu qui tournoyaient autour de moi pour harceler mes adversaires.

- Avec ça, jeune fille, tu seras plus à même d’aider tes amis et te protéger toi-même tout en attaquant tes ennemis.

Je la remerciai, complètement épuisée après toute cette dépense magique et elle me sourit doucement avant de me pousser vers la sortie.

- Va dormir, nous reprendrons demain.


Suite >>

(((HRP : Consommation d'une fiole de fluide de lumière 1/4 + Apprentissage rp du sort « Souffle de Gaïa » + apprentissage automatique des sorts « Obus magique », « Aura fortifiante » et « Feux Follets » pour 1050 yus)))
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Tanaëth Ithil
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Tanaëth Ithil » ven. 9 août 2019 18:09

La technique que m'enseigne ensuite la tireuse d'élite fait elle aussi appel à la plus grande précision puisqu'elle consiste à tirer dans les pieds d'un adversaire en vue de le freiner voire, dans le meilleur des cas, à le faire choir. Après le difficile entraînement pour atteindre les failles d'une armure ce genre de tir, somme toute très similaire, ne me pose aucun problème d'apprentissage : il suffit de viser plus bas.

"Très bien, vous avez compris le principe. Passons à quelque chose d'un peu plus corsé : le tir en cloche. Cela rend le projectile beaucoup plus difficile à distinguer, et donc à éviter, mais ça nécessite aussi une parfaite analyse du vent et de la distance. Par ailleurs les dégâts sont moindres, mais cette technique peut aussi vous permettre d'atteindre un adversaire dissimulé derrière un obstacle. Essayez."


Après m'être assuré que personne ne traîne dans les jardins, je décoche une première flèche qui, si elle décrit une jolie courbe dans les airs, rate sa cible d'au moins trois mètres. La suivante ne vaut guère mieux, et les cinq d'après n'atteignent pas davantage le mannequin de paille, à mon grand dam. Loin de se décourager, la Sindel me recommande de ne pas trop me soucier de la distance et de privilégier l'analyse des mouvements d'air afin d'améliorer la direction de mes tirs qui, pour l'heure, tombent un peu au hasard sur la droite ou la gauche de ma cible. Après quelques nouveaux échecs, je réalise que mes flèches dévient systématiquement de leur trajectoire lorsqu'elles dépassent le sommet des bâtiments, ces derniers protégeant les jardins du vent qui balaie les hauteurs. Ce constat me permet de rectifier assez rapidement l'orientation de mes tirs qui, dorénavant, se fichent derrière ou devant la cible au lieu de se perdre sur les côtés.

Reste donc à mieux jauger la distance ce qui, je le réalise vite, n'a vraiment rien de simple. Outre le fait que le vent impacte sur mon tir, portant, ou pas, ma flèche, il suffit que je baisse ou lève mon arc de quelques petits centimètres pour que cela change notablement le point d'impact. Tenir compte de tous ces paramètres est un véritable cauchemar balistique et mes bras me brûlent comme s'ils étaient faits de lave bien avant que je n'arrive à quoi que ce soit de concluant. Force m'est donc de demander une nouvelle pause, d'un ton si dépité qu'Elëryann déclare en riant doucement :

"Le maniement de l'arc long est l'une des disciplines parmi les plus difficiles qui soient, messire. Il faut des années de pratique pour maîtriser cette arme, contrairement à l'arbalète qui ne demande que quelques heures d'entraînement pour être utilisée à peu près correctement."


Je me retiens de justesse de lui répliquer sèchement qu'elle ne m'apprend rien en disant cela, conscient que c'est la fatigue qui amenuise dangereusement ma patience, et me borne à acquiescer d'un simple hochement de tête avant d'aller me reposer quelques heures. Ce répit n'est pas de trop pour soulager mes muscles malmenés par cet exercice auquel ils ne sont pas habitués ; jamais je n'ai tiré autant de fois en aussi peu de temps, ayant toujours considéré l'arc comme une arme très secondaire par rapport à mes lames. Il est temps que cela change, pourtant, trop de fois j'ai risqué inconsidérément ma vie en me retrouvant engagé contre des adversaires nombreux ; et puis, c'est aussi une arme qui peut me permettre d'affronter des magiciens sans me mettre à la portée de leurs sorts, ce qui ne sera pas un luxe compte tenu de mon incapacité à contrer efficacement une quelconque magie.

