Les Gueules de Meno

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Yuimen
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Les Gueules de Meno

Message par Yuimen » mer. 25 juil. 2018 20:37

Les Gueules de Meno

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Au Sud-Est d'Henehar se détache, sur la frontière entre le Matriarcat et la principauté, une chaîne de montagnes formée il y a quelques millénaires par les éruptions de trois volcans. Cela fait aujourd'hui des siècles que ne se sont pas réveillées les Gueules de Meno, tels qu'ils furent surnommés, mais il arrive que l'un d'entre eux se mette à cracher de grands volumes de fumée voire de cendres, sans que de la lave n'apparaisse pour autant.
Ces fumées sont hautement toxiques et la vie est rare proche des volcans – même les phalanges de Fenris ont déserté l'endroit et les frontières y sont donc plus théoriques que pratiques, d'autant plus que le risque que l'un d'entre eux n'explose n'est jamais nul. Certains fidèles de Meno y font parfois un rapide pélerinage, mais la région est pour le reste occupée uniquement par une faune adaptée aux températures plus élevées que sur le reste du continent.

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Hindbaer
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Re: Les Gueules de Meno

Message par Hindbaer » jeu. 8 oct. 2026 18:19

4.4 Tanière ennemie

La végétation s'amenuisa rapidement. Les sapins cédèrent la place à des pins tordus, puis à des buissons plaqués contre les pierres. La neige fondait autour de fissures d'où s'échappait paresseusement le souffle blanc du dieu apocalyptique, endormi sous une tiède couverture de basalte colonisée par des mousses rouge comme autant de tâches de sang coagulé sur le pelage d’un prédateur repu.

Hindbær progressait prudemment, de peur de réveiller quelque puissance surnaturelle. Plus péniblement, aussi. Son bandage collait à son cuisse. Le goût du soufre s'accrochait à sa langue à chaque inspiration. La chaleur du sol avivait le parfum de son corps suant et menaçait de la trahir. Elle s’enduisit les aisselles d'une fine couche de graisse de phoque, puis les couvrit d'une poignée de cendres froides. Voilà qui ferait l’affaire, à défaut d’être agréable au frottement…

Soudain, les Crocs disparurent derrière un épaulement de lave ancienne. Hindbær les suivit jusqu'au sommet. Puis s’aplatit au sol, un spectacle inattendu s’offrant à ses yeux.

Tout proche, le campement occupait un plateau au pied du volcan. La rumeur du groupement humain avait dû être étouffée par l’amas rocheux contre lequel ils s’étaient installés… Ses sens affutés par l’adrénaline, la chasseuse compta deux rangées de tentes encadrant un feu central. Quatre Fenris montaient la garde entre des piquets surmontés de crânes blanchis. Deux Varrockiennes et un Fenris se tenaient sous un auvent abritant des cartes étalées sur une grande table circulaire. Plus loin, une vingtaine de caisses et tonneaux entouraient trois fourgons.

L'un d'eux possédait des grilles…

Hindbær se contorsionna pour sortir discrètement sa longue-vue. Le premier examen ne révéla que volumes informes et couleurs indistinctes. (Lunette de merde !) La vue était troublée… Quel intérêt de voir de plus près si c’était pour ne rien pouvoir discerner, maudit-elle son lieutenant de père avec ses outils de Varrockien. Alors qu’elle s’apprêtait à l’abandonner au sol, Hindbær remarqua une molette de cuivre sur le pourtour de la lunette. Elle la fit rouler sur quelques crans, puis plaça un œil circonspect derrière la lentille.

(Hmmf… c’est mieux).

Sous son œil écarquillé, le système optique révéla les textures dont elle put deviner l’appartenance : c’était le bois clouté du plancher du fourgon, ou bien le fer des roues cerclées, ou encore la fonte des barreaux qui en constituaient les murs et plafonds… Son cœur accéléra lorsque son cercle de vision glissa sur la laine d’une couverture jetée comme isolant thermique sur une moitié de la cage mobile.

Avec maladresse, ses doigts tremblant d’excitation tripotèrent la molette jusqu’à ce que se précise une forme qui tremblotait derrière les barreaux. Une petite main les agrippa. Puis une autre. Des doigts d'enfant, rouges de froid, se refermèrent autour du métal. Un visage apparut entre eux. Peau presque blanche. Cheveux clairs collés au front. Deux yeux immenses observaient le campement sans pleurer.

Hindbær cessa de respirer.

(Enfants.)

Elle les avait trouvés ! Au moins deux silhouettes occupaient le fourgon. Peut-être davantage sous la couverture. Un garçon était allongé au fond et ne bougeait pas. Une fillette soutenait sa tête sur ses genoux. La vue de ces êtres en devenir, inoffensifs et sans défense, piégés ainsi raviva sa vertueuse colère.

Alors, elle inspira profondément. Non pas pour se calmer, mais pour appeler à elle la force vitale des éléments qui l’entouraient. (Nature, donne moi la force !) L’air sulfureux alimenta sa fournaise. Elle plaça une main au sol ; la pure noirceur de la lave endormie l’ancra dans sa résolution. Le glatissement saccadé d’un couple d’aigles entraina son cœur dans un rythme guerrier. Ses muscles gonflaient à mesure que…

(M… Merde !)

