Hall Principal

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Yuimen
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Hall Principal

Message par Yuimen » dim. 15 sept. 2019 20:48

Hall Principal
Cœur de l'Académie des Sciences

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Relié par plusieurs accès aux ailes secondaires, le Hall Principal est vu comme la partie centrale de l'Académie et la section commune de ses résidents. Pourvu de passages et d'escaliers en tout genre dont chacun mène à une salle d'étude, un dortoir d'élèves ou aux appartements privés d'un professeur, c'est entre les murs de cette immense pièce qu'une multitude de petits et de grands esprits se rencontrent, échangent et se dispersent chaque jour. Aucune salle du château n'est plus spacieuse que le Hall Principal et c'est également ici que l'on est susceptible de trouver la surveillance la plus sévère. Patrouilles, contrôles aux portes et fouilles sont de rigueur dans ce qu'on appelle à juste titre "le Cœur de l'Académie des Sciences". En se promenant au gré des dialogues scientifiques et des courses effrénées d'élèves en retard, on découvre une architecture des plus soignées de l'époque. Lustres majestueux, piliers en marbre brun, vitraux transparents qui offrent une magnifique vue sur les montagnes enneigées, rien ne semble avoir été négligé. Plus au centre du Hall Principal, de longues lignées de plateformes en bois verni exhibent des émanations de fluides nageant dans l'air d'un espace scellé par du verre incassable. Le ballet de couleurs changeantes est d'une beauté à couper le souffle, soigneusement mis au point par la branche d'étude magique de l'Académie.

A l'opposé de l'entrée principale se trouve un somptueux escalier décoré d'imposantes statues qui mène jusqu'au jardin d'agrément des Bureaux Administratifs, là où toutes les décisions sont prises pour le bien de la science.

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Faëlis
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Re: Hall Principal

Message par Faëlis » dim. 13 mars 2022 11:39

L'académie des sciences était une forteresse aussi imposante qu'inquiétante. Lieu ancien et chargé de mystère, il recelait nombre des plus grands érudits du monde. Elle était visible longtemps avant de parvenir au pied de ses remparts, austère et ténébreuse. Des gardes en armure d'acier surveillaient les portes faites d'un étrange métal argenté, s'assurant qu'aucun fauteur de troubles n'y pénétrait. Présentant son invitation, Faëlis put cependant entrer sans trop de difficulté.

Pourtant, à peine rentré, l'ambiance se réchauffait déjà. Le grand hall somptueux était rempli d'étudiants vaquant à leurs occupations, d'érudits discutants sous les lustres d'or. Des ondes magiques colorées parcouraient le plafond, diffusant une ambiance magique grandiose. Un peu perdu au milieu de cette féerie, Faëlis demanda le chemin vers le lieu des études magiques.

On lui indiqua également que maître Hereld Ertiart, celui qui avait fait distribuer des invitation, se trouvait sans doute là-bas. Comme bien souvent, l'elfe prit quand même le temps pour se tenir informé des ragots, discutant avec les uns et les autres, expliquant qu'il venait avant tout étudier la magie de la glace. Si la plupart des érudits, guère intéressés par la magie, se désintéressèrent assez vite de lui, d'autres, au contraire, étaient ravis de voir ce nouvel étudiant.

L'académie, apprit-il était bien un lieu riche en savoir, et la magie n'en était qu'une infime partie. L’astronomie, la botanique, la zoologie... toutes les connaissances avaient leur place ici ! Cependant, ces connaissances étaient bien gardées, et on l'informa que, dans l'aile magique, il devrait prendre garde à ne pas s'attirer les foudres des Brise-sort, les redoutables gardes anti-magiciens. En revanche, il pourrait trouver nombre de grimoires, d'articles magiques, mais aussi et surtout de maîtres renommés, notamment en magie de la glace !

C'est ainsi qu'à sa grande surprise, Faëlis apprit la présence de l'un des plus grands magicien de Yuimen, maître Dan, cryomancien et fulgomancien de renom, qui était aussi l'un des plus éminents chercheurs et archéologue de l'académie ! Hereld Ertiart, bien que moins renommé, était également un fameux expert... cependant, les deux étaient fréquemment en voyage pour leurs recherches. Il semblait néanmoins qu'ils soient tous les deux présents à l'occasion.

Faëlis remercia ses informateurs, et prit le chemin indiqué : celui de l'aile de la magie.
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Sibelle
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Re: Hall Principal

Message par Sibelle » dim. 13 mars 2022 14:30

Je ne pouvais expliquer ce qui s’était passé sur Aliaénon pour me permettre d’emprunter ainsi à volonté un corps d’hippogriffe, mais cela s’avérait être une vraie bénédiction… mais pas une bénédiction divine... Les Dieux avaient soit d’autres choses à faire, ou pas envie de le faire, ou lorsque c’était le cas ils ne pouvaient le faire. Bien que je ne priais que très rarement, je n’en perdrai plus le temps. Je ne mettais pas en doute le discours de Gaïa, mais plutôt la pertinence de la prier. Bien que j’avais toujours envié les oiseaux par leur capacité de voler, je n’aurais jamais deviné l’ivresse que me procurait le vol, le sentiment de liberté et l’indépendance. Parcourir ainsi les cieux par mes propres moyens, dissipait mes colères, et m’apportait une certaine sérénité.

Cette fois-ci ne fut pas exception, le vol fut presque aussi agréable que d’habitude. Presque… puisque le froid m’indisposait plus que ce à quoi je m’étais attendue. Je décidai donc de perdre un peu d’altitude, volant ainsi dans un espace un peu moins glacial et tout en pouvant en contrepartie bénéficier d’une vue à couper le souffle, que ce soit celle au-dessus de l’océan ou du continent.

Après la première heure de vol, j’avais senti Ezak se détendre, sa poigne se faisant plus douce sur mon pelage. Il lui arrivait de temps à autre de me faire quelques remarques sur notre direction, mais sans plus. Il n’était pas des plus bavard et j’en étais bien satisfaite. Il y a des gens qui ne peuvent tolérer le silence, se sentant obliger de le meubler coûte que coûte, même au prix de raconter les plus niaises des banalités. Ce qui n'était heureusement pas le cas de mon compagnon.

Nous progressâmes ainsi dans le ciel nordique plusieurs heures. Bien que la température demeurait stable, le temps s’avérait notre ennemi. Associé au froid, il permettait à celui-ci de traverser notre protection de plumes ou de fourrure dans le cas d’Ezak.

Lorsque je vis enfin l’académie, un grand bâtiment surplombant le continent rocheux et blanc, je poussai un long cri puis puisai dans mes réserves d’énergie pour augmenter ma vitesse et me rendre rapidement à destination.

****

Frigorifiée et fatiguée, je fis un atterrissage quelque peu chaotique, manquant de peu de me retrouver la face contre terre. Heureusement, je pus garder mon équilibre et mon cavalier sur mon dos.

Dès qu’Ezak mit pieds à terre, je me transformai rapidement. Je m’accordai que quelques secondes avant de me mettre en marche vers les gigantesques portes d’aciers renforcées par de vraisemblables alliages d'un fer inconnu pour moi.

Ce dernier trouva la force de me faire des reproches.

« La prochaine fois que vous avez l’idée de voler par ces températures, évitez de m’embarquer dans cette folie… Assassine ! »

Pas un merci pour les yus que je lui avais fait épargnés, pas un merci pour les précautions que j'avais prise pour faire un vol tout en douceur, pas un merci pour l'expérience unique de voler ainsi dans le ciel, ...que des reproches et des accusations.

Je me tournai vers lui, le dardant de mon regard noir :

«Vous auriez pu vous coller contre mes plumes et ma fourrure pour vous réchauffer... mais je ne m'attendais pas à ce qu'il fasse si froid...»

«Vous croyiez que je faisais quoi !?… C’est pas humain un froid pareil. »

C'était l'occasion de me remercier, de dire qu'il avait profité de ma chaleur... mais ce fut une occasion ratée puisque l'ingrat ne me remercia pas et continua de maugréer...comme un riche garçon gâté.

La colère montait en moi et j'en oubliais presque le froid. Il ne put manquer ma mine renfrognée, lorsque je lui répondis à brûle pour point.

«C'était pas plus chaud pour moi... »

Il me fixa un moment,... puis il parut comprendre,... il était temps, car mon sang commençait à s'échauffer dans mes veines.

« Ouais… Allons trouver un bon feu avant de geler sur place. » Cette fois, j'étais bien d'accord, mais je me gardai bien de lui dire et pour toute réponse, il eut un hochement de tête aussi glacial que l'air ambiant.

Notre arrivée n’étant pas passée inaperçue, des gardes, habillés d’argent et de fourrures des pieds à la tête, vinrent à notre rencontre et nous escortèrent à l’intérieur de l’enceinte. La tête baissée pour me protéger des bourrasques de vent, je ne m’attardai pas à observer les gravures ornant les murs décorés. Si mon visage s’avérait protégé du froid par ma profonde capuche, il en était autrement de mes extrémités.

Ce fut donc avec soulagement que nous entrâmes dans le hall principal de l’académie. Ma capuche rabaissée, augmentant mon champ de vision, tout en me frottant les mains pour me réchauffer, j’observai silencieusement cette spacieuse salle qui semblait le point central donnant accès à de nombreuses pièces via nombres de corridors et d’escaliers de tout genre.

Tout en attendant que l’une des patrouilles vienne à notre rencontre, je pris connaissance des lieux. Bien que les lustres majestueux et les piliers de marbres bruns s’imposaient par leur beauté, ce fut les immenses vitraux transparents offrant une vue à couper le souffle sur les montagnes enneigées qui capta mon intention. Une fois bien au chaud, il m’était plus facile d’apprécier ce paysage nordique.

Il ne fallut que peu de temps pour qu'un membre d'une patrouille nous remarque, un costaud sûr de lui au regard franc . Lorsqu'il me demanda ce que je venais faire là, je lui répondis :

"J'aimerais rencontrer Hereld Ertiart, il aurait une mission à nous confier. "
Modifié en dernier par Sibelle le mer. 16 mars 2022 01:36, modifié 2 fois.

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Cromax
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Re: Hall Principal

Message par Cromax » lun. 14 mars 2022 11:14

Arrivés fraichement depuis Pohélis (et fraichement est un euphémisme), Madoka et moi atterrissons près de l’entrée de l’Académie des Sciences de Nosveris. Je ne cherche pas, cette fois, à me faire discret, et change d’apparence aux yeux de tous. Nous passons les gardiens de la porte, éberlués devant un tel spectacle, et pénétrons un vaste et haut corridor richement paré de colonnes de marbre. Différentes ouvertures semblent mener vers des ailes du bâtiment. Je m’adresse au premier personnage croisé, prenant les devants de ma compagne de voyage.

« Bonjour, nous sommes à la recherche d’un Grand Cryomancien ayant envoyé un message dans les lointaines contrées des autres continents concernant une sombre affaire de malédiction glaciale. Pourriez-vous nous aiguiller ? »

En espérant, cette fois, être au bon endroit.

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Madoka
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Re: Hall Principal

Message par Madoka » lun. 14 mars 2022 21:46

Je me hâte ensuite de rejoindre Cromax qui serpente à travers les rues dont les habitations semblent être de plus en plus grandes et riche d’aspect.
L’université est une énorme bâtisse plantée là au milieu de constructions modestes, imposante et fastueusement décorée. Il est presque impossible de la rater tant les rues sont nombreuses à y mener. Les regards ici sont très différents. Le statut à part de l’université en fait un endroit où je me sens moins surveillée et épiée. Cromax s’informe auprès des gardes mais très vite nous nous rendons compte que nous ne sommes pas au bon endroit. Un vieil homme gêné nous apprend que nulle demande d’aide n’a été envoyée d’ici, qu’il s’agit à n’en point douter d’un endroit qu’il nomme Académie des Sciences ; située loin de Pohélis, dans le Nord-est du Royaume. Confus et plus pressés encore, nous prenons bonne note des informations sur la direction à prendre et, d’un simple échange de regards, nous nous mettons en route aussitôt, sortons de la ville à la hâte et reprenons les airs sans palabre.

*****************

Bien heureux tout de même a été notre détour par Pohélis. Jamais je n’aurais été capable de supporter le vol dans ce froid glacial sans des vêtements appropriés.

Cromax, sous sa forme de dragon argenté se pose aux portes de l’académie des sciences, provoquant l’émoi des veilleurs en faction qui en ôte leurs casques pour observer, incrédules, le dragon se changer en elfe gris en armure de pied en cape. Invisible ou presque aux yeux de ces derniers, je me faufile dans l’ombre du Sindel et étudie l’endroit, le bon, j’espère.

Il règne ici une atmosphère étrange. Tout y est imposant, tant par la taille, par la multitudes de couloirs et escaliers qu’on aperçoit dès l’entrée que par les détails des murs des galeries, mais surtout par l’ambiance … car il ne me faut pas longtemps pour comprendre qu’il y a plus de magie et de mages concentrés dans cet endroit que dans tout Oranan.

Toujours un pas derrière et les yeux fureteurs, je suis Cromax qui aborde la première personne croisée au hasard dans cet immense hall, et le questionne, nous désignant être à la recherche du grand cryomancien ayant envoyé un message urgent concernant une sombre affaire de malédiction glaciale, il souhaite être guidé jusqu’à lui.

Je fais un pas de côté et salue poliment notre hôte à la manière d’Oranan.
Modifié en dernier par Madoka le sam. 19 mars 2022 18:19, modifié 1 fois.

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Faëlis
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Re: Hall Principal

Message par Faëlis » mar. 15 mars 2022 10:57

La mage humoran lui fit savoir que le mage se trouvait en réalité dans le grand hall. Par les dieux, il en venait ! À une époque, Faëlis aurait bien rit de cela, mais il ne ressentait aucune envie de rire, ni de s'énerver. Il ferait ainsi qu'il le devait. Il remercia des conseils et but la potion immédiatement.

Le froid glacial de Yuia se répandit en lui et raffermit encore ce sentiment de détachement. Il étudierait plus tard, il était temps d'aller trouver ce maître Ertiart. Il repassa le tableau et descendit dans le grand hall... où cette fois-ci l'attendaient plusieurs têtes connues ! Sibelle, la guerrière elfe qu'il avait croisée au manoir hanté et qui avait combattu à Oranan se tenait ici, fière et droite, comme toujours. Ezak, le guerrier caractériel, formait une moins bonne surprise. Mais il y avait aussi Cromax et Madoka, ses anciens compagnons des Amants. D'un pas gracieux et sans hésitation, il s'avança en souriant :

« Hé bien, que voici nombre de visages connus ! Et ce alors qu'un puissant mage cherchait des alliés ? M'est d'avis que cela n'a rien d'un hasard. Heureux de vous retrouver, compagnons ! »

(((Absorption d'une fiole de fluide de glace 1/4)))
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Arkalan
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Re: Hall Principal

Message par Arkalan » mar. 15 mars 2022 21:49

<<<


Je pousse les portes du cœur de l’académie après une fouille qui ne suffit pas à faire tomber l’épais manteau de neige qui recouvre la fourrure d’animal sur mes épaules. Deux longs mois m’ont été nécessaires pour traverser la moitié du continent, bravant le froid et la faune dans un désert glacé. Même à l’intérieur de l’imposant bâtiment je continue de me couvrir, ne laissant qu’un espace ouvert pour mes yeux tant mes os sont encore gelés de ce voyage.

J’avance dans le hall où se rejoignent les couloirs de l’académie, où se rencontrent les érudits de ce lieu qui m’est totalement inconnu. Les gens de passage sont nombreux mais il y a parmi eux d’autres qui restent sur place comme si ils attendaient quelqu’un. Et parmi eux se trouve un visage connu que j’aurais préféré ne pas revoir. La femelle rousse capable de se changer en créature ailé et qui n’a pas hésité à trahir. Le bon sens voudrait que je décoche un projectile dans sa nuque tant qu’elle ne me remarque pas mais faire ça ici serait stupide. Je dois rester calme, patient, attentif. Je reste à bonne distance, dissimulé en partie par l’ombre d’une colonne qui porte le majestueux plafond.

J’extirpe de sous mon manteau la lettre confiée par Lyann pour la relire une dernière fois et la montrer à un scientifique qui passe proche de moi tout en lui annonçant que je viens répondre à l’appel.
Modifié en dernier par Arkalan le mar. 29 mars 2022 09:11, modifié 1 fois.

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Ezak
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Re: Hall Principal

Message par Ezak » mar. 15 mars 2022 23:51

Le vol dura longtemps. N’étant pas la première fois que je me promenais à dos de créatures ailées, je ne me sentis pas bouleversé par la sensation que cela procurait, bien au contraire. J’aimais avoir cette sensation de flottement, sujet aux caprices du vent.Au début je fus assez émerveillé par la vision qu’offrait ce paysage immaculé si différent de ceux dont j’avais l’habitude. J’eus la sensation d’être suspendue dans une parenthèse enchantée, oubliant les responsabilités qui m’incombaient un temps.
Mais cet état ne dura qu’un court instant. Plus nous montions au nord et plus le vent déjà froid se faisait terrible, traversant mes protections. Je sentis que Sibelle tenta de nous en prémunir, ralentissant l’allure, mais elle ne pouvait pas aller moins vite. Bientôt il m’extirpa des larmes à cause de la vitesse, qui se solidifiaient rapidement sur ma peau qui avait pris une teinte plus pâle qu’à l’accoutumée. J’essayais de prendre le plus de chaleur possible, collant mon corps contre les plumes de Sibelle et réajustant à intervalles réguliers mon imposant manteau de fourrure. Si bien qu’à un moment, j’abandonnai l’idée de guetter le paysage et je gardai la tête baissée, presque couchée sur l’hippogriffe pour ne être le moins exposé possible au vent.

Je ne dis pas un mot mais sur l’instant je maudis Sibelle et sa stupide idée de me faire voler dans de telles conditions. Néanmoins, mon intégrité physique dépendant d’elle, je ne dis pas un mot, me retenant de lui faire frontalement mes reproches. Lorsqu’après ce qui me parut de trop nombreuses heures, je sentis qu’elle amorça une descente je relevais enfin la tête de ses plumes pour voir que nous nous dirigions vers un énorme bâtiment, que je pris d’abord pour une montagne. Je résistai à mon reflexe de cavalier qui me commandait de donner à la bête deux coups de talons pour accélérer l’allure et lorsque qu’enfin les pattes de l’hippogriffe touchèrent le sol, je ne me fis pas prier pour descendre. Nous étions au pied de ce qui devait être l’Academie des Sciences, mais je ne levai même pas la tête pour la regarder. J’étais trop frigorifié pour cela.

Je refermai la fourrure autour de moi et rabattit la capuche sur ma tête pour tenter de récupérer un peu de chaleur, alors que mon corps tremblait. Pendant que Sibelle reprenait sa forme je lâchai encore sous le coup de l’émotion :

« La prochaine fois que vous avez l’idée de voler par ces températures évitez de m’embarquer dans cette folie… Assassine ! »

"Vous auriez pu vous coller contre mes plumes et ma fourrure pour vous réchauffer... mais je ne m'attendais pas à ce qu'il fasse si froid...""

Sa réplique eut le don de m'agacer. Je n'avais cesser de chercher tous les moyens pour me réchauffer.

« Vous croyez que je faisais quoi !?… C’est pas humain un froid pareil. »

Son visage se renfrogna, elle ne semblait pas gouter mes critiques.

"C'était pas plus chaud pour moi..."

Je la regardai un instant, effectivement, elle aussi avait l'air particulièrement frigorifiée. Je passai donc l'éponge.

« Ouais… Allons trouver un bon feu avant de geler sur place. »

Mes mots s’étouffèrent dans les sons que lâchait mon souffle que j’envoyai de manière frénétique entre mes mains pour tenter de me réchauffer. Des hommes qui nous avaient vu arriver vinrent nous escorter à l'intérieur, jusqu’à un hall majestueux. Laissant Sibelle le soin de nous annoncer, je me dirigeais vers les vitraux pour tenter de capter les rayons de soleils qui y passaient, encore tremblant.

