Les Navires Marchands (X1)

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Yuimen
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Les Navires Marchands (X1)

Message par Yuimen » dim. 10 janv. 2021 13:15

Les navires marchands
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Voguant sur les mers en direction de tous les continents, les navires marchands représentent la majorité du trafic maritime. De toutes tailles, ces navires sont parfois accompagnés d'une escorte pour se prémunir des pirates rôdant sur les mers. Un capitaine pourra vous accueillir à son bord moyennant compensation. Certains sont plus demandant que d'autres et la qualité du voyage tend à varier, pour le meilleur comme pour le pire.

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Aenaria
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Re: Les Navires Marchands (X1)

Message par Aenaria » dim. 10 janv. 2021 14:18

En arrivant devant le navire de Théodorus, nous vîmes le ballet incessant des marins qui montaient dans le bateau les bras chargés de caisses et autres tonneaux et qui en redescendaient les bras vides. Nous nous présentâmes à la personne qui donnaient les ordres et qui tenait tout un tas de parchemins dans la main. Après lui avoir expliqué qui nous étions, il nous indiqua la direction à suivre afin de trouver la cabine du capitaine. Nous montâmes afin de nous retrouver sur le pont principal puis direction la droite pour rejoindre la cabine principale. Toquant à la porte, nous attendîmes une invitation à entrer qui ne tarda pas à arriver.

En ouvrant la porte, je découvris une cabine bien organisée, sans ornement inutile, un lit, une grande table avec tout le matériel nécessaire à la navigation, des rangements en nombre qui pouvaient se fermer intégralement en cas de grand vent. Théodorus étudiait une carte marine, il finit par lever les yeux pour savoir qui venait l'interrompre. En nous voyant, il sourit et nous ouvrit grand ses bras pour nous accueillir.

- "Mes amis, merci d'être arrivé aussi vite.

- Nous voulions nous installer rapidement et aider au chargement du navire.

- Pendant qu'il aide au chargement, je ferais un petit tour du navire pour découvrir les potentiels points de vulnérabilités.

- Je comprends mieux d'où vient la réputation de l'armée sindeldi. Votre cabine se situe en dessous de la mienne, à droite de celle du capitaine. Elle n'est pas utilisée depuis un moment donc vérifiez que vous avez tout ce dont vous avez besoin.

- Merci Théodorus.

- Nous partagerons notre repas du soir pour bien commencer la traversée. On se retrouve à huit heures sur le pont principal.

- Alors à ce soir.

Nous prîmes congé d'un hochement de tête et sortîmes de la cabine. Descendant l'escalier, nous arrivâmes aux cabines que le marchand nous avait indiqué. Nous entrâmes dans celle de droite et découvrîmes une cabine plus simple que celle de Théodorus : un lit, une petite table et de quoi ranger nos affaires et nos armes. Nous n'avions pas besoin de plus de toute façon. Nous laissâmes dans un coffre tout ce dont nous n'avions pas besoin pour accomplir nos tâches du jour. Alors qu'Ehemdim était prêt à sortir de la cabine juste avec ses vêtements, il se tourna vers moi pour me parler.

- "Bien joué avec Krakos tout à l'heure Naria, je crois que je n'ai absolument pas besoin de croiser le fer avec toi pour vérifier que tu vas bien. Tu as été capable d'utiliser correctement ta magie. Mon travail est terminé avec ma patiente.

- Je me demandais bien quand tu allais m'en parler. Je m'inquiétais un peu mais je suis rassurée. Tu es sûr que tu n'as pas besoin de porter une arme ?

- Tu as été inventive au possible, je ne me fais plus de souci pour toi mon amour. Et non, inutile de prendre une arme. Je vais me fondre dans le décor comme ça et observer un peu l'ambiance parmi les marins.

- A tout à l'heure alors.

Il referma derrière me laissant terminer de ranger mes affaires et quitter également la cabine. Mon premier réflexe fut d'inspecter le pont principal afin de vérifier que tout était en ordre avant d'inspecter les salles qui étaient en cours de chargement. La coque du navire paraissait solide même si je détectais ça et là des petits accrocs dans la coque qui mériteraient d'être surveillé durant le trajet. L'étage des marins était parfaitement bien organisé, les marins disposaient tous d'un couchage et d'un coffre visé au sol pour mettre leurs effets personnels dedans. Je revins sur le pont principal afin de terminer mon inspecter par les trois mats du navire. Mon petit tour se termina par le plus point le plus haut, la vigie qui me permit d'avoir un panorama hors norme sur le port et Yarthiss au loin.

Le soleil commençait doucement à décliner dans le ciel. En contre-bas, les marins commençaient à allumer les torches pour finir de charger notre navire alors qu'il en était de même un peu partout dans la ville. Tout ceci changea profondément les couleurs de la ville, et les couleurs du port. Près de moi on passait d'un bleu-vert à un rouge-orangé dont l'effet sur l'eau était des plus hypnotiques. Cela avait quelque chose de reposant et me rappelai un peu les couleurs du manoir de Faronia à Balsinh au coucher du soleil. Un peu de nostalgie ne faisait jamais de mal.

(Cette terre me manque.)
(Nous n'allons peut être pas rentrer de si tôt.)
(Je sais Naria et je pense que nous ne sommes pas prêtes encore à retourner sur le Naora.)
(Tu penses que c'est aussi grave que ça ?)
(Seul le temps nous le dira.)

Ma faera avait raison, nous devions attendre d'être sur place pour savoir à quel point la situation était critique pour Kendra Kâr. Le soleil continuait de descendre à l'horizon, il était temps pour moi de faire de même. Le navire allait bientôt appareiller et nous étions attendus avec Ehemdim pour le dîner avec le propriétaire du navire. Attrapant la première corde que je trouvais, je m'y agrippai et me laissai descendre jusqu'au pont principal. Me réceptionnant avec souplesse, je me retrouvai au milieu d'une sacrée activité. Des tonneaux servaient de tables et sur chacun d'eux se trouvant un chandelier à trois branches qui diffusaient une douce lumière.

Je trouvai Ehemdim autour d'un tonneau non loin des escaliers menant aux cabines. En m'approchant, je vis quatre verres et un plateau remplis de toutes sortes de produits de la terre et de la mer. Je m'accoudai à la table en attendant qu'Ehemdim me donne des explications.

- "Nous devons attendre que tous les marins soient sur le pont pour commencer.

- D'accord. Le chargement du navire s'est bien passé ?

- Parfaitement. J'ai découvert que les marins de ce navire constituaient une véritable famille, qu'ils pouvaient compter les uns sur les autres et qu'ils appréciaient énormément le capitaine, qui devrait bientôt nous rejoindre et le propriétaire du navire.

- Du respect sur un navire marchand, voilà qui est rare.

- Et nous cultivons le respect et l'entraide en toute circonstances mademoiselle.

- Aenaria, je te présente Crillus, le capitaine de ce navire."

Un bel homme, au teint basané, brun, avec un collier de barbe, les yeux bleus océan, se présenta à moi la main tendue. Je la serrai chaleureusement.

- "Bienvenue à bord Du Cormoran ! Nous sommes ravis de vous avoir à notre bord.

- C'est un honneur pour nous de pouvoir voyager à moindre prix tout en protégeant les intérêts de Théodorus.

- Il est vrai que Théodorus pense toujours à notre sécurité et à la sécurité de ses marchandises avant la sienne. C'est très rare et nous apprécions beaucoup cela, l'équipage et moi. Je n'ai jamais connu pareil propriétaire de navire.

- C'est une qualité assez admirable. Une personne avec autant d'abnégation est rare.

- Oui, cela nous permet de rester en vie."

Des mains qui tapent pour avoir l'attention de tous, les têtes se tournèrent vers la source du bruit et je découvris Théodorus en haut des escaliers.

- "Mes chers camarades, nous voici à l'aube de notre prochain voyage. Nous avons deux invités avec nous pour ce périple, deux elfes gris qui vont pouvoir assurer notre sécurité. Comme vous le savez, il est inutile de vous le cacher, la situation autour de Kendra Kâr est, d'après les dernières nouvelles, très inquiétantes. La présence d'Ehemdim et Aenaria à notre bord vous permettra de tranquilliser vos esprits, de faire votre travail et de nous conduire à bon port. Profitez de ce repas que nous avons l'habitude de partager avant notre départ et nous appareillons dans une heure messieurs."

Une clameur et des hourra fusèrent parmi les marins, de toute évidence cela faisait parti d'un rituel sur le navire, de quoi créer un belle cohésion au sein du groupe. J'adorais ce genre de comportement. Théodorus franchit les quelques marches qui nous séparait et souleva un verre, nous invitant à trinquer tous les quatre. L'ambiance était détendue et bon enfant. Le capitaine, au cours de la discussion qui suivit l'introduction de Théodorus, révéla que nous avions 20 jours de mer devant nous et que le temps pour partir était parfait. Ehemdim proposa plusieurs solutions concernant notre participation à la surveillance du navire et la version retenue fut la dernière, nous prendrions notre tour de surveillance tous les deux du lever au coucher du soleil et au besoin nous serions réveillés la nuit.

