X.25 Entre méfiance et reconnaissance.
X.26 Le retour à Eniod.
Le chemin à travers la jungle se fait sans aucun heurt. Les troupes déployées quadrillent à la fois les arbres avec les invocations et compagnons pouvant se déplacer aisément à cette hauteur, tandis qu’un groupe de soldats juchés sur de grands Moa se déplace très rapidement. Il s’agit là d’étranges animaux ressemblant à d’énormes dindes, dotées d’une musculature suffisante pour porter un passager seul et quelques bagages.
Contrairement aux chevaux qui souffriraient du relief de la jungle, les grands Moa sont particulièrement agiles dans ce milieu, ce qui les rend largement préférés aux autres montures plus traditionnelles du reste du monde.
Ainsi, nous quittons la jungle pour atteindre au loin la cité d’Eniod, dont les édifices font naître en moi un étrange sentiment de nostalgie. Cela fait des années que je n’avais pas osé revenir ici. Après avoir quitté la ville durant des années en prenant la mer, j’ai dû fuir à nouveau à peine revenu. Bien des choses se sont produites depuis et, avec le temps, cette ville s’est mêlée à mes pires sentiments : la mort de mes parents dont je n’ai qu’un très maigre souvenir, une vie d’orphelin voleur, un ami cher et un amour pour seuls entourages, trahi par le premier avant d’apprendre la mort de la seconde.
Me voilà de retour, forcé par le destin et la recherche d’une personne qui s’est rendue ici.
En ces temps d’attaques de la part des shaakts, la protection à l’entrée est on ne peut plus présente. Des soldats présents au sol, en escadron de grands Moa, le long du mur d’enceinte de la ville, sont assistés par de multiples invocations élémentaires et compagnons, autant sur terre que dans les airs.
Je m’attends à ce qu’on nous arrête pour vérifier nos identités, en particulier la mienne, mais la femme en tête de file beugle un ordre et, sans broncher, les gardes ouvrent les portes à notre groupe, qui entre sans s’arrêter, alors que les grandes portes se referment sur nous une fois le dernier passé.
Attirées par notre présence, de nombreuses personnes s’avancent. Des enfants en particulier courent au travers des soldats pour retrouver un membre de la famille revenu de mission.
Bien sûr, je ne m’attends pas à un tel traitement de faveur. D’une part, je n’ai personne qui m’attend ici et, quand bien même, ce ne sont pas les gardes postés pour m’encercler qui le permettraient.
Pourtant, une voix perce le brouhaha environnant.
« Jor’us ! Jor’us ! »
Intrigué par cette surprise, mon visage tourne dans tous les sens en quête de la source qui hèle mon nom. Après un long moment de recherche, mon regard se porte finalement jusqu’à un homme qui s’est rapproché, laissant enfin entrevoir un visage familier.
« Jor’us, tu es revenu ! » crie un ayajpak en s’avançant vers moi.
« Tian ! Vous avez pu atteindre la cité sans encombre ? Et Maté, où est-elle ? Avez-vous pu retrouver Anhe ? » dis-je en m’avançant naturellement vers lui, avant que les soldats ne s’interposent entre nous.
« Tout le monde va bien. On a retrouvé Anhe et c’est grâce à toi, Jor’us. Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi ne te laissent-ils pas libre ? » interroge-t-il en observant les guerriers.
« Ne t’inquiète pas pour cela, ce sont… mes gardes du corps privilégiés ! » fais-je pour calmer la tension, alors que mon regard se porte vers quelqu’un venant vers nous.
« Ah, voilà justement la patronne. »
« Que se passe-t-il ici ? » demande Khala'hu, étincelant dans son armure d’or.
« Pourquoi cet homme est ainsi surveillé ? C’est lui qui nous a permis d’atteindre la cité au péril de sa vie ! » déclare Tian devant la femme.
« Il vous a permis d’atteindre la cité ? » répète-t-elle en posant sur moi un regard empli de curiosité.
« Dites-moi tout ce que vous savez de lui », clame-t-elle en emportant Tian à l’écart.
De ma position, je ne perçois pas les propos tenus, mais à voir gesticuler ses bras, il semble narrer notre rencontre et le voyage jusqu’à notre séparation. La gestuelle de ses bras devient plus ample et plus frénétique lorsque Khala'hu place une main apaisante sur le torse de l’homme pour le calmer. Un bref échange plus tard, elle revient vers moi.
« Vous deux, avec moi. Kale’he aussi. » ordonne-t-elle avant de poursuivre.
« Les autres, allez voir vos familles. Nous, nous allons directement à Oianid Thezal'mock. »
X.27 Quelques mots de trop.