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Gamemaster6
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Re: Hall Principal

Message par Gamemaster6 » mer. 16 mars 2022 01:34

L'Aube d'un hiver sans fin


Prologue : Un vent glacé porteur de sombres présages


Au milieu du Grand Hall, le Cœur de l’académie des sciences, convergèrent amitiés et inimitiés. Une petite troupe qui détonait dans le décor presque fantasque du Hall de la prestigieuse académie, lieu de connaissance et de savoir où tous pouvaient venir y chercher la vérité, mû par la même curiosité qui faisait converger les regards vers la demi-douzaine d’aventuriers rassemblés en ces lieux. Etudiants et serviteurs observaient, parfois avec insistance, les nouveaux venus, sans aucune espèce de pudeur ou de gène, se posant moult questions, chuchotant par petits groupes, cherchant à connaître la raison d’une telle arrivée hétéroclite et inhabituelle.

- N’avez-vous donc rien de mieux à faire ?! Retournez à vos occupations !

La voix forte provoqua une cacophonie et nombreux furent ceux à quitter les lieux, fuyant le regard glacial d’un humain d’un âge vénérable qui se tenait au sommet de l’imposant escalier menant dans les hauteurs de l’académie. Il était vêtu d’une toge d’un tissu couteux dont les motifs argentés ressortaient sur le bleu-roi qui l’habillait. Une longue barbe aussi grise que ses cheveux couleur de cendre encadrait un visage émacié, mais dont la stature n’avait nullement faibli avec l’âge. Il se tenait droit, dardant un regard pénétrant sur ceux qui avaient décidé de répondre à l’appel pour poser le pied en Nosvéris et venir jusque sur le sol de l’Académie. Finalement, il invita les aventuriers à le suivre, d’un geste de sa main gantée de laine.

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Traversant couloirs et corridors avec l’assurance de quelqu’un qui connaît les lieux, il mena le petit groupe vers une double porte qu’il ouvrit sans plus de cérémonie. Une pièce des plus chargée accueillit les voyageurs. Au fond de la pièce ronflait un feu, diffusant une agréable chaleur, bien loin des températures glaciales qui régnaient en dehors. Au centre de la pièce dont les murs étaient couverts d’étagères emplie d’objets insolites et de grimoires poussiéreux, se trouvait une grande table d’un bois sombre et lustré, garnie de victuailles comme si un banquet allait s’y dérouler. Une dizaine de chaise du même bois que la table cernait la table ronde, mais l’une d’entre elle était occupée.

Dos au feu, les mains posées sur la table, doigts croisés, attendait un shaakt vêtu lui aussi d’atours plus que couteux. Ses longs cheveux blancs comme la neige étaient tirés en arrière, tenu à l’aide d’un tissu aussi rouge que les yeux qu’ils posaient tour à tour sur chacun des aventuriers. Son visage n’avait rien de la jeunesse des autres occupants de la salle, mais sa stature et ses airs nobles ne faisaient aucun doute. D’un geste empreint de calme et d’élégance, il invita les aventuriers à s’installer. L’homme vêtu de bleu s’installa à sa droite, restant debout à ses côtés, droit comme un poteau, les mains croisées dans le dos. L'elfe noir prit finalement la parole, d’une voix capiteuse, mais claire et visiblement habituée à captiver son auditoire.

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- Merci à vous tous d’avoir répondu à mon appel. Je suis Hereld Ertiart, grand cryomancien de cette noble académie. Je vous en prie, ses mets ont été préparés à votre intention, profitez-en.

Suivant sa propre recommandation, il prit un gobelet et but une gorgée de ce qui semblait être du vin. Laissant quelques instants aux aventuriers pour s’installer et commencer à se servir s’ils le désiraient, il prit la parole à nouveau après avoir savouré sa boisson.

- Bien. Si j’ai demandé l’aide de valeureux tels que vous, ce n’est pas par hasard. Bien que je ne m’attendais pas à rencontrer en personne certains individus dont les faits d’armes ont traversé Yuimen jusqu’à nos oreilles, même ici à l’académie. Cela me rassure quant à la suite de la mission que je souhaite vous confier. Car cruciale et dangereuse, voilà ce que sera cette mission. J’imagine qu’aucun d’entre vous n’est familier avec les légendes de ce continent ?

Laissant planer un instant de silence qui lui confirma ses doutes, il enchaina.

- Il y a de cela un temps qu’aucune mémoire de mortel, même elfique, ne saurait se souvenir, existait des êtres qui furent créés par les dieux eux-mêmes. Ses esprits des fluides étaient terriblement puissants, mais leur mission était simple : contrôler et réguler le fluide sur Yuimen après le départ des dieux. La déesse de la glace, Yuia, créa quatre de ses esprits. Malheureusement, comme souvent lorsqu’il s’agit de pouvoir, l’un d’eux devint fou en cherchant à devenir plus puissant que les autres. Il absorba deux des trois autres esprits créés par Yuia et faillit menacer jusqu’aux dieux eux-mêmes tant il était puissant. Le quatrième esprit, grâce à l’aide de la même déesse qui les avait créés, parvint néanmoins à le vaincre. La légende reste assez vague car, malheureusement, elle est très ancienne, mais l’esprit fou fut à jamais emprisonné tandis que le quatrième, vainqueur, mourut pourtant, sans que nous n’en connaissions la cause exacte. Aujourd’hui, l’esprit des glaces est un conte que l’on récite aux enfants pour leur apprendre à craindre la morsure du froid qui peut se révéler maligne. Et pourtant…

Prenant une pause pour boire une gorgée de vin pour hydrater sa gorge, le mage reprit finalement.

- Pourtant, cette légende n’en est pas une. Les esprits des glaces ont bien existé et celui devenu fou et prêt à tout pour le pouvoir est en train de s’éveiller. Mon ami et confrère ci-présent, Andreï Penkovski, ainsi que maître Dan, magicien réputé dont vous avez peut-être entendu parler, sont parvenus à traduire de très anciennes gravures des phalanges de Fenris et à récupérer une relique encore plus ancienne ayant appartenu au quatrième esprit. Nous avons la certitude que, où qu’il puisse être, l’esprit fou est en train de sortir de son sommeil, les récents événements sont autant de signes annonciateurs. Un tel réveil serait cataclysmique sur Yuimen. Le froid qui vous a accueillit à Nosvéris ne serait rien en comparaison de ce qui s’abattrait sur tous les continents. Il nous faut agir vite, avant qu’il ne sorte de sa prison, car une fois réveillé et en pleine possession de sa force, je ne sais pas comment nous pourrions le vaincre. Il a fallu l’intervention d’une déesse et d’un esprit créé de ses mains lors de sa précédente incarnation. Aujourd’hui, nous serions démunis.

L’air grave, il observe tour à tour chacun des aventuriers avant de se lever, les mains à plat sur la table, déclarant.

- Nous devons nous rendre au lieu supposé de l’emprisonnement de l’esprit fou et s’assurer qu’il ne pourra jamais sortir de sa prison. Je vous demande humblement de nous prêter main forte dans cette entreprise. La route est longue et dangereuse et notre destination incertaine, mais, si rien n’est fait, une ère bien sombre attend Yuimen et ses habitants, où qu’ils soient. La mission est donc simple : nous rendre dans les monts les plus dangereux Nosveris et empêcher le réveil de Yuia-Tùrë, l’esprit fou des glaces. Êtes-vous prêt à nous aider ?

***

Et voici le tout début de cet événement. Vous l'aurez compris, c'est une quête d'escorte des plus... inhabituelle. Le choix est vôtre. Vous pouvez profiter de cette première semaine pour faire quelques apartés entre vous et poser toutes les questions qui trottent dans vos têtes de joueurs impatients, j'y répondrai à la prochaine MàJ. Ou avant, si vous êtes rapides. J'espère que vous êtes prêts à en baver un peu [:Dange:]
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Quand on l'appelle, il apparaît !!
Et il reste, alors gare !

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Arkalan
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Re: Hall Principal

Message par Arkalan » dim. 20 mars 2022 15:09

L’étudiant que j’interpelle me regarde de haut en bas avec un air surpris plus que méfiant tout en s’éloignant de moi. Je soupire tout en me murant dans un silence agacé me permettant d’entendre les bavardages nombreux des autres étrangers du lieu. J’apprends que parmi eux se trouve un chevalier du royaume Kendran arrogant et ayant l’attitude classique d’un humain à se croire déjà indispensable mais son nom n’est pas prononcé. L’elfe gris se nomme Cromax et tous semblent le connaître et même moi je crois avoir déjà entendu ce nom quelque part. L’Hïnion qui m’a l’air d’avoir des griefs contre le chevalier Kendran s’appelle Faëlis et enfin la dernière aventurière incontestablement Ynorienne porte le nom de Madoka. Je reste silencieux et les laisses échanger entre eux les politesses propres aux caquetages de femelles. Me voilà encore bien entouré. Le dénommé Cromax m’interpelle soudain tout en posant son regard sur moi pour me demander qui je suis. Je retiens un soupir désabusé pour répondre d’un ton courtois:

« Mon nom est Arkalan et je m’excuse d’avance de mes manières mais je suis ici pour savoir ce qu’il se passe et non pas pour me joindre à la rencontre de vieux amis. J’apprécierais donc que vous me teniez hors de vos bavardages. »

La base étant posée et mon nom dévoilé, je me demande si l’elfe au pelage roux va parvenir à se souvenir de mon nom ou si elle est dotée d’une mémoire de poisson. Elle reste silencieuse mais pose son regard sur moi avec insistance. J’imagine qu’elle s’interroge, peut être croit-elle à une coïncidence. Peu importe car le silence entre nous s’installe quand un vieillard à la barbe blanche fait irruption dans le hall avec fracas, vidant le lieu d’une seul phrase à l’égard des érudits qui nous observaient comme des sujets d’études. Il nous guide ensuite vers une autre pièce où patiente un Shaakt qui se présente comme étant le cryomancien que nous devons rencontrer.

Ma paranoïa s’amplifie à la vue de l’un de mes semblables. Je trouve sans tarder un coin où me mettre, face aux entrées possibles et où je peux voir chaque protagonistes. Je refuse évidemment de m’asseoir quand il m’y invite et également de toucher la nourriture qui patiente sur la table. Je savais qu’il y avait du Shaakt là dessous. Je ne crois pas un seul instant que ce soit une coïncidence. J’écoute attentivement ce qu’il raconte au sujet d’un esprit des glaces qui voudrait plonger le monde dans un hiver interminable tout en me demandant dans quel piège il veut nous amener. Qu’est-ce que ces Shaakts sont encore entrain de préparer et pourquoi agir de la sorte ? Ça n’a pas de sens mais ces garces de Prêtresses ont le don pour tisser des toiles de manigances. Je reste silencieux, dardant mes yeux méfiants vers le Shaakt qui nous demande de l’escorter dans les montagnes pour empêcher le réveil d’un esprit fou des glaces.

Que faire ? Comment les Matriarches sont parvenus à corrompre ce lieu pourtant réputé impartiale. Je ne peux pas fuir, cela révélerait qui je suis car il est fort possible que pour l’instant elle ne m’ait pas reconnu vu mon accoutrement. J’ai en quelque sorte un coup d’avance et je peux m’en servir. Le mieux est donc d’accepter la mission, suivre ce Shaakt et découvrir son but pour anéantir le projet des Matriarches.

Je ne pose aucune question et me contente d’incliner la tête, acceptant la tâche qu’il nous confie.

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Faëlis
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Re: Hall Principal

Message par Faëlis » dim. 20 mars 2022 19:13

La mage humoran lui fit savoir que le mage se trouvait en réalité dans le grand hall. Par les dieux, il en venait ! À une époque, Faëlis aurait bien rit de cela, mais il ne ressentait aucune envie de rire, ni de s'énerver. Il ferait ainsi qu'il le devait. Il remercia des conseils et but la potion immédiatement.

Le froid glacial de Yuia se répandit en lui et raffermit encore ce sentiment de détachement. Il étudierait plus tard, il était temps d'aller trouver ce maître Ertiart. Il repassa le tableau et descendit dans le grand hall... où cette fois-ci l'attendaient plusieurs têtes connues ! Sibelle, la guerrière elfe qu'il avait croisée au manoir hanté et qui avait combattu à Oranan se tenait ici, fière et droite, comme toujours. Mais il y avait aussi Cromax et Madoka, ses anciens compagnons des Amants. D'un pas gracieux et sans hésitation, il s'avança en souriant :

« Hé bien, que voici nombre de visages connus ! Et ce alors qu'un puissant mage cherchait des alliés ? M'est d'avis que cela n'a rien d'un hasard. Heureux de vous retrouver, compagnons ! »

Sibelle lui sourit :

« Heureuse également de te retrouver... On s'est à peine croisé dans les plaines. »

« En effet. J'ignorais que vous aviez été impliquée dans cette sinistre bataille. Et voilà que nous sommes déjà reparti sur une nouvelle aventure... Ce n'était pas mon projet en venant ici, mais je ne vais pas me défiler si on a besoin de moi ! »

Ezak leva les yeux au ciel, faisant remarquer avec son fameux ton acerbe, et toujours aussi charmant, que Faëlis avait promis de rejoindre la cours et qu'il en était toujours absent. Bon, il fallait reconnaître qu'il avait été un peu occupé... malgré tout, l'elfe laissa échapper un soupir agacé :

« J'ai eu une occasion unique : celle de rencontrer les dieux. Cela à primé sur beaucoup de choses, mais quand je rentrerais à Kendra Kâr, ma lumière sera plus brillante que jamais ! »

Cromax intervint pour appeler au calme, ce qui ne sembla guère calmer Ezak, qui se désolidarisa du temples des Amants, n'ayant plus que le désir de servir la couronne. Faëlis haussa les épaules, ne prêtant pas plus attention. Il répondit à Madoka, qui s'étonnait de le savoir si renommé.

« Ma foi, vous n'êtes pas la seule à garder des secrets sur votre personne, finalement ! »

Puis, il ajouta à l'intention de Cromax :

« Merci encore pour tes interventions. Je ne serais plus là sans toi... J'espère avoir l'occasion de te le revaloir... »

Pour sa part, et avec une pointe d'amusement, il lui tapota l'épaule en souhaitant ne pas en avoir besoin ! Puis, comme il remarquait un homme encapuchonné, plus loin, il lui demanda son nom. Revêche, l'homme se présenta sous l'appellation d'Arkalan... Bon, il parlerait sans doute davantage plus tard. Pour l'heure, ils furent interrompus par l'arrivée d'un personnage en robe bleu qui dispersa les étudiants avant de les inviter à le suivre. Il les mena avec assurance jusqu'à un étrange cabinet de curiosité. Au milieu des livres et des objets et bocaux au contenu douteux, éclairé par un puissant feu de cheminé, se tenait un shaakt aux cheveux blancs et au visage d'aspect vieux selon les standards elfiques. Il se tourna vers eux et, de sa voix chaude, leur souhaita la bienvenu : Ils étaient en présence d'Hereld Etiart, et il avait une histoire fort intéressante à raconter.

À l'en croire, quatre puissants esprits de la glace auraient jadis vécu ici. Mais l'un d'eux, devenu fou, aurait absorbé le pouvoir de deux autres avant d'être vaincu et emprisonné par le troisième, aidé de Yuia. Yuia-Tùrë, vaincu, devait rester emprisonné pour l'éternité, mais les récentes tempêtes de neige semblaient annoncer son retour... C'est pourquoi il voulait monter une expédition pour els montagnes les plus dangereuses de Nosvéris, afin de s'assurer que le monstre resta emprisonné.

Pas à dire, c'était le destin qui parlait ! Après avoir reçu la bénédiction de Yuia, Faëlis se trouvait maintenant sur la piste d'un de ses anciens ennemis ! Il croisa fièrement les bras en proclamant :

« Au nom de la déesse de la beauté que je sers, vous pouvez compter sur moi ! »
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Ezak
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Re: Hall Principal

Message par Ezak » lun. 21 mars 2022 19:49

Alors que je tentais de capter la chaleur des rayons lumineux à travers les vitraux, des voix se firent entendre derrière moi. Je me tournai brièvement, croyant entendre des accents familiers et je ne me trompai guère. Il y avait là deux visages connus qui étaient arrivés sur nos talons. Cromax, et Faelis, monsieur-parfait, monsieur-donneur-de-leçon, le Ô Grand Gardien de la Morale Suprême. Je le haïssais depuis le jour de la bataille, lui et ses commentaire inutiles. Lui et son manque de respect envers les nombreux kendrans disparus puis à moi-même par deux fois, et je m’étais juré qu’à la troisième je lui éclaterais toutes ses dents. Au départ, je voulus l’ignorer, pas heureux de le voir pour un yus, mais en entendant cet individu et son air guilleret emprunt d’une naïveté particulièrement agaçante avoir l’outrecuidance de louer son utilité alors qu’on attendait encore de le voir à l’œuvre pour l’aide qu’il avait promise de sa propre initiative au Royaume, je ne pus m’empêcher de lever les yeux au ciel. Qu’est ce qu’il fallait pas entendre…

« Besoin de vous… C’est du même acabit que ce que vous avez promis à Satina ? Car jusqu’à présent, à la cour, si vous brillez c’est par votre absence.
»

Il répondit qu’il ne pouvait pas laisser passer l’occasion de rencontrer les dieux et qu’il illuminerait bientôt à Kendra-Kâr. Si monsieur le moralisateur le disait…

Deux êtres vinrent alors à sa rescousse. Une compatriote Ynorienne qui entra dans notre conversation pour s’étonner que l’absence de l’elfe puisse se faire remarquer à la cour, et Cromax qui vint prendre Faelis par les épaules avant de faire entendre que nous devrions régler nos soucis à un autre moment et que le Temple ne serait pas heureux que nous déchirions de la sorte en publique.

Je compris alors que Faelis était lui aussi un usager du Temple des Plaisirs, et cela était aussi peut-être le cas pour l’Ynorienne. Effectivement, à observer leurs jeux de regards, les trois semblaient unis par une certaine complicité. Au reste, je n’appréciai pas du tout cette intervention de Cromax. Premièrement, c’était une affaire sous fond d’honneur qui ne le regardait pas, et je ne me serais pas autorisé moi à intervenir dans les siennes. Deuxièmement, et c’était à mes yeux le plus grave, je craignais le sous-entendu de ses paroles. J’avais appris en discutant avec l’elfe gris qu’il était au même rang hiérarchique que Puliin dans l’organisation du Temple. Or je n’avais jamais considéré celle-ci comme ma supérieure, mais comme une tendre amie, une amante ponctuellement, et nous nous rendions service mutuellement, pas plus. J’avais toujours été clair à ce sujet avec elle ; personne ne me commandait et à ce jour je considérais que seule l’héritière de sang royal était apte à commander celui des d’Arkasse. J’allais devoir faire une petite mise au point.

En d’autres temps, peut-être, me serai-je contenté d’un simple : « Je me contrefous de ce que pense le Temple. » Mais les paroles du Comte Ybelinor avaient étés claires. En tant que Chevalier je représentais la noblesse kendranne et en aucun cas mes actes, paroles et combats ne devaient ternir la réputation de celle-ci, au sein ou hors du Royaume. Satina avait même précisé que la courtoisie faisait partie des cinq qualités essentiels de mon rôle et je le prenais au serieux. J’employai donc le langage chatié de nous autres nobles, élites du Royaume et guides du peuple. Je me fis donc assez courtois pour qu’on ne puisse pas me targuer d’avoir fait preuve d’impolitesse, mais assez ferme pour que l’on ne m’accuse point d’avoir fait preuve de mollesse. Mes mots sortirent, sans animosité, aucune.

