Les Monts Sanglants

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Yuimen
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Les Monts Sanglants

Message par Yuimen » jeu. 23 août 2018 17:29

Les Monts Sanglants

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Les Monts Sanglants et les ruines d'Astérök vus depuis les plaines


Les Monts Sanglants forment les premiers contreforts du Massif des Jumeaux situé sur le Duché de Luminion et la chaîne du Karathren, donc ils englobent le sommet le plus à l'est, romantiquement nommé le Pic des Crânes, non pas à cause de sa forme mais parce qu'en -25'694 les Garzoks anéantirent une armée Thorkine à son pied et formèrent une pile des crânes des vaincus sur le champ de bataille, si haute que la légende dit qu'il y eut un deuxième pic pendant quelques temps.

Aujourd'hui ces monts sont une région sinistre, désolée et tourmentée où ne poussent que buissons épineux et herbes rêches. Nombreux sont les Garzoks et les Sektegs qui y rôdent, les ignobles créations des Treize, aussi. Pour le voyageur, c'est l'une des zones les plus dangereuse de Yuimen, dans les pays alentours, tous vous diront que s'y aventurer est suicidaire. Les rivières et ruisseaux sont rarement potables, le gibier naturel quasiment inexistant, les plantes vénéneuses omniprésentes. Mais il n'en a pas toujours été ainsi, c'était autrefois une contrée aussi verdoyante que les massifs environnants. Pour comprendre les raisons de ces changements, ainsi que le nom de ces lugubres montagnes, il nous faut remonter de quelques 30'000 ans dans le temps et nous pencher sur leur triste histoire:

En -30'000, une ère glacière s'abattit sur le monde et forma sur ces montagnes de gigantesques glaciers qui perdurèrent près de 8'000 ans. Ce qui n'empêcha pas les Garzok de fonder une cité, Astérök, sur l'une des rares éminences rocheuses dépassant de la glace. De leur côté, les Thorkins de Mertar occupaient le nord de l'actuel Duché Kendran de Luminion, si bien qu'une guerre éclata entre ces deux peuples en -25'720. Elle dura 90 années et la bataille qui donna son nom au Pic des Crânes s'y déroula, ainsi que de nombreuses autres, sans que quiconque ne l'emporte véritablement.

Aux alentours de -22'600, l'ère glacière s'acheva et les glaciers fondirent, engendrant une monstrueuse inondation qui anéantit Astérök et tant de Garzoks que l'eau qui arriva dans les plaines en contrebas était rouge, événement qui donna aux montagnes leur nom de Monts Sanglants. Ils ne tardèrent pas à se recouvrir de végétation, comme les autres montagnes de la région, mais en -21'995, il arriva qu'un Garzok entre en contact avec une étrange pierre et libère le pouvoir des fluides primordiaux dans la nature. Dans les cinquante années qui suivirent, massacres et accidents se multiplièrent, nul ne sachant comment contrôler ces fluides sauvages. C'est à cette époque que des adeptes de la magie d'obscurité se déchaînèrent dans les Monts Sanglants, les dévastant à jamais de leurs expériences et, surtout, de leurs échecs, à tel point que nulle végétation ne survécut.

Par la suite se déroulèrent encore de nombreuses batailles dans cette région désormais stérile, pour des questions religieuses liées aux fluides élémentaires d'abord, entre -21'930 et -20'000, puis entre les armées d'Oaxaca et ses voisins entre -7'850 et -7'700, confirmant la pertinence de son appellation si besoin était.

Aujourd'hui, c'est une zone frontalière entre l'Empire d'Oaxaca et le royaume Kendran, nombreuses sont les escarmouches qui s'y déroulent, teintant une fois de plus en écarlate les rochers et les rivières qui en descendent.

