Le Château Royal

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Yuimen
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Le Château Royal

Message par Yuimen » mer. 27 déc. 2017 15:55

Le château royal de Kendra Kâr
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Emblème de la ville et de la milice aux couleurs du roi
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Le château royal est au centre de la cité de Kendra Kâr. Le roi y réside. L'accès y est très fortement gardé. Vous ne pouvez y entrer qu'avec une invitation du Roi lui-même !

Vous y entrez par une porte massive, richement décorée de marbre blanc et de sculptures. Les gardes fortement armés regarderont votre laisser-passer, aucune personne non invitée ne peut y pénétrer !

L'intérieur est d'une richesse extrême, vous entrez dans un salon où le Roi Solennel IV vous attend. Le roi est richement vêtu de toges de soie rouge et bleue. Il a les cheveux noirs en bataille et des yeux marron sombre.

Devant le château se trouve une grande place où ont lieu, régulièrement, toutes sortes de festivités. Elle est rejointe de part et d'autre par la grand-rue.

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Cromax
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Re: Le Château Royal

Message par Cromax » lun. 23 sept. 2019 14:29

Sorti du temple sous belle escorte, je me laisse emmener par les gardes du palais jusqu’à celui-ci, guère lointain, reprenant à l’envers, et en marchant, le chemin que j’ai parcouru il y a quelques instant dans une course folle. Les regards des badauds des quartiers riches se posent sur mon passage avec curiosité. J’en vois même quelques-uns murmurer sous cape. Je connais bien les rumeurs qui peuvent naître d’un tel spectacle… Surtout pour moi qui suis d’une certaine renommée dans la capitale blanche. Je sais aussi que la garde du palais joue de ça pour ne pas perdre la face auprès des concitoyens : montrer que je suis puni pour ma bravade, mon irruption draconique en plein centre urbain. Je n’en ai cure : qu’ils pensent de moi ce qu’ils veulent, ça n’y changera rien.

Une fois au château, je me laisse emmener dans le souterrain où les geôles castrales se situent. Elles ne sont guère souvent utilisées, la garde royale préférant laisser ça à la milice locale. Seuls les traitres et prisonniers politiques de marque sont enfermés ici. Pas grand monde, donc. Je m’y laisse enfermer sans résister, sans un mot. Les gardes restent corrects avec moi : inutile de les tourmenter plus que de raison. Et puis, jouer le forçat me desservirait pour la suite des événements. Car non, je ne compte bien sûr pas rester enfermé là comme ça. J’attends quelques minutes, que les rumeurs dans le couloir des geôles se soit tu, et quelques minutes encore ensuite, qu’il n’y ait plus aucun son m’entourant, pour m’approcher de la porte. J’y pose une main, posément, et souffle lentement. Nul ne peut prétendre m’enfermer. Je suis dieu de la liberté. Son avatar sur cette planète. Je ferme les yeux, fais un pas en avant, un autre… avant de les rouvrir. Je suis désormais dans le couloir. J’ai traversé la porte de ma cellule, comme le font les faeras. Nul ne peut m’enfermer. Aucune porte, aucune cage. Aucune loi.

Le couloir est désert : l’endroit doit être gardé, sans aucun doute, mais pas plus que de raison. Des geôles vides et un prisonnier coopératif, inutile d’y placer toute la garnison. J’avise l’endroit d’un regard analytique, me remémorant le chemin pris pour arriver. Je pourrais partir tout de suite, traverser tous les murs pour me retrouver dehors, mais… il me manque encore quelque chose. Et je ne compte pas partir sans. Ma rapière ne pas bien entendu pas été remise, et je dois la récupérer. Une broutille, un contretemps de quelques secondes, sans doute. Le temps de leurrer le ou les gardes qui ont été affrétés à la surveillance de l’endroit, et je serai dehors.

Je me déplace d’un pas léger, félin, jusqu’à l’extrémité du couloir menant vers la sortie. Je sais qu’un poste de garde s’y trouve, une petite salle munie d’une table et de quelques chaises pour les hommes d’armes passer le temps. La porte est entrouverte, et j’y glisse un œil discret. Le spectacle que j’y vois me crispe cependant le visage. Il n’y a qu’un garde. Ça, c’est la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est qu’il s’est permis de s’emparer de la rapière pour en jouer dans les airs, singeant des mouvements de combat contre des ennemis invisible. Un grand gamin s’amusant avec un jouet hors de sa portée. Comment lui en vouloir, en vérité… Mais ça met en péril mon plan, et je dois agir vite. Ne pas perdre de temps. Je secoue la tête, soupire. Il est ingénu, innocent. Candide. Je pousse la porte du pied, doucement, avant de me faufiler discrètement dans la pièce. Il me tourne le dos, continuant son manège ludique avec une interprétation théâtrale, s’imaginant peut-être dans ma peau lors d’un épique combat. J’en éprouve une certaine tendresse.

Mais la seconde d’après, c’est bien une lame qui lui traverse la gorge. Ma métamorphe, au bout de ma main, sous la forme d’une dague acérée, vient de l’égorger. Je retiens son corps de mon bras libre, ma bouche s’approchant de son oreille alors que son sang gicle par sa gorge, par sa bouche, dans un gargouillis immonde. De la mienne ne sort qu’un murmure, soufflé à son oreille alors qu’il sombre vers la mort :

« Désolé. »

Je le couche sur le sol, le laissant se libérer de son sang sur la pierre froide. Peut-être était-il père de famille, peut-être sa mère malade l’attendait-elle pour quelque soin. C’est pourtant sans remords que j’affronte mon meurtre. Il était sur mon passage, sur ma voie. Il faisait partie de ceux croyant pouvoir me contenir, me restreindre. Ma culpabilité pour ce meurtre ne fera aucun doute. Et y sera associée celle du gradé milicien dans le temple, ainsi que tous les autres morts sur place. Je vais être considéré comme un meurtrier recherché, un paria, un traître peut-être. Étonnamment, ça ne me fait rien. Je n’ai jamais apprécié Kendra Kâr et sa rigidité législative, ses nantis aux airs supérieurs. M’en éloigner un moment me fera prendre des vacances. Et puis, si je souhaite y revenir, j’ai de nombreux visages à arborer pour ce faire…

Me baissant au sol, je ramasse ma rapière infernale et la rengaine à ma ceinture. Puis, n’ayant plus aucun besoin de garder ma forme originelle, je me change en étourneau, passant à travers murs et plafonds jusqu’à me retrouver à l’air libre, prenant en chasse l’atmos que j’ai envoyé vers le Clan des Roses avec Kerenn et peut-être d’autres à son bord, pour les rattraper et les retrouver.

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Xël
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Re: Le Château Royal

Message par Xël » ven. 17 avr. 2020 10:55

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Kendra Kâr. Une fois encore me voilà devant ses grandes portes. Le matin est désormais bien avancé et l’heure de pointe est terminée. Les voyageurs et riverains entrent et sortent tranquillement à un rythme régulier et régulé par les sentinelles de la cité blanche. Quand un garde nous aperçoit il ordonne qu’on nous laisse passer rapidement. J’ignore si il m’a reconnu moi ou le Duc de Luminion mais passer ainsi devant les autres me gêne terriblement même si ils ne semblent pas en être particulièrement offensés.

Le Duc doit simplement expliquer la raison de sa présence et une fois fait nous sommes escortés directement jusqu’au château du Roi. Visible de loin par ses hautes tours blanches et ses étendards bleus flottants au vent. C’est sans doute le seul endroit de la cité où je n’ai jamais mis les pieds et je suis assez angoissé à l’idée de rencontrer LE Roi de Kendra Kâr. L’accès se fait par une porte massive, à côté de la grande place publique, décorée de marbre blanc et de sculptures. Le passage est fortement gardé et notre escorte doit expliquer la raison de notre venu avant de nous laisser la voie libre. C’est une nouvelle escorte qui prends le relais, mieux équipé que la précédente mais aussi bien plus protocolaire. Nous sommes salués militairement avant d’être conduits vers une autre porte, elle aussi richement décorée, menant à l’intérieur du château. On ne nous questionne pas cette fois, on nous ouvre simplement les larges portes renforcés de fer. L’intérieur est d’une richesse équivalente au palais du Trio d’Arothiir. Du marbre, de l’or, de l’argent, des tapis écarlates au sol, des tapisseries brodés aux murs, des portraits immenses des anciens rois, des armures brillantes complètes équipant des mannequins, des lustres aux milliers de bougies... La richesse du royaume est ainsi exposée mais la différence avec le palais d’Arothiir c’est que je sais que Solennel IV se préoccupe de ses sujets et qu’il fait ce qu’il peut pour réduire la criminalité et la misère dans son royaume.

Notre escorte nous mènent dans un grand hall situé face à la salle du trône, close par une autre large porte ornée des armoiries du royaume comme des broderies d’or. On nous invite à patienter le temps que le Roi accepte de nous recevoir. Je reste contemplatif devant tant d’argent dépensé en choses futiles. J’observe Alfryda qui nous accompagne en me demandant si c’est sa première visite à Kendra Kâr et aussi dans un château de la sorte. J’engage la conversation pour passer le temps.

« Première fois ? »

« Pas pour vous j’imagine ? »

« J’ai déjà vu des palais et des châteaux mais celui-ci fait partie des plus impressionnants. »

Elle confie que c’est très différent de chez elle et je lui rétorque la même chose. Elle se détourne alors des décorations onéreuses pour me regarder et me demander d’où je viens. Je lui réponds que je suis né dans cette cité mais que j’ai toujours côtoyé les quartiers les plus pauvres ce qui semble l’étonner. Elle se détourne à nouveau pour observer quelques instants le palais avant de s’intéresser une nouvelle fois à moi.

"Vous considérez votre roi comme juste avec son peuple ?"

« Il fait ce qu’il peut pour améliorer la sécurité et le confort des habitants. Il faut admettre qu’on vit assez bien à Kendra Kâr. »

"Vous pourriez me dire quel genre de personnage il est ? Que je sache à quoi m'attendre."

« On dit qu’il est juste et généreux mais ce ne sont peut être que des rumeurs. »

"Peut-être, oui... nous verrons bien"


Elle se tourne vers les gardes qui reviennent vers nous. Je profite des quelques instants qu’il nous reste pour l’interroger à mon tour.

« Et celui de Mertar il est comment ? »

J’imagine un nain trapue avec une grosse barbe blanche, un godet de bière dans une main et une grosse hache dans l’autre, possédant constamment un air sévère mais je peux me tromper.

"J'aurais du mal à vous le décrire avec des mots. Peut-être accepteriez vous que je vous le montre à votre prochain... portail."

Je hausse les sourcils, lui demandant si elle le connait personnellement mais il semble qu’elle m’ait mal compris. Avec un air un peu bête elle précise qu’elle parlait de son palais. La situation déclenche chez moi un mince sourire.

« Je sais que je peux compter sur une guide à Mertar maintenant. Mais oui je parlais du Roi. »

Elle affiche un sourire, le premier depuis que je l’ai rencontré, avant de déclarer que ce serait un plaisir. Je lui jette ensuite un regard insistant en attendant une réponse à ma question sur son roi.

"Oui, notre "Roi", donc... et bien, il ne ressemble à aucun autre étant donné qu'il est le premier de notre peuple. Lui aussi est difficile à décrire avec des mots... ahah, nous devons être bien compliqué pour ne pas parvenir à nous décrire à d'autres."

Mon air amusé s’accentue en entendant sa réponse mais je n’ai pas le temps de répondre que les gardes parviennent enfin à notre niveau. Voyons si Solennel IV accepte de nous recevoir.


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Modifié en dernier par Xël le sam. 18 avr. 2020 14:00, modifié 1 fois.

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Alfryda Bröhm
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Re: Le Château Royal

Message par Alfryda Bröhm » ven. 17 avr. 2020 22:10

L'étrange portail du mage me vomit devant la cité dont j'ai tant entendu parler, Kendra-Kâr. Je dois admettre que la sensation est bien moindre comparé à ce que je m'attendais et mon corps n'est pas en morceaux comme je m'y attendais. Pas encore, en tout cas. Pas le temps de visiter la ville, je suis le cortège au travers de rues que je ne connais pas, dans des endroits qui ressemblent parfois à Luminion, la seule ville humaine que j'ai visité. J'exclue Oranan et son architecture si particulière et laisse mon regard se perdre ici et là, toujours dans de larges passages qui contrastent énormément avec Mertar. J'appréhende mon retour dans la ville que j'ai voulu quitter si vite et garde la tête haute au milieu de tout ces Longues-Jambes, surtout aux yeux du Duc que nous accompagnons.

Après une marche trop longue pour une Thorkine, je souffle un peu du nez en arrivant devant le palais de la cité blanche. La route se poursuit, plus calmement, dans des couloirs et des halls de marbre, d'or et de tissus trop chers pour être portés et enfin, nous nous arrêtons devant une porte richement décorée. Quelques mots s'échangent et on nous demande d'attendre quelques instants afin d'avertir le maître des lieux de notre présence. Je regarde les gardes s'éloigner, silencieuse, tandis que Xël s'approche d'une voix qui se veut rassurante à l'oreille. Nous échangeons brièvement sur notre expérience des palais et des rois, chose à laquelle je demeure novice et lui plus expérimenté. Il me raconte quelques passages sur son passé et admet qu'il connaît peu le roi, même s'il est le sien. J'acquiesce en lui racontant ce que je peux sur le mien, récemment nommé, mais ne parvient à trouver les mots et préfère lui offrir une visite du palais une fois à Mertar alors que les gardes reviennent.
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Gamemaster9
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Re: Le Château Royal

Message par Gamemaster9 » sam. 18 avr. 2020 12:08

Intervention pour Alfryda et Xël.

