Les Grandes Portes

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Yuimen
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Les Grandes Portes

Message par Yuimen » mer. 27 déc. 2017 14:28

Les grandes portes

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Les grandes portes de Kendra Kâr restent grandes ouvertes jusque tard dans la nuit, après quoi elles sont fermées et on ne laisse plus entrer personne sauf les attendus. La foule a tendance à s'amasser aux heures de pointe devant celles-ci.

Bien qu'un flux incessant de voyageurs, marchands et troupes de soldats les traversent à tout moment de la journée, le passage reste étroitement surveillé par une garde renforcée. Du haut de leurs murs, les archers ont l'œil sur toutes les allées et venues tandis qu'en bas, les soldats en armure fouillent minutieusement chaque convoi entrant ou sortant et interrogent les voyageurs sur leur venue dans la cité, sans oublier de les surveiller également à leur sortie.

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Oryash
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Re: Les Grandes Portes

Message par Oryash » lun. 10 juin 2019 15:46

Précédemment : Au gré des rues


Afin d'arriver aux portes de la ville, il avait fallu pas mal de temps à Oryash et sa monture tant les rues de la ville étaient encombrées de monde. Aussi quand ils y arrivèrent, la peau blanche soupira d'aise d'être enfin sortie de là.
Seulement ici aussi il y avait foule, des marchands, des visiteurs, des troupes de soldats et cela en un balai incessant.
Elle se retourna et jeta un dernier regard sur la cité. De mémoire deux choix s'offraient à elle pour gagner sa destination , prendre la route de l'ouest ou celle du nord-ouest. Elle eut tôt fait de faire son choix. Elle talonna légèrement sa monture et avança sur la route.

Suivant: En forêt autour d'un feu
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Aeglos
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Re: Les Grandes Portes

Message par Aeglos » lun. 26 août 2019 22:04

De nos jours même les grandes routes n'étaient plus sûres et le voyage en direction de Kendra Kâr en utilisant la voie toute tracée aux alentours de Mertar, la cité naine, a dévoilé de nombreux dangers durant les quelques semaines de voyage. Deux semaines de trajet à pied, à user ses chausses, lui le mage et diplomate plus habitué aux luxueux palais, aux mets ravissant les palais plutôt qu'à des rations militaires généreusement données par les guerriers de la forteresse de Clair de Lune, évitait la plupart du temps les dangers environnants. Toutefois, à mi-chemin de Kendra-Kâr, Aeglos tomba nez à nez avec une bande de brigands ou de voleurs, peu importe comment de viles personnages désiraient que le commun des mortels les appelle. Menacé par l'épée courte d'un des brigands, il usa une première fois de sa magie pour en congeler l'un, mais ils l'acculèrent. Heureusement pour le prêtre de Yuia, un nain, commerçant de minerais, se dirigeait également vers la cité blanche et de ses deux haches firent fuir les malandrins. Son nom était…

- C'est bien un comportement d'elfe d'écrire sur un carnet, grogna le nain.

Aeglos s'arrêta d'écrire sur le carnet à l'aide d'une plume et d'un encrier, tous trois récupérés sur l'un des cadavres des brigands, posa ses yeux sur son comparse et entreprit de lui répondre dans la langue naine.

- Les arts sont importants, Vrag Tyn… J'ai été surpris de trouver un tel matériel en ces lieux, toutefois j'imagine que c'était le fruit de leurs rapines. Après tout, l'encre coûte cher, tout comme le verre qui la contient. Il ne faut pas oublier le papier et une bonne plume qui sont plus utilisés par la noblesse que par le peuple. J'imagine qu'ils ont dû voler des riches ou s'accaparer le butin d'une autre bande de brigands. Ils ne font toutefois pas le poids face à un nain.

Le nain en question faisant accélérer les chevaux tirant la charrette remplie de fers tint un instant les rênes à une main et de l'autre flatta l'une de ses hanches qui pendait à sa ceinture.

- Moumoune et Acariâtre ont de quoi effrayer tous les bandits de la région !

Interloqué, il lui demanda:

- Je sais qu'il est parfois coutume chez certaines personnes de nommer leurs armes, mais pourquoi de tels noms ?