Lorsque le plateau de victuailles fut terminé, Crillus héla son second afin de lancer les opérations de départ. Une partie des marins débarrassa les tonneaux, une autre partie s'occupa de rapatrier nos tables de fortune dans les cales alors que les autres décrochaient les amarres, levaient l'ancre et se préparaient à appareiller. Ehemdim et moi demandâmes si nous pouvions aider à la manoeuvre et aussitôt Crillus nous donna comme tâche d'aider pour déployer la grande voile. Attrapant les cordes nous tirâmes de toutes nos forces afin de profiter de la brise descendant le fleuve, condition idéale pour quitter ce port fluviale. Après quelques efforts, le navire commença à filer et Crillus nous proposa d'aller nous reposer.

Nous le saluâmes et rejoignîmes notre cabine pour y passer notre première nuit. Nous passâmes une bonne partie de la soirée à discuter sur comment nous allions nous déposer demain, quand faire une pause dans notre surveillance pour manger un morceau, si nous allions proposer notre aide ou pas aux marins en cas de besoin... Bref pleins de petites choses qui méritaient réflexion et qui nous occupâmes pendant plusieurs heures à tel point que nous vîmes l'immensité de l'océan avant de nous endormir dans les bras de l'autre.

***

Durant les cinq premiers jours de notre voyage, nous nous retrouvâmes dans une forme de routine, avec un réveil au lever du soleil, des étirements et entrainements matinaux à l'épée afin de nous entretenir physiquement, une surveillance accrue du navire avec l'un de nous à la vigie pour seconder le marin s'y trouvant alors que l'autre arpentait le pont, n'hésitant pas à prêter main forte aux marins en cas de besoin. Le soir nous retrouvions Théodorus pour lui faire un rapport de la journée avant de nous coucher avec le soleil. Nous ne couchions pas vraiment, nous profitions surtout de ces moments ensemble pour pratiquer une autre forme de sport.

***

Le sixième jour nous fûmes réveillés par un violent coup de vent qui dura toute la journée et auquel s'ajouta une forme pluie, qui nous empêchait de voir plus loin que le bout de notre nez et même pour des elfes, cela était fort problématique. Du coup, Ehemdim et moi nous relayâmes à la vigie pour maintenir le bateau dans un cap correct. Malheureusement, un autre navire avait du chavirer peu avant notre passage, des débris jonchaient la mer, si bien que l'un d'eux créa une voie d'eau dans la coque. Ehemdim descendit pour aider les marins à combler le trou du mieux possible avec des planches et des clous qui étaient présentes dans la cale du navire. Il leur fallut deux bonnes heures de travail acharné afin de combler la brèche et de terminer d'écoper toute l'eau. Cette journée fut bien longue et bien humide.

La journée suivante, la septième du voyage, fut en tout point identique au niveau du temps à la précédente. Notre surveillance fut bien plus importante au niveau de la coque que sur le pont principal, vu comment nous étions portés à droite et à gauche par les vagues, bref deux jours de mer assez catastrophiques. Le troisième jour de tempête fut le moins violent, la pluie s'estompa légèrement en fin de journée, ce qui permit aux organismes de se reposer un peu, le vent était toujours présent et la mer était toujours démontée mais au moins sans la pluie, nous pouvions noir où nous allions. Le neuvième jour de mer vit la tempête s'estomper pour finalement disparaître avec le soleil couchant, les hommes étaient fatigués par ces jours qui en demandaient beaucoup physiquement, retrouver un peu de tranquillité calmerait les esprits.

***

Les sept jours qui suivirent furent bien monotones après les quatre jours de mers déchaînés que nous avions subi mais au moins les marins pouvaient respirer en terme de difficulté de travail. Ehemdim était de plus en plus puissant dans ses coups lors de nos sessions d'entrainement, de plus en plus méchant, comme si il nous préparait au pire. Les marins se rassemblaient tous les matins autour de nous pour nous observer mais jamais le sang n'avait coulé entre nous. Ce n'était pas l'objectif de notre pratique, plutôt une remise en forme complète pour moi et un très bon entretien physique pour mon fiancé. Lorsque nous arrêtions de nous battre, les marins avaient pour habitude de nous applaudir, pensaient-ils que nous faisions cela pour les rassurer ? Ou pour les impressionner ? J'espérais au plus profond de moi que ce n'était pas le cas. Ce qui me donna une idée. Le soir venu j'allais trouvé Crillus pour lui en toucher deux mots et il trouva mon idée intéressante et elle permettrait de casser la monotonie du travail des marins.

C'est ainsi que le dix-septième jour au moment de commencer notre session d'entraînement, je proposai aux marins présents sur le pont et qui le souhaitait de se joindre à nous pour s'entraîner et apprendre à manier une épée. Nous remplacions les épées par de simples bouts de bois qui feraient illusion. Nous leur apprîmes à tenir leur arme et à tenir la garde, à contrer de simples attaques, à porter de simples attaques. Ceci nous prit deux bonnes heures mais les marins semblaient heureux de faire autre chose, tant et si bien qu'Ehemdim et moi fîmes une deuxième sessions l'après-midi avec les marins qui n'avaient pas participé à la séance du matin. On voyait le sourire sur les visages des marins qui appréciaient d'apprendre et de faire autre chose. L'objectif n'était pas de les transformer en soldats, mais leur montrer les rudiments était déjà une bonne chose pour eux.

Durant les trois derniers jours de mer, nous continuâmes notre formation et certains marins devinrent des bons bretteurs mais qui ne seraient pas encore capable de défendre le navire. Pour terminer la session d'entraînement, certains nous défièrent en combat singulier si bien que nous dûmes honorer leur demande. Ce fut très divertissant. Théodorus et Crillus rirent de bons coeur devant leurs marins, ceci eut pour effet de bien détendre l'atmosphère à l'approche de Kendra Kâr. La vigie finit par hurler que la ville était en vue. Nous nous saluâmes une dernière et nous nous applaudîmes devant le travail accompli. Tout le monde retourna à son poste car la manoeuvre pour accoster dans la cité blanche était loin d'être évidente mais c'était sans compter les qualifications des personnes travaillant sur ce navire. Crillus donna des ordres d'une efficacité redoutable pour manoeuvrer, les marins lui obéissaient au doigt et à l'oeil, ne faisant qu'un, tant et si bien qu'après deux heures de manoeuvre, nous accostions à Kendra Kâr.

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Akihito
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Re: Les Navires Marchands (X1)

Message par Akihito » ven. 15 janv. 2021 01:06

Dans le chapitre précédent...

Troisième Arc : Encre de feu, Ancre de sang.

Chapitre XXV : Répit du voyage.

Ce matin-là, Akihito se réveilla en s’étirant dans le hamac qu’on lui avait attribué. Il était un peu plus large que les autres, obtenu par Anthelia pour que le couple puisse profiter de son sommeil ensemble. Une plaisante surprise, et malgré ses questions incessantes et les « faveurs » qu’il avait (volontiers) offertes à la jeune femme, cette dernière avait refusé de lui dire comment elle avait fait. Elle avait cependant été catégorique : aucune « faveur » n’avait été utilisée pour soudoyer le capitaine ou un marin quelconque. Il finit par abandonner, préférant laisser la jeune femme se moquer de lui.

Embrassant rapidement la malicieuse sur le front, il descendit dans la cale pour retrouver Brume. Il devait l’admettre, en à peine trois jours il s’était attaché à cette renne douce et affectueuse qui accueillit son propriétaire avec un bramement festif. Se saisissant d’un boisseau d’avoine, il nourrit le cervidé tout en caressant son encolure : comme toutes les montures elle n’était pas à l’aise sur un bateau, aussi se débrouillait-il pour ne pas qu’elle stresse et fasse n’importe quoi. Il se pencha sur la droite et esquiva adroitement un coup de langue râpeuse. Un réflexe salvateur puisque Brume adorait visiblement le recouvrir de bave. Il aurait pu s’en agacer, mais la renne était simplement trop joyeuse et adorable pour qu’il puisse lui en tenir rigueur.

« Bonne fille. »

Il donna une pichenette dans le bonnet qui ornait sa tête, faisant s’enrouler le pompon autour d’un de ses bois. Il avait le premier soir essayé de lui retirer, mais Brume s’était tellement agitée qu’il avait préféré lui laisser. Jouer avec semblait l’amuser elle aussi, et il la quitta alors qu’elle remuait ses bois dans tous les sens pour essayer de faire retomber le pompon devant ses yeux.