Il me faut encore presque toute la journée suivante pour commencer à obtenir des résultats acceptables avec cette technique. Bien qu'à mon sens mes échecs soient encore trop nombreux, Elëryann met un terme à cet apprentissage en déclarant que j'ai saisi l'essentiel et que seuls temps et pratique quotidienne me permettront d'améliorer mes performances. Lorsque je lui annonce que je vais devoir incessamment retourner à mes obligations et préparatifs de voyage, la Sindel m'incite à lui consacrer encore quelques heures afin d'apprendre une dernière technique qui, selon elle, ne devrait guère me poser problème et possède une incontestable utilité : le tir instinctif.

Et de fait, bien loin de la complexe technique du tir en cloche, cette méthode consiste à faire confiance à son instinct pour toucher sa cible même lorsque les conditions de visibilité sont réduites. Afin de simuler des conditions réelles, Elëryann utilise adroitement la végétation du lieu pour dissimuler les cibles que je dois atteindre, de simples pièces de bois qu'elle lance à l'improviste dans une direction aléatoire. Impossible de prendre le temps de viser, donc, je n'ai qu'un très bref instant pour décocher ma flèche avant que l'objet ne retombe au sol. Si cela pourrait s'avérer difficile pour quelqu'un ayant appris le tir à l'arc en visant tranquillement des cibles immobiles dans une cour, mon apprentissage en autodidacte s'est majoritairement déroulé en milieu naturel et dans un contexte de combat réel, si bien que cette manière de tirer m'est quasiment naturelle. La Sindel m'enseigne donc surtout à tenir mon arme et à positionner mon projectile de façon à pouvoir réagir plus rapidement quelle que soit la direction où apparaît la cible, ce qui me permet bien vite d'améliorer significativement mon quota de réussites.

Alors que je récupère mes flèches dispersées dans les jardins, Nyllyn apparaît soudain au détour d'un arbuste, le visage plus sombre que je lui aie jamais vu. Elle s'approche de moi en regardant ses pieds et, après un instant d'hésitation, marmonne:

"Maître Ithil, je..."

"Tanaëth, Nyllyn, je m'appelle Tanaëth et je ne suis le maître de personne", la reprends-je gentiment, me demandant bien ce qu'elle a pour se comporter ainsi.

"Pardon.. Tanaëth... je voudrais vous parler..."

"Eh bien je t'écoute, que se passe-t-il donc pour que tu fasses une telle tête?"

J'adresse un bref regard à Elëryann, à la fois pour la remercier du temps qu'elle m'a consacré et pour la prier de nous laisser seuls quelques instants, puis repose mes prunelles de jais sur la jeune Taurionne en attendant qu'elle se décide à me dévoiler ce qu'elle a sur le coeur.

"C'est Yliria... elle ne veut pas que je vienne avec vous... mais je veux venir! Je sais me battre aussi bien qu'elle", lâche-t-elle en relevant enfin les yeux sur moi avec une lueur de défi dans le regard.

Ah. Nous y voilà. Je me doutais bien que ça n'irait pas tout seul...

"Personne n'a dit le contraire, Nyllyn, mais Yliria a raison. Non, ne t'énerve pas et écoute-moi : les Eruïons n'ont jamais vu de Taurions et ils sont extrêmement méfiants envers les étrangers. Yliria peut passer pour l'une des leurs et il n'est pas rare qu'ils accueillent des Sindeldi égarés parmi eux, mais si tu es là ils pourraient réagir agressivement par peur de l'inconnu, ce qui compliquerait notre mission."

"Mais je peux cacher mon visage comme elle, ils ne verront pas que je suis une Taurionne. Je ne veux pas rester en arrière", s'exclame-t-elle avec colère!

"Allons, tu sais mieux que personne à quel point c'est pesant pour elle de devoir se cacher sans cesse, non? Nous devrons passer du temps parmi eux, tôt ou tard ils s'apercevraient de la supercherie et nous perdrions toute confiance de leur part. Et puis, surtout, j'ai besoin de toi ici."

"Quoi? Mais pourquoi? Je ne servirai à rien en restant là!"