Les gardes revenant vers vous ne sont là que pour annoncer encore un peu de patience de votre part. En effet, seul le Duc est amené à les suivre pour l’instant, pour un entretien privé avec le Roi. Vous restez donc dans cette antichambre près d’une vingtaine de minutes encore, avant que les mêmes gardes royaux viennent vous chercher. Ils vous emmènent dans la salle du trône, quasiment vide à l’exception de quelques gardes figés dans leur armure, du Duc Robert de Pérussac et, bien entendu, du Roi Solennel IV. Les deux hommes, d’un âge identique, ont quelques ressemblances. Plus expressives que congénitale : Une ride soucieuse barre leur front d’homme mur. Le poids de leurs responsabilités pèse sur leurs épaules. Le roi kendran, assis sur son trône, garde un visage fermé, là où celui du Duc respire la défaite et le déshonneur.

C’est dans une ambiance lourde que cette réunion royale se déroule donc, Solennel prenant en premier la parole pour vous accueillir.

« Sieur Almaran, Dame Thorkin, vous souhaitiez me voir ? »
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Xël
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Re: Le Château Royal

Message par Xël » sam. 18 avr. 2020 13:59

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Les gardes ne viennent que pour chercher le Duc, m'invitant avec Alfryda à patienter d'avantage. J’espérais pouvoir assister à l'entretien mais je n'ai pas le courage d'insister de peur d'être mis à la porte. Nous attendons encore un long moment en silence. Je n'ose même pas m'installer dans un fauteuil par crainte de ne pas réussir à me relever avec mon armure.

Les gardes royaux reviennent finalement pour nous emmener dans la salle du trône où patientent quelques gardes, le Duc et bien sûr le Roi. Je l'aperçois pour la première fois d'aussi prêt et l'observe pour bien voir à quoi il ressemble, le dévisageant sans m'en rendre compte. Il n'est pas très âgé, peut être une dizaine d'années de plus que moi. Des cheveux et des yeux sombres, un teint pâle. Plutôt beau garçon, habillé richement évidemment dans une tenue bleu avec sur son crâne une couronne discrète d'or sertie de saphirs. Son visage est fermé, usé par les responsabilités qui pèse sur ses épaules et le front barré par une ride soucieuse. Je jette un œil vers le Duc en remarquant qu'ils sont semblables tous les deux et je remarque alors que Perussac à un visage inspirant la défaite et le déshonneur. Je suis d'autant plus curieux sur ce qui s'est dit à cette réunion privée.

Solennel prend la parole, brisant le silence lourd qui accapare la salle, pour nous accueillir et demander pourquoi nous souhaitions le voir.
J'ouvre la bouche, bégayant un début de phrase incompréhensible et hésitant. Je suis plus impressionné que je le pensais. Je ne connais même pas le protocole, est-ce que je suis censé me mettre à genoux ? Aucune idée. Si je le fais je vais peut être paraître ridicule mais si je ne le fais pas est-ce que je vais l'offenser ? Je débute le geste pour m'agenouiller mais me rappelle que je porte une armure lourde et la crainte de ne pas réussir à me relever me fait hésiter une nouvelle fois. Me voilà donc, devant le Roi de Kendra Kâr, coincé entre la posture debout et à genoux.

« Hem... »

Je m'éclaircis la gorge avant de me redresser et d'incliner tout de même la tête en signe de respect.

« Je... euh... Monsieur Votre Majesté... »

Comment s'exprimer face à un représentant d'un royaume aussi important ? Comment je m'étais exprimé avec ceux que j'avais déjà croisé. Je fais une drôle de grimace en repensant à Sheeala et me racle à nouveau la gorge pour faire passer le silence gênant. Je doute qu'il apprécie que je fasse avec lui ce que j'ai fais avec la Reine pâle. J'avais laissé Charis s'exprimer pour moi à Arothiir et je doute être capable de faire des phrases aussi longues et pertinentes qu'elle. Pour ne pas qu'il s'impatiente je décide finalement de rester simple. Troisième éclaircissement de gorge tout en prenant un sourire courtois, un poil exagéré peut être, alors que je sens mes joues se teinter d'un rouge honteux et un filet de sueur couler le long de mon dos.

« Je... Oui. Je souhaiterais vous demander un service. J'aimerais recevoir une formation et un entraînement militaire auprès de vos mages de guerre pour être plus efficace lors des prochaines batailles. »

Mon assurance me revient au fil de mes paroles et ma phrase qui était au départ hésitante devient de plus en plus clair.

« S'il vous plaît. »

Concluais-je après un instant de flottement, me souvenant des vieilles leçons de politesse de Méli. Alfryda garde la tête haute en se présentant comme simple accompagnatrice mais elle formule tout de même la demande de ne pas prendre son peuple comme un ennemi malgré ce qui s’est passé à Luminion.

Le Roi nous écoute avec attention sans vraiment avoir de réaction avant de répondre. Il rassure d’abord Alfryda en admettant que Luminion serait perdue sans l’aide des Thorkins. Il salue la naine avant de diriger son regard vers moi. Je me fige, attentif à ce qu’il est sur le point de dire.

"Sieur Almaran, comment pourrais-je vous refuser cette demande après ce que vous avez fait pour le Royaume, non seulement sur le champ de bataille à Luminion, mais aussi dans la capitale, avec l'initiative de la création d'un nouvel orphelinat. J'ai, je pense, la personne idéale pour vous. Le Général Bogast, fidèle serviteur de la Cour kendrane et aéromancien de renom ayant déjà côtoyé des aventuriers indépendants. Sitôt notre entrevue terminée, je lui écrirai une note pour qu'il prenne contact avec vous. Vous devrez bien sûr rester disponible, si vous voulez suivre son enseignement."

J’incline la tête, reconnaissant.

« Je vous remercie. Je resterai à Kendra Kâr. Je serais sans doute à l’orphelinat. »

Je me tourne vers le Duc et incline la tête.

« Merci à vous aussi. J’espère qu’une solution sera trouvée pour vivre et défendre le royaume en bonne harmonie avec les nains. Si Oaxaca passe à l’attaque nous avons besoin d’alliés. »

Solennel nous adresse un signe de tête signifiant que nous pouvons partir si nous n’avons pas d’autres questions. J’incline la tête et me retourne en compagnie d’Alfryda pour quitter la salle du trône. Des gardes royaux nous ouvrent les larges portes pour nous laisser retourner dans le hall. J’en profite pour à nouveau observer les tapisseries, statues et tableaux de la vaste pièce. Je remarque soudain à l’étage au dessus de nous, où se trouve un balcon entourant la salle inférieur où je me trouve, une jeune femme discutant avec un homme vieux à l’allure fière. Elle est belle avec de longs cheveux noirs aux reflets bruns, une peau claire et lisse. Elle me jette un regard d’un bleu clair envoûtant quand elle remarque sans doute que je l’observe. Je suis hypnotisé par sa beauté, si bien que je n’ai d’yeux que pour elle et que je ne remarque pas la porte que vient de m’ouvrir un autre garde. J’en mange la tranche en plein dans le front, déséquilibrant mon pas et me faisant me croûter comme un pantin sur le tapis écarlate du hall.

« Aaaah. Tssss.... »

M’exprimais-je en tenant mon front tout en gesticulant, coincé sur le dos comme un scarabée en mauvaise posture.

« Sieur Almaran ? Tout va bien ? »

Demande le garde qui m’a tenu la porte en m’aidant à me redresser. Du coin de l’oeil j’aperçois la jeune femme et son interlocuteur me regarder par dessus le balcon.

« Désolé j’aurais dû regarder où je mettais les pieds. »

Je me redresse tant bien que mal grâce à l’assistance du garde qui s’excuse à son tour. Je m’apprête à partir quand manque de bol mon bâton se décroche et tombe avec fracas sur le sol, rajoutant sur mes joues une dose de honte supplémentaire.

« Ah merde ! J’veux dire mince ! »

« Ce n’est rien Sieur, il a dû se décrocher avec le choc. »

Je me baisse pour le ramasser, toujours sous les yeux de la jeune fille. Dommage que le garde se baisse en même temps, pour m’aider une fois de plus, percutant mon torse de son épaule et manquant de me faire chavirer à nouveau.

« Oh désolé Sieur Almaran ! »

J’entends quelqu’un pouffer derrière moi mais j’ignore si il s’agit d’Alfryda ou du second garde dont j’entends les épaules s’agiter. Malgré moi, j’ose un regard où j’aperçois un fin sourire amusé sur les lèvres de la ravissante femme aux yeux saphirs et le regard méprisant, froid et sévère de l’homme aux cheveux bruns et à la barbe fournie et finement taillée à qui elle s’adressait. Je laisse le garde ramasser mon arme pour me la confier tandis que je masse la bosse naissante sur mon front. Je le remercie d’un signe de tête en quittant le palais, rouge de honte. Pour ne pas que ma camarade revienne sur ce qu’il venait de se passer je m’empresse de changer de sujet.

« Est-ce que tu veux tout de suite retourner à Mertar ? »

"Et bien, je pense que mon travail ici est terminé. Tu vas donc rester ici pour suivre les enseignements de... j'ai oublié son nom."

« Bogast. Le Général Bogast. »

"Oui, voilà. Ce n'est pas que je n'aime pas Kendra-Kâr, mais j'ai besoin de retrouver mes repères loin des Longues-Jambes. Tout ceci m'a un peu perturbé et... j'ai besoin de revoir les miens, plus tôt que je ne le pensais."

Je la vois baisser la tête, une impression que j’ai déjà connu. Je commence à rire pour la rassurer.

« Je te comprends. J’ai ressenti la même chose il n’y a pas si longtemps. J’ai encore assez d’énergie pour t’ouvrir un portail qui te mènera devant les portes de Mertar. Dès que tu seras prête. »

Nous nous mettons un peu à l’écart de la foule de la place publique et elle me tend la main avec un sourire forcé tout en me remerciant et déclarant qu’elle se souviendra de moi. J’imagine, après le spectacle que je viens de donner, elle ne sera sans doute pas la seule à s’en rappeler. Je lui serre la main et lui offre un sourire sincère.

« Prends soin de toi Alfryda. Profites bien de la bière chez toi et de tes proches. »

Je me concentre ensuite une bonne minute sur mon souvenir des portes de la cité, ses larges colonnes de pierre soutenant la montagne et formant une gravure titanesque qui encadre les larges portes de pierre. Des volutes transparentes s’élèvent de mes mains pour former un cercle devant moi. J’invite Alfryda à passer avec un visage grimaçant d’effort. Elle m’adresse un rapide signe avant de s’engouffrer dans mon portail, me permettant ainsi de le refermer.

Je retourne sur la place publique et m’installe sur un banc pour reprendre mon souffle. J’observe les citoyens s’y promener, s’y détendre, les enfants jouer en toute sécurité. Un sourire nostalgique grandit sur mon visage avant que mon esprit ne me joue le même tour qu’à Luminion. Des flammes surgissent des bâtiments autour de la place, des écrans de fumées ocres et puants m’agressent les yeux et le nez alors que des cadavres jonchent les dalles blanches et carmins de la cité. Je ferme les yeux en m’agrippant le crâne, chassant de ma tête cette vision insupportable pour retourner au réel et l’observer de longues minutes, incapable de bouger, avec un visage inquiet. Il est temps de rentrer à présent.


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Ezak
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Re: Le Château Royal

Message par Ezak » mar. 25 janv. 2022 22:20

Précédemment

Arrivé au Château, je fus hébergé sous le toit des puissants. L’on me pria de rester dans les environs en tant qu’invité. Il était prévu que nous verrions les affaires qui me concernaient qu’une fois les obsèques du Roi réglées. En effet, huit jours de deuil avaient été déclarés, durant lesquels le corps de Solennel, toujours conservé magiquement, était exposé dans la Chapelle Royale du chateau. Je me gardai bien de le révéler à voix haute, mais je demandais s’ils voulaient finir par l'empailler, à force de le conserver si longtemps.

Quoi qu’il en fut, je ne me fis pas prier et je pris rapidement mes quartiers. J’étais épuisé, vidé. Cela faisait un peu plus d’une vingtaine de jours que la bataille avait eu lieu et encore plus longtemps que je parcourais la route depuis Omyre. Mon corps n’en pouvait plus, et il me le fit comprendre. Après la plus longue toilette de toute mon existence, je dormis des heures et des heures à en perdre le fil du temps. Je me régalais du luxe de ma couche, emmitouflé dans des draps soyeux, et dans des coussins moelleux, goûtant mon oisiveté avec délice.

Outre le repos de mon corps, celui de mon esprit fut aussi salvateur. J’occupai mes journées entre sommeil et promenade dans les différentes artères du château, celles qu’en tant qu’invité, j’avais le droit de parcourir. J’étais tous les jours un peu plus émerveillé. Il me semblait vivre dans un rêve d’enfance, oisif. J’étais tout à fait l’aise dans l’espace luxueux du château. J’estimais d'ailleurs que je ne méritais rien de moins que cette vie-là.

Je me délectais des éminents signes de richesse des couloirs, des innombrables salons, je fus plus d’une fois absorbé par la beauté d’énormes lustres, ou encore celles de tableaux qui représentaient les grands événements de Kendra-Kâr. Je ne pus me demander si, bientôt l’on verrait paraître sur ces mêmes murs des représentations d’artistes sur la bataille de Kochii. Quand je ne fus pas en intérieur, je me prélassais dans les jardins extérieurs de la cour profitant du beau temps de la saison. Bref, j’allais partout où j’en avais l’autorisation, sauf dans la chapelle Royale. Je mis un point d’honneur à ne pas y aller, j’estimais avoir passé assez de temps avec cette dépouille, tout royale qu’elle fut.

Je dus passer ainsi les trois-quatre premiers jours. Pas une fois, je ne quittai l’enceinte du Château. Premièrement parce que n’étant qu’un invité, je n’étais pas sûr de pouvoir y rentrer seul. Je me voyais mal argumenter devant les gardes que j’étais « un futur chevalier de la cour ». Je me serais probablement fait jeter dehors à coup de pied, et avec raison. Deuxièmement, et la plus importante, j’en avais absolument aucune envie. Dans ces murs, j’étais bien. Béat, je vivais mon repos avec une certaine satisfaction ayant l’impression d’être parfaitement à ma place, mais ce sentiment ne dura pas.

