Les Bateaux Pirates (X1)

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Yuimen
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Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yuimen » sam. 6 janv. 2018 16:27

Les bateaux pirates

Image


Il y a beaucoup de bateaux pirates, ils mouillent en général dans des villes de très mauvaise réputation (telles que Exech, Gwadh, Dahràm ou encore la grande Tulorim) ou au bord de falaises abruptes, dans des endroits secrets où les pirates établissent parfois leurs repères en toute sécurité et discrétion. Ce sont généralement des bateaux de belle facture, avec un équipage de pirates aguerris toujours à la recherche de nouvelles recrues fiables et obéissantes.

Ils sont redoutés partout, sur tous les continents, et sont chassés par les forces militaires maritimes de bien des villes...


Vitesse : X1

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Adam Von Demorlys
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Re: Les Bateaux Pirates (X1 à X3)

Message par Adam Von Demorlys » mar. 12 mars 2019 21:23

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Le soleil était aussi éblouissant que la mer était calme.
« Eh bien, ça on peut dire qu'on a de la chance ! Pas souvent que j'ai vogué dans ces conditions... Que du bonheur. »

C'est clair, Adam n'avait pas à se plaindre. L'air frais lui fouettait le visage et décuplait un soudain sentiment de liberté. L'étendue d'eau qui les entourait jusqu'à perte de vue lui suscitait une impression aussi déstabilisante qu'enivrante, une curieuse sensation qui lui avait été jusqu'à présent étrangère. Même s'il avait été élevé avec une grande autorité et que le jeune bourgeois avait très tôt participé à des affaires bien peu recommandables, il fallait reconnaître qu'il avait quand même toujours évolué au sein d'un petit cocon et d'un certain confort de vie.

Zack sembla surprendre l'expression du pyromancien car il demanda : 
« Un peu anxieux ? »

« Du tout. » Même si ça avait été le cas Adam ne l'aurait de toute façon jamais avoué.
« Je dirais plutôt curieux. Parle-moi d'Exech, père m'a rapporté que c'était une ville assez anarchique. »

« Tu n'as pas idée. » Répondit Zack d'un air sombre. « Le roi n'a la main sur rien il est juste là comme figurant. A Tulorim le pouvoir réside dans l'argent. Même si celui-ci est très inégalement réparti, on sait qui tient les rênes, qui compose le conseil, qui est riche, qui est pauvre. Tu le vois au premier coup d'oeil. Même si la violence y est extrêmement présente tu sais un minimum à quoi t'en tenir en observant à qui tu as à faire et le quartier dans lequel tu marches. A Exech ce n'est pas du tout pareil. Il n'y a pas de richesses aussi visibles, et donc pas vraiment de pouvoir très visible. Tout réside dans l'ombre et c'est une des choses qui fait que cette satanée ville est aussi dangereuse. En fait tu n'as qu'à imaginer les bas fonds de Tulorim à grande échelle.»

Le jeune noble était perplexe, dans sa cité l'argent avait une place centrale dans le pouvoir. Il essayait d'imaginer ce que se serait si on enlevait toute richesse et si presque tout n'était que misère. Ce serait alors un bain de sang, une suite d'échauffourées sans fin ni pitié pour le pouvoir.

« Donc personne ne tient les rênes, on n'y trouve que des clans qui s'y disputent des quartiers et bâtiments ?»

Zack ne sembla que moyennement d'accord, il ne répondit pas de suite.
« Il y a beaucoup de clans oui.. Mais il y n'en ressort principalement que quatre... Ces derniers sont puissants, très puissants. Je te préviens, si un moment on a à faire à l'un d'eux il faudra faire profil bas. »

Le jeune mage fût quelque peu surpris et intrigué devant l'air craintif de son interlocuteur, lui qui était pourtant rôdé aux escarmouches et règlements de comptes. Que quatre clans pour se partager une ville si grande et si en proie au chaos ? Ces derniers devaient effectivement être relativement influents et importants. 
« Dis-moi en plus. »

« En gros, très gros, le nord de la ville c'est-à-dire là où se trouve le port où on jettera l'ancre, est contrôlé par un clan qui se nomme la Fraternité. Ils sont nombreux et extrêmement soudés, c'est ce qui fait leur force. Ils ont aussi pas mal de contact dans la piraterie... Bref, ensuite il y a la confrérie du Crâne qui règne sur l'ouest de la ville. Ce sont de loin les plus violents, ce qui n'est pas étonnant lorsqu'on sait qu'ils sont étroitement liés au culte de Thimoros. Ensuite, l'est de la cité appartient au clan du Lys noir. Ils ont peut-être le meilleur réseau d'information de la ville et sont dirigés par un certain Mandel, le plus gros taré que j'ai j'avais vu. Et pour finir.. La main rouge, qui domine la partie sur de la ville. A part qu'il s'agit d'un clan un peu tourné vers le matriarcat, je ne sais pas grand chose sur eux. Ils possèdent le plus grand lupanar de la ville, le Serpent rouge, mais je te déconseille d'y aller.
Bref, ces quatre clans se partagent Exech, sauf le centre de la ville qui est considéré comme un territoire neutre. Bien sûr je te conseille de plutôt traîner là-bas. Ces quatre factions ont appris à se tolérer, mais ça ne les empêche pas de parfois s'affronter dans l'ombre ou d'intriguer pour agrandir leurs territoires.  »


Soudain, l'enchanteur fronça les sourcils.

« Ah j'ai failli oublié, on m'a rapporté qu'il y avait depuis quelques années un cinquième clan. Mais là je n'ai que des « on dit ». Ils résideraient plutôt sous terre et se feraient appeler les crocs de l'ombre. J'en sais pas plus, et j'avouerais que je n'ai pas spécialement envie d'essayer d'en apprendre davantage. Moi maintenant cette foutue ville... J'arrive, je fais mes affaires, je repars et basta.»

Une chose que pouvait comprendre Adam. Le tableau qu'avait dépeint son compagnon était tout sauf attrayant. Cependant le jeune bourgeois était de plus en plus intrigué. La cité semblait être un modèle d'anarchie, mais d'une anarchie un minimum organisé pour que qu'un si petit nombre de clans aussi puissants, arrive à dominer des territoires assez vastes. Ce n'était pas le seul paradoxe, on y trouvait aussi une perpétuelle violence, mais avec des guerres de territoires et d'intrigues qui avaient l'air de beaucoup s'effectuer dans l'ombre. Bien qu'Adam était naturellement pris d'une petite appréhension, il était également intrigué. Lui qui avait été élevé au milieu des machinations de Mordred, aurait sûrement beaucoup à apprendre d'une telle cité.
Mais Zack le tira de ses réflexions en changeant soudainement de sujet. :

« Ton père m'a dit que tu voulais te lancer dans la magie, ça avance ? »

« Pas vraiment, j'ai peu de réserve donc cela ne m'aide pas trop à faire des expériences. »

« Peut-être que tu t'y prends mal aussi, comment tu procèdes ? »

Ca pouvait être le cas effectivement . Adam devait reconnaître qu'il était encore un parfait novice en la matière, et il avait la chance de parler avec quelqu'un qui avait plus d'expérience que lui dans le domaine. Donc autant rendre cette conversation productive.

« Le seul sortilège que je connaisse est celui qu'on appelle l'aura de feu. Il me permet de garder des adversaires à distance mais pas vraiment d'attaquer. J'essaye de m'entraîner à projeter mes flammes mais ce n'est pas vraiment évident, et surtout je suis un peu limité par le cadre... »

Effectivement, s'amuser à jouer avec le feu au sein d'une maison n'était pas vraiment des plus intelligents. Quant à faire ça en pleine rue, encore moins.

« Hmmm, viens on va sur la proue. GENAS ! Suis-nous. »

Le nain qui profitait du soleil à plusieurs mètres d'eux tourna la tête.

« Ouaip j'arrive ! »

Les trois compères se dirigèrent alors vers la proue du navire.

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Adam Von Demorlys
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Re: Les Bateaux Pirates (X1 à X3)

Message par Adam Von Demorlys » mar. 12 mars 2019 21:27

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« Alors, explique-moi exactement comment tu procèdes pour essayer de projeter tes flammes. »

Adam, qui ne comprit pas vraiment pourquoi Zack avait requis la présence du nain passa outre et répondit, essayant de se remémorer avec exactitude ses précédentes séances d'expérimentation.

« Eh bien je déclenche mon pouvoir, et une fois cela fait j'essaie de diriger les flammes qui m'entourent sur un point se trouvant à quelques mètres de moi. Pour l'instant je n'y arrive pas vraiment et me sens exténué au bout d'à peine deux tentatives. »

Chose frustrante pour le jeune mage, qui avait soif d'entraînement et de pratique. Zack fronça les sourcils, perplexe.

« Quand tu dis que tu enclenches ton pouvoir, c'est-à-dire quand tu utilises l'aura de feu ? »

« Oui c'est ça... J'ai déjà essayé de projeter des fluides directement devant moi, mais cela ne se fait jamais avec suffisamment de force pour infliger de quelconques blessures. Donc j'enclenche l'armure de feu et j'essaie ensuite de modeler les flammes. »

« Mais c'est pour ça que tu te fatigues. Ton pouvoir ne se limite pas à l'aura de feu, ce sort n'est qu'une manière d'utiliser tes fluides parmi tant d'autres. »

Adam, pestant intérieurement contre sa propre stupidité, comprit alors son erreur. Il était né avec une mince réserve de fluide de feu. L'aura de feu avait été sa première manière d'utiliser ces derniers. Au fil des années ce sort était donc devenu comme un réflexe, une référence dans sa manière d'utiliser ses fluides, et qui n'aurait pas dû l'être.

« Il faut que tu repartes de zéro. Si tu veux modeler un sort il faut que tu utilises l'énergie qui est en toi, et non qui t'entoure. Pour commencer en tout cas mais bref on ne va pas rentrer dans ce sujet plus complexe. »

Zack avait raison, le pyromancien avait pris de mauvais réflexes. Il fallait reprendre les bases, et tant mieux ce voyage allait lui permettre de prendre ce temps. Il réfléchit donc à une manière de procéder, ferma les yeux et.... Les rouvrit en se tournant vers l'enchanteur.

« Euh.... Je ne suis pas sûr que se soit une bonne idée de s'entraîner à ça sur un navire. »

L'enchanteur s'esclaffa :

« T'inquiète. Mets-toi bien au bout de la proue, fais face à la mer, fais le vide en toi et ressens tes fluides pour bien puiser dedans. Mais surtout ! N'utilise pas l'aura de feu, au pire si tu le fais Genas interviendra. Il manie bien sa hache mais il utilise également des fluides aqueux. Bref il arrosera tout ça si tu as le malheur de mettre un peu le feu. »

Le nain se gaussa à son tour, se réjouissant visiblement à l'avance d'une telle intervention.

« Hmmm ». L'image ne plu guère au pyromancien mais bon, c'était toujours mieux que d'enflammer bêtement le navire.

« Donc, concentre-toi, sens ton fluide, appelle-le, rassemble le, canalise le, et vise ensuite les vagues. Là au moins ça ne craindra rien. »

« Evite juste de tirer sur une baleine. » Ajouta Genas en s'esclaffant de plus belle.
Adam ne put retenir un sourire en imaginant la scène et se dirigea vers le bout de la proue. Une fois devant le rebord il sortit sa baguette, ferma les yeux et se concentra. Bon... Jusqu'à maintenant il concentrait ses fluides, et s'en revêtait comme on enfile une cape. Cette fois le mage se focalisa intensément. Il sentait les fluides de feu parcourir son être, comme on peut ressentir son sang palpiter au rythme des battements de son cœur, au niveau du cou, des bras, de la poitrine.

Il fit appel à une petite partie de cette énergie et la concentra dans sa main droite. La baguette fit le reste, Adam se surprit encore de l'efficacité d'un tel catalyseur. L'étincelle qui brilla au bout de l'arme lui signala qu'un minimum d'énergie était prêt à être utilisé.

Adam ouvrit alors les yeux et fouetta l'air la baguette. Un mince filet de feu jaillit alors en direction des vagues, mais s'estompa au bout de deux mètres à peine.

« Il est arrivé à balancer quelqu'chose ? »

« Je sais pas, j'ai pas bien vu... »

Loin de se décourager, Adam referma les yeux et se concentra à nouveau. Inconsciemment il avait peut-être fait usage que d'une infime partie de ses fluides, de crainte d'invoquer une aura de feu et dégrader ainsi le bateau.
(Détends-toi... Genas est juste derrière, prêt à joyeusement t'inonder si tu venais à te rater.)

Le jeune mage ressentit à nouveau les fluides qui parcouraient son corps. Effectivement il avait à peine pioché dedans. Cette fois il se concentra, requérant la même quantité qu'il utilisait pour son aura de flamme. Sauf que cette fois ci ,Adam la garda concentrée au bout de sa baguette. Ca lui procurait une sensation bizarre car nouvelle. C'est la première fois qu'il concentrait autant d'énergie sans l'employer de suite. Luttant contre ce réflexe qu'il avait depuis de nombreuses années, qui était de « revêtir » ces flammes, le pyromancien fendit à nouveau l'air avec sa baguette. Une quantité de flamme, cette fois bien plus grande jaillit de l'arme, en direction de la mer. Cependant ces dernières s'éparpillèrent rapidement dans les airs et s'éteignirent.

Zack le rejoignit :

« C'est pas mal, mais tu sais ce qu'il te manque ? »

« Oui, faut que je les concentre. Il faut que je trouve un moyen de les concentrer en un point. »

« Exact.. Viens arrêtons là pour aujourd'hui sinon tu vas t'épuiser, on recommencera demain. »

Genas sembla presque déçu de ne pas avoir pu « apporter son aide ».
La nuit venue, Adam observa seul les étoiles. De Tulorim jamais il n'avait eu l'occasion d'observer un ciel aussi beau. Le jeune bourgeois aurait donné tellement cher pour que sa sœur, Sevenissia, puisse aussi profiter d'un tel spectacle. Il alla se coucher un peu tard et passa sûrement une des plus mauvaises nuits de sa vie. Sa couchette était si mince qu'il avait l'impression de dormir à même le sol. Mais le pire était les ronflements sonores du nain qu'il avait pour voisin. Jamais Adam n'aurait pensé qu'on puisse ronfler aussi fort. Le mage se faisait d'ailleurs violence pour ne pas reprendre son entraînement, et ce directement sur la barbe ou la couchette de Genas. Le lent mouvement des vagues finit petit à petit par le bercer, et il sombra dans un sommeil profond.

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Modifié en dernier par Adam Von Demorlys le mar. 12 mars 2019 21:30, modifié 1 fois.

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Adam Von Demorlys
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Re: Les Bateaux Pirates (X1 à X3)

Message par Adam Von Demorlys » mar. 12 mars 2019 21:30

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Dès le lendemain matin le jeune mage reprit l'entraînement, sous l'oeil attentif de ses deux compagnons et du capitaine pirate qui faisait de nombreux allers retours. Ce dernier, d'abord plus que réticent, avait fini par les laisser faire. Le sang pourpre avait un très bon niveau dans la maîtrise des fluides aqueux, et se faisait une joie de pouvoir intervenir sur le pyromancien si besoin. Bref, avec deux énergumènes qui n'attendaient que la première occasion pour l'arroser copieusement, Adam n'avait plus à s'en faire s'il commettait une erreur lors de ses exercices. Mais curieusement cela ne le satisfaisait qu'à moitié.

Adam se retrouva au même emplacement que la veille, au bout de la proue. Il avait réfléchi à un moyen de concentrer ses fluides lors d'un « lancer », et pensait avoir trouvé une solution. Plutôt que d'amasser bêtement une quantité de fluide pour ensuite tout relâcher d'un coup, le mage prévoyait de modeler cette énergie une fois qu'elle serait rassemblée. Lui imposer un mouvement de rotation afin de lui donner la forme d'une boule, qui sera alors bien plus compacte lorsqu'il la relâchera. Cette dernière aura alors bien moins tendance à se disperser.
Mais plutôt que d'utiliser la même quantité de fluide nécessaire à l'aura de feu, comme il l'avait fait la veille, le jeune bourgeois commença à se faire la main en concentrant une infime partie de son fluide au sommet de sa baguette. Grâce à ce catalyseur il arrivait à vraiment visualiser l'énergie qu'il mobilisait.
Après quelques secondes de concentration, le jeune mage vit donc la petite quantité de fluide briller au bout de sa baguette. Celle-ci était semblable à une petite flammèche, mais en un peu plus intense. Adam se focalisa alors sur cette énergie qui flamboyait légèrement au bout de son arme. Le jeune mage se sentit rapidement connecté à elle et tenta de la modeler. Il la fit tourner autour d'elle-même, décrivant des ronds qui partaient dans toutes les directions mais ayant toutes le même centre. Une petite boule prit alors forme au bout de plusieurs longues secondes. Satisfait, le pyromancien effectua un mouvement du poignet et envoya la minuscule boule dans l'océan. Même si elle n'atteignit pas les vagues, l'attaque était quand même allée plus loin que la veille, car plus concentrée et plus dense.
Tout d'abord content de lui, Adam sût qu'il pouvait mieux faire. Il répéta donc l'opération, mais prit le temps d'accélérer la rotation des fluides au bout de sa baguette. Il fallait en fait imaginer un point rouler sur lui-même, et ce dans diverses directions. Le mage se concentra ainsi. Au bout de quelques minutes, il fût satisfait de la forme qu'il avait donnée à la petite quantité d'énergie. Cette dernière formait une toute petite sphère flamboyante. Sans perdre de temps, il visualisa un point imaginaire parmi la vaste étendue d'eau et y lança le projectile. Cette fois-ci ce dernier alla bien plus loin, s'écrasant même sur l'eau, disparaissant ainsi dans un « pchhhh » de fumée.

Ca y est ! Adam manqua presque de brandir le point. Enfin il avait trouvé l'astuce, ne lui restait plus qu'à travailler sa technique pour la faire gagner en puissance et rapidité d'exécution. Il entendit Zack applaudir derrière.

« Voilà ! Comme ça ! Essaie avec plus de fluide maintenant. »

Adam hocha et fit à nouveau le vide. Cette fois il concentra au bout de son arme la quantité de fluide qu'il utilisait d'habitude pour l'aura de feu. La quantité d'énergie était soudain plus conséquente, et donc moins facile à modeler. Il fallut à Adam plus de temps pour former une sphère flamboyante, bien que la forme n'était pas parfaitement ronde. L'exercice était bien moins aisé car exigeait une plus grande maîtrise et donc concentration. Sentant cependant sa tête commencer à tourner, il projeta de suite la boule par dessus bord. La petite boule de feu fonça vers l'océan mais se dissipa cette fois avant d'atteindre les flots.

Se sentant perdre l'équilibre, le mage s'accrocha fermement au rebord du navire afin de ne pas chuter. Il se sentait vidé bien qu'il lui restait une toute petite quantité de fluide. C'était la première fois qu'il en modelait une si grande quantité, et cela avait nécessité bien plus d'application qu'il n'aurait crue.

Il entendit Zack et Genas accourir derrière lui afin de le soutenir chacun par un bras. Le jeune bourgeois leva cependant les mains dans un geste rassurant.

« Ca va ça va... Juste un coup de fatigue rien de méchant, j'ai peut-être un peu trop puisé. »

« C'est pas grave tu reprendras demain, en tout cas bravo t'as fait un très bon pas en avant. Continue comme ça maintenant travaille juste la vitesse et la précision. »

Adam hocha la tête, on ne peut plus d'accord. Il alla ensuite grignoter un morceau pour se requinqua et donna un coup de main à l'équipage le restant de la journée. Tous avait pas mal d'années de piraterie derrière eux et avait pas mal à raconter, que ce soit en souvenir du bon vieux temps ou pour la frime.
Le voyage se passa relativement bien. Il n'y eut aucune échauffourée avec d'autres embarcations et le temps était plus que clément, hormis juste une nuit où la mer fût assez agitée. Mais à part cela ils n'auraient pu rêver mieux.

Le lendemain Adam reprit l'entraînement, utilisant exactement le même procédé que la veille mais en prenant le temps de mieux modeler la forme de l'énergie puisée en boule. Pour se faire il accélérait la rotation au maximum et la relâchait lorsque cette dernière avait une une belle forme sphérique. Il fit deux mini tentatives histoire de se faire la main, et puisa ensuite la quantité de fluide nécessaire pour une aura de feu. Il réussit alors à projeter une petite boule de feu, plus concentrée que la veille qui s'évapora au contact des vagues. Cependant le jeune mage dût attendre le lendemain avant de faire un nouvel essai tant l'exercice l'avait épuisé.

Le jour suivant, maintenant qu'il avait acquis la manière de faire pour modeler une quantité de fluide en boule, le pyromancien travailla sur la vitesse d'exécution. Comme la veille il s'échauffa avec deux mini projectiles. Satisfait, il constata qu'il gagnait de plus en plus en rapidité au fil de ces exercices pratiques. Lorsque vint le tour du fameux troisième tour, celui où il puisait la quantité de fluide nécessaire à un sort, Adam s'étonna presque lui-même quand il réussit à modeler une boule de feu en une trentaine de secondes seulement. Gagnant en aisance, le jeune bourgeois arrivait désormais à faire tourner l'énergie concentrée au bout de sa baguette, bien plus rapidement et intensément. Ce fût alors une belle boule de feu qui s'écrasa sur les vagues, sous le regard enjoué du mage et les applaudissements de ses compagnons. Vidé, Adam avait cependant fait une bonne sieste de plusieurs heures pour se remettre un minimum sur pied. Le pyromancien avait l'impression de bien progresser et cela le motivait encore plus, restait maintenant à voir ce que vaudrait cet exercice en situation de combat réel.

Mais le cinquième jour, le jeune bourgeois ne s'entraîna pas. Il économisa ses réserves de magie car le soir même ils jetteraient l'ancre à Exech. Au fur et à mesure qu'ils approchaient, les nuages se firent de plus en plus sombres et menaçants. Le soleil disparaissait lentement derrière un horizon brumeux, et au loin de petites bâtisses commençaient à devenir visibles. Alors qu'ils préparèrent leurs affaires, le jeune mage remarqua que Zack se faisait moins bavard qu'à l'accoutumé.

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TGM
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Re: Les Bateaux Pirates (X1 à X3)

Message par TGM » lun. 8 avr. 2019 13:25

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"Debout là-dedans ! Il est temps de bosser."

