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par Hindbaer » jeu. 8 oct. 2026 18:22
La température redescendait à un niveau plus confortable à mesure qu’elle s’éloignait du volcan, mais sa cuisse blessée protesta à chaque foulée. La plaie que le guérisseur de la milice avait soignée s’était rouverte et le bandage s'humidifiait de nouveau. Pour autant, elle ne ralentit seulement que lorsque les pierres noires cédèrent la place aux racines.
La carte indiquait un ruisseau forestier descendant du versant nord d'une des Gueules. Elle le trouva avant la fin de l'après-midi : l'eau y coulait sous une carapace de glace. Alors, Hindbær remonta son cours jusqu'à une petite cascade gelée. Des colonnes blanches s’étiraient du haut d'une falaise, opaques et épaisses. Des sentes animales reliaient le ruisseau aux arbres encore enneigés. Mais de passage… aucun.
Elle consulta la carte.
(C’est bien là...)
Elle examina la rive gauche.
(Rien.)
La rive droite.
(Rien.)
Elle frappa la glace avec le manche de son couteau. Le son était plein partout. Elle longea la falaise, chercha une pierre gravée, un creux, une branche coupée. Toujours rien. Et le soleil qui descendait désormais, projetant contre l’écran de glace les ombres moqueuses des arbres dans son dos. Hindbær donna un coup de pied dans un galet.
- Carte stupide, lâcha-t-elle avec hargne.
Un oiseau s'envola au-dessus d'elle. Un second demeura perché sur un bouleau : Petit, gris, le ventre gonflé contre le froid. Il inclina la tête vers la cascade, puis fondit jusqu'à sa base ! Hindbær s'attendit à le voir frapper la glace. Mais non. Il disparut ; elle s'approcha. L'oiseau ressortit plus haut, un insecte au bec.
La chasseuse posa une main contre la cascade. Près du centre, la glace était froide. Tandis qu’à la base, elle était tiède. Pas assez pour fondre entièrement, mais assez pour creuser un espace entre la pierre et la carapace blanche. La chaleur résiduelle du volcan montait irradiait par derrière… Un constat qui ne l’aidait guère : elle était bien trop large pour se glisser dans l’interstice.
Qu’à cela ne tienne ! Le moment était venu de mobiliser cette nouvelle énergie dans un contexte plus… martial. L’ennemi serait la glace ; la motivation, encore et toujours, de rééquilibrer la balance en tombant à revers sur les ennemis de Nature. Et au cas où la douleur de savoir les jeunes sangs mêlés en proie à ces ordures ne suffiraient pas, Hindbaer pressa impitoyablement contre sa cuisse, là où la hache Fenris avait déchiré la chair sans que le guérisseur ne pût la refermer totalement.
Les conditions étaient réunies. Déjà, la chasseuse sentait le rouge monter aux yeux. Le sang battait contre ses tempes. Sa main d’arme se serra contre le manche du couteau d’équarrissage jusqu’à ce que ses phalanges blanchissent. Puis, dents serrés et hanches bloquées, elle abattit l’outil de boucher avec toute la force qu’elle put rassemblée.
Elle avait l’air fine, ainsi à quatre pattes, transpirante, sa chevelure rousse collée à son cou et ses bras couverts d’éclats de glace. Elle frappait et frappait en s’oubliant, elle et tout sens commun… Evidemment qu’il était futile d’espérer entamer ainsi une couche de glace constituée durant tout un hiver ! Lorsque la fatigue affaiblit son bras, elle ne s’arrêta pas pour autant mais changea de main et reprit ses coups de boutoir, sourde à toute raison. Elle était emportée dans sa brutalité par ce quelque chose de supérieur à elle-même : une cause !
Ce n’est que lorsque les ampoules à ses mains suintèrent ce mélange de lymphe et de sang pareil au lait fraise des nouveau-nés du printemps qu’elle revînt en elle. Non pas que la douleur ait entamé sa détermination, non… celle-là ne la rattrapa qu’ensuite. C’était juste que le manche de son arme de fortune ne tenait plus dans sa paume glissante. Alors, Hindbær maudit sa bêtise. Elle s’était fatiguée. Ses mains, ses muscles tout son corps était endolori… Et la voie était toujours bloquée.
Elle rangea le couteau dans son paquetage au côté de la longue-vue cabossée et de ses illusions. En combat, cette état d’esprit lui serait peut-être utile. Mais en ce moment, il lui fallait… elle ne savait quoi. Dépitée, elle s’adossa à la paroi et retrouva son calme, à défaut de retrouver aussitôt ses forces ou la peau de ses mains.
Peu à peu, alors que son regard se perdait dans les nuages, sa transpiration sécha. Puis, l’humidité revint… dans son dos. Elle se décolla de la paroi gelée pour observer : sa chaleur corporelle avait fait fondre une couche superficielle de glace. (Mais bien sûr !) Hindbær se releva précipitamment, soudain animée d’un regain d’énergie. En ramassant le bois mort dont elle avait besoin, elle pesait le pour et le contre de la solution qui lui était venu à l’esprit. Mais lorsque l’étincelle de son briquet mit feu à son acajou, elle n’avait plus de doutes. Elle transmit la flamme au tas de bois assemblé au pied de la cascade et bientôt des lueurs rouges y étincelèrent.
(S’ils remarquent la fumée, ils enverront peut-être un éclaireur vérifier ce qu’il en est… mais je serai parti d’ici là.)
Du moins, elle l’espérait. Et sinon, ce serait l’occasion de vérifier si ca nouvelle technique pouvait faire la différence en combat. Néanmoins, elle attisa le feu pour accélérer la fonte et le protégea du goutte à goutte qui rejoignait finalement le cours d’eau gelé. Enfin, lorsque le passage au sol lui sembla suffisamment ouvert, elle l’éteignit en hâte et poussa les restes de buchettes calcinées de l’autre côté.
Après avoir recouvert la zone noircie au sol avec de la neige récoltée au pied d’un buisson touffu, Hindbær se glissa sous la glace par l'ouverture qui lui avait couté de précieuses minutes. Son sac racla. L'arc d'Otis coinça. Mais elle rampa de l’autre côté, tant bien que mal, au prix de nombreuses contorsions et éraflures, jusqu’à pouvoir se redresser entre glace et roche.
Derrière, dans la lumière tamisée par l’eau gelée, une entrée noire s'enfonçait dans la falaise. L'air qui en sortait sentait l'humidité, la cendre et le soufre. Sur le sol reposaient un morceau de corde, une boucle rouillée et un flambeau à moitié consumé.
(Contrebandiers.)
Hindbær prit le flambeau. Il était sec et l'amadou s'alluma à la troisième étincelle. Eclairant devant l’exploratrice, la flamme révéla des traces d'outils sur les parois et un sol incliné vers les profondeurs. Son cœur sembla sombrer dans celle de son estomac à cette vue. Instinctivement, Hindbær regarda par-dessus son épaule. Le jour demeurait visible derrière le rideau de glace. Mais devant, la montagne refermait sa bouche.
Sa respiration accéléra.
(Pour toute entrée…)
Elle avança d'un pas.
(Une sortie.)
Les enfants attendaient de l'autre côté ; Hindbær ravala sa peur et pénétra l’espace confiné.
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Hindbaer le jeu. 8 oct. 2026 18:42, modifié 1 fois.