Le Repos du Maître

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Yuimen
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Le Repos du Maître

Message par Yuimen » sam. 6 janv. 2018 15:06

Le Repos du Maître

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Ce grand palais est en fait la villa du Maître, gouverneur de cette cité toute particulière. Cet Elfe, très hospitalier, a consacré toute une aile de sa demeure à l'accueil des nouveaux arrivants et des voyageurs, afin de leur offrir le grand luxe et ce qui se fait de mieux sur l'île.

En entrant dans ce lieu, vous pénétrez dans le hall de réception où une foule de personnes circule, car ce hall est l'endroit de tout les passages et sert parfois, à l'occasion, de salle de bal. Un Elfe distingué du nom d'Aldin'Rish'Tourya se tient, sur votre droite, derrière un haut comptoir marbré et il s'occupe de la réception.

Sur la gauche, l'entrée aux appartements privés du grand Maître est gardée par deux grands Elfes dorés en armure vous interdisant le passage. Sur la droite, en revanche, l'accès est ouvert à tout le monde et donne sur d'innombrables pièces, telles que les chambres richement aménagées, ou encore la salle de restauration et les cuisines.

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Tergeist
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Re: Le Repos du Maître

Message par Tergeist » sam. 23 oct. 2021 19:41

Dans le chapitre précédent...

Evénement : La fin d'une ère.

43 : Nyr'Tel Ermansi.

Cherock avait rarement dormi aussi bien, et tout aussi rarement dans un état de fatigue aussi avancé. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il ne sut pas vraiment ce qui le frappa en premier : la douceur des draps et le moelleux du matelas, les courbatures qui rendaient chaque mouvement infernal, ou son ventre qui criait famine. Comatant de longues minutes dans les tissus sans doute hors de prix, c'est un énième hurlement de son estomac qui le força à émerger de son sommeil. Un sommeil qui avait été lourd, réparateur, mais dont il ne se souvenait de rien. A vrai dire, il avait même des doutes sur le lieu dans lequel il se trouvait.

"Oowh..." grogna l'Ynorien en se redressant, tous ses muscles protestant vivement. Frottant ses yeux gonflés de sommeil, le contact humide l'interpella et il ne lui fallut pas longtemps pour réaliser qu'il s'agissait de ses larmes ; déboussolé, tout lui revint rapidement en mémoire à sa grande tristesse. La bataille, le dragon, la mort. Elle. Il ne se souvenait pas de ses rêves, mais il y avait fort à parier qu'il en avait pleuré toute la nuit à en juger l'état de son oreiller. Cherock resta un long moment assis dans son lit, sans bouger, à constater le gouffre qui s'était ouvert dans sa poitrine. Elle n'était plus là, et avait emporté une partie de son coeur avec. Fauchée par un sortilège d'une ampleur cataclysmique, que rien n'aurait pu empêcher. Sauf s'il avait mise à l'écart de la guerre, l'avait protégé. l'avait incité à rejoindre Frans et sa mère à Shory, loin des combats. Mais il avait échoué, et elle était morte. Se bercer d'illusions à la croire encore en vie avait été un mirage qu'il s'était imposé pour continuer à avancer, continuer à se battre, mais il prenait désormais conscience que c'était impossible. Il avait foulé lui même le camp Kendran et ses dizaines de milliers de morts : aurait-Elle survécu qu'Elle aurait été debout et se serait fait remarquer pendant l'affrontement final, apportant par la même occasion une part d'espoir pour l'enchanteur. Il n'en était rien.

Ses bras, sans force et endoloris, n'avaient plus la volonté de se lever. Il aurait continuer à se morfondre pendant encore des heures si sa Faëra n'était pas intervenue.

(Contente que tu sois réveillé. Tu sais que tu as dormi presque une journée entière ?)

(Oh, Amy... Ouais désolé, ça doit être à cause de la rune Tez qui a foiré contre Karsinar. Et franchement, j'ai pas grands souvenirs de ce qui a bien pu se passer hier.)

