Personne n’avait l’air de vouloir accepter le breuvage offert par Petrol, d’autant plus que ce qu’elle proposait ne ressemblait pas à de l’alcool. La seule gourde en sa possession était sa gourde magique, est-ce qu’elle s’enivrait de potions de mana ? Ignorant son offre, tous se sont faufilés dans la demeure de Chantelierre qui, après avoir débarrassé quelques morceaux incriminant sur le bas-côté à l’aide de son balais, est entré en fermant la porte derrière lui, ses épaules tombant de soulagement. Anissa, courant pour ne pas être laissée derrière et escaladant tant bien que mal une pile de livres négligés, avait manqué de se faire une crampe, peu habituée qu’elle est à ce genre d’efforts malgré son agilité lutine. Pas de bobo cette fois, mais elle avait eu bien de la chance que le terrain soit adapté à son ascension. Elle était un peu essoufflée quand elle a posé sa question à Plythos.
Un soulagement de courte durée, car au moment où Korgal, Odiron et le coloré ont posé l’ex-commode dans un coin, Eline a lancé son ultimatum.
C’est en rebondissant sur la question d’Anissa que Plythos répond. Enfin, pas immédiatement. Il lui faut bien 2 ou 3 secondes pour trouver l’origine de sa petite voix.
« C’est exact, mademoiselle Niqor, je prépare une expédition dans le désert de l’Ouest et, je l’admets, j’ai fait appel à cette euh… petite dame en connaissance de cause. Enfin, pas complètement… Je ne connais personne d’assez insensé au point d’entrer à Bouhen avec un corps réanimé. »
Il se gratte le menton avec un air gêné. C’est l’homme aux yeux noirs qui continue, son expression plus crispée devant la ressortissante de l’Aube Radieuse.
« Elle a certes brisé un tabou, mais regardez-la, avez-vous déjà vu ses semblables à Kendra-Kâr ? Je gage à dire qu’elle ne comprend pas les coutumes. Un crime passable de mort dans la Principauté, mais là où vous comptez vous rendre, c’est plutôt vous qui serez mal vue. Les Wiehls n’ont pas tôt fait d'oublier l’Inquisition Écarlate. »
La brève mention des Écarlates vous ramène pour certains à de l’histoire ancienne, quand une peste catastrophique a sévi sur Yuimen il y a pratiquement quatre mille ans. Les morts se sont levés en masse, et une partie du culte de Gaïa et de Meno se sont unis pour endiguer la menace, devenant l’inquisition la plus cruelle et la plus violente de l’Histoire, si impitoyable qu’ils ont fini par être chassés et éliminés au nom du maintien de l’ordre. C’était une période connue comme l’âge d’or de la nécromancie. Suite à cela, les lois envers les nécromanciens sont devenues de plus en plus dures jusqu’à leur répression totale dans certaines cités, mais la blessure ouverte laissée par les inquisiteurs a aussi suscité la méfiance de certains peuples envers les zélotes de Gaïa.
« Toutefois, si je peux me permettre, monsieur Chantelierre, engager une nécromancienne... »
« Ah, ce n’est pas pour lever les morts que j’ai fait appel à elle, Gersolf. »
C’est avec un air sombre que Plythos vous intime de le suivre dans une autre salle, moins encombrée et plus accueillante. Son étude, clairement un lieu privilégié, est baignée dans la lumière douce d’une grande fenêtre. Un bureau en désordre, jonché de parchemins et de machins en tout genre, cerné d’ouvrages et de cartes venus des quatre continents, trône fièrement à côté d’un foyer surélevé pour baigner l’érudit de chaleur pendant de longues heures de paperasse. Vous pouvez remarquer un gros sac de bagages fraîchement rempli sur le sol tapissé, blotti contre le mur.
Vous pouvez aussi remarquer une porte scellée au bout d’un petit couloir. Plus qu’une serrure de fer, c’est une panoplie de talismans qui orne cette porte dans un coin d’ombre que vous ne remarquez pas forcément sur le champ, mais qui n’échappe guère à votre regard.