"Bien sûr que si. D'une part il faut que mes compatriotes s'habituent à la présence d'étrangers, or ce n'est qu'en les côtoyant qu'ils auront une chance de réaliser que leur racisme est stupide. D'autre part j'aimerais que Llyann te forme, non seulement comme guerrière mais aussi comme dirigeante. Nous aurons besoin de personnes comme toi, capables et dévouées à notre cause, pour représenter l'Opale sur les différents continents. Tu m'as dit voilà quelques années que tu voulais devenir une grande guerrière, non? Il y a beaucoup de gens capables de manier correctement des armes, Nyllyn, mais beaucoup moins qui savent en user avec discernement. Llyann peut t'enseigner beaucoup de choses, elle est sage et savante. Comprends bien ceci: si je te demande de rester ici ce n'est absolument pas parce que je doute de toi, bien au contraire, c'est parce que tu es une des rares personnes en qui j'aie confiance."

"Mais Yliria...elle a besoin de moi pour la protéger, encore aujourd'hui des gardes l'ont insultée et agressée!"

"Vraiment? Que s'est-il passé?"

Elle m'explique alors avec gêne que quatre de mes gardes l'ont prise à parti, d'abord en accusant la jeune semi-Shaakte d'être ma putain, puis en tirant les armes contre elle. Llyann et Nyllyn sont heureusement intervenues après qu'Yliria ait fracassé le nez de l'un des gardes, sans quoi il y aurait probablement eu des morts dans l'histoire. Je m'assombris au fil de son récit, furieux que ces gardes pourtant choisis avec soin bafouent mes ordres avec autant de légèreté et écoeuré qu'ils se comportent comme les pires racistes de mon peuple.

"Je vois. Viens, on va régler ça une bonne fois pour toutes..."

A peine entré dans le bâtiment principal, je gronde froidement à l'attention du premier serviteur venu:

"Je veux tout le monde dans la grande salle d'ici cinq minutes."

"Euh...tout le monde messire?"

"Je parle en Sekteg, ou quoi? Il y a quelque chose que tu n'as pas compris dans mes paroles?"

Le malheureux déguerpit sans demander son reste pour relayer mon ordre tandis que je me dirige d'un pas hargneux vers la salle en question. Les imbéciles qui ont ennuyé Yliria me placent dans une situation délicate : je ne peux laisser passer une pareille insubordination mais, si je me montre trop implacable, cela ne fera qu'attiser les rancoeurs à l'égard de mes invitées. Et puis, Sithi m'a demandé de veiller sur mon peuple, pas de le décimer, mais bon sang ce que mes compatriotes peuvent me saouler parfois!


*****
Note GM:

Apprentissage auto des cc distance :

-Tir fourbe
-Tir en cloche
-Tir instinctif

3x175 yus = 525 yus

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Tanaëth Ithil
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Tanaëth Ithil » sam. 10 août 2019 14:07

La grande salle est une vaste pièce de quelques trente mètres de long par dix de large dont le plafond culmine à près de six mètres. Les murs en pierre de taille sont percés de quelques étroites fenêtres dispensant une faible lumière, son sol est constitué de grandes dalles en forme de croissants de lune, si précisément ajustées qu'il est impossible de glisser une feuille de parchemin entre elles. Le plafond quant à lui est fait de bois sombre, il est soutenu par d'énormes poutres noircies par la fumée et le temps, vestiges d'un passé lointain où l'on trouvait encore de grands arbres aux alentours de la cité martiale. Sur l'un des petits côtés, à l'opposé des lourdes portes de chêne cloutées qui permettent d'entrer dans la salle, une estrade de pierre accessible par trois marches accueille un austère fauteuil en ébène à haut dossier sur lequel des incrustations d'argent dessinent une lune barrée de deux épées; pas vraiment un trône, mais assez proche cependant pour évoquer le pouvoir et la richesse du seigneur des lieux. Contre le mur situé derrière ce siège est suspendue une grande et lourde tapisserie en forme de bouclier Sindel qui représente le blason de ma lignée : lune d'argent surmontant un champ d'acier sur lequel deux épées aux gardes de sang s'entrecroisent, l'une ferrée de lumière, l'autre d'ombre.