Plusieurs marins arpentaient le pont, en ce début de matinée. Le minimum pour faire avancer le navire à sa vitesse maximale. Un rythme soutenu qui forçait les marins à se relayer par roulement de huit heures afin de grappiller le plus de temps possible en attrapant le plus de vent possible, même de nuit. Grâce à cela, ils pouvaient rejoindre le port du camp des forces alliées en moins d’une semaine, là où un navire standard aurait mis au moins huit jours. Focalisés sur leur tâche, les marins n’accordaient que peu d’importance à leurs invités de marque, se contentant de les saluer ou d’échanger quelques mots avec eux durant une pause. Pas de quoi casser trois pattes à un Bouloum, mais Akihito s’en fichait : ils faisaient leur travail, et lui ferait le sien une fois arrivée à bon port.

Akihito grimpa la volée de marches menant au pont avant, où Yliria s’entraînait déjà. Tout en s’étirant de son côté, il observa la jeune fille faire les siens, trop concentrée pour l’avoir entendu s’approcher. L’enchanteur n’arrivait pas à se décider : devait-il qualifier sa souplesse de terrifiante ou d’impressionnante ? D’un côté, il était admiratif des prouesses d’un corps athlétique entraîné, mais de l’autre…

(Errh, on peut vraiment se pencher autant en arrière ?)

… Rien que voir certaines positions lui donnait froid dans le dos.

Pris d’une soudaine envie de la taquiner, il se glissa silencieusement dans son dos alors qu’elle regardait la mer en faisant une pause. Ses doigts se mirent de chaque côté de ses côtes, et il envoya une légère décharge de foudre la chatouiller. Elle poussa un cri de surprise et de rire avant de se retourner vers lui, le visage rouge pivoine. Ce qui le fit éclater de rire, ce à quoi elle répondit en balayant l’air de sa rapière, heureusement encore rengainée. Il para le coup de sa propre lame protégée du fourreau, et ainsi commença leur duel sous les invectives de semi-shaakte et le sourire hilare d’Akihito. Les entraînements qu’ils avaient tous deux effectués au cours des deux dernières semaines avaient grandement profités à l’enchanteur, qui pouvait désormais opposer une résistance décente sans abuser des pouvoirs de ses reliques. Mais c’était encore loin d’être suffisant, et la jeune fille continuait de le battre. Comble de la chose, le roulis du bateau ne semblait pas l’affecter le moins du monde. Profitant d’une de ces déstabilisations, elle plongea son fourreau dans son ventre et d’un balaiement du pied, le projeta sur le plancher du sol. Peinant à retrouver son souffle, ce fut encore plus difficile quand la jeune fille posa un genou sur sa poitrine, sa rapière sous la gorge.

« Euff, euff… Je m’excuse, j’ai perdu ! Arrête Yli’, j’vais crever !

- Hmpf, ça t'apprendra à m'attaquer vicieusement par-derrière !

- Vicieusement, tout de suite les grands mots… »

Elle l’aida à se relever, ne lui en voulant apparemment déjà plus à la vue de son sourire. Mieux, elle lui demanda un service : s’il pouvait apporter son matériel de tatouage. Haussant un sourcil, il s’exécuta quand même : c’était sa façon à lui de se faire pardonner. Il ignorait pourquoi elle en avait besoin, et il était persuadé d'avoir été clair sur le fait que pour son tatouage dans le dos, il estimait avoir encore besoin de temps. Néanmoins, et après s'être essuyé le front d'un revers du bras pour enlever la sueur qui y perlait encore, il retrouva la jeune fille au même endroit, sur le pont avant.

« Et donc ? Que puis-je pour toi ?

- Est ce que tu pourrais percer une de mes oreilles avec ton aiguille pour que je puisse la mettre ? S'il te plaît.

- ... Excuse-moi ? »

La demande le perturba. Percer une oreille pour y glisser le bijou qu’elle lui montrait ? Avoir le matériel nécessaire ne voulait pas forcément dire qu'il pouvait le faire.

« Je veux dire, je peux sans doute le faire, mais tu ne peux pas plutôt demander à Theli ? Peut-être qu'elle a déjà fait... »

Elle assura qu'elle préférait lui demander, puisqu'elle lui faisait confiance. Un argument qui aida Akihito à accepter.

« Si tu me le demande comme ça, je ne peux qu'accepter. Je vais tenter de faire ça le plus en douceur possible, mais invoque au cas où Ssussun. »

Balayant le pont, il chercha une façon de se positionner pour lui percer l'oreille aisément. Le faire contre la rambarde de bois était hors de question, il n'avait pas envie d'avoir l'impression de lui clouer l'oreille au bateau. Les hamacs étaient eux trop flottants et mobiles. Finalement, il finit par s'asseoir en tailleur, adossé au bois ; il déposa une peau de tatouage sur sa cuisse, avant de tapoter cette dernière avec un sourire bienveillant.

« Pose ta tête là Yli. Oreille gauche ou droite ? »

Sa position des plus orthodoxe perturba la jeune fille, et l'effort qu'elle fournit pour indiquer qu'elle voulait qu'il perce l'oreille droite l'amusa, mais il n'en montra rien. La tête reposa sur sa cuisse, le petit poisson de lumière voletant tranquillement à côté de sa tête. Ssussun avait une présence aussi amusante que réconfortante : un poisson était difficile à prendre au sérieux, mais sa simplicité était ce qui le rendait apaisant en même temps.

« Je... Mes oreilles c'est un point sensible par contre... C'est un peu... Délicat.

- T'inquiète Yli', je vais faire attention. »

D'un doigt, Akihito dégagea les mèches nacrées pour dévoiler l'oreille elfique et se pencha au-dessus de la tête d'Yliria. C'était un organe, une partie représentative des elfes devant toutes les autres. Si on demandait à n'importe qui de citer une différence physique entre les elfes et les autres races, ce seraient invariablement les oreilles qui seraient évoquées. Et Akihito, comme beaucoup d'autres, était curieux de voir leur forme de plus près. Les pavillons semi-rigides qui formaient le rond haut d'une oreille humaine étaient là étirées en pointe, composant l'essentiel de l'oreille. Et là où les femmes humaines accrochaient majoritairement leurs boucles à leurs lobes, les elfes en étaient eux tout simplement dépourvus. Ce qui était une aubaine pour Akihito.

« Mmmh... Pas de lobe, alors on va devoir passer à travers le pavillon... C'est pas plus mal, ça rentrera droit. »

Ayant en tête l'avertissement de la jeune fille, il tendit des doigts prudents et palpa le bord de son oreille, estimant son épaisseur, sa rigidité, son élasticité. Bref, autant d'informations importantes pour un tatoueur s'apprêtant à user de son aiguille.

« Ok, je vois, ajouta-t-il à voix basse. Bon ce que je te propose Yli' pour ton perçage, ce sont ces endroits-là, proche de la base, ici plus vers le milieu... Non plus là, et enfin près de la pointe, ici. Lequel te conviendrait ? »

Il fit glisser son doigt d'un point à l'autre, en appuyant un peu plus fort pour bien lui faire sentir les emplacements qu'il lui proposait.

« Le plus... loin possible de la pointe s'il te plaît.

- Compris. »

Jetant finalement un coup d'oeil à la jeune fille, il lisait une certaine panique dans son regard. Elle en tremblait, et il y avait de quoi. Dans un sourire, il tapota sa tête et prit une voix rassurante.

« Je vais faire attention. Tout se passera bien, assura l'Ynorien avant d'adresser un regard au poisson, qui le regardait avec de grands yeux vides. Hum, Ssussun ? Tu peux faire quelque chose pour la détendre ? »

Il n'était pas sûr de savoir si l'élémentaire comprenait ce qu'il disait, ni s’il lui obéirait. Dans le même moment, il vérifia la pointe de la boucle d'oreille et la compara à son aiguille : les pointes étaient relativement de même épaisseur, ce qui faciliterait la tâche.

« Tu peux me faire une petite flamme et me la montrer ? »

Elle semblait visiblement intriguée par sa demande, mais s'exécuta. Il y plongea un temps la surface de son aiguille, en lui expliquant que comme il comptait perforer toute son oreille, il préférait éviter de l'infecter.

« Non pas que mes aiguilles soient sales, mais on est jamais trop prudent. Ah, ça devrait être bon. »

L'aiguille désormais bien chaude à son extrémité, il se saisit du visage de la semi-shaakte et avec précaution, l'incita à rouler la tête sur le côté pour que l'oreille repose sur sa cuisse. D'une main, il agita l'aiguille pour la rendre moins chaude et de l'autre, confirma l'emplacement de la future boucle. Enfin vint le moment. ses bras enserraient la tête pour éviter qu'elle ne bouge trop et s'ouvre l'oreille.

« Allez Yli’, on y est. J'y vais dans 3, 2... »

Et planta l'aiguille avant même de dire 1. Une vieille technique de sa mère, pour l'empêcher de stresser à attendre la fin du décompte. Il sentit Yliria tressaillir, mais ne bougea presque pas. La pénétration était un succès, en confirmant la pointe qui avait traversé de part en part le pavillon ; il donna quelques coups de maillet supplémentaires pour agrandir le trou, le rendant un peu plus large que la pointe de la boucle. Car en se refermant, la blessure allait tenter de reboucher tout le trou. Et s'il ne laissait pas un minimum d'espace, la peau allait se refaire autour de la boucle et la souder à la peau. Une très mauvaise idée, évidemment.