Dans l'obscurité des cales où l'on m'a jeté, le borgne descend en hurlant avec une chandelle à la main. Tandis que je me relève du coin dans lequel je me trouve, je sens une intense douleur au niveau du crâne et réalise, en posant ma main sur la zone sensible, que j'ai une bosse douloureuse. Ces brutes m'ont jeté là comme un prisonnier, assommé contre le premier tonneau que ma tête a rencontrée, et voici qu'ils veulent me faire travailler. Sitôt qu'il me voit, le pirate m'attrape par le col et m'entraîne à l'étage supérieur. De part et d'autre d'une allée centrale, des rameurs manient par deux de longs manches en bois disparaissant hors de la coque pour sans doute se jeter dans l'eau. Vu d'ici, et cela se confirmera lorsque je le verrai de l’extérieur, le navire semble faire une vingtaine de mètres de longueur pour six ou sept de largeur. Très vite, je suis jeté sur un banc et le borgne m'ordonne de ramer, me menaçant du fouet. Ne sachant pas nager, je me devine bloqué sur ce rafiot jusqu'à la prochaine escale et préfère obéir plutôt que d'être fouetté durant des jours.

Nous n'avons besoin de ramer que deux heures avant que le vent dans les voiles ne soit redevenu assez puissant pour que nos efforts ne soient plus utiles, mais ces heures ont été largement suffisantes pour me vider de mes forces. On ne me laisse cependant pas me reposer, sitôt que nous cessons de ramer, chacun est envoyé à une autre tâche, la mienne étant de briquer le pont. Arrivé à l'extérieur, je reste stupéfait du spectacle qui s'offre à moi. Je ne vois que la mer à l'horizon, aucune terre, aucun repère. Les marins ne semblent pourtant pas inquiets et j'aperçois ce traître vicelard d'Ed Tatch utiliser ce qu'on m'indiquera être un sextant, que je devine être un outil de navigation dans ce désert maritime. J'ai l'impression d'être traité comme un esclave, mais les marins alentours, eux aussi affectés à diverses tâches pénibles, semblent s'en satisfaire. Loin d'avoir l'envie de sympathiser avec eux, je tends l'oreille pour récupérer la moindre information sur notre voyage. L'une des premières choses que j'apprends, c'est que les deux pirates qui ont partagé leur table avec moi et le capitaine Tatch, le borgne et celui à la peau sombre, sont ses seconds. J'apprends aussi que nous nous dirigeons vers Tulorim, cité qui m'est inconnue, et que nous en avons pour dix ou vingt jours de mer selon les vents. Avant la fin de la journée, je suis "invité" dans la cabine du capitaine, une véritable chambre sur le navire, un luxe auquel je pense qu'il est le seul à avoir droit. Lorsque j'entre, Tatch est assis à son bureau penché sur une carte.

"C'est pas tout près Tulorim, dommage que personne à Dahràm n'offre un bon prix pour ce que nous avons en cales."

Le capitaine pirate lève ensuite les yeux vers moi et me demande si j'apprécie mon premier jour en mer. Il n'a eu pour toute réponse qu'un regard noir et un silence entendu. Sa réaction me surprend, au lieu de s'énerver, il éclate de rire et déclare que "c'est bien normal" et que, comme la plupart de son équipage, je suis entré malgré moi dans la piraterie, mais cela me plaira et que je resterai dans cette nouvelle famille. Une famille, en ais-je seulement déjà eu une ? Depuis trop d'années pour que je les compte, je suis livré à moi-même, condamné à survivre seul, même si j'ai pu profiter de la sympathie de quelques êtres comme Kurgoth, Koërn ou plus récemment Deldrach. Il me raconte qu'en ce qui le concerne, il est entré dans la piraterie à mon âge, il y a bien des années, son navire de pêche ynorien ayant été attaqué par des pirates. Il a alors choisi de les rejoindre plutôt que de mourir et a réussi à devenir l'un des pirates les plus influents de Dahràm grâce à la bienveillance de Moura à son égard. Il me raconte également comment le borgne, son cuisinier, et aussi le seul capable d'utiliser ses casseroles en pleine tempête sans embraser un navire, l'a rejoint pour payer ses dettes et n'a plus voulu le quitter depuis, même s'il reste caché lors des combats à cause de sa blessure handicapante. Son autre second à la peau sombre, a été traducteur entre son peuple et des explorateurs du grand nord avant que le navire ne soit capturé par des pirates sur le chemin du retour. Il passe ainsi la fin de journée à me raconter comment chaque membre de son équipage a fini par choisir de vivre sur la mer et en vient enfin à moi. Il prétend avoir décidé de me piéger en m'entendant parler d'Omyre à Meredith comme si j'en arrivais. Je me contente de lui répondre d'un hochement de tête. Il déclare alors qu'il n'y est jamais allé, mais a entendu beaucoup d'histoire à son propos, qu'il a également vu comment les garzoks ont traité Darhàm lors du retour d'Oaxaca. Même s'il admet que les histoires exagèrent sûrement la cruauté qui imbibe la ville, il considère que si j'y ai survécu, alors j'ai "toutes les qualités et sans doute tous les défauts requis pour être un bon pirate". Voyant que je ne souhaite pas lui répondre, il rit de nouveau, me souhaitant de vite m'acclimater à ma "nouvelle famille" et de ne pas trop m'en faire, que j'y prendrais très vite goût, comme tous les autres.

Lorsqu'il me congédie, je remarque sur son bureau une petite bourse en cuir ouverte, à l'intérieur, non pas des yus, mais six dés, trois noirs et trois blancs. C'est en franchissant la porte de sa cabine que je suis percuté par une révélation : la couleur des dés, il a commencé la partie avec les blancs et n'a joué qu'avec les noirs après que la prostituée lui ait "porté bonheur". Ces dés me semblent alors être un formidable moyen de manger à ma faim et je me décide, lorsque nous arriverons à bon port, à m'en emparer et m'éclipser, après tout, je ne leur ai rien demandé à ces pirates. Ce soir-là et tous les autres, nous mangeons du pain sec avec de l'alcool et une soupe à base des poissons péchés dans la journée et des légumes achetés en ville avant le départ. Nous installons ensuite des hamacs dans la pièce où nous nous sommes assis pour ramer à mon réveil, puis certains se sont mis à jouer aux dés dans un coin pendant que les plus fatigués se sont endormis. Pendant le voyage qui a duré une douzaine des jours, j'ai également été de corvée de nuit, obligé de rester jusqu'au matin sur le pont en compagnie de quelques camarades sous les ordres d'un des seconds et du capitaine qui se sont relayés pour super viser les manœuvres que nous avons, tant bien que mal, effectuées dans le noir pour que le voyage se poursuive de nuit, malgré les dangers. Heureusement pour moi, ou peut-être parce qu'ils me savent inexpérimenté, les nuits ont été calmes et ils ont préféré me remplacer lors d'une nuit agitée. En si peu de temps, je n'ai pas encore bien compris comment fonctionnent les voiles avec toutes ces poulies. La plupart du temps, on m'a envoyé aider le chef en cuisine, briquer le pont ou aider à raccommoder les voiles durant mes tâches journalières.

1338mots

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Eldros Rougine
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Eldros Rougine » jeu. 19 mars 2020 22:01

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Le navire fend les flots à pleine vitesse, bercé par l’océan peu agité. Nous filons vers le continent glacé de Nosveris, poursuivant l’hiver et ses froides températures. La Baliste est comme neuve, le pont dénué d’échardes et de clous qui dépassent des planches de bois neuves. La coque est lisse et brillante, tranchant les vagues comme un couteau tranche la chair. Les voiles sont blanches, éclatantes comme des draps neufs, gonflés par le vent.

Nous naviguons depuis dix jours sous un vent favorable et Laeten n’a pas cessé de chercher des moyens de gagner de la vitesse. Néanmoins l’équipage ne montre pas de signe de fatigue, les équipes de gabiers s’échangent au moment des repas copieux et savoureux, repas qui participent au moral ascendant des hommes qui luttent contre le froid sans se plaindre malgré la destination précise inconnue. Pour ma part je tiens scrupuleusement l’inventaire, à la patate près, profite de mes temps de repos pour feuilleter le livre sur les légendes du monde et essayer d’en apprendre plus sur la magie qui me possède.

J’avais d’ailleurs découvert quelque chose d’assez intéressant. Le prêtre de Phaïtos avait parlé d’une légende concernant une larme de Thimoros transformée en pierre. Depuis ce jour je ne cessais de me demander ce qui pourrait faire pleurer le dieu du mal. La tristesse ? La colère ? La douleur ? Ou se pourrait-il que ce soit une larme venant d’un fou rire devant un massacre ? Plusieurs légendes concernaient Thimoros et certaines histoires seraient capables de tirer des larmes à n'importe quel mortel. Le bannissement de sa fille, les nombreuses batailles qu’il a dû livrer et dont les plus difficiles auraient pu lui tirer une larme de douleur comme dans le désert du Naora ou contre les créatures de son frère lors de sa quête de l’origine du dragon noir. Je ne pouvais mettre de côté aucune piste dans mon investigation. Cependant, une légende concernant le désert de Sarnissa avait plus qu’attiré mon attention. Les mythes en avaient malheureusement grignoté une partie mais les mots restants m’avaient indiqué qu’après la bataille, les Dieux versèrent tous des larmes sur le désert. Un indice plus qu’alléchant et suffisant pour me mener sur l’archipel de Naora.

Hélas, je suis pour l’instant coincé sur ce navire qui vogue vers une destination que je ne connais même pas, loin des navires de mon père. Laeten m’avait tout de même assuré que son attaque ne serait pas sans représailles mais que nous avions pour l’instant plus important à gérer. Une chose était tout de même certaine. Pour poursuivre ma propre quête à travers le monde, je devais avoir mon propre navire, mon propre équipage et cela pouvait se faire grâce à Oaxaca. Je mettais donc du cœur à l’ouvrage pour me faire remarquer, feintant la solidarité et l’entraide pour m’attirer une bonne réputation de la part de l’équipage. J’aidais au briquage du pont, au nettoyage du sous pont et même à l’épluchage des légumes. Des tâches indignes mais nécessaire pour venir à bout de ma mission. Je poursuivais également mon entraînement au sabre, assisté par un Varrockien, désigné par Dolvan, aux cheveux courts teintés par le soleil, prenant le même aspect mat que sa peau. La nuit tombée, j’étudiais un autre livre parlant de magie sombre que j’avais subtilisé à la bibliothèque du Mat d’Or. Les capacités que peuvent me fournir cette magie sont incroyables mais vont me demander beaucoup d’entraînement et de temps. Si seulement je pouvais m’y atteler durant mes journées au lieu de devoir faire semblant d’apprécier les matelots de Laeten.

« Capitaine ! »

Le cri de la vigie me fait lever les yeux vers le sommet du grand mat.

« Navire à tribord ! »

Je me tourne en suivant la direction qu’il indique avec son bras. Je met ma main en visière et en plissant les yeux je peux en effet apercevoir loin à l’horizon des voiles sombres qui disparaissent régulièrement derrière les vagues. Jiat s’approche du bord et jette un œil dans sa longue vue. Le silence se fait à bord le temps de son observation jusqu’à ce qu’il baisse sa longue vue et qu’un mince sourire fend sa joue.

« Messieurs. Voilà notre cible. »

Des cris de joies s’élèvent sur le pont, rapidement atténué quand un gabier hurle au capitaine qu’il voit un autre navire à tribord arrière. Les marins étonnés se dirigent vers le bord tribord pour observer d’eux même ce curieux intrus mais ils sont vite repris par le second.

« Restez à vos postes ! » Crache-t-il.

Il n’a pas besoin de plus pour se faire obéir. Situé sur le gaillard arrière, en haut de l’escalier de bois, observant le pont du haut de sa stature de sang pourpre grande et musclée avec son visage dur et son regard féroce.

« Capitaine ! Un troisième à bâbord ! » Annonce la vigie.

Les visages se tournent vers le troisième navire qui fonce droit vers nous avant que nos regards se croisent tous avec inquiétude. Le Maître d’équipage, Thekus Dolvan, le Whielois grand et fort aux yeux bleus et aux cheveux foncés jette lui aussi un regard vers son capitaine qui calmement observe les deux bâtiments en vue. Il replie ensuite sa longue vue pour descendre de la dunette et rejoindre son second qui s’écarte pour lui laisser la place.

« On dirait que nous avons de la concurrence. » lâche il avec un fin sourire.


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Eldros Rougine
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Eldros Rougine » ven. 20 mars 2020 22:52

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La Baliste est en effervescence alors qu’elle vogue à toute vitesse sur notre cible, large navire à trois mats et aux voiles noires. Sur la grande voile est dessinée un écu mauve coupé en deux par une large bande cyan, d’un côté de cette bande se trouve une araignée tandis que deux autres araignée sont de l’autre côté. La voile de misaine arbore le dessin d’une femme au corps d’araignée. Un tel engouement pour ces créatures à huit pattes me laisse penser qu’il s’agit d’un navire venant d’un port Shaakt. L’autre navire à tribord, semblable au notre au niveau de la taille, bien que plus usé, qui semble aussi l’avoir pris pour cible est identifié comme l’Intrépide, navire pirate du Capitaine Richard que Laeten avait définit, en le reconnaissant, comme excentrique mais honnête.

« Autant qu’un pirate puisse l’être en tout cas. »

Avait il précisé avec un sourire. Le bâtiment qui semble être à nos trousses le fait, en revanche, moins rire. C’est d’ailleurs sa préoccupation première et si nous cherchions à raccourcir la distance entre nous et le bateau Shaakt c’était surtout pour éviter de le perdre le temps de se défaire de notre poursuivant. L’Etincelle est un petit navire à deux mats, pensé et façonné pour la vitesse et la maniabilité. Sous le commandement de deux frères Gobelins la taille importait peu car les Sektegs étaient capables de s’y entasser pour monter un équipage d’une cinquantaine de ces foutues créatures. Mais Laeten nous avait surtout mis en garde contre les pyromanciens qui font partie intégrante de l’arsenal du navire.

Nous nous acharnons donc depuis à remplir des seaux d’eau que nous hissons jusqu’aux gabiers pour qu’ils puissent agir rapidement sur les flammes qui pourraient atteindre les voiles. La deuxième équipe a d’ailleurs rejoins le sommet des mats, de même que six moucheurs qui ont pris positions sur les plateformes en hauteur pour abattre rapidement les mages adverses. En ce qui concerne notre propre réserve de magie, j’étais étonné d’apprendre que nous avions peu de manieurs de fluide. Notre chirurgien possède des fluides de lumières, ainsi qu’un matelot possédant des fluides d’eau, portant le nom de Sanken Chelly, un Kendran d’âge mur qui passait son temps à mâcher de la chique et rafistoler les tonneaux.

Le Maître Artilleur beugle à travers le navire qu’ils seront bientôt à portée de tir. Notre capitaine incline la tête et son second nous ordonne immédiatement de nous tenir à notre poste. Nous rejoignons tous le bord bâbord alors qu’une première boule de feu s’écrase dans l’océan en provoquant un nuage de fumée et de vapeur.

« Attendez. »

Clame simplement haut et fort le Sang Pourpre qui est venu nous rejoindre avec le Maître d’équipage. Seul Laeten demeure sur la dunette avec le timonier qui tient le cap. Thekus Dolvan me bourre l’épaule en passant derrière moi.

« Accrochez vous monsieur Rougine, ça va secouer. »

L’Etincelle ne cesse de gagner du terrain et nous pouvons maintenant entendre les ricanements Sektegs alors que d’autres boules enflammées percutent le navire sans, heureusement, provoquer d’incendie.

« Qu’est-ce qu’on attends ?! » s’inquiète un matelot.

« On va finir carbonisés ! » s’insurge un autre.

« Silence imbéciles ! » rugit le Second avant de poursuivre. « Arbalètes ! Tenez vous prêts ! »

La Baliste est abruptement secouée, je suis forcé de m’accrocher à d’autres marins pour ne pas tomber sur le sol. Mon dégoût décuple ma rage déjà difficilement contrôlable. Le Capitaine hurle finalement de remonter la toile et de virer à bâbord. Les gabiers font leurs offices, assistés des matelots toujours à leurs postes malgré les violentes secousses. Ils tirent sur les ficelles jusqu’à s’en brûler les doigts alors que le navire effectue un virage qui renverse plus d’un tonneau. Les marins tiennent bon, arrimés aux mats, aux filets ou à la balustre. L’Etincelle se trouve un instant face au flanc alors que le navire pivote encore, évitant de justesse l’éperon du sloop. Nous sommes bord à bord, espacés de quelques mètres à peine. Manor Haath hurle de tirer et nos salves d’arbalètes répondent à leurs projectiles usées et leurs traits de feu. Les flammes sont rapidement éteintes par les nombreux seaux d’eau mis à disposition, assisté par l’aquamancien de l’équipage. Une secousse brutale agite les deux navires au point de faire tomber deux de nos moucheurs de leurs plateformes. Emporté par son élan, la proue de La Baliste venait de percuter l’Etincelle avec fracas, projetant des éclats de bois qui perforent les corps de nombreux Gobelins. Fort heureusement, la coque toute neuve de notre navire n’en a pas trop souffert mais à présent les deux navires se touchent et la mêlée allait commencer.

Nos tireurs d’élites font feu, abattant les Sektegs pyromanciens. Cinq d’entre eux s’effondrent mais d’autres continuent d’incanter leur magie infernale. Notre baliste de proue projette son carreau, brisant les deux mats du navire adverse d’un seul tir. Les grappins sont envoyés, l’un d’eux blesse le pirate à côté de moi tandis qu’un carreau d’arbalète frôle mon épaule. Je pousse un juron entre mes dents alors que les deux bâtiments de bois se rapprochent encore et encore. L’Etincelle, plus petit, disparaît de ma vision alors que les pirates adverses s’élancent sur notre navire. Ils sont cueillis par nos lames mais leur nombre et leur agilité permet de passer. La mêlée commence sur le pont alors que des flammes continuent d'atteindre les voiles. Je combats férocement, usant des techniques j'ai appris en compagnie du désormais Maïtre d'équipage. Un Sekteg hideux surgit devant moi, accompagné d'un second. Son sabre frappe le mien tandis que son acolyte tente de me prendre à revers. Je pivote pour ne pas offrir mon dos et parviens à esquiver une charge d'estoc guidée par la rage de ne pas être parvenu à réussir son déplacement qu'un imbécile aurait compris. Mon pied s'écrase sur sa face de porc, projetant son corps frêle contre le grand mât. Un carreau d'arbalète abat le gobelin qui me faisait face pour laisser sa place à un autre qui m'assaille de frappe avec deux sabres. J'esquive, je pare, j'esquive, les pied espacés, ma lame en avant, une main en retrait. Je remarque la différence avec mon premier abordage. Je me sens presque à l'aise, moins effrayé, un sentiment de plaisir parcours mon corps alors que je parviens à saisir une occasion de trancher une main imprudente du Sekteg qui à force de frapper commençait à ramollir l'allure. Il lâche son second sabre pour tenir son membre tranché juste avant que ma lame ne frappe son petit cou dans l'espoir de le décapiter. Malheureusement, séparé une tête d'un corps demande plus d'entraînement que je l'aurais cru. Un cri attire mon attention avant qu'un choc ne percute ma poitrine, m'envoyant valser au sol. Un autre Sekteg se dresse au dessus de moi avec un rictus mauvais, il se baisse soudainement pour éviter l'attaque d'un membre d'équipage venant à ma rescousse juste avant de l'éventrer. Je sens ses pieds poilus marteler mon torse, son regard pernicieux se plonge dans le mien alors qu'il s'amuse à écraser mes côtes. Je la sens à nouveau, cette force obscure qui s'agite dans mon sang. Je dresse ma main, projetant cette magie sombre contre cet être abject. La fumée ténébreuse frappe le visage du Sekteg qui s'écroule avec effroi. J'en profite pour me redresser et ressaisir mon sabre. Le gobelin se remet de mon sort pour éviter mon attaque. Nous croisons le fer, son agilité me fait perdre patience, le voir sauter à droite, à gauche. Je cherche en moi la manière de lancer un autre sort. Je canalise ma rage, ma haine et je sens la magie gonfler en moi. Je perçois ma main se recouvrir d'une brume sombre, je me concentre sur mon adversaire, qui fonce sur moi, profitant de mon manque de concentration sur l'épée pour la magie. Mon sort le frappe à nouveau, recouvrant son visage pour absorber sa vie. Sa charge est arrêtée, il recule, me laissant l'occasion de le toucher à l'épaule. Il réplique, entaillant ma cuisse. Je peste, je jure, je me jette sur lui alors que mon sort fait encore effet. Je le plaque au sol et le frappe. Le manche de mon sabre s'écrase sur son nez déjà déformé. Il peste à son tour, me crache sa salive jaunâtre au visage avant de m'envoyer valser d'un coup dans l'estomac. Il se retourne pour ramper sur le sol et rejoindre le bord du navire alors que son capitaine ordonne la retraite. Les marins exclament leur joie à travers des cris de victoire en voyant la fuite de ses êtres hideux.

« Coupez les liens ! Ouvrez moi grandes ces voiles ! Nous devons rattraper notre cible. »

Je me redresse et essuie la salive puante de mon visage avant de me servir de mon sabre, tranchant le lien entre les deux navires. Je remarque alors mon adversaire, pris au piège dans le filet qui descend sur son navire. Il m'observe comme un chiot laid qui implore la pitié, ma lame s'enfonce doucement dans sa gorge avant de s'en retirer pour le laisser doucement suffoquer dans son propre sang. Je l'observe avec fascination, le plaisir de le voir ainsi souffrir est indescriptible et j'en profite pleinement car l’équipage de l’Etincelle ne riposte pas à nos tirs, trop occupé à sauver ce qu’ils peuvent de leur navire tandis que La Baliste se remet lentement en mouvement.

« Conservez vos munitions ! Rechargez la baliste ! Remettez de l’ordre sur ce navire ! »

Les matelots se remettent rapidement au travail au rugissement du Sang Pourpre, amenant les blessés chez le chirurgien ou manipulant les voiles pour reprendre une vitesse capable de rattraper le navire qui parait maintenant inatteignable alors que l’Intrépide semble être à deux doigts de le croiser. Laeten est toujours sur la dunette, observant les deux navires au loin à travers sa longue vue. Ignorant totalement l’Etincelle qui présentait avant pour lui un risque important mais qui s’était avéré n’être qu’un obstacle rapidement surmonté.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 14 juin 2020 15:20

<< Précédemment

J'installai mes affaires autour de mon hamac sous le regard du mousse qui ne semblait pas trop savoir quoi faire pendant ce temps. Je gardai mes armes et mon argent sur moi. Je n'étais pas stupide au point de croire que mes affaires étaient en parfaite sécurité ici, aussi je ne laissai rien n'ayant trop de valeur. Je m'étirai avant de me tourner vers Jonas qui attendait sans me lâcher du regard. Il toussota lorsqu'il remarqua que je l'avais vu me fixer.

- Désolée, hum... Je te reconduis sur le pont pour la manœuvre ? Je dois être à mon poste...

- Oui, vas-y, je suis curieuse de voir ça.