Vrag gratta sa barbe brune mi-longue et finit par éclater de rire, avant de se reprendre et de lui expliquer d'un ton bourru:

- J'ai une femme à Mertar, une vraie teigne avec qui il ne vaut mieux pas arriver en retard au dîner si vous ne voulez pas qu'elle vous assomme. Moumoune c'est son surnom et pour acariâtre... Hé bien, tu t'imagines pourquoi !

Aeglos lui souriait gentiment, plus par respect envers son sauveur plutôt que par amusement à l'écoute de tels noms saugrenus. Le sindel n'en était toutefois guère étonné, connaissant les nains par réputation et pour avoir rencontré certains d'entre eux. Des semaines passèrent et ils continuèrent à cheminer le long de la grande route, parlant de tout et de rien, profitant des paysages verdoyants et des rayons de soleil qui lluminaient la flore, les rais traversant les feuilles des chênes et autres conifères de la région. Quelques oiseaux piaillaient au loin, mais il ne saurait dire de quelle espèce il s'agissait. Son rayon d'expérience était davantage la magie que la connaissance de la nature et c'est d'ailleurs sur son domaine d'expertise que le nain lança une nouvelle discussion.

- D'habitude, je n'aime pas les elfes, trop haut perchés et hautains, et quand ils maitrîsent la magie, ces traits de caractère sont encore plus prégnants chez votre race. Tu m'as dit être un sindel, je dois avouer que je ne l'aurais pas cru au premier abord avec ta peau blanche. Il est vrai que les nains ont été mis au courant de l'existence d'une citadelle près de Mertar, j'imagine que tu es parti de là-bas, non ?

Aeglos lui fit un petit signe de tête pour confirmer son intuition. Voyant que Vrag n'en avait pas terminé avec ses questions, il le laissa poursuivre.

- Comment cela se fait que tu connaisses notre langue ?

- J'ai été diplomate et mes missions m'ont conduit à Mertar, il y a de cela plusieurs siècles à présent. Je me rappelle... Oui, je me rappelle de Mertar.

Ses doigts frottaient ses tempes, cherchant ses souvenirs parmi sa mémoire incomplète suite à son amnésie.

- De grands pilliers s'élevaient vers des plafonds creusés à même la roche, des sculptures taillées et ciselées à même ces grandes colonnes qui émervaillaient les yeux des visiteurs. Quant à votre langue, je l'ai apprise des vôtres. Votre peuple est isolasionniste et méfiant, mais j'apprécie les nains, leurs coutumes, leur passion pour créer les meilleures bières, pour fabriquer les plus beaux objets. Et...

- Nous arrivons déjà, il semblerait.

Effectivement les grandes portes de la cité blanche les surplombaient et les gardes, reconnaissant le nain, et vérifiant la marchandise, les laissèrent passer.

- J'imagine que tu dois te rendre à la forge ou à l'armerie de la capitale, tu peux m'y déposer également, j'ai des choses à y faire.

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Faëlis
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Re: Les Grandes Portes

Message par Faëlis » mar. 3 sept. 2019 18:29

C'est ainsi que l'elfe rejoignit les portes avec les trois montures, attirant immanquablement les regards. Les imposants et ténébreux chevaux de Cromax étaient impressionnants, mais l'attention de Faëlis était surtout captivée par l'étalon. Le palefrenier avait dit qu'il s'appelait Halcion. Un nom relevant d'une ancienne légende elfique. D'où venait-il ? Et pourquoi le lui remettre ? Étais-ce un cadeau de sa mère ?

Il avait toutes les caractéristiques d'un cheval de la cour royale de Cuilnen : imposant, crinière fournie, port altier, robe brillante... mais curieusement, il était équitablement réparti de blanc et de noir. Cette incongruité était des plus perturbantes : chez les hinïon, une monture noble devait avoir une robe unie, pour marquer la pureté, et le noir était généralement proscrit. Qui donc avait pu élever une monture aussi atypique ?

En tout cas, l'animal paradait en ignorant les passants, affichant fièrement sa classe absolue. Mais pourquoi le palefrenier avait-il dit qu'ils s'entendraient bien ?

