Gunther ne semblait pas vouloir lâcher le morceau... ni le saucisson d'ailleurs. Il était bien décidé à confisquer la marchandise de la Reine Rubis. Si Layam ne savait pas ce que transportait la capitaine outre le thé, il en était autrement pour moi. J'avais déniché le safran, épice couteuse qui pouvait servir de médicament, ou incluse dans l'antidote qui nous avaient sauvé la mise.
Mais voilà qu'Eline débuta une joute verbale. Elle exposa d'abord clairement ses intentions. Nous débarquer ici à Exech, car c'était ce pourquoi elle était payé, puis elle repartirait livré sa cargaison à qui de droit, sans subir aucune confiscation.
Lorsqu'elle dégaina une épée elfique de son fourreau, je retins mon souffle croyant qu'elle allait le provoquer en duel. Mais il n'en était rien. En fait, elle lui montra la lame et lui assura qu'il s'agissait de l'une des nombreuses lames qu'elle avait récupéré sur les shaakts avant de les jeter par dessus bord. Des elfes noirs, dangereux et bien armés qui avaient voulu nous piéger dans la nuit et nous avions eu le dessus sur eux. Elle lui proposa, ou plutôt lui imposa son marché. Il pouvait prendre tous les armes des shaakts et contrepartie, il devait nous embarquer sur son bateau pour nous ramener à bon port. Et puis, elle en rajouta une couche. S'il lui venait l'idée de nous détrousser, mal lui en prendrait. Elle lui demanda de regarder son état et celui de ses marins, puis de constater que nous étion indemne.
(ça c'est un peu ma faute... cela a tout pris pour que je guérisse mes compagnons, il ne me restait plus de forces pour guérir les autres. Ils ont seulement eu droit à l'antidote)
Mais je n'y pouvais rien. Pendant les quelques secondes que je m'étais morfondue, la capitaine poursuivait son plaidoyer d'une admirable façon. Elle lui fit remarquer que c'étaient nous qui avions terrorisé les très dangereux shaakts
(enfin, ils ont aussi bien combattus que nous)
Plythos et Balivan qui avaient compris plus vite que moi, le jeu de duperie qu'Edith tentait auprès de son interlocuteur, en rajoutèrent. Le premier précisa que nos puissants ennemis avaient eu recours à du poison pour imbibé leur lames et leur flèches et qu'un mage expérimenté était des leurs. Le second montra les traces de combats contre les shaakts, précisant qu'ils nous avaient attaqués de nuit, terminant qu'il y avait une douzaine de lames des shaakts et aucune trace de blessures sur nous.
Gunther qui avait bu les paroles de la capitaine demeura muet.
Ce fut alors Layam qui entra dans la danse. Il expliqua d'abord les exploits de Korgal, des miens sous la forme de bougon, de ceux d'Eline, pour finir par une démonstration de ses habiletés de combat. Je regardais avec attention la démonstration de Layam et j'étais assez impressionnée de ses prouesses.
J'étais bien tenté moi aussi de lui montrer ce que Bougon pouvait faire.
Bien assise sur l'épaule d'Eline, je tournai la tête vers elle, puis je lui demandai à voix basse, puisque j'étais tout près de son oreille :
"Et là, c'est le bon moment ou pas ? "
Eline se contenta de me sourire malicieusement.
Je me levai debout sur ses épaules et je fis le saut de l'ange dans le vide. Une fois dans les airs, je m'ébrouai vigoureusement et j'atterris sur mes quatre pattes sous ma forme poilue.
Avant que Gunther ne se remette de sa surprise, je fis un saut habile et je lui dérobais son saucisson. Du moins la portion qui n'était pas au creux de sa main. Je n'avais pas l'intention de lui mordre les doigts.
Anissa se transforma en Bougon et s'empara du saucisson