(Il faut dire que tu étais un véritable zombie. Tu as somnolé pendant tout le trajet et tu as loupé l'arrivée sur Nyr'Tel Ermansi et il faut dire que c'était assez incroyable. Même Yliria s'est collé aux grandes baies vitrées, comme une gosse. Elle avait des étoiles dans les yeux, et vu comment elle était abattue, ça relève presque du miracle.)

(C'est si impressionnant que ça ?) s'étonna Cherock en se forçant à se lever, quittant à regrets le confort du lit. Sa chambre était munie d'une fenêtre et la lumière, bien qu'obstruée par les volets de bois, filtrait doucement à travers. Il ouvrit les battants de bois et fut frappé par un spectacle qui le fit un instant oublier son corps douloureux. Il se trouvait au deuxième ou troisième étage d'une grande bâtisse de marbre blanc et devant ses yeux s'étendaient Nyr'Tel Ermansi, l'île volante et foyer des Dieux. Ce qu'il voyait était une large ville verdoyante, parcourue de nombreux jardins aériens et de lacs, parsemant la cité de vert et de bleu. La cité même, ses bâtiments, son architecture, tout dépassait ce qu'avait pu voir ailleurs le jeune homme, et pourtant il avait vu aussi bien la cité souterraine de Mertar que le bastion Nessima en passant par la cité Blanche, qui aurait été la ville des Ermansi des millénaires plus tôt. Plusieurs spires s'élançaient vers le ciel, faites d'un métal brillant au soleil et reflétant son éclat. De vrais monolithes métalliques, qui avaient dû demander des fourneaux titanesques pour en forger les parties.

Ca et là, cependant, des bâtisses détonnaient sur ce paysage irréel. Parmi les rues où déambulaient les Ermansi par centaines, on pouvait apercevoir une petite dizaine de structures aux couleurs variées, faits dans des matériaux qui semblaient plus tirés de Yuimen que le reste.

(Ce sont les temples de Dieux,) intervint la Faëra. (Plus que des temples, ce sont également leur maison, là où ils vivent sous leur forme d'elfe doré. Par exemple, tu vois le temple avec les colonnes blanches qui semblent flotter tout en soutenant le toit ? C'est celui de Rana.)

(Ca me semble évident... Je regrette de pas avoir vu ce paysage avant. Par contre, c'est normal que je sois encore habillé ?)

(Ah, ça... Quand vous êtes arrivés, tu as suivis le groupe des aventuriers souhaitant se reposer sans un mot, et tes yeux semblaient vouloir se fermer à chaque pas. On vous a amener dans cet endroit, le Repos du Maître, où les rares visiteurs sont accueillis. C'est aussi la résidence de ce qu'on pourrait appeler comme le chef des Ermansi, mais passons. Arrivé dans ta chambre, tu as à peine fait un pas dedans que tu t'es effondré sur le sol. Je te raconte pas comment j'étais paniquée, et je parle pas d'Yliria qui a la chambre pas très loin. Elle s'est précipitée comme une furie, mais quand on a vu que tu étais juste tellement épuisé que tu t'es endormi sans même arriver à ton lit, on a été soulagé.)

(AH.
Donc, euh, c'est Yliria qui m'a couché ?)


(Elle t'a tiré jusqu'au lit oui, et t'as l'air de peser ton poids vu comment elle a juré en te tirant. Elle a eu la gentillesse te de retirer ton casque et tes armes, mais elle est pas aller plus loin. Pour des raisons évidentes.)