Aux portes, ses compagnes attendaient déjà. Madoka avait acheté du matériel pour pouvoir dormir. Tina, de son côté, regardait avec inquiétude les chevaux, avouant ne pas savoir monter. Faëlis lui tendit les rênes de Lune et lui expliqua comment monter, l'aidant galamment dans un premier temps. Ils n'avaient guère le temps pour des leçons prolongées, mais il insista bien pour la rassurer et la calmer, lui assurant que les chevaux devaient être conduits avec souplesse et délicatesse. Lorsqu'elle fut en selle, il commença par guider lui-même la monture, à pied, pour qu'elle s'habitue au mouvement. Puis, il commença à lui laisser utiliser les rênes.

Ensuite, il monta lui-même Halcion, qui se révéla parfaitement obéissant et parfait pour une démonstration. Ensemble, ils firent un petit tour devant les portes. Ils n'allaient pas très vite, mais mieux valait démarrer doucement. Ils perdraient bien plus de temps si elle tombait de selle et n'osait plus remonter !

Madoka, de son côté, savait déjà se débrouiller. Aussi, ils commencèrent à prendre le chemin des duchés des montagnes. L'elfe en profita pour rédiger un petit message. Suivant les consignes apprises en Ynorie, il en fit une origami qui s'envola en direction de la ville, et plus précisément de l'auberge de la tortue guerrière. Un message à remettre à Aliéna, en espérant qu'elle ait l'idée d'aller à cette auberge qu'ils avaient déjà fréquentés...
Modifié en dernier par Faëlis le ven. 13 sept. 2019 17:35, modifié 1 fois.
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Madoka
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Re: Les Grandes Portes

Message par Madoka » mer. 4 sept. 2019 22:34

Lorsque j’évoque Tina cette fois encore, il tourne un regard rêveur vers le souvenir de la belle. Finalement, je n’ai pas assez pris en compte l’effet qu’elle peut faire aux personnes qu’elle croise, même brièvement. Il semble conquis d’avance et je pense que même avec des bijoux de moindre qualité, il aurait accepté l’échange pour redonner le sourire à une belle femme comme elle.
Les trois fioles qu’il me propose sont un mystère pour moi, tant qu’il m’est impossible de juger en retour de la quantité, de la qualité ou de leur valeur. Je lui accorde ma confiance sur ce point et accepte les fioles. Je refuse en revanche les piécettes qu’il souhaite me rendre en sus ; preuve s’il en est, de sa bonne foie ; les lui laissant volontiers pour avoir accéder à ma requête. Nous nous quittons ravis l’un comme l’autre et je me hâte ensuite vers les grandes portes de la ville.



Je parviens à passer les portes sans être arrêtée, questionnée ou même toisée avec méfiance. Nos descriptions n’ont peut être pas eu le temps de faire le tour des gardes de la ville, ils n’avaient sans doute pas eux non plus connaissance d’une autre sortie. Pris de cours par notre arrivée à dos de dragon et à bord d’un engin volant jamais vu, ils se sont probablement limités à prendre d’assaut le Temple.
Chemin faisant, je me demande comment Cromax a l’intention de s’en sortir. Son acolyte, à défaut de connaître un meilleur mot pour nommer cette relation louche avec une créature ardente, avait l’air plutôt sûre d’elle. Mais déjà dans ma tête se dessine les pires scénarios et les plans fantasques pour le retrouver, et cette fois ne plus le lâcher.

Faëlis nous rejoint quelques minutes à peine après le départ de mon porteur ; menant trois chevaux immenses par la bride. Il nous présente ceux de Cromax, deux étalons, l’un entièrement noir et massif, l’autre noir aussi mais avec une tâche blanche en forme de lune sur la tête. Tina les observe avec inquiétude, nous avouant aussitôt qu’elle ne sait pas monter.
Faëlis prend les devants, prétextant être bon professeur. Il lui choisit l’étalon du nom de Lune, qui semble le moins farouche des deux et lui montre comment faire et surtout comment se dépêtrer avec sa longue et large robe. Il l’accompagne à pieds sur plusieurs mètres, ajoutant çà et là des conseils judicieux. Je m’occupe d’attacher la tente et deux couvertures à Nuit, ma monture pendant les prochains jours. Il est robuste et musclé, taillé pour la guerre et la vitesse, mais il se laisse faire assez facilement. Dès que Tina se dit prête à tenir les rênes d’elle-même, nous divisons le reste des couvertures et provisions entre les chevaux et partons dans la même direction que Zarnam. Je me souviens du chemin qu’ils ont pris et retrouve les repères pour m’aiguiller. Ensuite, il nous faudra suivre la direction de ma boussole.
Modifié en dernier par Madoka le ven. 6 déc. 2019 23:12, modifié 1 fois.