Bien vite, quelque chose me sauta aux yeux. J’avais vu quantité de soldats, quantité de serviteurs, quantité de visages inconnus ici et là. Quant aux personnes que j’accompagnai durant vingt jours, je n’en avais pas vu un seul. J’imaginai que cela devait être normal. Ils étaient tous des gens puissants, avec des responsabilités. Ils avaient tous des titres comme Princesse, Général, Capitaine. Ils devaient probablement tous gérer de nombreuses choses, comme faire des comptes-rendus de la guerre, préparer la succession du Roi et je ne savais quelle autre chose que pouvaient faire ces puissants. Alors que moi qui n’était qu’un presque-chevalier – autrement dit personne – je ne trouvais rien d’autre à faire de plus utile que de me reposer. Un sentiment de culpabilité commença à m’envahir. Je m’inquiétais de l’image que je pourrais renvoyer à mon insu.

Préoccupé, l’on ne me vit bientôt plus paraître dans les couloirs aussi à l’aise que je ne le fus au départ. Au contraire, je ne parus plus qu’avec un air d’inquiétude vissé au visage. Je n’étais pas aidé, il était vrai, par le fait que je ne portais plus mon armure depuis la fin du voyage. Alors les moindres de mes petites peurs s’insinuaient insidieusement en moi. Celle de ne finalement pas être anobli fut de celles-là.

Un jour, où j’avais l’esprit trop agité, je ne me rendis même pas compte que je pris le chemin de la chapelle Royale. Alors, lorsque je me retrouvai face à Solennel, allongé au milieu de la pièce, je pestai. Même quand je me jurai de l’éviter il fallait que je tombe sur ce corps.

Il était couché sur un présentoir de San-Dyvina, si bien qu’une lumière chatoyante émanait du métal. Il n’avait plus son armure, et de beaux atours blancs et or lui avaient été enfilés. Il n’avait pas bougé depuis le sort de conservation qui lui avait été jeté. D’ailleurs, ses cils et sa barbe, perlées de givres trahissaient le sortilège. La salle était gardée à l’intérieur comme à l’extérieur par de nombreux soldats, plusieurs d’entre eux étaient à proximité du corps, empêchant quiconque de s’approcher un peu trop près. À distance raisonnable quelques bancs étaient placés, permettant à ceux venus voir une dernière fois leur Roi de se recueillir à ses côtés. Quelques personnes les occupaient.

Je devais avouer que c’était une belle chapelle. Les murs, également, semblaient ornés de San-Dyvina, si bien que la lumière semblait jaillir de partout à la fois, sans pour autant aveugler. Au fond de la salle trois grandes statues de Gaïa, représentant toutes les formes priées par les kendrans semblaient jeter leur regard sur l’assistance. Elles étaient également représentées au plafond, dans une œuvre en mosaïque. Après m’être quelque peu extasié sur la beauté de l’endroit je tournai les talons mais je n’eus pas quitté la salle qu’une voix m’interrompit.

« Vous vous en allez déjà ? »

Je m’arrêtai et jetai mon regard sur celle qui me coupa dans ma course. C’était une vieille dame, habillée tout de blanc, une sorte de prêtresse, j’imaginais. Ses cheveux étaient cachés sous un voile blanc qui chutait gracieusement sur ses épaules.

« Oui, j’ai à faire. » mentis-je

La vieille se mit à rire doucement avant de reprendre.

« Vous n’êtes pas très coutumier des veillées mortuaires dans les temples de Gaïa ? »

Je levai les épaules.

« Cela se voit donc tant que ça ? »

« Disons que si c’était le cas, vous sauriez que c’est mal vu par ici de ne veiller sur le défunt aussi peu de temps que vous l’avez fait, et c’est valable même pour le pire des mécréants, alors imaginez pour la personne du souverain. »

« Oh ! » m’exclamai-je plutôt surpris. Soucieux de mon image, je jetai un regard aux alentours. Effectivement parmi les personnes assisses sur les bancs, certains avaient les yeux rivés sur moi.

« Venez avec moi, nous allons prier un instant ensemble cela vous fera passer le temps »

J’hésitai un instant. Depuis la bataille, mon opinion sur les dieux avait changé. Je ne les haïssais plus, mais je ne m’étais pas transformé pour autant en dévot, alors prier ne faisait toujours pas parti de mes habitudes. Cependant, je ne voulais pas non plus ternir ma réputation alors je la suivis vers un des bancs. En m’essayant je lui avouai :

« Je garderais le silence. Je n’ai pas l’habitude de prier.»

« Et cela, même après que les dieux aient décidé de vous envoyer ses émissaires vous débarrasser du Mal d’Oaxaca. »

Surpris, je tournai un vif regard intrigué vers la femme.

« Les nouvelles vont vite à ce que je vois… Oui, même après cela. J’ai beau être reconnaissant, je dois avouer que certaines nuits, quand je repense à tous ceux qui ont péri, j’ai du mal à rendre grâce à qui que ce soit. Ils auraient pu intervenir avant que le Dragon Noir ne souffle toutes ces âmes.»
dis-je fronçant les sourcils, un peu remonté.

« L’agenda des dieux est complexe et incompréhensible pour des êtres tels que nous. Ils sont à l’origine de ce monde, immortels, leur supériorité est sans-limite. Ne jugez pas sans savoir, ni comprendre. »

« Je ne juge pas ! Je constate juste qu’ils s’intéressent bien peu à nous depuis leur île. »

« Et pourtant, leurs regards ont bien dû se poser sur vous puisqu’ils ont intervenus. La preuve, vous êtes en vie, là où tant sont morts. C’est que Gaïa a déposé en vous sa lumière. »

Je restai un moment silencieux. Effectivement, j’étais en vie, et souvent je me demandais pourquoi je m’étais retrouvé seul, debout au milieu d’un champ de cadavres. De là à rendre un dieu coupable de ça…

« Je pense que ce jour-là, il y avait au moins mille hommes qui auraient pu prétendre plaire à Gaïa avant moi. »

Malicieuse, elle répondit du tac-o-tac :

« Ah ? »

« Je n’ai eu durant cette journée, ni aucune pitié, ni aucune compassion pour le moindre de mes ennemis et j’ai été témoin d’acte que je ne pardonnerai jamais. Vous voyez, il y a plus serviteur de Gaïa que moi.»

« Que d’honnêteté…Nombreux sont ceux qui comme vous essentialisent la Mère-Lumière dans ces valeurs que vous avez évoquées. Si ce n’est pas faux, ce n’est pas totalement vrai non plus. Nous les kendrans, qui l’ont côtoyé sur Yuimen et ont reçu ses enseignements, avons une vision plus complète de la Mère. C’est une grande guerrière qui sait se faire féroce quand le Mal est irraisonnable. C’est ce que représente sa figure de Protectrice »
dit elle en pointant l’une des statuts, avec en main une lance et un bouclier.

Je ne dis rien, car je n’étais pas très convaincu. Elle continua.

« Mais vous avez raison. Il arrive parfois que certains défenseurs des préceptes de la mère se perdent et que leur haine envers le Mal finisse par les rendre pire qu’eux, l’histoire est jonchée de cas célèbres. Ceux-là doivent revenir dans la bergerie de la Mère. »

« Si c’est un message, sachez que je n’ai pas vraiment prévu de devenir un défenseur de Gaïa. »

« Et pourtant, vous êtes un survivant du « Charnier des âmes », pour le peuple vous serez un héros. C’est peut-être l’occasion de devenir un modèle, d’incarner des valeurs autour desquelles le peuple se réunit. Ses enseignements pourraient vous aider."


« Et en quoi ? »

« Vous savez, j’ai vécu assez longtemps pour reconnaître un cœur jeune et empli de colère. Il y a deux voies possibles pour vous. Soit vous apprendrez à la canaliser et à la mettre au service de ceux que protège la Mère, soit cette colère vous entrainera dans des chemins sombres. »

Je notai que son raisonnement était plutôt binaire, fermé. Je n'en pris pas ombrage. Elle défendait sa paroisse.

« Les seuls que je désire protéger, ce sont les miens. »

« Alors vous savez quoi faire. Suivez la voie de la Protectrice. Assez parler maintenant, prions."

Et elle entama une prière à voix basse, alors qu’immobile, je gardai un œil sur elle intrigué. Je refusai de le montrer, mais tout mon être restait chamboulé par l’intervention des divins alors la discussion me secoua quelque peu. J’avais des questions mais je n’étais pas bien sûr de vouloir les réponses pour le moment, sinon je serais monté sur l’Ile des dieux. Je n’étais clairement pas prêt, comme l’avait dit Azra, j’allais seul trouver une réponse qui me convienne, mais l'heure n'était pas encore venu.

Je restai donc quelque longues minutes, les yeux fixés sur les représentations de la Déesse avant de m’en aller lorsque la prêtresse eut fini sa prière.

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Ezak
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Re: Le Château Royal

Message par Ezak » sam. 5 févr. 2022 02:39

Précédemment

Les funérailles ayant eu lieu, je ne tardai pas à me faire convoquer. J’étais attendu dans la grande salle du trône, tel jour pour mon adoubement. Enfin ! Une sorte d’excitation s’était emparée de moi, elle était telle que j’en dormis mal durant la nuit. Quand vint le fameux jour, je me présentai à l’heure dîtes, au matin, en armure, et avec pour seules armes mes deux lames que portai exceptionnellement à la ceinture. L’on me fit attendre quelques minutes dans l’antichambre de la salle, close par deux énormes doubles portes soigneusement gardées par des soldats. Cela ne dura probablement pas plus de quelques minutes, mais j’avais si hâte que j’eus l’impression que cela dura des heures. Lorsqu’enfin les portes s’ouvrirent pour me laisser passer, je rentrai dans la salle de trône, le pas fier, les yeux brillants alors que la voix du héraut m’annonça.

Ce fut un délice suprême d’entendre mon patronyme résonner en ce lieu. Si je gardai une stature digne, mes yeux ne manquèrent pas de parcourir cette salle, symbole du pouvoir central kendran, me délivrant un frisson plaisant. J’étais électrisé par ma présence en ce lieu, comme si je naviguais en plein rêve. La salle était vide, à l’intérieur, il n’y avait nul public, mais en bas des escaliers d’où culminait le trône, trois chaises luxueuses portaient de gauche à droite le Comte Leamar Ybelinor, la Princesse Satina, et l’Ex-Duc Robert de Pérussac. Je fus désarçonné quelques brèves secondes par cette trinité particulière, me demandant ce que cela pouvait bien signifier, mais je n’en montrai rien. Lorsque je fus à distance raisonnable, la Princesse prit la parole.

"Ezak d'Arkasse. Au nom de vos récents faits d'armes à la fois loyaux et conséquents, cette réunion sis pour votre adoubement comme Chevalier du Royaume. Mes pairs, ci présents, espèrent de votre part un serment de loyauté indéfectible et vous demandent de vous soumettre à un discours de promesse pour confirmer ce rôle."

Elle regarda à sa gauche et à sa droite. Pérussac opina sentencieusement du chef, pendant que le Comte me scrutait fixement, d’un regard animé par le calcul.

Sans même hésiter, je sortis mon épée Lassiria, dont je posai la pointe sur le sol avant de poser un genou à terre.

« C’est avec joie que je me tiens en cette posture devant vous. Je jure que ma lame sera fidèle au Royaume, et qu’elle ne faiblira point. Je jure de protéger au péril de ma vie son peuple et ceux qui le guide. Je jure de porter haut ses valeurs et de ne point les renier même devant l’adversité. Je jure que je ne montrerai aucune faiblesse, aucune lâcheté, je servirai avec honneur de ce jour, à celui de ma mort. »

Mes mots s’éteignirent dans un léger écho pendant qu’ils se regardèrent en hochant sentencieusement de la tête. Ils se levèrent presque d’un même mouvement et s’approchèrent pour poser chacun une main sur moi. La princesse Satina sur ma tête, et les deux autres sur mes épaules

Le Comte Ybelinor prit la parole en premier.

"En tant que Chevalier du Royaume, vous serez lié à la Noblesse kendrane. En aucun cas vos actes, paroles et combats ne devront ternir la réputation de celle-ci, au sein ou hors du Royaume."

Puis ce fut le tour de la Princesse.

"En tant que Chevalier du Royaume, votre but sera de protéger les faibles et le peuple contre ceux qui l'agressent. C'est une priorité absolue. Vous ferez preuve de courage, de fidélité, de courtoisie et de générosité. Cinq valeurs essentielles."

Et vint Pérussac:

"En tant que chevalier du Royaume, vous serez lié à son armée, à ses soldats. Si vous n'aurez pas d'obligation quotidienne, vous devrez répondre aux appels d'armes lorsque le besoin s'en fera ressentir. Vous pourrez être amené à diriger des hommes au combat, sous l'étendard kendran. A ce titre, votre condition physique devra rester celle d'un combattant, et vous devrez vous tenir à l'écart de tout abus pouvant la détériorer."

Et ce fut la Princesse qui conclut :

"Si vous vous accordez avec ces conditions, promettez-le et relevez-vous Chevalier du Royaume, Ezak d'Arkasse."

Ma réponse ne se fit pas attendre, je n’avais aucune hésitation :

« Oui, je le jure sur mon honneur, celui de mes aïeux et de ceux qui me succéderont. »

Et je me relevai leur faisant face fièrement. La princesse me tendit une bourse.

"Alors prenez cette bourse, gage de votre loyauté, en remerciement de vos actes. Puisse cet argent être mis au service du Royaume et de ses habitants. Que votre nom soit lavé de ses erreurs passées."

Je récupérai la récompense, remerciant mes hôtes avec un signe de tête avant de reprendre :

« Votre Altesse, Messires…J’aimerais profiter de cette occasion pour faire une requête, si vous me le permettez. »

La princesse observa ses pairs avant de rétorquer : "Parlez librement, chevalier."

« Comme vous avez pu récemment le constater lors de la récente bataille, je ne suis pas seulement un guerrier mais aussi un meneur d’hommes, et j’en ai vaillamment mener cinquante au combat. J’aimerais avoir l’autorisation et les moyens de monter une nouvelle troupe d’élite que je formerai à la protection des intérêts kendrans. »

C'est Pérussac qui me répondit : "Libre à vous de former des hommes à vous suivre, vous en avez le grade et le titre. Ils ne seront par contre pas directement reliés à l'armée kendrane, et vous devrez pourvoir à leurs besoins, et leur équipements et formation."