Dans la paume de sa main, le cylindre de cuivre avait cédé sous la pression de ses doigts impatients d’en découdre ! Elle regarda avec la longue-vue cabossée avec un regard partagé entre agacement de devoir la réparer et satisfaction d’avoir manifester pareille poigne. Si elle pouvait canaliser ainsi sur ces ennemis cette sainte émotion, cette juste force…

Reportant son attention sur ses proies, Hindbær compta douze Fenris, huit Varrockiens visibles dont deux mages près des fourgons, à en juger par leur attirail. (Un autre devant la grande tente.) Ainsi que les gardes et les stratèges. Et c’était sans compter les Crocs du refuge qui arrivaient par le nord…

(Trop nombreux.)

Elle pouvait tuer un guetteur d’un tir précis. Elle pouvait atteindre le fourgon avant que les autres comprissent d'où venaient les flèches. Mais après cela, elle mourrait. Et les enfants resteraient enfermés.

Hindbær abaissa la longue-vue.

- Réfléchis.

La voix ressemblait à celle d'Otis. Elle détesta que son esprit l'imitât déjà ; elle s’apaisa en l’imaginant à ses côtés. La jeune femme se mordit la lèvre pour se ressaisir et étudia le campement à nouveau.

Il lui fallait trouver une alternative. Les gardes surveillaient les approches nord, ouest et sud. À l’est, le volcan s'élevait en une succession de falaises noires, de coulées pétrifiées et de fissures fumantes. Personne ne gardait ce côté. (Parce que personne ne peut le franchir.) Hindbær remonta la paroi avec la longue-vue.

Une ligne plus sombre coupait la roche au-dessus du campement. D'abord, elle la prit pour une fissure. Puis le vent déplaça un rideau de vapeur et révéla des pierres disposées avec trop de régularité.

(Une ouverture. Un tunnel ?)

Les contrebandiers avaient creusé sous le refuge de la veille pour traverser la montagne. Pourquoi se seraient-ils arrêtés là ? La frontière du Matriarcat se prêtaient sans doute aux trafics les plus lucratifs pour qui se fiche des lois. Silencieusement, Hindbær sortit les cartes d'Otis et vérifia si la milice avait connaissance de tels passages.

Son doigt suivit les lignes lentement. La lettre écrite demeurait difficile d’accès à la chasseuse, mais les reliefs parlaient une langue plus honnête. Une marque partait des alpages, descendait vers la forêt puis longeait les Gueules de Meno. Près d'un ruisseau, Otis avait entouré un symbole ressemblant à un autre localisé aux environs du refuge.

A priori, l'endroit ne ressemblait à rien. Un coin de forêt parmi mille autres. Il ne correspondait pas à cette ouverture qui surplombait le flanc est du campement… Et pourtant, Hindbær espéra. Qu’il s’agisse de l’entrée d’un tunnel, d’un coup de pouce de son défunt père naturel.

Hindbær roula les cartes, refoulant cet élan de l’âme, aussi sentimental qu’irrationnel.

(Une seule manière de vérifier.)

Elle regarda encore les petites mains derrière les grilles.

- Bougez pas, murmura-t-elle entre ses dents serrées.

Et, une fois hors de vue et de portée d’oreille, la bâtarde du Grand Nord appela de nouveau à elle cette honorable fureur. Non pas pour combattre. (Pas encore.) Mais pour marteler férocement le sol de ses pieds dans une course plus folle que jamais.

>> Suite : 05/08
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Hindbaer
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Re: Les Gueules de Meno

Message par Hindbaer » jeu. 8 oct. 2026 18:22

4.5 Knocking on hell's door

La température redescendait à un niveau plus confortable à mesure qu’elle s’éloignait du volcan, mais sa cuisse blessée protesta à chaque foulée. La plaie que le guérisseur de la milice avait soignée s’était rouverte et le bandage s'humidifiait de nouveau. Pour autant, elle ne ralentit seulement que lorsque les pierres noires cédèrent la place aux racines.

La carte indiquait un ruisseau forestier descendant du versant nord d'une des Gueules. Elle le trouva avant la fin de l'après-midi : l'eau y coulait sous une carapace de glace. Alors, Hindbær remonta son cours jusqu'à une petite cascade gelée. Des colonnes blanches s’étiraient du haut d'une falaise, opaques et épaisses. Des sentes animales reliaient le ruisseau aux arbres encore enneigés. Mais de passage… aucun.

Elle consulta la carte.

(C’est bien là...)

Elle examina la rive gauche.

(Rien.)

La rive droite.

(Rien.)

Elle frappa la glace avec le manche de son couteau. Le son était plein partout. Elle longea la falaise, chercha une pierre gravée, un creux, une branche coupée. Toujours rien. Et le soleil qui descendait désormais, projetant contre l’écran de glace les ombres moqueuses des arbres dans son dos. Hindbær donna un coup de pied dans un galet.

- Carte stupide, lâcha-t-elle avec hargne.

Un oiseau s'envola au-dessus d'elle. Un second demeura perché sur un bouleau : Petit, gris, le ventre gonflé contre le froid. Il inclina la tête vers la cascade, puis fondit jusqu'à sa base ! Hindbær s'attendit à le voir frapper la glace. Mais non. Il disparut ; elle s'approcha. L'oiseau ressortit plus haut, un insecte au bec.