Je lui offris un sourire engageant, mais il se détourna sans répondre, me laissant perplexe. Soit il n'aimait pas les shaakts, soit il croyait à l'histoire du capitaine. Pas plus avancée que cela, je le suivis à nouveau, remontant sur le pont où les marins remontaient la passerelle. Certains s'agitaient dans le gréement, d'autres finissaient de nouer des cordes où grimpaient dans la voilure via des échelles de cordes. Toute cette agitation m'interpellait, mais je fichais rapidement le camp du pont pour éviter de gêner et rejoignis Makan qui se tenait à la barre, caressant d'un air étrange, presque amoureux, son gouvernail. Mon regard perplexe face à son geste le fit sourire.

- Bah ! L'amour c'pas que pour les troubadours ou les donzelles, gamine. Moi, j'aime mon navire et il m'le rend bien ! Observe un vrai marin dorloter son vaisseau. Allez à la manœuvre les gars, on s'casse de c'port puant ! Larguez moi ces fichues amarres !

La clameur enthousiaste de ses hommes lui répondit tandis que les marins descendaient quelques-unes des voiles avant de remonter l'ancre. Makan s'occupa alors de nous faire sortir du port, profitant de la légère brise pour quitter le quai sans difficulté. Ce fut une expérience intéressante que de voir cet homme manœuvrer. Il bougeait les bras comme s'il ne faisait que caresser le bois de son gouvernail et, contrairement à mon premier voyage en bateau, je ne ressentis aucune secousse, pas la moindre petite embardée, rien. C'était comme si on glissait sur l'eau ou que celle-ci nous portait. Lorsque finalement nous fûmes suffisamment éloignés du port et qu'un autre bateau, sans doute celui d'Akram, se mit à nous suivre, la capitaine ordonna de foncer, toutes voiles dehors. Le ciel était clair et dégagé, la mer calme. Il se tourna vers moi.

- Reste pas là, tu verras rien, gamine. Va sur la proue, et profite du voyage. On en a pour quelques semaines avant de dégoter l'autre faisan avarié, autant trouver de quoi t'occuper.

Je suivis son conseil et traversai le pont pour m'installer à l'avant du navire, fixée sur les vastes étendues océaniques. C'était complètement différent du Naora, où les galères ne s'éloignaient jamais vraiment des côtes. Là il n'y avait rien, que du bleu à perte de vue, que l'odeur de l'iode et les légers soubresauts du navire lorsqu'il passait une vague, libérant quelques éclaboussure d'eau salée. C'était immense et magnifique et je restai là un moment, appuyée sur le bastingage, à profiter du vent, des odeurs et de la vue. Lorsque je m'en détournai finalement, je me sentis apaisée. J'aperçus l'autre vaisseau à tribord, voguant à quelques centaines de mètres de celui de Makan. Il était effectivement plus petit, plus fin, mais semblait plus rapide et maniable. Je l'observai quelques instants avant d'arpenter le pont pour rejoindre l'arrière.

Un des pirates vint me voir et je le reconnus. C'était un de ceux qui m'avait aidé lors de l'histoire avec les barons. Georg, c'était ça son nom, semblait amusé de me voir à nouveau dans les parages et espérait simplement que nous n'aurions à torturer personne cette fois. Je grimaçai en me souvenant de ce passage où Makan avait tranché l'oreille d'un type pour avoir des informations. Lui m'avait forcé à tourner la tête et m'avait plaqué ses mains sur mes oreilles. Un geste que j'appréciai encore davantage maintenant, même si j'avais fait bien pire depuis, finalement. Il me tapota le dos et me convia à ce qu'il appela « le premier soir », histoire de fêter leur départ comme il se devait. J'acceptai d'un sourire avant de chercher Makan tandis que Georg retournait à son poste.

Je trouvai Makan accoudé au bastingage, observant le ciel et la mer à tour de rôle.

- Alors ?

- C'est apaisant, mais c'est presque trop vaste.

Il éclata de rire. Un rire gras qui me fit sourire.

- Une belle description. Crois bien que nombreux sont ceux qui s'y perdent. Ça fait trente ans que j'écume les mers, je sais d'quoi j'parle. Mais dis moi un peu, gamine, t'est toujours vêtue de cette manière ?

Je baissai les yeux. Je portais mon armure et mes armes, comme de coutume, je me contentais donc de hausser les épaules.

- Si on veut, j'y suis habituée. C'est gênant ?

- T'fais c'que tu veux. M'est avis que le métal ça fait pas très bon ménage avec le sel. J'serai toi, j'garderais ça à l'abri.

- Je suis pas sereine à l'idée de laisser ça en bas, n'importe qui pourrait s'en emparer.

- T'en fais pas pour ça. Mes gars sont pt'être des pirates, mais ce sont pas des voleurs. Et t'es mon invitée, rien ne disparaîtra. T'as ma parole.

Je hochai la tête et descendis jusqu'à mes quartiers pour retirer mon armure. Juste habillée de ma tunique en lin et de mon pantalon en toile, je me sentais bizarre, surtout avec ma rapière et mon bouclier à la ceinture. Je me fis également une tresse, attachée avec un bout de tissu et tenu par mon serre-tête, avant de sortir. Je tombai sur Jonas qui me fixa de nouveau, les yeux écarquillés cette fois. Il ouvrit la bouche avant de faire demi-tour sous le regard amusé des quelques marins qui traînaient là, me laissant dubitative.

Après une heure de déambulation sur le pont, je commençai déjà à m'ennuyer, aussi, lorsque je demandais à Makan si je pouvais pas aider à faire quelque chose, il haussa un sourcil, dubitatif.

- Sans vouloir t'vexer, t'es pas marin, même si t'as l'air sacrément à l'aise... J'peux toujours demander à mes gars de t'apprendre quelques trucs quand ils ont l'temps. T'sais faire quoi ?

- Eh bien... me battre ? Danser. De la magie aussi...

- Danser ? Voyez-vous ça ? On verra ça alors... Pour le reste, ça va pas vraiment être utile dans l'immédiat... t'sais quoi ? Viens, j'ai une idée.

Il m'amena jusqu'au grand-mât et me pointa le haut, là où se trouvait la vigie.

- Grimpe.

Je le fixai, ahurie.

- Pardon ?!

- T'veux faire quelque chose ? Et bah il s'trouve que si t'peux monter là-haut et redescendre, c'est que t'as du potentiel, donc...

- C'est bon... j'ai compris. Et si je tombe ?

- Ne tombe pas.

Je fixai le haut du mât et souris finalement. Après tout, je voulais y grimper dès l'instant où j'avais mis les pieds sur le navire, c'était l'occasion parfaite. je retroussai mes manches et commençai à grimper à l'aide des cordes. Les premiers mètres furent relativement aisés. Plein de prises, peu de vent, j'étais pleine d'énergie. Quand j'arrivai au premier palier, par contre, les choses se gâtèrent. Plus ça allait, plus le vent semblait violent et plus les cordes semblaient se réduire. Allégée de mon armure, je ne fatiguais pas vraiment, mais j'eus le malheur de regarder en bas. J'eus la désagréable impression de me faire aspirer par le vide. Je remontai aussitôt les yeux, me concentrant plutôt sur le haut à partir de là. Mètre après mètre, je grimpai, franchissant les derniers avec une appréhension grandissante. J'atteignis finalement le poste de la vigie qui m'accueillit d'un sourire en me félicitant.

La vraie récompense, pourtant, ce fut la vue. Du bleu partout, des reflets scintillants qui rendaient parfois la mer trop lumineuse pour pouvoir la fixer et, lorsque quelques marins commencèrent à chanter sur le pont, puisque apparemment c'était l'heure, la musique ajouta un quelque chose que je n'avais pas envisagé. J'avais finalement hâte de découvrir la vie sur ce bateau. Ça avait l'air passionnant. J'avais simplement oublié que j'étais avec des pirates, ce jour-là.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 14 juin 2020 23:44

<< Précédemment

La vigie, un elfe blanc nommé Derian, me laissa occuper un peu le poste pourtant étroit. Ici le vent était plus frais qu'en bas, mais la vision des étendues océaniques valait largement ce petit désagrément. On pouvait facilement apercevoir la côté pourtant lointaine de l'Imiftil. Je la fixai un instant, prenant conscience que j'étais finalement partie et pas prête d'y remettre les pieds, le voyage pouvant durer longtemps. Je fixai la terre à l'horizon, me demandant où pouvait bien être Nyllyn en ce moment. J'avais hâte de régler mes affaires et de partir à sa recherche. Si je revenais avant elle, je n'avais pas l'intention de rester à l'attendre sans rien faire.

Pour le moment, cependant, je devais me concentrer sur ce que je faisais et il s'avéra que descendre était en fin de compte plus difficile que de grimper, de mon point de vue. J'avais toujours un peu peur que mon pied ne se coince et qu'un mouvement en me fasse basculer. Heureusement rien de tout ça n'arriva et je regagnai le pont sans encombre, satisfaire de l'expérience. Je n'étais pas totalement à l'aise, mais après quelques aller-retours, je me pensais capable d'être plus rapide et efficace. Makan s'entretenait avec son second et me fit signe d'approcher lorsqu'il m'aperçut.

- Déjà redescendue ?

Je haussai les épaules.

- Cela me faisait trop regarder en arrière. J'y retournerai un autre jour.

Cela le laissa pensif, mais il n'ajouta rien à ce sujet. Au lieu de ça, il me donna de quoi m'occuper. J'étais autorisé à aider les marins pour les tâches les plus simples et faire les plus complexes sous la supervision du second ou de lui-même. Je hochai la tête, comprenant parfaitement qu'on ne donne pas l'entretien des cordages à quelqu'un qui n'y connaissait rien. En gros je pouvais aider si on me le demandait, mais je n'avais aucune obligation et cela me convenait parfaitement.

- Cela dit, vu que tu peux grimper sans encombre dans la mâture, tu pourras filer un coup d'main quand on remontera les voiles, au besoin. On a d'bons gabiers, mais il en manquerait un ou deux, donc on t'mettra à l'essai quand faudra carguer les voiles.

- Carguer ?

- Replier les voiles s'tu préfères.

- D'accord !

Je n'étais pas la seule à devoir trouver de quoi m'occuper. Lorsque les marins ne travaillaient pas, certains dormaient, d'autres discutaient et certains jouaient. Six d'entre eux, assis, entouraient une caisse où étaient posés des gobelets. Curieuse, je vins observer ça de plus près. Ils mettaient des cubes en bois à l'intérieur, secouaient le gobelets et chacun donnait un chiffre avant que le meneur ne dévoile le résultat indiqué sur les cubes, provoquant joie ou frustration. Un des marins m'aperçut et me fit signe, attirant l'attention des autres qui firent de même. Je m'approchai et m'assis à mon tour, attirant aussitôt le meneur.

- T'as la fibre du pari... euh... Yla...

- Yliria. Je n'ai jamais joué à ça, mais j'étais curieuse.

- A la bonne heure ! Prenez vos paris messieurs, mais c'est la demoiselle qui lance les dés cette fois. Pour porter bonheur.

Il termina sa phrase d'un clin d’œil comique qui me fit sourire et je pris les dés en main avant de m'occuper de secouer le godet et de le poser sur la caisse. Chacun alla de sa mise et de son chiffre et lorsque tout le monde eut fini, je soulevai le gobelet, révélant les dés qui indiquèrent dix, tout rond. Il y eut cinq déçus et un meneur particulièrement satisfait qui m'offrit un large sourire.

- Un porte-bonheur je vous dis ! Tu veux jouer ?

J'acceptai et pris part au jeu. Les mises des paris étaient très faibles et le gagnant versait toujours la somme dans une boite en bois lustrée. On m'expliqua que c'était pour acheter de l'alcool à terre, les paris n'étaient là que pour le frisson du jeu. Je posai une vingtaine de yus sur la table, quatre fois la mise habituelle, sous leurs yeux surpris, annonçant fièrement le chiffre sept. Je perdis, évidemment, mais je m'en fichai complètement, je passai un moment agréable, alors le reste importait peu.

L'après midi fila comme le vent et lorsque le soleil se mit à faiblir, il fallut finalement réduire la voilure tandis que les marins allumaient nombre de lanterne aux quatre coins du navire. Je suivis un des fameux gabiers sur le grands mât et il m'expliqua la manœuvre. Il fallait se déplacer sur une vergue, l'espèce de poutre horizontale et replier la voile sans tomber. Je hochai la tête et, prenant garde à là où je mettais les pieds, j'avançai sur la vergue jusqu'à atteindre un des points demandés. Je me retournai vers le gabier pour apercevoir son regard médusé avant qu'il ne se ressaisisse et participe à la manœuvre, repliant la voile. C'était plus éreintant que je ne l'aurai imaginé, mais une fois fini, il y avait quelque chose de satisfaisant à voir la voile proprement repliée depuis le pont.

Soudainement, une mélodie venant d'un curieux instrument à vent, se fit entendre. Les marins sortirent une caisse entière empli de godets et une autre de bouteilles et le capitaine toussa, éleva la voix avant de démarrer le début des festivités. Sous les acclamations de ses hommes, il vida d'une traite son propre godet et chacun alla remplir le sien alors que d'autres instruments emplissaient l'air d'une mélodie entraînante. J'observai la scène, adossée au bastingage, mais Makan ne l'entendit pas de cette oreille et me tendit un verre avec un large sourire. Je grimaçai à l'idée. J'avais eu une fois l'occasion de goûter le genre de breuvage qu'il buvait, je n'étais pas très tentée par l'idée de renouveler l'expérience. En reniflant je sus aussitôt que j'allais détester cela, mais il n'en avait cure.

- ALLEZ ! CUL-SEC !

Sa voix tonitruante attira l'attention des marins qui se mirent à le suivre dans sa lubie, scandant « cul-sec » en me fixant.

(Cul-sec!)

(Ah non, mais tu vas pas t'y mettre!)

(Je trouvais juste ça approprié. Allez, de toute façon vu comment ils s'enfilent ça, ça ne doit pas être si horrible ou fort, sinon ils seraient vides écroulés sur le pont. De sacrée forbans ! Yaaarrrh !)

(Cela t'amuse, pas vrai?)

(Tu n'as même pas idée à quel point!)

Je pris une inspiration et obéis. Le liquide me brûla la gorge et le goût était à mi-chemin entre un truc ignoblement amer et une saveur de fruits trop sucrés. Je toussai à m'en arracher la gorge sous,les rires et les acclamations de l'équipage alors que Makan me donnait une grande claque dans le dos en me resservant un verre. J'eus mal à la gorge encore un moment, mais l'ambiance me fit bien vite oublier cela et je me joignis aux marins dans les festivités, sans rien boire de plus par contre. J'écoutai avec intérêt leurs chansons parlant de grands monstres, de contrées lointaines ou de demoiselles en détresse. Je souris en voyant Jonas, le mousse, présenter ses dons en acrobatie. Chacun y allait de son talent, amusant le reste des spectateurs qui semblaient déterminés à vider les réserves d'alcool. Je me sentais bien, légère et je n'avais pas rit autant depuis un moment. Lorsque Makan se présenta à son tour, je m'attendais à ce qu'il fasse quelque chose, mais au lieu de ça il me pointa du doigt.

- Paraît que tu sais danser ? Allez ! Chacun son tour.

D'ordinaire j'aurai refusé, mais j'étais trop prise dans l'ambiance et je ne réfléchis même pas avant de me lever. Je les prévins tout de même.

- Ne vous inquiétez pas pour le pont ou les cordes, ça ne risque rien, je contrôle.

Tous les marins me regardèrent sans comprendre avant que des exclamations de surprise ne retentissent lorsque mes mains prirent feu et que je commençai à danser en rythme avec la musique entraînante qui avait repris. Je pus rapidement entendre les marins taper dans leurs mains en rythme avec la musique ou m'encourager. Il y avait longtemps que je n'avais pas dansé de cette manière. Ça me libérait, je me sentais si bien pendant cet instant. Une chorégraphie toute basique, des arabesques et des rotations simples, mais cela suffit visiblement à l'équipage qui applaudit avec force lorsque je m'inclinai en terminant, le souffle court et des cheveux me tombant devant les yeux. Je me rassis sous les félicitations des marins les plus proches, le sourire aux lèvres, appréciant cette soirée qui semblait ne jamais devoir se terminer.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » mar. 16 juin 2020 21:57

<< Précédemment

En me réveillant, je fus accueillie par un mal de tête lancinant, une envie de vomir et un mal de ventre. J'ouvris difficilement les yeux et me frottai le visage en soupirant. Allongée dans mon hamac, je pris un certain avant de forcer mes muscles à agir pour me sortir de là. Là où le tangage de la veille ne me gênait pas, en ce jour je sentais chaque vibration et ce n'était vraiment pas agréable. Je baillai et finis par prendre le chemin du pont. La lumière de soleil m'aveugla momentanément, mais je pus rapidement constater que les marins étaient déjà en pleine activité, pas le moins du monde affectés. Je grognai. Tout ça c'était à cause de la soirée de la veille, à coup sûr.

J'avais finalement accepté un deuxième verre, emportée par l'ambiance, et visiblement mon corps me le faisait payer. Plus jamais. Je profitai tout de même de mon arrivée sur le pont pour humer l'air marin, chassant peu à peu la nausée, sans pour autant calmer le mal de tête. Alyah se moqua gentiment de moi, mais semblait tout de même ravie, pour je ne savais quelle raison. Je sentis mon ventre me lancer une nouvelle fois et soupirai, cherchant Makan des yeux. Je le trouvai finalement en pleine discussion avec leur guérisseur. En chemin, les marins me saluèrent tous chaleureusement, certains avec de larges sourires, d'autres avec le regard moqueur.  Je me demandai si j'avais la tête qui allait avec ma condition... La réponse me parvint aussitôt.

- Ah, gamine, t'voilà debout. Houla... t'as l'air d'avoir passer une sale nuit. Mal à la caboche peut-être ?

Le ton moqueur et le sourire de Makan me firent simplement soupirer, mais je hochai la tête. Le guérisseur aussi sourit et me tendit un godet. Je le fixai avec suspicion, mais il ne contenait que de l'eau claire que je bus d'une traite, reconnaissante. Cela ne calma pas vraiment le mal de tête, mais je me sentis tout de même mieux. Je demandai finalement un seau à Makan et me débrouillai pour aller prendre de l'eau de mer à l'aide d'une corde accrochée à la hanse, sous le regard de quelques hommes. Lorsqu'ils me proposèrent de profiter du soleil pour me laver à l'extérieur, je les regardai d'un air mauvais, les faisant rire. Je redescendis près de mes affaires et fis mes ablutions, me sentant rapidement mieux une fois propre. Je grignotai un morceau avant de remontée sur le pont, me sentant un peu mieux.

La journée, puis la semaine, qui suivit fut intéressante. J'appris plus en détail le travail de chacun. Sitôt mon entraînement matinal terminé, à l'abri des regards des marins, Je m'affairais sur le navire. Je passais beaucoup de temps en hauteur, parfaitement à mon aise sur les mâts, une fois la sensation de vide domptée. Cela surprit les matelots de me voir me balader sur les vergues avec aisance, mais le capitaine semblait surtout ravi de la chose et il me proposa même de m'embaucher si jamais l'envie de rester en mer me prenait. Je ne réfléchis pas vraiment à la question. J'appréciai la vie simple et le fait de voguer sur les mers, mais pirate ce n'était pas du tout quelque chose qui m'attirait. Loin de là. Il ne s'en formalisa pas, mais restait persuadé que je changerai d'avis. Je savais que ce ne serait pas le cas.

Au matin du huitième jour, le calme s'interrompit brusquement lorsque le capitaine aperçut de sombres nuages à l'horizon. Sans attendre, il fit attacher tous les objets risquant de valdinguer, fit réduire la voilure et les marins s'activèrent comme jamais pour faire face à ce que le vieux loup de mer pressentait comme une tempête. En une heure, le temps changea drastiquement. D'un ciel bleu et ensoleillé, il passa de noir et couvert de nuages, des éclairs zébrant le ciel dans un bruit de fin du monde tandis que les vagues devenaient de véritable falaises liquides et que des trombes d'eau se déversaient depuis le ciel. Nombre de marins furent renvoyés dans leurs quartiers, Makan ne gardant que le strict nécessaire sur le pont pour l'aider à la manœuvre. A nos côtés, le vaisseau d'Akram peinait lui aussi sous la furie de la tempête.

- Putain, gamine, rentre, tu vas juste te faire envoyer par dessus bord !

Je n'essayai pas d'argumenter cette fois, comprenant bien vite qu'il avait raison. A chaque fois que le navire passait la crête d'une vague, je me sentais légèrement soulevée du pont. Je me dirigeai fissa vers l'escalier descendant au niveau inférieur, rejoignant par la même les autre marins. Beaucoup s'occupaient comme si de rien n'était, jouant aux cartes ou au dés. Un était même en train de ronfler bruyamment, comme s'il n'y avait aucun danger. Mon regard se posa sur Jonas, recroquevillé dans un coin, l'air profondément anxieux. Je le rejoignis et il leva la tête vers moi lorsque je lui demandai s'il y avait de la place de libre. Il se contenta de hocher la tête et je m'assis à ses côtés. Je profitai de ce moment pour me sécher avec ma magie, soupirant de bien être en sentant mes vêtements lentement se réchauffer tandis que j'essorai mes cheveux sur le côté.

- Tu n'as pas peur ?

Je tournai la tête vers Jonas qui me fixai avec des pupilles dilatées. Je lui souris gentiment en terminant de me sécher les cheveux.

- Si, bien évidemment. Tout le monde a peur. J'ai très souvent peur au quotidien.

- Vraiment ? Tu ne le montres pas.

Je grimaçai, lui montrant mes mains qui tremblaient légèrement. Il écarquilla les yeux alors que j'occupais rapidement mes mains à autre chose. A me triturer les ongles, plutôt. Évidemment que j'avais peur, j'étais sur un morceau de bois au beau milieu d'une mer déchaînée sans rien pouvoir faire. Je sentais les embardées du navire à chaque vague, j'entendais le hurlement du vent et le tonnerre gronder, menaçant. N'importe qui aurait peur, je ne faisais pas exception, loin de là.

- Je ne le montre pas parce que ça ne va pas m'aider. Me mettre à sangloter, roulée en boule, ça ne va pas calmer la tempête et je préfère rester alerte si jamais on a besoin de moi. C'est normal d'avoir peur.

- Les autres disent que je suis un froussard. Ils se moquent.

- Ils se rassurent comme ils peuvent. Tout le monde a peur, seuls les fous ne ressentent rien.

- T'as l'air de t'y connaître.

- J'ai rencontré mon quota de cinglés ces dernières années. Et j'ai eu mon lot de terreurs aussi. J'ai appris à faire avec, à me contrôler pour ne pas juste céder à la panique. C'était ça ou... ou mourir.

Il me scruta, perplexe, mais je n'ajoutai rien. Je ne plaisantai pas et il finit par le comprendre.

- Moi qui pensais que les filles restaient chez elles, se mariaient avec un type bien et lui faisaient des gosses avant de s'en occuper. Tu sors du lot toi.