J’avais donc eu l’autorisation, mais pas les moyens. J’en étais contrarié, mais je ne le montrai pas et je ne permis pas d’insister. Cela aurait probablement été mal perçu, à peine adoubé. Alors je me contentai de le remercier en hochant la tête et sur cette conclusion, ils se séparèrent, l’ancien Duc et l’actuel Comte allant se placer dans deux différentes portions de la salle alors que la Princesse resta devant le trône. Je fis deux pas dans sa direction pour me rapprocher d’elle, jetant un œil sur le trône derrière elle avant de retourner mon attention sur la brune.

« Quand aurai-je l’honneur de vous y voir assise et de vous nommer Majesté ? »

Elle grimaça un peu avant de répondre :

"Pas tant que le royaume restera dans le trouble à cause des conséquences de cette guerre, si tant est que ça arrive un jour. La période n'est pas aux réjouissances et aux couronnements."

J’eus une moue contrariée, ce n’étaient pas vraiment les nouvelles que j’attendais.

« Il y a-t-il quoi que ce soit que je puisse faire pour aider à arranger cette situation ? »

Elle secoua la tête.

"Ce n'est pas si simple, hélas. Il n'y a jamais eu de reine solitaire chez les kendrans. La noblesse traditionnaliste ne voit pas mon accession au trône d'un bon œil. Ils préfèreraient qu'un noble y soit. Un proche de Solennel, comme le Comte Ybellinor ou le Duc de Pérussac. Le peuple a beau me soutenir, cela ne suffira pas. Puis, tout est encore très flou, pour l'instant, sur nos rôles respectifs."

Je fronçai les sourcils en l’entendant évoquer les rôles de chacun. Je compris maintenant quelle était la nature de cette étrange association, le pouvoir était partagé entre eux. A voix basse, et avec le franc parler qui me caractérisait, je fis démonstration de ma pensée sur l'absurdité de la situation.

« Ces traditions sont stupides. Je préfère largement servir une femme qui a pris les armes pour guider une cavalerie, et a voulu se battre sans le renfort d’une armée contre des êtres divins, qu’un homme qui, au contraire, s’enfuyait en hurlant dans l’autre sens. »

Mais lorsque je finis ma tirade, je me figeai net.Mes propos visaient clairement le Comte Ybelinor, et je venai de jurer de ne pas ternir la réputation de la noblesse et voila que me mettais à avoir la parole un peu trop libre sur un membre de celle-çi, qui plus est devant la Princesse. Cela violait toutes les règles de bienséance. Je me repris donc de moi-même.

« Je sais que je ne devrais pas dire cela…Je vous prie de me pardonner. »

La Régente leva une main pour acquiescer à ma dernière phrase. C'était un peu déplacé, effectivement. Je jurai dans mon intériorité, il allait falloir que j’apprenne à maîtriser mon franc-parler.

"Vos préférences ne font pas loi, ser d'Arkasse."

« J’en ai conscience votre Altesse. On ne m’y reprendra plus. »
répondis-je humblement en inclinant la tête.

« Sachez tout de même que j’accourrai sans hésiter si jamais vous quémandiez mon soutien. Je sais quelle main m’a permis de me relever et je ne l’oublierai pas. »

Elle eut un signe de tête solennel pour la convenance, mais je pus tout de même observer un sourire fugace sur son visage.

"Je vous en saurai gré."

J’eus un demi-sourire avant de reprendre l'air neutre de rigueur en m’inclinant.

« Bien, je ne vous importune pas plus longtemps votre Altesse. Je vais de ce pas montrer au monde que Kendra-Kâr dispose d’un nouveau Chevalier . »

Et elle me laissa partir, mais cette fois en noble…

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Ezak
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Re: Le Château Royal

Message par Ezak » dim. 13 févr. 2022 19:09

Précédemment

Il ne fallut pas longtemps avant que Xander de Maisonneuve ne me contacte au sujet du duel. L’affaire avait fait grand bruit, si bien que ce qui devait normalement se régler sous les yeux de quelques observateurs, était devenu une affaire publique. La chose aurait donc lieu sur la Grande Place du Château Royal. Il fallait dire que les enjeux étaient de tailles, de l’avis d’une partie de la société. Deux cousins d’une des plus prestigieuses familles de la noblesse s’opposaient et les champions qu’ils s’étaient choisis avaient de quoi laisser supposer un duel haut en couleur.

Il y avait bien entendu moi, Ezak d’Arkasse, l’un des survivants du « Charnier des Âmes » et tout récent adoubé Chevalier du Royaume, affrontant un soi-disant grand combattant reconnu pour ses talents d’escrimes, multiple vainqueur de Tournois dans l’Arène et qui en avait même été – un temps – le maître. Arsald Caprin, le Champion de Aldérik de Maisonneuve, « deuxième du nom » comme ce dernier aimait préciser pour rappeler son ascendance prestigieuse.

Au début, je n’eus aucune once d’inimitié envers mon adversaire ô combien célèbre dans la Cité. Au sortir d’une guerre que j’avais vécu de manière personnelle pour avoir nourri une véritable haine envers nos ennemis, je n’étais pas plus que ça motivé à affronter un gaillard qui ne m’avait rien fait. Par ailleurs, les affaires des de Maisonneuve n’étaient pas les miennes et j’avais déjà bien assez de mes déboires familiaux pour m’esquinter les nerfs au sujet de ceux des autres.

Cependant, bien vite je commençai à ressentir une certaine forme d’agacement quand les rumeurs parvenaient dans le creux de mon oreille. Nombreux étaient ceux à avoir épiloguer sur le futur résultat et la société état divisée sur le sujet. Certains pensaient qu’en héros de guerre je n’avais aucune chance de perdre. Des gens saints d’esprits pour sûr. D’autres, et c’était beaucoup plus fâcheux, arguaient que j’allais prendre une rouste face à ce guerrier qui avait beaucoup plus d’expérience que moi. Ceux-là, ne savaient pas ce qu’ils disaient. J’estimais que l’âge ne faisait pas l’expérience, et j’avais mon compte d’aventures pour moi. Néanmoins je ne laissai pas mon égo parler, faisant mine que tout cela ne me touchait guère. Après tout, j’étais sûr de mon talent et on ne donnait pas le titre de Chevalier pour des prunes, là, à des gens qui ne le méritaient pas.

Mais cela devînt affaire d’honneur lorsque que le vétéran Heinart me rapporta - probablement pour m’échauffer l’esprit - que ledit homme s’était vanté dans le salon d’une personne très respectable de la ville, qu’il allait me roussir le cul du plat de sa lame, et me renvoyer me cacher en Ynorie sous les jupes de mon exilé de père. J’en piquai une colère telle que j’avais agité un doigt rageur sous le menton de l’ancien Général.

« Alors c’est comme ça ! Dîtes à votre ami qu’il ne paie rien pour attendre et que quand j’en aurai fini avec lui, il ne restera rien de sa réputation ! »

Alors quand vint le fameux jour c’est l’esprit bien échauffé que je me dirigeai vers la Grande Place du Château où de nombreuses personnes étaient déjà rassemblés. Nobles, bourgeois et autres courtisans étaient venus voir le duel judiciaire, attirés qu’ils étaient par la vision de quelques grabuges pour égayer leur morne existence. S’il fallait faire un tableau de ce que pouvait être la justice spectacle, elle était sous nos yeux. Lorsque je trouvai Xander de Maisonneuve, entouré de quelques-unes de ses connaissances, il m’accueillît l’air grave en posant une main sur mon épaule.

« Ah voilà donc le Sanguinaire ! Alors d’Arkasse ? Prêt à en découdre ? »

Je ne montra aucune réaction à cette appellation qui se propageait de plus en plus sur mon compte. Il semblait que les événements de la guerre m’avaient taillé un nouveau titre.

« Amenez-moi à ce faquin que je lui apprenne les bonnes manières. »
lâchai-je presqu’en sifflant entre mes dents tant j’étais remonté.

« Oui, voilà ! J’aime cette attitude ! Gardez donc cette hargne et suivez-moi ! Allons régler le compte de ce faux-cousin et son champion de pacotille.»

Il me guida à travers la foule où nous tombèrent sur son fameux cousin. On n’aurait pas pu nier leur ressemblance tant les deux hommes semblaient sortis de même moule. Même nez en trompette, même petit fossette sur le menton et même air suffisant. Seul la couleur de leurs cheveux les différenciaient. Si Xander les avaient bruns, l’autre les avaient blonds.

Comme si cela avait été répété, ils se mirent face à face se dévisageant l’un l’autre alors que la foule aux alentours fit silence. Ils se saluèrent, d’un léger signe de tête, pour la convenance avant que Aldérik ne dégaine le premier.

« Xander, toujours cette effroyable mine. La culpabilité de vos mensonges vous empêche de bien dormir la nuit. »

« Je dormirais mieux Alderik, si vous ne déshonoriez pas le prestigieux nom des de Maisonneuve en vous comportant comme un scélérat. »

Et ils continuèrent ainsi s’envoyant quelques répliques bien senties à tour des rôles. Parfois, quand l’un sentait que son insulte piquait juste, il la ponctuait d’un mouvement de cape rageur qui déchirait l’air. Ce qui, faisait son petit effet, à en juger par les réactions des voyeurs qui ne manquaient pas de réagir par des onomatopées exagérées. Tout ceci était d’une telle théâtralité, mais les deux hommes s’y adonnaient avec une ferveur qui aurait pu passer pour admirable.

Au côté du sieur Aldérik, je remarquai la présence d’un homme bien bâti. Il était dans la force de l’âge. Sa mâchoire carrée était affublée d’une belle barbe brune bien taillée, surmontée par une grande moustache en guidon, soignée. A son maintien, son physique mieux entretenu que la moyenne, je compris que c’était mon adversaire, le fameux Arsald Caprin. Confiant, il me défiait d’un regard méprisant qui m’analysait de bas en haut et j’en fis de même, sans rien dire. Nous laissions à la noblesse de robe le loisir de se pourfendre par la langue, c’était par l’épée que nous allions régler nos comptes.

Après que ces messieurs aient finit de s’invectiver, nous fûmes invités à rejoindre le centre de la place, où un homme d’âge mur attendait le regard sévère. C’était le juge-arbitre, et il ne nous adressa pas un seul sourire, probablement pour bien faire comprendre qu’il n’était pas là pour être de connivence avec quiconque. Il prit la parole dans un long monologue rappelant les différents entre les parties, enjeux de l’affaire, et en nous faisant jurer, sur notre honneur et devant Gaïa, le respect des règles du duel qu’il précisa.

« Ce duel judiciaire, arbitré par moi-même sous le regard de la Mère-Lumière aura pour but de faire éclater la vérité ! Il se déroulera selon les règles de l’escrime courtois. Le premier à atteindre cinq touches sera déclaré vainqueur. Chaque fois que l’un des combattants quittera les limites de l’espace du duel il aura une touche de pénalité. Chacun des combattants aura le choix entre des armes spécialement fournies pour le dit-duel et pourront en changer entre chaque manche à leur convenance. Elles ont, bien entendu, été inspectées pour s’assurer que ni leur fil, ni leur pointe ne puissent porter atteinte à l’intégrité physique des duellistes. Messieurs si vous êtes d’accord avec les conditions veuillez choisir vos armes et prendre place dans vos coins respectifs. »

Dans des coins opposés, hors des limites indiquées par un tracé à la roche calcaire sur le sol, avaient été installés des présentoirs en bois, sur lesquelles étaient disposés des armes. Une lance, une épée courte, une épée longue, ainsi qu’un bouclier. Le fil des armes n’était pas aiguisé, quand à leurs pointes, si on pouvait les appeler ainsi, elles étaient arrondis. Je n’étais pas vraiment satisfait du choix des armes disponibles, moi qui était habitué à manier deux armes, mais je ne m’inquiétai pas outre mesure. Je faisais partie de l’elite, les armes faisaient partie de mon art alors j’allais m’adapter. Faute de mieux, je pris une épée courte et un bouclier, ce que mon adversaire fit également. Nous nous mîmes en place l’un en face l’autre, nous dévisageant en attendant l’ordre de commencer.

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Ezak
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Re: Le Château Royal

Message par Ezak » lun. 14 févr. 2022 21:01

Précédemment

« Messieurs commencez ! »

Ce que j’attendais depuis des heures était enfin arrivé, enfin j’allais pouvoir régler les comptes de cette commère. Je frappai le premier de rage alors que mon adversaire hissa haut son bouclier pour parer le mouvement. Le bras vibrant, je reculai d’un pas alors que l’homme tenta un coup de taille au niveau de mon torse, me ratant de peu. Bien, nous venions de faire connaissance. Nous reprîmes nos postures, nous observant d’un regard scrutateur avant que, . d’un coup d’un seul, il s’élança vers moi, épée vers l’avant. Je plaçai mon bouclier en position de défense, mais le fourbe dévia au dernier moment la trajectoire de sa lame pour me frapper la jambe.

« Touche ! » hurla l’arbitre judiciaire. « Et un point pour le sieur Arsald Caprin, champion de Aldérik de Maisonneuve. »

Je fus vexé d’être pris ainsi comme un débutant et en prime aux yeux de tous. Mais quelle honte ! Je grognai entre mes dents, avant de reprendre position face à mon adversaire. Quand l’ordre vînt de reprendre les hostilités je pris de nouveau l’initiative. Mon but était de l’asphyxier sous un assaut virulent. Je l’assaillis donc de nombreux coup d’épées, ne lui laissant pas d’autres choix que de se défendre avec son bouclier. Je devais l’avouer, il le maniait comme un chef, et j’avais le plus grand mal à contourner sa défense. Durant mon assaut, il répliqua à peine, et alors que mon bras commença à souffrir la fatigue de toute ma vigueur déployée, Caprin me frappa d’un coup de bouclier. Je ne m’y attendis pas, si bien que l’écu vint s’écraser contre ma face. Sonné, je ne pus éviter le coup de lame dont la pointe vint me cueillir au ventre.