(Comme quoi, les cours anatomiques de Theli ont quelques utilités hors tatouage.)

L’aiguille retirée, il rinça à l'eau claire le petit trou nouvellement formé : l'oreille n'était pas très irriguée en sang, aussi le saignement s'arrêta rapidement. Il y inséra la boucle d'oreille, s'assura une dernière fois que tout était en ordre, puis libéra la semi-shaakte de son étreinte.

« Voilà. J'espère que je ne t'ai pas trop fait mal.

- Honnêtement, si, mais mes oreilles sont extrêmement sensibles, donc ce n'est pas ta faute. Merci Akihito, je pense que si je l'avais fait toute seule comme je l'envisageai, ça aurait été une catastrophe.

- Un poil imprudent, en effet.

- Ce.. Ce n'est pas bizarre comme ornement ? »

Il observa la boucle d’oreille sur la jeune fille. Une perle rouge sang, sans doute un rubis, sur une monture d’or finement ouvragée. Un cadeau du Père No-Hell, lui avait-elle dit. S’il devait être parfaitement honnête, ce n’était pas le meilleur choix de couleur avec l’apparence de la jeune fille, même si le renvoi à son armure rougeoyante était du plus bel effet. L’argent et un saphir, cela aurait été plus en accord avec ses yeux et sa chevelure.

« C’est très beau. M’est avis que le bleu d’un saphir aurait eu plus d’impact avec tes yeux, mais on ne refuse pas un cadeau du père No Hell comme ça, » conclut-il dans un sourire. Et à voir le sourire s’élargissant de la jeune fille, il vit que son compliment avait fait mouche.

Akihito se releva et s’étira de toute sa longueur. Il lui restait une chose à faire. Il avait obtenu l’accord du Dragon d’Ynorie et était impatient de voir les résultats de cette nouvelle expérience.

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Akihito
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Re: Les Navires Marchands (X1)

Message par Akihito » ven. 15 janv. 2021 01:08

Dans le chapitre précédent...

Troisième Arc : Encre de feu, Ancre de sang.

Chapitre XXVI : Le tatoueur arcanique.

L’idée lui était venue un soir, alors qu’il parlait de tatouages à voix basses avec Anthelia, sur la Slive. Le jeune homme regrettait alors la disparition des tatouages magiques et de ce qu’ils apportaient, et cherchait à savoir si les encres perdues n’étaient pas substituables. Malheureusement, ce n’était pas le cas. Non seulement les matières premières, déjà extrêmement rares, étaient pour la plupart épuisées, mais les méthodes de fabrications s’étaient éteintes avec le dernier artisan de la Cité Blanche. Alors même si Akihito mettait la main sur des composants, des ressources pouvant servir à l’élaboration d’une encre, personne ne serait en mesure de les faire. Il proposa de s’en charger lui-même, et rencontra un autre problème qui était lui insurmontable : il fallait posséder des fluides d’eau pour leur création, et avec ses fluides de foudre déjà présents, ingérer ces fluides reviendrait à un suicide pur et simple. Les deux forces magiques contraires s’affronteraient dans son corps et le transformerait en une bouillie sanguinolente en une poignée de seconde… S’il n’explosait tout simplement pas avant.

Au cœur de l’obscurité, il voyait briller dans le noir une faible lueur sur la maille de sa cotte, celle du sceau qu’il utilisait pour maintenir ses Transferts Magiques. Naturellement, il avait déjà essayé d’enchâsser un sort dans son propre corps à l’aide dudit sort, sans grand résultat. Un organisme vivant était une machine complexe qu’il était difficile d’altérer. Et stocker la puissance magique dans un corps, sans fluide pour le contenir… C’était…

La réflexion l’avait fait totalement se réveiller du sommeil douillet dans lequel il s’enfonçait jusque-là.

(Et si… Et si, les fluides étaient ce support ? Cette réserve ?)

Cela faisait partie des mystères que Akihito n’arrivait pas à s’expliquer. Comment les fluides parvenaient à se reconstituer, quand bien même ils se transformaient en puissants sorts sous diverses formes ? La magie, le mana, avait cette curieuse faculté auto régénérante. Et on pouvait les modeler pour créer des sorts. Et que se passerait-il si on enchâssait un Transfert Magique dans une fiole de fluide ? Ce dernier allait-il s’auto-alimenter, devenant une sorte de sort lançable indéfiniment, tant que le fluide se rechargeait ? Une image saugrenue : il pouvait poser une marque et son Transfert sur la fiole, pourquoi pas, mais pas sur le fluide.
Au fil de ses réflexions, une idée folle bourgeonna. Et à mesure qu’il la pensait, la retournait dans tous les sens pour en estimer les zones d’ombres, les points inconnus, le tatoueur en arriva à la conclusion que pour en avoir le cœur net, il devait le tester. Un test et une expérience aux résultats inconnus, et il devait le tester sur une personne. Il s’exclut ainsi qu’Anthelia, lui car il se devait d’être pleinement concentré pour un premier essai, et Anthelia à cause de la présence de fluides aqueux dans son corps. Le contact avec ses fluides de foudre était trop dangereux. Il fallait donc un cobaye volontaire ne possédant pas de fluides d’eau…

Akihito revint au présent, chassant de son esprit ces souvenirs. Le cobaye, il l’avait trouvé, en la personne du Dragon d’Or, qui émergea au même moment des cabines, simplement vêtu d’une chemise et de braies.

Deux jours auparavant, juste après leur départ, le navire avait été attaqué par un Drakarn. Après coup, le capitaine du navire supposa que la forte activité de Perhaillon, un des Treize qui dirigeait le futur blocus d’Oranan, avait sans aucun doute chassé le léviathan de son territoire. Il s’en était donc pris au bateau marchand… Au MAUVAIS bateau marchand. Akihito avait sonné l’alerte en reconnaissant son rugissement caractéristique, et il avait avec Yliria et le Dragon d’Or affronté la bête. Un combat à sens unique, où les trois combattants, renforcés par les sorts dopants de Ssussun, massacrèrent le léviathan. Un torrent de foudre s’abattit sur le Drakarn, Akihito étant soutenu par la nouvelle incrustation runique placée ironiquement dans des écailles du même monstre. Ses compagnons n’étaient pas en reste, déchaînant à leur tour des sorts de lumière, fluide que les deux semi-shaakts partageaient. Le sergent semblait même en être un redoutable utilisateur, utilisant son étrange arme à deux mains comme canaliseur magique. Et, à l’instar du marteau du forgeron, l’arme du Dragon d’Or n’était pas inoffensive au corps-à-corps. Le léviathan l’apprit à ses dépens lorsqu’il tenta de grimper sur le navire, voyant qu’il se faisait copieusement arroser de sorts. Ou peut-être essayait-il de retourner le navire ? Toujours est-il qu’il fut accueilli par les deux mages blancs baignés de la lumière de Ssussun. Les coups tombèrent, brisant les écailles et perforant le cuir avec une terrible aisance. Le Drakarn tenta alors de s’extirper, mais n’eut pas la chance d’aller très loin : plusieurs obus d’Akihito et d’Yliria achevèrent la bête moribonde.

Un combat rondement mené, qui rapprocha les deux envoyés Ynoriens. L’enchanteur avait dissipé une partie des doutes qu’avait le milicien a son encontre et s’il ne lui accordait pas encore toute sa confiance, ils discutèrent de manière plus amicale. Au fil de leurs conversations, Akihito finit par lui proposer un marché.

« Ser Kiyoheïki, j’aurais un service à vous demander. Anthelia vous a déjà tatoué un tatouage magique. Et comme je vous l’ai raconté, je suis à mon tour un tatoueur… Et j’aimerais tenter quelque chose. Connaissez-vous le sort de Transfert Magique ? demanda l’enchanteur, avec pour réponse un secouement de tête. Pour faire simple, cela revient à stocker un sort dans un objet, pour l’utiliser plus tard. Efficace, mais sa seule faiblesse est son caractère unique : une fois utilisé, il disparaît. Et j’en suis venu à échafauder une théorie… Et si on enchâssait ce sortnon pas dans un objet, mais dans un tatouage ? Pour éviter tout problème avec les fluides déjà présent, l’idée serait d’utiliser non pas de l’encre, mais un fluide pur. Ainsi, tout comme les fluides que nous possédons, le fluide du tatouage se régénérerait de lui-même, vous donnant accès à un sort à l’utilisation infinie… »

Si c’était séduisant sur le papier, il se devait également de lui présenter les risques, ainsi que sa demande.

« Le seul problème, c’est que c’est une théorie. SI je suis plutôt confiant dans l’opération, je n’ai jamais pu l’expérimenter sur un corps vivant, et je n’en connais pas les risques… Alors voilà ma requête : me laisseriez-vous vous faire le premier tatouage porteur de sort ?

