Plaine des Pachydermes

Répondre
Avatar du membre
Yuimen
Messages : 2435
Enregistré le : mar. 26 déc. 2017 19:17

Plaine des Pachydermes

Message par Yuimen » ven. 10 août 2018 10:05

Plaine des Pachydermes

Image


La plaine du Royaume de Kers, longue bande de terre relativement étroite sur la côte est de l'île de Niafaân, n'a pas grand chose en commun avec les grandes étendues des plaines d'Indiumé, pourtant voisines, bien qu'elles soient toutes deux de type tropical humide et luxuriantes. Une unique cité occupe cette plaine: Kers, située sur l'abrupte côte est du Royaume du même nom.

La première différence qui saute aux yeux est que, contrairement aux terres du Domaine d'Aina, celles du Royaume de Kers ne sont pour ainsi dire pas cultivées, on n'y trouve que de très rares paysans produisant généralement des ingrédients ou épices rares plutôt que de la nourriture, que les Hafiz font venir de leurs colonies extérieures. Pourtant, étrangement, la Plaine des Pachydermes est beaucoup moins densément recouvertes de végétation que les plaines d'Indiumé, ce qui tient à deux choses: premièrement le sol fertile est largement plus mince de ce côté des montagnes, il suffit de creuser sur une profondeur de quelques mains pour trouver de la roche. Deuxièmement, elles sont amplement colonisées par une espèce animale capable d'engloutir des quantités vertigineuses de végétaux et de se frayer des chemins en écrasant de petits arbres comme s'ils n'étaient que brindilles: les éléphants blancs.

Si ces impressionnants animaux sont originaires de la région et y vivaient en totale liberté avant l'arrivée des Hafiz sur Yuimen, il en va tout autrement aujourd'hui. Les éléphants blancs du royaume de Kers sont en effet tous domptés et entraînés pour la guerre et, si leurs troupeaux semblent parcourir librement la plaine, ils sont toujours suivis de près par leurs gardiens attitrés qui veillent en permanence à leur bien-être et dirigent les hardes lorsque c'est nécessaire, que ce soit pour les amener vers un point d'eau, des pâtures plus vertes ou pour les éloigner des habitations.

Se déplacer dans cette plaine est relativement sûr et aisé, les traces du passage des éléphants formant de véritables routes naturelles qu'il est facile de suivre. Par ailleurs, s'il n'existe presque pas de ponts, vous trouverez sans mal des pirogues ou des barges à fond plat pour traverser les différents cours d'eau de la région, tous paisibles hormis en période de crue. Côté prédateurs, il en reste très peu dans la plaine proprement dite, mais gare aux rivières et à leurs bords: crocodiles, serpents d'eau et bancs de poissons carnivores affamés y prolifèrent en toute tranquillité.

Avatar du membre
Yliria
Messages : 323
Enregistré le : mar. 25 déc. 2018 18:57
Localisation : À la fin d'une Ere

Re: Plaine des Pachydermes

Message par Yliria » lun. 6 mai 2019 08:02

<< Auparavant


Je passai les jours suivants à continuer d’éplucher divers ouvrages en espérant trouver quelque chose, la moindre information utile ou la plus petite allusion à ce que l’île pouvait nous réserver, mais hélas, je n’appris rien de plus. Le chef de l’expédition, Théodore Joraquin, nous fit parvenir une liste des informations que lui et ses hommes étaient parvenus à regrouper et nous ajoutâmes les nôtres. L’île, essentiellement inhabitée selon ces mêmes informations, abritait néanmoins de dangereuses créatures et même les eaux l’entourant n’étaient pas sûres. Pour pallier ce dernier point, il fut décidé que nous voyagerions vers le sud pour rejoindre un passeur qui nous attendait sur la côte, afin de réduire le temps de trajet en barge au strict minimum. Dans l’île en elle-même, plantes vénéneuses, monstres mangeurs de chair humaine – ou elfique - et tribus de Woran agressifs semblaient monnaie courante et plus je lisais les informations, plus je me félicitais d’avoir accepté cette expédition, y aller à deux aurait été tout bonnement un aller simple pour les Enfers.

