
Malgré le temps triste et le sol boueux, le centre-ville de Bouhen conserve un certain charme. Les échoppes et maisons se côtoient, et les nuages gris n’empêchent pas les marchands de faire étal de leurs denrées. Les étals couverts ajoutent même un petit cachet, comme un avant-goût de ce qui pouvait attendre Korgal dans les cités du désert.
Les miliciens en patrouille, bien que relativement nombreux sont largement ignorés par la population. Chaque ville a ses problèmes, mais Bouhen reste relativement ordonnée et civile, du moins dans ces parties. Il n’y a pas foule, mais assez de gens pour faire vivre la place publique, au centre de laquelle trône une jolie fontaine en marbre, sur laquelle est dépeinte un amalgame vaguement patriotique de remparts et d’appareillement militaire.
…
Korgal
Korgal
Korgal n’a pas eu de mal à trouver une boutique pour ses besoins d’aventurier. Le vendeur de potions auquel il s’est arrêté se saisit de sa gourde, l’examine avec un air désintéressé en faisant passer son doigt dans une fente que le sorcier avait jusque-là ignorée, puis la jette aux ordures sans cérémonie.
« On r’prend pas les récipients. De toutes façons, celui-là il est foutu. »
Malgré ce petit désagrément, il obtient sans mal ses fournitures magiques.
« Tu veux un heaume, mon grand, j’te le fais à 700 ! »
Un autre homme, plus potelé et moins chevelu, qui tenait l’étal adjacent, l’avait alpagué. Au vu des armes et armures autour de lui, il devait fournir la milice locale. De toute évidence, le type qui lui a vendu les potions n’allait pas lui fournir d’équipement militaire.
Korgal a donc pris son dû, l’armurier ayant même pris soin de lui fournir un casque rembourré pour être sûr qu’il n’irrite pas la peau de son crâne.
Alors qu’il se décide sur quoi faire ensuite, il entend une conversation de deux soldats en patrouille.
« … saloperie qu’ils ont saisi dans les docks. »
« Encore du plaise-boute ? Bordel, au moins avec l’embargo, on s’ra plus tranquilles. »
« Tu crois ? Mon avis, s’en battent les couilles de l’embargo, les Lys Noirs. »
« Chier. On devrait fouiller tous ces ploucs au Tendon, histoire d’avoir la paix. »
Ils continuent leur marche en s’éloignant, difficile de comprendre le reste.
…
Anissa
Anissa
Non loin du centre-ville, dans la petite échoppe tenue par la chaleureuse Gloria, Anissa récupère son nécessaire avant qu’une autre personne ne fasse grincer la porte de la boutique d’ordinaire peu fréquentée. Une adolescente de 14 ans environ, dont la lutine connaît bien la mine parsemée de taches de rousseur et les boucles châtain en désordre, arrive en portant deux sacs assez lourds sans doute remplis de provisions pour la boutique. C’est Millie, sa nièce du côté de Pablo.

« Tata Nissa ? Tu pars encore en voyage ? »
« Hop hop hop, ne t’occupe pas de ça, ma petite, va me ranger ces courses, tu veux bien ? »
« Roh, c’est bon. Papa veut jamais me laisser voyager, moi je me fais ch-, ahem, je m’ennuie ici. »
« Finis ce que t’as à faire et tu seras libre de jouer les caïds devant les gosses du voisinage. »
La jeune fille fait la moue tout en exécutant mollement ses corvées, sa manière inoffensive de se rebeller contre cette terrible injustice. Gloria adresse à la lutine des signaux discrets, mimant les mots « Bon voyage » avec le sourire, ne souhaitant pas la retenir davantage.
…
Petrol
Petrol
L’aldryde a délibérément choisi l’endroit le plus miteux et décrépit qu’elle ait pu trouver. Le petit vieux qui a autant de poils sur le caillou que de dents restantes esquisse un grand sourire tout noir avant de répondre avec une voix aiguë et enrouée, comme celle d’un enfant accro au tabac :
« Naaaan. Héhé. Dommaaaaage. »
BOUM.
Enfin, pas un grand boum. Un petit boum, mais grand par rapport à Petrol. La vieille limace est recroquevillée sur un petit établi cramoisi, jouant avec deux petits bouts d’un métal qu’elle ne saurait identifier pour produire des étincelles et parfois de petites explosions, comme des pétards un jour de fête. Les rares cheveux qui lui restent sont hérissés sur son crâne, et la nécromancienne ne peut pas s’empêcher de ressentir un certain inconfort, un sursaut, comme un tic nerveux à chaque fois que les deux métaux se touchent.

Il semble complètement obnubilé par les petits éclats dorés qui jaillissent quand il entrechoque ses bâtonnets. Il ne fait pas attention à la petite Petrol, marmonnant sans cesse entre deux ricanements.
« Héhéhé, boum ! Boum boum ! »
Tout autour de lui, plein d’engins étranges, pour la plupart métalliques, à l’utilité douteuse. Beaucoup sont cassés. Petrol a bien trouvé une sorte d’alchimiste, mais ses intérêts semblent grandement limités. En tout cas, il a l’air heureux.
« Kero kero. Kero kero… Boum boum ! »
D’où elle se trouve, entre deux petits boums, elle peut entendre les bruits du port de Bouhen. Manifestement, elle n’en est pas loin.
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