« Sachez que ces griefs n’ont rien de personnels. En tant que Chevalier du Royaume kendran et représentant de sa noblesse, il est de mon devoir de faire remarquer à votre ami que quand une parole est donnée à Son Altesse elle s’attend à ce qu’elle soit respectée. Quant au Temple… J’ai une profonde tendresse pour Puliin, que j’honorai toujours du mieux que je le pourrais, néanmoins il n’y a qu’à la couronne kendranne que j’ai prêté serment alors ce que pense le Temple n’est pas apte à infléchir le moindre de mes agissements, pour dire les choses poliment. »

Contrairement à ce que j’affirmais, bien sûr que c’était aussi personnel ! Il fallait bien que quelqu’un lance ses vérités à cet elfe blanc à la bouche trop grande. Je rajoutai néanmoins avec un signe de tête poli, mais sans sourire.

« Ravi tout de même de vous voir en bonne santé, Cromax..»

Je le pensais. Je ne cherchais pas à me le mettre à dos, ni même à faire preuve d’agressivité envers lui. Je voulais juste que les choses soient à plats, claires et limpides pour que nos relations puissent évoluer sur de bonnes bases, comme ce fut le cas avec Puliin. Ceci fait, je saluai courtoisement la compatriote Ynorienne à ses côtés, Madoka de son prénom. J’étais plutôt heureux ne pas être le seul humain flanqué de tous ces elfes. Le monde avait tendance de faire de nous les kendrans, des êtres orgeuilleux, mais d’expérience, je savais que les races elfiques n'étaient pas en reste.

« Madame… »

Salutation qu’elle me rendit tout aussi courtoisement avant que l’elfe gris, levant un sourcil perplexe à mes propos affirma que ses paroles n’étaient qu’une boutade et que le Temple n’exigerait rien de moi. Il y avait intérêt... Il m’apporta quelques nouvelles réconfortantes au sujet de Puliin avant d‘assurer qu’il espérait juste que mes rapports avec Faëlis n’allaient pas nous empêcher de travailler correctement ensemble. Quand il eut fini, il se détourna de moi, après un sourire amicale.

Je me contentai d’afficher le mien, un demi-sourire transpirant la confiance. Les choses étaient claires entre nous dès lors. Quant à ses inquiétudes, je ne cherchai pas à les lui enlever, le temps ferait son office. J’étais confiant quant à mes capacités. Je savais évidemment que je ne serais pas un problème, mais un atout pour ce groupe. Je l’avais toujours été lors de mes précédentes aventures et j’étais meilleur encore à ce jour, alors il n’y avait aucune raison pour que cela change. J’étais un professionnel et je n’étais pas stupide non plus. Je savais faire la différence entre un ennemi et un allié profondément irrespectueux et agaçant. Je savais Faelis efficace pour avoir été l’un des bourreaux des Treize et il avait combattu avec nous contre Oaxaca comme tout guerrier respectable. Nous travaillerions ensemble, il avait mon épée, pour sûr. C’était mon respect qui lui faisait défaut, et comme tous ceux qui en étaient dépourvus, je n’avais pas prévu de l’épargner.

Cromax interrogea le dernier être à ne pas avoir pris la parole et qui s’était emmitouflé sous une épaisse fourrure. Il se présenta comme un certain Arkalan affirmant ne pas vouloir être lié à nos conversations. Je lui jetai un bref regard. Des comme lui, j’en avais vu des centaines à Omyre. On les reconnaissait à leur attitude de marginale, c’était un exclu pour sûr.
Sur ces présentations, un homme fit son arrivée, renvoyant les quelques curieux attachés au lieu et qui s’étaient rassemblés pour nous observer à leurs occupations d’une voix ferme. J’observai l’individu avec la même intensité de regard qu’il nous renvoya. Il était à un âge avancé que trahissait la grisaille de ses longs cheveux et de sa barbe. Il avait l’air sévère de ceux qui ayant été méticuleux toute leur vie. C’était un homme important ici pour sûr, et c’est en cette qualité qu’il nous invita à le suivre. Il nous mena vers une pièce ou un feu agréable crépitait dans le fond. Sur les étagères que l’on retrouvait à chaque coins, de nombreux grimoires et autres objets dont la fonction m’échappait étaient entreposés. Au milieu de la salle, une table imposante, remplie de mets variés semblait nous attendre à en croire les chaises vides autour d’elle. Un Shaakt était là, assis calmement. Ses vêtements sa posture trahissaient son rang élevé. Avec confiance, il nous invita à prendre place et à consommer.

Je l’observai un instant, un peu méfiant. Je n’avais pas la même haine pour les Shaakt que j’avais pour les Garzoks, mais j’avais néanmoins un réflexe tout à fait kendran envers les races dites « obscurs » de m’en méfier au premier abord et de les juger au cas par cas, ce que je fis. Je pris place, ne le quittant pas des yeux et je l’écoutai se présenter comme étant Herel Ertiart avant qu’il ne rentre dans le vif du sujet.

Nous étions rassemblés pour vaincre un esprit crée par Yuia il y avait déjà de nombreux millénaires. Un esprit devenu fou qui avait été vaincu une première fois et qui faisait son retour, promettant de plonger tout Yuimen dans une ère glacière dévastatrice. Nous devions escorter ces messieurs vers le lieu où il se trouvait et le vaincre. Je me servis un peu de vin en réfléchissant aux mots qui avaient été prononcés pendant que Faelis intervenait pour assurer son aide.

Je me laissai aller à mon petit commentaire :

« Quel fardeau que ces dieux... Après Oaxaca et le Dragon Noir nous allons devoir encore nous débrouiller avec une de leur création qui menace notre existence. Ça ressemble à une constante…» dis-je d’un ton calme de celui qui ne faisait que mettre en évidence un fait.

Je pris une gorgée de vin et marquai une pose pour en savourer la qualité.

« En ce qui me concerne, je n’ai pas fait toute cette route depuis Kendra-Kâr pour me défiler maintenant. Je suis prêt à vous apporter mon aide, mais j’aimerais qu’en contrepartie vous m’aidiez au sujet d'une relique puissante que je cherche, et qui d’après les informations que j’ai se trouve sur votre continent. J’espérais que votre académie puisse me fournir des informations à ce sujet. Nous pourrons en parler en privé, quand vous serez disposé à le faire.»

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Sibelle
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Re: Hall Principal

Message par Sibelle » mar. 22 mars 2022 01:19

Nous n’étions pas les seuls aventuriers présents dans cette académie, j’avais reconnu Cromax, un légendaire combattant dont la réputation n’était plus à faire. Je l’avais vu à l’œuvre sur les plaines de Kochii et j’avais pu l’observer, bien que de loin, sous sa forme de dragon. Il était accompagné d’une délicate et jolie femme aux cheveux noirs dont les yeux en amande trahissaient son appartenance aux peuples Ynoriens.
Ce fut la voix de Faelis qui me sortit de mes réflexions

« Hé bien, que voici nombre de visages connus ! Et ce alors qu'un puissant mage cherchait des alliés ? M'est d'avis que cela n'a rien d'un hasard. Heureux de vous retrouver, compagnons ! »


Si je l’avais à peine entrevue lors de la guerre contre Oaxaca, j’avais eu l’occasion de le côtoyer davantage quelque temps auparavant dans le manoir hanté. Je me défis de ma cape de fourrures et de mes mitaines que je rangeai dans ma besace avant de me diriger dans sa direction. Une fois à sa hauteur, je lui répondis :

«Heureuse également de te retrouver... On s'est à peine croisé sur les plaines. »

En plus de la beauté propre à tous les hinions, Faëlis semblait mettre un point d’honneur à soigner son allure, tant pour sa chevelure de blé que pour ses vêtements. Puisque nous avions du temps à perdre en attendant l’arrivée de notre hôte, il n’hésita pas à poursuivre la conversation. Il avoua ignorer ma participation à cette sombre guerre, ce qui se comprenait, vu la grandeur des plaines et le nombre important de combattants qui s'y trouvaient. Contrairement à moi, il n'était pas venu à l'académie pour répondre à l'appel d’aide, mais il était prêt volontiers à apporter son aide si besoin était. J’allais le questionner sur la nature de ses projets en ce froid continent, mais je n’en eus pas le temps. Il venait à peine de terminer sa phrase, que Ezak qui s’était approché, l’apostropha sans préambule :

« Besoin de vous… C’est du même acabit que ce que vous avez promis à Satina ? Car jusqu’à présent, à la cour, si vous brillez c’est par votre absence. »

Décidément, ce Kendran n’était pas des plus commodes, surtout lorsque sa ville où sa personne semblait en cause, il me restait à voir s’il était un bon compagnon d’armes ou pas. Pour sa part, Faëlis ne semblait pas avoir pris ombrage de la remarque acerbe d’Ezak et répondit qu'il avait saisi l'opportunité unique de rendre sur l'île de Ermansi pour rencontrer les dieux. À son prochain arrêt à Kendra Kâr, il montrerait sa lumière plus vive que jamais. Ce fut à ces mots que je compris qu'il était mage... et narcissique ...deux faits qui ne m'avaient pas sauté aux yeux à notre dernière rencontre.

Alors que Ezak et Faëlis se narguaient mutuellement, je vis Cromax et sa compagne s’approcher, je les saluai alors d’un signe poli de la tête. L’ynorienne salua également Faëlis, contente elle aussi de le retrouver. Elle me rendit ma salutation puis taquina son ami.

Cromax me rendit également mon salut, ce qui me permit de remarquer son regard rouge. Cet homme aux traits androgynes dégageait un charme certain. Déposant ses mains sur l’épaule du bel hinion, tout en regardant Ezak, il les pria de choisir un autre lieu et d'autres temps pour leurs chamailleries, tout en rajoutant que le temple n'apprécierait pas qu'ils s'affichent ainsi.

(Le temple ? Ses usagers ? … Ils appartiennent tous à la même secte ? )

De son côté Ezak était suffisamment réchauffé pour se délier la langue avec profusion. Prenant un air hautain, il précisa son titre de chevalier du Royaume kendran, ainsi que son appartenance à la noblesse et son "devoir" de remettre son ami à l'ordre afin que ce dernier respecte sa parole. Il répondit ensuite à Cromax, précisant que c'était aux dirigeants kendran qu'il avait prêté serment et non au temple, même s'il appréciait la présence d'une certaine Pullin. Je fronçai alors les sourcils d'un air interrogatif.

(Je suis bien curieuse de savoir de quel type de temple il s'agit... et quel dieu, ils vénèrent.)

Décidément, par cette dernière remarque, je retrouvais là, le Ezak qui se souciait de la réputation de son père. Il me semblait accorder trop d'importances aux titres de noblesse. J'étais en train de me demander quelles étaient les relations entre eux d'eux lorsqu'il dit être heureux de revoir Cromax avant de saluer sa jolie compagne. Cromax ne semblait pas en avoir terminé avec Ezak puisqu'il lui fit remarquer que ce n'était pas dans la politique du temple d'infliger quoi que ce soit. Il clôt finalement le sujet en lui recommandant de cesser les reproches faits à Faëlis, que nous devrions tous œuvrer de concert.

Je partageais son opinion. Il n'était pas le temps de remuer les mésententes passées, nous allions avoir sûrement besoin des uns et des autres. Les disputes d'enfant d'école ne feraient que nous nuire.

Les conversations se croisaient et je tentais d'y être attentive. Non, pour connaître leurs histoires ou leur potin, mais parce que je voulais pouvoir les cerner au plus vite, puisque nous allions faire équipe afin d’accomplir une mission commune.

Tous semblaient se connaître sauf moi. N’aimant pas jouer le rôle d’intrus, je décidai de me présenter.

« Vous semblez tous vous connaître, ce qui n'est pas mon cas, ou du moins que de nom ou de réputation en ce qui vous concerne Cromax. Je me prénomme Sibelle. Et vous ? » Terminai-je en m’adressant à la dame.

Celle-ci salua d’abord Ezak puis se tourna vers moi et se présenta d'une voix agréable, avant de m’interroger sur le but de ma venue sur Nosvéris, afin de savoir si comme eux j’étais venue rencontrer le cryomancien.

«Oui, c'est bien ça !» Lui répondis-je aimablement.

Ayant terminé de faire l'arbitre entre ses deux amis, Cromax porta alors son attention sur moi.

«Espérons que je sois fidèle à ma réputation, alors. Enchanté, Sibelle.»

Je lui rendis son sourire tout en répliquant aimablement : «Je n'en doute pas un instant.»

Le silence était retombé, les discussions terminées. Cromax s 'approcha alors d'un homme que je n'avais pas encore remarqué et lui demanda qui il était. Je me tournai également vers l'inconnu encapuchonné et attendit patiemment qu'il réponde à la question posée. Ce qu'il fit.

(Arkalan ! )
Je le fixai intensément afin de pouvoir cerner un bout de ce mesquin visage camouflé derrière sa capuche, en vain. Mais il ne pouvait y avoir de doute, ce ne pouvait être un autre Arkalan, je reconnaissais cette voix entre mille. Avec l'arrivée de ce dernier, tous les espoirs de former une équipe unie venaient d'être anéantis. Il était imprévisible et seul Yuimen pouvait deviner les rouages de ce cerveau tordu.

Une voix forte me sortit alors de ma réflexion. Il s'agissait de celle d'un vieil homme vêtu d'un somptueux habit bleu orné de symboles argentés. Après avoir chassé avec autorité, les étudiants qui nous scrutaient depuis notre arrivée, il plongea à son tour se regard intense sur chacun de nous.

Puis, tout en demeurant en haut de l’imposant escalier, il nous fit signe de le suivre de sa main gantée.

(…un gant à l'intérieur ? )

Mais au lieu de m'attarder sur ce détail insignifiant, je le suivis, prenant soin toutefois de laisser Arkalan me précéder. Je tenais à conserver une distance respectable entre lui et moi, pour éviter que sans raison apparente, il décide de m’assommer tout comme il l’avait fait avec le nain dans les montagnes.

Bien que notre guide à la longue barbe grise ne fût plus une jeunesse, il fallut augmenter notre rythme afin de réussir à le suivre le long des nombreux corridors. Il s’arrêta devant une double porte et l’ouvrit.

Nous entrâmes donc dans une grande pièce bien remplie où une douce chaleur nous accueillit. J’appréciai d’autant plus ce feu flamboyant après avoir passé des heures à l’extérieur sous ce froid climat de Nosvéris.
Tout en posant mon regard sur les nombreuses étagères débordant de livres poussiéreux et d’objets étranges, je m’approchai d’une grande table ronde garnie de nourritures appétissantes et variées, et bordés d’une dizaine de chaises dont une seule était occupée.
L’hôte de ces lieux, un elfe noir à l’allure digne et noble, nous invita à prendre place à sa table. L’humain qui nous avait conduits à lui demeura à sa droite, debout, ses mains cachées derrière son dos.


Après s’être présenté, le dénommé Hereld Ertiart, nous pria de nous restaurer pendant qu’il allait nous expliquer ce qu’il attendait de nous.
Je m’assieds face à lui, afin de ne pas perdre de vue Arkalan, qui avait choisi de se placer dans un coin de la pièce.

Ce fut d’une voix chaude et agréable que l’élégant elfe noir à la longue chevelure blanche soignée nous informa de l’importance et de la dangerosité de la mission qui nous attendait. Afin que l’on comprenne mieux de quoi, elle retournait il nous raconta d’abord une légende de Nosvéris. Il y avait fort longtemps, vivaient des esprits de fluide dont le rôle consistait à contrôler les fluides sur Yuimen. Eux-mêmes créatures de Yuia, ils s’avérèrent très puissants. Des quatre, l’un d'eux, nourrissant une ambition débordante, absorba deux êtres de fluide. Envoûté par le désir du pouvoir, il se permit même de menacer les dieux. Aidé du quatrième esprit, Yuia réussit, non sans difficulté à le vaincre. D’après ce qui restait de cette très ancienne légende, l’être fluidique habité par la folie, fut emprisonné. Cette très ancienne légende sur les esprits des glaces s’était avec les années transformée en conte visant à enseigner aux enfants le danger du froid… Après avoir pris quelques secondes pour prendre quelques gorgées de vin, il nous confia qu’en réalité, il ne s’agissait pas d’un conte, pas plus qu’une légende, l’existence des esprits de glaces fut bien réelle.

Désignant l’homme vêtu de bleu se nommant Andreï, il précisa que ce dernier aidé d’un magicien nommé Dan, étaient parvenus à déchiffrer d’anciennes gravures de phalanges de Fenris, ainsi que de mettre la main sur une encore plus ancienne relique ayant appartenu au quatrième esprit. Les derniers événements lui donnaient la certitude que l’esprit de glace quittait peu à peu son sommeil. Il fallait agir avant qu’il ne sorte de sa prison, sinon le pire serait à redouter.

Il se leva puis annonça en quoi consistait concrètement notre mission : Se rendre au lieu de l’emprisonnement de Yuia-Tùrë sur les plus dangereux monts de Nosvéris afin de s’assurer qu’il ne pourra jamais s’en échapper.

Arkalan se contenta d’un signe de tête, puis Faëlis confirma à son tour qu’ils pouvaient compter sur lui. Ezak fut plus bavard, commentant la mission puis demandant un service en retour.

Pour ma part, j’étais tellement absorbée par le récit de Hereld que j’oubliai de manger la petite grappe de raisin que j’avais ramassé un peu plus tôt.

Je pris à mon tour la parole.

« J’en suis aussi, bien entendu. »

J’hésitai un très court moment, avant de rajouter sérieusement :

« J’aurais quelques questions… Quelle est cette relique qui a été découverte ? En quoi les gravures des phalanges pouvaient vous renseigner… une prophétie ? Et finalement quels sont ces derniers événements qui vous font penser que l’esprit fou des glaces sort de son sommeil. »
Modifié en dernier par Sibelle le dim. 27 mars 2022 17:06, modifié 2 fois.

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Cromax
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Re: Hall Principal

Message par Cromax » mar. 22 mars 2022 12:28

L’étudiant interrogé n’apporte aucune réponse à ma question, se contentant de me dévisager d’un air curieux avant de passer son chemin. Me dévisager moi, et tout un petit groupe en train de se former dans le grand hall de l’académie : des aventuriers de tous horizons, dont certains visages connus, se rassemblent désormais autour de Madoka et moi. Cela confirme, en un sens, la vraisemblance de notre destination. Ils sont sans doute eux aussi répondu à l’appel. De ceux-là, Faëlis est le premier à prendre la parole, saluant les conviés amicalement. Une elfe blanche, qu’il semble connaître et qui affirme l’avoir croisé sur les plaines, lui répond de manière affable. Un humain, Ezak d’Arkasse, lui aussi déjà croisé, rétorque quant à lui une remarque provocatrice à l’envers du Protecteur lumineux. Après avoir salué de la tête l’hinionne, je m’approche de Faëlis et lui attrape une épaule amicalement en répondant à l’humain :

« N'y a-t-il pas meilleur lieu et meilleur temps pour parler de vos griefs personnels ? Le... Temple n'apprécierait pas de savoir que ses usagers s'affichent de la sorte. »

Je fais un clin d’œil à Madoka, souriant. Un ancien amant, lui aussi. Ce qui nous amène au nombre de quatre usagers du Temple des Plaisirs dans ce petit groupe. Une occurrence plutôt cocasse. Dans l’entrefaite, l’elfe guerrière se présente sous le nom de Sibelle, arguant qu’elle me connait déjà de réputation. Ezak, lui, ne semble pas prendre considération du côté rigolo de la situation, et se justifie avec emphase et sérieux. Trop d’emphase, et trop de sérieux. Il invoque sa récente et néanmoins fanatique cohésion à l’esprit kendran et à sa princesse, que semble avoir insultée Faëlis par un manque de présence. Je soupire un instant : Ouais, il a l’air bien kendran. Coincé sur des principes acculés, rigide et sans humour. À l’image de sa précieuse cité blanche. Je le darde d’un regard circonspect, sourcil levé, pour répondre :

« Le Temple ne le ferait de toute façon jamais. Et encore moins maintenant. C'était une boutade, chevalier. J'espère que la princesse Satina se porte au mieux. Pulinn, elle, va bien. Elle a rejoint l'Île dont je vous ai parlé lors de notre dernière rencontre, Tol'Lhein, grâce à Madoka ici présente. N'oubliez pas, cependant, que vous êtes loin de Kendra Kâr, ici. Et que s'il nous est demandé d'oeuvrer de concert, j'espère que les reproches que vous auriez à faire au Ser Faëlis ne mettront en rien en danger notre coopération. »

Le tout dit sur le ton de la camaraderie, souriant. Il ne faudrait pas appesantir encore plus l’ambiance. Je rétorque également à l’endroit de l’hinionne :

« Espérons que je sois fidèle à ma réputation, alors. Enchanté, Sibelle. »

Et finalement me tourner vers le dernier aventurier supposé, resté silencieux jusqu’ici, et engoncé dans une capuche sombre :

« Et vous êtes ? »

Courtoisement, mais sans sympathie aucune, ce dernier rétorque en se présentant sous le pseudonyme d’Arkalan. Il dit être venu ici pour trouver des réponses aux questions sur cet étrange mystère glacial, et pas pour se faire des amis, ne souhaitant en rien participer à nos discutailles. Hé bien, l’ambiance est posée, en ce qui le concerne. Un taiseux sans notion de sociabilité. Entre le nobliau chevalier aux valeurs coincées et ce dernier mystérieux misanthrope, on va se marrer ! Heureusement que les autres semblent tous trois courtois et positifs.