La chasseuse posa une main contre la cascade. Près du centre, la glace était froide. Tandis qu’à la base, elle était tiède. Pas assez pour fondre entièrement, mais assez pour creuser un espace entre la pierre et la carapace blanche. Une source de chaleur irradiait par derrière… Il y avait donc un passage vers le coeur du volcan? Un constat qui ne l’aidait guère : elle était bien trop large pour se glisser dans l’interstice emprunté par le passereau.

Qu’à cela ne tienne ! Le moment était venu de mobiliser cette nouvelle énergie dans un contexte plus… martial. L’ennemi serait la glace ; la motivation, encore et toujours, de rééquilibrer la balance en tombant à revers sur les ennemis de Nature. Et au cas où la douleur de savoir les jeunes sangs mêlés en proie à ces ordures ne suffiraient pas, Hindbaer pressa impitoyablement contre sa cuisse, là où la hache Fenris avait déchiré la chair sans que le guérisseur ne pût la refermer totalement.

Les conditions étaient réunies. Déjà, la chasseuse sentait le rouge monter aux yeux. Le sang battait contre ses tempes. Sa main d’arme se serra contre le manche du couteau d’équarrissage jusqu’à ce que ses phalanges blanchissent. Puis, dents serrés et hanches bloquées, elle abattit l’outil de boucher avec toute la force qu’elle put rassembler.

Elle avait l’air fine, ainsi à quatre pattes, transpirante, sa chevelure rousse collée à son cou et ses bras couverts d’éclats de glace. Elle frappait et frappait en s’oubliant, elle et tout sens commun… Evidemment qu’il était futile d’espérer entamer ainsi une couche de glace constituée durant tout un hiver ! Lorsque la fatigue affaiblit son bras, elle ne s’arrêta pas pour autant mais changea de main et reprit ses coups de boutoir, sourde à toute raison. Elle était emportée dans sa brutalité par ce quelque chose de supérieur à elle-même : une cause !

Ce n’est que lorsque les ampoules à ses mains suintèrent ce mélange de lymphe et de sang pareil au lait fraise des nouveau-nés du printemps qu’elle revînt en elle. Non pas que la douleur ait entamé sa détermination, non… celle-là ne la rattrapa qu’ensuite. C’était juste que le manche de son arme de fortune ne tenait plus dans sa paume glissante. Alors, Hindbær maudit sa bêtise. Elle s’était fatiguée. Ses mains, ses muscles tout son corps était endolori… Et la voie était toujours bloquée.

Elle rangea le couteau dans son paquetage au côté de la longue-vue cabossée et de ses illusions. En combat, cet état d’esprit lui serait peut-être utile. Mais en ce moment, il lui fallait… elle ne savait quoi. Dépitée, elle s’adossa à la paroi et retrouva son calme, à défaut de retrouver aussitôt ses forces ou la peau de ses mains.

Peu à peu, alors que son regard se perdait dans les nuages, sa transpiration sécha. Puis, l’humidité revint… dans son dos. Elle se décolla de la paroi gelée pour observer : sa chaleur corporelle avait fait fondre une couche superficielle de glace. (Mais bien sûr !) Hindbær se releva précipitamment, soudain animée d’un regain d’énergie. En ramassant le bois mort dont elle avait besoin, elle pesait le pour et le contre de la solution qui lui était venu à l’esprit. Mais lorsque l’étincelle de son briquet mit feu à son acajou, elle n’avait plus de doutes. Elle transmit la flamme au tas de bois assemblé au pied de la cascade et bientôt des lueurs rouges y étincelèrent.

(S’ils remarquent la fumée, ils enverront peut-être un éclaireur vérifier ce qu’il en est… mais je serai parti d’ici là.)

Du moins, elle l’espérait. Et sinon, ce serait l’occasion de vérifier si ca nouvelle technique pouvait faire la différence en combat. Néanmoins, elle attisa le feu pour accélérer la fonte et le protégea du goutte à goutte qui rejoignait finalement le cours d’eau gelé. Enfin, lorsque le passage au sol lui sembla suffisamment ouvert, elle l’éteignit en hâte et poussa les restes de buchettes calcinées de l’autre côté.

Après avoir recouvert la zone noircie au sol avec de la neige récoltée au pied d’un buisson touffu, Hindbær se glissa sous la glace par l'ouverture qui lui avait couté de précieuses minutes. Son sac racla. L'arc d'Otis coinça. Mais elle rampa de l’autre côté, tant bien que mal, au prix de nombreuses contorsions et éraflures, jusqu’à pouvoir se redresser entre glace et roche.

Derrière, dans la lumière tamisée par l’eau gelée, une entrée noire s'enfonçait dans la falaise. L'air qui en sortait sentait l'humidité, la cendre et le soufre. Sur le sol reposait un flambeau à moitié consumé.

(Contrebandiers.)

Hindbær s'en empara. Il était sec et la poix prix feu à la troisième étincelle. Eclairant devant l’exploratrice, la flamme révéla des traces d'outils sur les parois et un sol incliné vers les profondeurs. Son cœur sembla sombrer dans son estomac à la vue du passage confiné. Instinctivement, Hindbær regarda par-dessus son épaule. Le jour demeurait visible derrière le rideau de glace. Mais devant, la montagne refermait sa bouche.