Aucun endroit dans cette demeure ne dégage semblable impression d'ancienneté et de dureté, ici rien n'a changé depuis le temps des guerres contre les Shaakts et l'édification de Nessima sur les ruines encore fumantes de Sanssitr. Aucun banquet dans cette vaste nef, nulles réjouissances non plus, c'est un lieu dédié à l'exercice d'un pouvoir temporel rude et inflexible, celui qu’exerçaient jadis les seigneurs de guerre Sindeldi. Jamais je n'ai vu mon père s'asseoir sur le siège qui s'y trouve, ni qui que ce soit d'ailleurs. A cette salle sombre et ancestrale il préférait celle, autrement plus lumineuse et luxueusement meublée, servant de salle à manger principale. Moi-même je n'ai jamais osé prendre place sur le fauteuil d'ébène malgré mon audace enfantine, peut-être en partie parce que les portes étaient toujours verrouillées, mais aussi et surtout parce qu'on m'a appris dès mon plus jeune âge à respecter ce lieu et ce qu'il symbolise : le pouvoir et la puissance d'une Lignée prestigieuse, mais en grande partie déchue, dont l'origine se perd dans la nuit des temps.

Mais je ne suis plus l'enfant tumultueux d'autrefois, pas plus que je ne suis mon traître de père, plus intéressé par le commerce que par les arts guerriers. Aujourd'hui je suis le seigneur de ces lieux, la Lame de Sithi, et cette salle représente mieux qu'aucune autre ces rôles qui sont devenus miens. Aussi est-ce sans hésiter que je vais prendre place sur le sombre siège pour attendre l'arrivée des habitants de la commanderie. Ils entrent les uns après les autres, à commencer par les membres de ma garde personnelle et Llyann qui encadrent sévèrement les quatre fauteurs de troubles, puis ce sont les serviteurs et les gardes lambda, Elëryann et enfin Yliria et Nyllyn accompagnées de Sathiël, la magicienne chargée de l'enseignement des arcanes. Je n'ai pas encore eu le temps de faire sa connaissance, mais cela viendra en son temps. Une fois que tous sont là et que les lourdes portes se sont refermées sur l'assemblée, je romps le silence d'une voix aussi dure et froide que les lieux en fixant les quatre imbéciles qui s'en sont pris à la jeune semi-Shaakte:

"Vous avez insulté puis agressé mon invitée, me suis-je laissé dire. Insultes qui m'étaient aussi destinées, je crois? Allons, vous avez eu l'immense courage de vous mettre à quatre pour agresser une adolescente, vous aurez bien celui de me dire en face ces insultes que vous avez proférées dans mon dos, non?"

Visage fermé, je me lève lentement et descends les trois marches sans hâte jusqu'à me retrouver juste devant eux :

"Alors, j'attends. Rien? Vous ne m'accusez plus d'avoir une "putain" étrangère à peine sortie de l'enfance? Allez, un peu de courage, vous êtes quatre et je suis seul ; personne n'interviendra dans cette querelle, vous avez ma parole. Non, vraiment?"


Les quatre gardes sont si blêmes que l'on pourrait les croire morts, pas un n'ose seulement soutenir mon regard, si bien que je lâche avec un insondable mépris:

"Votre lâcheté m’écœure, misérables. Je devrais vous faire ravaler vos paroles à coups de lames, mais par chance pour vous je ne vois aucune gloire à massacrer quatre pitoyables rats qui mouillent leurs chausses dès qu'ils ont affaire à quelqu'un capable de leur tenir tête. Vous êtes virés. Dégagez de ma vue maintenant, vos faces de couards me donnent la nausée. Un conseil encore: arrangez-vous pour ne jamais plus croiser ma route, Sithi ne vous protégera pas deux fois de ma colère."

Sans plus me préoccuper d'eux, je regagne mon siège seigneurial et, une fois les misérables sortis de la salle, ajoute à l'attention de tous:

"Que les choses soient claires : je ne tolérerai plus le moindre dérapage du genre. Le prochain qui osera s'en prendre à mes amies ou attenter à mon honneur, que ce soit par la parole ou par les actes, finira à Raynna. Vous pouvez disposer. Yliria, reste un peu, je te prie."


Une fois que tous ont quitté la salle, je reprends à l'attention de la jeune semi-Shaakte :

"Notre navire a accosté hier soir. Si tu es prête, nous partirons une heure avant l'aube afin de profiter de la marée montante."