Survient alors une forte voix, conseillant fermement aux étudiants et badauds curieux du hall d’aller se faire voir ailleurs. Obéis, la foule s’éparpille pour révéler le criard : un vieil humain plutôt moche, à l’air peu amène. Les cheveux filasses et la barbe longue et grise, sans moustache, les habits bleus cousus de fils d’argent, il nous invite silencieusement et froidement à le suivre. Tout aussi silencieusement, et sans nous faire prier, nous nous exécutons et lui emboitons le pas dans une série de couloirs qu’il semble connaître comme sa poche. Le cryomancien du message ? Un savant respecté de l’endroit, en tout cas. Il nous mène dans une pièce encombrée de mobilier rappelant les arts magiques, chauffée et éclairée par un feu de cheminée. Un shaakt à la peau d’ébène et aux longs cheveux immaculés nous y attend, mains croisées sur une table de bois brut, yeux rouges dardés sur la petite assemblée. C’est lui qui prend la parole, finalement, pour nous accueillir.

Il se présente sous le nom d’Hereld Ertiart et précise sa fonction : cryomancien. Non… Grand cryomancien de l’académie. Un péteux, encore, donc. Il confirme ensuite être celui qui nous a fait mander, et précise qu’il est heureux de nous compter parmi les volontaires pour sa mission, qu’il qualifie de cruciale et dangereuse. Tout ce que j’aime. Je le laisse ménager ses effets en évoquant les légendes méconnues de ce continent de glace, et écoute attentivement les tenants et aboutissants des raisons de notre présence. Il en ressort qu’un ancien esprit des glaces, fils de Yuïa, et fratricide de surcroît, s’éveille d’un sommeil millénaire. Un réveil qui sonnerait un cataclysme à l’échelle mondiale pour Yuimen.

Les consignes sont donc claires : nous devrons accompagner le shaakt et deux de ses confrères, le vieux mage humain nommé Andreï Penkovski et un puissant magicien, Dan, jusqu’à l’endroit encore imprécis du réveil de l’esprit en question, Yuïa-Tùrë, pour l’empêcher de reprendre possession de ses moyens. Silencieux dans un premier temps, j’observe les réactions autour de moi. Arkalan le taiseux est fidèle à la première impression qu’il a laissée, et opine simplement du chef pour marquer son accord. Faëlis, lui, jure sur Yuïa en personne qu’il sera de la partie. Cette nouvelle accointance pour la déesse des glaces m’est inconnue, et je m’en amuse : joue-t-il un rôle pour l’occasion ? Aigri, comme précédemment, le ser d’Arkasse peste sur les divinités et leurs créations et confirme sa participation à la mission… en échange d’informations sur un artefact puissant. L’appât du gain. En voilà un qui ne masque pas ses intentions, en tout cas. Pas un noble de cœur : un esprit intéressé et opportuniste. Je me demande tout à coup ce que Pulinn a bien pu lui trouver, si ce n’est le courage dont il a précédemment fait preuve dans la Bataille du Charnier des Âmes.

Sibelle, elle, et à son tour, intervient pour signaler sa participation, et accompagne ses dires de questions pertinentes sur la mission : les gravures des fenris, la relique découverte, et les autres éléments permettant au cryomancien de déterminer qu’un esprit ancestral destructeur sort de son sommeil. Elle semble avoir les pieds sur terre. Je m’anime à mon tour pour demander, aux suites de l’elfe :

« En quelle qualité votre trio peut-il sceller le sort de cet esprit fou ? Êtes-vous en possession d’un objet empêchant son retour ? De connaissances sur des rituels précis le renvoyant dans les limbes du sommeil ? »

En un mot comme en cent : pourquoi sont-ils, eux trois, nécessaires à cette mission. Si nous devons nous traîner des vieillards dans les montagnes, autant qu’ils servent vraiment à quelque chose. Je conclus néanmoins :

« Pour la menace que représente cet éveil, vous pouvez me compter parmi vos protecteurs. »

Plus qu’à attendre le départ, du coup. Et les quelques explications qui pourraient manquer. Mon regard se pose sur Madoka, restée muette jusque-là. Je la sais observatrice et analytique. Aurait-elle perçu d’autres informations manquantes dans le discours qui nous a été servi ?

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Madoka
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Re: Hall Principal

Message par Madoka » mar. 22 mars 2022 14:47

La réponse ne vient pas, mais je gage que notre arrivée attirera l’attention de quelqu’un d’un peu moins muet. Nous patientons dans le hall où les passages sont nombreux et les regards curieux à notre encontre.
Plus curieuse est l’arrivée d’un elfe que je ne pensais pas revoir avant longtemps, lui aussi très étonné de revoir tant de ses connaissances en diffusant son regard brillant autour de nous. Un duo que j’avais aperçu plus tôt en vive discussion lui répond. La femme, une elfe magnifique dont je croise le regard en la saluant d’un signe de tête, semble ravie de le revoir et échange avec Faëlis quelques mots sur une bataille que je devine être celle de Kochii ; mais l’homme, un humain de grande taille au visage colérique rabroue l’elfe de propos belliqueux que l’Hinion balaye d’une de ses phrases toute elfique, dont je peine à comprendre le sens caché d’une soit disant rencontre avec les Dieux et d’illumination de Kendra-Kar. Face à telle désinvolture, le regard irascible de l’humain brille de plus bel et je m’avance pour m’interposer, prenant Faëlis à part :

« Petit cachotier, je ne vous connaissais pas une telle influence à la cour de Kendra-Kar pour que votre absence soit tant remarquée. »

Il ne lui en faut guère plus pour ignorer l’humain et me rétorque que je ne suis pas la seule à garder quelques secrets. Amusée, je lui fais un clin d’œil et écoute d’une oreille indiscrète les propos échangés entre Cromax et le jeune humain enflammé par son statut de Chevalier de Kendra-Kar, rien de moins ; qui est aussi, ou était serait plus exact, un fidèle du Temple. Une coïncidence qui m’aurait autrefois retourné le cerveau mais que je soulève d’un sourire et d’un regard entendu avec Cromax.
Une franche division s’opère pourtant entre les deux hommes. Cromax, encore encré dans son rôle de supérieur au sein d’un groupe qui n’existe plus, ne reçoit qu’orgueil à sa tentative de réconciliation des humeurs en en appelant aux Amants. Le très jeune et très sérieux chevalier semble ne plus avoir de compte à rendre qu’à la couronne, quitte à rejeter tout lien d’entente et d’unité.
N’en oubliant cependant pas ses manières, il me salue courtoisement et, n’ayant aucun grief contre lui, je salue avec la même courtoisie le seul humain de ce petit groupe.

Sibelle, l’elfe aux yeux marron s’adresse à nous, remarquant qu’elle ne connait Cromax que de nom et de réputation, elle se présente et me demande mon nom.

« Je me nomme Madoka,
dis-je d’une voix chaleureuse. Vous vous êtes rendue ici pour rencontrer le cryomancien à l’origine de l’appel à l’aide ? »

Elle le confirme aussitôt et répond quelques mots à Cromax tandis que tous se tournent vers un personnage encore encapuchonné, resté proche bien qu’à l’écart mais qui, sans hésitation aucune, est comme nous un étranger en ce lieu. Il se nomme Arkalan et pose dès les premiers mots des barrières entre lui et nous qui ne semblent émouvoir personne, hormis la jolie elfe qui pose son regard acéré sur lui un instant.


A cet instant, une lourde voix provenant du haut d’un escalier fait place nette autour de nous. Le vieil homme appui son autorité de son regard glacial avant de nous faire signe de le suivre. Sans mot dire, nous le suivons le long des couloirs balayés par sa longue toge et sans cérémonie il nous ouvre les portes de notre destination.
La chaleur qui y règne m’y accueille en premier. Le bout de mes oreilles me picote tant elle se réchauffe vite. Au milieu d’une pièce aux murs cachés par de nombreuses étagères remplies de bric à brac et de manuscrits, se trouve une large table ronde où trône en son centre de nombreux vivres.
Assis autour de cette table se trouve un autre personnage tout aussi richement vêtu que notre guide. Sa peau, son regard, ses cheveux font de lui un elfe noir mais il a quelque chose de différent de ceux que j’ai connus, un air plus posé, plus noble, moins pernicieux, du moins en apparence. Plus calme que celui qui se faufile à ses côtés, il nous invite à nous installer.
Hereld Ertiart, car tel est son nom, grand cryomancien de cette académie et celui à l’origine de notre présence ici nous invite d’abord à nous sustenter. Ne me faisant pas prier ; du moins jamais quand je ne sais quand sera mon prochain repas ; je les remercie d’une signe de tête, m’assieds à table et garnis la coupelle devant moi.

En préambule, Hereld s’enquiert de nos connaissances sur les légendes de ce continent et face à nos lacunes en la matière il nous narre l’une d’elles de sa voix captivante. En des temps oubliés de tous et dont ne subsistent que des contes et légendes, des êtres furent créé par la Déesse de la glace elle-même dans le noble objectif de contrôler et réguler le fluide de glace sur Yuimen après son départ. Des pouvoirs immenses donnés à une poignée … Et ce qui devait arriver arriva. L’un d’eux devenu fou absorba deux des autres esprits et ne fût stoppé par le dernier esprit qu’aidé de la Déesse, veillant encore sur eux. La folie, me dis-je à part en grimaçant, les humbles marquent de la folie les ambitieux aux appétits insatiables.
Mais celle-ci comporte finalement une part de réel qui semble maintenant menacer notre époque. L’esprit devenu fou, dont la légende le dit emprisonné depuis tandis que l’autre mourut mystérieusement après son exploit, est bel et bien emprisonné quelque part dans les montagnes aux monts gelés. Maintenu en l’état par un pouvoir ou un sortilège oublié lui aussi. Mais des événements récents font craindre son réveil à cette communauté de mages pourtant puissants.
Son confrère, Andreï, et un maître magicien nommé Dan sont parvenus à traduire d’anciennes gravures des Phalanges de Phenris et récupérer une relique ayant appartenu au quatrième esprit. Ils en sont convaincus, l’esprit emprisonné et endormi est sur le point de s’éveiller et personne, ni mage ni héro, ne pourra le vaincre. S’il se réveillait, un froid plus intense que celui qui sévit dans les monts envahirait tout Yuimen, un cataclysme qui changerait à jamais notre monde.

Son noble et clame visage est profondément marqué par la gravité des événements. Il fait une pause, nous observant chacun notre tour avant de déclarer, d’une voix redevenue ferme.

« Nous devons nous rendre au lieu supposé de l’emprisonnement de l’esprit fou et s’assurer qu’il ne pourra jamais sortir de sa prison. »

Ce qu’il nous demande en réalité est de les accompagner car long et dangereux est le chemin jusqu’à leur destination qui, par son existence intrinsèquement légendaire, est elle-même incertaine.
Tenant encore en main un morceau d’une viande ferme et goûteuse, je me lève et observe mieux la pièce et les innombrables et mystérieux objets de plus près. A mon oreille me parvient les premières déclarations de mes futurs compagnons de route, Faëlis toujours prompt à secourir et protéger se dit prêt à leur prêter main forte, de même que le jeune chevalier soupe au lait qui, non content de nous donner son avis sur les fautes des divinités, nous dévoile aussitôt une ambition quasi sans bornes en demandant leur l’aide à l’obtention d’une relique en échange de sa participation. La jolie elfe, après avoir signifié son adhésion au projet pose les premières questions qui font écho à mes pensées premières tandis que j’inspecte les étagères avec curiosité.

Le questionnant sur la relique et les renseignements des gravures traduites, elle lui demande aussi quels ont été les signes avant coureurs annonçant l’éveil de l’esprit fou, Yuia-Tùrë. Et à ses interrogations se succèdent celles de Cromax, qui leur demande ce qu’ils savent sur le moyen d’empêcher le retour de l’esprit fou ou celui de le renvoyer dans les limbes du sommeil. Je me retourne pour les questionner à mon tour avant qu’ils ne répondent à mes compagnons avisés.

« Avez-vous des connaissances sur les conditions réelles de son emprisonnement pendant tant de millénaires et ce, à priori, sans anicroches. Ou de l’origine des signes annonciateurs ? »

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Gamemaster6
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Re: Hall Principal

Message par Gamemaster6 » mer. 23 mars 2022 18:13

L'Aube d'un hiver sans fin


Prologue : Un vent glacé porteur de sombres présages


Calme et patient, Hereld Ertiart observa tour à tour les réactions - ou leur presque absence dans le cas de l’elfe noir tapi dans un coin – face à ses propos. D’un léger hochement de tête, telle une révérence minimaliste, il remercia le shaakt qui, le premier, assura son aide pour cette expédition périlleuse d’un simple hochement de tête similaire, puis chaque aventurier annonçant son adhésion à cette expédition. Sans surprise, tout cela ne fut pas sans question et, plutôt que d’interrompre chacun d’eux, il laissa aux aventuriers le loisir d’ébaucher remarques et interrogations quant à cette légende et tout ce qui y fut lié, où l’était encore aujourd’hui. Son homologue, lui, fronça légèrement les sourcils face au ton quelque peu acerbe du Kendran qui se plaignait des actions des divins, avec raison ou non, mais se garda du moindre commentaire, se contentant d’attendre la fin des questions, le visage aussi impassible qu'un bloc de glace. Ce fut pourtant lui qui prit la parole pour répondre en premier, se tournant vers l’hinionne à la chevelure de feu.

- La relique en question est un sceptre que maître Dan a actuellement en sa possession. Un objet puissant qu’il est le seul à maîtriser. Quant à ses pouvoirs exacts, seul son possesseur serait en mesure de les décrire avec pertinence, mais il est malheureusement absent et nous n’avons aucun moyen de le contacter pour le moment. Concernant les gravures…


Il se lissa la barbe, jetant un regard en biais au shaakt assis à ses côtés qui hocha simplement la tête. Un léger soupir résigné s’échappa d’entre les lèvres du vieux mage qui finit par poursuivre de sa voix froide, mais néanmoins parfaitement discernable.

- Je doute que vous soyez familier avec les peuples locaux, mais les Phalanges de Fenris ont des origines très anciennes et ont hélas une culture principalement orale, se transmettant de génération en génération par les plus vieux d’entre eux. Seules quelques rares gravures ont été réalisées à travers les siècles. Nous en connaissons certains sujets, comme celles sur Meno, que les Phalanges appellent Njord et qui viendrait, selon leurs croyances, mettre fin au monde. Les gravures qui nous intéressent sont au moins aussi vieilles, si ce n’est plus anciennes encore et parlent de cet esprit fou. Malheureusement, nos chercheurs n’en ont trouvé qu’une infime partie, certaines en très mauvais état du fait de leur âge et tous les détails ne nous sont pas connus. Certains, cependant, y sont mentionnés. Le ciel se parant de lueurs blafardes provenant des monts gelés, le froid s’intensifiant soudainement pour devenir plus glacial que le plus rude des hivers, les animaux fuyant les montagnes comme si un cataclysme approchait, tout cela est gravé. Nul besoin de prophétie, car il s’agit de faits vérifiables, vous n’aurez qu’à jeter un œil cette nuit si le temps le permet.


Il laissa ensuite la parole à Hereld qui répondit aux interrogations du Sindel aux cheveux bicolores et à sa compagnonne Ynorienne.

- Les reliques de l’esprit ayant vaincu son frère seraient un moyen d’assurer sa captivité, puisqu’elles ont servi la première fois. Maître Dan est d’ailleurs parti dans ce but, las d’attendre, et j’espère qu’il ne lui est rien arrivé. Mais ce qui m’a poussé à demander votre aide, aventuriers, c’est un constat simple. Cela fait des milliers d’années que l’esprit est prisonnier et endormi, sans que rien n’annonce son retour. Pourquoi se réveiller soudainement ? Nul doute qu’une prison créée par une divinité devrait être éternelle… Je crains qu’il ne reçoive une aide extérieure et c’est surtout cette menace, si elle existe, qu’il nous faut endiguer. Si l’esprit est néanmoins seul à tenter de se libérer, sa puissance doit encore être très faible et il devrait nous être possible de consolider sa prison. Car nous avons de bonnes raisons de penser que sa prison est faite de glace et de foudre, l’esprit l’ayant vaincu ayant également la faculté de combiner ces deux fluides. Avec l’aide de maître Dan qui possède également ces deux éléments, je gage que nous serions en mesure de nous assurer son retour au sommeil.


Il se tut un instant, s’adossant à son siège, l’air grave.

- Il reste beaucoup d’inconnus, hélas. Les faits sont très anciens et il nous est difficile de faire davantage que des hypothèses sur ce qui nous attend dans ces montagnes. Les seules certitudes que nous avons concernent la menace de cet esprit et le fait qu’ils nous faillent intervenir là où d’autres préfèrent rester derrières leurs œillères, à l'abri derrière des murs qui seront bien frêles défenses contre cet esprit. A ce titre, vous serez bien entendu tous justement récompensés, que cette mission s’avère être difficile ou non. Vous avez répondu à l’appel et je vous en suis gré et redevable. J’ai laissé des instructions et elles seront suivies scrupuleusement, dussé-je ne pas revenir. Aussi, messire – ajouta-t-il en se tournant vers le Kendran bougon – je peux vous recevoir plus tard dans mes appartements pour parler de cette fameuse relique, cela éveille ma curiosité… Dites m’en plus ! Quelle est donc cette…


Un discret raclement de gorge du mage de bleu vêtu vint interrompre le cryomancien qui semblait très intéressé par la recherche de ce bon kendran. Il se reprit, lissant ses manches pour se donner une contenance, faisant comme si de rien n’était.

- Bien. J’espère que cela répond à vos questions. Si vous en avez d’autres, n’hésitez pas.


Il fixa tour à tour chacun des aventuriers, attendant de nouvelles questions si d’ordinaire ils en avaient. Si rien de plus ne leur venait à l’esprit, il les inviterait à se sustenter de tout leur saoul, le voyage risquant de manquer de mets raffinés comme ceux-ci. Trois chambres étaient également à leur disposition pour la nuit, chacune comportant deux lits et tout le confort dont ils ne bénéficieraient plus une fois l’académie derrière eux. Ils n’auraient qu’à le retrouver à cet endroit même le lendemain, prêts à se mettre en route pour un long et périlleux voyage dans les contrées glacées de ce continent inhospitalier.

***

Voilà, voilà, que de blabla ! Libre à vous de poser d’autres questions ou de suivre les quelques indications concernant la suite et à retrouver le cryomancien le lendemain au même endroit. Vous êtes libres de faire ce que vous voulez de votre soirée/nuit. Ezak, je t’attends en aparté mon coquin. Comme d’habitude, si vous avez des questions ou besoin de précision, vous savez où me trouver.
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Quand on l'appelle, il apparaît !!
Et il reste, alors gare !