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Xël
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Re: Les Grandes Portes

Message par Xël » dim. 29 sept. 2019 14:58

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Elle est encore plus belle que dans mes souvenirs. Je suis ému de la revoir, je peux ressentir d’ici l’effervescence de la fin de matinée, les odeurs de pains et viennoiseries qui laissent leurs places aux effluves de repas du midi. Mon portail s’est ouvert plutôt loin des portes, assez à l’écart pour ne pas apparaître devant les nombreux voyageurs. J’ai choisi ce lieu au sommet d’une colline environnante car je sais qu’il donne une vue spectaculaire sur la cité. Les maisons blanches, les arbres immenses du parc, la tour de Thaumaturgie, le palais royal, l’arène, l’hippodrome, les eaux du port où mouillent de nombreux navires de toute tailles. Je tourne la tête vers Sheeala pour lui sourire et lui déclarer avec émotion.

" Bienvenue à Kendra Kâr. "

Elle semble époustouflée elle aussi, elle ne peut détacher son regard de la cité exceptée quand un aynore, un navire volant de forme allongé muni de deux voiles ressemblant à des ailes passe au-dessus de nous pour rejoindre la zone d’embarquement.

" Vous venez ? "

Lui dis-je alors que j’ai déjà commencé à descendre la colline pour rejoindre la route qui mène aux portes. Elle reste silencieuse et me fait un maigre sourire avant de me suivre. Nous avançons dans la file qui arrive rapidement à l’entrée de la ville où une petite foule commence à s’amasser. Les gardes sont méfiants et ne laissent passer personne à la va vite. Les convois sont fouillés ainsi que les voyageurs munis des visages les plus louches. Les gardes semblent plus anxieux que dans mes souvenirs, le visage fermé, l’air sérieux. Les archers sur les remparts sont visiblement tendus eux aussi, aux aguets. Une bousculade détourne mon attention des sentinelles, un enfant à la tignasse blonde venait de me foncer dedans. Ça ne dure qu’une seconde, je l’entends simplement s’excuser alors qu’il s’était déjà remis à courir. L’instant d’après je canalise ma magie alors qu’un sourire apparaît sur mon visage. Je retrouve la sensation de maîtrise des fluides qui était absente sur Aliaénon. La même que lors de ma confrontation contre le Troll et contre Ikem, le moine du vent. Ma magie réagit comme je le souhaite et un portail apparaît juste à côté de moi.

" Xël, qu’est-ce que vous faites ? " s’inquiète Sheeala.

L’autre portail apparaît juste devant le garçon qui ne peut pas l’éviter, il y pénètre pour se retrouver devant moi où je l’attendais pour le réceptionner. Il cligne des yeux avant de me regarder avec un air perdu tandis que le portail se referme. Loin de comprendre ce qui venait de se passer, il affiche une tête d’ahuri qui me fait rire à gorge ouverte. Je tends une main ouverte vers lui et déclare en riant encore.

" Allez. Rends là moi. "

Le garçon lève les yeux vers moi et sans même oser nier il me rend la bourse qu’il m’avait chapardé durant notre collision. Je secoue sa tignasse blonde avant de le laisser repartir. Il s’avance de quelques pas avant d’enfin se retourner pour m’adresser un autre regard impressionné.

" Comment avez-vous su ? "

" J’ai eu son âge. " Dis-je en riant.

Sheeala me fait d’abord un regard surpris avant de lâcher un mince sourire. Autour de nous les gens s’échangent des messes basses et fixent tous leurs regards vers moi. Je ne discerne que quelques mots parmi les nombreux chuchotements; Xël, Aliaénon, mage et orphelinat. Les chuchotements se rependent dans la file d’attente à la vitesse d’un cheval au galop et je vois chaque tête se tourner vers moi. Je m’efforce de paraître le plus naturel possible en m’avançant vers les gardes. L’un d’eux nous fait signe de nous arrêter et demande.