- Une théorie n'a pas pour vocation de le rester. Mettez-la à l'épreuve. Je vous y aiderai. »

Telle avait été la réponse du milicien. Et maintenant, il était temps de passer aux choses sérieuses, et de vérifier si au-delà de la théorie, il y aurait un second souffle pour les tatouages magiques.

« Encore merci de bien vouloir m’aider. »

Son interlocuteur fit un hochement de tête, lui assurant qu’il n’avait pas à s’en faire. Anthelia arriva peu après, et comme pour le tatouage de Narem, il était important de savoir si les conditions météorologiques et la mer allaient rester bonnes ; il lui demanda donc d’aller chercher ces informations auprès de capitaine.

« Elle aurait été ravie de prendre votre place, expliqua Akihito en la regardant partir. Mais c’est une aquamancienne, alors introduire des fluides de foudre, même seulement sous la forme d’un tatouage, c’est un risque que je ne veux pas prendre. »

Le semi-shaakt lui demanda pourquoi ne pas avoir testé avec un autre fluide, dans ce cas-là.

« Toujours dans la théorie, c’est possible de tatouer avec d’autres fluides que le sien. Mais pour un premier essai, je préfère tout de même limiter le plus possible la zone d’incertitude. »

Visiblement convaincu par l’argument, les deux Ynoriens regardèrent la jeune femme revenir en hochant la tête. Si près des côtes, ils étaient relativement à l’abri de tout changement de météo brutal. Akihito mena ses deux camarades sur le pont avant, où Yliria se trouvait toujours et qui voudrait sans aucun doute assister au tatouage. Dépliant sa couverture de voyage, il invita Kiyoheïki à retirer sa chemise et s’allonger sur le dos. Ce qu’il fit, dévoilant une superbe arabesque de lierre couvrant tout son dos. Les feuilles et les tiges s’entrecroisaient, formant un réseau complexe et élaboré. Akihito siffla d’admiration.

« Eh bah Theli, c’est une belle pièce.

- Tu te sens capable de passer derrière moi ?

- Évidemment. J’ai été formé par les meilleurs, après tout. »

Sa réplique la fit sourire, tandis qu’il demandait à son « client » de lui indiquer ce qui lui ferait plaisir. Il avait déclaré vouloir une extension de son tatouage existant, mais peut-être avait-il des demandes particulières ? Lui déclara que non et que le tatoueur avait toute latitude à exprimer son art. Akihito regarda donc le dessin, essayant de voir ce qu’il pouvait faire.

Rapidement, une idée lui vint. Qu’aimait le milicien ? D’après ce qu’il voyait et des quelques discussions qu’ils avaient eu, deux choses en particuliers ressortaient : l’Ynorie et Talia, sa femme. Une personne merveilleuse selon ses dires, dotée de toutes les qualités du monde mais surtout de celle qu’il estimait par-dessus tout, l’honneur. Et cette femme n’était pas comme les autres : c’était une Pâle, une race venue d’un autre monde appelé Aliaénon, qui avait la particularité d’avoir des plumes disposées à diverses parties du corps. D’aucuns les auraient appelés des harpies, mais pas Kiyoheïki : lui avait vu la beauté sous ce plumage atypique. Ce dévouement et cet amour sans borne étaient trop forts pour que Akihito ne soit pas tenté d’y rendre un hommage.

(Je te préviens, Akihito Yoichi : les tatouages avec du texte, c’est d’un ridicule monstrueux. Je nierai t’avoir connu si c’est ce que tu fais.)

(Eh, je me respecte un peu. Maintenant, laisse moi travailler.)

Le lierre, malgré ses nombreuses feuilles, avait une structure centrale : une longue tige qui se scindait en deux au milieu du dos, partant en deux branches s’arrêtant aux omoplates. La première branche contiendrait le symbole de son premier amour, l’Ynorie. La seconde serait, elle, dédiée à Talia.
Désormais décidé, il s’agenouilla à côté du corps de Kiyoheïki. Un corps petit, presque enfantin, mais seulement par la taille : les muscles dessinés et tracés sous sa peau sombre témoignaient du fruit d’un entraînement rigoureux sur un corps adulte. Ses doigts commencèrent à masser les différentes parties sur lesquelles il comptait travailler, à la recherche du moindre nœud ou de la moindre tension. S'il en trouva quelques-unes, le dos du milicien était dans sa grande majorité parfaitement détendu. Ce qui impressionna Akihito : s’il avait été dans sa situation, la simple idée de servir de cobaye l’aurait stressé bien plus que ça. Décidé à faire honneur à la confiance qu’on plaçait en lui, le tatoueur descella une des fioles de foudre, répandant une odeur qu’il n’avait plus senti depuis Mertar, où il avait comblé ses réserves fluidiques. Il trempa son aiguille dedans, injecta un mince filet de ses propres fluides dans l’aiguille et se saisit de son maillet.

(… C’est le moment de vérité. On y va.)

Le tatoueur s’immergea dans son travail. Une tâche bien plus éprouvante que tous les autres tatouages : non seulement parce qu’il faisait quelque chose encore jamais vu sur Yuimen, mais aussi parce qu’il devait contrôler le flot de ses propres fluides qui engravait, morceau après morceau, le circuit dans lequel devait se loger le sort. Il commença d’abord par l’omoplate gauche, l’Ynorie. L’un des symboles de l’Ynorie, une fleur qui ne poussait presque exclusivement que dans son pays, était le lotus. Symbolisant la sagesse et l’honneur, deux vertus chères au peuple Ynoriens, il ne pouvait trouver meilleure représentation de sa nation se mélangeant à un décor végétal. Loin de la forme stylisée et simplifiée de la Kizoku Hana, Akihito s’appliqua à détailler avec minutie les pétales composant la fleur. Trempant à intervalles réguliers son aiguille dans la fiole de foudre, il pouvait voir, au fur et à mesure de la complétion de son tatouage, les lignes qu’il pointait lentement se mettre à luire. Pulsant d’une magie brute, attendant de recevoir le sort qu’elle allait garder jusqu’au bout.

De temps à autre, Akihito demandait au milicien comment il se sentait, s’il sentait un corps étranger en la présence des fluides de foudre sous sa peau. Il répondit invariablement que hormis les picotements laissés par son aiguille chargée de feu céleste, il ne ressentait rien de désagréable. Un début encourageant, mais rien n’était joué.

De la fleur de lotus, le tatoueur repassa sur les vignes du lierre principale tout en poursuivant le tracé de cette dernière. Telle la sève qui s’écoulait à travers un végétal, le fluide de foudre se propageait dans tout le réseau d’encre laissé par Anthelia, guidé par les points d’Akihito. Aucune feuille ne fut épargnée, mais le travail était là bien plus simple car l’essentiel du travail était fait. Arrivé au croisement des deux branches, il prit une pause pour reposer ses doigts endoloris et prendre une gorgée d’eau. Le travail était éreintant sur chantier de cette ampleur, mais il ne pouvait pas trop se reposer pour autant : qui savait ce qui se passerait si il laissait son tatouage de fluide incomplet trop longtemps.

La seconde branche, menant à l’omoplate droite, vit apparaître tout le long de la vigne de petites plumes, se fondant et se confondant avec les feuilles. Un rappel évident à la nature atypique de sa femme. Elles aussi se mirent à luire sous les doigts et le tracé habile d’Akihito, arrivant enfin au bout de la branche. Comment symboliser le plus simplement ce que représentait une femme, pour un homme aussi dévoué que le milicien ? Son foyer. Sa maison, l’endroit où il se sentait le mieux. Et pour une femme aux caractéristiques aviaires évident, un foyer ne pouvait prendre qu’une seule forme. Les extrémités de la vigne se virent prolongées, s’enroulant les unes autour des autres pour former ce qui se révéla être un nid. Un nid de lierre, au centre duquel reposait une unique plume, que Akihito détailla avec plus d’attention et de soin que les autres. Au centre de cette dernière, un T prit vie, achevant de lier Kiyoheïki à sa femme Talia.

L’enchanteur était incapable de savoir depuis combien de temps il tatouait, il savait juste qu’il avait faim. Et soif. Mais son travail n’était pas fini : les deux branches formaient un V luminescent, et il ne restait que le pied de la vigne, étirant le V en un Y. Un Y comme Ynorie, selon la langue commune. Il finit donc de transmettre le circuit de foudre, arrivant peu à peu aux limites du fluide contenu dans la bouteille. Lorsqu’enfin il arriva à son extrémité, une ultime question se posa : comment terminer cette dernière ?

(Comme terminerait tout Dragon digne de ce nom ?) Suggéra Amy.

(… Tu es géniale. Allez, un dernier effort.)