Sa respiration accéléra.

(Pour toute entrée…)

Elle avança d'un pas.

(Une sortie.)

Les enfants attendaient de l'autre côté ; Hindbær ravala sa peur et pénétra dans les entrailles de Njord.

>> Suite : 06/08
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Re: Les Gueules de Meno

Message par Hindbaer » jeu. 8 oct. 2026 18:26

4.6 Bolbidibouh !

Le tunnel descendait.

La chaleur augmentait à mesure que Hindbær s'enfonçait sous le volcan. Elle retira sa peau de loup, puis son manteau, qu'elle fixa à son sac. La pierre suintait autour d'elle. Des gouttes tombaient du plafond et s'écrasaient sur le sol avec une régularité irritante.

La roche avait remplacé le ciel ; Hindbær compta ses pas.

Cinquante-trois.
Cent six..
Cent vingt-huit…
Le tunnel s'élargit à peine. Tout juste de quoi freiner sa claustrophobie galopante… Les parois restaient assez proches pour qu'elle pût les toucher toutes les deux en écartant les bras. (Trop proches.) Et par endroits, le plafond l'obligeait à se courber.

Cent trente-trois….

(Entrée derrière.)

Cent trente-neuf…..

(Sortie devant.)

Son flambeau crachota. Hindbær posa le pied dans de l'eau et recula aussitôt avec un hoquet de surprise. Une flaque recouvrait le sol. De la vapeur s'en élevait. Elle s'accroupit, approcha prudemment les doigts et les retira avant le contact.

Tiède. Pas brûlante. Elle traversa au son du clapotis de ses pas. Soudain, la flamme éclaira une silhouette luisante en face d'elle. Un homme se tenait immobile dans le tunnel. Grand. Mince. Une brigandine au torse. Des cheveux blancs entouraient un visage aux traits aigus. Sa peau possédait la couleur gris-pourpre des Shaakts.

Hindbær leva son arc.

- Bouge pas.

L'homme inclina la tête, comme pour confirmer sa soumission. Mais… ce qui suivit dérouta la chasseuse. Le visage de l’inconnu « coula ». Son œil droit glissa jusqu'à la joue. Ses lèvres s’étirèrent par les coins et bavèrent dans les clavicules. L'armure fondit avec le torse et l'ensemble s'effondra en une masse incarnate dans un grand « Blooob » final lorsqu’elle heurta le sol.

La chasseuse n’avait jamais croisé pareille créature. Sa forme humanoïde avait laissé place à une épaisse flaque gélatineuse qui bouillonnait de manière menaçante. Hindbær ne prit pas le temps de réfléchir ; elle tira. La flèche traversa la masse et frappa la pierre. Le trou se referma aussitôt. Et la créature fusa sur elle.

A cause de l’étroitesse du couloir, elle ne put l'éviter entièrement. De fines tentacules rouges agrippèrent ses chevilles avant de s’élargir pour monter à l’assaut de sa taille et s'y refermer par derrière, englobant finalement ses jambes et son bassin. Le contact n'était ni chaud ni froid, mais il brûlait des deux manières. Aussi, Hindbær hurla. Sa peau semblait se dissoudre sous ses vêtements. Elle trancha l’insolite agresseur de la pointe de sa flèche, encore et encore. Le métal divisait la substance, mais chaque partie se rejoignait dans la flaque à ses pieds.

(L'eau !)

La créature gélatineuse s'y régénérait. Mue d’une énergie nouvelle, elle gonfla et gonfla jusqu’à étendre son emprise sur la poitrine alarmée de l’imprudente. Puis, l'air disparut autour de son visage. Alors des souvenirs aussi cuisants que la mystérieuse substance se joignirent à l’assaut.

La tente.

Les menottes.

Un corps conquérant au-dessus d'elle.

Hindbær se débattit. Plus elle bougeait, plus la matrice incarnate l’engluait. La hampe de la flèche faillit lui échapper lorsque la brûlure gagnat ses mains. Sa cuisse suturée éclata contre la pression. Une douleur débilitante s’y logea en même temps que le gel couleur du sang. Comme pour la tourmenter davantage, l’un des tentacules émanant de la flaque à ses pieds prit la forme d’un visage moqueur. Pas de doute possible malgré l’opacité de la matière qui lui obscurcissait la vision : c’était son image miroir !

Elle aurait dû faiblir, s’évanouir même devant pareille horreur. Mais l’urgence et l'aberration de la situation délièrent en elle une violence devenue familière. Elle était Hindbær, la bâtarde du Grand Nord ! Ce n'était pas dans l'ordre des choses qu'elle cédât son corps à un tas de morve contre-nature !

Elle cessa de se débattre et puisa dans cette vertueuse certitude la force intérieure qu’elle avait progressivement apprivoisée. Elle abattit la pointe de sa flèche du menton vers le bas, séparant la matrice brûlante avec une force que son bras épuisé n'aurait pas dû posséder. Une fente s'ouvrit sous son visage. Elle fit le dos rond, faufila sa tête dans l’interstice, inspira l'air humide du tunnel, puis… frappa encore.

Une fois.

Deux fois.