Plythos s’empare d’un livret endossé de cuir. Son air bonhomme est recouvert d’un voile grave, triste.
« Vous avez tous reçu la lettre, n’est-ce pas ? Vous étiez dans le carnet de mon père, avec un bref résumé de vos personnes et vos compétences, du moins celles qu’ils vous connaissait. »
Il vous regarde avec circonspection.
« Bon, vous n’étiez pas tous en haut de la liste, bien sûr. Certains n’ont pas donné de nouvelles, d’autres ont refusé. »
Il la repose et sort un autre parchemin. Noirci, griffonné à la hâte. Il déglutit au moment de parler, se ressassant des souvenirs désagréables alors qu’il s’affaisse contre son bureau.
« Madame Petrol’Kiwi ne figure pas dans son carnet. C’est à travers mes propres réseaux que j’ai contacté une poignée de ritualistes notoires de la région, et elle est la seule à être venue présentement. Mon père n’est pas... Certes, il était vieux, mais les cheveux gris, la perte de vue et d’audition, les épisodes de démence, c’était trop soudain. Jour après jour, il délirait de plus en plus. Sa mort... »
Un autre ravalement de salive met en exergue la goutte de sueur perlant sur son front. Il regarde d’abord la porte scellée au fond du couloir, puis fixe son regard sur Petrol’Kiwi.
« Deux jours après son retour, des points noirs ont commencé à apparaître sous ses ongles. Le cinquième jour, il est devenu incapable de lire, comme si les mots fondaient sous son regard. À partir du sixième… Ses cheveux sont devenus de plus en plus blancs et ont commencé à tomber. Aucun docteur, aucun guérisseur n’a su quoi faire. Deux semaines après son retour du désert de l’Ouest… Il était méconnaissable, autant physiquement que... »
Il baisse légèrement la tête. Il n’est pas difficile de voir à quel point son visage a rougi de l’effort de retenir ses larmes.
Il ne laisse pas le silence s’installer trop longtemps, et il demande enfin à l’aldryde qui venait de perdre sa caravane nauséabonde :
« Est-ce que vous voyez où je veux en venir ? Je veux comprendre ce qui est arrivé à mon père. »
Vous ne voyez peut-être pas tous, mais Petrol, elle, a du mal à réprimer un haussement de sourcil quand elle comprend de quoi il en retourne.
Petrol'Kiwi :
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Les symptômes décrits par Plythos ne pourraient provenir plus clairement d’une malédiction, une souillure similaire à ce que tu es capable d’infliger à d’autres. Tu reconnais facilement les signes d’un sort trop néfaste pour provenir d’un mage ordinaire. Même si tu y mettais toute ta malveillance, tu ne pourrais provoquer qu’un état persistant d’inconfort et de misère, rendre une personne plus susceptible aux idées noires et à la maladie. Mais étouffer la vie d’un homme bien portant en moins d’un mois, sans cause visible, malgré les efforts de plusieurs soigneurs, tout en lui enlevant peu à peu la raison… Il faudrait au moins une demi-douzaine de sorciers vengeurs à son chevet pendant les deux semaines précédant son trépas. Ou alors, quelque chose de particulièrement puissant et malfaisant.
Pour affecter ainsi Urthos Chantelierre, un ensorceleur hors du commun aurait dû accomplir un long rituel ciblé contre lui, ou alors il a touché quelque chose, pénétré un lieu emprunt d’une malédiction durable. Là encore, chose à laquelle peu de mages vivants pourraient prétendre, et il faudrait être forcené pour déployer autant de mal invisible sur une seule victime. À ton niveau, tu te dis que ce n’est pas bien différent d’un châtiment divin.
Petrol : 0,5 xp (Farfulage)
Anissa : 0,5 xp (Escalade)
Korgal : 0,5 xp (Déménageur)
Layam : 0,5 xp (Petit mouchoir)
Eline : 0,5 xp (La loi, c'est moi)