Une queue. Le pied de vigne se muerait en une queue serpentine. Il avait beau ne jamais avoir vu le semi-shaakt sous sa forme draconnique, il ne s’était pas prié de lui demander à quoi il pouvait bien ressembler. Et ce dernier lui avait décrit comme une forme serpentine, surmontée d’une crinière dorée se terminant en pointe. Ce qu’il s’efforça de reproduire du mieux qu’il pouvait, suivant ces maigres informations. Le résultat qu’il obtint, s’il n’était peut-être pas très fidèle à la réalité, restait tout de même très satisfaisant.

Le circuit était désormais complet : un Y, orné à chacune de ses extrémités d’une queue de serpent draconnique, d’une fleur de lotus et d’un nid. Ne restait plus qu’à y insérer la dernière pièce : le sort.

(Ca passe, ou ça casse.)

D’un commun accord, les deux Ynoriens avaient porté leur choix sur le sort d’Électrocution. Non seulement il était non-létal donc moins risqué si le tatouage échouait, mais la perspective d’avoir un sort de neutralisation séduisait le milicien plus que tout le reste de son arsenal magique. Lâchant ses ustensiles, il posa une main tremblante de fatigue sur le dos de son allié. Il se concentra une ultime fois, ressentant les fluides contenu dans son tatouage. Une coquille vide de fluide… Qu’il insuffla de son sort. La foudre de son sort se déversa dans la « sève » du lierre, remplissant chaque canal à une vitesse prodigieuse. Une curieuse coïncidence, quand on savait que le sort d’Akihito prenait précisément la forme d’une vigne paralysant les membres de ses adversaires.

L’enchanteur se laisse finalement tomber en arrière, épuisé. Les trois spectateurs regardaient le dos du milicien, dans un silence seulement troublé par la respiration haletante d’Akihito. Ils l’observèrent se relever, s’étirer de cette position inconfortable maintenue bien trop longtemps. Et se tourner vers eux. Il avait l’air d’aller bien. Restait l’ultime test.

« Allez-y, Ser Kiyoheïki. Testez-le sort sur moi.

- Akihito ?! Mais t’es malade ! protesta vivement la tatoueuse.

- Il a pris le risque de me faire confiance sur une expérience aux chances de succès inconnues. C'est évident de prendre moi aussi ma part de risque. »

Un avis que sembla partager le Dragon d’Ynorie.

« Faites tout de même un pas en arrière, par sécurité. »

Akihito se releva avec un peu de peine et se tint droit face à Kiyoheïki, plongeant son regard bicolore dans ses prunelles d’améthystes. Il les ferma, cherchant sans aucun doute un moyen d’accéder à ce sort tout nouveau pour lui. Mais il finit visiblement par le trouver en ouvrant les yeux quand l’enchanteur sentit une foudre étrangement familière s’enrouler autour de ses muscles, un à un. Il savait comment le sort fonctionnait, mais ne put s’empêcher d’avoir un pas de recul. La douleur qui s’ensuivit le fit lâcher un grognement de douleur entre ses dents serrées. Mais il tint bon et au bout de longues secondes, finit par être libéré de son propre sort. Il se laissa tomber sur le plancher. Fatigué, mais la satisfaction qu’il en tirait valait bien ce désagrément.

« J’ai réussi… »

Il venait de réussir quelque chose de sans précédent. Laissant enfin l’épuisement le gagner, il se laissa aller entre les bras de la tatoueuse qui s’était mise juste derrière lui. Et avant de sombrer dans un sommeil réparateur…

« Bravo à toi Akihito Yoichi, le Tatoueur Arcanique. »



HRP :
  • Consommation d'une fiole de foudre 1/16
  • Ajout à la fiche de Kiyoheïki :
    Tatouages arcaniques

    • Vigne de l'Ynorien protecteur
      Description : Tatouage dorsal représentant une vigne en forme de Y : le pied de la vigne au niveau du coccyx a la forme d'une queue de dragon, chaque branche du Y se termine sur une omoplate avec respectivement le lotus ynorien et le nid symbolisant la femme de Kiyoheïki, Talia. Les fluides de foudre parcourent le tatouage d'une faible lueur pourpre, telle une sève végétale.
      Contient le sort : Électrocution, Rang 3
      Post du tatouage.

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Kiyoheiki
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Re: Les Navires Marchands (X1)

Message par Kiyoheiki » ven. 15 janv. 2021 11:46

~Auparavant~

~7~

J'ai rarement porté si peu de vêtements en public, mais il faut croire que le temps a amoindri ma pudeur. Je me dirige vers le milieu du pont où se trouvent ser Cherock et Dame Anthelia, jetant un bref regard au bastingage portant encore les marques du prédateur. Un drakarn. Deux jours plus tôt, il a fallu que notre chemin croise celui d'une telle créature. J'en frissonne encore. La bête a certainement due être dérangée par l'approche des différentes flottes et a déchainé sa colère sur nous. Le capitaine du navire était du même avis. À toute chose malheur est bon. Cela m'a permis de voir mes compagnons de voyage à l’œuvre.

Le Porteur de la Kizoku-Rana a sonné l'alerte le premier, semblant connaître la méthode d'approche de ce type d'animal gigantesque. Il a frappé durement la créature de ses fluides de foudre, ne laissant passer quasiment aucune opportunité de lui porter un coup dès qu'elle pointait le bout de son museau. Dame Yliria a fait usage d'une magie que je n'avais jamais vu, en invoquant un poisson fait de lumière et qui nageait autour de l'équipage et de nous. Sa magie a su appuyer nos sorts et nos frappes, quand bien même nombreux sont les présents à avoir eu des sueurs froides en la voyant canaliser de la magie de feu. Le drakarn, assailli par la magie, s'était laissé aller à une rage suffisante pour bondir hors de l'eau et écraser le montant de bois. Pour monter à bord ou renverser le bâtiment, je ne saurais le dire. Sa gueule énorme avait manqué de se refermer sur le bras d'un matelot. Renforcé par la magie de soutien, mon bras n'a pas hésité un instant à faire s'abattre mon arme sur ses écailles. Même l'armure naturelle n'a pas su tenir longuement sous les assauts. La puissance des fluides de mes compagnons d'infortune a été amplement suffisante pour achever la bête marine. J'ai adressé une prière à Moura, lui demandant pardon d'avoir du prendre la vie de l'un de ses enfants.

Je tourne mon regard vers les jeunes gens et les rejoins. Aucune hésitation tandis que je me remémore la demande du ser Cherock après notre victoire et une fois les soins effectués. Il m'a parlé d'un sort appelé transfert magique, pratique mais limité par son usage unique, avant d'évoquer sa théorie. Utiliser non pas un objet mais un tatouage en tant que support ainsi que des fluides purs en guise d'encre pourrait permettre une utilisation illimitée du sort préparé. Une théorie qu'il n'a pas pu expérimenter sur un sujet et n'a donc pas pu en identifier les risques. À ma grande surprise, il m'a demandé s'il pouvait effectuer sur moi son premier essai. C'était une réflexion logique. Par Dame Anthelia, il savait que j'avais déjà reçu un tatouage à l'encre particulière et que mon corps l'avait accepté sans difficulté. Il ajoute cette fois-ci qu'étant aquamancienne, la pose présentait trop de risques pour elle, et l'ynorien se sentait plus confiant en l'usage de fluide de foudre que d'un autre.

D'un côté, prendre de tels risques avant de connaître le contenu de la mission était imprudent. Je pouvais très bien être victime d'effets secondaires à cause de cette manipulation. D'un autre côté, s'il avait voulu me nuire, il avait eu bien des occasions de le faire. Et puis, si je refusais, cela signifiait qu'une autre vie pas forcément aussi bien préparée devrait prendre ce risque. Mon honneur d'ynorien ne pouvait ignorer ce détail crucial. Je lui ai donné une réponse simple, évitant de lui demander pourquoi il n'avait pas testé sa théorie plus tôt car devinant la réponse.

(Une théorie n'a pas pour vocation de le rester. Mettez-la à l'épreuve. Je vous y aiderai.)

Après s'être assuré que le temps ne risquait pas de changer et de mettre à mal l'environnement, je les suis à l'avant du navire où Dame Yliria se trouve déjà. Je la salue du chef puis suis les instructions du tatoueur en ôtant ma chemise et m'étendant à plat ventre sur une couverture de voyage. Je ferme les yeux, les entendant admirer le travail précédent fait sur mon dos. Le lierre grimpant le long de ma colonne et s'étendant en deux branches vers les omoplates. Cela fait longtemps que je le porte, et il me vient naturellement l'idée que le végétal a du pousser depuis. C'est la seule indication que je donne au ser Cherock, lui laissant le champ libre pour s'exprimer. Après tout, c'est non seulement son premier essai, mais une reprise d'un travail d'une personne estimée. Il a deux fois plus d'importance à ses yeux.