Elle découpa sa voie de sortie. La créature se contracta pour la retenir. Hindbær planta les doigts dans la fente, malgré les brûlures, et arracha deux pans de matière. Elle sortit une épaule, puis l’autre. La créature reprit l'apparence du Shaakt. Elle s’extirpa de jambes et torse de son étreinte gloutonne. Les bras liquides cherchèrent à l'enlacer…

En retour, Hindbær se pencha pour récupérer le flambeau tombé au sol et le lui enfonça le dans le visage. L’abomination siffla sa douleur dans un nuage de vapeur. Profitant de sa distraction, elle perfora et trancha et fendit et griffa et cogna son corps gélatineux ! Déchiquetée, la créature fut contrainte de se retirer vers l'eau. Et de s’y régénérer devant les yeux ahuris de son adversaire ! La chasseuse comprit alors que découper le monstre ne suffisait pas : il fallait en séparer les morceaux de la flaque d'eau.

Elle donna un coup de pied dans la plus grosse masse, l'envoya plus loin contre la pente sèche puis frappa du plat de sa botte. La substance éclata en trois fragments. Deux d’entre eux tentèrent de ramper vers l'eau. Hindbær les écrasa sous ses bottes et les repoussa, gigottant misérablement. Le troisième prit la forme d'une main shaakte. Elle la planta sur place ! Alors la matière vibra, se contracta puis cessa de bouger.

Le silence revint.

Hindbær s'appuya contre le mur. Cette vigueur qui lui avait donné la victoire l’habitait toujours, entretenue par la douleur et le souvenir de l’enjeu. Maintenant que le combat était gagné, elle n’avait plus lieu d’être. Pour autant, elle sentait son énergie mentale continuer à alimenter le feu intérieur. (Contrôle…) La chasseuse ferma les yeux, se représentant la sente d’un Gakhaï par une nuit de pleine lune. L’odeur de l’humus humide. Le hululement d’une chouette solitaire. (Tout est en ordre.) Elle ramassa sa flèche tombée et la rangea avec l’autre dans son carquois. Puis, enfin, elle éteignit les sirènes de la juste colère.

Aussitôt, ses jambes cédèrent. Elle tomba à genoux. Ses mains étaient rouges, couvertes de cloques. Une brûlure remontait le long de sa joue et mordait le bord de sa bouche. Le bandage de sa cuisse s'était défait. Mais elle respirait… et les restes pitoyables de son adversaire gisaient devant elle. Alors, opportuniste, Hindbær sortit l'une des fioles de verre volées aux Fenris. Avec la lame de son couteau, elle en poussa un fragment à l'intérieur. La substance incarnate se tassa au fond en frémissant.

- Toi, tu bouges encore, j'te bois.

Le fragment se calma. Elle boucha la fiole. Elle ne savait pas ce qu’était cette chose, mais elle espérait trouver quelqu’un à Henehar pour la renseigner. Peut-être même pourrait-elle troquer l’échantillon contre un remède pour les brûlures qu’il lui avait infligé. (Le cercle de vie…)

À condition de sortir vivante de la gueule de Meno.

>> Suite : 07/08
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Message par Hindbaer » jeu. 8 oct. 2026 18:30

4.7 Sulfureux Styx

Hindbær poursuivit sa marche à travers les ténèbres éclairées de son seul flambeau.

(Deux cent vingt-sept.)

Le tunnel descendit encore, puis remonta brusquement. La chaleur s'alourdit. De la vapeur se condensait dans ses cheveux et coulait le long de son dos. Ses vêtements collaient à ses brûlures. Elle commençait à maudire son sang Fenris…

(Deux cent bordels de trente-cinq de qu’elle conne je suis !)

Après un dernier virage, le passage s'arrêta. Un mur de roche occupait toute sa largeur. Hindbær leva son flambeau.

Aucune ouverture ; aucune pierre mobile ; aucun courant d'air.

- Non. Non, non, non, non…

Elle examina le sol, les parois et le plafond. Les contrebandiers n'avaient pas creusé sur des centaines de pas pour terminer devant une roche pleine. Pourtant, rien… Hindbær donna un coup de pied dans un caillou. Il frappa le bas du mur. (Pas de rebond ?) Seulement un petit bruit d'eau.

Elle baissa les yeux. Une flaque sombre occupait le pied de la paroi. Le caillou avait disparu, ne laissant que quelques rides sur l’eau. Hindbær approcha le flambeau. La lumière pénétra sous la surface : la flaque continuait sous le mur. (Un tunnel submergé,) remarqua l'exploratrice en même temps que quelque chose qui crevait la surface de l’eau. (Une main !)

La peau avait disparu depuis longtemps. Les os des doigts sortaient de l'obscurité, tendus vers la partie émergée du tunnel. Derrière, dans les profondeurs du tunnel englouti, la lumière se reflétait sur une seconde silhouette métallique. Puis une troisième… Des cadavres en armure s'entassaient dans le passage, tous tournés dans sa direction comme s'ils cherchaient encore à atteindre l'air.

Hindbær recula. Son talon glissa. Le flambeau quitta sa main et tomba dans l'eau. La flamme grésilla, puis s'éteignit…

L'obscurité tomba, complète.

Hindbær cessa de respirer. Les murs se rapprochèrent. Les mains sous l'eau remontèrent vers elle, invisibles mais présentes à son esprit. Le tas de morve avait pris l'apparence d'un contrebandier. Alors pourquoi pas l'un de ces corps ?