" Vous êtes vraiment Xël ? "

Derrière nous, un silence de temple s’installe, impatient de savoir si j’étais bien qui je suis. Derrière la porte, j’aperçois déjà des enfants accourir et grimper sur les toits des premières habitations pour me voir, d’autres qui étaient déjà présent s’enfoncent dans la cité en se faufilant dans la foule qui parcourt la Grande Rue.

" Oui. C’est bien moi. "

Les chuchotements reprennent dans la foule et le garde pose une seconde question, comme s'il trouvait incroyable que je me trouve devant lui et qu’il tenait vraiment à en être certain.

" Le sauveur d’Aliaénon ? "

" Je... " commençais-je hésitant. Comment assumer de porter ce titre alors que j’avais l’impression de n’avoir rien sauvé.

" Oui c’est bien cela. " compléta Sheeala d’un ton ferme en me regardant, cherchant définitivement à me convaincre que j’étais bien un héros de son monde.

Le garde se tourne vers elle en haussant un sourcil. Elle poursuit alors :

" Mon nom est Sheeala d’Argentar. Membre du Conseil d’Or d’Aliaénon et je vous confirme que cet homme est bien un sauveur de mon monde. "

Son attitude de Reine et son ton ferme ne laisse aucune place au doute pour le garde des portes. Je reste silencieux quand soudain un claquement de main retentit derrière nous, suivi d’un second, puis d’un troisième, dispersés dans la foule qui s’amasse de plus en plus. Puis c’est un tonnerre d’applaudissement qui s’élève devant la cité. Je me tourne sans en croire mes yeux, surpris d’une telle réaction.

" Bienvenue chez vous Xël. " déclare le garde plus fort pour couvrir le bruit des applaudissements et des acclamations. " Ainsi qu’à votre invitée. "

Ajoute-t-il en inclinant la tête vers Sheeala. Elle l’incline à son tour et le remercie. Je fais de même et passe sous les portes en compagnie de l’ancienne reine en peinant à retenir mes larmes.


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Ezak
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Re: Les Grandes Portes

Message par Ezak » mar. 25 janv. 2022 19:46

Précédemment

Je devais avouer qu’apercevoir les hautes murailles de la cité, de loin, me procura une certaine émotion. Trois longues années depuis mon enlèvement par les forces d’Oaxaca m’avaient séparé d’elle. Cette fois-ci, je comptais bien y prendre racine. Il devait être pas loin de midi. La garnison présente en nombre avait fait dégager les entrées pour permettre au cortège de rentrer sans encombre. Les nombreux cavaliers qui nous suivaient depuis peu restèrent à l’extérieur, laissant le relais aux forces de la ville. Ils allèrent gonfler le nombre de personnes massées aux Portes. À vrai dire, il y avait là, plus de monde que d’habitude. La nouvelle de la mort du Roi et du retour de ce qui restait de l’armée kendranne avait attroupé plus d’âmes que d’ordinaire.

Le porte-étendard ouvrait notre marche à tous, levant bien haut la bannière au soleil éclatant. La charrette du roi, dont le corps était recouvert de son voile, suivait avec toute sa garde. La Princesse et Les Généraux en étaient proches. Ces derniers, avec gravité, portaient en évidence le casque déformé d’Oaxaca et la dent du dragon noir que je leur avais cédé. Ils exposaient ainsi au peuple ce pourquoi, le Roi et l’armée avaient péri. On en fit des martyrs.

Au départ, une sorte de silence circonspect traversa la foule, sidérée par ce qu’ils voyaient, mais alors que nous passions les portes, un cri à en déchirer les tympans s’en éleva finalement. Par reflexe, ma main amorça un mouvement vers la garde de mon épée, mais la relative passivité de ceux qui m’entouraient interrompit mon mouvement. Alors un deuxième cri déchirant perça l’air, suivi d’un autre et d’un autre encore. Déstabilisé, je jetai mon regard sur la Princesse et les gradés dont je suivais la marche. Pour avoir voyagé des jours avec eux, je connaissais leur maintien naturel. Ici, ils étaient tendus, je crus même voir quelques-uns tressaillir d’émotion, mais ils n’eurent pas un geste plus brusque que l’autre.