A noter encore qu'on y trouve bon nombre de grottes, presque toutes hantées par des créatures de cauchemar, telle la sinistre Grotte Obscure à laquelle on n'accède que par un pont maudit. Seul refuge contre les dangers innombrables de ces terres damnées, la Maison de la bien étrange Famille Mawess, pour autant que vous ne soyez pas un Garzok ou un Sekteg bien sur, car dans ce cas, peut-être vous sentirez-vous chez vous en ces lieux sinistres?

Lieux particuliers au sein des Monts Sanglants :

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Throk Shakirr
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Re: Les Monts Sanglants

Message par Throk Shakirr » dim. 2 févr. 2020 23:25

Deux semaines. Deux putains de semaines s’étaient écoulées depuis mon évasion, et je n’avais pas encore récupéré de toutes mes blessures. Les cicatrices rouge sombre des épines ayant déchiré mon épiderme vert apparaissaient encore. Elles ne laisseraient pas de marque à terme, mais elles étaient guéries. Les douleurs musculaires et ligamentaires de mon bras et de mes jambes étaient quant à elles toujours bien là. Pas de là à boiter au quotidien, mais j’étais sacrément réduit quand même : je ne pouvais marcher plusieurs heures sans ressentir une douleur croissante. Ça limitait mes possibilités de trajet, et me forçait à un immobilisme qui commençait sérieusement à me gaver. Bordel, je me voyais encore comme un con à ôter ces épines de merde l’une après l’autre, tout en mordant un bout de cuir pour ne pas gueuler à cause de mes hématomes. Quelle pauvre loque. Un vrai faible.

Mais là ça y était, c’était le bon jour pour bouger mon derche et aller de l’avant, pour quitter cette forêt de merde et ses décors gris pourris. J’savais pas où j’allais, et en vrai, je m’en battais la raie. J’avais besoin de bouger, c’était tout. Alors j’me mis à marcher. À marcher, des jours durant, à m’en user les bottes. À ne dormir que peu, à ne me nourrir que de l’essentiel, de viande fraîche et crue qui passait à portée de pogne dans les landes dévastées de l’Omyrrhie. Je marchais à m’en faire brûler les muscles, à m’en péter le dos. Je marchais sous la pluie ou sous le cagnard, indifféremment. Et plus je marchais, plus je sentais la colère monter, la haine vociférer dans mon estomac, dans mes poings serrés.

Et depuis quelques jours, la répugnance était encore pire, car j’avançais vers une destination précise, vers un but : la Tour Noire d’Omyre m’était apparue à l’horizon. Oh bien sûr que non, je ne voulais pas me fourrer dans les pattes de la chienne d’Omyre comme n’importe quelle sous-merde de mon espèce. Non, j’aspirais à bien plus que ça, mais à défaut d’un objectif, ça me donnait un cap, une destination à laquelle m’accrocher sans craindre de finir dans un village de peaux-jaunes d’Ynorie sans crier gare.

Puis vint le jour de choisir une autre destination. Celle-là était devenue trop proche pour la suivre encore sans l’atteindre. J’resterais de ce côté du fleuve, sans traverser cette saleté de pont surplombant l’Orcoduin. Je m’arrêtai juste un moment sur ses berges pour lorgner au loin les contours flous de la cité noire. Après avoir renâclé et craché dans les eaux sombres du fleuve, j’éructai de toutes mes forces face à la tour :


« VA CHIER, CATIN ! »

Oui, c’était elle. Sa faute, sa responsabilité. Je menais une vie de garzok, avant qu’elle ne décide de mener sa guerre à la con, à faire venir dans mes marais un recruteur merdique pour m’enrôler dans son armée de lâches. Moi, alors, je n’avais qu’une guerre à mener : la mienne. Pour mon clan. Et à cause d’elle, je me retrouvais sans clan, affaibli par des années de torture et de servitude au camp de la déportation. Seule l’arène m’avait maintenu comme fort, tout en muscles et en férocité. Et tout ça, c’est à cette pute que je le devais. Celle qui croyait que les garzoks devaient être unis, celle qui ne comprenait pas notre nature intrinsèque à la violence clanique. Salope aux désirs de pouvoir. Rien de plus, rien de moins.