Nous attendions donc le départ pour retrouver le passeur au Sud des plaines, le matin du troisième jour. Autour de nous, divers chariots et une petite foule qui s’agitait afin de tout vérifier et préparer au départ. Beaucoup d’Hafiz, mais également quelques Humains, principalement des mercenaires, et des Sindeldi qui me regardèrent d’un mauvais œil, sans pour autant faire de commentaires. Nyllyn et moi avions déjà reçu nos instructions et nous patientions donc sur un chariot, les pieds pendus dans le vide, admirant le lever de soleil au-dessus de la mer qui se mit à briller. Le voyage allait prendre quelques jours et, selon les dires d’Izartho, la probabilité d’avoir à dégainer était très faible, pour ne pas dire quasi nulle, la zone étant relativement sûre, exceptés les divers cours d’eau regorgeant de bêtes aquatiques affamées dont il valait mieux se méfier.

Notre rôle était simple, assurer la sécurité du convoi et le défendre en cas d’attaque, ce qui était très clair. Nous avions été rapidement présentées à la demi-douzaine de mercenaires humains qui constituaient l’essentiel de la défense du convoi, les trois autres protecteurs étant Izar’tho et ses hommes. A peine une douzaine de gardes pour le double de non-combattants, je n’étais pas certaine que ce soit très équilibré, mais je n’avais pas mon mot à dire. Et parmi les non-combattants, il y avait tout de même deux mages, un de glace et un de terre, tous les deux des Hafiz dans la vingtaine et qui semblait surexcités à l’idée de participer à cette aventure. Lors des présentations, le fait d’être présentée en tant que mage de feu attira leurs regards curieux et j’étais persuadée qu’ils allaient rapidement venir me voir pour discuter entre « collègues ».

Lorsqu’enfin le convoi se mit en branle, je vis nettement le large sourire affiché par Nyllyn qui semblait ravie de la tournure des événements. Elle qui avait toujours rêvé d’aventures, la voilà qui partait pour une expédition sur une île déserte, elle devait être véritablement excitée. Les premières heures du trajet furent calmes. Les mercenaires patrouillaient à cheval autour du convoi tandis qu’Izar’tho veillait au bon fonctionnement de la troupe. Une sorte de préparation pour la véritable expédition. Nyllyn et moi ne possédions pas de monture, donc nous étions reléguées à la protection rapprochée des chariots, ce qui, pour le moment, était parfaitement inutile. Les heures passèrent ainsi, monotones. Pour tromper l’ennui, je lisais le journal que le bibliothécaire avait gentiment accepté de me donner, disant qu’il serait de toute façon plus utile entre mes mains qu’entre les siennes, ce dont je lui étais reconnaissante.

Ce qui devait arriver arriva et, lors du déjeuner, les deux mages vinrent s’installer près de Nyllyn et moi et engagèrent la conversation, curieux de voir une mage de feu porter une épée et une armure. Le mage de terre se prénommait Harion et celui de glace, Béarid. Tous deux semblaient avides de connaissances et expliquèrent qu’ils venaient pour découvrir un lieu inexploré, pour la gloire la richesse et, qui sait, peut-être trouver un objet magique ou des parchemins renfermant d’anciens savoirs. La discussion dériva rapidement sur la magie, dont il connaissait bien plus de choses que moi. Je n’étais jamais allée dans une académie magique, ayant surtout appris sur le tas ou à l’aide de mages qui enseignaient davantage le côté pratique que théorique de la magie, la survie étant bien plus assurée avec la premier point que le deuxième. Béarid, fervent défenseur de la théorie, s’évertua à me faire comprendre que les enseignements des livres étaient tout aussi important pour comprendre les mystères magiques et les subtilités de cet art réservé à certains. Nyllyn fronça les sourcils en entendant cela, comprenant tout comme moi que le jeune homme se sentait supérieur à ceux qui ne possédaient pas de fluides en eux.

- Posséder des fluides ne te rend pas meilleur que les autres. Il suffit de voir ceux qui l’utilisent à mauvais escient ou ceux qui se font exploser à cause d’une erreur.

Il haussa les épaules d’un air méprisant qui plissa un peu plus le front de Nyllyn. Je n’allais pas m’évertuer à lui faire comprendre qu’un mage était parfois inutile dans certaines situations et bien trop dépendant de ses fluides, raison pour laquelle j’avais moi-même choisie une voie mixte. Ça et mon don d’enchanteresse. A l’occasion de l’arrêt pour la nuit, les deux compères vinrent me trouver pour un petit jeu magique où le gagnant remporterait une rune. Si la récompense était étonnante, l’idée était plaisante et je demandai quel était donc le jeu en question.