Bientôt, d’autres cris déchirants de plus en plus nombreux, se mêlèrent à des pleurs, à des prières jetées aux vents et, enfin, je compris. C’était la douleur du peuple qui s’exprimait. Les cris, plaintes, et les pleurs se mêlèrent aux tocsins de la ville qui hurlaient dans une curieuse disharmonie. Tout cet orchestre créait un vacarme qui se répandit dans toutes les rues, renvoyé, amplifié par les lourds murs de la cité. C’était comme-si, Kendrâ-Kâr, la Blanche elle-même hurlait son malheur en voyant de ses yeux le corps inanimé de son Roi et l’absence de son armée décimée

Nous continuâmes à avancer malgré tout et je hasardai mon regard sur la foule. Mes yeux tombèrent dans ceux d’une femme mûre à genoux qui hurlait en pleure, le visage déformé par la douleur. Je me demandais si elle pleurait son Roi, ou le non-retour d’un être cher parti combattre. J’imaginais ce que ça devait être pour toutes ces personnes qui avaient vu partir en guerre un Roi menant une armée rutilante, revenant rapiécée à sa plus infime expression ; une poignée d’âmes menées par un cadavre. Qu’est-ce que ce devait être dans la tête de ces gens, si ce n’était le désastre.

En contact avec toute cette misère, la brève joie que j’avais ressentie en voyant les murs de la cité s’était envolée. Je ne pus qu’accuser le coup en étant témoin de toute cette détresse qui ne fit que réactiver en moi le souvenir douloureux de la bataille. Le peuple hurlait, mais des milliers de soldats n’en avaient pas eu le temps, réduit au silence par une mort infamante. Le temps de la traversée de la Grande Rue on leur prêta voix.

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Haple Mitrium
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Re: Les Grandes Portes

Message par Haple Mitrium » dim. 1 mars 2026 23:34

11. Portes ouvertes

Le murmure du ruisseau et une douce pluie nocturne bercèrent rapidement les jeunes voyageurs. Si bien qu’ils se réveillèrent de bonne heure, frais et dispos pour une dernière journée de voyage. Le paysage s’ouvrait de plus en plus, à mesure qu’ils approchaient de la ville et que les parcelles de grandes cultures augmentaient en taille. Les haies, elle, se faisaient plus rares, effilochées comme la barbe naissante de Grégoire sur sa mâchoire anguleuse.

Et c’est avec regret que l’Hinïonne fit ses adieux aux buissons et arbustes, avec leur enchevêtrement de branches brunes et rouges, chargées de baies noires, roses ou blanches. Une corneille s’envola lourdement d’une branche ; en tombèrent des gouttes de rosées qui semblaient contenir toute la lumière du ciel argenté s’y reflétant. La cavalière joignit à celles-ci une larme, émue par la beauté de cette nature qu’elle devait laisser derrière elle pour rejoindre la ville.

Car les signes abondaient : les passereaux ne l’accompagnaient plus de leur chant, la route débordait sur les fossés, le trafic se densifiait… Les gens en arme étaient nombreux, mais les vilains plus encore : une armée équipée de bâtons de voyage et de charrette à bras, partant à l’assaut de la riche cité avec leurs dentelles patiemment confectionnées à la lueur d’une bougie, leurs tissus brodés de motifs folkloriques, ou encore leurs étoles en soie colorée aux teintures florales. De tous les confins du royaume, les travailleurs manuels convergeaient vers son cœur commercial.

Et quelle ville spectaculaire ! Quelques pause pipi plus tard, après un dernier virage, la capitale Kendrane se révéla aux yeux écarquillés de la montagnarde d’Anorfain. Mis à part l’océan en arrière-plan, elle n’avait jamais rien vu d’aussi impressionnant. Des tours, des murs et des tours encore. Une enceinte qui en contenait une autre, dont ressortait une troisième, comme autant de couronnes de marbre et d’albâtre qui ceignaient la monarchique tête du royaume : le château des rois de Kendra Kar. Ces héros glorieux, pourfendeurs de dragons et … (violeurs de fermières, probablement). Mais, malgré son cynisme, Haple ne pouvait refouler la superbe qui l’envahissait à la vue de ce que les humains, ces créatures éphémères, avaient là réalisé.

(Une forêt minérale)

Eclipsé son goût du champêtre. Elle brûlait d’impatience de l’explorer !