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Sibelle
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Re: Hall Principal

Message par Sibelle » dim. 27 mars 2022 20:23

Mes questions semblèrent en avoir inspiré d’autres, puisque Cromax et Madoka prirent la parole tout de suite après moi. Cromax demanda, comment ils pouvaient et avec quoi, ils pensaient à trois empêcher l’esprit fou de s’évader. Allaient-ils user d’artéfact ou procéder à un rituel ? Suite à ces questions pertinentes, Madoka enchaîna. Elle s’informa sur les conditions d’emprisonnement de l’esprit fou ainsi que l’origine des signes annonciateurs.

Les deux hôtes attendirent la fin des questions des aventuriers avant de prendre la parole. Ce fut Andréï qui brisa le silence pour répondre à mes questions. J’appris alors que la relique se révélait être un sceptre que le maître magicien Dan avait en sa possession et qu’il avait appris à maîtriser sans pour autant en connaître tous les secrets et pouvoirs, puisque le propriétaire était absent et qu’il ne pouvait le contacter pour le moment. Je fronçai alors les sourcils, venait-il pas tout juste de déclarer que cette relique appartenait au quatrième esprit.

« Vous dites que seul le possesseur du sceptre n'est pas disponible pour le moment ? ... Pourtant M. Ertiart Hereld, nous a dit plutôt que cette relique appartenait au quatrième esprit... Croyez-vous qu'il est encore de ce monde ? »

Il me répéta alors que les circonstances de la mort du quatrième esprit demeurèrent inexpliquées, aucun indice ne permettait de penser à sa survie.

Trop de paroles, je commençais à me perdre dans toutes ses explications. Il était temps que l’on se mette à l’action, même si je savais pertinemment que l’on devait éclaircir certains faits avant de partir en expédition. Andreï ne sembla pas avoir bien compris ma question, mais je n’insistai pas… j’en déduisis qu’il faisait référence au maître Dan lorsqu’il parla du propriétaire du sceptre. Je le laissai donc poursuivre ses réponses sans l’interrompre. Il poussa un soupir et jeta regard en coin en direction du shaakt s'assurant de l'approbation de celui-ci avant de poursuivre. Il expliqua que les Phalanges de Fenris, transmettaient leur savoir principalement par voie oral de génération en génération. Ils s’avéraient être chanceux d’avoir mis la main sur quelques gravures. Ces dernières racontant que le ciel se parait de lueurs blafardes en provenance des monts gelés, le froid s’intensifiant et les animaux fuyant les montagnes. Il m’invita même à observer de mes propres yeux lesdites lueurs.

Ce fut ensuite Ertairt qui prit la parole répondant aux questions des deux autres. Seules les reliques du quatrième esprit pouvaient contraindre le troisième. Le maître Dan était donc parti sans attendre avec ladite relique. Il poursuivit en expliquant que s’il avait fait appel à nous, c’était parce qu’il soupçonnait une aide extérieure que nous devions neutraliser. S’ils se trompaient et que l’esprit tentait de se libérer seul, sa faiblesse ne lui permettrait pas de se libérer de sa prison probablement faite des fluides de glaces et de foudres combinées.

Prenant un air grave, il se permit une courte pause avant de reprendre. Malheureusement, il leur manquait beaucoup d’informations et nombre de questions demeuraient sans réponses. Il ne pouvait vérifier la véracité de leurs hypothèses. Ce qu'il considérait, comme certain, était l’urgence d’intervenir, déplorant le fait que certains préféraient faire comme si rien ne se passait. Ce fut à ces paroles que j’intervins de nouveau.

« Avez-vous des soupçons sur l'aide extérieure ? Des anciens confrères déchus ? Des Dieux ? »

Je m'arrêtai un petit moment avant de poursuivre :

« Ces gens qui préfèrent mettre des œillères ... quelles raisons invoquent-ils pour nier le danger qui rôde ? Pourraient-ils être soupçonnés d'être de mèche avec l'aide extérieure ? »

Après un hochement négatif de la tête, il déclara être persuadé que les Dieux étaient hors de cause. Cependant, il m’avoua les possibilités multiples : fous avides de pouvoir, explorateur ayant fouillé involontairement là où ils ne devaient pas. Il n’en savait pas davantage. Et pour ceux qui niaient le danger immédiat, il pensait qu’ils préféraient l’ignorer que tenter de le neutraliser. La peur les incitant à croire à une légende.
Il avait malheureusement raison, certaines gens préféraient faire comme si rien n’arrivait au lieu de s’impliquer, comme si le seul fait de détourner son regard du danger suffisait à le faire disparaitre.

Il nous regarda ensuite attentivement afin de s’assurer qu’aucune autre question ne surgirait avant qu’il prenne congé de nous.

Devant notre silence, il nous invita à profiter des victuailles à notre disposition, puis nous donna rendez-vous le lendemain matin à cet endroit même.

Arkalan partit aussitôt la rencontre terminée. Ce qui me convint parfaitement, je pus me sustenter en toute tranquillité sans crainte une attaque physique ou verbale de sa part.

Ce fut donc en silence que je mangeai de bon appétit, mon long vol l’ayant creusé amplement. Je demeurai muette et dans mes réflexions, ne portant pas attention aux conversations des autres. Lorsque j’eus terminé. Je me levai, saluai aimablement de la tête ceux qui étaient encore là pour me diriger vers le grand hall.

Vu l’heure tardive, ce dernier fut moins occupé que lors de notre arrivée. Tout comme me l’avait suggéré le mage Andréï, je m’arrêtai devant les immenses vitraux transparents qui offraient une magnifique vue sur les montagnes enneigées et je scrutai le ciel. Je cherchai quelques minutes sans succès, ne sachant trop quoi, ni où regarder. Puis mon regard se posa sur le sommet de certaines montagnes, les plus hautes et je vis enfin ces lueurs dont parlait Andreï, des lueurs bleuâtres qui illuminaient les montagnes. De ma position, j’avais l’impression que cette lumière venait du cœur des montagnes, mais ce ne pouvait être qu’illusion. Les poils se dressèrent sur mes avant-bras, je fus prise par des frissons, fébrile, une nouvelle aventure allait bientôt commencer.

Un étudiant vint à ma rencontre et me demanda si j’avais besoin d'aide, soupçonnant que je m’étais perdue dans la grande académie. Je le rassurai, ce n’était pas le cas, mais je profitai tout de même de sa présence pour lui demander de me conduire aux dortoirs des étudiants. Il accepta sans hésiter.

Une fois à l’étage, un autre elfe vint à ma rencontre et me désigna une chambre. Lorsque j’ouvris la porte, je vis deux lits, accompagnés d’une petite commode chacun et Faelis endormi ou en méditation sur l’un deux. Sans bruit, je pénétrai dans la chambre, me défit de ma besace et de mon équipement que je plaçai près du lit. Je me couchai donc sur le lit, en tunique, sans en défaire les couvertures et fermai mes yeux afin de méditer.

Le lendemain, ayant médité plus que nécessaire, je ramassai mes choses, et je repartis pour la grande salle.

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Faëlis
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Re: Hall Principal

Message par Faëlis » dim. 27 mars 2022 21:07

La discussion se poursuivit et l'elfe écouta en silence. Il apprit par exemple qu'Ezak le moralisateur venait pour des raisons parfaitement intéressées, car il recherchait une ancienne relique et souhaitait des informations en échange de son aide. Sibelle, de son côté, s'interrogeait sur la relique qui pourrait les aider, ainsi que sur les Phalanges de Fenris qu'ils devraient rencontrer.

Il semblait que ladite relique était entre les mains de ce même maître Dan que Faëlis avait cherché, mais qui était absent. Quand aux peuples de Nosvéris, ils avaient de nombreuses légendes qui parlaient d'une « fin du monde » annoncée. Les questions étaient nombreuses quand à savoir pourquoi cette créature se réveillait maintenant en particulier. C'était une question pertinente, qui n'avait malheureusement pas de réponse. Cependant, il était probable qu'il reçoive une aide extérieur.

Toutes ces informations étaient fort intéressantes, mais Faëlis commençait être vraiment fatigué par sa journée. Aussi, il suivi les consignes pour rejoindre la salle de repas et leurs chambres. Sans dire un mot de plus, il partit méditer jusqu'au petit matin.

Alors que le jour se levait, il se sentait pleinement régénéré, et rejoignit le cryomancien à qui il adressa une salutation polie :

« Me voilà plus frais et disponible qu'hier ! Nous mettrons-nous en route bientôt ? Si la situation est si grave, j'imagine que nous n'allons pas tarder, n'est-ce pas ? »
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Re: Hall Principal

Message par Arkalan » dim. 27 mars 2022 21:17

Si les explications et réponses sont longues, je parviens à les résumer brièvement pour les ordonner dans ma mémoire. Premièrement, ce qui pourrait paraître inutile pour le moment est pourtant ce qui attire mon attention. La chute d’Oaxaca. J’avais en effet entendu des rumeurs lors de mon isolement volontaire et de mes haltes aux zones d’embarquements mais je ne pensais pas que ce serait un jour possible. Mais c’est surtout une conséquence que j’en déduis qui m’inquiète : les cités Shaakts ne sont désormais plus sous son influence et les Matriarches sont comme des champignons qui sans contrôle s’étendent jusqu’à ce qu’il soit trop difficile de s’en débarrasser. Une coïncidence de plus en ce qui concerne ce qui se trame ici ? J’en doute et j’ai la forte impression de déjà rassembler des pièces de ce puzzle.

Pour le reste c’est assez simple, les érudits se basent sur de vieux textes et comptent utiliser une relique pour maintenir enfermé l’esprit fou. Je suis étonné quand le cryomancien « admet » que l’esprit a dû recevoir une aide extérieure. Il reste tout de même évasif quand la rouquine veut en savoir plus.

Malgré les zones flous, c’est assez clair pour moi. Je dois survivre, remonter la piste et empêcher les Matriarches de nuire en réveillant une ancienne menace. Tout ça en évitant de me faire dévorer par cette écervelée d’elfe rousse.

Ils nous invitent à partager des chambres pour nous reposer et je peine à contenir mon rictus moqueur. Partager une chambre avec un inconnu ? Ben voyons. Je quitte la pièce une fois la petite réunion terminée sans prendre un seul plat sur la table, préférant manger mes vieilles rations de viandes fumées bien plus sûres. Je laisse donc les autres aventuriers se goinfrer et préfère en apprendre plus sur ce lieu et ce qui m’attends.

J’interpelle dans le hall ce qui doit être un étudiant. Un jeune humain affublé d’un bonnet et d’une écharpe rouge, avec un air de savoir tout mieux que tout le monde du haut de ses quelques années, un petit duvet sous le nez et portant des bouquins aux titres promouvant des modèles économiques ou de sociétés qui n’ont jamais fonctionnés. Malgré ses nombreuses tares physiques il est néanmoins courtois et accepte de répondre à mes questions sur le fameux esprit des glaces qui nous menace. Il frotte son menton couvert de quelques boutons rouges avant de répondre que c’est une légende que tous ceux nés en Nosveris connaissent et que si les deux maîtres qui nous ont reçu sont persuadés qu’il existe une menace alors c’est sans doute vrai. Il semble s’étonner que même parmi les autres grands mages de l’académie beaucoup ne veulent pas y croire.

« Pourquoi ça ? Y aurait-il un raison de les contredire ? De vieilles rancunes peut être ? »

Il hausse les épaules:

« Aucune idée. Peut-être que certains n'ont pas apprécié que maître Dan devienne un officiel Maître Magicien. Même ici, il y a de la jalousie, mais je pense que c'est surtout parce que ce n'est qu'une légende et que... et bien le financement de votre expédition, c'est maître Ertiart qui s'en est occupé, de ce que j'en sais. Probablement que ça a dû couter un paquet de yus et que les autres ne voulaient pas faire cet effort.. »

Il murmure, plus bas, me forçant à tendre l’oreille.

« Honnêtement il y en a beaucoup qui sont de vrais radins, ça fait des années qu'on demande de nouveaux pupitres et qu'on doit se contenter de meubles de seconde main qui grincent. »

C’est donc ce Shaakt cryomancien qui a sorti les Yus de sa poche pour cette expédition. L’argent vient-il vraiment de lui ? Ou d’un autre voulant se faire plus discret ? J’aimerais en savoir plus sur lui et l’étudiant m’apprend qu’il enseigne ici depuis longtemps et qu’il est considéré par certains comme l’un des meilleur chercheur et professeur. Un elfe discret, venu jeune pour s’instruire puis revenu plus tard après avoir perfectionné ses connaissances et sa magie. Je poursuis mes questions, voulant savoir comment un chercheur et professeur peut soulever assez de fonds pour financer une expédition avec des aventuriers ayant à priori déjà prouvé leur efficacité.

« Et bien, avant le retour d'Oaxaca, les royaumes de Pohélis et Henehar finançaient en grande partie. Maintenant, il y a des nobles qui envoient leurs enfants ici pour des cours et paient pour ça, des donateurs aussi, enfin ce genre de choses. Peut-être qu'avec la disparition de la déesse les choses vont s'améliorer. Pourquoi cette question ? »

« Par curiosité. L’entretien d’un tel bâtiment, des recherches et une garde privé ça doit coûter beaucoup d’argent. Je vous remercie de m’avoir accorder de votre temps visiblement très précieux. »

Dis-je avec une pointe de cynisme qu’il ne semble pas percevoir. Il incline la tête et poursuit sa flânerie dans les couloirs tandis que je me dirige vers mon prochain lieu d’interêt.

Si il y a bien un endroit plus réputé que l’académie c’est sa grande bibliothèque. Je n’ai qu’à demander mon chemin pour la trouver, fidèle à ce à quoi je m’attendais. L’endroit est immense, contenant sans doute plus que ce qu’un elfe pourrait apprendre en une vie. Plongée dans un silence impeccable grâce à une magie scellée dans les dalles du plancher. Ce n’est pas pour me déplaire. J’aime ce répit loin du vent, du claquement des chaussures sur le sol des couloirs et des discussions entre les étudiants.

N’importe qui peut se repérer dans les allées d’ouvrages grâce aux indications alphabétiques annotées sur des plaques de bronze. Je cherche d’abord à « Légendes » voulant en apprendre plus sur celle qui me concerne. J’ai la surprise de voir que je ne peux emporter un livre qui m’intéresse pour m’installer à une table, l’ouvrage étant enchaîné magiquement à son emplacement. Je me retiens de jurer même en sachant que personne ne pourrait entendre.

Je remarque un bibliothécaire et lui fait signe que je veux lui parler. Il m’accompagne à l’extérieur où nous reprenons le sens de l’ouïe. Je peux alors lui expliquer la raison de ma présence et même l’objet de mes recherches. Il accepte après un instant de réflexion et avoir fait signe à un garde de me surveiller de détacher les livres de leurs chaînes pour m’installer plus confortablement. Il m’aide même à trouver plus rapidement des informations précieuses.

Premièrement un livre sur la légende de Yuia-Tùrë. Puis sur le continent de Nosveris en général, la faune, la flore, les dangers que réservent mon voyage. J’étudie ce dernier avec soin, conscient que la connaissance d’une racine peut sauver une vie. Je profite d’une courte pause pour sortir de la bibliothèque en faisant comprendre au bibliothécaire et à mon gardien que je reviens vite. Je mange un morceau, m’hydrate et retourne m’asseoir pour poursuivre avec un ouvrage sur l’histoire du continent et plus précisément celle qui concerne la cité Shaakt de Gwadh. Si jamais la cité s’est étendue à un moment ou un autre jusqu’aux montagnes plus au nord alors je veux le savoir. Enfin, avant de décider de me reposer je range les livres empruntés pour en chercher d’autres que je ne suis pas certain de trouver. Des biographies sur les magiciens qui nous accompagneront: Hereld Ertiart, Andreï Penkovski et ce fameux maître Dan. Si dans leurs histoires il y a ne serait-ce qu’un instant de flou alors je veux le découvrir.

Heureusement les nuits pour les Shaakts peuvent se permettre d’être courtes. J’imagine que personne ne me tiendra rigueur si je médite quelques heures au sein de la bibliothèque avant de retourner voir le cryomancien.

(( Recherches dans la bibliothèque à propos de la faune et flore du continent, de la légende de Yuia Ture, de l’influence des Shaakts sur le continent et sur les PNJ qui font partie du voyage.))
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Cromax
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Re: Hall Principal

Message par Cromax » mar. 29 mars 2022 16:36

Après les réponses aux interrogations de l’elfe blanche aux cheveux roux, concernant l’histoire des peuples les plus anciens du continent, j’obtiens à mon tour des informations de la bouche du shaakt. S’il annonce que l’esprit ancestral reçoit probablement de l’aide extérieure, ce qui expliquerait notre présence à nous, aventuriers, il reste assez flou sur les raisons précises de sa présence à lui et de ses deux confrères. Dan, à la limite, possède un artefact capable de nous aider. Mais les deux autres, à part qu’ils maîtrisent apparemment le pouvoir des arcanes, n’ont pas de raison précise, si ce n’est la curiosité de cet éveil, à être présent. En soi, pourquoi pas. En espérant qu’ils sachent se débrouiller dans leurs montagnes glacées et qu’on ne devra pas jouer les gardiens d’enfants. L’elfe noir finit son laïus en nous promettant monts et merveilles en récompense de notre participation. Les mercenaires vénaux en seront fort aise. De mon côté, même si je ne crache pas sur l’argent, c’est surtout pour éviter une merde internationale de plus d’arriver.

Quelques questions-réponses plus tard, sans information réellement cruciale supplémentaire, juste quelques sombres hypothèses, le couple de professeurs nous enjoint à nous abreuver et nous remplir la panse. Le voyage débutera demain. Chacun, sauf l’encapuchonné mystérieux, ne se laisse prier et le repas commence. Et le ser d’Arkasse, qui a rendez-vous en privé avec le cryomancien concernant sa recherche personnelle. Un à un, les convives partent, si bien qu’à un instant, je me crois seul dans la pièce à finir mes restes et à poursuivre la dégustation d’un petit vin pas piqué des hannetons. Mais il s’avère que non, puisque l’instant suivant le départ des derniers mangeurs, Ezak fait son apparition dans la salle. S’il semble surpris de m’y voir encore, il s’approche cependant et me demande s’il ne me dérange pas, usant d’un vouvoiement ne m’étant pas familier. Je lui désigne une chaise à côté de moi et précise :

« Tu. Tu peux me dire tu. »

Il ne se laisse pas prier, et prend place en se servant un peu de vin. Il s’enquiert presque aussitôt de mon avis sur l’aventure dans laquelle nous venons de nous faire engager. À vrai dire, je n’en sais moi-même trop rien. Nous n’avons que peu de choses concrètes à nous mettre sous la dent pour l’instant. Je hausse les épaules et rétorque :

« Dur à dire avec les informations qu'on a. Le cryomancien est peut-être paranoïaque, exagère peut-être les tenants et aboutissants de l'histoire. Ou il est dans le vrai. D'un côté comme de l'autre, il n'y a pas trente-six moyens de le savoir : il faut les accompagner. Pour le reste, j'aviserai en fonction… »

Je garde une certaine légèreté, nonchalance dans mon propos. Inutile de nous en faire trop tôt pour des tas de trucs qui sont hors de notre portée pour l’instant. Ezak pose quand même un doute sur la table : il annonce se méfier des deux mages nous ayant recrutés, et des informations que nous avons eues. Il étaye sa méfiance en prenant comme exemple sa propre expérience : l’ennemi est souvent plus près qu’on ne le pense. Amusé par cette paranoïa précoce, je commente :

« Et il finit toujours par montrer son vrai visage. Nous n'avons juste pas à obéir aveuglément comme des moutons. Mais ne laissons pas d'indice sur nos doutes pour l'instant, si on veut qu'ils ne soient pas sur la défensive. »

Et levant mon verre, après avoir rempli les deux, je m’exclame :

« Allons, à cette aventure ! »

Il se joint à mon propos et va boire d’une traite le sien, très vite imité par moi. Le liquide avalé, il annonce qu’il aurait préféré plus de calme après les événements de la Bataille de Kochii. Un air plus sombre passe fugacement sur mon visage.

