La rue commerçante

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Yuimen
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La rue commerçante

Message par Yuimen » dim. 12 avr. 2020 23:55

La rue commerçante
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Véritable poumon économique de la ville, c'est aussi l'artère principale qui traverse sur toute sa longueur Breen. De part et d'autre de cette rue pavée, de nombreuses échoppes vendent à peu près tout ce que vous pouvez souhaiter. Une sorte de marché, mais tout en longueur. Les commerçants ouvrent en grand leur devanture, dévoilant leurs étales pour vendre leurs produits. Certains sont locaux, d'autres directement issu du commerce avec les marchands passant par la ville. La rue est volontairement rendue très large pour que quatre charrettes puissent avancées de front, laissant la place à certaines d'entres elles d'acheter ou de vendre, tout en permettant une circulation possible dans les deux sens.

><

Objets vendus par les marchands :

Équipement (De bonne qualité maximum) :
  • Arme à 1 main : Hache (de bûcheron) - Couteau de chasse – Hachette - Epée bâtarde
  • Arme à 2 mains : Faux - Lance en bois
  • Arme de jet : Hache de lancer
  • Arme de trait : Arc de chasseur - Arbalète rudimentaire
  • Protection corps : Chemise en cuir - Brigandine en cuir et métal - Corset en cuir
  • Protection bras : Bracelet de protection en cuir - Epaulettes en cuir
  • Protection tête : Casque de cuir - Cagoule en cuir
  • Protection jambe : Jambières en cuir - Bottes
  • Vêtement : Cape - Manteau
  • Bijoux magiques
  • Ceinture de consommables
Fluides magiques d'éléments :
  • Fluide 1/16e, 1/8e, de tous les types d'éléments.
Divers :
  • Objets RP
  • Gourdes magiques et potions (sauf les immenses potions)
  • Carquois et projectiles.
Fonctionnement :
  • Achat :
    • Objets personnalisables : Choisir le type d'objet dans la liste, lui donner un nom, un niveau, un rang de qualité et en calculer le prix via la règle des équipements.
    • Objets uniques : Choisir l'objet dans la liste présentée.
  • Vente : Le vendeur ne reprend que les objets du même type que ceux qu'il vend.
  • Calcul des prix de vente, achat, réparation : via la Règle sur les équipements
  • La demande doit être postée, avec le lien du post, dans le sujet d'Interventions GM.

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Akihito
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Re: La rue commerçante

Message par Akihito » jeu. 16 juil. 2020 16:43

Dans le chapitre précédent...
Interarc : Apprendre des meilleurs.

Chapitre VII : Ca se complique.


Visiblement, quelque chose n’allait pas, et ce qui fit rapidement arrêter sa course à l’enchanteur.

(Ce truc se mange un éclair et a pas l’air plus embêté que ça ?)

Akihito esquiva la charge du Minotaure qui fonçait sur lui en beuglant et profita des quelques secondes de répit pour jeter un œil à son nuage. L’explication lui vint rapidement : il restait encore une quantité non négligeable de foudre parcourant le nuage. Il n’avait donc pas tout utilisé pour frapper le monstre bovin. Il n’eut pas le luxe de savoir pourquoi ou comment remédier à ce problème que déjà son adversaire se retournait vers lui, de l’écume sortant de sa gueule. Le colosse était vêtu d’un court pagne fait dans un tissu que Akihito ne reconnaissait pas et qui consistait l’essentiel de son habillement. Le jeune homme pouvait non sans mal donc observer la musculature qui courait sous la peau velue du Minotaure et qui promettaient une sacrée douleur si un coup parvenait à l’atteindre.
La Kizoku se mit à crépiter et Akihito s’élança à la rencontre de son adversaire, ne voulant pas que ce dernier ne prenne de l’élan et le renverse comme un vulgaire fétu de paille. Le métal Ynorien trancha de haut en bas le torse du monstre, remonta dans un arc de cercle pour toucher le bras droit et tenter de trancher des muscles, des tendons ou quoi que ce soit qui pouvait rendre le Minotaure moins menaçant. La technique des Cents Lames s’exécuta parfaitement, mais ne provoqua pas les effets escomptés qui s’avérèrent mineurs. Du coin de l’œil, l’Ynorien vit un poing fermé voler vers sa tempe et il l’évita d’un cheveu, sentant l’air se déplacer sur le passage du coup. Affronter ce monstre lui rappelait par certains aspects son combat avec Filor, le Woran : des coups violents et lourds, qu’il fallait éviter d’encaisser sous peine de se voir immobilisé par la force brute contenue dans le geste.

(Un peu comme avec le Golem ?)

(Non, un Golem je peux pas me permettre d’en encaisser un seul, ça me tuerait purement et simplement.)