Et elle n’était pas la seule. Plus ils se rapprochaient de la Cité Blanche, plus il devenait difficile de se mouvoir tant les piétons et voitures étaient nombreux. Tant et si bien, que parvenus devant les portes, les deux cavaliers furent contraints de mettre pied à terre et de prendre leur mal en patience. Ils avanceraient au rythme de la foule. Ni plus, ni moins.

Les manants étaient le sang de cette bête mythique, son énergie vitale qui retournait en son sein la nourrir. Et ils étaient son musc, aussi, tous ces voyageurs piétinant le crottin des chevaux et accumulant les jours de sueur sans lessive. Sa…

- Hé ! Pas la peine de bousculer !

Ils arriveraient tous ensemble, si compacte la foule était !... Haple eut un sursaut d’inquiétude. La secousse qu’elle avait sentie au poignet… était-ce quelqu’un de mal intentionné ? La proximité des nouveaux arrivants prédisposait à la rapine. Mais non, la bergère et sa fille à sa droite, avec leurs paquets de laine compactée, n’avaient pas la mine de l’emploi. C’était…

(L’arcane. Dans cette marée humaine, pas étonnant)

Haple ignora la vibration à son poignet bien qu’elle se fortifia à mesure qu’elle approchait des grandes portes. Du moins, elle essaya, car les pulsations se firent franchement insistantes. Elle n’avait jamais ressenti l’arcane réagir aussi fortement. Mais ce n’était pas le moment d’y penser. Ils étaient arrivés devant la gueule du monstre blanc lorsque deux gardes sortirent de l’ombre en les interpellant.

- Vous ! Présentez-vous ici !

Grégoire et Haple se regardèrent. La bergère et sa fille les dépassèrent ; aucun garde ne vérifierait leurs identités à elle. (Soit). Résignés, ils se frayèrent un chemin tant bien que mal jusqu’au poste de garde accolé au mur d’enceinte d’où la milice de la ville guettait les entrée et sortie, occasionnant l’ire des autres usagers de la route lorsque Mirabelle en bousculait un ou Vent-Debout leur fouettait le visage d’un coup de queue nerveuse.

- Nous avons un mandat d’arrêt contre vous.

Douche froide. (Moi ?) Pas de doute, le garde examinait fixement le nobliau hinion dans son doublet de velours brodé.

- Moi ?! s’exclama la ménestrelle après avoir retrouvé l’usage de la parole. Vous devez faire erreur… je n’ai jamais mis les pieds dans votre belle cité.
- Et il y a deux jours, vous n’étiez pas dans l’auberge des Quatre Chemins ?
- Non, j’étais dans une auberge sur la route du Nord, répondit l’ingénue de toute bonne foi.

Grégoire pâlit.

- C’est la même… lui glissa-t-il avant qu’elle ne s’enfonce.
- Et vous n’avez pas agressé Dame Lothandre, non plus ?
- Je…je… rima Haple avec une prestance digne de l’Académie des Bardes.
- Parce que sa seigneurie a déposé une plainte contre un jeune Hinion, un mètre soixante, cheveux courts, bruns, avec un costume en velours rouge brodé de scènes de chasse…
- Les Lothandre sont une famille très influente… l’informa Grégoire discrètement. Qu’est-ce que …?
- Chut, lui glissa-t-elle en plus d’un coup de coude dans les côtes.

Elle devait se ressaisir. D’une main, elle fouilla dans sa sacoche de selle et, de l’autre, à grand renfort de moulinets, elle fleurit les belles paroles que son entrainement de ménestrelle lui inspira :

- Vous devez faire erreur, chers sieurs. Voyez cette note, qui avec votre histoire dénote, répliqua-t-elle d’une voix chantante.

Le garde lui prit des mains et lut, au prix d’un effort d’attention si grand que ses deux sourcils en furent réunis, le laisser-passer signé de la main d’Ybelinor junior en personne. Après quoi, il passa le billet à sa collègue, laquelle ne sachant pas plus lire, se contenta d’acquiescer à la vue du sceau de l’illustre famille. Et de commenter à mi-voix pour le premier et, malgré lui, pour les oreilles pointues d’Ellendhal :

-…xcentri…

Le brouhaha de la foule derrière eux avala ses mots, mais Haple ne put qu’agréer intérieurement. (Ah ça, pour être une excentrique, c’en était une la Dame à la Chope !)