« Le Charnier restera gravé à jamais dans notre chair, dans notre esprit. Mais la menace d'Oaxaca est défaite, maintenant. Et j'ai confiance en quelques anciens de ses généraux pour faire en sorte qu'une telle chose ne se produise pas. Pas... tous, cependant. Mais la vie continue, et le mal n'attend pas... »

Oups. En ai-je trop dit ? J’oublie que je fais face à un fervent défenseur du Royaume kendran. Ça pourrait un peu le chatouiller où il ne faut pas. Je décide, avec une subtilité digne des plus grands acteurs (hem hem) de changer de sujet aussitôt, revenant sur les événements ayant eu lieu plus tôt dans la journée.

« Désolé pour tout à l'heure, dans le hall. Je n'aime pas l'idée qu'un groupe devant coopérer ait des tensions internes. »

Passant sur le sujet fâcheux d’un simple froncement de sourcils, il accepte mes excuses en précisant qu’il n’y a eu aucun tort. Il précise que malgré sa représentation kendrane, il restera coopératif avec ceux venant du Temple, dans le respect des liens qui l’unissent à ce dernier. J’acquiesce sobrement et précise :

« Tu n'es pas sans savoir que le Temple ne reçoit plus d'ordre de la Rose Sombre. Toute l'association autour d'elle est défaite, comme je te l'ai dit. Avec la bénédiction de Pulinn, un nouveau groupe a été créé. L'Ordre Pourpre. Un ordre visant à protéger les libertés individuelles, quelle que soit son origine ou sa situation. J'ai cru remarquer que tu tenais à tes obligations chez les kendrans... Si tu le souhaite, j'aurais un rôle à te confier. Celui d'un contact à Kendra Kâr, qui nous relaierait ce qui s'y passe d'injuste et de contraire aux libertés fondamentales. Nous y avons déjà un contact, dans la noblesse. Le Lys. C'est lui qui s'occupe du Temple désormais. Donc il est assez pris. »

À mesure que nous parlons, les verres se vident et se remplissent rythmiquement.

« Enfin, je te laisse y penser. Tes reproches à Faëlis causeront-ils problème pour notre mission ? »

Il dit être tenté par le rôle proposé, arguant qu’il aura sans doute lui-aussi besoin de soutien pour convaincre les kendrans de confier la couronne à Satina. Il précise aussi ne pas apprécier du tout Faëlis, mais qu’il reste raisonnable et sait faire passer ses goûts en matière de personnes après son devoir. Je commente rapidement :

« Bien. Je ne vous demande pas de vous aimer, juste de ne pas vous entretuer. C'est un bon bougre, malgré ses manières. »

Il peut parfois se montrer un peu prétentieux, dans l’apparence, mais c’est le premier à venir à l’aide d’autrui à l’aide de sa magie. J’en ai été plusieurs fois témoin. Je lui fais une totale confiance, de mon côté. Concernant Kendra Kâr, en revanche, je ne sais pas du tout ce qui s’y passe.

« Je ne connais pas grand chose à la situation politique de Kendra Kâr, depuis la mort du Roi. Pourquoi Satina, de ton côté ? Qui d'autre réclame le trône ? »

Il annonce que trois noms sont en course pour le pouvoir. Satina, bien entendu, soutenue par le peuple, et Pérussac et Ybelinor pour la noblesse, apparemment. Il décrit ce dernier comme un lâche et un parvenu, et défend lui-même la position de Satina, affirmant que les choses doivent changer à Kendra Kâr, notamment cette ancienne tradition misogyne de ne pouvoir pas avoir de reine femme. Des propos un peu tapageurs dans mon esprit qui commence à être embrumé par l’alcool ingurgité jusqu’ici. Je reste pensif un moment, et rétorque après quelques secondes :

« Je ne connais pas la Princesse, mais si le peuple la soutient, alors ce doit être une bonne souveraine. Robert de Pérussac, j'ai eu à faire à lui à Kochii, en revanche. C'est un bon meneur d'hommes, intègre, courageux et intelligent. Il mène ses troupes en première ligne. Il ferait un bon dirigeant, sans doute. Quant à ce Ybelinor, je ne connais de ce nom qu'un humoran n'ayant eu de cesse de retourner sa veste sans raison… »

Je grimace en repensant à Sirat et à ses marchés pseudo-diplomatiques n’ayant aucun sens au milieu de la mêlée. Serait-il de famille avec ce nobliau kendran dont Ezak me parle ? Je poursuis cependant :

« Il y a bien des traditions stupides que Kendra Kâr devrait abandonner, selon moi. Ton combat semble noble, Ezak d'Arkasse. Dis-moi, quelle est ton histoire ? Quel est ce lien si fort qui t'attache à Kendra Kâr ? »


S’il lève les yeux à la mention de Sirat, il ne commente guère, et part dans un court monologue expliquant les origines nobles de sa famille, de sa déchéance et de son combat ardu pour recouvrer la confiance de la royauté kendrane. Via de sombres aventures, visiblement, l’ayant fait voir comme un traître à sa patrie. C’est du fait de la confiance de Satina et du Général Andelys qu’il s’en serait finalement tiré. Et il leur a prouvé sa foi en eux en se démenant comme un fou dans la bataille de Kochii. Il termine son laïus en me demandant à son tour des informations sur mon passé. Sur le statut de Quatorzième d’Oaxaca, entre autre, et du passage de ce rôle à la défense des peuples libres pendant la bataille. Un point qui a pu le surprendre pendant la bataille. Un maigre sourire complice apparaît sur mes lèvres, et je me lance dans l’explication.

« Je comprends, oui. Et Andelys... Je le connais bien. Je l'ai rencontré alors qu'il n'était qu'un aventurier à la solde de Kendra Kâr, un barbare brut de décoffrage mais avec un grand cœur. Il a... perdu la vie sur Verloa, un archipel hostile en tous points que nous devions explorer. Nous avons été... jusqu'en enfer pour le ramener à la vie, passant un pacte avec Phaïtos en personne et sacrifiant une chance donnée de voir revenir chacun l'un de nos proches défunts. Il le méritait amplement, et je suis content de la reconnaissance que les kendrans lui ont accordée. »

Puis, me concernant :

« J'ai toujours défendu la liberté. La mienne, pendant longtemps, en priorité. Mais aussi celle d'autres qu'ils m'aient été chers ou non. Devenir le quatorzième était... une tentative de plus de rester libre. Après avoir déjoué les plans maléfiques de Khynt et Crean Lorener sur une île au large de l'Omyrrhie. Un plan qui visait à asservir quiconque à l'aide de gemmes et de couronnes magiques. Oaxaca nous attendait à l'arrivée, après que nous ayons craché l'île sur le Port de Mourrakat. Avec son Dragon. Elle nous a laissé un choix : La servir en portant la marque noire de son Dragon, ancrée en nos chairs, ou mourir directement, chassés par ledit Dragon. Pour éviter de me soumettre, et de mourir, je lui ai proposé un marché. Une alliance entre elle et moi. Après une rencontre avec elle à Omyre, l'alliance a été conclue et je suis devenu le Quatorzième, le Seigneur de l'Ombre, puissant et caché, mais surtout libre de mes mouvements. Une situation mutuellement profitable, en somme. J'ai appris à connaître les Treize, à en apprécier certains, à en détester d'autres. A voir au-delà de leur simple asservissement à Oaxaca, en tout cas. Mais je n'ai jamais cessé d'être moi. Et voilà que maintenant, les dieux m'ont reconnu comme l'ultime défenseur de la liberté. L'un des leurs. »

Après un subtil haussement d’épaules, je conclus.

« Rien qui m'empêche de continuer d'être moi, ceci dit. Alors buvons encore, à la vie ! »

Il semble apprécier l’histoire, puisqu’il rit de bon cœur en affirmant reconnaître là la manière de faire des Treize et d’Oaxaca. Il affirme que gouverner par la peur ne sert à rien, car tous finissent toujours par se révolter. Il finit lui-même en avouant avoir entendu (et pas cru) des rumeurs concernant ma divinité, laissant les racontards à la populace. Revoilà son côté prétentieux qui refait surface. Je ris néanmoins à sa remarque.

« Ahah ! Je n'en suis qu'un demi, tout au plus. Mais... oui, Yuimen est venu me voir en personne pour l'annoncer. En ce qui me concerne, à part des pouvoirs en plus, ça ne change rien. Je ne veux ni culte ni servants. Juste poursuivre la tâche qui est mienne, au nom de la Liberté. »

Puis, revenant sur Oaxaca :

« Oaxaca gouvernait par la peur. Les siens ne se sont révoltés que lorsque son pouvoir a vacillé. La peur est puissante, quand on sait la manier. Bon débarras, de fait. »

Et avec une curiosité non feinte :

« Et pourquoi es-tu venu, ici ? Il y a d'autres manières de servir son Royaume qu'en le laissant loin derrière soi, non ? Tu parlais d'une relique, plus tôt. Quelle est-elle ? Et pourquoi porte-t-elle ton intérêt ? »

L’alcool aidant, ça va peut-être le faire révéler ses intentions, lui qui a géré ça de manière secrète avec le Cryomancien shaakt. Il me jauge un instant, avant de me demander de jurer sur ma nature divine que rien ne sortira de cette pièce comme information le concernant. Piqué, c’est avez un air sûr de moi et un sourire presque provocateur que je réponds :

« Je ne me lie d'aucun serment, humain. Mais je ne compte pas révéler tes secrets. A toi de voir si tu m'accordes ta confiance. »

Ezak me regarde longuement, finissant son verre en plusieurs gorgées, me scrutant de ses yeux rougis par l’alcool.

« Je suis pragmatique et j'accorde peu ma confiance c'est le meilleur moyen de se faire surprendre. Mais compte tenu de la proposition qua tu m'as faire concernant l'Ordre Pourpre, ce que j'ai pu voir de toi et de tes décisions sur le champ de bataille, j'en conclus que je peux te l'accorder. »

Et après une ultime gorgée, il m’explique alors qu’il s’agit d’un artefact puissant visant à rallier tous les humains à sa cause, et qu’il compte s’en servir pour manipuler la noblesse à Kendra Kâr. Je pâlis subitement à cette annonce.

« Heurg. De la contrainte mentale, en quelque sorte. Je ne suis pas sûr d'approuver, quels que soient les buts, fussent-ils nobles. Si nous utilisons les pires armes de nos ennemis les plus maléfiques, que sommes-nous de plus qu'eux ? »

Je suis un peu estomaqué, d’autant qu’il se justifie d’une pirouette orale, rieur :

« Rien de bien étonnant venant du demi-dieu de la liberté. Moi, je suis le demi-dieu de l'efficacité. »

Efficacité, efficacité, mais à quel prix ? Je ne cautionne absolument pas son projet, et ma mine soudain sérieuse doit le révéler. S’en apercevant sans doute, il dit que s’il a le soutien de l’Ordre Pourpre, il pourra éventuellement penser à un autre plan. Et que tout ceci est de sa propre initiative, la princesse n’étant pas au courant. Un bon point pour elle. Moins pour lui. Mais au moins il reste ouvert à d’autres issues. Forçant un sourire un peu jaune à ses commentaires, je poursuis :

« Un tel pouvoir ne devrait pas exister. Enfin... ta cause semble juste, et prône la liberté du peuple à décider qui le dirige. L'ordre Pourpre pourrait intercéder en ta faveur. Et si pas tout l'ordre, au moins moi. Même si je n'ai pas tellement d'influence politique à Kendra Kâr. Plutôt l'inverse, même. »

Il ne semble pas s’en assombrir, arguant que Pulinn en avait, et que son successeur en aurait sûrement aussi. Il change de sujet en précisant qu’il va de toute façon d’abord falloir revenir vivant de la présente mission. Ce qui n’est pas faux.

« Pulinn avait le Lys, son successeur justement. Un elfe blanc dans la Cour Kendrane. Rien de plus hélas. Aucune conversation ne me semble futile cependant : celle-ci m'intéresse au plus haut point. Surtout en bonne compagnie et avec de quoi enjailler nos gosiers. Vivant, nous le serons. J'en fais mon fer de lance. Enfin... ceux qui voudront bien de ma défense. Il a l'air étrange hein ce... Arkalan. Le type encapuchonné là. »

D’Arkasse acquiesce, le trouvant lui-même un peu sauvage et asocial. Il s’enquiert de savoir si je me méfie de lui.

« Me méfier c'est un bien grand mot. Ceux qui se cachent ne sont pas toujours les plus fourbes. Disons que je réserve mon jugement aux faits, non aux apparences. Mais... oui je le trouve étrange. Je l'espère coopératif. »

Il affirme que son côté social lui en touche une sans faire bouger l’autre, du moment qu’il couvre bien nos arrières. Il n’a pas tort, même si je préfère personnellement un peu connaître les personnes avec qui je travaille. Et la réaction de la dénommée Sibelle en entendant son nom ne m’est pas passée inaperçue. Ezak poursuit en s’intéressant à Madoka, qui m’a accompagné jusqu’ici. Lui octroyant un sourire entendu, je commente :

« Oui, elle faisait partie du Temple. Nous avons eu l'occasion d'œuvrer ensemble à la destitution de la Rose Sombre. Avec Faëlis, aussi. Nous n'avons fait que brièvement connaissance, elle et moi, mais comme Pulinn, je lui fais pleinement confiance. »

Et après avoir couvert mes arrières en regardant à gauche et à droite si personne n’est là pour nous écouter, je lui fais un clin d’œil.

« Et puis... elle est pas mal hein ? »

Amenant un peu plus de légèreté à la conversation, Ezak se laisse aller à un rire jovial, affirmant pour se disculper qu’il s’intéressait surtout à elle professionnellement parlant. L’instant d’après, se penchant comme pour une confidence, il finit par avouer qu’elle ne le laisse pas complètement indifférent. J’opine du chef d’un air entendu, et poursuis sur le même ton léger, conscient d’être dans le ragot à cent pour cent.

« Et l'elfe, là. Sibelle. Elle est pas mal non plus. »

Je me penche alors vers lui, plongeant mon regard dans ses yeux de manière langoureuse :

« Et je dois bien avouer que tu es plutôt plaisant également. »

Il rit, précisant qu’il ne mange pas de ce pain là, et confirme que Sibelle n’est pas de moins bonne compagnie, même si elle semble, selon lui, un peu revêche, arguant que je pourrais m’y brûler. Emporté par la situation, et l’alcool aidant, je me fais taquin et, après un petit rire, commente :

« Les femmes, hein ? Hé bien ça n’est pas un problème. »

Aussitôt, mon corps change, mute, se transforme en celui d’une jeune elfe blanche à la peau immaculée, aux yeux rouges provocateurs et à la chevelure en désordre, longue. Mes habits prennent la forme de dentelles légères, dévoilant mes formes charnelles et ne laissant à l’imagination que l’intimité la plus privée. Je poursuis, avec la voix de cette nouvelle créature aguicheuse :

« Quant au feu... Je n'ai guère peur de me brûler, jeune chevalier. »

Et je fais apparaître l’espace d’une seconde une flamme au-dessus de ma main, fière et chaude. Vacillante. La réaction de l’humain n’est cependant pas celle attendue. Là où j’imaginais qu’il le prendrait comme une plaisanterie, ou par hasard accepterait mes avances, voilà) qu’il s’en trouve tout choqué, et visiblement perturbé. Déposant son verre d’un air écoeuré, il commente vivement :

« Honnêtement ? Il y en a certains à qui vos travestissements plaisent ? L’envie de boire m’est passé, alors je vais vous laisser à vos grimages dignes d’un bordel. »

Hé bien, il semblerait que ça lui ait mis une sacrée douche froide. Je suis conscient que mes métamorphoses laissent rarement indifférent, mais là, c’est le pompon ! Aurait-il peur de ses propres penchants ? Se sentirait-il coupable à la notion même de plaisir ? Se levant de sa chaise pour partir, il commente à nouveau :

« Et Cromax…, je suis d’un certain rang, et pas mort de faim. Je ne cède pas à de bas instincts pour deux morceaux de chaires féminines découvertes, et que vous sembliez le penser m’agace quelque peu. Si vous voulez que nos relations restent cordiales ne recommencez pas. »

(Petit con.)

Un peu déboussolé, et partageant néanmoins l’avis dur que Lysis m’envoie mentalement, je secoue la tête d’un air blasé. Chassez le naturel, il revient au galop. Et voilà ici celui de cet Ezak d’Arkasse : un être ne laissant aucune place au plaisir, prétentieux pétant plus haut que son cul et mettant son rang pourtant si récemment récupéré comme d’un bouclier contre les autres. Je reprends aussitôt mon apparence habituelle, le toisant d’un regard noir.

« Nous n'avons pas la même définition de la cordialité, ce me semble. Soit, éminent triste sire, passez une bonne nuit. »

Je le laisse partir et reste un instant pour finir mon verre, toute bonne humeur retombée. Comment peut-on à ce point manquer d’humour et faire preuve d’autant de pudibonderie ? Sur cette pensée, je quitte la salle à mon tour, rejoignant la chambrée qui m’a été accordée. J’y rentre sur la pointe des pieds, sachant que Madoka y semble déjà dormir. Je passe auprès d’elle, doucement, et dépose sur le front de la dormeuse un petit bisou. Tout tendre, presque effleuré. Je me déshabille et me glisse dans le lit. Même si les miens n’ont pas besoin de sommeil, une bonne nuit d’endormissement me sera des plus profitables, et je me laisse aller dans le royaume des rêves jusqu’au lendemain. Quand ce dernier arrive, prévenu par les mouvements de Madoka dans la chambre, je m’éveille et m’apprête pour le départ, tâchant de ne rien oublier. Je commente à ma compagne d’aventure avant de quitter la chambre :

« C’est le grand jour ! Puisse-t-il être le meilleur possible. »

Les aventuriers se rassemblent dans la salle où Ertiart nous a accueillis. Je m’y joins de même, lançant un regard en coin empreint de ressentiment à Ezak, plus frustré par son manque de lâcher-prise que par son refus. Cordialité. Mon cul oui.

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Ezak
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Re: Hall Principal

Message par Ezak » mer. 30 mars 2022 06:29

Les réactions se poursuivirent après la mienne. Des questions furent posées, des réponses y furent apportées et je les écoutai toutes en me contentant de manger un peu, en buvant un peu de vin pour faire descendre le tout. Je ne comptais de toute façon pas intervenir. J’observai plutôt les réactions des uns et des autres pour y déceler le caractère de chacun.
Tout ceci fini, le Shaakt aux bonnes manières m’invita à le suivre dans son bureau, ce que je fis. Je fus mené au travers des couloirs de l’Académie sans un mot. Lorsque nous arrivâmes à son bureau, il m’invita à y entrer et à m’asseoir face à lui avant de me pousser à lui en dire plus sur ma requête.

"Avez-vous déjà entendu parler du casque d'Aaron le martyr ?"

Il se gratta le menton, pensif.

« Non, je dois bien admettre que ce nom m'est totalement inconnu. De quel genre de martyr parlons-nous ? »

"Un chef de village qui a combattu Oaxaca et ses forces lors de son premier passage sur Yuimen. La légende raconte que le petit village aurait tenu en respect l’énorme armée de la Reine Noire durant des jours entiers..."


« Un héros et un martyr donc, voilà qui est intéressant. Le temps l'aurait permis, j'aurai fait mes recherches dans la bibliothèque, nul doute que nous aurions fini par trouver quelque chose... Vous pensez que ce casque se trouve en Nosvéris ? »

"Oui, sans aucune certitude cependant. Mais c'est ce que pense un érudit de Kendra-Kâr qui a ma confiance, et des relations..."