- C’est très simple ! Tu lances un sort et tu dois le maintenir le plus longtemps possible tandis que les deux autres essayent de te déconcentrer. Le dernier avec un sort encore actif remporte la rune. Je propose que ton amie soit le juge, si elle accepte d’être totalement neutre dans l’affaire.

Visiblement contente d’être impliquée, Nyllyn accepta et assura qu’elle ne me ferait aucun cadeau, me tirant un sourire. Après avoir averti Izar’tho qui trouva l’idée ridicule mais amusante, nous nous éloignâmes quelque peu du convoi, quelques-uns des mercenaires et des membres du convoi se joignant à nous, étant curieux de voir ce que nous préparions. Nous plaçant en triangle à quelques mètres les uns des autres, chacun se prépara. Les règles étaient simples, tous les coups, sauf mortels et vicieux étaient permis et le dernier avec son sort actif remportait la victoire. Je tirai donc ma lame, attirant le regard inquiet d’Harion et celui, moqueur de Béarid.

- Crois-tu vraiment qu’une simple lame fera la différence ?

Je lui offris un sourire condescendant pour toute réponse et chacun de nous lança un sort lorsque que Nyllyn lança le concours. Harion se retrouva couvert d’une gangue de pierre qui ressemblait à une armure trop lourde et Béarid fit apparaître un mur de glace derrière lui. De mon côté, je m’entourai d’une aura de feu, ayant bien précisé que ce serait ce sort qui comptait, tout en enflammant mon épée sous les regards ébahis des deux autres mages. Puis la zone devint un chaos sans nom lorsqu’Harion frappa le sol de son pied, de grands pics jaillissant alors pour foncer dans la direction de Béarid qui m’envoya un pic de glace tandis qu’une boule de feu fonça de ma main en direction d’Harion. Le pic me frôla de peu tandis que je l’esquivai d’une roulade, remarquant que la boule de feu avait heurté sa cible de plein fouet sans faire le moindre dégât et que les pics de terre s’étaient brisés sur la barrière de glace derrière laquelle son créateur s’était réfugié. Je lui fonçai dessus tandis qu’un énorme bras de terre s’élevait soudainement, provoquant des cris de stupeur parmi les spectateurs, dont Nyllyn. L’onde de choc lorsque la masse rocheuse s’écrasa me fit décoller du sol et me projeta contre la paroi de glace. Je me relevai en vitesse, le corps endolori, mais intact. Il y allait un peu fort pour un simple jeu ! Béarid choisit ce moment pour sortir de derrière sa barrière, projetant un pic de glace dans ma direction que je déviai d’un coup de lame. Lame qui s’encastra dans la barrière de glace, la faisant exploser dans un ensemble scintillant sous le regard éberlué du mage. Nyllyn indiqua son élimination et restait donc uniquement Harion qui semblait haleter. Probablement qu’il avait utilisé trop de sa puissance magique dans son dernier sort.

Fonçant sur lui, je lançai une boule de feu qu’il se prit de plein fouet, manifestement trop lourd pour esquiver convenablement. Je frappai la gangue rocheuse qui, contrairement à la barrière de glace, ne sembla pas être affectée. Reculant d’un bond pour esquiver une molle tentative de coup de poing, je lançai une nouvelle boule de feu qui n’eut, une fois de plus, aucun autre effet que celui de s’écraser sur la gangue de pierre. Quel sort pénible ! Mais visiblement le jeune mage était fatigué et il ne tarda pas à annuler le sort de lui-même avant de tituber. J’annulai en vitesse mon aura de feu et ma lame enflammée avant de me précipiter vers lui. Je parvins de justesse à le rattraper avant qu’il ne s’écrase sur la roche qu’il avait lui-même créé, recevant un sourire reconnaissant quoique fatigué. Il y eut des applaudissements et quelques sifflets qui me firent foncer les sourcils et amusèrent Nillim qui m’aida à soutenir Harion. Il était bien trop lourd pour moi ! Béarid finit par nous rejoindre et prit le relais pour le ramener au convoi. Je suivis le petit cortège avec Nillim qui avait trouvé le tout très intéressant. Et elle n’était apparemment pas la seule…


Suite >>
Modifié en dernier par Yliria le lun. 6 mai 2019 08:05, modifié 1 fois.