Il hocha la tête, reconnaissant envers la jeune fille d'avoir pris soin de lui et l'avoir empêcher de dormir à même le plancher. Plancher qui était lui aussi fait dans un bois précieux tout comme les murs et le mobilier. Parmi ce dernier, un grand miroir de plein pied lui permit de se rendre compte de son état épouvantable. Cheveux en bataille, habits tâchés, peau maculée de terre et de sang. S'il voulait voir qui que ce soit et à fortiori les Dieux, il se devait d'avoir une apparence un minimum présentable. Heureusement pour lui, la chambre qu'il avait été accompagnée d'une salle d'eau avec une large bassine disposée au dessus de curieux tuyaux courant le long des murs, terminé par ce qui devait s'apparenter à une sorte de valve. Tournant cette dernière, elle permit à de l'eau agréablement chaude de couler dans la bassine avant de s'écouler par un trou. Avisant un rond de bois de la même taille que le trou, il le boucha et la bassine finit par se remplir lentement. Un système ingénieux qui impressionna le jeune homme, qui se demandait bien comment de l'eau aussi chaude pouvait être produite. Se délestant de ses habits restant, il se plongea avec délectation dans le bain, passant un long moment à se frotter pour se nettoyer avant de laisser s'échapper l'eau sale et remplir de nouveau la bassine d'eau claire dans laquelle il ferma les yeux, savourant ce moment de calme et se laissant presque s'endormir. Mais un regard sur son corps laissa apparaitre de nouvelles cicatrices, accumulées pendant la bataille. Notamment celle parcourant son bras droit, infligée par Karsinar et qui avait failli le lui arracher. Le calme du moment laissa de nouveau place à la réalité du moment.

La guerre était terminée. Ils avaient gagné mais en payant le prix fort, perdant des centaines de milliers de personnes, et même des êtres chers. L'eau s'écoula de nouveau à travers le trou, emportant eau et sérénité, et il se releva. La chaleur avait détendu ses muscles et il pouvait de nouveau se mouvoir sans grimacer à chaque mouvement. Mettant un peu d'ordre dans ses cheveux humides, il se regarda dans une glace pour la première fois depuis longtemps. Son visage avait perdu les dernières rondeurs de l'enfance, sa mâchoire désormais mangée par une courte barbe de deux jours. il s'était rasé juste avant la bataille, mais le nécessaire de rasage n'était pas ce qu'on emportait pour aller au front aussi décida n'eut-il d'autre choix que de la laisser ainsi. Ses cheveux étaient tout juste assez longs pour qu'il les attache à l'arrière de sa tête à l'aide d'un lien de cuir, comme le faisait son peuple. Ses yeux bicolores avaient perdus de leur lueur, et il se demandait si jamais ils brilleraient de nouveau.

Son corps nu aussi avait changé, depuis le temps. Des mois, des années d'aventures avaient sculpté un corps athlétiques, aux épaules larges. Autre signe de ses errances et de ses péripéties, sa peau gardait la trace de nombreuses blessures, causées par des attaques aussi diverses que variées. On l'avait tailladé, embroché, griffé, brisé ses os. Il avait toujours aussi cette cicatrice couvrant tout son bras, comme les ramifications d'un arbre. Cuisant rappel de son arrogance passée, qui allait enfin se dénouer : était-il réellement un Elu de Valyus ? Il était temps de le savoir.

Au fond de sa besace de voyage, il trouva une tunique et des braies qu'il avait prise pour son voyage vers le Palais de la Roseraie et n'avait pas pris la peine de retirer lors de son passage à Oranan. Chausses, braies beiges, tunique grise et veste assortie aux braies furent enfilées tandis que celles sales et en lambeaux furent fourrés au fond, entre les doses de Keraunos. Il s'en débarrasserait le moment venu. Vint le tour de son armure : ses cotes de bras en Drakarn avaient étonnamment résistées, et il les enfila en les sanglant autour de son torse, avant de faire jouer ses bras. Tout s'agençait parfaitement et si on omettait les quelques écailles qui avaient sautés sous certains des coups les plus violents, il était satisfait de leur état. Ses bottes de foudre étaient elles sacrément salies, et il usa une nouvelle fois des tuyaux apporteurs d'eau et d'une brosse pour les nettoyer et leur rendre leur dignité d'antan avant de les enfiler. Les pièces suivantes étaient celles ayant le plus souffert. Son casque avait perdu une partie de sa protection de joue droite, et même si l'ensemble restait correcte, ce déséquilibre visuel n'était pas vraiment présentable. Son manteau de voyage avait lui aussi subit plusieurs dommages, et parsemé de plusieurs trous. Il s'arma donc d'une aiguille et d'un peu de fil et reprisa sommairement les trous, en attendant de trouver un tailleur pour réparer le tout proprement : être tatoueur lui donnait un certain doigté pour ce qui était du maniement d'une aiguille, mais il était loin d'égaler le talent d'un vrai artisan du tissu.

