Les Terres Cultivées autour de Kendra Kâr

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Corvus Salverac
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Re: Les Terres Cultivées autour de Kendra Kâr

Message par Corvus Salverac » dim. 25 oct. 2026 15:59

Chapitre V
Partie VII
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La désinvolture de Silmeria devenait si manifeste qu’elle en faisait chanceler l’esprit de Corvus. Cette dame parlait du meurtre du roi avec une légèreté telle qu’on aurait dit qu’il ne s’agissait que d’un manant parmi tant d’autres. Se rendait-elle seulement compte de cela ? De l’importance qu’avait eue cet homme ? Corvus ne pouvait que froncer les sourcils et conserver sa mine renfrognée. Ce fut pourtant la douceur brève et inattendue de la voix de Silmeria qui le déconcerta davantage. À quoi tout ceci rimait-il ?
Elle parlait d’histoire ancienne, contant son régicide comme s’il ne s’agissait que d’une péripétie parmi tant d’autres. Corvus serra le poing alors que ses oreilles sifflaient, d’autant plus lorsque la régicide affirma que ce genre d’histoire ne se racontait pas dans la boue, mais au coin d’un feu. Il grinça des dents, la foudroyant du regard, dans son dos, et se surprit à penser autrement.
— (Ou face au bourreau) , songea-t-il, préférant garder cette réflexion pour lui afin de ne guère provoquer davantage cette tueuse qui, si elle le voulait, pourrait le faire disparaître en un rien de temps.

Au terme d'un long chemin bordé de vieux ormes, le domaine de sire de Langres se révéla enfin dans toute sa splendeur. Les dernières lueurs du jour avaient depuis longtemps disparu, mais la clarté pâle du ciel permettait encore de deviner les coteaux couverts de vignes, dont les rangées régulières disparaissaient derrière quelques murets de pierre sèche. Plus loin, au sommet d'une faible éminence, se dressait un imposant manoir de calcaire blond, flanqué de deux tours coiffées d'ardoises sombres.
Rien, à première vue, ne justifiait l'inquiétude de Corvus. La demeure était entretenue, les allées soigneusement tracées et plusieurs fenêtres laissaient échapper une lumière chaleureuse. Pourtant, à mesure qu'ils approchaient, l'ancien soldat remarqua l'étrange immobilité des hommes postés près de la grille. Aucun ne conversait. Aucun ne semblait prêter la moindre attention aux bruits de fête qui parvenaient de la demeure.

Après quelques échanges particulièrement agités entre Silmeria et le gardien, celui-ci consentit finalement à les laisser entrer, la régicide s’étant fort heureusement souvenue du mot de passe. Corvus regarda le garde droit dans les yeux, la confiance n’étant manifestement au beau fixe ni dans l’esprit de l’ancien soldat ni dans celui de l’homme de main. La grille de fer forgé se referma derrière eux. Désormais, le duo pénétrait dans une vaste cour intérieure entièrement pavée ; derrière les grandes haies s’élevaient plusieurs dépendances aux dimensions remarquables et, au centre, se dressait la demeure principale. Corvus n’eut guère de mal à l’identifier, puisque du bruit et de la lumière s’échappaient de ses larges fenêtres, à tous les étages.

À mesure qu’ils approchaient, Corvus découvrit que ce faste apparent dissimulait mal l’ancienneté des lieux. Levant les yeux vers le couronnement de l’une des tours principales, il aperçut quelques corneilles qui, dérangées par leur venue, croassèrent depuis les vieilles pierres.
Corvus remarqua aussitôt, au fond de la cour, un passage voûté que fermait une lourde porte de chêne, renforcée de bandes de fer noirci. Un chai, probablement, compte tenu de la vocation viticole du domaine. Il remarqua également que les hommes d'armes n'étaient pas répartis au hasard. Deux surveillaient l'accès principal, tandis que d'autres semblaient postés à proximité des dépendances. L'ancien garde royal connaissait assez bien les exigences de la protection d'un grand domaine pour reconnaître une organisation réfléchie. Restait à savoir si ces précautions visaient à empêcher les intrus d'entrer… ou certaines personnes de sortir.
Tout ici respirait la prospérité et, pourtant, il y avait dans cette demeure quelque chose qui déplaisait à l’ancien soldat. Ce n’était ni la froideur des vieilles pierres ni les ombres que les tours projetaient. C’était plutôt une impression diffuse, née peut-être de l’étrange ordonnance des lieux, de ces façades magnifiques derrière lesquelles subsistaient des pans de maçonnerie ancienne, presque dépourvus d'ouvertures, qui évoquaient encore les défenses d'une forteresse, ou encore du silence qui semblait régner aux abords du grand logis, malgré le tumulte perceptible derrière ses fenêtres.