(Non. Reprends toi.)

Son adversaire était mort, ou du moins hors d’état de nuire. Et puis, elle soupçonnait fortement que la créature ne pouvait prendre l’apparence que de ses victimes. Hors ces pauvres bougres étaient de toute évidence mort noyés. (En même temps, quelle idée de nager en armure...) Probablement que le contrebandier dont il avait pris l’apparence plus tôt était le seul rescapé de la bande.

- Quel merdier… confia-t-elle à l’obscurité.

Sa propre voix lui revint en écho. Pas de conseils. Pas de paroles réconfortantes. Elle ne pouvait compter que sur elle-même pour avancer. Et les ténèbres qui semblaient vouloir se refermer sur elle et faire de cette montagne sa dernière demeure… Hindbær trembla, des sueurs froides s’ajoutant à sa transpiration. Alors elle s'accroupit, trouva son sac à tâtons et fixa ses pensées sur des objets concrets.

Toile cirée.

Corde.

Briquet.

Cartes.

Arc.

Elle ne pouvait pas nager avec l'arc d'Otis à la main. Elle le décorda et l’accrocha à son paquetage. Puis la jeune femme se déshabilla et emmaillota soigneusement l’étui à cartes dans la peau de loup et ses vêtements. Quant à la toile cirée, elle en façonna une poche qu'elle ferma par le bas avec de la ficelle en prenant soin de former un grand espace vide. (Prête.) Elle grimaça, puis eut un bref rire sans joie.

(Ca fait un bail que j’ai pas pris de bain…) Elle glissa un pied dans l'eau. (Tiède.) Puis une jambe. L'eau caressa sa peau avant de pénétrer chaque coupure. Elle serra les dents. Les os des contrebandiers reposaient quelque part sous elle et elle ne comptait pas se joindre à eux.

Hindbær posa la poche devant elle, retenue par la ficelle fermant tenue en main. L'air emprisonné le maintenait à la surface. Elle prit une grande inspiration puis, l'entraînant avec elle, elle plongea.

***

Sous l'eau, l'obscurité lui pesait plus encore. Hindbær ne voyait ni ses mains ni la roche tout autour. La poche d’air tirait sur sa ficelle, ballotant contre son épaule. Elle la poussa délicatement et allongea un bras au-dessus de sa tête. Ses doigts rencontrèrent le plafond. Alors, elle suivit la pierre, nageant face à la voûte.

Une brassée.

(Deux.)

(Trois.)

Le tunnel finit par se rétrécir. Son dos frôla le sol tandis que sa main glissait contre la voûte. Quelque chose heurta sa jambe. Hindbær donna un coup de pied par réflexe, persuadée que l'un des morts venait de la saisir.

(Quatre.)

(Cinq.)

Le plafond descendit encore. Elle dut tourner la tête pour que son visage ne heurtât pas la roche. Ses cheveux s'accrochèrent à une aspérité.

(Six.)

La sensation de brûlure s’étendit de sa peau à ses poumons.

(Sept.)

Son sac se coinça. Hindbær tira dessus. Il refusa de bouger. L'arc d'Otis, pris en travers dans le tunnel, butait contre les parois. Et pendant ce temps, des fourmillements gagnaient ses extrémités. Elle tira encore, avec la force du désespoir. Sans succès. De l'air s'échappa de sa bouche en une traînée de bulles. Lâcher le paquet lui permettrait d'avancer.

L'arc.

Les cartes.

La sacoche.

(Otis…)

Hindbær revint en arrière d'une brassée, plaqua le paquet contre le fond et le fit pivoter. Une extrémité passa sous un renfoncement. Elle poussa.

Le paquet se libéra.

(Huit.)

(Neuf.)

Ses poumons se convulsèrent.

(Dix.)

Le tunnel remonta.

Une lueur rouge teinta soudain l'obscurité. Elle ondulait au-dessus d'elle, de l'autre côté de la surface. Une lanterne ?! De l'air ! Hindbær donna tout ce qui lui restait.

(Onze.)

(Douze.)

Sa main quitta le plafond et ne trouva plus rien. Elle n’aurait même pas eu besoin de sa poche d’air ! Elle poussa le paquet vers la lueur, battit des jambes et creva la surface, victorieuse !

Hindbær inspira. Alors, l'air lui brûla la gorge. Elle toussa aussitôt. Une odeur de soufre envahit sa bouche, son nez et ses poumons. Chaque nouvelle inspiration aggravait la brûlure. Ses yeux se remplirent de larmes.

(Irrespirable.)

Elle replongea instinctivement. Mais le soulagement ne dura que le temps d'un battement de cœur. Son corps avait expulsé presque tout l'air vicié en toussant. Il ne lui en restait pas assez pour retraverser le passage.

Devant, le gaz l'attendait. Derrière, les contrebandiers tendaient leurs mains osseuses vers la sortie. Elle avait bêtement commis la même erreur qu’eux. Prise au piège entre eau et souffre, noyade et intoxication. A cette idée, Hindbær imagina son propre corps rejoindre les autres. Ses doigts dépasseraient de l'eau, à quelques pouces d'un air qu'ils ne pourraient plus atteindre. Un prochain voyageur découvrirait sa main, laisserait tomber son flambeau et comprendrait trop tard, lui aussi.