Ne restait que sa cotte de maille. Sa brave et fidèle cotte de mailles. Forgée à Mertar avec une partie de la Faerunne durement acquise. L'armure l'avait suivi dans la plupart de ses combats et avait vaillamment remplis son rôle... Mais elle avait atteint sa limite. C'était déjà un exploit qu'elle soit encore en une seule pièce avec tout les maillons qui avaient sautés, ça et là. Elle ne pourrait plus encaisser grand chose. Avec beaucoup de soin, il la plia et la rangea dans sa besace, elle aussi. Nyr Tel Ermansi était bien un des rares endroits où il n'aurait pas besoin de se protéger, selon lui. Néanmoins, il ceignit pourtant à sa taille la Kizoku Rana ainsi qu'il passa son harnais par dessus son manteau auquel il mit son marteau et son nouveau bouclier. Cherock n'aurait pas à se battre, certes, mais il allait rencontrer deux Dieux. Et chacune de ces armes avaient une signification pour l'un d'eux.

Ainsi équipé, il senti son estomac gronder douloureusement : il allait devoir manger, aussi. L'enchanteur sorti dans le couloir, tout aussi luxueux que sa chambre, et couverts de tapis. Empruntant la voix des escaliers selon les brides de souvenirs qui lui revenaient désormais, Amy l'arrêta rapidement : il était devant la chambre d'Yliria et comme elle sentait la présence d'Alyah à l'intérieure... La jeune semi-shaakte devait y être. Il soupira. Le petit déjeuner allait attendre, et Cherock frappa doucement à la porte.

"Yli ? C'est moi, je peux entrer ?"

Une voix étouffée lui répondit, et le jeune homme n'attendit que quelques instants. Les yeux endormis d'Yliria et sa coiffure en bataille quand elle ouvrit la porte lui firent comprendre qu'elle avait tout de même réussit à trouver le sommeil, d'une façon ou d'une autre. Ca le rassura et il senti les coins de ses lèvres légèrement se relever, malgré son état d'esprit morose. Il entra et s'assit sur l'unique chaise en face d'Yliria qui se réinstalla dans son lit, Ssussun dans ses bras.

"Comment tu te sens ? Tu voulais quelque chose ?

- Mieux qu'hier, même si j'ai l'impression que mon corps s'est fait piétiner par une douzaine de minotaures."

(Allez, dis lui.)

"Et si je suis là... c'est autant pour savoir comment toi tu allais que pour... avoir la conversation dont je t'ai parlé, sur le dos de Cromax. Je ne compte pas rester très longtemps sur l'île des Dieux : j'ai trop de choses à faire en bas, en Ynorie. Et comme je sais pas ce qui se passera quand j'aurais rencontré Rana et Valyus...

- Je vais bien... Tout ça m'a secoué, mais je vais prendre le temps de récupérer avant de repartir d'ici. Et pour la conversation... Je ne sais pas par quoi tu veux commencer donc... Je t'écoute, répondit-elle avec appréhension.

- Pour commencer... Pourquoi est ce que tu étais si obstinée à aller affronter Oaxaca ? Tu avais l'air de craindre quelque chose..."

Du bout des lèvres, elle lui expliqua qu'en voyant tout le monde s'effondrer, elle avait eu peur que cela recommence. Pour elle, perdre son âme était inacceptable. Lui se contenta-t-il d'acquiescer en expliquant qu'il avait mis du temps à comprendre la gravité de la situation. Il n'osa pas lui dire que pour lui, voir son âme arrachée ou non ne l'affectait pas : il était mort dans les deux cas...
Il tournait autour du pot, peu désireux d'attaquer le sujet sensible même si c'était lui qui avait voulu cette discussion.