Mais je savais ne pouvoir la confronter de la sorte avec ma bite et sans couteau. Même moi je n’étais pas aussi débile. Non, ce n’était pas mon rôle de la punir, pas ma destinée. Mais je resterais fort, je resterais fier malgré tout. Et de mon vivant, j’échapperais à sa pogne directrice. Je retournai vite à ma route. Vers l’est, désormais. J’avais entendu parler d’une citadelle à cet endroit. Un lieu à sa botte, aussi écœurant que le camp de la déportation, mais où les orques étaient libres. C’est là que j’irais.

Et ainsi, je parvins à rejoindre l’Antre des Exclus.

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Eteslë
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Re: Les Monts Sanglants

Message par Eteslë » dim. 16 févr. 2020 16:24

De l'esprit et des fers

Le cahotement et les secousses qui réveillent Eteslë lui font sentir qu'elle est bien vivante, quoique nauséeuse et avec la force physique d'une larve anémique. Difficilement, elle ouvre les yeux pour apercevoir le ciel dégagé et ensoleillé bouger au-dessus d'elle. Elle sait au moins qu'elle n'est pas morte en se vidant de son sang sur le bord de la route, et cette perspective est plus que réjouissante. Elle referme les yeux et se concentre sur ses autres sens, le toucher et l'ouïe surtout. Ce qui la transporte doit être une charrette, son dos est allongé sur une surface dure. Elle sent quelque chose de froid et lourd autour de ses poignets, mais n'arrive même pas à tenter de les soulever pour en savoir plus. Sa cuisse la lance toujours et sa tête résonne à chaque secousse, mais la douleur est loin d'être aussi vive et violente qu'avant.

Un bruit attire son attention. Un bruit métallique, comme un tintement régulier. Plusieurs même. Ils semblent la suivre à mesure qu'elle se fait transporter. Le bruit de sabots de chevaux ne la renseigne guère, si ce n'est qu'il y en a plusieurs. Elle se crispe après une secousse plus violente et ouvre à nouveau les yeux. Lentement, difficilement, elle tente de se redresser, y parvient bien moins péniblement qu'elle ne l'aurait cru. Elle fronce les sourcils face à ce qu'elle voit et il lui faut quelques instants pour rassembler suffisamment son esprit et ses pensées pour lui permettre d'interpréter correctement ce qu'elle a devant les yeux. Autour de ses poignets, des fers, reliés entre eux par des chaînes épaisses. Le tintement provenait d'une deuxième charrette, similaire à celle dans laquelle elle est étendue, et dans laquelle, derrière le conducteur à l'air goguenard, se tiennent plusieurs individus avec les poignets entravés, comme elle. Une voix, derrière elle, la fait se retourner pour tomber nez à nez avec un humain à l'air vicieux, une oreille à moitié coupée et de longs cheveux sombres et brillants.

- Ah, enfin réveillée. Pose ton cul sur le banc, qu'on puisse remettre ces ordures en place.

Elle fronce les sourcils, n'arrive pas vraiment à comprendre ce qu'elle fait là, ni comment elle y est arrivée. Elle ne bouge pas, inspecte plutôt la charrette, son esprit s'alarmant rapidement du sort de ses effets personnels et du corps de Taloril. Elle les trouve heureusement rapidement du regard, intacts, sous le banc que lui indique le conducteur. La charrette s'arrête soudainement et elle sent la poigne ferme de l'homme l'attraper par la nuque pour la lever et la poser de force sur le banc de la charrette. Elle se débat, lui donnant un coup mollasson avec une de ses mains entravées. Elle ne reçoit qu'un rire moqueur et une violente gifle en retour, laissant un goût métallique dans sa bouche. Elle ne comprend pas ce qu'elle fait là, ni qui ils sont, mais ses pensées sont rapidement accaparées par l'arrivée de plusieurs entravés à ses côtés. Un Thorkin tout d'abord, visiblement affamé au vu de son teint cireux et ses joues creuses. Un autre humain qui lui offre un pauvre sourire, ses yeux ne renvoyant aucune autre expression qu'un apitoiement de son sort. Et enfin une Garzok, massive, mais au dos voûté et à l'un des dents brisée. Une charmante compagnie silencieuse qu'Eteslë ne compte pas accompagner plus longtemps.