Pourquoi prenait-il la peine de discuter aussi librement avec la Faëra ? C’était une mauvaise habitude qui allait lui coûter cher un jour. Une volée d’éclairs jaillit de sa main et fonça vers le Minotaure qui les encaissa sans pouvoir les éviter tant la distance était courte. Ces derniers eurent plus d’effets que le précédent et enflammèrent brièvement le pagne avant qu’il ne s’éteigne de lui-même. Furieux, le poing du monstre s’abattit sur un étal qui avait jusqu’alors survécu. Des débris, le Minotaure en tira un long morceau de bois qui ressemblait à un simple gourdin dans sa main quand Akihito aurait eu du mal à le manier de ses deux mains. L’air siffla de nouveau en suivant les amples gestes du Minotaure testant son arme de fortune, avant de retourner vers l’enchanteur. Loin de se décourager, il attendit le coup venir et plutôt que d’essayer de parer par sa simple force, il accompagna et dévia avec la Kizoku le gourdin improvisé pour qu’il s’écrase au sol, dans un fracas d’échardes. La lame remonta dans un mouvement ascendant le long de l’arme pour ouvrir une nouvelle plaie, mais seule sa pointe parvint à toucher la peau du Minotaure. Ce dernier avait porté un coup de pied frontal à Akihito qui sous le choc avait reculé de plusieurs mètres. Il n’en était pas sûr, mais il avait presque senti ses pieds quitter le sol.

Son armure avait bien des avantages, mais la protection contre les coups contondants n’en faisait pas partie. S’étant mordu l’intérieur de la joue sous le choc, le goût du sang commençait à se répandre dans sa bouche. Et déjà le monstre bovin fonçait de nouveau sur lui. La présence d’Anthelia ou de Frans aurait permis de diviser son attention, mais aucun des deux n’étaient là. Akihito avait besoin de reprendre son souffle : il fallait donc détourner l’attention du Minotaure.

Le nuage d’Akihito gronda, comme s’il avait entendu la requête de l’enchanteur et lui rappelait sa présence. SI l’éclair frappait le monstre bovin d’une direction qui n’était pas celle d’Akihito, alors peut être allait-il essayer de chercher la source de cette nouvelle douleur. Et comme le sort n’avait pas été visiblement lancé correctement, le nuage et sa puissance étaient encore utilisables. Reprenant difficilement sa respiration, Akihito pointa son doigt en direction du Minotaure qui s’avançait vers lui de plus en plus vite et relâcha un nouveau marqueur, plus puissant celui-là. Ses tests s’étaient toujours effectués avec de petits nuages d’entrainement et les marqueurs étaient calibrés sur eux : raison pour laquelle son sort n’avait pas tiré toute la puissance qu’il aurait pu. Le marqueur plus gros fila vers le Minotaure et à l’instant où Akihito sentit qu’une connexion était possible avec le nuage situé dans le dos du monstre, il relâcha la puissance du sortilège. Le résultat fut en demi-teinte : si l’éclair, venant de derrière la cible la manqua, il la fit néanmoins se retourner, ce qui laissa le temps à l’enchanteur de se relever.

L’échec, encore une fois, venait d’une erreur de dosage. Mais cette fois, l’entièreté du nuage avait été utilisée et ce dernier se dissipait désormais. Ne trouvant pas celui qui lui avait tiré dessus, le colosse reporta de nouveau son attention vers l’enchanteur. Décidé à utiliser de nouveau ce moyen de distraction, l’enchanteur créa de nouveau un nuage au dessus de sa tête tout en maintenant sa garde à l’encontre du Minotaure qui le chargea, cornes en avant et batte à la main. Akihito l’attendit et évita de nouveau le duel de force sans espoir pour plonger sur le côté désarmé du monstre en tentant de le toucher de sa lame au passage. Une tentative un peu hâtive et qui ne porta pas ses fruits initiaux, mais qui permit de dévier la main libre du Minotaure qui fonçait sur lui. La Kizoku entama à peine le cuir épais et les deux belligérants se retournèrent pour se faire face. De nouveau, Akihito créa un marqueur un peu moins fort que le précédent et le divisa en deux : l’un pour frapper le Minotaure, l’autre pour frapper le sol à côté de lui pour le perturber un peu plus.

Cette fois, le résultat fut au rendez-vous et le monstre beugla de douleur et fouilla d’un regard fou derrière lui, à la recherche de l’agresseur. Mais la rue avait été désertée depuis bien longtemps. Akihito ne manqua pas cette opportunité et lui envoya une munition élémentaire en pleine tête avant de créer un autre nuage, répétant le même schéma. Cette fois, le coup de sabre pendant l’esquive fonctionna et ouvrit une plaie sanglante dans les côtes du Minotaure qui accusait de plus en plus le poids de ses blessures.

Le même scénario se passa encore à trois reprises, rendu à chaque fois plus faciles d’une part parce que le monstre s’affaiblissait, mais aussi parce que le mage maîtrisait de mieux en mieux son sort. Amy se permit même de commenter, le comparant à de la « corrida ». Se pensant maître de la situation, Akihito prit le temps de lui demander ce que c’était. Il ne dut sa survie qu’à ses nouvelles bottes récemment acquises, qui lui permirent d’échapper de peu à la charge étonnement rapide du Minotaure agonisant. La corne du Minotaure, au lieu de s’enfoncer dans son thorax, perça les écailles de Drakkarn et s’enfonça dans son épaule. Emporté par le monstre, l’enchanteur se trouva plaqué contre le mur d’une des habitations et sentait peu à peu la corne s’enfoncer dans son bras gauche. Le tintement de la Kizoku lâchée sur le pavé fit écho à son cri de douleur, puis son rugissement de colère.

« MAIS TU VAS ME LÂCHER ?!!! »

Sa main gauche blessée appela la foudre contenue dans le nuage qu’il avait créé avant d’être empalé quand la seconde se plaqua sur la poitrine du Minotaure poisseuse de sang, là où il espérait que se trouverait le cœur. Si près de sa cible, c’était le moment de voir s'il maîtrisait son sort pour ne pas se faire foudroyer par son propre éclair. Il relâcha donc ses deux sorts, presque simultanément.