« Touche ! Deux points pour Arsène, Champion de Aldérik de Maisonneuve. »

Certains dans la foule exultèrent. Il semblait que le public commençait à choisir son camp. J’entendis la voix de Xander s’élever, visiblement remontée.

« Allons d’Arkasse ressaisissez-vous ! »

Je résistai à l’envie de lui crier de la fermer et je tentai de me reconcentrer, touchant mon nez douloureux pour vérifier que je n’avais rien de casser. Fort heureusement, non. J’étais agacé, par la défense de l’homme, et ce que je prenais pour une formalité s’avérait plus ardu que prévu. Il semblait que j’allais devoir donner le meilleur de moi-même pour le vaincre. Mon adversaire, l’air confiant, me fit un clin d’œil dans le but de me provoquer. Cela eut le don de redoubler mon agacement, mais je ne comptais pas tomber dans ce piège éhonté. Lorsque l’ordre fut donné de reprendre, je m’élançai à nouveau, mais cette fois j’avais une chorégraphie bien en tête. Je donnai un coup, puis deux, que le bouclier de mon adversaire vint contrer. Mais cette fois je ne comptais pas m’épuiser sur sa défense efficace. Puisqu’il excellait dans la contre-attaque, j’allais utiliser mes forces à moi. Me servant de mon agilité et de mes talents d’acrobates, j’effectuai une cabriole sur le côté qui surprit Caprin. Lorsqu’il tenta de réajuster son bouclier, il était déjà trop tard, car la pointe de ma lame vint le cueillir sur le torse, dans le trou béant laissé par sa défense.

« Touche ! Un point pour le Ser d’Arkasse, Deux pour le sieur Arsène. »

L’homme me regarda un instant bouche bée avant de se repositionner, et nous repartirent.

Cette fois, il prit l’initiative, et je manquai de me faire surprendre. Encore un peu et j’aurais crus qu’il aurait jouer la carte de la contre-attaque durant la totalité du duel. Je dû à un réflexe incontrôlé la réussite de ma parade. Il profita de son élan et, à nouveau, il tenta de me frapper de son bouclier mais en un pas de côté j’esquivai l’attaque traitresse et tenta de contre attaquer son flanc. Sa lame vint écarter la mienne et par un coup vicieux, il tenta à nouveau de me toucher la jambe, mais cette fois j’étais alerte et pas du genre à tomber deux fois dans le même piège. Je sautai pour éviter le coup rasant et quand je retombai sur le sol j’employai une technique de maître, « la main du géant », visant les doigts de mon adversaire avec le plat de ma lame. Le fer alla cueillir ses phalanges avec une violence extrème qui l’obligea à lâcher l’épée en hurlant.

« Touche ! Deux point le Ser d’Arkasse et autant pour le sieur Arsène. »

L’homme grogna à son tour en se secouant les doigts comme pour vérifier qu’ils étaient encore valides, et ils l’étaient.

« Enfoiré ! » grogna t’il entre ses dents.

« Ça c’est pour mon nez. » Répliquai-je à deux pas de lui avant de lui faire un clin d’œil, me faisant provocateur à mon tour. Son regard se fit noir, et il reprit son arme avant de se remettre en place.

Le top fut à peine donné qu’il s’élança vers moi avec fureur. Je profitai de son état d’énervement et de son manque de lucidité pour éviter la charge d’estoc qu’il me lança en exécutant une nouvelle cabriole, me dégageant de sa trajectoire. Surprit, il trébucha et il alla s’écrouler hors des limites sous les rires de l’assistance.

« Pénalité, le combattant est sortie hors des limites ! Trois points pour le Ser d’Arkasse. Deux pour le Sieur Arsène. »

Je profitai de l’hilarité de certains pour mimer une courbette, saluant le public qui, ria de plus belle. Cette fois l’assistance avait majoritairement tourné en ma faveur. Xander de Maisonneuve exultait : « C’est mon champion ! C’est mon champion ! »

Tandis que Aldérik frappai du pied sur le sol de rage, en hurlant contre le sien. Ce dernier, rouge de colère, lâcha son bouclier et son épée sur le sol, et alla chercher une lance dans son coin avant de revenir face à moi.

« Messieurs, combattez ! »

Mon adversaire frappa de sa lance et mon bouclier arrêta net le coup. Je tentai d’en profiter pour contre-attaquer mais l’allonge dont il bénéficiait grâce à sa lance m’empêcha d’approcher. Il la maniait comme un chef, ma plaçant dans une position défensive. Je fus obligé de reculer, sous les assauts de sa lance qui alternait entre estoc droit, et tournoiement difficile à suivre pour mes yeux. Je dû reculer tant que je me retrouvai bientôt proche des limites. Il me fallait contre-attaquer au risque de me faire éjecter, ce que je tentai, en essayant d’écarter la lance d’un coup d’un bouclier puis de m’approcher en quelques pas. Mais mon adversaire très à l’aise avec sa nouvelle arme me balaya les jambes grâce au manche de la lance et, perdant l’équilibre, je me réceptionnai fortement sur le dos.

« Touche ! Trois points pour le sieur Arsène, autant pour le Ser d’Arkasse.

Agacé par cette bévue, je me relevai en jurant dans ma barbe. Pour sûr, l’homme avait fait exprès, de me faire choir pour avoir sa petite revanche. Je constatais que quel que soit les armes, il savait défendre. Je devais trouver une faille face à cette maudite lance. Alors quand la manche fut lancer je tentai de prendre les devants. J’essayai de rivaliser de mobilité pour prendre la défense de mon adversaire à défaut. Pas de côté, feinte, je tentai toute sorte de combine pour tenter de l’avoir, mais l’homme tint bon et me tint à distance grâce à sa lance. Encore une fois je tentai une cabriole pour le surprendre, mais grâce à son allonge, je n’eus pas touché le sol que la pointe de sa lance vint me cueillir dans le torse

« Touche ! Quatre points pour le sieur Arsène, Trois pour le Ser d’Arkasse."

Aldérik exulta :

« Oui ! Allez plus qu’une Arsald, plus qu’une ! »

Xander renchérit

« D’Arkasse je vous interdis de perdre ! »

Je les fusillai tous deux du regard, ne retenant plus mon agacement. Lui et son cousin étaient aussi irritant l’un que l’autre. Ils avaient la langue bien acérée mais pour ce qui était de prendre les armes il n’y avait plus personne. Une belle bande de planqués.

Rageur, je lâchai le bouclier et récupérai l’épée lâchée sur le sol quelques instants plus tôt par Arsald. Si mon adversaire voulait faire valoir sa défense, je jouerai l’attaque décomplexée. J’entendis la voix d’Alderik s’élever pendant que je ramassai l’épée ?

« Non ! Non ! Qu'est ce que c'est que tout celà ? Ce n’est pas dans les règles ! »

Je jetai un regard au juge-arbitre. Il sembla réfléchir un instant avant de rétorquer.

« Récuperer l’arme lâchée par son adversaire... Hmm… Il y a déjà eu un tel précédent dans l’histoire, et cela fait toujours partie des armes autorisées. Il n’y pas de soucis de légalité alors je ne m’y oppose pas. »

Alors je me plaçai commençant à sautiller sur une jambe, sous le regard intrigué de la foule. Un maître d’armes aguerri aurait vu que c’était là premier pas d’une danse dangereuse que j’affectionnais tant, la danse des sabres. Mon adversaire comprit lui, car je le vis redoubler de concentration et raffermir sa prise sur sa lance.

Quand l’ordre fut donné, je ne le laissai pas la moindre chance. Je lançai mes premiers pas dans une arythmie maitrisée. Ces pas délivrés en saccade déstabilisèrent la défense de mon ennemi. Je frappai d’une main, puis d’une autre, et même s’il parvint à parer mes coups de son manche, je sentis sa difficulté à se mouvoir quand pour la première depuis qu’il avait sa lance en main, il fit quelques pas pour reculer et tenter de mettre de la distance entre nous. Acculer, au bord des limites il tenta de vite me contre-attaquer. Ma lame gauche écarta le manche de sa lance tandis que ma lame droite, après deux pas effectués pour venir au contact, alla s’échouer sur son épaule.

« Touche ! ! Quatre points pour le sieur Arsène, autant pour le Ser d’Arkasse. »

Les spectateurs semblaient électrisés. J’entendis des cris supportant mon adversaire, d’autre prenant plutôt fait et cause pour moi et d’autres encore simplement heureux de ce qu’ils voyaient, des amoureux de belles escarmouches. Le scénario le plus excitant se déroulait sous leurs yeux. Une parfaite égalité, et une manche décisive.

Je ne me formalisai pas de cette petite victoire. Ce n’était qu’une bataille et je comptais bien remporter la guerre. La tension était à son comble, tant que l’on entendait plus ces messieurs de Maisonneuve qui semblaient avoir perdu leurs voix. Les deux hommes suaient à grosses gouttes. Je crus même apercevoir Xander adresser quelques prières à je ne savais quelle divinité. Pourtant, il n’y avait pas de dieux qui consentiraient à intercéder en sa faveur. Il n’y avait que moi, juste moi, utilisant mes talents pour son compte. Alors ces prières, c’était plutôt à moi qu’il devait les adresser. Le juge-arbitre leva la main une ultime fois.

« Messieurs… Combattez »

Cette fois, aucun d’entre nous ne voulu laisser l’initiative à l’autre. Nous nous élancèrent tous deux avec nos forces. La pointe de la lance s’allongea vers mon torse et je l’esquivai, tout en avançant vers son manieur. Je lâchai les pas de la danse des sabres, rendant mes mouvement difficile à lire. Je décroisai mes lames en direction de Caprin mais ce dernier, agile, se baissa sous les fers pour éviter les coups. La réplique ne tarda pas, sa lance balaya alors en direction de mes jambes m’obligeant à exécuter une cabriole pour l’éviter. Je tentai un double coup de lame descendant en réponse, mais prestement il recula d’un bond pour l’éviter. Alors je le chargeai pour tenter une double estoc qu’il évita à nouveau mes cette fois en effectuant une roulade sur le côté. Je fus surpris, par ce mouvement qu’il n’avait pas encore montré si bien que j’en perdis un peu l’equilibre. Ne le sachant pas si agile, je me retrouvai malgré moi à peine à un pas de la limite dessinée au calcaire avec mon adversaire dans le dos. Je me retournai prestement pour voir le prochain coup venir et effectivement, la pointe de la lance, se dirigeait déjà vers mon torse. Je n’avais pas le temps de réfléchir, et mon corps agît presque de lui-même. Mes lames se positionnèrent sur sa trajectoire, enserrant le manche de la lance comme une pince, et d’un mouvement, j’utilisai ma botte désarmante. Mon adversaire, fut obligé de lâcher sa lance qui alla tomber hors des limites. C’était fini pour lui. Mon adversaire désarmé je n'avais plus qu’a appuyer la pointe de ma lame sur son torse.


« Touche ! Victoire pour le Ser d’Arkasse ! La balance de la justice penche donc du côté de Xander de Maisonneuve ! Que tous soient témoins du jugement divin et que nul n’ose le contester! »


Je ne pus m’empêcher de faire quelques signes de la main à l’assistance qui applaudissait le beau spectacle auquel il avait eu droit. Je goûtai J’aimais cette mise lumière, cette attention redirigée vers moi. Arsène Caprin ,à mon grand étonnement s’était rapproché de moi pour me féliciter lui aussi.

« Vous êtes un bon combattant d’Arkasse, vous avez tout mon respect. »

Je lui renvoyai l’appareil

« Vous avez aussi le mien. »

Je le regardai partir cherchant des yeux le sieur Aldérik qui avait disparu. Son cousin, se rapprocha de moi, passant un bras paternaliste autour de mes épaules.

« Beau spectacle d’Arkasse ! Vous n'avez pas usurper cotre réputation grandissante ! »

Je lui glissai un regard sur le côté.

« N’oubliez pas que je n’ai pas fait ça pour le plaisir. Vous m’êtes redevable. »

Le noble eut un petit rire en me tapotant le dos.

« Vous ne perdez pas le nord hein ? Ne vous inquiétez pas je suis un homme de parole ! Mais en attendant allons fêter ça ! »

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Xël
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Re: Le Château Royal

Message par Xël » sam. 3 sept. 2022 21:06

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Le château de Kendra Kâr est aussi majestueux que dans mon souvenir. Je me tiens devant ses portes, saluant les gardes que j’ai fait sursauter une fois de plus. L’un d’eux rétorque même un peu agacé que même en admettant que c’est très pratique il pourrait m’arriver des bricoles en apparaissant sans prévenir devant des sentinelles. Je m’excuse en lui adressant un sourire tandis que son collègue lui met un coup de coude pour lui faire signe de se calmer. Je demande à m’entretenir avec Satina et on me fait patienter tandis que le plus grincheux des gardes se dirige vers le palais.

« Chouette armure. »

Lâche le garde restant pour briser le silence alors que j’attends patiemment.

« Merci. »

Il se racle la gorge, un peu hésitant.

« Beau temps pour la saison. »

« Oui c’est sûr. »

« Faut excuser Gérard il est toujours un peu sur les nerfs. »

« Pas de soucis. »

« En plus c’est pas comme si vous aviez l’air hostile. Il est con ce Gérard. »

Je lui réponds d’un sourire tandis que le silence s’installe à nouveau.

« Qu’est-ce qu’il fout ? Désolé … »

« Pas de soucis, vous savez j’ai déjà gagné beaucoup de temps en m’évitant de marcher jusqu’ici. »

« HAHAHA ! »

Rit-il un peu exagérément.

« Elle est bonne ! »

Gérard revient finalement après d’autres longues minutes où la sentinelle paraissait de plus en plus mal à l’aise. Il m’invite à le suivre d’un geste et se fait reprendre par son collègue.

« Un peu de respect tu t’adresses quand même au Sanguinaire ! »

Je hausse un sourcil surpris alors que Gérard s’emporte.

« Le Sangui… T’es vraiment con comme un pied de chaise Paul. C’est pas lui le Sanguinaire ! »

« C’est pas lui qui boit le sang de ses victimes ? »

Demande t-il encore plus gêné.