Avatar du membre
Yliria
Messages : 323
Enregistré le : mar. 25 déc. 2018 18:57
Localisation : À la fin d'une Ere

Re: Plaine des Pachydermes

Message par Yliria » lun. 6 mai 2019 08:04

< Auparavant


- Dis-moi Yliria, je me demandais. Comment as-tu enflammé ton épée, c’est un sort ? Ah et j’oubliais, la fameuse rune !

Après un repos bien mérité, Harion était venue me trouver au petit matin, après que j’eus terminé mon tour de garde. Ils n’étaient pas vraiment nécessaires, mais c’était surtout pour prendre le rythme, et Izar’tho avait salué l’idée avec un sourire. Occupée à nettoyer mon armure après les festivités de la veille, j’avais été surprise qu’il m’aborde ainsi et avais pris la rune sans un mot, l’examinant rapidement avant de répondre.

- Ce n’est pas un sort, je suis une enchanteresse, je peux diffuser mes fluides dans un objet pour l’enflammer. Enfin dans une arme en tout cas, je n’ai jamais essayé avec autre chose.

- Je vois… tu penses que ça s’apprend ?

- Je ne pense pas. Je l’ai découvert par hasard et j’ai appris à m’en servir. Mon maître m’a dit que c’est assez rare comme don, mais attends !

Fouillant mon sac, j’en sortis la petite dague offerte par Fyly et les autres. Quelques souvenirs remontèrent à la surface et je souris tendrement en passant mon doigt sur les inscriptions elfiques qui ornaient la lame et le manche. Je lui tendis l’arme qu’il saisit d’un air dubitatif.

- On va voir si tu peux le faire ou non, installe-toi.

Je lui fis de la place sur le chariot, rajustant mon armure et il s’installa à mes côtés, l’air enthousiaste. Je lui expliquai comment je faisais, diffusant mes fluides comme si je souhaitais lancer un sort, mais en les canalisant dans l’objet, comme si l’objet lui-même était la source du sort. Il hocha la tête à plusieurs reprise, attentif et, après lui avoir montré, je le laissais essayer. Au bout de longues minutes d’essai infructueux, il m’expliqua qu’il n’avait pas la sensation que je décrivais, celle où les fluides ondulaient contre la lame juste avant qu’elle ne s’enflamme. Un peu déçu, il finit par abandonner après quelques autres essais, me rendant la dague que je rangeai délicatement, avant de se plonger dans ses pensées, me laissant le temps de finir de nettoyer mes affaires. Nillim, qui devait surveiller l’avant du convoi, passa en coup de vent, écarquilla les yeux, m’offrit un sourire malicieux et repartit aussi vite qu’elle était venue, me laissant quelque peu perplexe. Harion finit par se sortir de ses réflexions et, après des remerciements succincts, il sauta du chariot et rejoignit celui qu’il partageait avec Béarid.

Le voyage était entrecoupé de pauses, de traversées de cours d’eau qui étaient les seuls moments où il pouvait y avoir un minimum de danger et des repas, midi et soir. Nillim s’entendait à merveille avec tout le monde, retenant à une vitesse folle les noms de la plupart des personnes présentes. Mon cas fut un peu plus mitigé. Les Sindeldi refusaient tout simplement de m’approcher, et même quelques Hafiz semblaient méfiants, bien qu’aucun ne soit ouvertement hostile. Si m’en serais offusquée il y a quelques temps, j’ignorai simplement le problème et vaquai à mes occupations sans me préoccuper des autres. Hario et Béarid semblaient apprécier de venir bavarder avec moi, bien que l’attitude du deuxième soit assez étrange. Il semblait agréable mai n’hésitait pas à rabaisser quiconque dès que l’envie lui prenait. Il n’était pas foncièrement antipathique, mais sa façon de voir les choses, se prenant pour meilleur que beaucoup, était irritante au possible. Harion semblait plus humble et remettait souvent son comparse à sa place lorsqu’il était sur le point d’aller trop loin pour son propre bien.

Le voyage était supposé durer un peu plus d’une semaine et rien de notable ne se passa avant le cinquième jour. Ce jour-là, il y eut quelques cafouillages lorsqu’une espèce de gros lézard sortit du lit de la rivière pour attaquer l’un des bœufs tirant un chariot alors qu’il buvait. S’ensuivit une avalanche de cris et de hurlements, autant de la part de la bête effrayé que de l’Hafiz qui le surveillait. Izar’tho s’énerva, les mercenaires se montrant incapables de tuer l’animal avant qu’il ne regagne la sécurité de l’eau. L’animal attaqué ne fut que légèrement blessé et tout fini bien, mais les mercenaires redoublèrent de vigilance, plus par peur de la colère d’Izar’tho que par véritable conscience professionnelle selon les dires de Béarid.