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Yliria
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Re: Commanderie d'Opale

Message par Yliria » sam. 10 août 2019 15:59

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A cœur ouvert

Une fois l’entraînement terminé, je me hâtai vers ma chambre, impatiente de goûter à un repos bien mérité. J’avais encaissé beaucoup trop de choses en peu de temps et mon corps me le faisait clairement comprendre. Pourtant, je n’eus pas le droit de dormir, un serviteur visiblement pressé me laissant à la volée quelques mots venant apparemment de Tanaëth pour l’ensemble des résidents. Il fallait le rejoindre dans une certaine salle. Dubitative, je tournai les talons, sans trop savoir où aller, suivant un duo de gardes qui semblaient tout aussi étonnés que moi par l’ordre soudain. Je suivis donc le mouvement jusqu’à une grande salle où Nyllyn semblait attendre devant les portes, adossée au mur. Elle s’écarta en me voyant arriver et me fit signe.

- Yli écoute je… Je suis désolée, je n’aurai pas dû.

Je la serrai doucement dans mes bras sans répondre et la sentis se raidir avant de faire de même, enfouissant son visage contre mes cheveux.

- Je suis une horrible sœur !

- Ne dis pas ça… écoute, on va voir ce qu’il se passe et on en discute après en privé, d’accord ?

- D’accord. Je crois que c’est en rapport avec ce qu’il s’est passé avec les gardes… Il n’a pas beaucoup aimé.

Je la regardai d’un air surpris et jetai un œil à la salle où Tanaëth attendait, le visage fermé, sur un espèce de trône. Un peu inquiète par la tournure que prenait toute cette histoire, ce fut avec une légère appréhension que j’entrai sur un signe de Sathiël, suivi de Nyllyn, m’installant un peu en retrait, plus par habitude qu’autre chose. La salle était très différente des autres de la demeure, j’avais comme l'impression d’être écrasée par la salle entièrement en pierre taillée, le sol constitué de grandes dalles en forme de lune et le plafond, très haut, semblait très ancien. Je n’avais jamais mis les pieds dans une salle du trône, mais si je devais en décrire une, elle serait sans doute très similaire à celle-ci, avec le trône surplombant légèrement le sol grâce à une estrade de pierre derrière laquelle se tenait une grande tapisserie représentant des armoiries, celle de la maison Ithil d’après Nyllyn qui a eu le temps de se renseigner de son côté. J’aperçus Lyann de loin, et notai son visage sévère destiné à quatre Sindeldi que je reconnus sans mal. Je sentais que je n’allais guère aimer la suite.

Lorsque les portes se refermèrent, Tanaëth pris la parole, d’un ton dur et froid, bien loin de celui qu’il utilisait habituellement, qui sembla figer les quatre Sindeldi incriminés tandis qu’il avançait vers eux. J’aurai préféré qu’il s’abstienne de faire tout ça, parce que je sentais quelques regards se tourner vers moi lorsqu’il parla de l’agression et je m’en serais passé. Le fait que je sois jeune jouait apparemment beaucoup dans la balance et l’insulte proférée semblait enrager Tanaëth encore plus que moi, au point qu’il semblait sur le point de les massacrer, ce qu’il ne fit heureusement pas, arguant que cela n’aurait aucun intérêt. Il fut très clair, vira mes agresseurs en leur promettant une moindre clémence la prochaine fois qu’il les croiserait, avant de faire comprendre à tout le monde que ce genre de comportement ne serait pas toléré. Lorsqu’il congédia tout le monde, j’eus envie de me faufiler dans un trou de souris pour ne pas attirer tous les regards, mais peine perdue, parce qu’il me demanda de rester. Je jetai un œil à Nyllyn qui m’indiqua qu’elle m’attendrait dehors et approchai de Tanaëth tandis que les autres sortaient. Une fois seule avec lui, il prit la parole et l’information me prit de court.

- Notre navire a accosté hier soir. Si tu es prête, nous partirons une heure avant l'aube afin de profiter de la marée montante.

Je restai un instant interdite. J’étais prête ? J’en savais rien, c’était trop tôt non ?

(Vas-y ! de toute façon plus tu attendras plus tu auras de mal à partir.)

(Mais Nyllyn…)

(… comprendra. Et elle voulait discuter non ? Vous avez fait la paix il me semble ? Allez Yliria.)

- D’accord ! Je serai prête.

Il m’indiqua de le retrouver à la porte principale et je pris congé, me retournant juste avant de sortir.

- Je… Merci.

C’était un peu maigre et franchement ridicule, mais je ne savais pas quoi lui dire de plus et sortis en vitesse pour aller dormir afin d'être en forme pour le départ. Nyllyn m’avait effectivement attendu et elle marcha à mes côtés un moment, en silence, chacune de nous cherchant ses mots, mais ce fut elle qui les trouva en premier.

