Chapitre II
Interlude I
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L’homme déambulait dans les rues bondées de l’artère principale de Breen, véritable poumon économique de la cité. La foule y foisonnait à mesure que l’heure avançait. Les odeurs des victuailles de rue commençaient à chatouiller les narines des passants — et celles de Corvus — dont le regard se posait parfois sur les étals de cuisine ouverte.
On y trouvait de tout, du salé comme du sucré : des rissoles aux pommes cuites aux petites miches miniatures fourrées à la Kendranne. Un mélange d’effluves alléchantes, mêlant épices adoucies — telles la cannelle — au romarin des pains traditionnels de l’ouest d’Imiftil. C’était l’heure idéale pour flâner et apaiser sa faim, à condition d’en avoir les moyens pécuniers. Car si les cuisines ouvertes étaient réputées pour être abordables, il fallait malgré tout débourser quelques yus pour en goûter les délices.
Peu importait à Corvus. Bien qu’il en eût encore les moyens, son estomac ne criait pas famine. Il demeurait concentré sur sa mission et son objectif, à la manière d’un soldat — presque malgré lui. Cet instinct protocolaire, strict, ne l’avait jamais réellement quitté.
Ses pas étaient décidés, assurés, et le menaient vers la boutique de l’illustre Oladem, que l’on surnommait l’Arcanologium. Dans ses souvenirs de la cité, Corvus se rappelait que l’échoppe était annexée au rez-de-chaussée de la taverne principale de Breen — le Relais du Voyageur — ce qui lui facilita grandement la tâche pour la localiser. Toujours d’un pas ferme, il s’orienta vers sa destination, repassant mentalement le déroulement potentiel de sa mission et redoutant la moindre erreur qui pourrait compromettre sa présence aux abattoirs.
La difficulté supplémentaire résidait dans le temps limité dont il disposait : s’il souhaitait repartir avec les marchands de la tannerie, il ne devait pas traîner. Faute de quoi, il lui faudrait aviser seul. Cela ne lui laissait guère de marge pour improviser un plan d’évasion — et autant dire qu’il goûtait peu aux zones d’ombre dans ce genre d’entreprise.
À plusieurs reprises, la douleur pulsatile de son épaule le tira de ses pensées, précisément à l’endroit où il avait été blessé lors de son duel contre un tueur à gages, quelques jours plus tôt. Ce détail avait son importance. Il y avait cette guilde de chasseurs de têtes qui semblait désormais à ses trousses — entre autres. Il doutait d’en être l’unique cible, mais le danger persistait bel et bien.
Quelque part dans son esprit, l’hypothèse d’un lien entre cette guilde et le réseau criminel qu’il traquait germait lentement. Il n’en avait aucune preuve, seulement une intuition singulière… intuition qu’il lui faudrait éprouver lors de ses investigations aux abattoirs.
Les minutes s’écoulèrent et Corvus arriva enfin devant la boutique d’Oladem. Celle-ci possédait deux accès, dont l’un donnait directement sur l’extérieur, évitant ainsi de devoir passer par la taverne attenante. Il poussa la porte, déclenchant un petit mécanisme de cordes et de poulies qui fit tinter une clochette, annonçant l’arrivée d’un client.
La boutique était… rustique. Le regard de Corvus balaya les lieux, notant l’omniprésence du bois et des tapisseries, au sol comme aux murs. Une odeur boisée, mêlée à divers aromates, emplit ses narines — rien de désagréable. Une senteur que l’on aurait aisément pu retrouver chez un apothicaire.
L’homme derrière le comptoir rangeait des livres. Une petite caisse de bois, posée à côté de lui, en contenait d’autres ; sans doute procédait-il à un rangement méticuleux. Il se retourna lorsque la clochette tinta et s’adressa au visiteur.
—
Bonjour, étranger. Que puis-je faire pour vous ? dit Oladem tout en continuant à disposer ses ouvrages sur l’étagère derrière le comptoir.
Veuillez m’excuser, je termine un peu de rangement, mais je vous écoute.
Corvus hocha la tête en guise de salut, puis fouilla dans sa besace afin d’en extraire l’étrange pierre que Jolph lui avait remise un peu plus tôt. Il la déposa avec soin sur le comptoir.
— J’aimerais que vous m’aidiez à identifier cette pierre. Je n’ai aucune idée de ce qu’elle peut être, si ce n’est ce symbole singulier gravé dessus, qui évoque quelque chose de… runique ? expliqua Corvus d’un ton cordial.
Une nouvelle élancée de douleur traversa son épaule, lui rappelant aussitôt le second objectif de sa visite.
— Auriez-vous également de quoi soigner des blessures causées par une lame ? On m’a dit que vous disposiez de potions ou d’onguents susceptibles de m’aider…
Il posa alors les yus nécessaires sur le comptoir, preuve silencieuse de sa bonne foi — et de ses moyens. Ses doigts se mirent à pianoter sur le comptoir, sans vraiment qu’il s’en rende compte, alors qu’il attendait sagement Oladem.
Note HRP: Achat d'une petite potion de soin et identification de la rune Pi dans l'inventaire.