Le lendemain, d’immenses créatures furent discernables à quelques centaines de mètres, se déplaçant lentement et en troupeau, entouré de cavaliers. Harion m’expliqua que ces pachydermes, qui avaient donné le nom à la plaine que nous traversions, étaient tous domestiqués et que c’était leur passage qui créait le chemin que nous empruntions. Lorsque je demandais l’intérêt de garder de tels animaux, Béarid répondit d’un ton condescendant qui fit lever les yeux au ciel de son camarade.

- Pour la guerre, évidemment.

La guerre, évidemment… la réputation de pacifique des Hafiz m’avait laissé supposer qu’ils n’étaient tout simplement pas intéressés par les tueries à grandes échelles, mais voir ces immenses animaux blancs et les imaginer en train de charger me fit dire qu’ils savaient se défendre et que mieux valait ne pas venir les affronter sur leur territoire.

Le reste du temps, j’aidais à la surveillance, ou alors j’admirais le paysage. Nous longions les côtes donc la mer était toujours facile à observer et le temps radieux la rendait scintillante. Les plaines étaient verdoyantes, parsemées d’arbres tout aussi verdoyants et seuls les quelques cours d’eau que nous traversions, à gué ou en empruntant des barges à fond plat, brisaient la monotonie du voyage. Nillim avait souvent le regard perdu vers l’océan ou en direction de l’île que nous cherchions à atteindre. Elle me confia qu’elle aurait adoré traverser les océans sur un grand bateau, combattre des pirates et vivre tout un tas d’aventures qui me tirèrent un sourire amusé.

- Je crois me souvenir que l’Ordre possède une flotte ici, au Naora. On pourra toujours demander de participer à une de leurs excursions lorsque nous serons à Nessima.

L’idée sembla l’enchanter et déjà, je la vis s’imaginer de nombreuses sorties en mer et aventures à bord alors que nous n’avions même pas encore posé le pied sur l’île Interdite. Mais à quoi bon la faire redescendre sur Yuimen alors qu’aucun danger ne nous menaçait ? Je me contentai de lui sourire alors qu’elle énumérait toutes les choses qu’elle aimerait faire ou vivre à bord d’un bateau, et seule la voix portante d’Izar’tho put mettre fin à son monologue. Le passeur était en vue.

Suite >>
Modifié en dernier par Yliria le sam. 11 mai 2019 20:20, modifié 3 fois.

Avatar du membre
Yliria
Messages : 323
Enregistré le : mar. 25 déc. 2018 18:57
Localisation : À la fin d'une Ere

Re: Plaine des Pachydermes

Message par Yliria » lun. 6 mai 2019 08:07

<< Auparavant


Le crépuscule donnait à la mer une teinte rougeâtre sombre qui contrastait avec le scintillement des dernières heures tandis que nous descendions vers la plage où attendait une demi-douzaine d’embarcations. Toutes semblables, elles étaient à fond plat et possédait un gouvernail rudimentaire ainsi que des rames. Le chef de l’expédition et Izar’tho s’entretinrent rapidement avec le passeur et ses hommes et il fut décidé de ne pas perdre de temps et d’embarquer malgré l’approche de la nuit. Les chariots furent donc vidés, le nécessaire étant embarquer sur les embarcations, trois hommes devant ramener le convoi vide en ville. Cela nous laissait avec une trentaine de personnes réparties sur les six embarcations, sans compter ceux qui les manœuvraient.

Lorsque je demandai à Izar’tho pourquoi il y avait autant de bateau, sa réponse fut on ne peut plus clair et pas du tout rassurante.

- Les eaux sont dangereuses, il est plus sûr de diviser le groupe plutôt que tous finir à l’eau si une pieuvre géante attaque.

Une pieuvre géante ? Je lançai un regard inquiet à Nillim qui haussa les épaules. Elle et sa soif d’aventure… Je n’insistai pas et nous fûmes réparties dans les différentes embarcations. Chacun contenait au moins un combattant avec deux non-combattants, en plus de celui qui dirigeait le tout. Nillim était dans une autre embarcation, aussi lui souhaitai-je une bonne traversée avec un sourire crispé. Elle perçut mon inquiétude cette fois et posa une main réconfortante sur mon épaule.