L’éclair creva le nuage d’orage et frappa le dos du Minotaure. Le Choc de Valyus émit par sa main droite, lui, traversa la poitrine du Minotaure dont le beuglement à quelques centimètres d’Akihito s’éteignit peu à peu, de même que la lueur dans ses yeux noirs. La pression sur lui diminua peu à peu, et il put de nouveau reprendre un souffle qu’il avait retenu inconsciemment. Le corps désormais sans vie s’effondra lentement, libérant le bras de l’enchanteur par la même occasion qui regarda d’un air inquiet sa blessure. Heureusement pour lui, les écailles de Drakkarn étaient un matériau plutôt résistant et avaient empêché la corne de s’enfoncer trop sérieusement. Avec un peu de temps et des bandages, il arriverait sans mal à se remettre de cette blessure.

(Amy, c’est la dernière fois que tu me fais la causette pendant que je me bats avec un truc mortel.)

(Jusqu’ici t’y arrivais bien pourtant !) protesta la Faëra, plus pour la forme que par réelle conviction.

(Ouais bah si c’est pour me distraire avec des informations inutiles comme ce truc là, la corrida…)

(Tu ne sais même pas ce que c’est !)

(Et j’ai pas envie de le savoir.)

(Humpf !)

Alors qu’Amy se mettait à bouder, Akihito se mit à balayer les alentours qui commençait peu à peu à se remplir de curieux, désireux de voir le cadavre maintenant que le tumulte s’était calmé. Parmi la foule, quelques gardes venus un peu trop tard qui commencèrent à lui poser des questions. Il y répondut sommairement, trop occupé à savoir où était Anthelia et Frans. Sa réponse vint quand la jeune femme émergea d’une ruelle, supportant le vieux mage en passant son bras par-dessus ses épaules. Inquiet, Akihito se précipita vers le duo.

Le vieux mage semblait simplement inconscient car sa poitrine continuait de se soulever de manière régulière et forte. Anthelia raconta qu’alors qu’elle allait aider son amant à affronter le monstre, un flash lumineux avait attiré son attention dans une ruelle. Elle y avait trouvé Frans aux prises avec une silhouette sombre et avant qu’elle ne puisse faire quoi que ce soit, le fulguromancien s’était écroulé. Anthelia l’avait sauvé de justesse et avait fait déguerpir la silhouette, qui n’avait pas eu le temps de faire quoi que ce soit d’autre au corps immobile du mage.

« Tout ça commence à pas me plaire… Dans quoi on s’est embarqué, par tous les dieux ? »


- - - - - - - - - -


Les gardes avaient rapidement laissés tranquilles les voyageurs : il y avait suffisamment de témoins pour confirmer leurs dires et malheureusement, ils avaient plusieurs camarades à enterrer. Ils rentrèrent dans l’auberge où en guise de remerciement le gérant, un Kendran au ventre proéminent, leur offrit gracieusement sa plus belle chambre comportant quatre lits, les repas et de quoi panser la blessure d’Akihito, ce qu’ils acceptèrent sans rechigner. Dans la chambre, Frans se réveilla finalement pendant que la tatoueuse bandait la plaie nettoyée du jeun homme.

« Frans ! Valyus tout puissant, vous allez bien ?

- Ouch, crie pas comme ça dès mon réveil pauvre inconscient… Oui oui, je vais bien, grommela le vieil homme.

- Qu’est-ce qui s’est passé ? Qui vous a attaqué ?

- Je n’en suis pas certain, mais je ne vois pas vraiment d’autre solution. C’est le Tonnerre d’Omyre qui est encore derrière tout ça, et je crois bien que je suis tombé sur la fameuse « Sorcière ».

- Je veux bien croire que les membres du Tonnerre soient puissants, mais plus que vous ? Ca semble difficile à croire… s’exprima d’un air dubitatif la jeune tatoueuse en finissant le bandage, ce qui lui valut un rapide baiser en guise de remerciement.

- Si elle ne m’avait pas empoisonné… »

Devant l’air alarmé des deux jeunes gens, Frans les rassura rapidement : son poison n’était pas grave, et il le connaissait pour y avoir déjà été confronté : c’était du Brise-Magie, un poison capable de sceller temporairement les réserves de fluides d’une personne tout en les vidant. Les effets n’étaient généralement pas si long que ça, mais Frans soupçonnait que celui qui l’avait touché était une version plus chargée en fluides de fulminaire, le composant qui permettait de bloquer la magie.

« Ca veut dire qu’il va falloir être de plus en plus prudent. Cette ennemie a l’air très bien équipé et prête à tout pour nous arrêter et est en mesure de nous empêcher d’utiliser nos fluides.

- Je doute qu’elle s’arrête là alors.

- En tout cas ce soir, c’est le cas. Elle a fui et après l’incident avec le Minotaure, toute la garde de la ville est en alerte et sur les dents. Profitons de l’occasion pour avoir une bonne nuit de repos, je pense pas qu’on en aura de si tôt.

-Combien de jours avant qu’on atteigne Bouhen ? demanda Anthelia.