Je garde les miens clos, détendu. Dire que je n'ai aucune appréhension serait faux, mais je me doute que le jeune humain exige déjà beaucoup de lui-même. Pas la peine de lui compliquer la tâche en demeurant tendu comme une corde d'arc et prêt à bondir au moindre contact. J'inspire lentement puis perçois le premier coup d'aiguille sous ma peau. Je ne peux que comparer les deux artistes, l'une parlant d'une voix douce pour me distraire de la douleur que je supportais peut-être un peu moins bien, l'autre silencieux et concentré. Je le sens progresser contre mon omoplate gauche, repasser sur les motifs pré-existants et m'amuse à imaginer à quoi ressemblera le dessin final. Ma peau proteste un peu contre le traitement, m'indiquant par des picotements qu'il s'est produit quelque chose. Aucune gêne ou douleur cependant.

Je pourrais presque méditer tandis qu'il œuvre, mais je me contente de patienter et d'écouter ce qui se passe autour de nous. Le temps s'écoule et toujours l'aiguille perce ma peau. Je commence à me faire du souci pour l'artiste, qui semble vouloir achever son travail sans prendre de long temps de pause. Bientôt, sa paume tremblante se pose contre mon dos. Un léger crépitement et une pulsation sont tout ce que je ressens avant que l'ynorien se laisse tomber en arrière, essoufflé. Je pivote légèrement la tête, m'assurant que c'est là la dernière étape de son travail, puis, doucement, je passe en posture agenouillée avant de me redresser et d'effectuer quelques étirements. Je me tourne vers eux et entends le tatoueur demander à être la victime du sort. Il est éreinté et a déjà beaucoup fait, mais il met un point d'honneur à vouloir partager les risques.

J'acquiesce avant d'aviser les dames présentes.

"Faites tout de même un pas en arrière, par sécurité."

Je ferme les yeux, aiguillant mon esprit vers cette pulsation dans mon dos. Il me faut un moment pour forcer mon instinct habitué à faire appel à ma propre magie à ne pas se manifester. Voilà une différence notable. Je dois consciemment aller chercher cette force nichée sous ma peau, un peu comme l'on dégainerait une arme alors que l'on est habitué à se battre aux poings. Quand je rouvre les yeux, je manifeste cette magie et fronce légèrement les sourcils de voir le visage du tatoueur se tordre de douleur. Quelque part, je suis heureux d'avoir choisi le sort d'électrocution. Cela reste dangereux, mais il s'en remettra si j'en juge à la satisfaction qu'il dégage avant de s'effondrer dans les bras de la tatoueuse.

Pendant les quelques heures où il prend un repos bien mérité, je laisse dame Anthelia veiller sur le travail et panser ma peau. Lorsque le ser Cherock est de nouveau sur pied, il me décrit le dessin en effleurant les emplacements. Une fleur de lotus grandement détaillée sur l'omoplate gauche, symbole de sagesse et d'honneur. Et s'il l'avait oublié, plante commençant dans la boue pour s'élever en quelque chose d'admirable. Sur la seconde branche menant à l'omoplate opposée, il a dessiné des plumes, le tout menant à un nid. Dans celui-ci une unique plume dont le centre était occupé par l'initiale en langue commune de ma Talia. Si ma peau pouvait trahir mes émotions, j'aurais été pivoine. Le bref moment d'embarras passé, une chaleur apaisante étreint mon cœur. Mon épouse est ancrée en moi au sens littéral cette fois. Mais la description ne s'arrête pas là. La vigne s'achève en une queue serpentine, rappelant qui je suis. L'ensemble du tatouage forme un Y, évoquant le nom de ma Patrie. Une symbolique incroyablement détaillée et dont je suis reconnaissant, touché même. Le jeune ynorien est visiblement attentif à ce qu'on lui conte.

D'un commun accord, nous estimons devoir échanger régulièrement afin de savoir si le travail effectué correspond bien à la théorie. D'ici quelques jours, nous atteindrons notre destination. C'est un temps amplement suffisant pour consigner bon nombre d'informations. Je me tourne vers l'horizon, un brin de confiance supplémentaire tissé entre Cherock O'Fall et moi. Puisse-t-elle perdurer.

~Suite~

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Yliria
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Re: Les Navires Marchands (X1)

Message par Yliria » ven. 15 janv. 2021 16:23

<< Précédemment

Ce fut avec un salut tout à fait martial que le sergent, qui se présenta comme D'Esh Elvohk Kiyoheiki et milicien d'Oranan, nous répondit à Cherock et moi. Je me permis de l'observer un peu plus maintenant qu'il s'était présenté. Ses cheveux sombres encadraient un visage aux angles plus gracieux qu'un humain. Son regard était d'un mauve brillant, apanage des shaakts, tout comme sa peau, cependant moins sombre que la mienne, et ses oreilles à mi-chemin entre celles d'un elfe et d'un humain. Une fois la surprise de voir un semi-shaakt à une telle position dans une ville qui n'était vraisemblablement pas encline à les accepter de prime abord passée, je l'écoutai. Il parlait d'une voix claire et plus posée que celles plus sèches des militaires que j'avais croisé çà et là. Il se montra prudent malgré les paroles rassurantes de Cherock et préférait attester en personne de ce dont j'étais capable, même s'il me laisser visiblement une chance. Je ne pus m'empêcher de hocher la tête.

- C'est bien plus que ce que l'on m'offre habituellement. Merci.

Le bénéfice du doute était suffisant, je n'allais pas demander plus à un parfait inconnu dont le travail était probablement d'être méfiant au-delà du raisonnable. Le fait de simplement être capable de monter à bord du navire était déjà une bonne chose en soit, je n'allais pas forcer la chance en demandant trop. Après les salutations d'usage, chacun vaqua à ses occupations et je me mis là où je gênais le moins possible les manœuvres de l'équipage. Je baillai à m'en décrocher la mâchoire, mais ne comptai pas m'enfermer pour aller dormir. Vu l'expérience de la dernière fois, je préférai éviter les milieux confinés comme une cale ou un dortoir et me calai près de la proue tandis que le bateau quittait le port dans un silence étonnant, à peine gêné par le clapotis de l'eau ou le souffle du vent chargé d'iode.

Une fois à bonne distance du port les manœuvre de l'équipage nécessitaient peu de monde et chacun alla se préparer à dormir. J'hésitai un moment avant de lever le nez vers le ciel, la lune, les étoiles et la quiétude de la place qui semblait m'appeler. Sous les grognements désapprobateurs d'Alyah, je grimpai jusqu'à la vigie inoccupée et m'y installai avec un soupir d'aise en fixant la lune qui dardait faiblement ses rayons blanchâtres sur la mer, créant un scintillement presque irréel. Je déposai mon sac à côté et en sorti la corde que j'y rangeai. Je l'enroulai autour du mât, sécurisai mes affaires et moi-même pour faire plaisir à Alyah qui continua de rouspéter pour la forme, mais je savais que j'avais gagné.

(Curieuse rencontre en tout cas...)

( Qui ? Le sergent ? Il m'a l'air... droit, et j'apprécie qu'il me laisse ma chance)

(Oh... je parlais de sa faera, en fait, même si tu as raison.)

(Lui aussi a une faera ? Vous êtes combien en fait?)

(Aucune idée. Peut-être des milliers, je n'en sais rien. Je n'en ai croisé que très peu, au final. Celle-ci semblait très discrète en tout cas, je ne l'ai pas abordée en le comprenant.)

(Étonnamment attentionné de ta part.)

(Dis que je suis impolie aussi!)

(C'est exactement ce que je dis!)

Je me chamaillai joyeusement avec elle jusqu'à ce qu'un nouveau bâillement me fasse presque me craquer la mâchoire et qu'elle ne m'ordonne de fermer les yeux. Je ne tardai pas à obtempérer et je ne me réveillai qu'aux premiers rayons du soleil, un peu surprise de ne pas m'être sentie tomber dans le sommeil. Je me redressai un peu contre le mât et mon regard se posa sur un étrange colis emballé de rouge qui n'était pas là hier soir. Méfiante, je l'observai un moment, mais ne décelai aucune magie et Alyah ne m'aida pas plus que cela, ma faera ayant apparemment été faire un tour au mauvais moment puisqu'elle n'avait pas vu qui avait posé le colis ici. Cédant finalement à la curiosité, je pris la boite et l'ouvris pour y découvrir deux objet. L'un d'eux était un coupon qui semblait fait d'or tout en étant aussi flexible qu'un parchemin, ce qui était curieux et l'autre était un bijou. Le bijou en question était une boucle d'oreille faite d'un rubis encerclé de ce qui semblait être de l'or, là aussi. Outre la beauté et la qualité de l'objet, je pouvais sentir un étrange pouvoir en émaner. Je me focalisai dessus et fermai les yeux, laissant la magie m'envahir avant d'ouvrir et d'écarquiller les yeux.

(Alyah... Ce... Ça peut me renvoyer directement là où je me sens chez moi...)

(C'est un sacré présent!)

(Qui... Qui a mis ça là?)

(Regarde s'il n'y a pas une note à l'intérieur.)