- Tout va bien se passer, tu verras. On sera de l’autre côté avant même que tu ne t’en rende compte.

Etais-je la seule à avoir cette appréhension ? Il semblait que oui, personne n’avait l’air inquiet, la plupart s’occupait de ranger le matériel dans les bateaux en sifflotant ou en bavardant. Peut-être étais-je tout simplement trop nerveuse sans raison, mais je n’aimais pas l’idée de traverser des eaux dangereuses en pleine nuit avec pour seul guide la lune et l’expertise d’un inconnu, ce n’était pas du tout fait pour me rassurer. Mais je fis de mon mieux pour chasser l’inquiétude et embarquai avec les autres. Les autres passagers, trois Hafiz et un humain, semblaient dubitatifs quant à ma présence en tant que garant de leur sécurité, mais ils ne firent aucun commentaire et proposèrent galamment de ramer. J’acceptai, préférant tenir les flots à l’œil, au cas où. Je remarquai que chaque embarcation contenait au moins un elfe, probablement pour bénéficier de leur vision nocturne similaire à la mienne, bien utile pour une telle situation. Me plaçant à l’avant de l’embarcation, je regardai les premières partir, repérant Nillim qui était postée au même endroit sur la sienne, me faisant de grands signes auxquels je répondis avec un sourire.

Une fois l’embarcation à l’eau, les hommes commencèrent à ramer et le guide nous rapprocha des autres, prenant une curieuse formation triangulaire avec à la pointe l’embarcation du chef de l’expédition. La traversée allait durer un peu, mais moins d’une heure selon les passeurs. Le temps était clair, la lune haute éclairait les flots calmes et aucun vent menaçant ne se faisait sentir. Il fallait seulement prier pour qu’aucune créature marine trop agressive et puissante ne passe par là avec un petit creux ou une curiosité mal placée. Lorsqu’une demi-heure se fut écoulée dans un silence presque total, seulement perturbé par les rames frappant l’eau à intervalle régulier et que la côte commençait à se dessiner face à nous, je commençai à me dire que tout irait bien. Et ce fut précisément à ce moment-là que quelque chose attira mon regard. Plissant les yeux, je scrutai à bâbord, voyant une étrange masse sombre se diriger vers nous, comme une vague. J’en fis part à celui dirigeant notre embarcation qui promena un regard inquiet vers l’endroit que je pointai. Malgré l’obscurité et la lumière argentée environnante, je le vis clairement pâlir et il saisit un sorte de cor et souffla dedans pour attirer l’attention avant de hurler.

- SALAMANDRE !

Et ce fut la panique. Chaque rameur redoubla de force pour avancer plus vite, brisant la formation tandis que chacun hurlait des ordres à qui voulait l’entendre, je vis clairement un des rameurs de mon embarcation se mettre à prier avec force, les yeux fous. Et soudain, quelque chose creva la surface de l’eau, une ombre gigantesque qui nous frôla, s’écrasant derrière nous, créant une vague si puissante que l’embarcation se retrouva presque à la verticale pendant une fraction de seconde, chacun se cramponnant comme il le pouvait pour éviter de tomber à l’eau. Vivre et matériel passèrent par-dessus bord mais personne ne s’en soucia, chacun cherchant à s’éloigner le plus vite possible et à atteindre le rivage qui, alors qu’il paraissait tout proche, sembla soudain dangereusement lointain. Je vis nettement la forme faire demi-tour et, ne voulant pas rester sans rien faire, je me ruai à l’arrière, allumant une boule de feu à pleine puissance.

- Gamine, tu es folle, elle va te boulotter !

(Alyah ! Elles craignent le feu ces horreurs ?)

(Pas plus qu’un poisson vivant dans l’eau. Mais un poisson ne fait pas une tonne.)

Le ton calme d’Alyah me fit tiquer, mais je ne relevai pas, scrutant les flots, repérant la vague qui s’approchait, comme si elle signalait elle-même son arrivée. Lorsque sa masse jaillit de nouveau hors de l’eau, ma boule de feu la cueillit en plein vol, sans faire plus de mal qu’une pichenette, et la salamandre retomba derrière l’embarcation. Je fus soulevée et projetée en avant, m’encastrant dans l’avant du bateau, à moins d’un mètre des eaux devenues soudainement bien plus tumultueuses qu’avant, comme si la seule présence de cette créature agitait la mer. A demi-sonnée après m’être cognée la tête, il me fallut quelques secondes pour comprendre qu’on essayait de me relever.