« Non c’est pas moi. »

« Lui c’est le celui qui fait des portails ! Espèce de grande asperge ! »

« Le Plieur d’Espace ? »

« Voilà ! Y avait peu de place au doute pourtant ! Il est apparu devant nous ! »

« Mais c'est pas la même personne ? »

« La même pers… C’en est trop. Défend toi Paul. »

Ordonne t-il tout en dressant ses bras pour frapper.

« Si on pouvait m’amener voir Satina juste avant. »

Dis-je un peu amusé. Gérard descend alors ses bras et pointe un index accusateur vers son collègue.

« T’as du bol mon gars. Je te menace pas Paul mais fais très attention. »

Paul s’excuse platement auprès de moi et de son collègue qui m’invite à le suivre. Je remonte le long et large chemin pavé jusqu’à la porte du château que deux autres gardes nous ouvrent en grand pour nous laisser pénétrer dans un vaste hall. Celui où j’ai vu Satina pour la première fois et où je me suis mangé un coin de porte avant de me croûter sur le sol. Je m’attends à être guidé vers la salle du trône mais il n’en est rien. On m’amène dans un couloir plus loin puis devant une porte où on annonce mon arrivé. J’entends la voix de Satina qui m’invite à rentrer et la porte s’ouvre alors pour dévoiler un salon luxueux où elle patiente debout, proche d’un fauteuil, avec des gardes aux coins de la pièce. Toujours aussi ravissante elle semble néanmoins fatiguée par le poids de ce qui lui incombe désormais. Je lui adresse un sourire qu’elle me rend poliment avant de m’inviter à avancer.

« Bonjour… comment dois-je vous nommer maintenant ? »

Elle m’adresse un regard surpris avant de répondre qu’elle est toujours princesse. J’incline la tête et lui indique qu’elle peut m’appeler Xël si elle le veut bien avant de lui demander si elle a entendu parler de l’incident concernant la milice d’Oranan tout en m’installant dans un confortable fauteuil de velours. Elle répond qu’elle a bien entendu quelque chose mais qu’elle ne s’y était pas plus intéressée, se concentrant sur les affaires internes du royaume.

« Pour faire court ce serait lié à cette autre monde, Aliaénon. C’est pour ça que je compte y retourner. Mais avant je voulais vous parler et premièrement m’excuser de ne pas être venu plus tôt. »

Elle fronce les sourcils devant mon résumé simpliste avant de hocher la tête en attendant la suite.

« A mon retour j’espérais devenir un de vos chevalier. Le comte Bogast m’a dit que ce serait possible. »

"Rien n'est impossible, vous êtes bien placé pour le savoir. Et vous avez les qualités pour le devenir. Mais pourquoi cette promesse d'engagement, subite ?"

Je lui avoue alors que je pense que c’est elle qui doit devenir Reine et l’aveu semble la mettre mal à l’aise. Elle jette un bref regard aux gardes qui restent imperturbables avant de répondre humblement que d’autres le pensent mais qu’elle ne peut rien promettre.

« J’aimerais savoir ce que vous pensez de tout ça ? Vous avez vu comme moi comment c’est comporté Ybelinor. »

"Je crois que chacun, le Comte Ybelinor compris, avons nos raisons d'accéder au trône. Et nos forces. J'ai conscience de l'inhabitude de la situation pour le Royaume, et me plierai à la décision finale de mes pairs, lorsqu'elle tombera. Pour le bien du Royaume."

Elle plisse les yeux tandis qu’un fin sourire nait sur mes lèvres devant sa faculté à ne pas dire du mal du Comte Trouduc’.

"Je n'ai nul droit de juger les actions du Comte. Il a assuré sa survie, et ainsi la possibilité de prévenir la Cité Blanche de la situation sur les Champs de Kochii."

« Il a fuit. Il a fuit parce qu’il y avait peu d’espoir de survie là où nous sommes restés, ou vous aussi êtes restés, pour continuer à combattre. Vous avez tout à fait le droit de le juger, je le fais et d’autres le font aussi. Que se passerait-il le jour où il y aurait peu d’espoir pour la cité elle même ? Et quels sont les pairs qui prendront la décision de choisir qui gouvernera ? »

"Il a fui un combat impossible à gagner. Peut-être a-t-il agi avec plus de stratégie que moi, qui n'ai agi qu'avec mon cœur. Qu'importent ici mes avis sur les attitudes de chacun, ser Almaran. En tant que régente, je ne peux médire de mes égaux."

Elle pince les lèvres.

"La situation est complexe, nul ne sait comment elle se résoudra. Le triumvirat est la solution la plus sage pour l'heure. Certains appellent à un vote de la noblesse, d'autres à un référendum populaire. Aucune solution n'a trouvé grâce pour l'heure."

Je souris d’avantage en voyant toutes les pincettes qu’elle prend pour ne justement pas médire sur un homme qui est loin d’être son égal.

« Vous savez vous pouvez me parler franchement. Si vous voulez que je le garde ensuite pour moi vous n’aurez qu’à me le demander. »

Elle tourne encore les yeux vers les gardes avant de m’observer avec un air insistant tout en fronçant les sourcils avec le visage incliné à ce que les gardes ne puissent pas le voir. Je comprends soudain que la présence des gardes l’empêche de parler librement.

« Ah ! Oh ! Je vois ! Désolé je n’ai pas l’habitude. Et si nous marchions un peu ? »

Elle se lève doucement et m’accompagne à la suivre tout en ordonnant aux gardes de rester où ils sont. Nous parcourons alors un couloir où des ouvertures nous permettent de voir la cité blanche en contrebas qui se teinte d’orange avec la lumière du soleil couchant. Je peux me vanter d’avoir vu la cité de bien des façons mais jamais de celle-ci. La princesse, une fois hors de portée de voix des gardes, s’adresse à moi d’une manière plus libre en conservant tout de même un ton assez bas pour me dire que je la mets dans une position délicate et qu’elle n’a aucune envie qu’on pense qu’elle complote contre le Duc et le Comte.

« Aucun complot ici Princesse. Je compte bien dire à Robert et à Ybelinor ce que je pense de tout ça. Je ne suis pas le plus malin mais on ne peut pas me reprocher mon manque de sincérité. Personne n’est plus méritante que vous. »

Elle sourit. Un sourire si ravissant qu’il m’hébète un instant alors qu’elle m’explique la situation tendue du royaume qui est en équilibre précaire. Que le temps est à la prudence et que ce n’est pas le moment de confronter le Duc ou le Comte. Elle affirme que cette régence, bien que fragile, doit tenir le temps qu’une autre solution soit trouvée. J’admets alors que j’ai simplement du mal à comprendre que la couronne ne revienne pas en toute logique à quelqu’un du même sang que le roi.

"La couronne passe de Roi en fils de Roi. Mon frère, Phaïtos protège son âme, n'a pas eu d'enfant. Pas d'héritier. C'est un cas qui n'a jamais été rencontré avant. Mon accession au trône n'a rien de logique : elle sort de cette tradition."

« Mais vous êtes Princesse non ? Qu’est-ce que ça change si vous n’êtes pas un homme ? »

Elle me regarde d’un air circonspect en lâchant que cela change tout, surtout dans l’esprit de certains.

« Vous voulez que je leur casse la figure ? »

Elle secoue la tête l’air à moitié amusé et je lui adresse alors un sourire pour lui confirmer que je plaisantais.

« Vous pensez que je dois simplement patienter alors ? »

"Pour l'heure, il n'y a guère le choix. Si cela bouge, alors peut-être aurai-je besoin de soutiens."

Je lui confie alors les trois lettres que j’ai rédigés à l’auberge.

« Celle pour vous n’a plus beaucoup d’intérêt comme je suis venu vous parler. Celle pour Robert est une lettre amicale où je lui demande ce qu’il pense de tout ça. La dernière est pour le Comte où je … disons que je ne montre pas très sympathique. Quand vous estimerez que c’est le meilleur moment, si il y en a un, vous pourrez leur confier de ma part. »

Elle récupère les enveloppes et incline la tête, assurant qu’elle les transmettra dès que possible, celles-ci n’engageant que moi.

« Le Comte ne sera pas très content. »

Confiais-je avec un sourire avant de poursuivre.

« Je ne vous embêterais pas avec une discussion sur Herle aujourd’hui Princesse alors j’ai une dernière question. Que feriez vous pour le royaume avec 10 000 Yus ? »

Elle ne cache pas son soulagement concernant l’esquive du sujet du nécromancien avant de lever un sourcil en affirmant qu’elle n’a pas besoin de mécène et que si je désire donner au peuple je peux le faire directement. Nous échangeons quelques mots sur les diverses idées avant qu’elle ne demande si l’orphelinat n’en a pas besoin.

« Si. Sans doute. Mais on ne pourrait pas bâtir assez d’orphelinats pour accueillir tout les enfants qui le sont devenus après la bataille. »

Elle abaisse son regard en rappelant que rien ne pourra remplacer les vies perdues.

« Non. Mais je trouverai quoi bâtir pour améliorer leur quotidien. Peut être que je trouverais une idée sur Aliaénon. »

Elle hoche la tête avant de changer de sujet, demandant si c’est Bogast qui m’a soufflé l’idée de devenir chevalier alors que nous poursuivons notre marche l’un à côté de l’autre et que je m’efforce de détacher mon regard d’elle pour ne pas trop la contempler.

« Oui. Il me proposait entre ça ou bien continuer dans l’armée. »

"Je vois. Vous êtes un défenseur du Royaume, Xël Almaran. Un protecteur de la Cité Blanche. Ce rôle vous siéra sans peine."

« Vous êtes sûre ? J’ai parfois de mauvaises manières. »

"Vous apprendrez à vous tenir en auguste compagnie. Pour le reste, certains chevaliers se comportent parfois comme des soudards rustres et vulgaires, dans les campagnes. Vous ne leur arrivez pas à la cheville, en terme de grossièreté."

Répond-elle amusée tandis que je ris franchement.

« Vous ne me connaissez pas encore bien. J’espère que nous aurons l’occasion de passer plus de temps ensemble. »

Son sourire se teinte de tristesse tandis qu’elle me rappelle que le temps lui manque à cause de son titre mais qu’elle apprendra à me connaître.

« Vous verrez je suis quelqu’un de sympathique quand je ne fais pas tomber les Comtes. »

Je m’amuse de sa mine faussement réprobatrice et dirige à nouveau mon regard vers la cité pour dissimuler ma béatitude. Elle demande alors si elle peut encore quelque chose pour moi. Je tourne le visage, dirigeant mon regard dans le bleu profond de ses yeux.

« C’est étrange. Pourquoi est-ce que je suis si inquiet quand je pense à vous ? »

Je ressens cette crainte, de partir et de revenir trop tard. Qu’un incident se passe alors que je suis loin d’elle. Mais elle cherche à me rassurer.

"Peut-être parce que pour vous, j'incarne le Royaume. Et qu'il y a des raisons d'être inquiet pour lui. Ne vous troublez pas, magicien. C'est l'esprit clair que vous aiderez le mieux."

« Peut être oui. Je vais vous laisser. Sinon vos gardes vont se poser un tas de questions. Faites attention à vous princesse. »

Et moi je vais vraiment passer pour un amoureux transit. Je me concentre une minute pour tordre l’air derrière le mur qui me sépare du vide. Je grimpe sur le mur devant son regard surpris et me laisse tomber après lui avoir adressé un clin d’oeil. Je tombe alors dans mon portail qui disparaît aussitôt et je réapparais à Oranan, atterrissant doucement grâce à ma magie. Maintenant il est temps de prendre du repos car une nouvelle aventure m’attend.


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Ezak
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Re: Le Château Royal

Message par Ezak » mer. 8 avr. 2026 01:17

Les gardes royaux me firent patienter une bonne demi-heure dans un couloir du château, sur un banc de pierres. Le couloir était froid, silencieux, avec cette qualité particulière du silence des palais. Un silence plein. Plein d’echos de vies breves et lointaines, d’un domestique ou un courtisan qui vaquait parlait, d’un cliquetis d’armure d’une posture devenue trop raide, d’un pigeon qui avait décidé de se perdre dans les couloirs du palais. Un silence qui s’écoute et qui écoute.
. D’aucun aurait vu dans le banc de pierres quelque chose de délibéré, une façon rappeler à ceux qui viennent que le temps appartient toujours à celui qui reçoit. Maism moi j'avais vu pire J'avais dormi dans des positions inconfortables, mangé ce que la terre voulait bien offrir, dormi une main sur une arme pendant des semaines d'affilée alors je laissai le temps s’écouler. Je n'avais pas voyagé des semaines pour perdre patience sur un banc.

J’observai le couloir. Les tapisseries. Les gardes immobiles aux extrémités. Tout ici respirait la permanence, l'institution, le poids des siècles. Et j’adorai ce sentiment. Depuis mon adoubement, et mon installation à la Cour c’était la vie dont je rêvais. Je n’avais jamais été un aventurier dans l’âme. Ce n’était qu’une consequence de mon besoin de gagner ma crôute après avoir été viré de chez mon parternel, puis de mon faux engagement auprès d’Oaxaca. Et ma dernière aventure était dans le but de trouver une relique qui pouvait bien être utile si les choses venait à bouger par ici. J’étais à ma juste place.

Lorsque le garde revint et m'invita à le suivre, je me levai sans me presser. Le salon de rencontre était sobre, et fonctionel. Les murs de pierre claire. Les gardes postés à intervalles réguliers, le regard droit, la main sur le pommeau. Et il y avait divan sur lequelle elle était.

Elle.

Satina.

Son Altesse Royale.

Je la regardai une pzire de seconde avant de faire ce que le protocole commandait. Juste assez pour vérifier ce que j'avais gardé en mémoire pendant des semaines, que ce visage était toujours là, que cette droiture tranquille qui la caractérisait n'avait pas changé. Ou si peu. Car il me semblait que quelque chose autour d'elle était plus tendu, comme une corde un peu raide. La régence lui coûtait ou la murissait. Je ne savais pas encore trancher.