« Je ne peux hélas pas vraiment vous aider.. cependant, je peux demander à quelques élèves de regarder pendant notre absence et, j'allais l'expliquer demain, mais vous serez le premier au courant, notre première destination est un petit village au pied des montagnes pour retrouver un guide qui connaît très bien la région. Peut-être aura-t-il entendu parler de ce casque. »

Je suis déçu pas ces paroles, je devais avouer que j’imaginais plus.

"Je suppose que c'est mieux que rien. Quel est ce village où nous allons ? Quel genre de peuple y vit ?
"

« C'est une simple bourgade de quelques dizaines d'âmes, tout au plus. Des trappeurs très doués et surtout issus de mélange ethnique humain ou elfique, ce qui leur vaut quelques... déboires avec les populations locales. Les différences n'ont que rarement été positives en Nosvéris. »

J’hochai la tête, prenant en compte toutes les informations. Si la différence était mal vu en ces lieux, j’imaginais que notre troupe hétéroclite ne serait pas forcément mieux considéré.

"Bien... Je suppose que les images valent mieux que des mots. J'aurai l'occasion de constater tout cela demain."[/b]

Je me relevai, n’ayant rien de plus à faire.

"Merci pour votre aide en tout cas, j'apprécie."


« Le village ne sera pas atteint demain, mais j'entends ce que vous dites. »

Il se leva pour m’accompagner à la porte.

« Un plaisir, nul besoin de me remercier . Si j'apprends quelque chose, je vous le ferai savoir. »

J’acquiesçai à ses derniers mots et je disparus dans les couloirs retournant d’où nous venions. Je n’étais pas vraiment serein quant à cette affaire. Je repensais à Naral, Raesha, Tihanna, moi-même sur l’Azurion. Tant de personnes qui marchaient en cachant leurs intentions, alors qu’ils étaient plus impliqués qu’ils n’en avaient l’air. Etrangement, je ne pus m’empêcher de penser qu'un membre de l’Académie devait être forcément impliqué dans cette histoire ou du moins, que cela etait fort plausible. Ils avaient les connaissances, ils avaient le pouvoir pour s'en servir. Cela faisait forcément d’eux de parfaits intriguants.

C’est sur cette réflexion que je parvins dans dans la salle où nous avons été reçu. Je suis surpris d‘y voir Cromax encore attablé. J’avoue que j’esperais un peu de tranquillité pour réfléchir, mais soit, je n’étais un sauvage, alors je m’approchai de lui.

"J'espère que ça ne vous dérange pas si je me joins à vous."

Il m’encouragea alors à le tutoyer. Je trouvai cela étrange, hors des conventions. Nous nous connaissions à peine, et je réservais le tutoiement à mes proches mais qu’importe, si c’était ce qu’il voulait. Je m’assis face à lui et encore animé par mes pressentiments je lui posai la question.

"Comment tu le sens cette affaire pour laquelle nous avons été engagée ?"

Il me révèla qu’il ne savait pas trop quoi en penser pour le moment car nous avions peu d’informations, mais il affirma qu’il aviserait plus tard lorsque nous en aurions plus.

"Si je dois être franc, je me méfie un peu des individus de cette Académie. Peut-on tous leur faire confiance ? Ce sont des érudits, qui mieux qu'eux même pour avoir les connaissances nécessaires à réveiller un esprit qui, pour la plupart, n'est qu'une simple légende...Durant mes récentes aventures l'ennemi était souvent plus proche qu'on aurait pu le penser. Mais vous avez raison... Nous verrons."


Il argumenta sur le fait que l’ennemi finissait toujours par monter son vrai visage et qu’il suffisait de ne pas obéir aveuglément mais il me conseilla de ne pas afficher mes doutes pour le moment pour ne pas les alerter si il advenait que j’avais raison. Il remplit alors mon verre de vin et leva le sien.

"Allons, à cette aventure !"

Je leva également mon verre par politesse avant de le finir d’une traite. "A cette aventure !"

Par politesse oui, car elles ne me plaisaient plus comme avant. Je n’étais plus le jeune homme insouciant de mes débuts. Je savais qu’il y aurait encore des morts, il y en avait toujours, et j’avais eu mon compte pour un moment. Peut-être serait-ce même mon tour...

"Bien que j'aurais préféré un peu plus de calme après les évènements du Charnier des Âmes..."

"Le Charnier restera gravé à jamais dans notre chair, dans notre esprit. Mais la menace d'Oaxaca est défaite, maintenant. Et j'ai confiance en quelques anciens de ses généraux pour faire en sorte qu'une telle chose ne se produise pas. Pas... tous, cependant. Mais la vie continue, et le mal n'attend pas..."

Je froncai les sourcils à la mention des généraux d’Oaxaca mais je me gardai bien de dire quoi que ce soit. Voilà une chose que je voulais laisser derrière moi pour l’instant. Pas la peine de ressasser le passé, j’étais tourné vers l’avenir.

"Désolé pour tout à l'heure, dans le hall. Je n'aime pas l'idée qu'un groupe devant coopérer ait des tensions internes."

J’hochai de la tête après les excuses de Cromax. Il agissait en tant que chef de groupe, croyant probablement que je faisais parti de celui-ci au même titre que ses accompagnants. Au moins, il savait savait maintenant et les choses étaient claires. Je n’avais pas de rancœur à ce sujet.

"Il n'y a pas de mal. Chacun mène son rôle je suppose. Nous représentons chacun des entités qui nous dépassent, mais pour que les choses soient clairs, je n'ai rien contre le Temple et je coopérai dans le respect des liens qui m'unissent à lui."


Il me parla ensuite du nouveau groupe qu’il menait avec la bénédiction de Pulinn. L’Ordre Pourpre, visant à protéger les libertés de chacun. Il proposa de m’offrir un rôle chez les kendrans, qui ne me détournerait pas de mes obligations envers mes Seigneurs. Celui-çi serait de lui faire parvenir les injustices que j’aurais pu observer là-bas. Puis il chercha à savoir si mes griefs envers Faëlis causeraient des problèmes pour notre mission.

Je pris le temps de la réflexion avant de répondre, le temps de me servir un verre de vin. Sa proposition était alléchante. Je pensais même pouvoir réussir à établir le même genre d’accord que celui qui me liait à Pulinn. Un échange de bon procédé, sans me soumettre à qui que ce soit dans son organisation.

"C'est tentant... Je pourrais en effet avoir besoin d'aide parmi ces requins qui veulent récupérer le pouvoir royal au détriment de Satina."

Après une gorgée de vin.

"Non. Je n'aime pas Faelis, c'est le cas de le dire, mais j'ai la tête sur les épaules. Rien ne lui arrivera tant que je serai à ses côtés, je ne suis pas un voyou."


"Bien. Je ne vous demande pas de vous aimer, juste de ne pas vous entretuer. C'est un bon bougre, malgré ses manières."


Proteger ses arrières pour lui éviter de mourir c’était une chose mais je comptais bien tenir ma promesse de lui peter les dents si il se montrait encore irrespectueux. La vie était soumise à des conséquences, on ne pouvait pas l’ouvrir à tout propos et espérer que rien n’arrive en retour.

Il continua ensuite voulant en savoir plus sur la situation à Kendra-Kâr et le problème avec Satina. Je soupirai longuement :

"Le peuple soutient Satina et veut la voir sur le trône. Ce n'est pas le cas de la noblesse qui campe sur des traditions misogynes et refuse se faire commander par une femme. Leur préférence va à Perussac, et à Ybelinor et ce sont donc ces trois protagonistes là qui se partagent le pouvoir."


Je bu une gorgée de vin, la mine renfrognée me livrant un peu plus. A part à Satina elle-même, je n’avais encore jamais révélé ce que j’allais dire à present. Loin des murs de la cité blanche, j’en profitai.

"C'est absolument dégueulasse... J'ai vu Ybelinor à l’œuvre, il n'a pas ne serait-ce qu'un gramme du courage de Satina. Elle était prête à mourir au devant des troupes de son frère, elle était prête à le faire devant Oaxaca pendant que ce lâche fuyait en hurlant la voix tremblante."

Après une nouvelle gorgée.

"Je compte bien faire en sorte que les choses changent à Kendra-Kâr. Que la noblesse abandonne cette stupide tradition misogyne et que celle qui le mérite soi à sa place sur le trône. C'est pour ça que je suis ici."


"Je ne connais pas la Princesse, mais si le peuple la soutient, alors ce doit être une bonne souveraine. Robert de Pérussac, j'ai eu à faire à lui à Kochii, en revanche. C'est un bon meneur d'hommes, intègre, courageux et intelligent. Il mène ses troupes en première ligne. Il ferait un bon dirigeant, sans doute. Quant à ce Ybelinor, je ne connais de ce nom qu'un humoran n'ayant eu de cesse de retourner sa veste sans raison..."

Je levai les yeux au ciel. Mauvais sang ne saurait mentir. Il parlait de Sirat, celui qui fut mon ami mais qui m’avait tant déçu. Il avait marché contre mon peuple, contre ma maison, et ça c’était impardonnable. Lui aussi faisait parti du passé et je l’envoyai à cette place, comme les Treize je refusai de lui accorder mes mots et mes pensées. Il n’existait plus pour moi, et je le laissai à cette ère révolue, seul l’avenir comptait. Mais Cromax voulait tout de même en savoir plus sur moi et mon passé, et les liens qui me liaient à Kendra-Kâr.

"Mon histoire ? Elle est longue et pleine de rebondissements. J'aime à croire qu'elle ne commence pas avec moi mais avec ma lignée. Les d'Arkasse sont une grande famille qui a toujours été attaché à la noblesse. L'idylle a pris fin avec mon père qui a été déchu de ses titres sous le roi Neran. Il est devenu marchand en Ynorie où j'ai passé la plus grande partie de ma vie avant de prendre la route après avoir été chassé moi-même. J'ai eu mon lot d'aventures, j'ai attiré l’œil d'Omyre et de ses lieutenants et j'ai profité de cette position pour tenter de protéger l'Ynorie et Kendra-Kâr de l’intérieur. Beaucoup ont vu en moins un traitre alors que mes intentions ont toujours été de nuire à Oaxaca et de protéger mes peuples. Solennel m'a même gardé enfermé et voulait me trainer en justice après que je lui ai sauvé la vie à lui et à son Etat-Major... Seuls le General Andelys et la Princesse Satina m'ont crus, seuls ces deux là ont agi contre l'ordre de leur roi. C'est ce qui m'a permis de prouver ma valeur sur le champ de bataille, et m'a permis de retrouver le rang qu'occupait originellement ma famille... Tu comprends pourquoi je suis si fidèle à la sœur de Solennel au delà de toutes les qualités naturelles qu'elle a."

Je bu à nouveau.

"Et toi ? Comment peut-on être le Quatorzième un jour et défendre les intérêts des peuples libres le jour décisif venu. J'avoue n'avoir jamais compris tes agissements durant la bataille."

Il commença pas m’en apprendre un peu plus surAndelys qu’il connaissait visiblement. En effet, je me rappelais sa reaction vive après que Feu-Sisstar eut agit contre le General avec le deshonneur que l’on connaissait aux suivants d’Oaxaca. Je fus grandement surpris d’apprendre que cet homme n’était au départ qu’un aventurier à la solde de Kendra-Kâr. J’étais grandement surpris… il ne m’en avait pas parler, et pourtant nous avions passer près d’un mois ensemble sur les routes en ramenant le corps du Roi vers sa dernière demeure. Cromax continua ensuite en racontant ensuite comment il s’était retrouvé au service d’Oaxaca. Je fus surpris des nombreux parrallèlles qu’il y avait entre son histoire et la mienne. Oaxaca avait vraiment été qu’une espèce de chienne tout le temps de son règne. Il fini son discours en me racontant comment il était devenu…un divin, rien que ça.

Je ne pus m’empêcher de pouffer de rire lorsqu’il me raconta l’épisode de son enrôlement à Omyre, ce qui me fit me rendre compte à quel point j’étais enfin libéré de cette histoire. Oaxaca n’avait plus aucune emprise sur moi, quelques moi auparavant je n'aurais pas été capable de le faire.

"Pardonne moi mais je reconnais tellement là les méthodes risibles d'Oaxaca. Nous avons vécu la même chose. Moi aussi je n'ai eu comme choix que de servir ou mourir. Comment pouvait-elle seulement espérer une allégeance sincère de la sorte. Commander par la peur et la contrainte crée des esclaves et non des fidèles et tout esclave fini toujours pas se révolter. C'était une dirigeante puissante mais avec peu de clairvoyance, sans doute était-elle aveuglée par sa divine essence. Bon débarras..."

J’avalai une gorgée riant encore, avant de lever mon verre à nouveau.

"A la vie, à ce monde débarrassé de sa nuisible présence."

Après un temps.

"L'un des dieux... Voyez vous ça. J'avais entendu des rumeurs à ce propos. Je pensais que ce n'était qu'une image et tout à fait exagéré, comme peuvent l'être souvent les racontars de la populace."

Il précisa n’être qu’un demi-dieu et que Yuimen lui-même était venu lui annoncer. Cela ne le changeait pas selon-lui. Il refusait tout suivant et dévot et n’œuvrait que pour la Liberté. Néanmoins il rajouta au sujet d‘Oaxaca qu’elle maitrisait la peur et savait la manier ce qui expliquait que certains furent restés longtemps à leur service. Il avait raison sur un point, Oaxaca me terrifiait à l’époque. Pas tellement elle, mais surtout la nébuleuse qu’elle avait réussi à monter autour d’elle. J’avais coupé court à toutes mes relations depuis que j’avais été mis dans le Bagne et j’avais eu longtemps cette peur effroyable qui s’emparait de moi lorsque je quittais mon armure. Mais au contraire de certains j’avais toujours refusé de me soumettre, attendant mon heure.

"Et pourquoi es-tu venu, ici ? Il y a d'autres manières de servir son Royaume qu'en le laissant loin derrière soi, non ? Tu parlais d'une relique, plus tôt. Quelle est-elle ? Et pourquoi porte-t-elle ton intérêt ?"

Je m’appuyai contre ma chaise, jaugeant Cromax un moment : "Jurez moi sur votre nature divine que rien de ce que je dirai ne sortira de cette salle."


Il m’affirma ne se lier à aucun serment, mais m'assura ne pas vouloir révéler mes secrets. J’hésitai longuement, buvant une gorgée ou deux, jaugeant encore et encore Cromax. Il me semblait être un homme d'honneur, de plus comment requérir l'aide de son organisation si jamais j'en avais besoin sans leur faire part de mon plan.

"Je suis pragmatique et j'accorde peu ma confiance c'est le meilleur moyen de se faire surprendre. Mais compte tenu de la proposition que tu m'as faire concernant l'Ordre Pourpre, ce que j'ai pu voir de toi et de tes décisions sur le champ de bataille, j'en conclus que je peux te l'accorder."

Après une nouvelle gorgée.

" Tu es perspicace. La relique que je recherche a un pouvoir bien grand. C'est un casque qui rallie tous les humains moins puissant que le porteur à sa cause. Je compte bien contraindre la noblesse à faire de Satina sa Reine, que l'on arrête avec ces enfantillages."

Il grimaça, il n’appréciait pas la méthode, mes buts fussent-ils nobles. Il craignait qu’agir comme "nos ennemis les plus maléfiques" -de ses propres mots- ne feraient de nous que des être pires qu’eux. Je m’y attendais mais je le trouvais tout de même naïf, ce qui pour un elfe à la si grande longévité était étrange. Quels pouvoirs, quels royaumes, quels empires s’étaient fondés sans intrigues, menaces, influences, réputations, alliances et flatterie. On pouvait leur donner tous les noms que l’on voulait, tout cela relevait de la manipulation, de la contrainte. Un serment à un Roi, c’était accepter la contrainte mentale tout le long de ce long service. Tous sujets de Kendra-Kâr était sous la contrainte de la volonté d’une couronne, tout citoyen Ynorien était sous la contrainte des lois de la République. Ainsi allait la vie, et cela amenait l’ordre. Alors je ne pus m’empêcher de rire de sa vision, la prenant avec légèreté.

"Rien de bien étonnant venant du demi-dieu de la liberté. Moi, je suis le demi-dieu de l'efficacité."

Je rajoutai :

"Si l'Ordre Pourpre m'aide, je suis prêt à suivre toute autre méthode qui pourra aider la Princesse. Et... Je dois encore lui en parler pour être franc... Je veux juste vérifier la chose avant de le faire."

Cromax eut un rire un peu jaune à ma plaisanterie, il rajouta qu’un tel pouvoir ne devrait pas exister mais ma cause lui semblait assez juste pour avoir le soutien l’Ordre mais il craignait ne pas avoir assez d’influence à Kendra-Kâr

"Pulinn en avait , j'imagine que son successeur aussi. Nous verrons le moment venu. »

Je n’avais pas peur à ce niveau. Je n’avais pas encore enormément d’amis là-bas mais ceux que j’avais avaient de l’influence. J’étais dans les bonne grâce de Satina, Andelys, Bogast sans compter les liens que je continuais à tisser petit à petit. Je ne craignais pas de trouver d’autres alliés.

« Revenons déjà vivant cette mission, sinon je crains bien que toute cette conversation n'en devienne futile"

Enfin après quelques paroles pour clore le sujet, il engagea celui d’Arkalan, l’être encapuchonné qui faisait parti lui aussi de l’expédition. Il le trouvait étrange. En effet, il n’avait cesser d’avoir une attitude pour le moins…distante.

« Vous trouvez aussi ? Il est un peu sauvage en effet... Le social ne semble pas être son fort. Vous vous méfiez de lui ? »

"Me méfier c'est un bien grand mot. Ceux qui se cachent ne sont pas toujours les plus fourbes. Disons que je réserve mon jugement aux faits, non aux apparences. Mais... oui je le trouve étrange. Je l'espère coopératif."


« Oui, tant qu’il est bon combattant et couvre correctement nos arrières il peut bien passer toute l’expédition sans nous adresser un mot que j’en serais a peine ému. Nous verrons. Puisque nous en somme a parler des autres, qui est donc cette Madoka qui vous accompagne ? Elle a aussi des liens avec le Temple ? »


"Oui, elle faisait partie du Temple. Nous avons eu l'occasion d'œuvrer ensemble à la destitution de la Rose Sombre. Avec Faëlis, aussi. Nous n'avons fait que brièvement connaissance, elle et moi, mais comme Pulinn, je lui fais pleinement confiance." Il jeta un coup d'oeil pour vérifier si nous étions bien seuls et poursuivis avec un clin d'oeil :

"Et puis... elle est pas mal hein ?"

Bien évidement, il fallait que viennent ces sous-entendus. J’en rigolai.

« Tu te méprends. Ce n’étaient pas pour ces raisons que j’abordais la question. Je cherche juste à savoir qui je remet ma vie. »

Je me penchai néanmoins pour lui souffler :

« Au reste, ce serait mentir que de prétendre la trouver désagréable. Je ne suis pas aveugle. » affirmai-je avec avec un sourire complice.

Il aborda ensuite le sujet de Sibelle, affirmant que celle-çi était aussi séduisante, et il semblait que moi aussi il me trouvait à son goût.

J’en riai.

« Malheureusement pour toi il n’y a qu’à la gente féminine que je réserve mes mâles trépidations. »
dis-je avant de reprendre :

« Oui Sibelle est aussi d’une agréable compagnie. Elle m’a l’air peu revêche si tu veux mon avis. Fais attention tu risquerais de te brûler. »


Il émit un petit rire : "Les femmes, hein ? Hé bien ça n'est pas un problème."

Et subitement, il changea d'apparence, prenant celle d'une elfe à la peau immaculée, aux yeux rouges et à la chevelure blanche. Ses habits prennent la forme de dentelles dévoilant formes et ne cachant que l'intimité la plus privée.

J’eus un léger mouvement de recul sur ma chaise, surpris.