- Bien joué gamine, mais cramponne toi, elle va revenir !

L’esprit embrumé à cause du coup reçut à l’arrière du crâne, je mis de nouveau quelques précieuses secondes à comprendre. Puis l’embarcation fut de nouveau soulevée. Mais cette fois, ce fut différent. Le coup frappé sur le frêle esquif fut si violent qu’il fut projeté en l’air, chaque occupant excepté le guide fut projeté par-dessus bord tandis que le bateau retombait plus loin. Je fus catapultée à plusieurs mètres de haut avant de lourdement retomber dans une eau glacée. Le choc contre la masse aqueuse fut aussi brutal qu’heurter un mur en plein course et seule la voix d’Alyah me permit de rester consciente. Je luttai pour remonter à la surface, alourdie par mes habits, mon sac et mon équipement. Lorsque je parvins enfin à refaire surface, j’inspirai une grande bouffée d’air avant de regarder autour de moi en paniquant. Frigorifiée et vulnérable, je cherchai n’importe quoi qui aurait pu me permettre de me sortir de là. Une voix me héla et je vis notre guide me tendre la main pour me hisser sur le bateau. Je haletais, allongée sur le dos, essayant de reprendre mon souffle et de lutter contre le froid qui commençait à me faire trembler. Trois autres avaient réussi à remonter, mais le quatrième, le mercenaire, était introuvable.

Me relevant, j’aperçus de nouveau une vague se rapprocher, alors qu’un autre annonçait l’arrivée d’une deuxième. La suite fut confuse. Il y eut un horrible craquement et le navire vola en éclats, projetant de nouveau tout le monde à l’eau. Je heurtai un débris qui me permit tant bien que mal de rester hors de l’eau, bien que sonnée. Je vis nettement une autre vague s’approcher de moi. Je scrutai les alentours, mais plus personne n’était visible, les autres embarcations étaient bien loin et je ne parvenais même pas à correctement bouger pour avoir une chance de faire quelque chose. Puis ce fut le noir complet lorsqu’un nouveau choc heurta mon navire de fortune.

Suite >>

Avatar du membre
Spark
Messages : 9
Enregistré le : dim. 21 févr. 2021 17:38

Re: Plaine des Pachydermes

Message par Spark » mar. 6 avr. 2021 22:27



Feuille blanche, feuilles vertes



Le bruit rassurant du ressac de la mer me sort de ma torpeur. Je suis allongé au fond d’une des deux pirogues. Les étoiles m’apparaissent floues, brillant derrière un halo causé par la fatigue de la traversée et la fin des effets de la Emd’eh. J’aurais apprécié profiter de cette potion dans un autre contexte, plus détendu. Pour ne rien arranger, son mélange avec le vin m’ont offert une sale migraine. Décidemment quand ça veut pas… Je prends alors conscience que le bateau ne tangue plus. Je jette un œil par-dessus bord : je suis échoué sur une partie sablonneuse de la côte, sans me souvenir de l’instant où j’ai touché terre. Pourtant je me rappelle bien mon départ…

La Prêtresse. Le bannissement. La course dans la jungle.

Je saute dans le bateau et prend les rames, m’activant pour prendre de la vitesse et atteindre un rythme de croisière. Hors imprévu, la traversée ne devrait pas durer plus de quelques heures. En revanche la poursuite d’un cap s’avère compliquée en étant seul, l’embarcation a la fâcheuse tendance de vouloir tourner en rond. Heureusement, la mer est calme et la manière dont les deux pirogues sont assemblées stabilise légèrement la direction. Je passe régulièrement d’une pirogue à l’autre lorsqu’un rééquilibrage est nécessaire, avec à chaque fois la crainte de voir un serpent de mer ou un poisson carnassier jaillir des flots pour m’attaquer. Je n’ose pas imaginer les conséquences d’une mauvaise blessure, ici au milieu de nulle part. Mais non, pas de mauvaise surprise de ce genre, seul le bruit des rames frappant la surface de la mer m’accompagne.

La masse sombre de Niafaân se devine à l’horizon sous l’éclat de la lune, mais il est difficile d’en estimer la distance sur l’eau. Le voyage s’éternise alors que je suis parti depuis plusieurs heures et mes bras me tirent, j’espère arriver avant l’apparition de crampes. La silhouette de l’île grandit petit à petit…


Après ça, plus de souvenir précis. J’ai dû tomber à bout de forces et le courant m’aura emmené sur le rivage.