"J'ai peut-être été un peu dur, à te menacer et tout. Mais je... Enfin... Tu vois... Pff. Te voir te précipiter vers Oaxaca, ça m'a fait très peur. Surtout quand tu as décidé de me laisser derrière. Ah, j'imagine que je dois m'excuser aussi pour la gifle...

- Non... Je te présente mes excuses aussi, je n'aurai pas dû essayer de te laisser derrière, mais j'étais vraiment prête à tout pour l'empêcher d'agir. Au moins j'ai pu réfléchir plus calmement après que tu m'ais remis les idées en place.

- Quelle histoire... Pourquoi tu tenais tant que ça me tenir à l'écart... commença-t-il avant de prendre une grande inspiration et regarder dans les yeux la jeune fille, toujours sur le lit. ... Même si j'ai une idée, pour ce qui a suivi la gifle."

C'était le moment. Il l'avait dit. Il observa du coin de l'oeil la jeune fille se collecter, avant de lui explique qu'il savait ce que c'était de perdre quelqu'un qu'on aimait. Et elle ne voulait pas revivre ça. Elle lui dit aussi que sa tendance à vouloir la protéger l'agaçait par moment, qu'elle était tout à fait capable de se défendre toute seule. Quant au baiser... Yliria avoua ne pas avoir de raison, d'avoir fait ce qu'elle avait voulue, instinctivement, comme elle pensait ne plus en avoir l'occasion. Elle n'était pas douée pour s'exprimer, et lui aussi était parfois un peu gauche avec ses émotions et ses mots. Il ne pouvait la comprendre que trop bien.

"Ce sont mes valeurs, Yliria. Je sais que t'es parfaitement capable de te défendre : tu l'as suffisamment prouvé. Trop, même. Et je refusais que tu te mettes plus en danger que ce que tu avais déjà fait, pas pour un continent qui n est pas le tiens, pas alors que t'as passé ta vie à démontrer que tu étais plus courageuse que quiconque."

il prit un nouveau temps avant de reprendre la parole. Il fallait mettre des mots sur ce qui s'était passé, et ne plus tourner autour du pot.

"Je suis désolé de ne pas m'être rendu compte de tes sentiments avant que tu m'embrasses, Yli. C'est pas quelque chose avec quoi je suis doué, moi non plus. Désolé, Yli. Mais je peux pas te retourner ces sentiments, malgré l'affection que je te porte. Même si je ne l'ai pas vu... Elle est peut être encore là en vie, quelque part. On a survécu, alors Elle aussi... Elle doit l'être aussi..."

Son regard avait progressivement chuté vers le sol, et c'est les marques humides sur ce dernier qui firent prendre conscience au jeune homme que le simple fait d'évoquer à haute voix la tatoueuse et son destin qu'il refusait de voir le faisait pleurer. Doucement, d'une voix nouée, il entendit Yliria presque s'excuser. Dire que c'était une erreur de sa part, et d'oublier ce qui c'était passé, avant de rajouter :

"Et je pense qu'on n'arriva jamais à se comprendre vraiment, de toute façon...

- Jamais se comprendre vraiment ? Qu'est ce que tu entends ?

- Tu l'as dit toi-même. Tu refusais que je me mette en danger pour un continent qui n'est pas le mien. Et ça, Cherock, c'est précisément là où on ne se comprend pas. Tu appelles ça protection, j'appelle ça du contrôle. Tu vois ça comme quelque chose de noble, moi j'ai l'impression qu'on me prive de ma liberté. Tu penses que je me mets en danger alors que j'agis seulement selon ma propre volonté. J'ai passé ma vie à être contrôlée, privée de liberté, incapable de faire selon ma volonté, et je ne laisserai personne me priver de tout ça, maintenant, pas même toi. Pas après ce que ça m'a coûté."

il la regarda, hébété. Il mis plusieurs secondes avant d'ouvrir la bouche, puis la refermer, plusieurs fois. La jeune fille avait raison : il s'était montré très paternaliste. Egoiste, même. A vouloir décider pour elle, croire qu'elle avait besoin de lui. Amy lui souffla, l'air de rien, qu'on appelait ça le complexe du héros : penser qu'on est le sauveur de quelqu'un, en tout lieu, toute circonstance.