Je haussai les épaules, m'agrippant à une poutre lorsque le navire fit une nouvelle embardée.

- J'ai pas choisi. Tu as toujours voulu être pirate toi ?

- Non... en fait Makan m'a tiré d'un vaisseau esclavagiste il y a six mois et j'ai décidé de payer ma dette en restant en tant que mousse sur son navire.

Je hochai la tête, compréhensive, sans rien ajouter de plus. Cela l'intrigua.

- D'habitude les gens sont désolés, mais toi t'as l'air...

- Les gens sont désolés parce qu'ils ne savent pas quoi dire d'autre. La vérité, c'est qu'il n'y a rien à dire, c'est tout. Seuls ceux qui l'ont vécu peuvent comprendre ce que ça fait, et personne ne veut le ressasser sans cesse.

- Tu... tu as l'air de savoir de quoi tu parles.

- Je suis la fille d'un esclave et j'ai vécu la majeure partie de ma vie en tant que telle. Donc je sais de quoi je parle, même si j'avais un traitement à part. Makan t'as sauvé la vie...

Il resta silencieux un moment après m'avoir fixé avec le même regard que ceux qui comprennent, qui savent ce que ça fait que de vivre enchaîné, que les chaîne soient visibles ou non.

- Je sais... c'est pour ça que je veux faire partie de son équipage, même si je n'ai rien d'un marin. Je suis fils de palefrenier, à la base. Je me demandais, avec tout ton équipement martial...Tu es mercenaire ?

- Danseuse.

Il me regarda avec des yeux ronds, me faisant sourire. J'évoquai le cirque d'Exech, passant l'Opale sous silence. J'étais une danseuse, de feu et d'opale, pas une mercenaire, peu importe ce que les gens pouvaient imaginer. Tandis que nous parlions, le calme revint lentement et nous pûmes enfin ressortir sur le pont, ranger ce qui avait été ballotté par les vents et les vagues avant que, soudainement, un cri ne retentisse, attirant mon attention, puis mon regard.

- Navire en vue ! Navire à treize heure !

Des exclamations se firent entendre de toutes parts et Makan ordonna que le navire le prenne en chasse. J'eus beau observer le vaisseau au loin, rien n'indiquait que ce fusse notre cible. Lorsque je posai la question à Makan, il me répondit très simplement.

- Nous sommes des pirates. Un navire est toujours une cible.

Je jetai mon regard sur la forme qui devenait plus nette à mesure que nous en approchions. Akram et son navire aussi fonçaient dessus à vive allure, prêts à l'aborder. Stupidement, je n'avais pas envisagé que Makan et ses hommes allaient aborder autre chose que leur cible. Je m'étais lourdement trompée. Ils restaient des pirates. Et merde...

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » sam. 11 juil. 2020 13:40

<< Précédemment
Une vengeance écourtée.


- Makan ! Vous n'allez quand même pas les attaquer ?

Le capitaine et les hommes qui l'entouraient me regardèrent avec une certaine surprise. Ils avaient rapidement mis le cap sur le navire en vue, persuadés d'avoir affaire à une proie facile. Le vaisseau d'Akram fonçait lui aussi droit vers lui. Plus rapide, il y sera avant l'Impitoyable Vengeance de Makan, mais cela ne semblait pas le déranger. Il me fixa d'un air interdit avant de répondre.

- C'est not' gagne-pain, gamine. J'te demande pas d'participer. D'toute façon, il y a d'fortes chances pour qu'ils s'rendent avant même qu'on lance l'abordage. Les marchands tiennent à leurs vies.

- Et s'ils ne se rendent pas ?

- Et bien ce sont des imbéciles qu'ont choisi la mort.

Je serrai les poings, furieuse de voir avec quelle désinvolture il parlait de massacrer tout un équipage si celui-ci lui résistait. Autour de nous, les marins qui s'équipaient semblaient observer l'échange avec une certaine perplexité, comme si mon coup de gueule était hors de propos et parfaitement inattendu. Je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même, après tout, j'avais accepté l'aide de Makan, mais ça ne rendait pas la chose plus facile à accepter. Il sembla le comprendre.

- Écoute gamine, j't'en dois une depuis un bail, mais il est pas question que j'change ma façon d'faire pour plaire à tes beaux yeux. Si voir du sang t'répugne, va dans tes quartiers, on se débrouillera sans toi.


J'ouvris la bouche, outrée, mais le cri de la vigie signalant un pavillon blanc me coupa la parole et tout l'équipage cria victoire avant même qu'une lame ne soit tirée. Je ne lâchai pas Makan du regard tandis qu'il affichait un air victorieux, un léger sourire condescendant ornant son visage marqué par la mer et les années. Je me détournai, mal à l'aise à l'idée d'assister à ce qui allait ressembler à un pillage en règle, mais à peine le pied posé sur l'escalier menant aux couchages, je fis demi-tour. L'idée de passer la prochaine heure à imaginer ce qui allait se passer avec pour seuls indices les sons et voix qui n'allaient pas manquer de rugir ne me tentait guère. Incapable de me joindre à la liesse s'étant emparé du vaisseau tandis qu'il approchait de sa victime, je restai donc un peu à l'écart, mal à l'aise.

Lorsque les coques furent suffisamment proches, des grappins furent envoyés tandis que le vaisseau d'Akram cernait le navire marchand sur son autre flanc, faisant de même. Quelques pirates avaient sortis leurs armes, mais visiblement le combat n'aurait pas lieu, comme Makan l'avait prédit. L'équipage du navire abordé avait déposé les armes bien en évidence et se tenait dans un coin, rassemblé derrière un homme, probablement le capitaine. Je suivis le mouvement et grimpai sur le navire à la suite des autres, entendant les capitaines discuter d'une manière étonnamment polie, le marchand offrant une somme conséquente de yus en échange de sa vie et de celle de son équipage et ils convinrent des termes alors qu'Akram hurlait à ses hommes de fouiller le navire.

Tout semblait se dérouler calmement, à mon grand soulagement et je pensais à tort que tout se terminerait bien, mais un éclat lumineux attira mon regard. Au milieu de l'équipage, quelqu'un venait de tirer une lame et tentait de s'approcher des capitaines. Je devinai difficilement sa silhouette, mais je me ruai en avant sous les regards et exclamations étonnées des marins autour. A l'instant où j’atteignais le trio, la silhouette émergea de la troupe et fonça sur eux. Pendant un instant, plus rien d'autre ne compta et je me jetai sur le fou qui allait déclencher un bain de sang, roulant au sol avec lui. Je le projetai plus loin, me postant entre lui et sa cible, quelle qu'elle puisse être, et je me figeai.

Face à moi, il y avait une jeune fille. Elle avait les cheveux courts, un visage fin et crasseux, des vêtements semblables aux miens, mais je n'eus aucun mal à percevoir que ce n'était pas un garçon, à la façon dont elle se tenait. Elle aussi sembla un instant surprise et on s'observa un instant, chacune dans une posture méfiante, elle tenant fermement son surin dans la main, moi la main sur la poignée de ma rapière, essayant de lui faire comprendre du regard d'abandonner son projet. Elle se reprit bien vite, cracha sur le sol et se rua sur moi. Je grimaçai, ne voulant pas vraiment me battre et surtout pas verser le sang dans cette situation tendue. J'inspirai, me campai sur mes jambes et, lorsqu'elle porta son attaque, je me glissai sous sa garde et frappai son plexus solaire avec le pommeau de mon arme. Cela lui coupa le souffle et elle tomba à genoux, inspirant désespérément de l'air. Je ne voulais pas que les choses empirent, aussi lui murmurai-je quelques mots avant que les autres ne comprennent ce qui se passait.

- Arrête, il n'est pas nécessaire de faire couler le sang. Tu vas créer un bain de sang si tu...

Un hurlement de rage me coupa la parole alors qu'elle se jetait sur moi. Surprise, je basculai en arrière, heurtant le pont en grimaçant. J’écarquillai les yeux en la voyant lever son arme au-dessus de sa tête. Je réagis au quart de tour et une aura de feu m'entoura, la faisant couiner de surprise et la forçant à se dégager. Derrière nous, j'entendis des cris, mais pas ceux auxquels je m'attendais.

- Vas-y, gamine !

- 40 yus sur l'elfette !

Je retins de lever les yeux au ciel en me remettant debout. La jeune fille semblait soudainement désemparée, le visage pâle, le souffle saccadé. Ce n'était pas une combattante, ce n'était pas dur à deviner, mais elle ne semblait pas vouloir abandonner et je n'avais pas envie de la blesser. J'éteignis mon aura sous les exclamations déçues des pirates et l’œil méfiant de celle qui risquait de déclencher un massacre. Il y avait quelque chose dans ses yeux. De la haine. Une haine pure, viscérale, qui me fit froid dans le dos. Cela ressemblait bien trop à une vengeance. Quoi d'autre pourrait pousser quelqu'un a de telles extrémités ? Mettre en danger sa vie et celles d'autrui pour simplement tuer une personne.

(Cela me rappelle quelqu'un...)

(Je n'ai jamais mis personne en danger à cause de cela. Ce n'est vraiment pas le moment.)

À nouveau, elle me chargea avec l'énergie du désespoir, comme une folle furieuse. Pourtant, je ne voulais pas la blesser, mais je devais bien me défendre. Sa dague rencontra mon bouclier et fut déviée. Je la repoussai à nouveau d'un coup de pommeau, espérant qu'elle comprenne qu'elle n'aurai pas le dessus, mais, contre toute attente, elle taillada en reculant, zébrant ma joue d'une entaille douloureuse. Elle-même sembla surprise en me fixant d'un air étonné et je lus une nouvelle émotion. La peur. Elle n'avait jamais fait couler le sang, à mon avis. Je devais mettre un terme à tout ça. Je pris l'initiative cette fois, me ruant sur elle, évitant aisément sa maigre attaque avant de la désarmer, faisant voler son surin plus loin. Elle tomba à genoux, mortifiée et abattue et je soupirai d'un certain soulagement. Soulagement de courte durée lorsque la voix d'Akram retentit derrière moi.

- Et bien capitaine, un de vos hommes a tenté de s'en prendre à nous. Notre accord est donc caduque. Les gars, tuez...

- Akram !

Il tourna la tête vers moi, surprit par mon regard énervé.

- Il s'en est pris à moi et à moi seule. Je ne fais partie d'aucun de vos équipages, ce n'est donc pas votre problème. Restez en dehors de ça !

J'avais de bonnes idées parfois. Car c'était définitivement une bonne idée en voyant l'air exaspéré du pirate qui semblait dégoutté de ne pas pouvoir utiliser ce prétexte. Je pensais que tout allait se calmer, mais c'était sans compter sur l'autre folle furieuse qui se reprit et pointa Akram du doigt, ruinant absolument tous mes efforts.

- J'aurai ta tête, ordure !

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » sam. 11 juil. 2020 13:48

<< Précédemment

Lorsque la jeune fille s'adressa à Akram avec hargne, affirmant vouloir sa tête, il y eut un long et pesant silence à peine dérangé par le clapotis des vagues contre les coques, le bruissement du vent et le souffle court de celle qui venait probablement de signer sa mort imminente. Il la regarda d'un air neutre avant qu'un sourire n'apparaisse sur son visage. Un sourire qui me fit froid dans le dos. Il s'approcha, ignorant toute prudence et le regard meurtrier de la jeune fille.

- Vraiment ? J'aimerais bien voir ça alors que tu n'es pas capable de te débarrasser d'une elfette maigrichonne.


- L'elfette maigrichonne peut vous faire passer par-dessus bord....

Il sourit de nouveau, amusé cette fois par ma répartie, mais je n'étais pas dupe. Il tramait quelque chose, c'était évident. Il tira son sabre et je posai la main sur la poignée de ma rapière en le fixant. Contre toute attente, il jeta son sabre au pied de la jeune fille qui lui renvoya un regard noir en s'en emparant. Elle se releva et le pointa vers lui, les bras tremblant de fureur

- Vas-tu attaquer un homme désarmé ?

- Comme si vous ne l'aviez pas fait ! Je vais venger ma famille !

Elle se rua sur lui sans comprendre que c'était un piège sournois du pirate qui souriait de toutes ses dents. Je me mis en travers de son chemin, bloquai son attaque d'un coup de boucler avant de la désarmer promptement, le sabre tombant à un mètre d'elle. Elle se jeta sur moi, essayant de m'écarter mais je la repoussai avant de passer dans son dos et de la faire tomber d'un croche-pied sous le regard surpris de tous les hommes présents. Chacun y alla de son petit commentaire, tous étonnés de mes capacités de combat. Je les ignorai, fixant plutôt celle au sol qui me regardait avec colère.

- Reste au sol. Tu allais tomber dans un piège ! Ne lui donne pas une occasion de te faire du mal, et ce n'est pas en mourant bêtement que tu vengeras ta famille.

- Je n'écouterai pas une pirate !

- Je ne suis pas une pirate, justement. Une pirate t'aurait tué sans hésitation. Suis mon conseil, reste allongée. Tu mets en danger tout l'équipage en étant égoïste. Crois-moi, tu ne veux pas leurs morts sur la conscience, sinon cela te hantera toute ta vie. Si tu survis.

Elle ne répondit pas et ferma les yeux, le visage crispé. Je soupirai, soulagée de lui avoir fait entendre raison. Je jetai un œil aux pirates qui attendaient la suite avant que les ordres ne tombent et qu'ils ne reprennent la fouille du navire. Je restai à la même place pendant tout le temps que dura leur recherche. Ils remontèrent tout l'alcool, mais ne touchèrent pas à la marchandise ni aux vivres, excepté un tonneau d'eau claire. J'étais surprise qu'ils respectent l'accord passé avec le capitaine du vaisseau attaqué, mais tout de même soulagée que ce fusse le cas. Je tournai vivement la tête lorsque la voix de la jeune fille, toujours allongée au sol, me parvint. Elle était tremblante et triste et ses prunelles me fixaient avec une sorte de déception mêlée à de la résignation.

- Pourquoi m'empêcher ? Tu ne me connais pas...

Je haussai simplement les épaules.

- Parce que je fais ce qui me semble juste, tout simplement.

- Il mérite de mourir... ils le méritent tous !

- Ce n'est pas à moi d'en juger.

Elle resta silencieuse un moment, mais je pouvais sentir qu'elle faisait de son mieux pour se calmer. Je comprenais son sentiment, mais ne pouvais pas l'encourager. Tuer une fois brisait quelque chose. Ça avait du moins été le cas pour moi. Je n'avais plus été la même après la mort de ce type à Yarthiss, et ça n'allait pas en s’arrangeant. La mort semblait appeler la mort, mieux valait qu'elle s'en tienne aussi éloignée que possible et garde les mains blanches, vierge de toute trace de sang.

- Tu n'es pas comme eux.. pourquoi es-tu là ?

- Échange de bons procédés. Je dois me rendre quelque part et ils me devaient un service.

Elle me regarda avec des yeux ronds et je haussai à nouveau les épaules.

- Longue histoire. C'est quoi ton nom ?

- Elvia ? Toi ?

- Yliria. Tu peux te lever ?

Elle hocha la tête et je l'aidai à se remettre sur ses jambes. Je m'emparai du sabre resté au sol, préférant éviter qu'elle ne s'en serve à nouveau, mais restai près d'elle. J'avais bien vu les regards de certains des marins d'Akram et me méfiai de ce qu'ils pouvaient faire. Elle restait une fille et, en connaissant les mœurs des Sang-pourpre, mieux valait qu'elle ne soit pas seule tant qu'ils seraient sur ce bateau. Elle tentait visiblement de cacher ses formes, mais sa voix l'avait probablement trahie.

- On rembarque ! Allez plus vite bande de saumons d'eau douce !

La voix de Makan me tira de mes réflexions et je constatai avec soulagement que les pirates quittaient peu à peu le navire sans faire de vagues. Rassurée, je rejoignis Akram et lui tendis son sabre sans un mot. Il le prit, l'examina un instant, avant de le ranger dans son fourreau. Je vis clairement ses yeux vadrouiller derrière moi, probablement pour observer Elvia, mais ils revinrent bien vite vers moi.

- Évite de me défier encore, gamine.

- Je ferai ce que j'estime nécessaire, rien de plus.

- Tu es bien impertinente pour une crevette.

- Je n'ai pas peur de vous, Akram. J'ai combattu bien pire que des pirates, dans des endroits autrement plus dangereux que le pont d'un navire.

- Ne me sous-estime pas...

- Je vous retourne votre conseil...

Il me toisa un moment et je gardai mon regard fixé sur le sien. Il n'était pas question que je cède le moindre pouce de terrain face à lui. J'abhorrai les hommes comme lui, qui méprisaient les autres et les utilisaient pour leur plaisir ou leurs ambitions. Lui, par contre, finit par sourire en me tapotant l'épaule.

- Makan a raison, t'as un sacré caractère. Soit, je vais laisser ta nouvelle copine tranquille, mais j'espère te voir à l’œuvre contre notre vraie cible.

Il se détourna et remonta sur son navire sans plus de cérémonie. Je soupirai longuement. Tout s'était finalement bien fini cette fois, mais je sentais que tout n'était pas réglé avec Akram.

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » lun. 13 juil. 2020 01:09

<< Précédemment

Une vie de marin

Les deux navires pirates s'éloignèrent finalement, laissant leur proie intacte derrière eux avant de reprendre la mer, direction l'inconnu. J'observai en silence la silhouette qui rétrécissait à vue d’œil vers l'horizon, un sentiment étrange dans la poitrine. J'avais, de mon point de vue, fait le bon choix, mais me mettre Akram à dos n'était probablement pas la meilleure chose à faire. Je n'avais pas vraiment peur de lui, comme je le lui avais dit, mais il restait un pirate et nous étions au milieu de l'océan. Tout pouvait arriver. La seule chose qui restait, pourtant, dans mon esprit, c'était la certitude d'avoir agi selon mes principes et c'était tout ce qui importait.

Une fois le bateau hors de vue, je passai un moment à ne rien faire, le regard fixé sur la mer. Cela avait quelque chose d'incroyablement apaisant, toute cette étendue. C'était à la fois angoissant d'immensité et très calme. Un sentiment étrange, mais qui me changea les idées avant que je ne me fasse accaparer par Makan. Il avait l'air grave et je le suivis sans broncher jusqu'à sa cabine lorsqu'il me le demanda. S'il voulait revenir sur mes dernières actions, il pouvait toujours essayer, mais je n'allais certainement pas m'excuser. Je n'avais aucun compte à lui rendre et ce n'était certainement pas à lui de me dire quoi faire alors que j'avais évité un bain de sang. Pourtant il n'aborda absolument pas ce sujet lorsque nous entrâmes dans sa cabine.

Elle était toujours aussi encombrée que dans mes souvenirs. Les murs étaient recouverts de cartes et d'étagères pleines de bibelots et, plus étonnamment, de livres qui semblaient en bon état. Au centre, trônait son bureau où, là aussi, une carte était posée. De nombreux instruments étaient sortis et je reconnus sans mal un compas marin, mais ce fut bien la seule chose que je savais nommer. Il s'assit à son bureau tout en débouchant une bouteille dont il se servit une grande rasade avant de lever les yeux vers moi. J'étais restée debout et il me fit signe de m'asseoir. J'obtempérai sans un mot et haussai un sourcil lorsqu'il me présenta la bouteille. Était-il sérieux ?

- Ce n'serait pas ton premier.

- Je préfère ne pas retenter l'expérience. Vraiment.

Il ricana et engloutit en quelques gorgées l'alcool qu'il s'était versé. Je me demandais comment il pouvait garder la tête et l'esprit clairs en buvant ce genre de breuvage à toute heure, mais je gardai les lèvres closes. Ce n'était pas mon problème, tant qu'on arrivait à bon port sans s'échouer bêtement sur le premier récif croisé. Il reboucha sa bouteille et la rangea dans le placard situé dans son bureau avant de poser les yeux sur la carte.

- T'y connais quelque chose en navigation ?

Surprise par sa question, je niai de la tête et cela le fit sourire à nouveau avant qu'il ne se penche à nouveau sur la carte, me faisant signe de suivre sa main.

- Nous sommes dans cette zone. Il y a un fort courant qui va nous être favorable et nous gagnerons quelques nœuds si l'vent s'maintient encore une journée ou deux. Not'cible...

Il dévia son doigt vers le Nord-ouest et encercla une zone relativement large au Sud- Ouest de ce qui était apparemment le continent de Nirtim.

- … se situe dans cette zone. 'Fin ses attaques s'produisent dans les environs. C'est un p'tit futé, puisqu'il est à la fois trop loin d'Oranan et d'Kendra-Kar pour qu'les flottes des deux pays puissent agir efficacement. Ils refusent généralement le combat s'il n'le pense pas gagner d'avance.

- Comment vous comptez l'attraper alors ?

- La ruse, gamine, la ruse. Nous avons dérobé quelques pavillons au fil des années et j'crois qu'il aime particulièrement s'en prendre aux navires marchands voguant vers Kendra-kar, plus riches. Suffira d'l'accrocher au bon moment.

- Il ne va pas se méfier ?

- Peut-être. Mais s'il s'approche suffisamment, y s'ra trop tard pour lui. Akram a beau être une belle ordure doublée d'une crevure de Sang-Pourpre, il reste un excellent marin et son bateau est l'un des plus rapides qu'j'ai vu d'ma carrière. Une fois pris en chasse, il lui suffira d'le ralentir assez pour qu'moi et mes hommes puissions l'aborder. Voilà pourquoi nous travaillons ensemble. J'ai besoin d'sa vitesse et lui d'ma force de frappe.

Je hochai la tête, comprenant finalement pourquoi ces deux-là avaient décidé de faire équipe. Il reprit ensuite ses explications concernant la navigation et je l'écoutai attentive et surprise. Surprise par sa volonté de m'apprendre quelque chose alors qu'il n'avait absolument aucune obligation de m'expliquer quoi que ce soit sur sa façon de faire ou même sur les navires ou la navigation en général. C'était pourtant intéressant et je l'écoutai en silence, buvant ses explications sur le fait de prendre telle ou telle voie, de suivre plein nord et bifurquer au lieu de voyager directement vers sa destination, la différence entre latitude et longitude, l'importance de chaque instrument qu'il pouvait posséder. Un en particulier, un cercle gradué entourant une croix sur lequel était installée une sorte de bras mobile terminé par des pointes, retint mon attention.

- Un astrolabe, gamine. Normalement on l'accroche à une corde de sorte à ce qu'il soit perpendiculaire à la mer, mais j'le garde à l'abri quand on ne s'en sert pas. Et après, tu mets ton œil dans le trou de l’alidade, le bras qui bouge là, voilà comme ça, et tu peux déterminer la latitude en fonction du degré indiqué, du positionnement du soleil ou d'une étoile.

- Et c'est fiable ?

- En trente ans de carrière, me suis jamais perdu, gamine. C'est fiable.

- C'est incroyable ! Qui a inventé ça ?