Et il/elle poursuivit, sans changer sa nouvelle forme : "Quant au feu... Je n'ai guère peur de me brûler, jeune chevalier." Et au-dessus de sa main, une flamme apparu.

J’observai la créature qui se trouvait devant moi. Si on ne pouvait nier la beauté de sa plastique, je n’en trouvai pas moins le concept écoeurant. J’en frissonna de dégout. J’avais beau être attaché à l’apparat, je trouvais que les femmes authentiques faisaient les plus beaux objets. C’était comme ça que Eliss m’avait tapé dans l’œil, comme cela que j’avais nourris cette passion idéalisante que je savais inconsommable, -et ça m’allait comme ça- envers Satina. Ces femmes me plaisaient par leur authenticité. C’était même pour ça que je m’étais toujours refusé aux prostitués, quand d’autres de mes compagnons y allaient allègrement. Je n’aimais guère celles qui jouaient un peu trop pour obtenir quelques yus ou quelques faveurs. Il n’y avait pas le frisson du jeu, de la séduction. J'avais une trop grande estime de moi pour cette facilité là.

Alors là, voir cet homme, prendre la forme d’une femme devant moi, aussi peu vêtue qu’une de celles ayant une petite vertu, pratiquement déjà prête à s’offrir à moi m’écœura au plus au point. tout ce que je détestais. Tout était faux, à commencer par son sexe.

« Honnêtement ? Il y en a certains à qui vos travestissement plaisent ?» dis-je en frissonnant de dégoût.

Au-delà du dégout, je me sentais insulté. De quel droit s'était-il imaginer pouvoir me séduire de cette manière, même après avoir reçu une position de refus claire et nette de ma part. Je n'avais pas été assez clair ? De quoi avais-je l’air en faite ? D’un parvenu avec les couilles pleines, prêtes à les vider sur la première putain venue ? J’étais quoi? Un morceau de chair juste bon à assouvir les désirs d’une demi-divinité. Et puis c’était quoi ces manières de se dévêtir devant quelqu’un après dix minutes de conversation à peine ? Qui faisait ça ? A part bien sûr une certaine catégorie de personnes qu’apprécient particulièrement les marins et les êtres en mal de chaire.

Je déposai le verre que j’avais en main encore à moitié plein.

« L’envie de boire m’est passé, alors je vais vous laisser à vos grimages dignes d’un bordel. »

Puis je me levai pour amorcer mon départ devant cet affront.

« Et Cromax…, je suis d’un certain rang, et pas mort de faim. Je ne cède pas à de bas instincts pour deux morceaux de chaires féminines découvertes, et que vous sembliez le penser m’agace quelque peu. Si vous voulez que nos relations restent cordiales ne recommencez pas. »

Il me toisa d’un regard noir après avoir repris sa forme initiale.


"Nous n'avons pas la même définition de la cordialité, ce me semble. Soit, éminent triste sire, passez une bonne nuit."


En plus il avait l’outrecuidance de se montrer plus en colère que moi, après avoir joué la putain dévergondée devant un presque inconnu. Quelle indignité ! C'était le monde à l'envers ! J’hallucinais ! J’imaginais qu’il viendrait encore dire que ce n’était qu’une boutade… Je commençais à cerner le personnage. C'était un demi-dieu qui voulait avoir le contrôle sur tout. C'était pour ça qu'il agissait comme un petit chef envers les usagers du Temple en s'imaginant que sa seule parole pouvait valoir autorité sur des affaires qui ne le concernaient pas et pour ça qu'il agissait à présent comme le salopard frustré qui n'avait pas pu se servir d'un nouveau jouet. À la bonne heure !

Je m'en allai, sans rien dire rejoignant la chambre qui avait été laissée pour nous, passablement en colère et sans doute un peu plus que ce que je l’aurais dû à cause des vapeurs de l’alcool. seule la nuit me permis de trouver un semblant de sérénité.

...

Lorsque le lendemain je fis mon apparition là où nous étions attendus, encore un peu embrumé par l’alcool, je distinguai le regard en coin de Cromax, plein de ressentiment envers moi. Je n'y réagis pas, gardant une attitude totalement neutre, comme si rien ne s'était passé. J'accordai même à tous, une salutation polie. Même à Cromax, même à Faëlis. J'avais décidé de prendre de la hauteur par rapport à tout celà. Je me montrai digne de ma fonction, même si interieurement je n'en pensais pas moins.
Modifié en dernier par Ezak le mer. 30 mars 2022 17:38, modifié 1 fois.

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Madoka
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Re: Hall Principal

Message par Madoka » mer. 30 mars 2022 10:36

Les deux académiciens nous écoutent, plus ou moins sereinement, et ne nous répondent qu’après s’être assurés de l’adhésion de chacun au projet, même silencieusement à l’instar du Shaakt resté muet et attentif. Andreï prend la parole et nous apprend que la relique en possession de maître Dan est un sceptre, un objet puissant par essence dont il se dit bien incapable d’en décrire les pouvoirs ; et le seul apte à cela est absent.
Au sujet des gravures, en revanche, il se fait moins succinct mais marque un instant de réserve avant de continuer. Le regard échangé avec le grand cryomancien me laisse penser que la décision de faire appel à des aventuriers, des étrangers, n’a pas fait l’unanimité dans les rangs. Obéissant à Hereld, il s’égare un instant sur la transmission principalement orale de leur culture, ce qui rend dès lors l’existence et surtout, la découverte, des gravures plus qu’exceptionnelle. Ces gravures, extrêmement vieilles, racontent l’histoire de cet esprit fou. Les textes ne sont que partiellement complet mais certains détails, mentionnés comme ayant eu lieu à cette époque, évoquent ce qui se passe en ce moment ; des lueurs blafardes provenant des monts gelés, le froid qui s’intensifie sans raison apparente et les animaux qui fuient la montagne comme devant un danger imminent. Il se défend d’y voir là une prophétie ; les signes sont clairs, et semblables à l’Histoire.
Ces hommes d’études, en d’autres temps ou d’autres échéanciers, auraient sans doute tenus un autre discours ; plein de tempérance, de doute et de retenue quant aux conclusions qu’ils émettent ici. L’humain, surtout, semble devoir contenir sa nervosité et son impatience ; où est-ce naturellement qu’il hausse les sourcils et soupire.

Hereld prend ensuite la parole, tentant au mieux de partager ce qu’il sait quant à l’emprisonnement passé de l’esprit et ses théories quant aux possibilités présentes. Les reliques du quatrième esprit auraient permises à ce dernier d’emprisonner le fratricide … et cette prison autant magique que divine aurait du être éternelle. Et c’est de cela que leur crainte se nourrissent, il me semble, le plus. Excluant avec certitude une intervention divine, il redoute tout de même une aide extérieure, volontaire ou involontaire, car ce serait là plus grave encore qu’un réveil lent et fastidieux d’un esprit affaibli. Dans tous les cas, le temps presse.
Lorsqu’il évoque à nouveau le maître magicien, possédant comme le quatrième esprit des fluides de foudre et de glace et de fait, leur meilleur espoir de d’assurer la réussite de leur projet, je les interpelle, cherchant à lever un doute quant à l’absence de ce dernier.

« Notre premier impératif serait donc de retrouver Maître Dan et les reliques qu’il est parti chercher … Vous dites êtres sans nouvelles de lui mais savez-vous où il se trouve ? Quels sont les indices et informations sur ces reliques ? »

Hereld secoue la tête, s’estimant mal compris. Il pense que le magicien est parti enquêter de son côté ; a priori seul me dis-je à part ; et qu’il a bon espoir de retrouver sa trace dans les montagnes ; et ajoute sans plus d’émotions qu’il leur faudrait faire sans son aide le cas contraire.
Bien que serein, calme et visiblement confiant malgré tous les doutes et l’étendue cataclysmique d’un échec, il a conscience de l’état d’hypothèse de tout ce dont ils nous font part. Sa seule certitude concerne la menace et l’imminence de celle-ci malgré tout ce que d’autres peuvent en penser. Ce manque d’adhésion à cette affaire au sein de l’académie est l’une des raisons de son appel à nous.

Les questionnements finis, il invite le chevalier bougon à le suivre pour parler de sa relique et nous propose de rester pour nous sustenter et rejoindre les chambres allouées pour la nuit, avant de le rejoindre ici même au petit matin.
Pensive, je me contente de manger plus que de raison et quitte la salle après avoir convenu de partager une chambre avec Cromax.


Je déambule dans les couloirs quelques minutes à l’aveugle, mémorisant les salles, les escaliers et les étages ; écoutant indiscrètement les discussions. Au détour d’un couloir bordé d’épaisses fenêtres, je m’aperçois qu’il fait déjà nuit malgré l’heure peu avancée et m’arrête devant. D’ici, j’ai une bonne vue sur les montagnes, immenses et sauvages, je ne vois que parois escarpées et flancs enneigés, battus par des vents qu’on voit à l’œil nu balayer des masses de neige. Sous un ciel sans nuages, j’aperçois des lueurs au sommet des monts et ne doute pas un instant qu’il s’agit là de celles décrites sur les gravures. La lumière bleuâtre est comme projetée depuis les monts eux-mêmes, expulsée de la terre pour illuminer les sommets … et les rendre surnaturels.
Je jette un œil autour de moi et remarque une grande elfe blanche, élégante dans ses habits amples, à l’air avenant, souriant à un étudiant passant plus loin. Je la salue lorsqu’elle passe près de moi et lui demande si ces lueurs là bas sont ordinaires ici. Ses grands yeux, légèrement en amande, bleus et pétillants, m’observent avec intérêt. Sa voix, que j’aurais imaginé plus aigue me laisse penser que sa jeunesse apparente n’est encore qu’une mauvaise déduction de ma part.

D’ordinaire et par temps clair, le ciel se pare parfois de lumière éclatantes, telles des cascades étincelantes, bien différentes de ces reflets blafards et inquiétants. Le sujet posé, elle ne tarde pas à faire le lien avec les rumeurs qui planent dans les couloirs depuis plusieurs heures ; je lui confirme ainsi que je fais partie de ce groupe d’étrangers. Nous parlons quelques instants du grand Cryomancien et de son appel lancé aux quatre coins du monde, et saute sur l’occasion d’en savoir plus sur l’absent.

« Et le Magicien, Dan, vous le connaissez bien, il étudie ou enseigne ici ?
- Maître Dan ? Oui il est parfois ici. Difficile de le voir. Il n’enseigne pas vraiment, mais c’est un chercheur, autant en magie qu’en artéfact. »

Souvent absent, il n’en est pas moins respecté car elle affirme que personne ici ne conteste son expertise. Il y a quelques temps, il était à la recherche d’une relique de Yuia … sans doute celle qu’il possède maintenant, me dis-je à part, ou une autre de ces fameuses reliques. Malgré les dires du vieil elfe noir, je continue à penser qu’il n’est pas parti pour seulement enquêter car, depuis que je sais d’où viennent mes gantelets, réunir les autres reliques d’une telle femme m’obsède l’esprit et elles ne sont pas la clé de l’avenir du monde.
Gardant pour moi mes réflexions, je lui demande, étonnée par un autre détail.

« Et il part seul dans ces montagnes ? N’est-ce pas dangereux ? »

L’elfe sourit, amusée de mon étonnement, et me répond que s’il est dangereux pour quiconque de s’aventurer dehors, il en est tout autrement pour le magicien, toujours nommé Maître Dan. Et pas par respect comme je le pensais avant, mais en raison de ses talents. Maître Magicien est un titre octroyé aux plus puissants mages de Yuimen. En cela, elle pense qu’il est de loin la personne la plus en sécurité dans ces montagnes. Je me remémore alors les propos de Hereld Ertiart et son confrère, lorsqu’ils nous assuraient de la bonne santé du mage.

« Cela est plutôt rassurant, dis-je en le réalisant. Ce n’est pas monnaie courante ces dernier temps n’est-ce pas ? Que pensez-vous de ces présages qui ont poussé Hereld Ertiart à aller enquêter sur place ? »

Se faisant, je tourne la tête pour accompagner le regard de l’elfe qui jette un œil par la fenêtre en haussant les épaules, pensive. N’ayant pas d’avis tranché, fort sagement, elle ne pense pas que le cryomancien a tort de s’inquiéter car ce qui se passe n’est pas naturel, mais peut-être exagère-t-il. Ici, à l’académie, nombreux sont ceux qui au lieu de l’écouter, le prenne pour un vieillard sénile en mal d’aventure. Elle expose toutefois un point notoire et décisif quant à l’exagération dont il est accusé. S’il est prêt à mettre sa vie en jeu dans ce voyage, ce n’est sans doute pas pour rien.

« Il m’est difficile de juger, dis-je aussitôt tout en sachant qu’il avait d’ores et déjà pris des dispositions au cas où il ne reviendrait pas. Un regard extérieur permet parfois d’y voir plus clair, parfois seulement. Il y a beaucoup d’incertitudes, je comprends que l’on puisse douter ; mais vos mots sont avisés. Il est prêt à risquer sa vie aujourd’hui, je doute que l’on atteigne son âge en étant impétueux ; et il a fait appel à des étrangers de l’académie, est-ce récurrent ?
- Récurrent ? Non, pas vraiment. Dit-elle après avoir acquiescé à mes paroles précédentes.»

L’elfe pense qu’avoir fait appel à nous est une mesure de dernier recours car nombreux sont ceux qui le croient pas ; mais m’apprend aussi que l’indépendance de l’académie aurait pu être mise à mal s’il avait fait appel aux royaumes voisins, qu’elle pense capable de s’approprier l’endroit à la moindre suspicion de faiblesse.
Je tente d’en savoir plus sur le manque de soutient qu’il reçoit de ses confrères, le trouvant moi-même loin d’être sénile ou même hystérique vis-à-vis de la menace qui pourtant pourrait bouleverser le monde entier : mais l’elfe, navrée de cela, ne peut pas m’en dire plus, son statut d’élève ne lui permet pas d’avoir accès aux délibérations et décisions prise par les hauts mages.

« Vous m’avez déjà bien aidé. Etes-vous déjà allé dans ces montagnes pour des recherches ? Tout cela est nouveau pour moi, et je n’ai qu’une nuit pour savoir à quoi m’en tenir en dehors de ces murs.
- Dans les montagnes ? dit-elle en secouant la tête. Oh non, bien peu s’y risquent. C’est très dangereux, avec les créatures, le froid, les avalanches. Il y en a qui essaient et ne reviennent jamais. Maître Dan est un des rares à en être revenu plusieurs fois. Je ne veux pas vous effrayer, mais ce sera tout sauf un endroit paisible pour une promenade de santé.
- Ah ! fis-je, amusée malgré moi. Cela me changera du désert ou du fond de l’océan. Maître Dan a-t-il un second apte à me renseigner ou a-t-il laissé des manuscrits pour aider les plus téméraires des étudiants ?
- Pas que je sache non. Il n’a jamais été du genre à raconter ses péripéties ou même à raconter quoi que ce soit tout court, par écrit ou non. Il est plutôt du genre réservé.»

Merveilleux, me dis-je à part tout en me lamentant de devoir trouver mes réponses dans la bibliothèque que j’avais vue de loin et dont je ne m’étais pas approchée. Celui que je pensais perdu quelque part dans les montagnes en est carrément l’explorateur secret, le seul à des kilomètres à la ronde à pouvoir s’y déplacer et y survivre … c’est lui qui va nous retrouver, sous forme de glaçon.
Mes pensées vagabondes rebondissent soudain sur les questionnements quant à la possibilité de rencontrer d’autres personnes sur ce terrain de fin du monde, aussi, sans préavis, je la questionne sur l’apparence physique du Maître magicien. Polie bien qu’hésitante, elle me dit qu’il ressemble à tous les shaakt pour elle, qu’il a des cheveux couleur cendre assez long mais qu’elle ne peut guère être plus pertinente.
Je lui souris chaleureusement :

« Vous êtes un amour. »

Cela la fait sourire en retour, visiblement ravie du compliment. Après de courtes et survolées négociations, nous continuons ensemble jusqu’à la bibliothèque où elle me guide selon mes besoins vers les meilleures étagères, voir les meilleurs livres, selon elle. Elève studieuse et portant un intérêt non feint à notre entreprise et l’exotisme, évident, de ma personne, elle m’apporte les ouvrages choisis par ses soins à la table et observe en silence mes lectures.

J’entame tout d’abord un parchemin vieilli dont les couleurs ternes des illustrations donnent une impression d’uniformité de la faune observable dans les montagnes, j’imagine que les plus agiles des cervidés avaient été les premiers à fuir, ne restant là haut que les plus robustes des mammifères, les survivants parmi les plus petits et les prédateurs. Je m’attelais un peu plus longuement sur ces derniers, essayant de mémoriser les informations quant à leur habitat et leurs modes de vie.
Plus fournis et plus épais sont les livres suivants, sur la flore locale, dont une bonne partie concernant les rives méridionales et les saisons d’été est survolée rapidement, tant pour gagner du temps que pour ne pas plomber mon moral. Plus intéressants sont les passages sur les écorces et les racines d’un petit carnet de notes écrites d’une main tremblante, où se trouvent aussi annotée et illustrée la flore non comestible, voire mortelle.
Plus fastidieux à lire, préférant le découvrir par expérience et observation, mais néanmoins forts utiles, sont les manuscrits sur l’histoire et les passés des dirigeants de cette académie et la géopolitique autour de cet endroit plus particulier que je ne l’avais imaginé en arrivant ici. J’en apprends plus sur les différents peuples vivants sur ces terres inconnues et grimace de découvrir qu’une cité matriarcale Shaakt se trouve à l’est des montagnes où nous nous rendons.
La lecture du récit du voyage d'un étudiant, rare parmi ceux qui se prêtent à l'exercice m'avait-elle déjà dit, est saisissant de brutalité et de souffrance, me rappelle mon propre voyage dans le désert. Il y note ses découvertes quant à la survie sur un territoire non prévu à cela, les luttes et la concentration nécessairement de chaque instant pour ne pas mourir.
Elle m’apporte enfin un court parchemin narrant les légendes de l’esprit qui nous a attiré sur ce continent et, la fatigue prenant le pas sur ma capacité à lire et retenir le moindre mot me force à lui faire signe d’arrêter son aide. Je la suis et observe les chaînes qu’elle démêle et accroche à chaque ouvrage avec un œil circonspect. Sur les murs, j’aperçois des gravures et des tableaux représentant de nombreux mages et érudits ayant marqué la vie à l’académie ; curieuse enfin de trouver à quoi ressemble le puissant mage je cherche son nom du regard avant de quitter la bibliothèque en compagnie de l’elfe blanche plus que patiente.

L’elfe me demande quand partirons-nous et une moue navrée accueille la nouvelle, ses yeux pétillants plongent dans mon regard ouvert et entendu tandis qu’elle dépose sur ma joue un baiser crépitant de chaleur et à mes oreilles une invitation si je revenais ici et l’un des plus beaux prénoms jamais entendus. Une mage de foudre … qui l’eût cru.

« Quand … quand je reviendrais. »
Mon chuchotis accompagne son départ et ses espoirs encourageants.


Amusée, piquée mais fatiguée, je me hâte de rejoindre ma chambre où une douce chaleur m’accueille. Je me réchauffe au coin du feu avant de m’allonger dans le lit. Le sommeil vient vite, bien avant que Cromax n’arrive.
Je me réveille en pleine forme et m’active le plus discrètement possible. Rapide, il s’éveille et s’apprête à peine levé.

« C’est le grand jour !
dit-il sur un ton motivant. Puisse-t-il être le meilleur possible.
- Et qu’il soit à l’égal des suivants ! »

Hereld Ertiart et son ami Andreï nous accueillent dans la salle où la veille nous nous sommes engagés à les aider et les accompagner. L’ambiance est lourde de sens, son calme apparent cache un silence pesant où chacun se salue d’un signe de tête, attendant que nos hôtes nous révèlent la marche à suivre.


((recherche variées sur la faune/flore du continent, sur la géopolitique et vie en nosvéris et des détails sur les pnj et la légende))

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