La Fracture du destin
Enquête à têtes
Nhaundar & Haple
XII
Malgré l’attitude maussade d’Haple, el trio prend le chemin de Tulorim. Voyant que son cerf-volant n’a guère de succès, Merak’Moth le fait s’envoler d’un mouvement de l’index. Ainsi envolée, la grande toile tendue offre une ombre bienvenue au sol, permettant aux trois voyageurs de ne pas subir les rayons du soleil avec trop d’intensité. La situation reste rude pour Nhaundar, mais Merak’Mouth a l’air parfaitement à l’aise.
« Je sais simplement qu’il s’appelle Rosenfiel et qu’il possède un navire, amarré au port. Il va nous falloir fouiner un peu, mais les kendrans sont généralement facilement repérables, dans la région. »
Elle dit cela avec un sourire carnassier, come si elle parlait par expérience qui l’amusait beaucoup.
« Oh, c’est un simple tour de passe-passe. Voyez, la voix est portée par le vent. Je me contente de rendre ce vent plus précis. C’est devenu instinctif, les gens avaient du mal à m’écouter, fut un temps. La magie de l’air est réellement formidable. Par exemple… »
Elle ouvre sa gourde et tend sa main en dessous, paume vers le ciel. Un vent localisé s’y forme et l’eau qu’elle y verse s’y retrouve piégée. Elle range sa gourde, puis pointe un doigt vers l’eau suspendue. Un courant d’air percute l’orbe aqueux et un fin filet de brume en sort et vient délicatement rafraichir Haple, qui boude toujours devant. Elle offre le même don à Nhaundar, puis à elle-même, jusqu’à ce que l’eau disparaisse.
« La magie offre toute sorte d’application, quand on s’y attarde suffisamment. »
Le reste du trajet leur prend une petite heure. Et, alors qu’ils approchent des premières habitations, Merak’Mouth s’arrête subitement. Sourcils froncés, elle fixe un nuage noir qui semble grossir au-dessus d’un point précis de la ville, du côté du port.
« Quelqu’un s’amuse beaucoup trop avec les pierres divines… Allons-y, je ne pense pas que ça puisse être une coïncidence que ça se forme au port. Nhaundar, vous irez à la milice une prochaine fois, on tient peut-être quelque chose d’utile. »
Elle rappelle son bâton et, en quelques instants, ce dernier a repris sa forme initiale et la toile est pliée dans son sac. Faisant signe à ses acolytes du moment, elle se dirige droit vers le port. Mais la ville a des yeux partout, et Haple peut sentir qu’on les observe. Elle ne sait pas qui, où, ou pourquoi elle ressent cela, mais ses cheveux se dressent sur sa nuque. Puis la sensation disparaît, ne laissant qu’un sentiment étrange et la certitude que quelque chose se trame.