- Encore une dizaine, si on veut éviter de trop s’exposer sur les grands axes. »

Le départ fut prévu le lendemain, très tôt. Et malgré ses propres paroles, Akihito ne parvint pas à trouver le sommeil. La présence d’Anthelia dans ses bras l’apaisait, mais il redoutait que malgré le fait que la garde soit sur le pied de Guerre, un autre assaut n’émerge ou une autre attaque vicieuse comme celui du poison. Lorsqu’enfin l’aube pointa le bout de son nez, c’est un Akihito aux deux bras engourdis (l’un par sa blessure, l’autre par la tête d’Anthelia ayant reposé sur son épaule toute la nuit) et aux yeux lourds qui monta dans la charrette. Dans la brume matinale, ils parcoururent la grande route qui traversait la petite ville encore endormie. Une ville charmante, composée de petites maisons disposant au premier étage d’une échoppe. Certaines ouvraient déjà, alors que les premiers voyageurs et marchands traversaient la voie pavée, déchargeant et chargeant des produits de toutes sortes. Un rapide échange avec l’un d’eux devant ce qui s’apparentait à un temple de Yuimen permit à Frans de faire le plein de provisions. Le marchand s’exécuta rapidement et efficacement, preuve d’une habitude de ce genre de transactions à la volée. Et malgré ses paupières à moitié fermées et ses bâillements incessants, Akihito remarqua qu’ils n’étaient pas les seuls à faire ce type d’achat.

(C’est vraiment une ville de commerçants.) Une organisation curieuse et qui sortait de l’ordinaire, mais qui était loin d’être stupide quand on la voyait s’exécuter aussi fluidement, mêmes aux premières lueurs du jour. Certains habitants leur firent des signes de la main, reconnaissant sûrement le jeune homme pour l’avoir vu se battre. Arrivés devant les portes, les gardes ne les retinrent pas et les laissèrent partir sans les embêter avec une quelconque inspection, comme cela pouvait être courant dans d’autres villes. L’un d’eux balança même une petite bourse qu’Anthelia récupéra : le garde, un homme aux tempes grisonnantes et au dos droit, avait un visage grave et marqué par un mélange confus de tristesse, de colère et de fatigue. Il lâcha un simple « Merci. » d’une voix éteinte et leur fit signe de passer. Pour une fois, Akihito accepta la récompense sans rechigner : le vieux soldat semblait déjà assez atteint par les événements de la veille, il ne voulait pas risquer de le vexer ou l’offenser en refusant la bourse.

Le voyage reprit donc dans une ambiance pesante, avant que le vieux magicien, voyant que ses pouvoirs revenaient peu à peu en sa possession, annonçait au mage la poursuite de son apprentissage.



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Lyra
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Re: La rue commerçante

Message par Lyra » ven. 23 mai 2025 17:44

Révélation


Les premiers rayons de l’aube effleuraient les toits de Breen, teintant les tuiles et les ardoises sombres d’un or pâle. La brume matinale, légère, se dissipait lentement au-dessus des champs voisins, encore envahis de rosée. L’éveil lent de la nature, l’annonce d’une nouvelle journée à venir… Lyra en manquait pourtant la totalité du spectacle.

Ses yeux plissés et fatigués restaient fixés sur les lignes d’encre d’un grimoire, depuis le fond poussiéreux de l’arrière-salle de Norgal, le vieux greffier local pour lequel elle travaillait. Avachie sur son pupitre, éclairée par une bougie agonisante, elle prêta à peine attention à la lumière du jour qui filtrait péniblement par la seule ouverture de la pièce, dissipant peu à peu la pénombre et révélant son espace de travail, plus proche d’un débarras que d’un véritable scriptorium.
La poussière y régnait en maître. Parchemins, livres et ustensiles s’entassaient dans un désordre total, occupant des étagères bancales et des armoires branlantes. À sa gauche, une pile de documents à traiter menaçait de s’écrouler sur son bureau, mais Lyra n’en avait cure. Elle était absorbée par un ouvrage ancien, découvert un peu plus tôt presque par accident.

Alors qu’elle triait les archives du greffe, elle était tombée sur ce grimoire au cuir craquelé, sans titre ni ornement, dissimulé dans une caisse contenant des actes fonciers décrépits. Intriguée, elle l’avait ouvert : à l’intérieur, une écriture fine et nerveuse, entrecoupée de schémas alchimiques et de glyphes magiques. Captivée, elle avait abandonné ses tâches pour en étudier chaque page, au point d’y passer la nuit entière.

Cette nuit d’étude ne lui fut pourtant pas immédiatement fructueuse. Si le manuscrit renfermait bel et bien un savoir magique, son contenu demeurait obscur, bien trop complexe à déchiffrer pour une autodidacte. Mais cela ne la découragea pas. Elle poursuivit, tournant page après pages du grimoire, ses doigts effleurant les bords racornis et rugueux du vieux parchemin. L’encre ancienne s’effaçait par endroits, mais dans la marge d’un glyphe inconnu, une écriture plus récente, nerveuse et inclinée, attira son regard. Plus noire, plus vivante.
« Codex Oranel – Ordre des Cendres… ? » murmura-t-elle en fronçant les sourcils, son regard insistant sur le sceau qui accompagnait cette inscription.
Elle n’en comprenait pas le sens. Et pourtant… il lui était familier. Elle se figea. Puis bondit brusquement, faisant tomber sa chaise, fouillant fébrilement autour de sa nuque. D’un geste nerveux, elle extirpa sa vieille amulette, entremêlée dans ses boucles flamboyantes. L’inscription, grossièrement ciselée, était de piètre qualité, mais elle n’avait aucun doute. Le sceau gravé sur le médaillon était identique à celui du manuscrit.
Son cœur accéléra. Était-ce une coïncidence ? Un mirage de l’esprit épuisé ? Ou… une réponse tant attendue ?
Submergée par la confusion, les pensées en désordre, elle recula d’un pas, heurta la chaise renversée et s’effondra lourdement dans la poussière de son atelier.
Elle venait, après tout, de passer la nuit entière à lire, assise sans relâche, l’estomac vide. Mais dans sa chute, une certitude avait pris racine : ce qu’elle tenait entre les mains changeait tout.