Le garde m'annonça. Lorsqu'elle se leva, je mis un genou à terre. La tête inclinée, le poing posé au sol. La forme complète, propre, sans raccourci. Pour elle. Elle inclina la tête et eut un sourire fugace que je commençais à connaître. Celui qu'elle était contente de voir sans que les circonstances lui permettent de le dire autrement.
« Que puis-je pour vous, Chevalier ? »

Je me relevai. La regardai un instant avant de répondre avec le ton qui convenait à la pièce et aux oreilles qui l'habitaient.

« Votre Altesse Royale. Je rentre de Nosveris. J'ai des informations qui vous appartiennent avant d'appartenir à quiconque d'autre. Et une requête qui, j'espère, saura retenir votre attention. »

Je laissai un temps. Juste assez pour que ce soit clair sans être théâtral. Puis je jetai un regard aux gardes.

« Avec votre permission… je préférerais ne pas avoir à choisir mes mots. »

Elle comprit immédiatement.

« Mes hommes me sont fidèles, Chevalier d'Arkasse. Parlez sans détour, et sans crainte que vos propos sortent d'ici. »

Je la crus. Elle ne disait pas ça pour me rassurer. Elle le disait parce que c'était vrai, alors je lui fis totalement confiance. Je restai debout, les mains dans le dos, n'ayant pas été invité à m'asseoir. Ce n'était pas un oubli de sa part, c'était la forme. Je m'y tenais sans mal.

« Soit. Votre Altesse sait déjà une partie de ce que j'ai à dire. Le rapport que j'ai fait parvenir par le Sieur de Maisonneuve : Yuïa-Turé. Un demi-dieu. Nous l'avons arrêté. Détruit, pour être précis. C'est ce que tout le monde sait, ou saura bientôt. »

Je marquai un temps.

« Ce que seuls ceux qui étaient là avec moi savent, c'est ce qui s'est passé à la fin de cette bataille. »

Je la regardai franchement. Sans chercher à habiller ce qui venait.

« Il y avait parmi nous deux êtres singuliers un mage et sa sœur. Cette femme était condamnée, maudite, mourante. La seule chance qu'elle avait de survivre passait par le corps de l'Esprit de Glace que nous ne devions pas détruire. Son frère voulait lui accorder cette chance. La moitié de notre compagnie était pour. L'autre contre. »

Je ne regardai pas ailleurs.

« J'ai fait partie de ceux qui étaient pour. Cette femme nous avait sauvé la vie durant la bataille. Elle et son frère s'étaient rangés de notre côté et avaient largement pesé dans l’issu. Ils avaient combattu pour arrêter quelque chose qui menaçait bien au-delà de Nosveris. Et au moment où tout était fini, on allait la laisser mourir sans lui accorder une chance, alors qu'ils s'étaient donnés pour nous. Pour Nosveris. Pour le monde. Je trouvais ça cruel, et ça allait contre la vision que je me fais de l'honneur. Je me suis donc interposé. »

Je fis quelques pas lents, sans m'éloigner vraiment, comme on fait quand on cherche ses mots non pas parce qu'on ne les a pas mais parce qu'on veut les poser dans le bon ordre.

« Je me suis donc retrouvé face à un autre demi-dieu, Cromax qui faisait à l’origine partie de l’expedition. Ce n'était pas une décision calculée, c'était un choix fait en une fraction de seconde, et j'en connaissais le prix. Une femme de notre compagnie a failli périr à cause de ce choix mais le corps a finalement été détruit. »

Je m'arrêtai un instant sur ce souvenir. Cette fraction de seconde où j'avais choisi. Je n'en revenais pas toujours cette facilité que j'avais à mettre ma vie et celles d’autres dans la balance pour quelque chose qui me semblait juste. Kochii m'avait fait ça. Ou peut-être que c'était déjà en moi bien avant Kochii et que la guerre avait juste retiré les couches qui le dissimulaient.

« Maintenant je vais vous dire ce que personne ne sait, à part moi. De source sûre grâce… ou à cause de mon action … une infime partie de l'esprit subsiste encore. Dans cette femme. Cela a prolongé sa vie, sans que je sois certain que ce soit définitif. C'est le frère lui-même qui me l'a confié après la bataille. J'ai gardé cette information pour moi jusqu'à aujourd'hui. »

Je m'arrêtai.

« J'ai agi par honneur, Votre Altesse. Et parfois … pas toujours, mais parfois, je doute. Je me demande si j'ai bien fait. Si j'avais le droit de prendre ce risque au nom de tous ceux qui étaient là. Si laisser courir cette infime part d'esprit dans le monde était de la clémence ou de l'imprudence. Je ne sais pas encore. »

Je la regardai directement.

« Après mes années infiltré dans les rangs d'Oaxaca, après Kochii, après avoir vu ce que certains infligent aux autres sans que ça leur coûte grand-chose — je ne me vois pas vivre dans un monde sans honneur. Pas après ça. Mais est-ce que mon empathie valait la peine de ces actions ? »

Un dernier temps. Court.

« Alors dites-le moi, Votre Altesse Royale. Ai-je failli dans mon rôle de Chevalier ? »

Son visage se fit grave. Pas du jugement quelque chose de plus mesuré que ça. Elle pesait ce que je lui avais donné avec sérieux. Je la regardai faire sans rien rajouter.

« Il ne m'appartient pas de juger votre acte de clémence et de miséricorde. Vous avez agi selon votre morale, et c'est tout ce que j'attends de vous. Quant au risque pris, vous avez fait votre devoir en m'en apportant le témoignage. J'espère une seule chose, Chevalier : que vous assumiez votre acte si le danger s'éveille à nouveau. Il sera alors de votre devoir de protéger les vôtres. »

Je l'écoutai. Chaque mot. Elle ne me donnait ni absolution ni sentence et j'avais attendu l'une ou l'autre sans me l'avouer vraiment. Elle me rendait quelque chose de plus difficile à porter : la responsabilité entière de ce que j'avais fait. Sans me la retirer. Sans me la confisquer. C'était juste. C'était même exactement juste. C’était une preuve de plus qu’elle avait là de grandes qualités de souveraine.

« Si le danger s'éveille à nouveau, je serai là. Ce n'est pas une promesse que je fais à la légère, Votre Altesse. Vous savez ce que mes promesses valent. »

Un temps. Ce qui venait ensuite était d'une autre nature. Je le savais depuis que j'avais franchi la porte du palais ce matin. Ce n'était pas la partie que je redoutais mais celle que je ne savais pas encore comment faire tenir en quelques phrases sans avoir l'air de sortir d'un conte de fous.

« Il y a autre chose. Et je vais être franc : On nous a demandé de garder ce que je vais vous dire pour nous. De ne pas en parler. J'ai réfléchi à cette injonction et je suis arrivé à la même conclusion à chaque fois : mon serment envers vous pèse plus lourd que la discrétion qu'on m'a demandée. Vous devez savoir. »

Je m'avançai légèrement. Voix posée. Mesurée. Celle que j'utilisais quand je voulais être entendu vraiment.

« J'ai été happé. Dans un autre monde, Votre Altesse. Un monde à part entière, distinct du nôtre. Il s'appelle Ashaar. J'y ai été happé avec d'autres Yuimeniens. Xël Almaran en faisait partie … et la responsable de tout cela était la Régicide. Ceux-là revenaient d'Aliaénon où ils avaient combattu le Dragon Noir. Il y était aussi. Sa tête a été envoyée là-bas, à Ashaar, avec eux. Mais elle y restera. Et je puis vous assurer qu'il ne reviendra plus sur nos terres. Nous en sommes définitivement débarrassés … puisque Ashaar est vouée à disparaître. »

Je la laissai prendre le mot. Je vis quelque chose traverser son visage… pas de l’incredulité franche, plutôt cet effort visible qu'on fait quand on tente d'intégrer quelque chose qui n'entre pas facilement dans les cases qu'on s'est construites. Je poursuivis avant qu'elle puisse parler, parce que si je m'arrêtais maintenant je risquais de ne pas retrouver le fil.

« Ashaar n'est pas un monde libre. Ses habitants y naissent adultes, sans mémoire, sans enfance. Immortels — mais au prix de leur liberté. Ils sont parqués dans des niveaux, surveillés, expérimentés. »

Je marquai un temps.

« Nous avons rencontré là-bas un administrateur au service de Zewen. Un homme de pouvoir dans ce système. Il nous a parlé de ce monde comme d'un monde test. Un espace où des existences sont générées, observées, disposées selon la volonté de ceux qui tiennent les rênes — puis effacées. La vie des habitants d'Ashaar ne leur appartient pas. Elle appartient à ceux qui ont construit ce monde. Je n'ai pas de mots plus propres pour dire quelque chose d'aussi monstrueux. »

En disant ces mots à voix haute, devant elle, dans cette pièce aux murs de pierre, je réalisai quelque chose que je n'avais pas encore tout à fait formulé que raconter Ashaar me faisait me rendre compte à quel point j’avais du mal à croire ce que je venais de vivre. Le dire me semblait… ridicule.

Je soutins son regard.

« Je ne sais pas ce qu'on fait d'une telle information. Je ne sais pas ce que Kendra-Kâr peut ou doit faire avec l'existence d'Ashaar et de ces mondes tests qui seraient nombreux, si on doit croire la parole de cet être. Mais vous devez le savoir. Parce que ce monde existe, parce que des gens y vivent et sont effacés selon le bon vouloir d'autres. Et parce ce serait trahir mon serment que le vous cacher. »

Je marquai une pause, attendant.

Je l’observai. Cela se voyait qu’elle encaissait tout cela difficilement. Je la regardai faire — cette femme qui avait tenu une armée en déroute, qui avait remplacé son frère au pied levé devant des généraux qui ne demandaient qu'à ne pas lui obéir, qui gouvernait un Royaume en crise avec trois têtes qui se regardaient en chiens de faïence. Et même elle, avec tout ça, avait du mal à digérer ce flot. Il y avait quelque chose de presque réconfortant là-dedans. Ça signifiait que ce que j'avais vécu était effectivement extraordinaire, et pas seulement dans ma tête.

Son regard se perdit un instant, fixé au sol. Puis il revint vers moi.

« Ce que vous avez vécu semble… terrifiant. Je crains que ce ne soit pas le rôle de Kendra-Kâr que de s'immiscer dans de telles conjectures. Nous ne pouvons rien contre la volonté des divins, encore moins sur d'autres mondes que sur le nôtre. »

Nouveau silence. Lèvres pincées.

« Ce que je retiens de tout ceci, en revanche, c'est la disparition définitive - je l'espère de tout cœur - du Dragon Noir. C'est une nouvelle qui promet de meilleurs lendemains à Nirtim. À tout Yuimen. »

Je hochai la tête. C'était juste. C'était même là-dessus que reposait le reste ce que les gens pouvaient comprendre sans avoir besoin de croire aux mondes parallèles et aux existences générées par des êtres supérieurs. La menace du Dragon Noir était une histoire ancienne. C'était suffisant.

Puis je vis son regard changer. Une obscurité qui apparaissait. Elle me toisa, et quand elle parla, les mots tombèrent avec une netteté incisive que je ne lui connaissais pas.

« M'amenez-vous également les nouvelles de l'arrestation ou du trépas de celle qui tua mon frère ? »

Je me figeai. Son regard me cloua sur place. Son ton arrêta le temps quelques secondes

Il y avait dans cette question quelque chose qui ne venait pas de ses responsabilités. Quelque chose, de plus douloureux que tout ce qu'une Régence pouvait contenir. C'était une sœur qui demandait des comptes pour son frère mort et je n'avais pas la réponse qu'elle méritait.

Je restai figé. Long. Trop long pour un homme qui répondait d'ordinaire sans hésiter.

« Non. »

Le mot seul d'abord. Puis je repris, posément.

« La dernière fois que son nom a été prononcé entre nous, c'était à Kochii, Votre Altesse. Je vous avais posé la question directement : vouliez-vous que je vous ramène sa tête ? Vous m'aviez répondu non. Qu'elle n'était qu'un pion. Qu'elle avait exécuté un ordre, comme d'autres avant elle, comme d'autres après. »

Je ne quittai pas son regard. Je fis deux pas vers elle, en signe de soutien pour cette douleur qu'elle portait depuis trop longtemps et qu'elle n'avait pas le droit de montrer dans toutes les salles.

« J'ai donc fait le choix de simplement ignorer son existence. Ce n'était pas de la clémence de ma part, c'était votre réponse que j'appliquais. »

Un temps.

« Mais les deuils évoluent, Votre Altesse. Et les désirs aussi. Alors je vous pose la question à nouveau, clairement. Vous pouvez me répondre en tant que sœur plutôt qu'en tant que régente si vous le souhaitez. Je vous répondrai comme le simple homme qui a choisi de vous servir pour ce que vous êtes, et non pour ce que vous représentez. »

Je me redressai légèrement. La voix douce, presque chuchotée.

« Si vos désirs ont changé, dites-le moi. Si vous voulez sa tête, je vous la rapporterai. Si vous voulez celle d'un des anciens généraux d'Oaxaca encore en vie, je serai ravi de m'en charger également. Sans détour et sans état d'âme. »

Elle pinça les lèvres encore une fois. Je commençais à croire que c’était une attitude qu’elle avait quand elle tentait de gérer ses émotions.

« Ce jour-là, trop de sang avait coulé. »

Elle serra la mâchoire.

« Je ne souhaite pas sa tête. Je souhaite qu'elle soit traduite en justice pour l'assassinat du Roi. Car c'est ainsi que nous fonctionnons. Elle n'était qu'un pion, effectivement, et mon frère l'une des trop nombreuses victimes de cette bataille immonde. Mais quelle image renvoyons-nous si nous laissons courir les assassins ? La justice s'est abattue sur Oaxaca. Sur le Dragon aussi, selon vos dires. À son tour, désormais. »

Elle soupira.