- J’étais jalouse, je l’avoue, que tu partes avec Mai… Tanaëth et ça m’a rendu furieuse que tu ne veuilles pas que je vienne. J’ai été stupide et je t’ai blessé, je m’en veux je…

J’attrapai son visage dans mes mains, la forçant à s’arrêter. Je me fichais qu’on soit au milieu d’un couloir, il fallait régler ça.

- Ecoute Nyllyn. J’ai été stupide aussi, j’aurai dû t’en parler avant, j’aurai dû mieux t’expliquer ce que j’avais sur le cœur je… on a toutes les deux été idiotes, mais tu seras toujours ma sœur et je t’aimerais toujours comme tel d’accord ? Alors ne t’en veux pas, parce que je vais bien, ne t’en veux pas, parce que moi aussi j’ai été stupide. Je veux juste que tu me pardonnes et que tout reprenne comme avant.

- Il n’y a rien à pardonner Yli… Moi aussi je t’aime…

Elle m’enlaça doucement et je lui caressai les cheveux avant de lever les yeux au ciel quand elle termina sa phrase.

-… petite sœur.

- Depuis quand c’est moi la petite sœur ?

- Tu es plus jeune, j’ai vingt ans de plus techniquement, tu es la petite sœur, c’est non négociable !

- Si ça peut te faire plaisir.

Visiblement c’était le cas et le retour à la chambre se passa comme si les derniers jours de conflits entre nous n’avaient pas eu lieu. Un quart d’heure plus tard, nous étions comme à notre habitude immergée dans le bain, Nyllyn s’évertuant à laver mes longs cheveux mèches par mèches pour ensuite pouvoir les coiffer.

- Tu pars quand ?

- Demain matin apparemment…

Je l’entendis soupirer et elle passa ses bras autour de mon cou.

- Tu vas me manquer Yli, mais Tanaëth te protègera et…

- Ne pleure pas Nyllyn… T’es la grande sœur non ?

Elle étouffa un rire en reniflant et reprit le nettoyage de mes cheveux. Moi aussi j’avais envie de pleurer en imaginant devoir partir sans la revoir pendant un long moment, mais l’entendre chantonner me fit sourire et nous passâmes un dernier moment rien qu’à nous avant d’aller dormir.

- Tu sais… Une amie Hinionne m’a raconté une histoire pour me réconforter quand je devais les quitter. Deux frères et sœurs qui s’adoraient plus que tout, mais la guerre faisait rage, le frère dut partir et la sœur l’attendit pendant des années sans avoir la moindre nouvelle. Alors un matin, elle en eut assez et parti à sa recherche seule, sans armes. Elle visita milles contrées sans jamais le trouver et, folle de chagrin, elle voulut se laisser mourir…

- En quoi c’est censé me réconforter Yli ?! J’ai encore plus envie de pleurer.

- Laisse-moi finir ! Elle alla au bord d’une falaise et y resta trois jours, indécise et, lorsqu’elle prit sa décision, on la rattrapa alors qu’elle plongeait dans le vide.

- Son frère ?

- Oui. Il était rentré et avait trouvé la maison vide, et était parti à sa recherche, la ratant chaque fois de peu, craignant le pire, mais jamais il n’avait perdu espoir de la retrouver.

- C’est une histoire vraie ?

- J’en sais rien… je pense surtout qu’elle l’a inventé pour me faire comprendre que, le moment venu, je la retrouverai et que ça ne servait à rien de précipiter les choses. Et ça vaut pour toi aussi, parce que je reviendrai, d’accord ?

- Je comprends... Par Sithi, elle est horrible cette histoire…

Je ricanai en la voyant se moucher.

- Grande sœur hein ?

- Pour une fois que c’est moi qui pleurniche. Tu feras attention ? Tu me le promets ?

- Je te le promets. Et je veillerai sur Tanaëth aussi.

Cela la fit doucement rire.

-Tu as intérêt à tenir cette promesse.

Je lui souris doucement tandis qu’on s’allongeait pour profiter d’un sommeil bien mérité, une dernière nuit ensemble avant d’être séparées pour un long, très long moment.

- Je tiens toujours mes promesses Nyllyn…

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Modifié en dernier par Yliria le sam. 10 août 2019 17:48, modifié 2 fois.

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