- Tu te demandes ce que tu fais là, pas vrai ?

Elle tourne la tête vers l'homme qui vient de parler, celui au regard sombre et vide. Elle a déjà vu ce regard, plusieurs fois. Le regard de ceux qui ont abandonné, qui ne cherchent plus à se battre, qui ont finalement décidé que cela n'en valait pas la peine. Sa voix est tout aussi morne et terne que son regard, elle se demande même comment il est parvenu a exprimer quelque chose d'autre que la défaite. Elle les voit sur son visage, les ombres qui témoignent d'un abattement et d'un sentiment d'échec perpétuel. Comment en est-il arrivé là, elle n'en sait rien et s'en fiche quelque peu, cela ne l'intéresse pas. Tout ce qu'elle veut savoir, c'est ce qu'elle fait ici et qui sont ceux qui ont ainsi osé l'entraver sans raison. Elle se sait trop faible pour tenter de se battre, les deux charrettes sont visiblement gardés par, en plus des conducteurs armés, quatre cavaliers. Elle n'est pas folle au point d'imaginer s'en sortir ainsi. Elle attend donc la suite en hochant la tête.

- Ils t'ont trouvé blessée, avec le truc étrange que tu portais. Ce sont des marchands d'esclaves qui se disent transporteurs de prisonniers. Ils ont vu l'occasion de se faire un peu plus d'argent. Une femme dans sa prime jeunesse, c'est plus rentable qu'un type comme moi, et apparemment ce que tu avais vaut son pesant de yus. Et comme ta parole n'a aucune valeur face à la leur...

Elle ne retient pas un rictus de rage qui semble affoler quelque peu son compagnon d'infortune. Ils l'ont faite prisonnière ? Elle se tourne vers le conducteur, les poings serrés. Il lui serait facile de lui sauter dessus et de l'étrangler avec ses chaînes, mais les regards vigilants des cavaliers la dissuadent rapidement, sans pour autant calmer ses velléités meurtrières. Elle comprend bien ce qu'il va se passer ensuite. Elle sera vendue et sa liberté ne sera qu'un vague souvenir. Son regard vogue d'un prisonnier à l'autre et elle ne retient pas une expression de dégoût. Non pas envers les individus eux-mêmes, mais envers ce que l'enchaînement, l'asservissement, a fait de leurs esprits. Des coquilles vides, sans aucune volonté et désir ardent de reprendre le contrôle de leur vie. Jamais elle ne deviendra ainsi, objet sans âme et sans libre-arbitre. Elle se sait impatiente et prompte à l'action, mais, cette fois, elle se tient, décide de jouer le jeu jusqu'à ce que se présente une occasion de filer. Elle observe à nouveau les autres prisonniers partageant sa charrette. Elle les retire de sa décision, ils ne serviront à rien, elle en est convaincue.

Traverser l'espèce de sentier à travers les monts ne semblent pas être une partie de plaisir, même pour les chevaux, et les conducteurs font descendre les prisonniers pour les faire avancer derrière, histoire de ménager les bêtes lors des chemins les moins praticables. De la deuxième charrette sortent quatre autres prisonniers. Une femme et, étonnamment, un enfant, probablement son fils, un autre Thorkin au regard enragé qui insulte vigoureusement le quatrième, un humain au crâne rasé et à la barbe lui arrivant au bas du cou. Il est rapidement calmé par la lance d'un cavalier qui lui chatouille les côtes et, une fois attachés en file indienne, les prisonniers avancent à la suite d'une charrette. L'expérience, en plus d'être humiliante, est un calvaire pour Eteslë qui tente de ménager sa jambe encore fragile malgré les soins qu'ont lui a prodigué. Heureusement, ces passages sont courts et ils regagnent bien vite les charrettes pour aller plus vite.