« Ne vous attaquez pas aux anciens des Treize. Certains sont morts, d'autres ont fait leur mea culpa. D'autres non… Mais la guerre est désormais terminée, et rien ne doit être fait pour souffler sur les braises de celle-ci. La régicide… nul ne s'opposera dans leurs camps à ce qu'elle soit jugée pour son acte. »

La justice plutôt que la vengeance. Je l'entendis pour ce que c'était. Une rigueur de ceux qui ont conscienses qu’ils incarnent des valeurs. Une capacité qu'elle avait d'être à la fois la sœur qui souffrait et la souveraine qui tranchait, sans laisser l'une dévorer l'autre. C'était peut-être ça, au fond, ce qui me faisait croire qu’elle était la souverraine parfaite pour Kendrâ-Kâr.

« Et si elle résiste ? »

Ce n'était pas une esquive. C'était la question réelle, posée à voix haute, simplement.

« Et s'il n'est pas possible de l'amener face à la justice parce qu'elle combat plutôt que de se rendre, parce que les circonstances ne me laissent pas le choix ? »

Je voulais cette réponse avant de partir. Avant de faire une promesse que les faits pourraient m'empêcher de tenir telle quelle.

Son ton se fit plus léger

« Résister ? À vous qui tenez tête jusqu'à un demi-dieu ? »

Je ne pus m'empêcher de sourire. De ceux qu'on ne décide pas vraiment.

« Je ne fais que suivre l'exemple d'une seigneuresse entêtée qui a mené la charge d'une cavalerie contre les forces d'une demi-déesse — et qui s'apprêtait même à aller se mesurer à elle et au Dragon Noir en personne si je ne l'en avais pas dissuadée. »

Me permis-je avec la même legerété complice. Elle sourit également et pendant une fraction de seconde, j’aurais pu jurer, que ce salon de rencontre avec ses gardes aux murs ressembla à autre chose.

Puis son ton se fit sérieux.

« Alors elle aura choisi sa sentence. »

Nets et définitifs. Il n'y avait rien à négocier là-dedans, rien à interpréter.

« Je vous la ramènerai. »

Elle inclina la tête, reconnaissante.

« Puis-je vous demander de poser vos rapports d'activité par écrit afin que j'en rende compte à mes deux co-dirigeants ? Je vous laisse décider de ce qui est… pertinent d'y figurer. »

Cette formulation. Elle me laissait décider. Ce n'était pas de la paresse c'était de la confiance. Elle savait pourquoi j’étais venu faire mon rapport à elle et pas aux deux autres. Et elle faisait le choix de fermer les yeux sur les zone d’ombres que je vous y glisser.

« Je le ferai, Votre Altesse. Vous aurez votre rapport écrit. »

Un temps.

« Mais il reste deux choses que j'aimerais aborder. Deux choses qui ne figureront pas dans ce rapport que je peux confier qu'à vous. »
Je me redressai légèrement.

« La première concerne deux femmes que j'ai ramenées d'Ashaar. Elles ont perdu la mémoire en traversant. C'était la condition du passage. Je les ai ramenées parce que les laisser là-bas revenait à les condamner. J'ai pour leitmotiv de ne laisser aucun camarade en arrière. Ce choix m'appartient et je l'assume entièrement. »

Je la regardai directement.

« Ce que j'aimerais savoir, Votre Altesse — est-il possible de leur accorder un statut juridique à Kendra-Kâr ? Discrètement. Dans le secret. Je ne veux pas qu'elles soient des fantômes, qu'elles n'existent pour personne, qu'elles ne puissent pas ouvrir une porte ou traverser un poste de garde sans que quelqu'un leur pose des questions auxquelles elles ne peuvent pas répondre. Ni même que leur différence les mette en danger. »

Elle parut perplexe.

« Des femmes amnésiques venues d'un autre monde ? Cela me semble risqué. »

Elle tordit la bouche.

« Je crains ne pouvoir grand chose pour elles. Je ne peux leur offrir leur citoyenneté sans les connaître, et quand bien même cela outrepasserait mes… fonctions. Si elles ne sont pas vecteur de problème, leur présence ne devrait pas poser souci, si ? J'entends que vous souhaitiez qu'elles soient reconnues, mais… j'ignore comment vous pourriez vous y prendre. Les déclarer auprès des registres de la milice ? »

« Les déclarer à la milice… »

Je laissai l'idée faire son chemin. Simple. Évident. Tellement évident que je n'y avais pas pensé parce que j'avais cherché une solution compliquée à un problème qui n'en avait peut-être pas besoin d'une.

« Je n'y avais pas pensé. Je ferai ça. »

Je m'apprêtai à conclure. Mais je ne bougeai pas.

Quelque chose me retenait. Une tension entre deux loyautés qui tiraient dans des directions opposées et dont aucune ne méritait d'être sacrifiée à l'autre. Je me sentis tiraillé de façon visible et je savais qu'elle le voyait. Les traits de son front se plissèrent face à mon malaise. Je pensais à Xël qui m’avait confié son amité avec la Régicide. Bien que je trouvais ça déplacé et incompréhensible j’avais laissé passé par respect pour le héros qu'il était. Elle ne m’intéressait pas. Mais la chose venait de brutalement changé alors sur j’avais ordre maintenant de l’arrêté par tous les moyens.

« Je… Je me retrouve dans une situation délicate. Ma fidélité envers vous me pousse à être franc. Je ne vous dis pas tout sur la Régicide. J'ai appris quelque chose qui touche directement un homme pour qui j'ai de l'amitié et un profond respect et je ne voudrais pas lui porter préjudice en parlant à sa place. »

« J'aimerais pouvoir lui laisser la possibilité de régler cette situation lui-même. Et si dans un délai raisonnable ce n'est pas le cas, je vous le révélerai. Si vous me le permettez. »

Elle ne demanda pas ce que c'était, ne força pas, ne joua pas sur ma fidélité pour obtenir ce qu'elle aurait eu le droit de savoir. Elle me regarda juste, évaluant.

« Du moment que ça ne va pas à l'encontre de vos principes de justice, je ne souhaite pas savoir de quoi il s'agit. Je vous fais confiance, Chevalier d'Arkasse. »

Je la regardai. Cette confiance qu'elle posait là sans condition, sans filet. C'était le genre de chose qui pesait plus lourd que n'importe quelle récompense, n'importe quel titre. Et cela me soulageait. Je garderai secret ce que je savais, mais j’allais devoir avoir une discussion avec le mage.

« Votre confiance m'honore, Votre Altesse. Plus que vous ne le pensez. »

Je le dis simplement. Parce que c'était vrai et que les grandes vérités n'avaient pas besoin d'être habillées.Puis quelque chose changea dans ma façon de me tenir. Une tension quitta les épaules, la mâchoire, cet endroit derrière les yeux où on retient les choses qu'on ne peut pas dire. Le rapport était fait. Les choses importantes avaient été dites. Ce qui restait était autre chose.

« C'est tout pour ce qui est officiel. Venons donc aux choses qui importent vraiment. »

Je la regardai, pas la Princesse, pas la régente. Juste elle. Avec ce que des mois d'absence avaient laissé en elle.

« Comment allez-vous depuis le temps ? »

Elle sourit devant l'ingénuité presque familière de la question.

« Mieux que le Royaume. Le partage des pouvoirs ne me touche pas personnellement, mais le peuple subit ces ralentissements administratifs et les blocages d'une direction à trois têtes. Et cela me peine, occupe la plupart de mes pensées. »

Son regard se perdit un instant dans le vide. Je la laissai. Puis il revint.

« Mais ce n'est pas de votre domaine d'action, veuillez excuser cet écart. Je me porte bien. »

Je hochai la tête. Elle s'excusait de m'avoir dit une vérité. C'était ça aussi, le prix de ce qu'elle était cette obligation permanente de ramener les choses à leur juste mesure, de ne pas laisser l'humain déborder sur l'institutionnel. Je restai donc sur cette vérité, laissant les atours de côté.

« Oui, je pense que la situation nous peine tous. J'imagine que le Royaume ne peut pas continuer comme ça éternellement. Il faudra bien qu'une couronne soit posée sur une tête un jour, et le plus tôt sera le mieux. »

Elle opina tristement du chef. Cette impuissance d'une femme qui tenait un Royaume à bout de bras sans pouvoir encore en revendiquer pleinement les rênes.

« Puis autre chose pour vous, guerrier de la nation ? »

« Non, Votre Altesse. Ce sera tout. »

Un temps. Puis, parce qu'il y avait une chose que je voulais qu'elle sache avant de repartir quelque chose qu'elle méritait de l'entendre :Savoir qu’elle avait des soutiens.
« Je voulais juste que vous sachiez, avant de repartir - avant que la Cour et ses bruits reprennent le dessus - que quoi qu'il arrive dans cette succession, quoi qu'il se trame dans les salons et les antichambres de ce palais, il y a un Chevalier qui sait de quel côté il se tient. Ce côté-là, c'est le vôtre. »

Elle plissa les yeux en reconnaissance. Puis précisa et dans cette précision il y avait toute la personne qu'elle était, : la droiture incarnée.

« Alors respectez ceci : vous êtes avant tout un chevalier du Royaume de Kendra-Kâr. C'est le seul côté qui devrait vous importer. »

Je la regardai un instant. Et je souris brièvement, sincèrement.

« C'est justement parce qu'il m'importe. Et que je préfère être honnête. »

Un temps. Je la regardai franchement.

« Aujourd'hui le Royaume tient sous cette régence tri-partagée. Si un jour - et je ne l'espère pas non plus - seigneurs les régents devaient entrer en conflit ouvert, je ne pourrai pas me séparer en trois. »

Une pause. Courte. Le genre qui dit que ce qui suit n'est pas dit à la légère.

« Vous connaîtrez alors mon choix. Et vous saurez déjà sur qui compter. »

« Je le sais, oui. Mais si d'aventure l'un des deux autres accédait légitimement au trône, je vous saurais gré de ne pas vous y opposer. »

Un sourire sincère. Il n’y avait pas besoin de mot. Mon serment m’obligeait et nous n’avions pas besoin de plus s’étendre sur un évènement hypothétique.

« Je suis content d'être rentré. C'était bon de vous voir, Votre Altesse Royale. »

Elle inclina la tête, signe que je pouvais disposer..

« À une prochaine fois, Chevalier. J'attends votre rapport. »

Je m'inclinai une dernière fois. La forme complète. Propre. Le genou à terre, la tête inclinée, le poing au sol. Comme à l'entrée, comme toujours. Et je sortis sans rajouter quoi que ce soit. Descendant les marches du salon de rencontre avec ce sentiment particulier qu'on a après une audience importante J’avais l'impression d'avoir posé un fardeau sans pour autant m'en être entièrement délesté. Les choses avaient été dites. Les bonnes choses, aux bonnes oreilles. C'était suffisant pour aujourd'hui.

Je traversai le couloir principal, remontant le chemin par lequel on m'avait conduit. Les gardes me regardaient passer avec cet air neutre professionnel que j'avais appris à ne plus chercher à déchiffrer. Je remontai mon col, ajustai ma cape. Et je m'arrêtai net.Au bout du couloir, appuyée contre le mur avec la désinvolture tranquille de quelqu'un qui attend le pain chez le boulanger, se tenait Blanche.

(Blanche...Dans le Palais Royal de Kendra-Kâr?)

Je la regardai un long moment incrédule. Elle leva les yeux vers moi avec un sourire narquois.

« Ah. Te voilà. »

« Bordel de… Blanche ? »

Je m'approchai, les dents serrées, en gardant une voix basse et parfaitement contrôlée.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? »

« Je t'attendais. »

Je soupirai d’agacement.

« Je vois ça. Ce que je te demande c'est comment tu es entrée dans ce palais. »

Elle regarda autour d'elle avec l'air de quelqu'un qui considère sincèrement la question.

« Par là. »

Elle désigna vaguement une direction. Un couloir avec une porte quelque part au bout.

Je regardai dans cette direction. Puis je regardai les deux gardes postés à dix pas de nous qui nous observaient avec des expressions que j'aurais qualifiées de perplexes si les gardes royaux s'étaient autorisés la perplexité.

« Tu as utilisé ta magie ? »

Ce n'était pas vraiment une question.

« … »

Elle ne répondit pas. Elle n'avait pas non plus l'air particulièrement gênée par le silence qu'elle laissait à la place de la réponse. Elle me regardait avec cette expression ouverte, légèrement curieuse, comme si c'était moi qui posais une question bizarre.

Je pris une longue inspiration pour ne pas me laisser aller à mes nerfs.

Elle avait traversé les gardes d'un Palais Royal comme si c'était une promenade. Sans bruit, sans incident, sans que personne apparemment ne l'ait vue arriver et pourtant elle était là, debout dans un couloir à dix mètres des appartements privés de la régente, à attendre que je finisse mon audience. Je ne savais pas décider si c'était impressionnant ou terrifiant
.
« On s'en va. Maintenant. »

« D'accord. »

Elle se détacha du mur avec une fluidité presque insultante de naturel et se mit à marcher à côté de moi en direction de la sortie. Je maintins le pas. Régulier. Déterminé. L'allure de quelqu'un qui a parfaitement le droit d'être là et qui repart simplement parce qu'il a terminé ce qu'il avait à faire.

Les gardes du couloir nous regardèrent passer. Puis les gardes du hall. Puis ceux de la cour intérieure.

Chacun d'eux nous suivit du regard avec une expression entre l'interrogation et l'inconfort. Celle qu'ont les gens quand quelque chose s'est passé sous leur nez sans qu'ils sachent exactement quoi ni quand. Nous descendîmes les marches du palais côte à côte. Dehors, la lumière était éclatante. Kendra-Kâr vivait autour de nous dans son bruit familier, les pavés, les voix, les charrettes.

Je m'arrêtai au pied des marches. La regardai.

« Sérieusement, comment as tu fais ça ?»

« Je te le raconterais… Un jour…Peut-être. »

Elle regardait déjà la rue devant elle avec cet air légèrement émerveillé qu'elle avait depuis qu’on était arrivé sur Yuimen.

J’expirais longuement. Elle avait perdu la mémoire mais pas son caractère. Je décidai que c'était suffisant pour aujourd'hui. Je remontai le col de ma cape.

«T’es pas croyable. Viens. Et va pas t’infiltrer n’importe où cette fois.»

Et nous reprîmes le chemin vers les rues de la Cité, sous le rire enjouée de Blanche.


HRP : PNJ de Satina joué par Cromax

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