- Très bien, c’est sûrement une erreur, vous pouvez entrer, passa-t-il l’éponge sur ce qui n’était vraisemblablement pas la première « agression » impliquant la buveuse prosélytiste.

Alors, les deux adolescents ne se firent pas prier et rejoignirent la cohue qui s’engouffrait sous l’arche de la grande porte.

Si tôt parvenue de l’autre côté, Haple fut assaillie par les bruits et les odeurs de la ville. Epices d’Imitfil et urine de mendiant, injures d’une matrone courroucée et martellement du forgeron : le cœur de la civilisation dans toute son humanité. Heureusement, les voies se multipliaient à partir des portes, point névralgique du réseau routier de la Cité Blanche, et la vague humaine qui les avait portés jusqu’à ce nouveau rivage se dispersa dans les différents quartiers de la ville.

En retrouvant sa liberté de mouvement, Haple retrouva aussi l’opportunité de lever le bras et d’examiner son poignet. Quelque chose ne tournait pas rond. L’arcane vibrait d’une telle énergie que sa peau commençait à chauffer en dessous… (Pas normal du tout). En attendant d’y voir plus clair, elle la retira de son poignet et l’emmaillotta dans un mouchoir qu’elle glissa dans son doublet. () Puis, se tournant vers son camarade de route, elle lui annonça la nouvelle qui lui était apparue comme une évidence grandissante ces derniers jours.

- Grégoire, il faut que je te parle, amorça-t-elle avec cette voix sérieuse qui annonce la couleur. Je n’ai pas ma place là-bas, dans le château, dans cette cour où les grands méprisent les petits… où les hommes dominent les femmes, et les hommes qui ne font qu’être qu’eux-mêmes.
- C’est cette histoire de Dame Lothandre ? Que s’est-il donc passé à l’auberge ?
- Peu importe. Hier c’était ça, demain, devant le régent, ce serait autre chose… Ta sœur nous as bien dit : pas de vagues. C’était sa condition pour qu’on se joigne aux négociations.

Grégoire la regardait comme un chiot abandonné. Elle ne devait pas se laisser attendrir, pour son bien à lui aussi bien que sa propre santé mentale…

- Enfin, Grégoire, regarde : je n’avais même pas encore passé les portes de la ville qu’on voulait m’arrêter pour avoir bousculer une dignitaire du royaume… pour autant que le terme soit approprié à Dame Lothandre.
- Je… comprend. A vrai dire, lui confia-t-il en glissant une main dans son sac de voyage, je crois qu’Oryanne s’y attendait…

(Qu’elle l’espérait, plutôt…)

- … car elle m’a remis cette bourse pour toi, si je pouvais… si tu décidais de nous laisser nous charger de vendre la tablette au régent, seuls.
- C’est pour le mieux Grégoire, commenta Haple, les yeux rivés sur le magot. Tu voulais t’impliquer dans les affaires familiales. C’est l’occasion de faire tes preuves !
- Et je ne te remercierai jamais assez pour avoir fait bouger les lignes.

Le poids de la bourse dans la paume de Haple que le riche Kendran lui remit suffirait amplement. (Mille yus au moins, avait dit la Désirelle… on comptera plus tard). Mais la ménestrelle avait muri elle aussi au cours de ce voyage. Et c’est à son propre étonnement qu’elle répondit :

- Merci à toi Grégoire. Pour ta compagnie, marmonna-t-elle.

Puis pour cacher sa gêne, elle se retourna et fouilla dans sa propre sacoche de selle. Emmaillotée dans un tissu, protégée des tribulations du voyage, la fameuse tablette : secret inestimable de la vinification Beauclairoise par lequel la vicomtesse espérait faire vaciller la concorde entre les Duchés et redonner l’ascendant diplomatique à la principauté.

Avec un dernier regard sur ce trésor qu’elle s’était si habilement procuré, Haple récupéra son sac de voyage et transmit les rênes de Mirabelle avec sa précieuse cargaison au Kendran.

- Tiens.

Puis en se retournant, sans plus de façons, elle lui fit ses adieux avant de changer d’avis :

- Passe le bonjour à ta sœur !

Le regard fixé dans le vide, elle mit un pas devant l’autre sans savoir où ils l’emmèneraient.

(J’espère que nos chemins se recroiseront)

>> Suite : 12/12

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