La panique accéléra encore son besoin de respirer. Elle avait besoin d’un sursis. Si sa poche d’air ne lui permettait pas de retraverser le tunnel immergé, elle lui accorderait quelque secondes de répit. Hindbaer n’hésita pas. Elle porta à sa bouche l’ouverture de l’outre artisanale et inspira goulument son contenu salvateur. L’air frais lui donna un coup de fouet et lui remit les idées en place.

Hindbær émergea une deuxième fois. Ses doigts cherchèrent son sac posé sur le bord et en défirent les sangles à tâtons avant d’y plonger une main fébrile.

(Vêtements.)

(Corde.)

(Sacoche.)

(Briquet !)

Elle le saisit. Le gaz sulfureux lui arrachait des larmes si abondantes qu'elle ne distinguait plus la lueur rouge. Hindbær replongea le visage, mais conserva le bras hors de l'eau, le briquet-silex dépassant de la surface.

Le soufre pouvait brûler. Les gaz aussi. Son postérieur en gardait le souvenir depuis cette après-midi avec les copines du village… (Concentre-toi, bon sang !) Elle n'avait aucune idée de la quantité de combustible accumulée dans la cavité ni de ce qu'une étincelle provoquerait. Une flamme ? Une explosion ? L'effondrement du tunnel… ?

Le temps pour la prudence était plus que passé ; Hindbær actionna le briquet.


La première étincelle mourut aussitôt. Elle recommença.

Le monde prit (Feu !)

>> Suite : 08/08
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Hindbaer
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Re: Les Gueules de Meno

Message par Hindbaer » jeu. 8 oct. 2026 18:38

Feu purificateur

Une lumière blanche traversa les paupières fermées de Hindbær. Puis le rouge engloutit tout. Le gaz s'enflamma au-dessus de l'eau dans un grondement qui ne ressemblait ni au tonnerre ni à une explosion. C'était une respiration gigantesque, aspirée d'un seul coup par les profondeurs du volcan.

La surface s'embrasa. Un maelström de feu roula sous la voûte, tourna autour des aspérités puis s'engouffra dans une fissure du plafond. La chaleur frappa le bras levé de Hindbær. Elle le replia sous l'eau et se recroquevilla autour de son sac. La lumière dansait au-dessus d'elle, terrifiante et splendide. Njord montrait les crocs.

Une seconde passa. Puis une autre. Les flammes diminuèrent. De oranges, elles déclinèrent sur le rouge. Enfin, l'obscurité revint, apaisante. Hindbær resta clouée sur place dans un état d’hébétude. Mais ses poumons exigeaient de l'air. Ils se contractèrent si violemment que sa bouche s'ouvrit malgré elle. Une gorgée d'eau entra. Elle l'expulsa, repoussa le fond et ressortit la tête.

Elle inspira. Son corps se prépara à la brûlure. Elle ne vint pas. L'air demeurait chaud, chargé de cendre et d'une faible odeur de soufre, mais il entra dans ses poumons sans douleur. Hindbær aspira de nouveau, plus profondément. L'oxygène se répandit dans sa poitrine comme de l'eau sur une terre craquelée. Ses côtes s'écartèrent allègrement et sa gorge douloureuse laissa échapper un râle qui se transforma en fou rire.

Elle respira encore, goulûment, jusqu'à en avoir le vertige. Ses doigts tremblaient. Ses jambes ne la portaient plus. Elle s'agrippa au sol rocheux et demeura à moitié immergée, le front contre la pierre.

- Vivante.

Le mot se brisa dans une toux. Mais il disait tout ce qu’il y avait à dire. Du moins pour l’instant, car le gaz n'avait pas disparu pour toujours. Une fissure pouvait en libérer davantage à tout moment. La combustion avait seulement dévoré ce qui remplissait la cavité et aspiré de l'air neuf depuis une autre ouverture. Alors, Hindbær se hissa hors de l'eau.

La lueur rouge qui l’avait conduite ici était toujours là. Elle ne provenait pas d'une lanterne, remarqua la rousse avec surprise. À quelques pas gisait un squelette adossé au mur. Une armure métallique couvrait encore son torse et diffusait une faible clarté rougeâtre, plus vive qu’auparavant, comme si le métal semblait avoir absorbé une part du feu qui venait de balayer la cavité.

Hindbær approcha. Le mort portait des vêtements pourris dont la coupe ne ressemblait ni à celle des Varrockiens ni à celle des Fenris. Quelques mèches blanches adhéraient encore au crâne. Les os fins du visage et les restes de boucles argentées évoquaient la silhouette gélatineuse qui l’avait accueillie dans le tunnel. (Un de ses potes, probablement…) Il avait du tenté le tout pour le tout et traverser le nuage de souffre plutôt que de retraverser le tunnel immergé.

- Mauvais chemin, commenta-t-elle, sans que le squelette n'objectât.

Elle posa les doigts sur l'armure. Le métal était chaud. Pas assez pour la brûler, même sur ses mains meurtries. Sa lumière venait peut-être d'un enchantement, peut-être d'un matériau travaillé par les forgerons des profondeurs. Hindbær n'avait aucun moyen de le déterminer.

Elle tira d’un coup sec. Le squelette résista d'abord, harnaché à son armure par des lanières durcies. Un bras tomba dans l'eau. Le crâne roula sur le côté et la regarda d'une orbite vide.