Sans même prendre la peine de se relever, Lyra détailla à nouveau la page en question. Une autre annotation, plus fine, volontairement discrète, attira son attention. A demi-effacé, elle évoquait un code de classification assez courant dans les bibliothèques, concluant par une suite de lettre assez équivoque « K. K ».
Son souffle se suspendit.
« Kendra Kar »
Cela ne laissait aucun doute. Ce grimoire, d’une manière ou d’une autre, avait transité par la Grande Bibliothèque de la capitale, rien à Breen ne pourrait lui en apprendre davantage. Pas ici. Pas seule.
Un grincement de porte sec, suivi d’un raclement de bottes sur le plancher vint interrompre ses pensées.
« Tonnerre de Valyus ! C’est quoi ce vacarme si tôt ?! » La voix rocailleuse de Norgal brisa le silence.

Le vieux greffier s’était figé à l’entrée, ses sourcils broussailleux arqués d’un air interrogatif en découvrant la scène : Chaise renversée, pupitre en désordre, son apprentie au sol, couverte de poussière et décoiffée, le visage livide.

« Ah ! Tu es là depuis hier soir ?! » S’exclama-t-il, à la fois surpris et moqueur.
« Je … Hum, oui. J’ai trouvé quelque chose, un document qui n’était pas recensé dans tes archives. » Lyra se releva péniblement, les jambes engourdies, montrant le grimoire d’une main tremblante.

Norgal s’avança, sourcils froncés. Mécaniquement, il ramassa la chaise avant de se pencher sur l’ouvrage, d’un œil soupçonneux. Ce n’était pas un grand érudit, encore moins un mage, et il n’était pas du genre à s’émouvoir pour des glyphes ou des artefacts magiques, pourtant, le grimoire l’intrigua. Il récupéra l’ouvrage pour en feuilleter quelques pages sans rien en comprendre, avant de le refermer dans un claquement sec.

« Ça sort d’où, ça ? C’est pas de chez moi ! »

Lyra désigna la caisse laissée au sol depuis la veille. Le vieux siffla entre ses dents. Il croisa les bras, son regard venant se poser sur la pile de documents non traités à son assistante.

« Tu as passé la nuit ici, sans prévenir personne, sans faire ce pourquoi je te paye, et tu me dis que tu as fait ça pour … Un livre ? »

Lyra ne répondit pas. Un silence pesant s’installa.

Norgal grogna dans sa barbe, déposa le vieux livre sur le pupitre et repartit vers l’entrée sans ajouter un mot.

« Ah, et mange quelque chose, tu fais peur à voir. »
La porte claqua doucement derrière lui.

Lyra resta seule un instant, elle posa les mains à plat sur son pupitre, observant le grimoire. Il n’y avait plus de doute.
Partir ne lui faisait plus peur …
Partir était à présent nécessaire.

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Modifié en dernier par Lyra le sam. 31 mai 2025 16:59, modifié 3 fois.

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Lyra
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Re: La rue commerçante

Message par Lyra » sam. 24 mai 2025 23:47

Précedent
Un départ précipité

Lyra poussa la porte de sa chambre attenante à l’atelier. Le vieux loquet grinça faiblement, brisant le silence pesant qui baignait les environs depuis le départ de Norgal. La lumière du matin, plus affirmée maintenant, filtrait à travers les lattes de la fenêtre, découpant des rayons encore pâles du soleil sur le plancher grinçant. Sa chambre était petite, austère, minimaliste. Une vieille paillasse froissée au sol, une petite étagère où s’empilait des séries de parchemin usagés et quelques livres, une bassine d’eau près d’un miroir presque opaque et sa malle, regroupant ses maigres possessions. Elle s’agenouilla devant son coffre afin d’en faire l’inventaire et préparer son voyage :

- Son manteau usé, la protégeait autant du froid que des regards.
- Un carnet vierge, relié de ses mains.
- Une bourse de cuir, qui ne contenait guère plus que quelques pièces ternies.
- Une fiole de verre remplie d’un liquide épais et bleuté, que Maela lui concoctait pour l’aider à canaliser ses fluides magiques.