- Aucune idée, mais on lui doit une fière chandelle, c'moi qui t'le dis.

Je hochai la tête et continuai à l'écouter expliquer le fonctionnement du sablier marin ou du compas nautique qu'il utilisait pour déterminer la vitesse du bateau. Lorsque son second, Dego, vint récupérer l'astrolabe pour prendre des mesure, il me fit signe de les accompagner et me laissa essayer l'instrument. Je me trompai de quelques degrés, mais je m'en fichai, c'était intéressant d'apprendre. Le second observait le capitaine avec un sourcil haussé et un sourcil en coin, ce qui attira mon regard, mais il ne dit rien et laissa Makan s'occuper des mesures et alla plutôt vociférer sur un marin qui baillait aux corneilles, tirant des rires à tous ceux aux alentours. Cela me tira un sourire. Ça aurait pu me plaire, la vie sur un bateau.

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » lun. 13 juil. 2020 01:20

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- Mange ça, gamine, ça fait plus d'une semaine qu'on est parti et j't'ai pas vu en manger un seul.

Il me tendit un fruit jaune et je haussai les sourcils en le regardant sans comprendre. Pourquoi voulait-il que je mange un fruit, soudainement ? Du moins ça ressemblait à un fruit, je n'en avais jamais vu de ce genre. Je le pris néanmoins avant de constater que d'autres avaient également prit un de ces fruits et s'employaient à l'éplucher d'une façon assez étrange, ôtant la peau tout en gardant l'extérieur, n'enlevant que la partie blanche qui se trouvait dessous. Makan faisait de même et je le regardai faire, surprise. Il finit par capter mon regard, avalant un morceau de la peau avant de mordre dans le fruit à pleine dents et de jeter un coup d’œil à celui que je tenais, encore intact, dans ma main

- Quoi, t'aimes pas les citrons, gamine ?

- Jamais goûté... pourquoi vous mangez la peau ?

- Le zeste, gamine, pas la peau. Et j'en mange parce que j'tiens à mes dents, pardi !

Je le regardai sans comprendre le rapport entre manger un citron et garder ses dents. Il mit quelques secondes à percevoir mon air interrogateur et leva les yeux au ciel, comme si cela était l'évidence même.

- Pour éviter l'scorbut, gamine !

- Le quoi ?

- Scorbut ! Bon sang mais tu vivais dans une grotte ? L'scorbut c'est la maladie du marin, on saigne des gencives, les dents pourrissent, on les perds et, pire, on peut en crever dans d'atroces souffrances, en crachant sang, tripes et boyaux. Crois-moi c'pas beau à voir.

Je fis une grimace dégoûtée et jetai un œil au fameux citron avant de tirer ma dague et d'imiter le geste du capitaine. Une fois la partie blanche séparée du reste, je mangeai le zeste. C'était amer et pas franchement très bon, mais je ne fis pas de commentaire à ce sujet, demandant plutôt le rapport entre le scorbut et le citron.

- Hmm ? J'en sais foutre rien,à vrai dire, on m'a appris à faire ça et j'ai jamais eu cette saloperie. Une histoire d'carences ou j'sais pas quoi. D'toute façon manger t'fera pas de mal, t'es toute maigrichonne.

Je levai les yeux au ciel en poussant un soupir exaspéré. Je faisais un mètre soixante et je vivais sur les routes depuis deux ans, forcément je n'allais pas avoir le ventre gras de ces nobles qui passaient leurs journées assis dans un fauteuil confortable à se faire servir des encas. Cette remarque revenait beaucoup trop souvent à mon goût, mais je ne me voyais pas voyager avec un garde-manger sur le dos, j'avais déjà suffisamment à faire avec mon équipement actuel sans m'encombrer de kilos superflus. Les rations me convenaient très bien et je profitais souvent des arrêts en ville pour manger plus et mieux. Ces derniers temps j'avais largement grossie en restant à la commanderie et en profitant des trois repas quotidiens. J'étais fine et musclée, pas maigrichonne. Cela eut le don de faire rire Alyah, mais elle se garda bien de toute remarque, pour une fois.

Imitant à nouveau Makan je mordis à pleines dents dans la chair du fruit avant de recracher aussitôt celle-ci sous l’œil hilare du capitaine. Par Meno, c'était bien trop acide ! Makan se payait ma tête en dégustant son propre fruit sans être le moins du monde incommodé par le goût très particulier de ce qu'il mangeait. J'eus le goût dans la bouche pendant un moment et l'acidité semblait collée à mes lèvres, ce qui n'avait absolument rien d'agréable. Et dire qu'ils étaient tous en train de manger ça comme si c'était du pain frais! Même Jonas semblait aimer ça et il me gratifia d'un sourire compréhensif quand j'en discutai avec lui, un peu plus tard.

- On s'y fait. J'avoue avoir eu du mal au début.

- Ah vraiment ?

- Non.

Il me lança un regard moqueur qui me tira une moue boudeuse. Si même lui se mettait à se payer ma tête... Il retourna à son poste et je me contentai de m'accouder à la rambarde du navire, fixant à nouveau la mer quelques mètres en dessous. Il ne fallut pas longtemps pour que mes yeux ne soient attirés par un mouvement juste sous la surface de l'eau. Là, à quelques mètres à peine du navire, une masse semblait se déplacer à une vitesse similaire à la nôtre. Difficile de distinguer quoi que ce soit, mais j'étais certaine de discerner les contours d'une créature marine de grande taille. Lorsque je me dirigeai vers Makan en l'en informant, il se contenta de hausser les épaules, arguant que j'aurais peut-être de la chance. Ne comprenant pas bien ce qu'il voulait dire, je continuai de fixer la créature qui, finalement, jaillit hors de l'eau.

Elle ne ressemblait à rien de ce que je connaissais, était massive et possédait de grandes nageoires et une queue qui frappa l'eau avec violence, provoquant un geyser qui parvint presque jusqu'au bateau. Ce dernier ne vira pas de bord, n'essaya même pas de s'éloigner ou de s'approcher de la créature qui semblait l'accompagner dans son voyage. Je n'avais jamais vu de créature de ce genre et je m'accoudai au bastingage, fixant avec un certain émerveillement cet animal marin gigantesque. Les océans étaient décidément pleins de surprises. Pour un peu j'aurai presque eu envie de sauter à l'eau pour en découvrir davantage, explorer un peu plus ce qu'il avait à offrir, mais la perspective de me retrouver au milieu de la mer n'avait rien d'enchanteur et je me contentai sagement d'observer l'animal qui restait là, à nous accompagner. J'entendis quelqu'un approcher et tournai la tête, apercevant le sourire de Jonas qui fixait la même chose que moi.

- Une baleine. Si c'est ce que tu te demandes.

- Elle est gigantesque ! Pourquoi elle nous suit comme ça ?

- Je sais pas. Par curiosité peut-être, ou par jeu. J'en ai déjà vu qui s'amusaient à s'approcher suffisamment près pour qu'on puisse presque les toucher. T'en avais jamais vu ?

- Non. Je n'ai pris la mer qu'une fois et je suis restée enfermée tout le trajet.

- Et bah espérons que ce trajet sera un peu plus sympathique.

- J'espère aussi.

Il était en bonne voie, malgré l'histoire du bateau marchand et la perspective de devoir mener un combat contre un autre navire de pirate. Je découvrais une vie totalement différente sur ce bateau, et, pour le moment, j'appréciais la plupart des petites choses qui s’offraient à moi. Cela tenait mes pensées éloignées de Nyllyn, du Naora,de mon père, de tout ce qui, une fois le soleil disparu derrière l'horizon, accaparaient mon esprit alors que je souhaitais simplement dormir. Alyah m'aidait à trouver le repos, murmurant des paroles de réconfort si jamais l'angoisse ou la tristesse devenaient trop difficiles à gérer alors que j'étais roulée en boule dans mon hamac, cherchant à tout prix un sommeil qui serait de toute façon agité. Sans elle, je pense que je serais devenue une boule de nerfs et d'angoisse permanente.

(Toujours là Yliria. Toujours.)

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » lun. 13 juil. 2020 01:28

<< Précédemment

Trois jours après l'attaque du bateau, quelque chose commença à semer une certaine angoisse parmi les marins. Certains disaient apercevoir une silhouette sur le navire. Une silhouette qui disparaissait et apparaissait sans le moindre bruit. Au début, ce n'était qu'un cas isolé, puis plusieurs marins commencèrent à dire la même chose et la rumeur d'une présence étrangère et 'inconnue se répandit avant de parvenir à mes oreilles lorsque Makan fit clairement comprendre qe tout cela n'était que des racontars. Avec ses mots à lui.

- Le prochain fils de catin vérolée que j'prend à déblatérer c'genre de conneries sur mon rafiot va faire un tour dans la mer, accroché par la poupe avant que je ne lui enfonce mon sabre dans l'cul ? C'est clair ?

Il y eut un silence suivit d'une acceptation unanime, mais je pouvais voir le regard anxieux de certains marins et décidai d'aller voir Makan pour lui proposer de découvrir si, oui ou non, il y avait quelqu'un ou quelque chose qui ne devait pas être sur son navire. Il faillit s'énerver lorsque je commençai à parler, mais finit par acquiescer après un soupir exaspéré.

- Et pourquoi penses-tu réussir à trouver quoi que ce soit ?

- Je vois parfaitement de nuit ou dans l'obscurité, donc je n'ai pas besoin de lampe et peu de chance de me faire remarquer.

Il fit une moue, me donnant ainsi carte blanche pour percer le mystère de l'étrange apparition et je hochai la tête, ravie d'avoir de quoi m'occuper l'esprit. Sous les conseils d'Alyah, j'allais voir le marin qui avait lancé la rumeur et lui demandai exactement ce qu'il avait vu. Une ombre, de nuit, alors qu'il sortait faire ses besoins naturels. Cela ne m'avançait guère, à vrai dire, mais il semblait véritablement anxieux et jurait que cette apparition n'avait rien à faire sur le bateau. J'en interrogeai d'autres et les description restaient globalement les mêmes. Une silhouette fine, drapée de blanc et qui semblait errer la nuit dans le ventre du navire. Personne ne l'avait vu à l'extérieur et elle ne semblait pas faire de bruits. C'était curieux.

J'attendis que le jour s'éteigne sans vraiment trouver d'idée quant à cette mystérieuse apparition et, forcément, les marins commencèrent alors à raconter toutes sorte d'histoire de fantômes. Ils attendirent que le capitaine regagne sa cabine après que les voiles aient été remontées et un cercle se forma dans les quartiers de l'équipage. Curieuse, je me joignis à eux, me demandant ce qu'ils allaient pouvoir raconter. Ayant déjà croisé des fantômes, des zombies, une banshee et autres morts-vivants, je n'étais pas vraiment effrayée par une seule de ces histoires, mais l'une d'entre elle me fit tout de même froid dans le dos. Celui qui la racontait, Rirkard, avait pris une voix basse et jetait parfois des coups d’œil autour de lui, comme s'il craignait que quelque chose ne se produise. Cela mettait vraiment dans l'ambiance et je sentis la chair de poule recouvrir mes bras.

- C'était il y a longtemps, près des côtes de Nirtim. Un jeune mousse était à bord d'un magnifique vaisseau, le Corail Pourpre et c'est lui qui raconta cette histoire. Son capitaine, un certain Djak, était une ordure qui traitait ses marins avec irrespect. Ils étaient sous payé, mal nourri, mais ils n'avaient nul part où aller, alors ils obéissaient, jour après jour. Une nuit, il y eut une tempête. Des éclairs zébraient le ciel, des vagues immenses ballottaient le rafiot comme s'il n'était qu'une brindille. Et au milieu de tout ça, le capitaine restait assis dans sa cabine, à siroter un verre alors que ses hommes mourraient dehors en tentant de garder le navire à flots.

Un murmure outré parcouru l'équipage, comme s'ils auraient bien voulu eux-même faire la peau au capitaine Djak.

- Puis la tempête cessa, soudainement. La mer déchaînée devint une mer d'huile et plus aucun son ne parvenait à qui que ce soit. Puis, dans un fracas de fin du monde, la mer s'ouvrit en deux, libérant la Bête. Elle engloutit les matelots, fracassa la navire et le broya entre ses immenses tentacules. Le capitaine pria tous les dieux, implora pour sauver sa vie sans penser à ses hommes. Et une voix lui répondit. Il avait été le pire capitaine pour ses marins, ne les avait pas sauvé, ne méritait rien de plus que la haine. Et c'est ce qu'il devint, la haine. Depuis ce jour, par les nuits sans lune, on peut l'apercevoir. Le Corail Pourpre, ses voiles déchirées, son équipages dévorant les vivants et son capitaine, monstruosité parmi les monstres, se nourrissant des âmes. Lorsqu'on l'aperçoit, il est déjà trop tard. Nul n'en réchappe. Il ne laisse derrière lui que vaisseaux fantômes, faisant disparaître les équipages, comme s'ils n'avaient jamais existé. Et lorsqu'il approche......

J'entendis plusieurs marins déglutir face à la voix du conteur qui faisait durer la chose, augmentant la tension.

- ...les vents semblent murmurer son nom ... Djack... Djack.. Djack...

Un frisson me parcourut l'échine alors qu'il répétait ce nom en boucle.

- Et alors que le froid s'insinue dans vos os, vous glace le sang, il vous attrape et murmure...

- CHIABRENA !

Une bonne partie des marins, captivée par l'histoire, sursauta, certains criant même de frayeur alors que celui qui avait hurlé éclatait de rire avec le conteur, fier de sa blague. Les insultes commencèrent à fuser de toutes parts et je calmai les battements de mon cœur pendant ce temps. Il m'avait fait sursauter comme tous les autres et je me sentis un peu ridicule de m'être faite avoir comme ça. Je m'approchai de lui, une question sur le bout de la langue.

- Il dit quoi, quand il t'attrape ?

- Aucune idée, l'histoire ne le dit pas puisque personne n'a jamais survécu une fois attrapé. Mais tout le reste vient bien de la légende du capitaine Djak et de son Corail Poupre, conter par le seul survivant, le jeune mousse dont l'âme ne put être aspirée, trop pure apparemment. Tu vas réussir à dormir, gamine ?

- Bien sûr ! Je n'ai pas peur d'une légende.

Son visage se fendit d'un sourire moqueur et je les abandonnai après cela, baillant à m'en décrocher la mâchoire. Je me mis en quête de mon hamac, slalomant entres les caisses et les tonneaux. J'avais hâte de dormir, mais un mouvement me fit m'arrêter et tourner la tête, les sens en alerte. J'aurai juré avoir aperçu quelque chose. Je fouillai les alentours du regard, remerciant mille fois mes yeux de Shaakt pour voir aussi bien qu'en plein jour. Je secouai finalement la tête sous le ricanement d'Alyah.

(C'est à cause des marins, leurs histoires me font imaginer des trucs.)

Les grincements du navire, le léger clapotis que l'on pouvait entendre à toute heure, c'était ça que j'avais perçut. J'en étais convaincue et repris mon chemin vers mon hamac. Puis soudain, quelque chose passa furtivement dans mon champ de vision, derrière des caisses. Aussitôt, mon cœur se mit à battre la chamade et je me ruai en avant avant de plaquer la chose qui était là. Elle hurla et j'écarquillai les yeux avant de parler, la faisant se figer en une expression surprise.

- Elvia ?

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » mer. 15 juil. 2020 12:56

<< Précédemment

Interdite, je fixai d'un air surpris la jeune fille que j'avais plaquée sur le sol. Je m'attendais à ce que cette histoire d'apparition ne soit qu'une manifestation de la beuverie des marins, mais certainement pas à ce que ce soit vraiment quelqu'un qui se soit introduit sur le bateau. Je la fixai un instant avant de me relever et de lui tendre la main. Elle plissa les yeux, méfiante, mais finit par attraper ma main et se releva en s'époussetant. Je regardai autour de nous, vérifiant que nous étions seules, avant de lui faire signe de ne pas faire de bruit et de me suivre. Je la menais jusqu'à mon hamac, pour être sûre de ne pas être vue, entendue ou dérangée.

- Par Meno, mais qu'est-ce que tu fais ici ? Comment t'es montée à bord ?

- Facile, j'ai juste grimpé quand vous partiez et je me suis cachée en attendant le bon moment. Pas question que je laisse passer ma chance de tuer l'autre bâtard de Sang-Pourpre !

- Tu sais qu'il est sur l'autre navire, pas vrai ?

Elle se mordit la lèvre, comme si elle était profondément vexée, tout en levant les yeux au ciel.

- Bien sûr que je sais, mais j'ai un plan ! Je veux être capable de le tuer ! Je dois donc m'entraîner pour y arriver et venger ma famille !

- Tu es montée délibérément sur ce bateau plutôt que l'autre où il vit ?

- Oui !

Je n'arrivais pas à comprendre sa logique. Elle semblait persuadée de faire le bon choix et d'être au bon endroit pour parvenir à ses fins alors que des centaines de mètres fait de millions de litres d'eau salée nous séparaient de sa cible. Soit elle était idiote, soit son cheminement de pensée m'échappait complètement.

- Et tu aurais fait quoi si un autre marin t'avais découvert ? Tu penses vraiment qu'ils vont t'accueillir à bras ouverts ? Je ne comprends pas ce que tu espères exactement...

- Que tu m'aides ! Tu es une des leurs, tu peux...

- Je t'ai déjà dit que je n'étais pas une pirate ! Et c'est ça ton plan ? Comptez sur l'aide hypothétique d'une fille que tu ne connais pas pour tuer un pirate sanguinaire ? J'ai besoin de lui en plus :

- Suffit que tu m'entraînes pour que je le tues plus tard! Tu sais te battre !

Je nageais en plein délire ! Elle pensait sincèrement que je pouvais l'aider, l'entraîner en cachette pour tuer quelqu'un alors qu'elle n'avait aucune expérience du combat et que j'étais tout sauf une professeure ? Je me pinçai l'arête du nez en soupirant face à son regard déterminé.

- Savoir se battre ne veut pas dire que je peux te l'apprendre ! Ça fait des mois que je m'entraîne sous la tutelle de vétérans et j'ai encore énormément de lacunes. Tu penses que je peux t'aider ? C'est impossible ! Renonce à ton projet !

- Jamais ! Tu dois m'apprendre à me battre ! Il le faut ! Je suis prête à tout !

Je ne savais juste pas quoi faire. Elle refusait d'entendre raison et se butait, persuadée que je pouvais l'aider alors que je n'en étais tout simplement pas capable. Excédée, je coupais court à son argumentation qui reposait surtout sur des « tu dois m'aider » et des « tu sais te battre », comme si cela étaient des arguments valables.

- Écoute... voilà ce qu'on va faire. Je vais dormir, et toi aussi. Demain, on ira voir Makan, le capitaine de ce vaisseau. Il n'aime pas vraiment Akram, peut-être que lui voudra t'aider. Si besoin, je plaiderai en ta faveur pour qu'il ne te jette pas par dessus-bord. MAIS... je ne t'aiderai pas à réclamer vengeance, parce que c'est une erreur qui va te coûter la vie. C'est non-négociable.

Elle ouvrit la bouche pour protester, mais je restai catégorique. Je n'avais pas envie de l'encourager dans son idée de vengeance. J'avais passé trop de temps à consumer ma propre haine avant de me rendre compte que cela me pourrissait la vie, il n'était pas question que j'aide quelqu'un d'autre à prendre le même chemin en lui donnant un moyen de parvenir à ses fins. Je haïssais ma tante et mes cousines pour ce qu'elles avaient fait, tout comme je pensais haïr ma mère alors qu'elle n'était en rien responsable. La colère m'avait aveuglée à un moment crucial alors que ma vie aurait pu prendre une direction totalement différente, peut-être plus simple. Je refusai de faire cette erreur une fois de plus, et encore moins d'aider quelqu'un à faire la même chose.

- Je saurai te faire changer d'avis !

Je haussai les épaules en me dirigeant vers mon hamac, déposant au sol mes affaires. J'étais fatiguée et je m'endormis rapidement après avoir donné une couverture et mon sac de paille à Elvia, histoire qu'elle dorme de manière un peu plus confortable que simplement sur le bois grinçant et parfois humide du navire. Elle avait semblé surprise, mais ce n'était pas parce que je refusais d'aider sa vendetta que je ne pouvais pas l'aider d'une autre manière.

Des heures plus tard, je me réveillai en sursaut, le front couvert de sueur et le cœur battant violemment dans ma poitrine. Le souffle court, je peinai à reprendre ma respiration tandis que deux yeux me dévisageaient avec surprise et une étonnante inquiétude. Je me passai la main sur le visage avant de me rallonger en soupirant, calmant peu à peu le battement de mon palpitant. Un cauchemar, encore un. Ils avaient un peu reculé après mon retour à la commanderie, mais depuis que j'étais sur le navire, ils étaient plus fréquents et j'avais du mal à passer des nuits calmes.

- Tu as souvent des cauchemars ?

Évidemment, j'avais réveillée Elvia. C'était elle qui me fixait, à la fois anxieuse et curieuse.

- Oui... C'est ce qui arrive quand on tue. On n'oublie jamais vraiment leurs visages et les nuits sont parfois difficiles.

- Je dormirai mieux une fois cette ordure six pieds sous terre, crois-moi. Au moins je saurai que ma famille est vengée et en paix.

- Es-tu sûre que c'est ce qu'ils auraient voulu ? Aucun parent ne peut souhaiter que son enfant se mette en danger pour le venger...

Mon père ne le voulait pas, je le savais maintenant. J'avais ouvert les yeux et j'aurai aimé l'aider à faire de même. Elle restait persuadée de faire le bon choix et je n'essayai pas d'argumenter à nouveau. Je baillai, épuisée, essayant de trouver à nouveau le sommeil, grommelant doucement lorsqu'elle ouvrit à nouveau la bouche.

- Tu as quel âge ?

- 43, presque 44... L'équivalent de 14 ans et demi si tu préfères.

- J'en ai 16... j'avais une petite sœur de ton âge, elle aussi faisait des cauchemars parfois.

Sans prévenir, elle se leva et s'installa dans mon hamac malgré mes protestations. Contre toute attente, il tint bon et elle plaqua sa main sur ma bouche, me faisant grogner.

- Arrête de râler ! Je t'aide à dormir, sois reconnaissante.

- Je ne vais pas t'aider pour autant...

- Considère ça comme un cadeau, d'une fille à une autre. Et puis t'as l'air sympathique, laisse-moi t'aider à mon tour.

En disant ça, elle m'entoura de ses bras et me serra contre elle, ses mains dans mon dos plaquant mon visage sous sa tête qui reposait sur la mienne. Doucement, elle caressa mon dos, cherchant à m’apaiser.

- Tu as bien fait de m'arrêter la dernière fois. J'étais devenue folle en le voyant... Merci.

- Tu devrais laisser tomber. Vraiment. Ça n'apporte rien de bon.


- On dirait que tu sais de quoi tu parles.