(T'en as plus besoin.)

Hindbær découpa les courroies. L'armure était constituée de plaques métalliques ajustées sur une base de cuir. Plus légère qu'elle ne paraissait, elle couvrait le torse sans entraver les épaules. La chasseuse l'enfila sur sa peau nue.

Elle regretta aussitôt. Ses brûlures sur le corps n’avaient pas cessé d’exister simplement parce que celle de ses poumons l’en avait distraite. De plus, l’armure n’était pas à sa taille. (Trop large à la taille, trop étroite à la poitrine.) Elle desserra une lanière, en serra une autre et la posa devant elle en décidant que ça ferait l’affaire pour l’instant.

La faible lueur révélait désormais les murs dans un faible rayon. En plein jour, elle serait inutile. Sous un ciel étoilé, à peine visible. Mais dans les entrailles du volcan, elle valait un soleil. Alors Hindbær en profita pour fouiller le reste de l'équipement. Une gourde de métal pendait à la hanche du contrebandier. Elle paraissait vide, mais lorsque Hindbær la retourna, de l'eau en coula.

Elle but une gorgée. Fraîche, délicieusement fraiche et ressourçante. Goulée après goulée, elle en vida le contenu jusqu’à ce qu’un autre liquide en sortît ! Sucré et sirupeux, il coula dans sa gorge et apaisa aussitôt l’irritation que le souffre y avait causé. Bientôt la sensation de confort retrouvé gagna sa poitrine et ses bras brulés, son épaule perforée, sa cuisse entaillée… Les hématomes à ses cuisses qu'elle avait dissimulé au guérisseur, par pudeur ou par honte, se résorbèrent également. A défaut d'emporter avec ses blessures le souvenir des violences subies, la gourde pourvut à tous les besoins de son corps meurtri avant que ne se tarisse le flot magique. Ce n’était pas la première fois qu’elle avalait une potion de soin, mais elle n’en avait jamais possédé autant !

Décidément, ces contrebandiers menaient la belle vie ! La chasseuse se demanda ce qu’elle pouvait récupérer d’autre sur la dépouille du Shaakt. Une ceinture entourait encore les hanches du squelette. Plusieurs petits étuis y étaient fixés, conçus pour maintenir des fioles et des objets accessibles d'une seule main. Deux compartiments contenaient chacun une pierre runique, qu’elle empocha sans regarder. Un troisième abritait des bandages réduits en poussière. Son examen fini, elle débarrassa la ceinture de tout ce fatras et y plaça la gourde, son élixir et son carquois.

Enfin, elle trouva une bourse sous les os du bassin. Le cuir avait résisté à l'humidité. Les pièces qu'elle contenait tintaient avec un poids satisfaisant : argent varrockien, monnaie shaakte et quelques yus d'origines diverses. Les contrebandiers ne discriminaient pas quand il s’agissait l'or. Hindbær non plus : elle n'accordait de l'importance à aucune.

Avant de partir, elle regarda le squelette dénudé et lui jeta une obole entre les côtes.

- Garde monnaie.

Puis, la jeune femme reprit le tunnel, nue comme un ver, son sac alourdit par ses nouvelles trouvailles pesant sur ses épaules et l’armure à la faible lueur tendue dans ses bras droit devant elle. Le passage remontait. La lumière de l'armure faisait courir une lueur rouge sur les murs humides. Hindbær avançait plus vite, malgré la fatigue. L'air circulait désormais contre son visage.

(Sortie.)

Le tunnel s'élargit. La lumière du jour apparut enfin. D'abord, une ligne blanche au pied d'un éboulis. Puis un rai de poussière dansante. Puis un fragment de ciel nuageux. Elle avait réussi : la rumeur du campement lui parvenait depuis l’autre côté !

Reprenant alors conscience de sa nudité, la jeune femme sortit de son sac ses vêtements pour se rhabiller. C’était sans compter sur sa petite séance de natation… Gorgés d’eau, elle les tordit pour en extraire un maximum et les étendit contre la roche. La chaleur du volcan sous ses pieds aurait tôt fait de les sécher. En revanche, les cartes de la milice étaient irrémédiablement détrempées. Elle les abandonna au sol sans un regard en arrière et rangea l’étui à sa place au côté de son ancienne ceinture de consommables.

N’ayant pas la patience d’attendre de pouvoir se rhabiller, la chasseuse s’aventura prudemment au dehors. La sortie s'ouvrait sur une corniche située au-dessus de la partie occidentale du plateau. Hindbær s'allongea nue contre le sol et rampa jusqu’à ce point de vue stratégique. D’un geste machinal elle sortit la longue-vue et…

(Cassée… j’avais oublié. Tant pis.)

Sa main en visière, elle détailla les environs du mieux qu’elle put. Des coulées de lave ancienne formaient plusieurs gradins jusqu'aux tentes. Aucun mur. Aucun piquet. Aucun guetteur. Les Crocs de Givre avaient fortifié les trois autres côtés, mais pas celui-ci. Croyaient-ils que le volcan protégerait leurs arrières ?

Ils ignoraient qu'une chasseuse brûlée, blessée, noyée puis ressuscitée les observait depuis la Gueule de Meno lui-même.

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