En rangeant le tout dans sa besace de cuir raccommodée, méthodiquement, comme un rituel, son esprit vagabondait déjà vers Maela. Le hameau de la guérisseuse n’était pas sur la route de Kendra Kar, mais Lyra ne pouvait pas disparaître sans lui dire au revoir. Sans lui expliquer. Elle lui devait cela. A sa mère adoptive, sa tutrice, et sa seule famille.
L’amulette autour du cou, la besace en bandoulière et le grimoire soigneusement noué à son flanc par une bande de cuir, Lyra ajusta son manteau pour dissimuler ses effets. Elle détailla sa silhouette dans le miroir trouble. Elle, qui ne quittait quasiment jamais la rue commerçante, s’apprêtait à partir à l’aventure, sur un simple indice, un soupçon d’espoir.
(Et si ce n’était qu’une illusion ?
Et si tout cela ne menait nulle part ?
Vais-je apprécier les réponses ? Ou souffrir de leur absence ?
Vais-je simplement mourir à trois lieues de Breen ?)


Sa vision vacilla, elle s’appuya contre son étagère, le souffle court.

« Si je tombe maintenant, je ne partirai pas. Et je ne peux pas … Ne pas partir … »

La tête lourde, les jambes engourdies, son esprit était à vif alors que son corps criait famine et sommeil. Mais elle rabattit sa capuche sur sa chevelure cuivrée et balaya la pièce d’un dernier regard : Ses brouillons, ses livres, les herbiers abandonnés … Elle soupira, tourna les talons, et referma la porte de sa chambre pour la dernière fois.

Norgal était déjà à son bureau, occupé à annoter un registre dont les pages bruissaient sous ses doigts calleux. À l’approche de Lyra, il leva les yeux et la jaugea, sans surprise.
« T’as vraiment pas dormi, hein ? On dirait que tu vas t’écrouler. »
Elle se tint aussi droite que possible, tentant de sauver les apparences, de rester crédible.
« Je pars. Aujourd’hui. »
Le vieux greffier reposa sa plume, croisa lentement les bras et l’observa d’un regard pesant.
« T’as encore une semaine avant la fin du mois. Tu crois que je vais t’en faire cadeau alors que tu me laisses une pile de travail ? »
Elle posa sa bourse sur la table. Le cuir usé s’affaissa avec un bruit mat.
« Ce que je te dois. Et… tu n’as pas à solder ma journée d’hier. Pour ce que j’ai fait. »
Norgal soupesa la bourse, fit sauter le cordon et jeta un œil à l’intérieur.
« Tout ça pour un vieux bouquin que t’arriveras peut-être même pas à lire… »
Elle haussa les épaules. Sa décision était prise ; en débattre serait vain.
Le propriétaire des lieux grommela dans sa barbe. Il referma le lien de cuir, puis relança la bourse dans sa direction avec un faux air de regret.
« Alors va. Mais meurs pas dans une ruelle de la capitale, hein ? Ça ferait mauvais genre dans mes registres. »
Un sourire discret fendit les lèvres sèches de Lyra.
« Je ferai de mon mieux… Merci, Norgal. Merci pour tout. »
Le vieil homme resta muet, le regard déjà replongé dans son registre, évitant soigneusement de la suivre des yeux. Lyra comprit. Elle quitta l’établissement en silence, refermant doucement la porte derrière elle, le cœur déjà un peu plus léger.


En quittant l’atelier de Norgal, La nouvelle aventurière fut aussitôt éblouie par la lumière crue du matin. La rue commerçante de Breen, encore à moitié assoupie, commençait à s’éveiller lentement sous ses pas. Les étals de bois s’ouvraient dans des craquements familliers, les rideaux se levaient, et les premières voix des marchands et ouvriers brisaient le calme ambiant.
La fraicheur matinale mordit ses joues. Sa capuche rabattue sur ses cheveux roux ne suffisait pas à masquer son teint pâle et ses traits tirés. Elle avançait lentement, les jambes encore lourdes, le ventre noué.
Un parfum chaud et agréable empli la rue : levain, pain fraîchement cuit, une note de sucre et de fumée. Lyra dégluti, guidée par son nez. Sur sa droite, un boulanger dodu, au tablier blanchi par la farine, installait ses paniers sur le bord de son étal, à demi-ouvert.
Il aperçu la jeune demi-elfe, et la reconnut sans difficulté. Il lui fit un signe bref, continuant d’arranger son achalandage.
« Matinale, jeune Nerra. Et tu as mauvaise mine. »
Elle esquissa un sourire, mince, mais sincère.
« Nuit blanche … Et j’ai de la route à faire. »
Il haussa un sourcil. La connaissant réservée, il ne posa pas de questions. Il se contenta de lui tendre un quignon de pain chaud, enveloppé dans un morceau de tissu.
« Alors manges ça, ou je vais te trouver dans le caniveau avant même que tu aie quittée la ville. Et souviens-toi de moi quand je t’amènerai mon registre des taxes à recopier ! » Lança-t-il avec un sourire bienveillant.
Lyra inclina légèrement la tête et reprit son chemin en souriant, le pain à la main. Elle y croqua à pleine dent à peine sortie de son angle de vue. La mie moelleuse et légèrement sucrée lui procura un réconfort immédiat au point d’en soupirer, les yeux clos, alors qu’elle quittait la ville, peut être pour ne jamais y revenir.