Je me redresse pour finir de reprendre mes esprits et comprendre où je me situe. La petite bande de sable longeant la côte est vite remplacée par des étendues d’herbe, parsemée ci et là d’arbres et de bosquets. Il n’y a aucun bâtiment à la ronde. La chaîne de montagnes me faisant face, plus sombre que la nuit, me permet de me repérer. Les vagues m’ont visiblement poussé au Sud du point d’accostage habituel de la tribu. Si je remonte vers le Nord en longeant la côte, je retrouverais une piste traversant les plaines menant jusqu’à Kers. On y croise les fameux éléphants blancs des Hafizs, toujours impressionnants et majestueux. J’ai déjà pris ce chemin deux ou trois fois pour aller vendre à des marchands de la cité multicolore des produits rares prélevés sur nos proies. Belle ville, accueillante même. Je n’y suis jamais resté plus de deux ou trois jours d’affilée cependant. Peut-être pourrais-je m’y installer ?

(Par là ? Tu penses vraiment que c’est le bon choix ?)

L’autre option se cache derrière la montagne. Mon père m’a parlé d’une ville bâtie par les elfes, qu’on rejoint en bravant la jungle recouvrant le Sud de Niafaân. Mise à part sa forte concentration en mages, je ne sais pas grand-chose à son sujet. En tout cas, le voyage serait plus long et plus risqué que pour aller à Kers : quels dangers sont dissimulés au cœur de cette jungle ?

(C’est pas comme si tu venais d’une jolie petite bourgade bien calme… La jungle, c’est TON terrain. Tu préfères quoi, refaire une route déjà parcourue ou découvrir le monde ? Essaie de donner un sens à ton exil, c’est tout ce que tu peux faire…)

La perspective de découvertes me redonne un peu de mon optimisme d’hier, de cette soif des possibilités s’offrant à moi. Après tout, la portion du monde m’étant interdite est minime comparée à son ensemble ! Je prends alors la première décision importante de ma nouvelle vie, celle qui dessinera les ébauches de mon futur sur la feuille désormais blanche de ma vie.

(Tu peux encore choisir l’avenir que tu veux et vivre des aventures que tu n’imagines même pas ! Hors de question de te contenter d’un confort quelconque, de te rassurer en allant à Kers. Si tu commences dès aujourd’hui à adopter cette mentalité, tu ne feras jamais rien d’excitant ni mémorable. Et même si tu ne sais pas encore quelles aventures jalonneront ta voie, c’est en parcourant des chemins neufs que tu les découvriras !)

Je me lève en me répétant ces mensonges, autant destinés à me réconforter qu’à me convaincre. Je regarde une dernière fois en direction de l’Ile Interdite. Impossible de bien la distinguer avec la nuit et la distance, comme pour me faire comprendre que ce lieu synonyme de ma jeunesse est définitivement derrière moi. Il est temps de commencer la marche.

J’avance rapidement sur ce terrain dégagé. Bien qu’un peu vallonné, le chemin se révèle facile à suivre et même reposant comparé à la traversée maritime. A mi-chemin de l’orée de la forêt, une rivière me barre la route. Un pont en pierre se trouve un peu plus loin en aval. En me dirigeant vers celui-ci, je repère un sentier descendant en pente douce près du cours d’eau. J’en profite pour descendre boire de longues et fraîches gorgées. Il faut que je prenne des réserves pour faire face aux épreuves qui m’attendent et ça devrait aider à faire disparaître ma migraine. Je remonte ensuite pour traverser le pont.

Après plusieurs heures de marche, la végétation commence à s’épaissir. L’herbe grandit et se pare de fougères et de ronces, les arbres se rapprochent les uns des autres. Je progresse moins vite. La lune ne suffit plus pour éclairer sous les feuilles des arbres constituant à présent une sorte de plafond végétal. Je décide de faire une sieste et d’attendre l’aube avant d’entrer dans la jungle à proprement parler. Je m’assois au pied d’un arbre, adossé contre son tronc recouvert de mousse. Avant de m’endormir, je demande à Utu de me guider sur cette route qui s’annonce passionnante.

(Que Ta force habite mon corps)
(Que Ta sagesse guide mes choix)




Répondre

Retourner vers « Royaume de Kers »