Toujours était-il que leur guide de fortune les conduisit vers le bâtiment principal. L’homme affirma que monseigneur de Langres recevait ce soir-là nombre de notables et qu’il valait mieux qu’ils ne se fissent pas remarquer pour le moment. Ainsi, il guida Silmeria et Corvus vers une entrée dérobée, probablement réservée aux domestiques et aux gens de service.
Cependant, leur chemin au sein de la bâtisse seigneuriale croisa — furtivement — celui d’une étrange dame qui venait en sens inverse. Une femme à la robe verte et à la chevelure aussi noire que le charbon. La femme s'immobilisa lorsqu'ils arrivèrent à sa hauteur. Son regard se posa d'abord sur Silmeria, puis glissa vers Corvus. Elle ne manifesta aucune surprise, mais ce dernier remarqua qu'elle avait cessé de marcher avant même de les voir déboucher dans le couloir. L'espace d'un instant, il eut l'impression désagréable qu'elle les attendait. Elle les suivit du regard jusqu’au bout du couloir, sans prononcer un mot, alors que celui de Corvus avait brièvement croisé le sien. L’homme aurait cru que les fantômes de ces murs venaient le hanter, tant un frisson lui avait parcouru l’échine. Quelque chose de profondément glaçant s’était emparé de lui lorsqu’il avait croisé les yeux de cette étrange femme, dont la seule présence lui inspirait un malaise qu’il ne savait expliquer.
Troublé par cette rencontre, l’homme reporta son regard droit devant lui, sans dire un mot. Après quelques minutes de marche supplémentaires, qui les conduisirent jusqu’à un étage intermédiaire, leur guide ouvrit une porte donnant sur une petite pièce. Des boiseries recouvraient le sol et les murs, ornés également de tapisseries ; on y trouvait des mannequins de bois, des coffres et des miroirs.
— Enfilez des tenues plus adaptées. N’oubliez pas les masques. Monseigneur ne tardera pas à débuter la séance… Quant à vos armes, vous les déposerez dans ce coffre, dit alors le guide en désignant ledit coffre, avant de reculer d’un pas et de refermer la porte derrière lui.

Corvus observa les lieux, muet comme à son habitude. Il peinait à réaliser ce qu’il était en train de faire et, surtout, avec qui. Un instant auparavant, il cheminait seul sur la route, redécouvrant les plaisirs oubliés de la marche en pleine nature. Et l’instant d’après, il s’était retrouvé empêtré dans une affaire de meurtre de sang-froid, en compagnie de la régicide.
— Que savez-vous de notre hôte ? Pourquoi vous attend-il ? Quel est le but de cette cérémonie dont on parle ? demanda alors Corvus, préférant se préparer au mieux pour faire face à de Langres. Après tout, sa présence n’était même pas prévue ; mieux valait savoir à quel genre d’homme il aurait affaire lorsqu’il se retrouverait enfin devant lui.

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Silmeria
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Re: Les Terres Cultivées autour de Kendra Kâr

Message par Silmeria » lun. 26 oct. 2026 23:59

A peine entrée j'étais déjà embêtée de toute part. " Rangez vos armes ! Changez-vous ! Que savez-vous ? Qui est-il ? Pourquoi attend-il ? Quel est le but de la cérémonie ? " Mais... Z'êtes tous très très méchants ! Laissez moi tranquille avec ces interrogatoires.

" Corvus, franch'ment, tu peux t'adresser à moi autrement que si tu t'occupais d'un interrogatoire ? J'ai aucune idée de la première question, ni de la seconde, ni de la troisième et j'me fous de la quatrième. Y'avait une quatrième ? Non ? Bah disons que je m'en moque, je suis ici pour quitter la principauté et retourner à Omyre et toi et bien tu es mon compagnon de danse ! Voilà. "

Puis, je pestais, rangeant mes lames dans le coffre, il fallait tout fourrer sauf le Serpent histoire de. Je touchais à peu près au but, ce De Langres... Lydia n'était pas particulièrement confiante quant à lui, je me sentais comme un petit cobaye dans un de ces jeux mais je me rassurais, elle n'aurait pas voulu me mettre en danger... Sauf si elle m'avait trahie. Je chassais la dernière idée, la mission touchait à un point critique, mon humeur changeait et devenait plus réservée. Je provoquais moins Corvus et il devait remercier le ciel pour un tel miracle.

Qu'attendre de ce lieu... Je n'aimais pas ignorer tant de chose, De Langres devait être mon passeur et je n'aime pas passer après les séances, les cérémonies les ateliers coutures ou les chasse à courre je voulais qu'on s'occupe de moi dans la plus grande discrétion et avec la plus grande précipitation car je mettais beaucoup d'or pour mes extractions et vraiment si j'avais décidé de ne pas investir autant dans la confidentialité et la discrétion je serai assurément plus riche que quiconque sur cette terre.