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Corvus Salverac
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Re: La rue commerçante

Message par Corvus Salverac » mer. 31 déc. 2025 17:15

Chapitre II
Partie IV

La route fut longue et sinueuse jusqu’à Breen, mais le voyageur avait finalement accompli la première partie de sa mission. Les portes de la ville se dressaient droit devant lui et il trépignait déjà d’impatience à l’idée de retrouver cet illustre Jolph, afin de découvrir ce qu’il pourrait lui apprendre. Le voyage ne fut pas de tout repos. Corvus souffrait encore des suites de son duel contre le tueur à gages qui l’avait embusqué près de la taverne bordant la forêt, quelques jours auparavant. Si son bandage de fortune avait permis d’endiguer le saignement, la guérison restait partielle et la douleur, lancinante, rendait Corvus particulièrement irritable.
S’il se savait recherché dans le royaume, il réalisait désormais ce que cela impliquait réellement. Son visage pouvait être reconnu à tout instant. Et nombreuses étaient les guildes d’assassins et de tueurs à gages qui rôdaient, avec peut-être son portrait dans leurs bagages.
Corvus comprenait qu’à tout moment, sa vie pouvait s’achever aussi brutalement que cela. On pouvait le pister, le traquer, puis le tuer dans son sommeil s’il relâchait son attention. Cette pensée lui donnait des sueurs froides, mais elle le galvanisait également : il ne devait laisser derrière lui aucune piste, aucune trace. La vie n’en serait que plus difficile. Pensif mais déterminé, il gagna la ville à l’ouest du royaume et franchit ses portes. Le visage baissé, il passait heureusement pour un simple voyageur, si ce n’était l’épée suspendue à sa hanche.

Breen était une ville de taille moyenne. Ses habitations se situaient à la croisée du charme bucolique de la campagne kendranne et de la modernité plus affirmée de la capitale. Tout y était de moindre proportion mais l’effervescence, elle, était bien présente. Une ville idéale — ni trop petite, ni trop grande… idéale pour y implanter un réseau de trafiquants et de faussaires ? Il était encore trop tôt pour en juger, songea Corvus. Son regard balaya les rues tandis qu’il déambulait, désireux de rejoindre l’artère principale. Le jour s’était levé depuis deux ou trois heures déjà. La ville s’éveillait peu à peu et la rue commerçante commençait à se remplir, sans toutefois atteindre son paroxysme.
Dans l’esprit de Corvus, l’objectif était simple. Il avait établi un plan, direct : retrouver Jolph et espérer qu’il ait pu rassembler des informations concluantes sur l’affaire. À défaut, un nom ou un lieu ferait l’affaire.
Mais avant tout, encore fallait-il le trouver. Car il le savait mieux que quiconque : pister un homme dont on ne connaissait que le nom et une vague description physique était une tâche ardue. Il soupirait, grommelait ; la douleur vive dans son bras revenait par vagues, mettant ses nerfs à rude épreuve.
Tôt ou tard, il devrait se procurer une potion ou un onguent. Il ne pourrait décemment continuer ainsi. Le maigre réconfort qu’il trouva alors fut la beauté du paysage. Breen possédait un charme certain et, de mémoire, les rares fois où il avait été en poste ici comptaient parmi ses meilleurs souvenirs.

Les nuitées festives à entonner des chansons paillardes avec ses camarades, les rendez-vous champêtres, ou encore les longues journées à patrouiller ces rues paisibles… Breen demeurait, dans son esprit, l’un des vestiges les plus doux de sa vie passée.
Pourtant, aujourd’hui, tout était différent. La ville était toujours aussi belle, mais le goût en était plus amer. Il devait se cacher, baisser la tête pour éviter d’être reconnu, raser les murs. Il ne se sentait plus en sécurité dans une cité qui, autrefois, lui inspirait la sérénité. Le temps s’écoula et, après quelques pérégrinations, il parvint enfin au lieu désiré. Le comte de Mordansac, avant leur séparation, lui avait indiqué que le point de chute de Jolph à Breen se trouvait dans un atelier d’artisan : une tannerie située le long de la rue commerçante.
Corvus s’y rendit et poussa le battant de la porte. Son regard scruta l’intérieur. Les murs de pierre étaient soutenus par des poutres apparentes, tandis que le sol était fait d’un parquet brut. Une forte odeur animale, mêlée à celle du cuir, imprégnait l’air. Rien d’étonnant lorsqu’on travaillait les peaux de bêtes.

Il entra prudemment et croisa le regard d’un homme posté derrière une sorte de comptoir. L’atelier semblait grossièrement divisé en deux parties : l’espace d’accueil près de l’entrée, et, derrière, l’atelier proprement dit, séparé par une double porte battante en bois menant à une arrière-cour où devaient être entreposés outils et matériaux.
— Bien le bonjour ! Puis-je vous aider ? demanda l’homme au comptoir, vêtu d’un tablier. Il devait être à la fois artisan et commis chargé d’accueillir la clientèle.
— Je cherche quelqu’un. On m’a dit que cette personne pouvait se trouver ici, répondit Corvus. L’homme afficha un air surpris et se pencha légèrement, lui demandant alors qui il pouvait bien chercher. Corvus se remémora la phrase clé transmise par le comte : une fausse commande liée à un ordre particulier, correspondant sans équivoque à sa signature. Il se pencha à son tour, presque à l’oreille de l’homme, et lui souffla le mot de passe.
— Je viens récupérer la commande de monsieur Sparreau.
L’homme acquiesça sans un mot et tourna les talons pour disparaître dans l’atelier. Quelques minutes s’écoulèrent avant qu’un autre individu ne se présente à Corvus. Il s’agissait d’un homme dans la quarantaine, aux cheveux grisonnants et à la stature frêle. Il hocha la tête en guise de salut, puis se présenta brièvement. Jolph était un agent de Mordansac, une sorte d’informateur itinérant chargé de recueillir diverses informations à travers le royaume. Il n’était guère un homme d’action et, pour cette raison, ne pouvait intervenir directement — d’où la présence de Corvus. Pour établir sa légitimité, Corvus lui montra la fausse missive accompagnée de son sceau contrefait. Jolph acquiesça.
— Tout ce que je peux vous dire, c’est que ces hommes n’agissent pas seuls. Leurs activités semblent réparties en plusieurs points du royaume. Ici, à Breen, ils se contentent d’empaqueter les marchandises avant de les expédier là où il le faut. Ce n’est pas ici qu’ils fabriquent les sceaux ni les lettres. Leur atelier de préparation se trouverait au sud de la ville, près des abattoirs. L’odeur pestilentielle des bêtes y couvre les relents de cire fondue. Ces paroles laissèrent Corvus songeur. L’opération semblait solidement organisée et, de toute évidence, Breen n’était qu’un maillon parmi d’autres. Mais il ne doutait pas de l’importance des informations qu’il pourrait recueillir en se rendant aux abattoirs.