"J'a... J'avais jamais vu ça sous cet angle. Je vois ce que tu veux dire... Alors je comprendrai jamais, ouais, parce que j'ai pas vécu comme toi."

il secoua la tête avant de se la prendre entre ses mains, avant de la regarder de nouveau.

"Je vais arrêter de te dire quoi faire alors ou te... "contrôler", ajouta-t-il avec une voix plus basse le dernier mot. Enfin, je ferais de mon mieux pour. A un détail près."

il se leva pour s'approcher d'elle et se mettre à son niveau.

" "Tu penses que je me mets en danger alors que j'agis seulement selon ma propre volonté". T'es une tête brûlée de mule, Yli. Si je te vois te lancer dans une entreprise stupide et dangereuse, tu m'empêcheras pas de te le faire remarquer. Mais je t'imposerai plus mes choix... ni ma présence."

Cherock marqua alors un temps d'hésitation, avant de rendre bras hésitant pour inviter la jeune fille à le rejoindre dans une étreinte dont les avaient cruellement besoin du réconfort. Après la brève étreinte dans laquelle elle le remercia une énième fois en l'assurant qu'il aurait toujours son soutien, il se sépara de la jeune fille. Il eut envie de frotter affectueusement sa tête, mais se retint : l'embrassade était suffisante et mieux valait ne pas trop tirer sur la corde alors qu'elle était là victime d'un amour a sens unique.

"Mon aide t'es aussi acquise, bien entendu.
Je vais devoir y aller... comme je t'ai dis, je veux pas rester plus longtemps que nécessaire ici. Je repasserai te voir plus tard, et au pire avant mon départ."


il s'avança vers la porte, s'arrêta sur son pas, et de retourna vers elle une dernière fois en offrant le sourire le plus sincère qu'il pouvait, bien qu'il devait être peu glorieux vu son état maussade.

"Et... merci pour tout Yli. T'as peut être participé à la guerre par conviction et de ton propre chef, mais je considère que j'ai une dette envers toi.

- Tu n'as aucune dette envers moi, Cherock. Si tu as besoin, je serai là, c'est tout."

Il hocha la tête. Puis, lentement, il referma la porte derrière lui. Fermant les yeux, il confirma qu'il sentait bien, de nouveau, la marque qu'il avait apposée sur le serre-tête d'Yliria. Après ce qu'elle avait dit, il avait peur qu'elle prenne cette demande comme une nouvelle façon de la contrôler. Etait-ce une nouvelle façon pour lui d'être le "héros" d'Yliria ? Non. Ce n'était pas le cas. Il savait désormais que cette marque lui servait avant tout à pouvoir rejoindre les personnes qui lui étaient chers, surtout quand elles en avaient besoin. Yliria était libre de faire ce qu'elle désirait, et il ne lui dirait plus jamais quoi faire, à moins que sa vie n'en dépende. S'il l'avait su plus tôt...

(Ca n'aurait pas empêcher sa mort, et tu le sais.)

(Oui... Mais...)

(Ressasser le passé ne te fera pas avancer, Cherock. Tu le sais. Et Ant... Elle ne voudrait pas ça.)

Ecrasant une dernière larme roulant sur sa joue, l'Ynorien finit par se ressaisir. Il n'était pas là par commodité : il avait une mission. D'abord, se restaurer. Ensuite, aller à la rencontre de Rana, déesse tutélaire de son peuple et maitresse des Airs et des Cieux.

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