" Je me change. Ah... " Claquant des doigts, Hrist apparu devant Corvus, toujours aussi froide, l'alter-ego de Silmeria s'en alla de l'autre côté du paravent, laissant Silmeria se changer pour enfiler une nouvelle tenue.

" La robe des Sylphes est vraiment raide de crasse, j'ai passé trop de temps dans les forêts. On fera nettoyer tout ça. "
" Viens. Change toi, je vais te dire ce que tu cherches à savoir. " Douce comme l'aurait été un miel empoisonné, Hrist s'était adressée à Corvus pour la première fois.

" C'était il y a des années. Le Roi avait organisé une attaque contre des Shaakts qui prévoyaient de produire en masse un poison capable de tuer les humains et uniquement les humains. L'utilisation d'un poison avec de tels effets à Kendra Kâr aurait poussé les minorités à s'insurger et les humains à réprimer les insurrection par le fer, créant des guerres intestines devant déstabiliser le pouvoir en place. Un groupe d'assassins a été envoyé, Silmeria faisait partie de l'expédition. "

Hrist marque une courte pause.

" Punaise... Mais j'ai bronzé ? Ah non, ça part. C'est de la poussière. Crotte et personne n'a prévu de bassine d'eau. J'vais leur dire moi. " SPLASH " Ah. Ah. Vous ferez attention, il y a une bassine d'eau sur un guéridon. J'avais pas fait attention. "

" Sur place, que des elfes blanches et des humaines. Les Shaakts évidement avaient prévu de quoi se défendre et adapté leur poison. Toutes s'appelaient par un nom de fleur. Lys. Lila. Anémone. Toutes envoyées par le Roi et son conseil. Toutes mortes et enterrées avant même de l'être. Silmeria a vu ses soeurs se faire empoisonner et mourir dans d'atroces souffrances devant ses yeux. As-tu déjà vu ça Corvus ? Quelqu'un que tu aimes souffrir si atrocement que devant un tel mal tu te retrouves incapable d'abréger ses souffrances ? Une jolie petite fille comme Silmeria essayant en vain de retenir les bras agités de sa soeur qui convulsait, frappant le sol de ses membres à en saigner, elle en pleurait, mettant tout son poids pour contenir les convulsions sans jamais avoir le courage d'apaiser sa soeur bien aimée. "

" Hey le savon ! Tu as vu le savon Corvusounet ? Il est à la lavande ! Franchement c'est pas du premier prix. Ca se verra si j'en emporte avec moi tu crois ? "

" Au dernier assaut, ils s'étaient retranchés dans un réseau souterrain sous une petite montagne, ils se cachaient ainsi que leur atelier d'alchimie secret. Des centaines de flèches empoisonnées tombaient sur elle et ses soeurs. A de nombreuses reprises elles avaient demandé au Roi des renforts mais se sont rendues à l'évidence. Elles ont été abandonnées. laissées pour mortes. "

" Corvus, fous y bout de savon dans ta besace et donne le moi après ! "

" Est-ce que c'était le premier escadron ? Le second ? Combien de ses soeurs avaient été ainsi sacrifiées ? Quand dans un assaut désespéré elles ont réussi à attendre un monte charge descendant sous terre, ses sœurs se sont engouffrées dans les entrailles des souterrains et Silmeria est restée seule en surface, prête à assurer leur retraite. Mais au bout de quelques instants le sol se déroba, la montagne crevait comme une voile que le vent avait cessé de gonfler. A son réveil, elle était seule. Réalisant que ses soeurs sous terre n'avaient eu d'autre choix que de brûler le laboratoire provoquant une explosion ayant crevé la montagne. Elle restait seule, assise par terre, des corps sans vie à perte de vue. Riant, riant et pleurer, complètement démente et se leva pour affronter les autres Shaakts espérant que l'un d'eux ne vienne porter le coup de grâce. "

" Se laver un peu après une grande marche, c'est un plaisir qu'on sous estime, t'es pas d'accord avec moi Corvusounet ? "

" Il n'y avait personne. Tous morts. Silmeria a tenu une rancune très tenace envers le Roi et lorsqu'Oaxaca a offert à Silmeria une chance de se venger au travers de Xenair, le maître assassin de la Reine Noire, Silmeria n'a pas réfléchi, elle a accepté, grimpé les échelons à Omyre jusqu'à ce que Xenair ne la prenne pour son bras droit. La petite plume de la Mort. C'était son nom autrefois. "

Hrist se leva et s'en alla vers moi, rajustant mon col et m'apportant le coffret de bois qui contenait les masques, parmi eux un masque de coucou blanc, je me disais que ça serait plus adapté compte tenu de ma chevelure et de ma tenue.

" Alors Corvusounet ? T'es prêt ? "

La petite plume de la Mort.

Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
Au milieu des cercueils,
Où la Mort Noire tient le registre des trophées qu'elle a conquis.


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