Le voyage est en grande partie silencieux, chacun perdu dans ses pensées, plus ou moins sombres. Elle n'essaie pas de faire plus connaissance que cela, ne compte de toute façon pas sympathiser avec qui que ce soit dans une telle situation. Lorsqu'on l'interroge sur la provenance de l'Anyathis, elle répond d'un haussement d'épaule dubitatif, mais, si les prisonniers n'insistent pas, elle reçoit plusieurs coups de la part des gardes en ne répondant pas à la question. Elle n'a pourtant aucune idée d'où venait Taloril, mais elle ne compte pas leur donner la satisfaction de céder face à leurs coups. Ils épargnent son visage, probablement parce que cela est plus facile pour intéresser de potentiels acheteurs. Elle n'est pas dupe, prisonniers ou esclaves, c'est exactement la même chose, la différence ne résident que dans l'achat de liberté, tout le reste est identique. Elle ne cède pas, fierté peut-être mal placée qui lui vaut de beaux bleus sur les côtes et le ventre. Elle finit par gagner, au prix d'une douleur lancinante et perpétuelle pendant plus de trois jours. Elle n'en tire rien d'autre qu'une satisfaction personnelle, mais au moins le sourire narquois qu'elle peut afficher lorsqu'ils abandonnent vaut bien un peu de souffrance.

Au terme d'un long et ennuyeux voyage dans les montagnes, à ne rien faire d'autres que regarder le paysage morne et rocailleux qui l'entoure, elle finit par entendre quelque chose. Une rumeur lointaine, mais pourtant bien audible. Le son du métal frappé contre du métal. Elle tend l'oreille et se redresse. Des cris, elle est certaine d'entendre des cris. Tout cela lui rappelle sa rencontre avec l'effrayant cavalier et elle se demande si une bataille se déroule encore dans les parages. Mais au détour d'un virage, elle comprend finalement. Adossée à la paroi d'une des masses montagneuse, une forteresse sombre et sinistre s'ouvre à leurs yeux. Les sons viennent visiblement de là et le conducteur dirige la charrette droit dessus. Il se retourne alors, un sourire vicieux sur les lèvres.

- Bienvenue à l'Antre des Exclus. Votre dernière demeure, pour le peu de temps que vous y passerez.

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Sirat
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Re: Les Monts Sanglants

Message par Sirat » jeu. 21 mai 2020 22:17

Ils cheminèrent en silence sur la route bordé de conifères, ils marchaient sur un tapis de brindille qui avait fui les sapins poussé par le vent et craquait sous leur pas.

Sirat observa Hatsu qui marchait devant lui à quelques pas. Elle avait une démarche souple et agile, droite elle avançait, méditative vers sa destination.

Combien de temps pour arriver à destination ?

Il fallait quatre jours vers l'est et une journée au nord. Elle avait répondu sans se retourner.

Sirat acquiesça

Vous êtes songeuse, tout vas bien?

Elle hausse les épaules, elle réfléchissait simplement à ce qu'elle allait faire une fois là-bas.

Il leva les yeux au ciel. Les pics rocheux se perdaient dans les nuages.

Vous jouez déjà la partie... Si vous pensez ce que l'on va faire, c'est que vous savez ce que l'on va trouver, d'ailleurs quesqu'on cherche exactement ?