L’enquête ne faisait que commencer.
Modifié en dernier par Corvus Salverac le ven. 2 janv. 2026 22:17, modifié 1 fois.

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Re: La rue commerçante

Message par Corvus Salverac » ven. 2 janv. 2026 17:28

Chapitre II
Partie V

Le plan semblait désormais tout tracé. Corvus devait rendre visite aux abattoirs, au sud de Breen, afin d’éclaircir le mystère entourant ces trafiquants. Il restait tant d’éléments inconnus : qui étaient les commanditaires ? Qui profitait de ce trafic ? Qui payait ?
Autant d’interrogations auxquelles il allait devoir répondre, d’une manière ou d’une autre, s’il espérait que Mordansac efface sa dette envers lui. La tâche s’annonçait ardue. Corvus n’était pas au meilleur de sa forme et s’infiltrer de nouveau dans un lieu hostile risquait de lui coûter cher. Il n’avait pourtant guère le choix.
Il lui revenait l’initiative de choisir la meilleure façon de procéder : de nuit ou de jour, discrètement ou frontalement, par la ruse ou au prix d’une diversion. Il réfléchissait à toute allure lorsque Jolph reprit la parole. L’homme fouilla dans sa besace avant d’en extraire une étrange pierre de petite taille, frappée d’un symbole singulier. Il tendit la main vers Corvus, qui saisit le caillou qu’on lui présentait.
Jolph expliqua qu’il avait dérobé cette pierre à l’un des mystérieux individus qui allaient et venaient dans les abattoirs, alors qu’il les prenait discrètement en filature. Il ignorait de quoi il s’agissait, mais à en juger par le symbole gravé, l’hypothèse d’une rune semblait plausible aux yeux de Corvus.

Il rangea la pierre dans sa besace, remercia Jolph, puis lui demanda s’il disposait d’autres informations susceptibles de l’aider dans son enquête.
— L’entrée des abattoirs est très bien gardée, de jour comme de nuit. Cependant, il existe un accès détourné. La tannerie dans laquelle nous nous trouvons est cliente des abattoirs pour son approvisionnement en peaux. En début d’après-midi, les tanneurs iront chercher leur marchandise ; vous pourrez vous joindre à eux afin de pénétrer à l’intérieur. Cependant… vous serez seul une fois sur place. Soit vous serez assez rapide pour trouver ce que vous cherchez et repartir avec nos hommes en fin d’après-midi, soit vous devrez quitter les lieux par vos propres moyens. Corvus comprit aussitôt qu’il lui faudrait livrer une véritable course contre la montre une fois sur place. Il n’avait aucune intention d’être laissé pour compte en terrain ennemi.
Il acquiesça. Il ne restait plus qu’à attendre l’heure de la livraison pour mettre le plan à exécution. Il savait que, quelque part à l’intérieur des abattoirs, se trouvait le repaire de ces bandits. Il ignorait quelle forme cela prendrait, tout comme ce qu’il y découvrirait exactement — si ce n’était une forte odeur de cire.
Il cogitait encore lorsque son interlocuteur le tira de sa torpeur.
— Si je puis me permettre, vous n’avez guère bonne mine. Vous êtes blessé, et cela pourrait nuire à la réussite de notre entreprise. Vous devriez reprendre des forces avant notre prochain rendez-vous… Profitez-en pour rendre visite à Oladem. Il tient une échoppe ésotérique en ville ; il devrait pouvoir vous aider, tant pour cette pierre que pour vos blessures.
Sur ces mots, Jolph tourna les talons et retourna à ses occupations.

Le rendez-vous était pris. Corvus grimaça lorsque la douleur à son épaule se réveilla, comme un rappel cruel lui intimant d’agir. Il le savait : il n’était plus aussi endurant qu’autrefois… et cette pensée l’emplissait d’une frustration sourde. Il avait beau ignorer la douleur, ses articulations meurtries et ses muscles moins fiables, la réalité de son déclin s’imposait à lui — et cela l’exaspérait au plus haut point. Il tourna finalement le regard vers la porte de sortie et ses pas suivirent. Peu après, il se retrouva dans la grande artère commerçante de Breen, scrutant les devantures à la recherche de l’échoppe d’Oladem.

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