<~
13.
Arlün s'étira doucement dans ses draps. Hmm... Des draps ? Il n'était pas à Amarok ?
Il avait chaud, le front humide de sueur et la bouche pâteuse. Où étai... Mertar. Il était à Mertar depuis deux jours. Il avait rendu visite à ses compatriotes et était rentré à la taverne. Fromage de chèvre, Tarim, et puis quoi ? Le concert avait commencé.
Avec voix, tambour et trompe grave, le style avait été effectivement bien plus solennel qu'en présence du flûtiste. Mais chaque instrument, et la voix !, avait pu briller davantage. Et quand les nains s'étaient mis à chanter, plus vraiment besoin de musiciens sur scène ! Ses voisins proches avaient beau tous chanter faux, le nombre finissait par tout ajuster.
Il ne s'était pas bouché les oreilles, cette fois-ci, alors qu'il était au premier rang et que le volume sonore n'avait pas été moindre que la première fois. Mais il avait tenu bon, et il était prêt. Il avait chanté gaiement avec les autres. D'autant plus gaiement que Tarim lui avait offert une deuxième bière. Puis, quand Arlün lui avait rendu la pareille, une troisième...
Est-ce qu'il... Oh non... oh non...... ce n'était pas un rêve, il avait vraiment... hurlé à la lune comme un loup ? Awaouté une belle note aigüe, et à sa décharge, parfaitement juste... mais... oh non. Et puis groggy, il avait prétexté son entraînement matinal pour s'éclipser un peu plus tôt et tanguer jusqu'à sa chambre...
Entraînement... oh merde. Arlün voulut se lever d'un bond et s'écrasa au sol. Il se précipita vers la fenêtre qui ne lui offrit pas beaucoup d'indices, mais le ménestrel avait le sentiment d'être en retard, d'avoir trop bien dormi. Il vida le broc d'eau dans son gosier et profita d'être... euh... encore habillé de la veille, parce qu'il s'était effondré tel quel sur son lit, pour sortir sans perdre de temps. S'il sautait le petit-déjeûner, la toilette, le nettoyage des poils blancs qu'il semait dans la chambre... et qu'il trouvait un moyen de voyager dans le passé, peut-être qu'il arriverait à temps !
Arrivé sur la Grand'Place, il dut se rendre à l'évidence, la journée avait bien commencé, et pas trace de l'escouade de liykors autour de la fontaine centrale.
Arlün ne savait pas quoi faire à part esquiver les thorkins et thorkines qui venaient s'approvisionner au marché, quand le propriétaire d'un des étals le héla vigoureusement :
— Et toi ! Le fujonien ! Arlün !
Le sus-nommé se retourna, ébahi. Comment connaissait-il son nom ?
— Bonjour, monsieur. Que Valyus vous protège !
— Ouais, ouais, toi aussi, mon pti. J'ai un message pour toi. Tu as raté tes amis, mais ils t'offrent une infusion d'Erak pour t'éclaircir l'esprit. Et est-ce que tu as pris ton petit-déjeuner ?
— Non...
— Eh bien, ils y ont pensé aussi.
Le nain souleva un couvercle en bois et remplit un bol en bois d'un liquide fumant. Puis d'un coup de couteau précis il découpa une tranche d'un pain noir, y étala une couche de crème jaune, et une deuxième couche de... miel ?
Arlün reconnaissait le dernier ingrédient. Il se conservait si bien que les fujoniens de Mertar en ramenaient parfois jusqu'au village. En général, on le laissait aux enfants. Il n'en avait pas eu depuis si longtemps !
Les papilles reconnaissantes, Arlün remercia chaudement le nain et prit quelques minutes pour apprécier son petit-déjeuner. Le pain-trucjaune-miel était délicieux. Le liquide... l'Erak, beaucoup moins, mais si c'était censé lui éclaircir l'esprit...
Arlün rendit son bol au... vendeur de petit-déjeuners ?
— Merci. Suite du message. Tu sors de Mertar, et tu vas touuuut à droite. Et tu suis les traces dans la neige. Dix minutes devraient suffire une fois que tu as trouvé les traces.
— Ah. Merci ! Et ils vous ont passé le message il y a combien de temps ?
— Une demie-heure ? Trois-quarts d'heure ? Y a un bon moment, en tout cas.
Arlün salua le nain et partit en courant, puis en trottinant après avoir failli se cogner contre des passants. Une booonne demie-heure, ce n'était pas un retard négligeable !