Elle n'aimait pas se jeter dans l'inconnu sans avoir de plans de secours. Elle ne se sentait pas taillée pour le combat et elle préférait l'éviter et y réfléchir pour en tirer un avantage. Elle jeta un regard derrière son épaule et reprit, ils cherchaient un carquois simplement.

Il esquissa un sourire au mot simple

Je suis taillé pour la bagarre cela vous fait un atout de plus dans votre manche, je suis ravie.

Elle l'observa à la dérobée alors qu'il était remonté à son niveau.
Il lui rendit son regard, elle jaugeait son équipement, lui les formes sveltes et athlétique de la jeune femme.

Il vous plait ? Mon équipement... Des souvenirs de voyage

Dit-il fièrement en bombant légèrement le torse.
Elle haussa un sourcil, il était bien trop encombrant pour elle et trop voyant, de toute façon elle n'aimait pas le contact.

Il laissa s'échapper un rire un peu fort

Le contact ça a du bon, croyez moi. Mais je me doutais bien que vous n'enviez pas mon marteau, à la façon dont vous le regardiez, je parlais plus de ce qu'il représente. Vous êtes toute jeune, mais on ressent que vous êtes pleine d’allant pour ce genre de quête.

Elle avoua que l'aventure l'attirait, qu'elle ne voulait plus être enfermé dans un carcan, entre quatre murs. Le rôle de petite fille sage ne lui convenait pas.

Rien de mieux en effet que l'aventure !

Il laissa un silence s'installer et marcha un peu sans rien dire. L'atmosphère était empli de fraicheur et de l'odeur sucrée de la résine de pin.

Vous n’êtes pas de ce genre... De celui qu'on enferme

Elle sourit, son visage s'éclaira, radieuse au compliment de l'humoran. Elle était une chasseuse et elle aimait la liberté, même si elle préférait la foret à la montagne. Elle contempla les alentours un instant, le froid se lisait partout, sur les pierres, sur le bois, dans l'air.

Elle lui demanda ce qu'il l'avait poussé à venir.

Il la jaugea un instant

L'aventure, je suppose aussi, l'envie de vous aider, des choses simples

Il lui rendit son sourire

Et j'avais besoin d'une bonne chasseuse à mes côtés.

Elle le scruta une seconde avant de reporter son attention sur la route.

Et bien, il ne reste qu'à espérer que ce voyage soit intéressant pour tout le monde.

Ils marchèrent sur le chemin rocailleux encore quatre jours. Le paysage se déroulait devant leurs yeux, en silence. Leurs sacs et leur armement se balançaient au rythme de leur pas, saccadé par instant par la route escarpée.

Il progressait régulièrement et sûrement, sous le couvert des sapins, entre les rochers abrupts et les vallées larges qui séparaient les massifs, toujours cachés dans le brouillard glacial.

Plus il montait en altitude, plus l'effort devenait ardu.

La nuit ils se relayaient pour monté la garde.

Il n'était plus qu'a un jour.

Sirat regardait le ciel, la nuit était claire, s'était son tour de garde. Les étoiles parsemaient une toile ténébreuse. La lune brillait, haute dans le firmament perlé de lumière.
Le duo dormait un peu plus loin. Seul le hululement d'un hibou venait rompre ce silence. Sirat était assis, il respirait lentement. Son esprit vagabondait, il leur restait une journée de marche et il espérait enfin voir de l'action, l'inaction commençait à le peser et son esprit moins afféré se permettait des libertés. Sa mémoire charriait les souvenirs qu'il pensait oublier.

N'kpa, l'île maléfique, leur séparation et le rôle qu'il avait joué. Cette petite archère avait remué des cadavres qu'il espérait enfoui.
Il soupira. Inconsciemment, il se remémora la maison où ils avaient vécu heureux, simplement. Il la voyait, elle chantonnait, tandis qu'il lézardait sur le lit. Il se mit à fredonner, la nostalgie de cet instant, il ne connaissait pas les paroles, mais dans l'atmosphère glaciale des montagnes, il chantonna un air délicat et simple qu'elle lui avait chuchoter jadis.
Il était seul, dans la pénombre, sa cape le protégeait du gel. Mais avec cette chanson il se sentait moins abandonné.