Je n'ajoutai rien et fermai les yeux. Je ne pouvais pas répondre à ça. Parce que je savais pertinemment que cela amènerai des questions auxquelles je n'avais absolument pas envie de répondre. Et, étonnamment, elle ne posa pas plus de questions et me laissa m'endormir sans plus de cérémonie.

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » mer. 15 juil. 2020 13:01

<< Précédemment

- Dis-moi, gamine, t'essaies d'te mettre Akram à dos ? Parce que j't'assures qu't'es en bonne voie.

Je soupirai face à la remarque de Makan alors qu'il dardait un regard ferme sur Elvia qui se trouvait à mes côtés. A mon réveil, j'avais ellipsé mon entraînement quotidien et était directement sortie sur le pont avec elle, attirant les regards étonnés de tout l'équipage. J'avais aussitôt été trouver Makan qui n'avait pas semblé ravi de voir la jeune fille à mes côtés. Il avait néanmoins écouté mes explications sans broncher et sans m'interrompre, gardant les bras croisés et une expression irritée sur le visage avant de placer sa remarque d'un ton acerbe.

- Je n'y suis pour rien ! Ce n'est pas moi qui l'ai incité à venir sur votre navire !

Si cela n'avait tenu qu'à moi, elle serait restée sagement sur l'autre navire marchand et aurait continué sa vie sans chercher à se venger, mais Elvia était toujours aussi déterminée et toisa le pirate d'un air insolent, mimant son expression et sa façon de se tenir. Cela fit hausser les sourcils du capitaine, probablement peu habitué à voir des jeunes filles avec un tel caractère. Il finit même par sourire lorsqu'Elvia lui servit le même plaidoyer qu'à moi..

- Vous allez vous entendre vous deux, vous êtes aussi butée l'une que l'autre. On n'a pas d'place pour une bouche de plus si elle ne travaille pas. Yliria c'est un cas à part, et même elle s'est proposée pour nous filer un coup d'main. Crois pas qu'on va t'garder pour tes beaux yeux, tu vas trimer comme les autres. Jonas ! Tu vas la gérer, elle sera sous tes ordres.

Le mousse hocha la tête, surpris, mais entraîna Elvia à sa suite sans poser plus de questions. Makan resta silencieux un moment avant de repartir dans sa cabine en grommelant contre la jeunesse. Rassurée sur ce qui allait advenir d'Elvia, je m'étirai en profitant du soleil matinal et de la douce brise marine qui faisait gonfler les voiles. Alyah me rappela à mon obligations quotidienne et je levai les yeux au ciel en me gardant de répondre. Je suivais à la lettre la feuille de route des exercices concoctés par Sorinion, mais je sortais à chaque fois avec les bras et les jambes douloureux, ce n'était pas vraiment agréable. Je continuai pourtant, jour après jour, sentant chaque fois mes muscles crier grâce après une heure de ces exercices que je qualifiai d'intensifs.

Je profitais donc d'une pause méritée, assise sur la proue du navire, les jambes pendues au dessus de l'eau, fermant les yeux face au vent chargé d'iode qui me fouettait doucement le visage.En nage quelques minutes avant, je me sentais déjà revigorée par les sensations que procuraient la mer et le voyage. Plus le voyage avançait et plus j'aimais de nombreux côtés de cette vie à voguer sur l'océan. Si j'avais pu choisir et me rendre compte de cela plus tôt, peut-être que j'aurai pu m'engager sur un bâtiment et parcourir le monde en naviguant sur les mers, peut-être même découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles terres, qui pouvait savoir ? Je ne me voyais pas pirate, mais exploratrice, vivant loin des combats et ne vivant que pour la mer et les voyages. J'étais persuadée que cela m'aurait plu.

Jour après jour, une sorte de routine s'installa. Entraînement pendant une heure chaque jour avant que je ne grimpe dans les cordages pour aider s'il y avait besoin. Elvia accompagnait Jonas partout et ils semblaient devenus inséparables, toujours collés l'un à l'autre. Elle n'avait pas abandonner son projet et ne cessait de demander à ce qu'on la forme au maniement des armes. Certains pirates, excédés, lui montrèrent comment lancer des dagues et je m'intéressai à la chose. Une planche posée contre un des mats servit de cible et Georg, apparemment celui qui visait le mieux, se chargea de la démonstration, touchant toujours l'endroit désigné sans même prendre le temps de viser correctement sous les appréciation des marins qui observaient.

Les jours puis les semaines passèrent ainsi et bientôt le premier mois depuis mon départ fut écoulé. Makan passait de plus en plus de temps au-dessus de ses cartes et chacun surveillait l'horizon en espérant finalement apercevoir la silhouette d'un navire. Je ne me plaignais pas de ce calme bien appréciable et profitai de chaque journée. J'avais même commencé à m'entraîner sur le pont, suivant les conseils d'Alyah. Que ce fusse pour l'entraînement physique pure ou pour la maîtrise de l'escrime, je le faisais toujours sous le soleil désormais, et non plus enfermée dans mes quartiers, à l'abri des regards. Forcément, j'attirai l'attention et, si je trouvais ça gênant au début, je finis pas m'y habituer, tout comme les marins. Seule Elvia continua de m'observer chaque jour, comme si elle espérait apprendre simplement en me suivant du regard.

(Je pense que tu devrais finalement l'aider un peu.)

(Je ne veux pas l'encourager..)

(Elle le fera, que tu le veuilles ou non. Je pense que si tu veux vraiment l'aider, le mieux serait de lui apporter quelque chose pour lui donner le moyen d'au moins se défendre, tu vois?)

(En quoi ça t'importe ? Je croyais que tu ne te souciais pas du destin des autres?)

(Des autres tant qu'ils n'influent pas sur le tien. Or, je pense que cette expérience te serait profitable.)

Les paroles d'Alyah tournèrent un moment dans ma tête et je finis par accepter l'idée. Je me mis en quête d'Elvia pour lui annoncer que j'acceptai de l'aider, à certaines conditions. Elle était encore fourrée avec Jonas et je commençai à les chercher lorsque j'entendis un bruit ressemblant à un cri. Je fronçai les sourcils et tirai ma lame en me ruant en avant parmi les caisses, glissant sur le bois du bateau, m'attendant à bien des choses, mais certainement pas à les trouver tous les deux, nus comme des vers, collés l'un à l'autre, Jonas dévorant la poitrine d'Elvia qui poussait de petits cris. Elle m'aperçut et me fixa avec un mélange de surprise et de gêne avant que Jonas ne fasse de même en captant le regard de la jeune fille. Pendant une seconde qui parut interminable, je me figeai alors qu'ils s'écartaient l'un de l'autre. Je me tournai, sentant mon visage chauffer violemment en couinant misérablement.

- J'vous laisse en paix...

(Expérience profitable...)

(Je ne pouvais pas deviner !)

Je remontai en toute hâte sur le pont sous les ricanements d'Alyah, affreusement gênée et essayai en vain de chasser les images de leurs deux corps nus de ma tête. J'en avais beaucoup trop vu à vrai dire. Des longues, très longues minutes plus tard, ils remontèrent et me rejoignirent, visiblement gênés eux aussi, et un long silence plana avant qu'Elvia ne brise le silence.

- Je... T'es fâchée ?

- Fâchée ? N... Non, juste... surprise, je... On peut ne pas en parler ? Jamais.

Ma demande les fit tous les deux sourire alors que j'avais les oreilles bouillantes. Je me raclai la gorge, tentant de faire disparaître la gêne de ma voix, sans vraiment y parvenir.

- Je... je venais pour te dire que je voulais bien t'aider. Par contre, je t'apprendrai juste à te défendre.

Cela sembla l'enchanter malgré tout et elle me serra contre elle en me remerciant, tirant un sourire attendri à Jonas. La façon dont il la regardait... Et le regard qu'elle lui renvoya...Ces deux-là semblaient vraiment amoureux et je n'avais rien vu. Je me promis d'enquêter. En espérant ne jamais retomber sur leurs moments intimes. Ce genre de trucs, ce n'était vraiment pas pour moi... Rien que d'y repenser, j'avais l'impression d'avoir les joues et le bout des oreilles en feu... Meno, un vrai calvaire !

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » mer. 15 juil. 2020 13:12

<< Précédemment

- Comme je te l'ai dit, je ne suis pas professeure, tu es sûre de quand même vouloir que je t'entraîne ?

- Sûre ! J'ai bien vu comment tu bougeais, tu étais rapide et tout le monde semblait surpris. Je veux pouvoir faire de même.

Je hochai la tête, mais soupirai intérieurement. Je n'avais aucune idée de comment commencer ni comment lui donner ce qu'elle recherchait. Pour l'occasion, un des marins lui avait donné un sabre avec lequel elle semblait plutôt à l'aise, le faisant tournoyer dans sa main avec adresse. J'avais beau me creuser la tête, je ne savais absolument pas quoi faire. Alors, en désespoir de cause, je lui demandant d'attendre un instant et et remontai finalement entièrement équipée, masque et armure en place, bouclier et rapière en main, sous les regards surpris de l'équipage et celui, plus anxieux, d'Elvia. Je me mis en garde face à elle, prenant une posture de combat défensive, bouclier pointé vers elle, ma lame en travers, derrière.

- Je veux savoir ce que tu sais faire, alors tu vas m'attaquer avec tout ce que tu as.

- Je... C'est pas dangereux ?

- Ne t'en fais pas, je ne te ferai pas de mal.

Elle eut une moue vexée alors que j'étais parfaitement sincère. Je doutai qu'elle puisse réellement me blesser si elle n'avait aucune expérience. Elle avait réussi à m'entailler la joue par surprise la dernière fois, mais là j'étais préparée comme pour un combat, ce n'allait pas être aussi facile pour elle de me porter un coup. Elle me fixa un instant et serra fermement le sabre dans sa main avant de se jeter sur moi en hurlant. Aucun mouvement réfléchie, juste un assaut brutal que je contrai rapidement en déviant sa lame de la mienne et, après un moulinet du poignet, la désarmai avant de frapper légèrement son ventre de mon bouclier. Elle se figea.

- Première chose. Ne hurle pas, ça aide ton adversaire à savoir ce que tu fais. Deuxième chose, cache tes intention, ne fonce pas avec le bras levé, là je savais parfaitement ce que tu allais faire et il était facile de te contrer. Et puis... foncer comme ça, vraiment... ne le refais jamais.

- Les pirates font ça, eux, j'en ai déjà vu.

- Ils cherchent à intimider pour éviter le combat. Là on parle du moment où tu n'as plus le choix et que tu dois te battre pour sauver ta vie. Quand c'est toi ou lui.

Elle acquiesça et récupéra son sabre en se remettant face à moi. Elle attaqua à nouveau et je sus tout de suite qu'il y allait y avoir un sérieux problème. Je ne savais tout simplement pas analyser sa façon de combattre. Tous mes mentors avaient eu leur mot à dire, m'avaient donné des conseils sur comment bouger, attaquer, feinter ou me défendre en fonction de ma carrure, de mes armes et tout ce qui en découlait. Mais moi, je n'avais simplement pas assez d'expérience pour donner des conseils aussi pointus et personnalisés à une complète novice. Elle attaquait avec violence, sans vraiment chercher à trouver une faille, comptant sur la force brute, ce qui avait peu de chance de fonctionner contre un adversaire aguerri en pleine possession de ses moyens. Et moi qui avait combattu exclusivement des choses ou personnes plus fortes que moi, j'avais plus que l'habitude de contrer ce genre d'assaut et elle termina rapidement le nez contre le bois du pont.

- Elvia... Je vais être honnête, je doute de pouvoir t'enseigner grand chose.

- Quoi ? Mais pourquoi ?

- Je... je ne sais pas comment faire, honnêtement. Ce n'est pas comme si je t'enseignais à lire ou écrire, là c'est différent. Tu avais l'air de bien réussir les lancers de dagues, je pense que tu devrais t'entraîner à ça, mais je ne pense pas être capable de t'enseigner vraiment. On peut toujours faire des passes d'armes régulièrement, mais ce ne sera jamais suffisant.

- C'est toujours mieux que rien. C'est gentil de m'aider.

Elle me sourit malgré tout et je hochai la tête. Chaque jour, je passai du temps avec elle, la laissant m'attaquer avant de répliquer. Je gardai toujours ma lame au fourreau, par peur de la blesser gravement et, au fil des jours elle semblait s'habituer à son sabre. Jonas nous avait également rejoint et participait aux entraînements sous l’œil amusé des marins qui travaillaient à côté. Leur relation à tous deux ne semblait pas avoir fuité et j'étais finalement la seule au courant. Un soir, par une nuit de pleine lune, alors que j'étais adossée à la rambarde et somnolait, je les aperçus, collés l'un à l'autre, se chuchotant des choses que je n'entendais pas, se câlinant tendrement. C'était adorable à regarder, mais j'eus un pincement au cœur en les voyant, sans vraiment le comprendre. Ils finirent par m’apercevoir et me rejoignirent, leurs joues rosies et les yeux brillants.

- On ne te dérange pas ?

- Non, pas de problème. C'est juste que j'aime bien l'air marin la nuit, surtout avec une pleine lune.

- Je vois...

Un long silence suivit leur arrivée et je finis par baisser les yeux vers eux deux, un sourire aux lèvres.

- Vous formez un joli couple.

Ils rougirent tous les deux, étirant un peu plus mon sourire.

- Tu devrais rester avec Jonas et oublier ta vengeance, Elvia. Ça ne les ramènera pas, ça ne les rendra pas fiers et ça n'apaisera jamais ta peine.

- Encore une fois... tu sembles savoir de quoi tu parles.

Je soupirai. Peut-être qu'elle pourrait comprendre.

- Mon père est mort il y a deux ans, assassiné. J'ai ruminé ma vengeance pendant ces deux ans et je n'ai pas pu faire mon deuil à cause de ça, je n'ai pas pu ouvrir les yeux et saisir une occasion de vivre autrement à cause de ça. J'étais aveuglée dès que cela faisait surface.

- Tu étais.. Tu ne l'es plus ?

- Non... Certaines choses sont arrivées et j'ai ouvert les yeux. J'ai souffert, mais je commence finalement à faire mon deuil. Je n'ai pas pardonné, je ne le pourrai jamais, mais je ne recherche plus la vengeance, ce n'est plus ma raison de vivre. Si je m'étais vengée, il serait rien resté après, je n'aurai pu que m'éteindre sans avoir rien accompli. J'ai trouvé un autre but et toi, tu as quelqu'un qui peut t'en donner un. Ne rate pas ça. Je sais à quel point c'est difficile, vraiment, mais plus tôt tu oubliera ta vengeance, plus vite tu pourras vivre ta vie.

- J'ai du mal à croire que tu sois si jeune quand tu parles...

Je pouffai à sa réaction.

- Honnêtement j'ai bien plus mûri ces deux dernières années qu'en quarante ans, alors moi aussi. Je ne te demande pas d'oublier, juste de vivre pour toi et non pas pour les morts.

- Je vais y réfléchir.

Je hochai la tête et reportai mon regard sur la lune qui nous surplombait en cet instant. Sithi puisse en être témoin, je voulais avancer, me libérer de ce passé, enfin. Et si sur le chemin je pouvais aider d'autres à faire de même, je n'allais pas m'en priver.

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » ven. 17 juil. 2020 18:30

<< Précédemment
Rage au dessus des flots.

La routine continuait sur le navire tandis que les vivres commençaient à diminuer et que le rationnement commençait doucement à apparaître, notamment sur l'alcool. Les marins pêchaient bien plus qu'auparavant et je me surpris à apprécier les étranges poissons colorés que certains remontaient de leurs filets. Tout un, un genre de boule pleine de pique avec une grosse bouche et de toutes petites nageoires qui me laissait une sensation étrange en le regardant, mais avec un goût particulièrement savoureux. N'étant pas une cuisinière, je ne pouvais qu'apprécier ce genre de repas, bien rare lorsque je voyageais seule. La désillusion qui accompagna le goût du poisson était à la hauteur. J'étais la seule à en manger, ce qui m'étonna, mais tira un sourire à Makan.

- Mal préparés, ils sont emplis de poison mortel.

Plusieurs marins éclatèrent de rire en voyant mon expression. J'en aurai étripé certains cette nuit-là, à force qu'il se paient ma tête à croire ce que le capitaine avait osé sortir. Le voyage continua pourtant, avec les entraînements, les manœuvres et les soirées plus ou moins arrosées. Je fis une nouvelle fois un démonstration de danse qui plut aux marins et accueillit avec grimace le verre tendu par l'un d'eux, accompagné d'un sourire moqueur. La migraine de lendemain de la première soirée m'avait amplement suffit, l'alcool, très peu pour moi.

Après plus d'un mois à naviguer, je commençai à me demander si nous allions vraiment réussir à tomber sur cette fameuse cible. Et c'est pas un après-midi des plus habituels que les choses se précipitèrent soudainement. Au début, un simple appel de la vigie concernant un navire en vue. Il était encore loin, mais semblait s'approcher de nous. Comme Makan me l'avait expliqué, il avait fait dresser le pavillon Kendran pour leurrer celui que nous cherchions. Installée sur la vergue du grand mât, en train de vérifier les cordages à la demande de Makan, j'eus rapidement les yeux rivés sur le navire aperçu. Il semblait aller vite et droit sur nous, mais difficile de jauger à cette distance. Je terminai mon travail et redescendis pour le dire à Makan, trouvant celui-ci en pleine observation à la longue vue. Il arborait un air grave en me tendant l'outil.

- Regarde son pavillon.

J'obtempérai, fixant tant bien que mal le navire, puis le haut du mat principal. Se tenait un pavillon entièrement noir, décoré d'un crâne doré surmontant deux sabres couleur ivoire. Un drapeau typique des pirates, de ce que je pouvais en juger. Je jetai un œil à Makan qui comprit ma question muette.

- C'est lui. On dirait qu'il mord à l'hameçon. C'est presque trop facile....

Je jetai un nouveau coup d’œil au navire. Un trois-mâts aux immenses voiles noires et à la figure de proue représentant une femme aux bras levés, les deux mains tenant une sorte de jarre. Une proue un peu étrange à mon sens, mais ce qui m'inquiétait, c'était de voir que le vaisseau nous fonçait dessus sans aucune hésitation. Toute à mon observation, j'entendis Makan hurler ses ordres, repris par le second, Dego. Aussitôt, ce fut le branle-bas de combat sur le pont, chaque marin allant s'équiper et se mettre à son poste. Certains chargeaient les scorpions ou la baliste à l'arrière, d'autres se perchaient dans les cordages. La tension était montée d'un cran après les ordres de Makan. Tout le monde savait que l'affrontement était proche.

Comme prévu, Makan faisait mine de fuir le vaisseau pirate, Akram semblant l'escorter. Le vent était de côté et l'autre navire se rapprochait inexorablement, tirant un sourire carnassier au capitaine de l'Impitoyable Vengeance qui se frottait les mains. J'avais profité de ce moment pour m'équiper, enfilant armure et masque, rapière au fourreau et bouclier à la ceinture. J'avais croisé Jonas et Elvia qui semblaient en grande discussion houleuse et m'étais approchée d'eux, inquiète.

- Je ne vais pas attendre à ne rien faire, Jonas ! Hors de question !

- Je ne veux pas que tu sois en danger ! Merde, tu peux comprendre, tu n'es pas une pirate !

- Et tu ne l'es pas plus que moi ! Je ne vais pas...

Je coupai court à leur dispute en attirant leurs regards surpris.

- Jonas, veille sur Elvia. Ne sortez pas des quartiers de l'équipage.

Il ouvrit la bouche avant de me détailler de haut en bas, ses yeux s'arrêtant un peu sur le masque qui ornait le côté de ma tête.

- Mais le capitaine...

- A autre chose à faire que remarquer ton absence. Je lui dirai que je t'y ai contraint s'il demande. Protégez-vous l'un l'autre et ne sortez pas avant que je ne vienne vous chercher.

- Mais et toi ?

J'enfilai mon masque en haussant les épaules, faisant mine d'être détachée de tout cela alors que j'avais les mains moites par l'anxiété et le cœur qui tambourinait si fort que je le sentais dans mes tempes.

- Restez cachés et, si les choses tournent mal, foutez le camp, sans un regard en arrière. Restez ensemble, quoiqu'il arrive.

Ils me fixèrent, ahuris, mais je vis Elvia serrer la main de Jonas et elle hocha la tête avant de l'entraîner dans le cœur du navire. J'inspirai avant de sortir, me dirigeant d'un pas vif vers Makan qui observait toujours le navire qui approchait un peu plus à chaque seconde. Je restai là un instant, gardant mon calme en inspirant profondément, attirant l'attention du capitaine.

- Peur, gamine ?

- Comme à chaque fois que je dois me battre. Ils ne vont pas se rendre, pas vrai ?

- C'peu probable... bien peu d'pirates acceptent d'être prisonniers, même d'autres pirates. Au mieux on peut les enrôler s'ils savent qu'ils seront bien traités, mais les autres s'battront jusqu'à la mort. De ce qu'j'en ai entendu, Malfred est plutôt du genre sanguin et sanguinaire, il va vouloir faire couler l'sang.

- A quoi on le reconnaît ?


- Oh, c'est facile, c'est un mi-garzok, mi-shaakt. Un genre d'brute épaisse sadique qu'a pris du pire des deux races. Apparemment il torture ses prisonniers avant d'les donner en pâture à des créatures marines qu'il a attiré avec le sang des pauvres hères qu'il a torturé. Ce s'ra un combat à mort, gamine.

Je déglutis, une bile acide remontant dans ma gorge, et mon estomac se retourna d'autant plus violemment quand, après m'avoir tapoté l'épaule, Makan se mit à la barre et fit brusquement virer son navire de bord pour se mettre face au navire de Malfred. La poursuite était terminée, l'affrontement allait être brutal et, perdue au milieu de tout ça, j'hésitai encore sur ce que je devais faire, concrètement.

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » ven. 17 juil. 2020 18:54

<< Précédemment

L'Impitoyable Vengeance fendait les flots, fonçant à toute vitesse sur sa cible, le vaisseau d'Akram sur son flanc bâbord, prêt à lui prêter main forte. En face, l'autre navire ne faisait pas mine de rebrousser chemin. Il avançait toujours aussi vite et je pouvais désormais apercevoir des silhouettes dans le gréement. Makan était toujours à la barre, dirigeant la manœuvre d'une main experte, coupant la route du bâtiment adverse avant de se ruer sur son flanc. Les deux navires entrèrent en collision, leurs flancs raclant l'un contre l'autre dans un effroyable bruit accompagné de brusques secousses qui en firent tomber plus d'un. Et, sur un ordre du capitaine, un déluge de tir s'abattit sur le navire. La baliste tira la première, perçant le bois avec une facilité déconcertante, son tir entamant le mât principal du navire avant de se ficher profondément dans le second. Les scorpions et arbalètes provoquèrent de nombreux cris de douleur avant qu'une volée ne réponde, touchant des marins sur notre navire. Un trait me frôla et me sortit enfin de mon inaction.