Isolé, il ne l'était pas. Occupé qu'il était à caresser ses pensées, il n'avait pas entendu, non loin de lui, l'archère qui s'était redresser.
Elle avait sorti une flûte d'ivoire en forme de loup qui luisait au clair de lune, un délicat son en était sorti et il se mêlait au fredonnement du zélote.
La mélodie se glissait parmi les rocailles pour l'accompagner.

Il se stoppa un instant, surpris, mais la mélodie qui évoluait sous les doigts et qui était portée par le souffle subtile de la jeune femme, lui plaisait. Il reprit la chansonnette se concentrant juste sur ses sensations et ses désirs.
Lorsqu'elle retira la flûte de ses lèvres et qu'un souffle embrumé s'échappa, elle leva son regard vers l'Humoran avant de poser son instrument avec délicatesse.
Elle espérait ne pas l'avoir dérangé, cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas profité de musique et le fredonnement du zélote lui avait donné envie de jouer.

Il s'arrêta et prit un instant pour contempler le crépuscule.

Non, vous ne m'avez pas dérangé, juste un peu surpris au début... Je pensais que vous dormiez.

Il se retourna et la considéra dans l'obscurité. Elle était près du feu, qui s'étiolait, une braise rouge éclairait encore son visage juvénile.

Approchez-vous, je n'aime pas parler à quelqu'un dans mon dos.

Elle haussa un sourcil puis les épaules avant de se lever, emmitouflée dans sa couverture et son manteau. Elle vint s'installer sur la droite du zélote, se postant de sorte qu'il puisse la voir sans se tordre le coup. La lune dessinait sa silhouette élancée dans un jeu de contraste enivrant.
Elle ne dormait pas, elle réfléchissait, torturé, martyrisé par ses réflexions encore. Finalement elle conclut que Kraska avait raison quand il se plaignait qu'elle pensait trop. Elle lui demanda si il pensait lui-même à quelque chose en particulier pendant qu'il fredonnait.

Il attrapa un galet au sol et le jeta dans la pénombre. Puis il observa Hatsu. Elle était jeune et belle, elle avait toute la vie devant elle et lui, il se sentait comme une relique usée par le temps qui cherche éperdument à revivre ses belles années.

Dés fois, j'aimerais penser à rien, comme votre ami, juste dormir, le cœur léger. Mais le sommeil apporte souvent son lot de débris.

Il prit une grande inspiration qui releva ses épaules une mine désabusée.

Je pensais à quelqu'un que j'ai perdu et qui me chantait cette chanson.

Elle ne dit rien, elle l'épiait à la dérobée, puis elle fixa un point invisible dans la voûte céleste. Elle était désolée d'avoir ravivé de vieux souvenirs douloureux.
Il fit la moue.

Il était déjà bien vivace avant que vous me rejoigniez. Mais merci, vous jouez très bien à ce propos.

Elle sourit. Elle avait pris des cours étant jeune. Elle frotta ses mains avant de souffler dessus pour chasser le froid qui les ankylosait. Elle voulait en savoir plus, mais il n'était pas obligé de se confier.
Il enfonça sa tête dans ses épaules et plongea son regard dans le sol. Puis il redressa son visage et examina Hatsu et il rebaissa la tête.

Je ne sais pas... Il prit un instant ennuyé.

C'était ma compagne...

Hatsu détourna le regard, gênée par sa propre curiosité. Elle n'avait jamais vraiment connu ça, la mort d'un être cher. Tous ceux qu'elle connaissait étaient vivants et parmi toute sa famille, celle qui avait failli mourir, c'était elle. Elle était désolée.

Ne le soyez pas, ce n'est pas de votre faute dans ce cas précis, c'est plus le mien.