Le cœur battant contre mes temps, je tirai finalement ma rapière et courus vers le bastingage d'où les marins envoyaient grappins et cordes pour stabiliser les navires. Curieusement, les marins d'en face faisaient même chose et ce fut l'un d'entre eux qui aborda le vaisseau de Makan en hurlant. Armé d'un cimeterre, il balaya l'espace devant lui, obligeant les marins à reculer. Il était grand et torse nu, exposant des muscles saillants et d’impressionnantes cicatrices. Il n'était ni humain, ni elfe. Verts, des dents proéminentes dépassant de sa mâchoire carrée, il dardait un regard vicieux sur les marins alentours en poussant un cri guttural. Un Garzok. Je n'en avais jamais vu, mais cette vision correspondait à ce que j'avais entendu d'eux. Je me ruai en avant, plaquant mon masque sur mon visage juste avant de dévier l'attaque qu'il tentait de porter à l'un des marins blessés. Il me fixa un instant et me chargea en représailles.

Il était grand, et bien plus fort que moi. J'avais donc toutes mes chances. J'évitai son impressionnant balayage en me plaquant sur le sol et frappai son mollet de ma rapière, le perçant de part en part avant de me redresser d'un bond alors qu'il grognait de douleur. Partout autour de nous, les combats prenaient place et les cris de guerre et de douleur emplissaient l'atmosphère alors qu'une nouvelle secousse nous fit tituber. Akram se joignait à l'action de l'autre côté du navire attaqué. Nullement impressionné, le Garzok se rua à nouveau sur moi et je fis de même, sa lame ripa sur mon bouclier tandis qu'il évitait de justesse ma rapière en sautant sur le côté. Un corps chuta non loin de nous alors qu'il assénait un violent coup vertical, sa lame s'enfonça profondément dans le bois du pont, là où je me trouvais juste avant. Il prit mon bouclier dans la mâchoire et tituba jusqu'au bastingage, crachant du sang. Il rugit, mais je n'attendis pas plus et ma rapière trouva chemin de son torse. Il sourit et empoigna ma lame tout en levant la sienne. Je ne parvins pas à la dégager et reculai en lâchant mon arme, évitai son coup de justesse, ne récoltant qu'une entaille sur l'épaule. Je tirai ma dague et revins à la charge. Je feintai une attaque de front avant de brusquement sauter sur le côté et, m'aidant du bastingage, atteignis sa gorge où j'enfonçais ma dague jusqu'à la garde.

Les pupilles du géant vert se dilatèrent et perdirent leur éclat. Je rengainai ma dague et récupérai ma rapière avant qu'il ne s’affaisse contre le bois. Le souffle court, je regardai autour de moi. Le combat s'était déporté sur le navire de Malfred et faisait rage. Les arbalètes tiraient toujours et les blessés commençaient à joncher le pont où l'eau accumulée prenait une teinte carmine. J'aperçus des visages connus parmi les corps jonchant le sol et une boule se forma dans ma gorge. Je me précipitai sur le plus proche. Georg, une profonde entaille lui barrait le torse et il saignait abondamment, respirant avec peine. Il eut un mouvement étrange en me voyant, mais je relevai mon masque.

- Bordel... M'as fait peur...

Il toussa, crachant du sang et je le forçai à s'allonger avant de poser mes mains sur son torse sous son regard perplexe empli de douleur. J'inspirai et mes fluides se diffusèrent lentement, refermant peu à peu la plaie à vif. Surpris, il m'observa un instant et son regard fit l'aller retour entre mon visage crispé par la concentration et la blessure qui, si elle n'était pas guérie, n'était plus aussi grave qu'avant.

- Putain... merci, gamine.

Je hochai la tête et remis mon masque avant de me redresser. Il fallait que ce combat s'achève au plus vite. Fouillant la mêlée des yeux, je cherchai la source de ce conflit et, grâce à Makan, n'eut aucune difficulté à la trouver. Sur le château arrière, portant un long manteau sombre et uyn chapeau à la plume noire un sourire cruel sur un visage à la peau sombre, je pus sans difficulté me dire que c'était Malfred. Il portait un sabre à la main et une dague pleine de sang dans l'autre. A ses pieds gisait un des marin d'Akram et ce dernier invectivait son ennemi depuis le pont. Personne ne faisait attention à moi, aussi j'en profitai. Laissant Georg en lui conseillant de retourner à l'abri, je sautai sur la rambarde du navire, puis sur celle de celui de Malfred et me mis à courir en évitant ainsi de passer par le pont. Je parvins facilement à l'escalier menant au château de poupe et sautai au milieu de celui-ci, surprenant le pirate qui combattait pour en interdire l'accès. Je l'entendis jurer, mais j'étais déjà en train de le grimper en toute hâte.

En posant le pied sur le château de poupe, je roulai aussitôt sur le côté pour éviter le coup de taille que le capitaine Malfred tenta de me donner. Je heurtai le bastingage en roulant et me redressait avant d'entendre un bruit sourd. Mon masque, la lanière tranchée, était tombé sur le sol et le capitaine me regardait avec une surprise non dissimulée. Je ramassai mon masque, heureusement intact, et le rangeai à ma ceinture sans quitter le semi-garzok des yeux. Lui n'avait pas bougé et me fixait toujours, ses armes en main. Puis un sourire carnassier ourla ses lèvres et ses épaules semblèrent se détendre imperceptiblement alors que je me tendais.

- Je m'attendais à bien des choses, mais pas à rencontrer une shaakte... surtout cette semi-shaakte.

Je fronçai les sourcils en voyant son air satisfait avant de tiquer à ses paroles

- Ta réputation te précède, Yliria Varnaan'tha.

- Comment vous connaissez mon nom ?

- Nous avons une connaissance commune et elle a hâte de te revoir, très hâte. La description donnée est plutôt fidèle à ce que j'ai sous les yeux.

Cette fois, je serrai davantage ma main sur la poignée de ma rapière. Je n'aimais pas la façon dont il parlait, ni de la personne qu'il évoquait. J'avais bien une idée, mais je voulais en être sûre. J'espérais me tromper.

- Qui ?

- Faston Kisp, un très bon associé à moi. Ta capture le rendra très heureux... une telle somme, ça ne se refuse pas, de toute façon.

Ma rapière s'enflamma, tirant un nouveau sourire carnassier à Malfred qui se mit en garde en me fixant, lames en mains et genoux fléchis.

- Il te veut vivante... Mais il n'a rien dit d'autre... j'espère que tu m'amuseras, semi-shaakte...

J'allais buter cet enfoiré. Alyah m'incita au calme, mais la lueur qui brillait dans les yeux de Malfred m'enrageait. Il s'amusait de ce qu'il se passait autour de lui, se fichait qu'on tue ou soit tué sous ses ordres ou ses yeux. Il s'amusait.

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » ven. 17 juil. 2020 19:03

<< Précédemment

Le chaos qui régnait sur le pont en contrebas n'avait pas encore atteint l'endroit où je faisais face à Malfred, mais cela n'allait pas tarder. Il était évident que son équipage ne pouvait venir à bout de ceux conjugués de Makan et Akram. Il ne semblait pas s'en faire plus que cela, comme s'il se délectait de la situation actuelle. Ses petits yeux sombres renvoyaient avec netteté l'amusement que cette situation lui procurait et un sourire ne semblait pas vouloir quitter ses lèvres.

- Tu peux te rendre, si tu le souhaites.

- Vous ne pouvez pas gagner !

- Contre toi ? Allons, tu me sous estimes.

Je ne répliquai pas. Une fois de plus, je n'étais pas prise au sérieux. Je devais en profiter. Je pouvais aussi simplement attendre que son équipage se rende ou soit anéanti, mais plus vite je me débarrassai de lui, plus vite le combat prendrait fin, j'en étais convaincue. Je me mis en garde et son sourire, s'il ne s'effaça pas, se réduisit considérablement et un air plus dur se peignit sur ses traits. Je le jaugeai pendant un instant, tentant de trouver une faille facile à exploiter, sans en trouver une qui ne semble pas être un piège. Il ne voulait pas être sous estimé, il allait être servi. J'inspirai et mes fluides s'accumulèrent dans mes muscles avant que mon corps ne se mette à briller légèrement. Je fléchis les jambes et expirai.

- Oh, il y a une luciole sur le p...

Il ne termina pas sa phrase car je me ruai sur lui, le prenant de court. Son regard passa d'amusé à surpris et il asséna un coup vers ma tête. Mais mon attaque n'était qu'une feinte et j'étais déjà sur son flanc. Il réagit à une vitesse ahurissante et dévia mon attaque de sa lame, mais ne put anticiper le coup de bouclier qui le cueillit sous le menton, envoyant sa tête en arrière. Il parvint à rester droit et balaya l'espace devant lui de son sabre, me forçant à reculer. Du sang goûtait de sa bouche et une lueur assassine ornait désormais ses prunelles sombres.

- D'accord... Tu veux jouer, pétasse, on va jouer !

Il ne reçut en réponse qu'une boule de feu qu'il évita en se jetant sur le côté. Je courus vers lui et il bloqua mon attaque en croisant ses deux lames. Je forçai et ma pointe s'approcha dangereusement de sa gorge avant qu'il ne parvienne à me repousser. Ce fut son tour d'attaquer. Son sabre fendit l'air, mais rencontra mon bouclier tandis que son autre lame rencontra ma rapière. Bras écartés, il tentait de resserrer l'étau et il allait y parvenir, étant bien plus fort que moi, mais je n'avais pas fait ça pour rien. Je me concentrai et inspirai avant que des boules de feu n'apparaissent autour de moi. Il abandonna bien vite son projet et recula, évitant de justesse l'une d'elle qui lui fonçait dessus. Il me toisa un instant, avant de sourire. Un sourire narquois et mauvais.

- Sont-ils au courant ?

- Qui ? Et au courant de quoi ?

- Tes amis pirates ! Que ta tête vaut plusieurs milliers de yus. Je serai curieux de voir leurs réactions s'ils l'apprenaient...

Je déglutis en comprenant où il voulait en venir. Makan ne me poignarderait pas dans le dos, parce que malgré son statut de pirate, j'avais confiance en lui, et ses hommes le suivaient. Le problème, c'était Akram et son équipage. Eux pouvaient probablement se jeter sur moi pour m'offrir en pâture à cette ordure de Kisp s'ils apprenaient une telle chose. Je tentai de ne rien laisser paraître et le fixai simplement en plissant les yeux alors qu'un frisson d'angoisse me prenait. S'il se mettait à crier ça sur tout le navire, la situation allait rapidement dégénérer, et certainement pas en ma faveur. Il sembla lire dans mes pensées car son visage s'élargit soudainement et il écarta les bras, un air victorieux sur le visage.

- Tu vas gentiment dire à tes amis de me laisser en paix, sinon tu finiras dans ma salle de torture... puis entre les mains de Kisp. Et crois-moi, ce que je pourrais te faire ne sera qu'une douce caresse comparé à ce qu'il te réserve.

Il pensait avoir gagner. Évidemment, savoir qu'il pouvait à tout moment révéler absolument tout sur moi aux pirates étaient dangereux, mais il était lui-même un pirate, et un bien plus mauvais que Makan, de ce que j'avais pu comprendre. Alors le choix fut vite décidé. Je le pointai de ma rapière, la gorge sèche à cause de l'angoisse, mais malgré déterminée. Il voulait intimider, manipuler, forcer ? Ce petit jeu, je l'avais vécu plusieurs fois déjà, avec bien d'autres. Cela ne fonctionnait pas.

- Vous savez pourquoi Kisp m'en veux ? Parce qu'il m'a sous-estimé et qu'il en porte encore les stigmates. Et vous venez de faire la même erreur.

Je me ruai sur lui et il para de justesse mon attaque, tout sourire disparaissant de son visage. J'étais libre, je n'avais pas à me soumettre aux menaces d'une ordure de son genre, j'agissais comme je le voulais, selon mes principes. Et si je n'aimais toujours pas tué, j'avais bien compris que parfois, la nécessité dépassait mes principes. Là, il s'agissait de ma vie et de ceux avec qui j'avais partagé plus d'un mois d'une vie agréable, même s'ils étaient des pirates. J'avais des amis en train de se battre pour atteindre la tête de ce type, je n'allais certainement pas les laisser tomber. J'allais mettre un terme à tout ça, ici et maintenant

- Nous allons voir ça, gamine !

Il me repoussa et enchaîna les attaques. Les coups pleuvaient, chacun enchaînant attaques, parades et esquives. Il devenait furieux à chaque coup qu'il portait et maniait parfaitement ses lames. Je reculai face à son déluge de lames, récoltant une estafilade près de l'aisselle et une autre sur la gorge. Je reculai d'un bond, surprise par sa soudaine opiniâtreté. Ce type savait se battre. Il me fixa un instant avant de lécher le sang encore présent sur sa lame, une lueur meurtrière dans le regard. Je me contentai de prendre la pose de la danse de l'Eclipse, lui tirant un sourire moqueur. Si je voulais le vaincre au plus vite, je ne devais pas me ménager et donner tout ce que j'avais.

Lorsqu'il se rua vers moi, je tournoyai, évitant son attaque tout en le frappant de ma lame une première fois, perçant son flanc. Sa lame ripa sur les écailles de mon armure et je tournai à nouveau tout en me baissant, passant sous sa deuxième lame, frappant son plexus solaire de mon bouclier, le forçant à reculer. Cette danse m'épuisait rapidement, aussi je ne perdis pas de temps et enchaînait, feintant vers son torse pour finalement percer sa cuisse laissée à découvert dans sa garde. Il enragea, répliquant aussitôt, traçant un sillon sanglant sur ma hanche, qui me ralentit et me fit grogner de douleur.

Je ne savais rien de la situation sur le pont et le combat contre Malfred m'accaparait complètement. Aucun de nous deux ne semblait prendre totalement l'avantage. Chaque coup porté était aussitôt renvoyé et, bientôt, je ne sentis plus mon bras gauche, lacéré en de multiples endroit. Le sang coulait jusqu'à ma main et gouttai doucement sur le sol. Lui avait le flanc percé, une épaule inutilisable et les deux jambes affaiblit, mais il ne cédai pas. Bien au contraire.

- Je vais adorer te voir crever en hurlant, en suppliant. J'ai hâte de t'entendre appeler ta mère au secours !

Parfois, je ne maîtrisais que très mal ce que je pouvais ressentir et à quelle intensité. Joie, bonheur, tristesse, colère. J'étais un sac d'émotions parfois trop violentes, parfois trop peu visibles. Mais le rire sans joie qui s'échappa de mes lèvres me surprit, tout comme lui. Comme si j'allais l'appeler, Elle, si je souffrais. Je me redressai, laissant tomber mon bouclier sur le sol, incapable de le tenir plus longtemps. Je devais en finir. Je n'allais plus tenir bien longtemps. Je fléchis les jambes, inspirai et fonçai à nouveau vers lui. Je feintai vers lui, mais il anticipa et ne tomba pas dans le piège. Sa lame s'approcha de ma gorge, mais, en me pliant en deux, elle passa au dessus de ma tête. Je donnai un coup de talon dans son mollet et tournai sur le côté, me trouvant derrière lui avant qu'il n'ait le temps de réagir. Je raffermis la prise sur mon arme, pris un pas d'élan et me jetai en avant, lame tendue. Il se retourna et je l'empalai en plein milieu de torse, le transperçant en le faisant brusquement reculer.

Un instant de flottement eut lieu. Hébété, il me fixa, les yeux écarquillés, puis leva la main. Je reculai, lâchant ma lame et son coup ne frappa que mon épaule gauche. La douleur me fit hurler alors qu'il l'entamait pratiquement jusqu'à l'os. Je m'écroulai presque alors qu'il retirai la rapière et la jetai sur le sol. D'une main, il m'enserra la gorge et me força à me redresser. J'avais les yeux embués de larmes à cause de la douleur, mais je voyais nettement le sang maculant le bas de sa mâchoire, tout comme je percevais son sourire carnassier baigné de sang. Sa prise se resserra sur ma gorge et je hoquetai, cherchant de l'air.

- Tu aurais dû obéir. Maintenant, tu vas me le payer.

(Yliria !! Yliria ta dague! Vite !)

Il leva son arme avec une lenteur délibérée, me forçant à observer son geste en tournant ma tête vers la lame qui se dressait pour me frapper. A la hâte, je cherchais ma dague, restée à ma ceinture. J'en saisis fermement le manche et la plantai violemment dans le cou de cet enfoiré. Il eut un spasme et un filet de sang abondant quitta sa bouche. Je frappai à nouveau, plusieurs fois, partout où ma main pouvait porter. Il me lâcha et je retombai au sol en criant de douleur, emportant ma dague avec moi. Recroquevillée, je tremblai de douleur et eut un mal fou à concentrer mes fluides. Après trois essais me laissant au bord de l'évanouissement, je parvins enfin à générer mes fluides avec suffisamment de précision pour que mon épaule se referme. La douleur reflua, sans pour autant disparaître, mais je pus me redresser sans tourner de l’œil.

Malfred, lui, était déjà mort, étendu sur le sol, immobile, les yeux ouverts mais sans vie.Je me forçai à me relever et me traînai jusqu'à lui pour lui prendre son sabre et son chapeau orné d'une plume noire. Je m'accoudai au bastingage, hurlant par dessus la cohue

- Malfred est mort ! Le combat est terminé !

De nombreux visages se tournèrent dans ma direction alors je jetai sur le pont le chapeau plein de sang et le sabre. Un des pirates de Malfred s'empara du chapeau et me dévisagea avant de laisser tomber son arme. D'autres suivirent son exemple. Désormais sans capitaine, les pirates de Malfred n’avaient plus vraiment de raison de se battre et les quelques récalcitrants, peu nombreux, furent rapidement maîtrisés. Le combat était terminé. Et moi j'étais épuisée lorsque je m’affaissai contre la balustrade du château. J'espérai que c'était bel et bien fini.

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » ven. 17 juil. 2020 19:26

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Lorsque j'ouvris les yeux, la douleur de mon bras me tira un grimace et je gémis, attirant l'attention du chirurgien du navire de Makan, Fediël. Il s'approcha d'un pas étonnamment léger et plaqua sa main sur mon front, me forçant à rester allongée lorsque je tentai de me redresser. Je le fusillai du regard mais il ne se laissa pas impressionner et pris mon bras, me tirant un petit cri de douleur.

- Il t'a bien amoché ce saligaud. T'aurais mieux fait de te soigner d'abord, non ? Un peu plus et tu aurais pu en perdre l'usage, heureusement que j'étais là.

Je jetai un œil à mon bras complètement enroulé dans des bandages et soupirai. Après la mort de Malfred, j'avais rapidement pousser le vice en allant aider les blessés, mais je m'étais effondrée avant d'avoir pu me soigner correctement et, résultat, j'en avais pour un moment avant de guérir correctement selon Fediël. Ça ou bien une thérapie à base de sorts de soins sur plusieurs jours. Ce que j'allais faire. Je refusai catégoriquement de perdre encore des semaines, surtout avec la douleur engendrée.

- Comment vont les autres ?

- Rikkart et Georg te doivent la vie, Girat te dois un bras et deux ou trois autres te doivent probablement leur poste sur ce rafiot. Compte tenu de la violence du combat... on a été chanceux.

- Combien ?

- Six morts et le triple de blessés, mais aucun de trop grave, grâce à toi. A peu près pareil chez Akram, mais ils n'ont pas deux guérisseurs, je pense que le bilan sera moins reluisant que le nôtre. Quinze morts chez les autres, autant de blessés, c'est à dire la quasi totalité des survivants. Tu devrais dormir encore un peu. A moins que tu ne te sentes prête à commencer les soins ?

- Autant commencer le plus tôt possible.

Il acquiesça et défit le bandage. Je serrai les dents tout le long et, avec son aide, traitai une à une les blessures qui s'étaient aggravées. J'en venais à me demander si Malfred n'avait pas mis un poison ou quelque chose sur l'une de ses lames, car seules les blessures de mon bras avaient empiré à ce point. Je vidai toute mon énergie pour soigner les plaies qui n'étaient franchement pas belles à voir. Mon bras était strié, rouge, mais le chirurgien me rassura, persuadé que je n'en aurai que de petites cicatrices, rapidement disparues.

Il me força à manger une espèce de gruau et un peu de poisson avant de me laisser m'allonger à nouveau. Utiliser autant de magie m'avait épuisé et je m'endormis rapidement, sans demander mon reste, ne me réveillant que bien plus tard. Mon bras était davantage engourdi que douloureux, mais je ne me redressai pas cette fois et restai là, le regard perdu sur le bois qui servait de plafond pendant ce qui me sembla être des heures, jusqu'à ce que la porte ne s'ouvre à la volée et qu'une voix tonitruante ne fasse son entrée.

- Ah bah t'voilà réveillée ! Putain gamine, tu m'as surpris ! Comment tu t'sens ?!

Makan avait débarqué en trombe et affichait un air réjoui face à moi. J'entendis le chirurgien grommeler derrière lui, mais il était le capitaine, il faisait parfaitement ce qu'il voulait. Je tentai de me redresser, mais là le chirurgien m'enguirlanda superbement, me faisant me sentir comme une petite fille prise en faute et je restai allongée sous le regard moqueur de Makan et celui, inquisiteur de Fediël.

- Euh je... ça pourrait aller mieux.

- Ah, t'm'étonnes, Fediël prend son travail au sérieux. Joli coup, le Malfred, Akram en peste encore, il voulait lui faire la peau lui-même, mais il était coincé sur le pont, comme les autres.

- J'ai fait au plus efficace.

- Mouais, t'as quand même failli y laisser ta peau, et ça, crois-moi, tout le monde le sait. T'es pas un bonhomme, mais t'as une sacrée paire de couilles !

- Euh... Merci ?

- C'moi qui t'remercie gamine, et mes gars aussi ! Bon, j'passais juste voir si t'avais b'soin d'un truc, mais j'pense qu'on va attendre que tu sortes de là pour célébrer ça. On t'a réservé une surprise d'ailleurs.

- Je hais les surprises...

- T'aimeras celle-là ! P'tain quand je pense que la dernière fois à Tulorim, t'étais pas fichu d'supporter un peu de cris et de sang, et là t'as dézingué l'autre taré en en foutant partout, du grand art! J'suis bien content d'pas être ton ennemie, gamine. Allez r'pose-toi, on s'voit quand tu remontes.

Je hochai la tête et fermai les yeux tandis qu'il quittait la pièce. Je restai un moment ainsi à ne rien faire avant que Fediël ne revienne vers moi pour traiter mes blessures.De nouveau, je me vidai en lançant sort après sort pour soigner peu à peu mes blessures. Cela dura plusieurs jours à en croire mes phases de réveil et les repas, et je pus finalement sortir lorsqu'il jugea que j'en étais capable. Le reste de mes blessures avait été traité bien plus tôt, mais il me força à garder le bras en écharpe pour ne pas trop le solliciter pour le moment. En montant sur le pont, je plissai les yeux et mis mon bras valide devant mes yeux qui avaient perdu l'habitude de la lumière étincelante du soleil. La caresse du vent me fit pousser un soupir d'aise avant que quelqu'un ne me tape sur le dos, m'envoyant presque sur le sol en riant.

- Content de te voir debout, la crevette !

Je rendis à Georg son large sourire tout en me massant la nuque de ma main libre. Pendant ma convalescence, Makan nous avait rapproché des côtes de Nirtim et les falaises et plages qui les bordaient étaient déjà visibles. Je pouvais voir le bateau d'Akram naviguer un peu en avant, longeant lui aussi la côte avec lenteur. Georg m'informa que nous étions au large de la Côte de la baie des grottes, une région bien-nommée, connue pour ses nombreuses cavités qui faisaient le bonheur des contrebandiers et brigands de tout poil. Il y avait également quelques criques et c'était vers l'une d'entre elles que nous nous dirigions actuellement, dans l'idée, selon Georg, de célébrer la victoire et rendre hommage à ceux tombés.

Makan finit par me héler et, après un salut au marin, je le rejoignis sur le château arrière. En passant je répondais d'un sourire aux marins qui me croisaient et me saluaient. Je griimpai l'escalier jusqu'à m'arrêter près du capitaine qui arborait un air détendu, bien loin de celui, grave, qu'il avait juste avant le combat. Je tournai le regard sur le pont, souriant en voyant Jonas et Elvia me faire des signes en m'apercevant. J'étais soulagée que ces deux-là s'en soit sortis sans encombre, mais moins sourire se fana rapidement en voyant que Makan me tendait une feuille de parchemin en ayant lui aussi perdu toute joie sur le visage.

- On a fouillé le navire de Malfred et on a trouvé ça. J'ai fait en sorte que mes gars soient le moins possible au courant pour le moment, mais chez Akram... Je préférais te le dire au plus vite.

Je déglutis en relevant brièvement les yeux vers lui avant de les poser à nouveau sur le parchemin. Je savais que Kisp avait mis ma tête à prix, mais voir une représentation de mon visage avec la somme de yus correspondant me fit l'effet d'une douche froide. Cette ordure voulait vraiment me mettre la main dessus à présent, et je ne savais pas comment j'allais pouvoir gérer une telle chose.

- Qu'est-c'que tu comptes faire, gamine ?

- J'en sais rien.. j'en sais rien du tout...

- T'es toujours la bienv'nue ici. Mes gars t'vendront pas.

Je ne répondis pas, les yeux fixés sur la prime qui pesait sur ma tête. Pour la première fois de ma vie, je regrettai de ne pas avoir tué quelqu'un lorsque j'en avais l'occasion.

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 26 juil. 2020 14:26

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En tête à tête

Après un rapide tour sur le pont, je pris un moment pour retourner à mon hamac, prétextant une fatigue encore présente à cause des soins. Certes je n'étais pas au mieux de ma forme, mais pas au point de dormir au beau milieu de la journée. J'avais simplement besoin de réfléchir à ce que Makan m'avait montré. J'étais vraiment dans une merde noire cette fois. Ce cinglé de Kisp avait décidé de mettre ma tête à prix et maintenant voilà qu'il distribuait ce genre d'avis de recherche à des pirates complètement fous. Je ne pouvais plus avancer à l'aveugle, il me fallait un plan pour continuer. Le fuir ne fonctionnerait pas éternellement. Vu la somme en jeu, je me doutais qu'il n'y aurait pas seulement quelques pirates souhaitant un petit extra qui se mettraient à chercher. J'allais devoir regarder constamment derrière mon épaule maintenant, encore plus qu'auparavant.

(Je pourrais me couper les cheveux, les teindre et mettre mon masque... ça devrait suffire...)

(C'est une bonne idée, mais tu supporteras le port de ton masque en permanence?)

(J'en sais rien... Je ne sais pas ce que je dois faire, c'est un cauchemar...)

(Demande de l'aide à l'Opale présente sur Nirtim ?)

(Je ne vais pas vivre cachée !)

(Ce n'est pas ce que je dis. Demande-leur de trouver Kisp et... de régler le problème.)

Je me mis à réfléchir. Cela se tenait, mais je n'aimais pas ça. Ce n'était pas à l'opale de régler mes propres problèmes. J'entendis Alyah soupirer dans mon esprit et je savais très bien qu'elle me trouvait ridicule, mais je ne pouvais laisser quiconque se mettre en danger pour résoudre une situation qui me concernait, moi et moi seule. Si je voulais en finir avec Kisp, j'allais devoir le trouver et en finir moi-même. Je n'étais plus la petite fille apeurée qu'il avait torturée sur son navire, j'avais grandi, mûri, j'étais prête à faire le nécessaire moi-même à présent. Tuer, à l'époque, me semblait la pire des choses. Aujourd'hui, même si je n'aimais pas cela, je savais bien que le choix n'était pas forcément possible. C'était, lui ou moi. Et sa mort à lui serait bien plus bénéfique que la mienne. Pour tout le monde.

(Il faut que je le trouve...)

(Brillante idée... Comme ça tu te jettes directement dans la gueule du loup. Vraiment, je me demande pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt!)

(Tes sarcasmes n'aident pas vraiment...)

(Parce que ton idée est stupide. Encore une fois, demande de l'aide, tu n'as pas besoin de tout régler seule. Sorinion te l'a assez reproché alors, pour une fois, choisis cette solution.)

Je savais qu'elle avait raison, mais c'était difficile à accepter. Quelque part, c'était frustrant, mais c'était juste ma fierté mal placée selon Alyah. Je n'aimais pas mettre d'autres en danger à cause de moi, peu importait qui cela pouvait être. Alors je cogitai dans mon hamac pendant le reste de l'après-midi. Je devais de toute façon récupérer la tenue de Tali avant tout, donc je n'allais pas m'occuper de Kisp immédiatement, cela me laisserait le temps de trouver une solution. Et puis, quelque chose me frappa. Si Malfred avait obtenu cet avis de recherche des mains de Kisp, cela voulait dire qu'il était présent en Nirtim en ce moment même. Probablement. Soudainement, l'idée de modifier mon apparence ne me semblait plus aussi ridicule.

La voix d'Elvia me tira de mes réflexions et je relevai la tête, la voyant venir vers moi avec un sourire si large que je haussai un sourcil, surprise par son humeur aussi joyeuse. Je remarquai d'ailleurs qu'elle avait changé certaines choses. Déjà elle s'était lavée, ses cheveux avaient été coiffés et n'étaient plus cette masse informe qui partaient dans tous les sens. Et, plus surprenant, elle avait trouvé une robe. Ce dernier point me fit sourire. Elle était plutôt jolie avec ses yeux noisette, son nez fin et sa peau bronzée sans être sombre. Comparé à Jonas qui était blanc comme un linge, elle se démarquait.

- Makan te demande, il aurait un « truc dont il doit parler avec la gamine ».

Elle termina sa phrase en imitant sa voix, me tirant un sourire narquois avant que je ne sorte de mon hamac, étire doucement mon bras et suive Elvia avec qui je papotai doucement en allant sur le pont. Elle semblait resplendissante, bien loin de celle que j'avais plaquée au sol un mois plus tôt. A croire qu'elle n'était plus la même personne, c'était presque dérangeant. Une fois devant la porte de la cabine de Makan, elle m'abandonna, retournant avec Jonas qui était occupé à compter je ne savais quoi dans une caisse. Je remarquai alors la certaine effervescence qui régnait sur le navire, mais sans me poser davantage de questions, j'ouvris la porte pour grimacer aussitôt face à l'épaisse fumée qui stagnait au plafond.

- Ah, gamine, te v'la. Entre et ferme derrière toi.

- Vous devriez aérer, c'est immonde !

Il me regarda, un cigare entre les dents, affichant un sourire moqueur. Il consentit néanmoins à ouvrir la fenêtre avant de se rasseoir et je fis de même face à lui.

- Bon, j'vais pas y aller par quat' chemin. J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c'est qu'mes gars se foutent d'ta prime et qu'personne ici t'vendra, comme je te l'avais annoncé.

- C'est rassurant. Et la mauvaise ?


- Akram te veut ce soir sur son navire, pour dîner...

Je le fixai un instant, sourcils froncés, avant de pouffer de rire face à cette idée incongrue. Mais Makan ne dévoila même pas une canine, restant avec un air grave, me faisant bien vite taire alors que je le regardai avec étonnement.

- Ce n'est pas sérieux ?

- Si. Il a insisté et veut apparemment simplement s'entretenir avec toi. Mais devant un repas.

- Sinon ?

- Sinon l'information sur ta prime pourrait s'ébruiter sur son navire et dans l'port de Bouhen où nous nous ravitaillerons d'ici deux jours...

- Quel enfoiré... J'ai pas le choix donc...

- Pas vraiment... Et il a demandé quelque chose.

- Quoi encore ? Il ne me pourrit pas assez la vie comme ça ?

- Il te veut en robe.

Je serrai les poings et entendis mes dents grincer les unes contre les autres. J'allais tuer ce satané Sang-pourpre de mes propres mains.

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 26 juil. 2020 14:37

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- Tu vas vraiment y aller ?

- Comme si javais le choix... Ne perd rien pour attendre celui-là....

Elvia n'ajouta rien, se contentant d'ouvrir la grosse malle que les hommes de Makan avait récupéré sur le navire de Malfred. Une malle pleine d'habits divers, parfois fait de tissus précieux, dont la provenance me faisait froid dans le dos. Sans vraiment en être sûre, j'imaginais déjà que c'étaient les habits des pauvres gens qu'il avait attaqué et emprisonné avant de torturer. Aucune preuve, évidemment, mais je me sentis mal à l'aise en regardant les vêtements. Je n'avais pas vraiment d'autres options. Ce Sang-Pourpre et ses satanées lubies... J'avais demandé à Elvia de me donner un coup de main, n'étant pas vraiment habituée à porter des robes depuis plusieurs dizaines d'années et n'ayant aucun sens esthétique à ce sujet.

Il y avait en tout et pour tout une demi douzaine de robes qu'elle sortit de la malle, me laissant les examiner d'un air dubitatif. Elles étaient évidemment trop grandes, l'une d'elle semblait peser aussi lourd que mon armure et la plupart avait des fioritures que je trouvais particulièrement étranges. La seule qui faisait grâce à mes yeux était une robe simple à manche longue et qui se serrait à la taille. Elle était d'un bleu simple avec des touches de blanc sur le devant. Au moins elle ne dévoilait rien et ni ma poitrine, ni mon dos, ne seraient visibles, ce qui était un critère indispensable si je voulais éviter les problèmes avec l'autre empêcheur de tourner en rond.

- J'opte pour la bleue, au point où j'en suis...

- Enfile la, je vais te l'ajuster.

Je hochai la tête. Ce fut pourtant le premier obstacle, parce que je n'avais aucune idée de comment enfiler un truc pareil. Cela fit sourire Elvia qui m'aida. Elle était trop large, trop grande, évidemment, mais Elvia avait des doigts de fées et sut parfaitement où et comment jouer avec les plis et les coutures pour que ce soit agréable à porter. Je n'allais jamais pouvoir me battre avec ça, mais au moins je pouvais marcher. Je fis quelques pas, tournai histoire de voir ce que ça donnait et Elvia m'observa d'un air curieux.

- Elle ta va bien... C'est quand même triste de la porter pour cette ordure...

Je ne pouvais qu'être d'accord avec elle sur ce point. Sans rien ajouter, je relevai une manche et entrepris d'attacher le fourreau de ma dague à mon bras. Quitte à devoir dîner avec Akram, autant avoir un moyen rapide d'action s'il allait trop loin. Je ne lui faisais pas confiance et n'étais pas naïve au point de croire qu'il m'invitait juste pour bavarder comme deux amis. Il voulait quelque chose et je n'étais pas certaine d'aimer, ni même de vouloir savoir ce qu'il voulait. Je soupirai en rabattant mes cheveux vers l'arrière pour les fixer avec mon serre-tête, les laissant librement tomber dans mon dos. Je n'allais pas faire davantage d'efforts, la simple idée de contenter ce type me donnait déjà la nausée.

- Fais attention à toi...

- Je sais... Si son bateau brûle, tu sauras pourquoi.

Cela eut le mérite de nous tirer un sourire à toutes les deux avant qu'on ne sorte lorsque le soleil se mit à descendre. À peine le pied posé sur le pont, j'entendis un sifflement appréciateur et j'eus envie de me réfugier dans la cale pour ne plus jamais en sortir. J'étais partagée en gêne et colère, mais c'était la première qui prenait davantage le pas face aux regards des marins que je côtoyai pourtant depuis plus d'un mois. La voix de Makan les rappela à l'ordre tandis qu'il approchait. Il me détailla une seconde et se passa la main sur le visage, comme s'il était las, en soupirant avant de marmonner, comme pour lui-même.

- Putain... j'vais plus pouvoir t'appeler gamine après ça... Sois prudente.

Je hochai la tête, pas certaine de comprendre ce qu'il voulait dire. Mes yeux se posèrent sur le navire d'Akram qui s'approchait doucement avant qu'une passerelle ne soit posée au dessus de la mer. Je vis celui à l'origine de tout ça grimper dessus et monter tranquillement à bord, comme s'il était chez lui. Il posa son regard amusé sur Makan avant de me détailler alors que je le foudroyai du regard. Il ne fit aucun commentaire, mais s'inclina en prenant ma main avant de déposer un baiser sur le dos de celle-ci, me faisant hausser un sourcil. Il se prenait pour un aristocrate maintenant ?

- Cette robe te sied à ravir, Yliria...

- Profitez en, parce que je ne compte pas en remettre de sitôt. Surtout pour vous.

- Nous verrons... Te joindras-tu à moi sur mon navire ?

- Comme si j'avais le choix...

J'eus beau marmonner, il m'entendit très bien et un sourire étira ses lèvres avant qu'il ne m'invite à grimper sur la passerelle reliant les navires. Je soupirai, mais obtempérai. Il y avait bien plus en jeu que mon seul inconfort, aussi je me hissai, non sans mal avec tout ce tissu, sur la passerelle et la traversai en vitesse sans attendre pour sauter sur le pont du navire d'Akram. Me retrouver à nouveau sous le regard de dizaines de marins, la plupart Sang-Pourpre, me fit frissonner et j'eus du mal à ne pas rebrousser chemin immédiatement. La main d'Akram se posa dans mon dos et je retins un nouveau frisson, de dégoût cette fois, tandis qu'il m’entraînait vers sa cabine. Je m'écartai en le foudroyant du regard, ne lui tirant qu'un regard amusé, comme s'il se moquait de moi. Ma main me démangeait...

Étonnamment, l’intérieur était décoré avec soin. Des tableaux colorés accompagnaient des cartes et des instruments rangés avec une minutie surprenante. Tout était propre et soigné. Sur le côté trônait un lit alors qu'au centre se tenait une table similaire à celle de la cabine de Makan, mais au lieu de carte et de bouteilles, se trouvaient des couverts pour deux, posés sur une nappe de couleur mauve. Il y avait même un chandelier, même si je me demandais comme il faisait pour tenir avec l'incessant roulis dont souffrait le navire à toute heure. Akram ne prononça pas un mot et se contenta de s'asseoir et de se servir un verre de vin qu'il fit tourner lentement dans sa main. Lorsque je terminai mon inspection, il me désigna la chaise face à lui et sirota son verre alors que j'hésitai. Je finis pas m'installer, consciente que je n'allais pouvoir y échapper sans subir des conséquences bien trop lourdes. Je n'aimais pas être ainsi dos au mur.

- Ravie que tu ais accepté mon invitation.

- Ah, vous appelez ça une invitation ? J'appelle ça du chantage. Qu'est-ce que vous voulez ?

- Qui te dis que je veux quelque chose ? Passez une soirée agréable avec une jolie fille ne pourrait pas me convenir ?

- Je suis peut-être naïve et jeune, mais ne me faites pas croire qu'un pirate comme vous invite une fille simplement pour bavarder, je ne suis pas stupide. Dites-moi ce que vous voulez.

- Allons, allons... Que vas-tu imaginer ? Que je profiterai d'une jeune fille à peine formée comme toi ? Tu es jolie, certes, mais j’aime les femmes avec plus de formes, voluptueuses, vois-tu. À moins que tu n'espères...

- Ne prenez pas vos rêves immondes pour la réalité ! Et vous pouvez difficilement m'empêcher de me méfier.

- Tu m'en vois navré. Sache cependant que je n'ai nullement l'intention de gâcher cette soirée avec ce genre de choses.

Je fronçai les sourcils. Je n'étais absolument pas convaincue et ne pouvais m'empêcher d'être sur mes gardes. Lui se contenta de sourire en attrapant la bouteille de vin qu'il tendit vers moi.

- Un verre ?

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 26 juil. 2020 14:44

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De manière surprenante, Akram resta civilisé et ne tenta rien pendant tout le temps que dura le repas. Je ne savais pas où il avait trouvé les aliments ni même comment il pouvait avoir un tel cuisinier sur son navire, mais les plats étaient exquis. Au début réticente, je l'avais observé manger et boire en premier, histoire de m'assurer qu'il n'avait rien glissé dans la nourriture. Cela ne semblait pas être le cas et je retins de justesse un soupir de plaisir en goûtant chacun des plats qui se posèrent devant moi. Je n'avais jamais goûté une aussi excellente cuisine. Certes, j'avais eu des aperçus au Naora, où la cuisine était délicieuse, mais il y avait une toute nouvelle porte qui venait de s'ouvrir et qui ne me laissait pas indifférente. Rien de trop gras, trop salé, trop sucré ou de fade, tout semblait parfait et je me pris à momentanément oublier les conditions de ce dîner en mangeant. Akram ponctuait chaque plat d'une explications concernant leur provenance et leur préparation et c'était honnêtement suffisamment intéressant pour que je l'écoute avec attention sans faire la moindre remarque au sujet des raisons de tout ceci.

Je restai pourtant prudente, refusai chaque verre d'alcool qu'il proposait, préférant rester à l'eau claire. Étant peu habituée à une nourriture aussi riche, je fus rapidement incapable d'avaler quoi que ce soit. Il ne s'en formalisa pas, profitant de la fin du plat principal pour en venir, enfin, au sujet qui allait forcément débouler un moment ou à un autre pendant le repas. Kisp. Kisp et sa prime exubérante. Kisp et sa volonté de ruiner ma vie. Kisp et sa brûlure. Kisp et son lien étroit avec des pirates. Lorsqu'il me posa la question concernant les raisons de son acharnement à mon propos, je pris un instant pour choisir mes mots avec soin.

- C'est... j'ai ruiné son activité d'enlèvement de jeune filles et femmes à Yarthiss. Et comme il voulait me torturer et … faire d'autres choses inavouables, je lui ai brûlé son bateau et la moitié de son visage en m'enfuyant.

Il haussa les sourcils, arrêtant son mouvement alors qu'il allait prendre une nouvelle gorgée de vin. Il me fixa quelques secondes et reposa son verre, l'air soudainement moins amusé et bien plus grave.

- Tu es... surprenante... Pourquoi ne pas l'avoir tué ?

- Parce qu'à l'époque je n'en avais pas la force, ni vraiment les moyens. Je pensais aussi que le tuer serait une erreur, que s'il vivait, je n'aurai pas mauvaise conscience.

- Tu parles au passé...

- J'ai mûri. J'aurai dû tuer cette enflure quand j'en avais l'occasion, je le regrette maintenant. Si c'était à refaire, nous n'aurions pas cette conversation.

Il resta muet quelques instants, faisant tourner son vin dans son verre, comme s'il cherchait ses mots en regardant le liquide bordeaux.

- Merci de ta franchise, j'y vois plus clair... parlons affaires maintenant.

- Affaires ?

- Oui. Après tout, nous étions venus ici pour l'épave du navire de Tali'Zorah, n'est-ce pas ? Malfred ce n'était qu'une broutille sur le chemin. Comme convenu, nous allons te guider jusque là, mais, nous devons négocier certaines choses...

- Quoi donc.. ?

- Ne soit pas si suspicieuse. Tu veux récupérer quelque chose, et moi aussi. Une gemme, plus précisément, qui ornait son navire pour lui porter chance. Une gemme ronde et polie comme une perle, mais qui scintille de mille feu. Lorsque tu seras dans l'épave, trouve et rapporte moi cet objet. Si tu acceptes, tu pourras garder tout le reste.

- Et... Si elle n'est plus là ?

- Elle y sera. Marché conclu ?

Il tendit la main et je la serrai en haussant les épaules. Ce n'était pas ce que je cherchais, je me fichais bien d'un quelconque caillou, même magnifique. Ravi, il se servit un nouveau verre et trinqua à notre collaboration en affichant un large sourire. Je me contentai de hocher la tête. Je cherchai encore la raison de tout ce dîner, mais impossible de mettre la main dessus. Il n'avait vraiment pas besoin de faire tout ça pour me poser quelques questions et demander ma collaboration pour quelque chose d'aussi basique. Pourtant, le repas prit fin sans qu'il n'ajoute rien de plus, se contentant de me raccompagner sur le pont jusqu'à ce que je mette le pied sur la passerelle reliant les deux navires.

- Ravi d'avoir passé cette soirée en ta compagnie, Yliria. On se revoit bientôt.

Son ton mielleux ne me plut pas du tout, mais je le saluai simplement de la main, comme si je n'avais pas ressentit le malaise qui s'éveillait doucement dans mon ventre. Il avait obtenu ce qu'il voulait, mais cela semblait trop peu... trop facile. Il y avait quelque chose que je n'avais pas compris dans tout cela, et je n'étais pas certaine d'aimer ça le jour où je le découvrirais. Sans un mot de plus je traversai la passerelle et retournai à bord de l'Impitoyable Vengeance. Les lumières étaient éteintes, aussi fis-je de mon mieux pour ne faire aucun bruit pour retourner à mon couchage.

Une fois arrivée, je me déshabillai, posant la robe sur la malle qui avait quelque peu voyagé durant ces quelques heures pour retrouver avec un certain soulagement ma chemise et mes braies en lin. C'était quand même plus facile à porter et plus seyant. Je m'étirai avant de me vautrer dans mon hamac en repensant à ce qu'il venait de se passer. Je ne comprenais honnêtement pas trop l'intérêt d'un tel dîner, j'étais simplement heureuse d'en être venue à bout sans avoir tué Makan. Il était agaçant et, je le savais, un pirate qui faisait honneur à la mauvaise vision que j'en avais, mais il avait été étonnamment agréable malgré son regard froid comme la mort et ses sourires qui disaient qu'il avait toujours une longueur d'avance en toute chose. Je fermai les yeux, l'esprit plein de questions et le ventre plein tout court. Au moins j'avais bien mangé, je ne pouvais pas lui enlever cela.

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