Elle demanda s'il y avait un lien avec le sceau du dragon. Elle était perspicace.
Il cracha par terre, au point ou il en était, il pouvait en dire plus. Il ne la voyait pas comme une menace et finalement, ce n'était pas vraiment un secret.
Lors de notre rencontre, on avait été kidnappé pour être remis comme esclave. L'humoran se vend bien sur le marché noir. Libéré, on a vécu un temps cours heureux, puis on a été enlevé encore une fois...

Il fit un rictus de dépit.

Mais cette fois-ci s'était différent...

Il prit un instant et passa sa main sur son visage.

On était dans les geôles des treize, ils nous avaient amenées sur un île avec plein d'autres. Avec des colliers, ils pouvaient nous contrôler, nous asservir. Pour la sauver, j'ai prêté allégeance à khynt et au dragon en échange de sa liberté.

Il observa Hatsu dans la nuit.

Elle ne voulait pas, mais je l'ai obligé. Depuis, je ne l'ai plus revu, elle a disparu, morte ou vivante, je ne sais pas.

Elle l'écouta avec gravité et hocha la tête. Elle comprenait parfaitement ce qu'il avait tenté de faire pour sauver celle qu'il aimait. Ce qu'il disait semblait raisonner en elle. Avec beaucoup de soin elle fit la remarque que tout n'était pas perdu et qu'il ne fallait pas baisser les bras. Elle le fixa de ses prunelles sombres, elle était navrée d'avoir douté de lui et de son honnêteté.

Il esquissa un sourire.

Non, vous avez eu raison de vous méfier de moi et vous devez continuer a vous fiez a votre instinct.

Il lui rendit son regard, plongeant dans le sien.

Même si elle n'est pas morte ce que je souhaite, je ne peux plus prétendre à vivre avec elle. Ce qui est passé est mort...

Il revue K'nee dans la grotte le sermonner, elle avait raison, il devait avancer. Il gardait son sourire troublé.

Non, je vais vous aider, car c'est ainsi que cela doit être. Ne vous entichez juste pas de moi, c'est quand je décide de ne pas suivre mon destin que celui-ci se retourne contre moi et ceux que j'aime.

Ses yeux se perdirent dans le vague, un sourire songeur passant fugacement sur ces lèvres.

De manière cinglante, elle répondit qu'elle ne s'enticherait pas de lui, mais cela ne l'empêcherait pas de vouloir en savoir plus sur ceux qui l'accompagnent. Elle pointa un doigt sur Kraska qui dormait toujours. Elle fit remarquer qu'il n'était pas le plus bavard.
Il haussa les épaules et jaugea le garzok

Je ne suis pas bavard non plus, faire des confidences, vous êtes bien la première...

Avec intérêt, mais pudeur dans l'attitude, elle s'en trouva honorée. Elle expliqua qu'elle avait appris à écouter cela devait être un plus.

Ou alors c'est moi qui m'entiche de vous.

Il la taquinait, il voulait mieux la comprendre, malgré le mur qu'elle dressait devant lui. Elle le jaugea un instant, considérant le commentaire de l'humoran, blaguait-il. Il ne laissait en tout cas rien transparaître. Elle trancha finalement et en guise de menace lui déconseilla, son dernier fiancé avait plutôt mal fini et elle y avait veillé.

Voilà donc un point que nous avons en commun et que lui est il arrivé ?

Elle eut un sourire étrange, carnassier et profondément malsain, comme si elle se réjouissait de son sort. La maison du prétendant avait brûlé, il était tombé en disgrâce et il avait fui pour ne pas finir en prison. Elle songeait qu'il devait être en train de fomenter une vengeance quelque part.
l'humoran ne put réprimer un rire, il lui répondit avec ironie.

Finalement, c'est moi qui devrais me méfier de vous. Si je ne veux pas finir comme ce pauvre bougre

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