Je suivis son conseil et trouvai effectivement un petit parchemin de quelques lignes que je parcourus rapidement. C'était un présent du Père No-Hell, gageant que je saurai retrouver le chemin de ce qui m'était cher grâce au pouvoir de la boucle. Touchée par son geste, je le remerciai silencieusement, observant le bijou avec un mélange d'adoration et de gratitude. Le coupon, lui, me permettrait de le remercier tout en me faisant voyager sur son fameux traîneau. Je le rangeai précautionneusement dans mon étui à carte pour qu'il soit à l'abri et gardai la boucle d’oreille sur moi. L'idée de me percer l'oreille n'était guère attrayante en soit, mais le don offert était si incroyable que je ne pouvais décemment pas refuser un tel présent. Restait à trouver comment m'en affubler...

La journée commença donc sur ces hospices, avec un ciel bleu et un soleil dont je ne me lassai pas. Après l’entraînement habituel, je flânai en fixant l'océan, heureuse d'être à nouveau sur la mer malgré la destination qui pouvait me donner des sueurs froides en y pensant. Je passai mon temps à évacuer les pensées concernant ce qui allait advenir et méditai, rarement dérangée par qui que ce fusse. Les marins semblaient avoir plus urgent à faire et je ne pouvais leur en tenir rigueur. Pourtant le voyage commença avec un événement qui n'annonçait rien de bon.

Peu après le début de la journée, une créature marine avait attaqué le vaisseau. Ce fut Cherock qui sonna l'alerte et je pus finalement apercevoir ce qu'était le fameux Drakarn qu'il s'était vanté d'avoir affronté et vaincu pour protéger un autre équipage. Un gros lézard aquatique avec une immense gueule garnies de longs crocs. Sans doute l'aurais-je trouvé terrifiant en d'autres circonstances, mais après avoir affronté une salamandre aquatique et Klakhyss, cette bête marine n'avait rien de si impressionnant. Et avec le sergent et Cherock, elle regretta rapidement d'avoir attaqué ce navire en particulier. Le déluge de foudre qui s'abattit sur elle aurait dû lui mettre la puce à l'oreille, mais elle s’évertua à grimper sur le navire, manquant d'arracher le bras d'un matelot. Le sergent et moi l'attaquèrent aussitôt, renforcés par les sorts lancés par Ssussun dont la puissance commençait à sincèrement m'étonner et m'émerveiller. Bien vite, la créature abandonna, largement dépassée par nos attaques et commença à s'enfuir. Cherock chercha à l’abattre et je l'en aurais empêché s'il n'avait pas hurler qu'il risquait de s'en prendre à un navire de réfugiés si on le laissait fuir ainsi. Je serrai les dents mais fit comme lui et la créature rendit son dernier souffle une fois frappée par nos obus magiques. Tuer pour tuer ; ce n'était vraiment pas quelque chose que j'appréciai. J'aurai préféré la laisser s'enfuir.

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Yliria
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Re: Les Navires Marchands (X1)

Message par Yliria » ven. 15 janv. 2021 16:51

<< Précédemment

Le voyage continua avec une monotonie presque surréelle lorsqu'on savait ce qui nous attendait et après le combat contre le drakarn. Je continuai de m'entraîner chaque jour dès l'aurore, certaine que ce n'était pas des exercices inutiles. La brise marine allégeait significativement la sensation de chaleur alors que je m’essoufflai après près d'une heure d'exercice. J'inspirai et fis une pause en laissant mon regard et mon esprit dériver sur le grand bleu qui étincelait doucement sous les rayons chaleureux. Une soudaine sensation intense de démangeaison me foudroya les côtes et je sautai en poussant un cri à mi-chemin entre le rire et la surprise outrée. Je me retournai pour croiser le regard d'un Cherock qui riait aux éclats, fier de son effet alors que mon visage me chauffai violemment. Vexée, ma rapière fut dans ma main en un rien de temps et, sans dégainer, je le frappai en représailles. Il para l'attaque et s'ensuivit un autre de nos nombreux échanges.

Nous avions passé près de deux semaines à nous entraîner ensemble et, si au début j'avais largement l'avantage quand la magie n'était pas impliquée, l'ynorien avait commencé à être plus vif et efficace dans ses mouvements et les duels étaient bien plus corsée à présent. Malheureusement pour lui, j'avais toujours un léger avantage et le fait d'être sur un bateau qui tanguait lui conférait un désavantage dont je profitai. Lorsque son équilibre fut légèrement instable, je frappai, et il finit par s'écrouler sur le sol. Je posai mon genou sur son torse et ma rapière sur sa gorge, un sourire narquois sur les lèvres et fière de lui avoir donné une bonne leçon. Quelle idée de surprendre les gens de cette façon ! Il supplia que je le laisse respirer, mon genou le gênant visiblement et je me redressai, non sans lui tendre la main.

- Hmpf, ça t'apprendra à m'attaquer vicieusement par-derrière !

- Vicieusement, tout de suite les grands mots…

Je ne pus m'empêcher de sourire alors qu'il se relevait et pris mon courage à deux mains. J'y avais réfléchis pendant ces quelques jours et je ne voyais pas qui d'autre pouvait m'aider. Alyah déconseillait vraiment que je m'en occupe seule et la confiance que j'avais en Cherock m'avait automatiquement poussée vers lui. Je lui demandai doucement s’il pouvait apporter ses aiguilles et au vu de son expression étonnée, je compris qu'il imaginait que je voulais un tatouage. Pourtant il ne fit aucune remarque et les remonta après quelques minutes. Il me demande évidemment ce que je voulais exactement. Je pris une profonde inspiration. Me décider n'avait pas été facile, mais je ne voyais pas vraiment d'autre option, à vrai dire. Je sortis la boucle d'oreille et la lui présentai.

- Est ce que tu pourrais percer une de mes oreilles avec ton aiguille pour que je puisse la mettre ? S'il te plaît.

Il me fixa avec des yeux ronds, et fit comme s'il avait mal entendu avant de suggérer, non sans raison, qu'Anthelia aurait été plus à même de s'en occuper. Je le fixai une seconde avant de détourner le regard, gênée. La vérité c'est que je n'y avais pas pensé, mais surtout que je me voyais mal demander ça à quelqu'un que je connaissais bien peu, au final, même en l'appréciant beaucoup.

- C'est... Déjà assez gênant comme ça. Je te le demande parce que j'ai pensé à toi en premier et... Et que j'ai confiance en toi.

Il accepta finalement et cela me soulagea. Soulagement de courte durée lorsqu'il me conseilla d'invoquer Ssussun au cas où. Je l'appelais doucement, contente de voir le poisson apparaître de nul part. Voir en revanche Cherock s'installer en tailleur et tapoter sa cuisse pour que je pose ma tête dessus en me demandant quelle oreille percer fut suffisant pour tant me prendre au dépourvu que je le fixai plusieurs secondes avant de piquer un fard.

- Euh de... Je... D...Droite ?

J'étais tellement gênée que ça en devenait ridicule. Je pris sur moi et posai ma tête sur la peau qu'il avait installée avant d'inspirer.

- Je... Mes oreilles c'est un point sensible par contre... C'est un peu... Délicat.

Il assura qu'il ferait attention, mais j'étais toujours nerveuse. Mon souffle se coupa dans ma gorge lorsqu'il se pencha et dévoila mon oreille en écartant mes cheveux. Il la fixa un moment et je me mordis l'intérieur de la joue pour ne pas lui dire d'arrêter de me fixer comme ça. Je maudissais Alyah d'avoir eu cette idée, maudissais le Père No-Hell pour avoir choisi une boucle d'oreille et me maudissais moi pour réagir comme ça. Il marmonna quelque chose à propos d'un lobe que je ne compris qu'à moitié, mais ce fut sentir ses doigts sur mon oreille qui me fit me crisper et je serrai la mâchoire pour ne pas émettre le moindre son. Ce n'était vraiment pas le moment, mais le fait qu'il fasse courir ses doigts pour me montrer là où il pouvait percer me flanquait des frissons que j'avais du mal à contrôler. Je lui avais pourtant dit qu'elles étaient sensibles, par Sithi !

(Probablement qu'il ne pensais pas à ce genre de sensibilité.)

(C'est ta faute ! Toi et tes idées ! J'aurai pu percer avec autre chose !)

(C'est ça, et choper une infection ?Tu n'avais qu'à ne pas lui demander si tu ne voulais pas, ne t'en prends pas à moi.)

Elle me moucha et j'inspirai en écoutant Cherock proposer les endroits où percer. Mon choix fut vite fait.

- Le plus... loin possible de la pointe s'il te plaît.

Il acquiesça à ma demande et le tapotement sur ma tête me fit lever les yeux vers lui alors qu'il tentait de me rassurer. Il alla même jusqu'à demander à Ssussun de m'apaiser. L'élémentaire n'eut aucune réaction et nulle magie ne vint me calmer. Au moins je savais que personne à part moi ne pouvait lui demander quoi que ce soit. Ne voulant pas abuser de la capacité d'éteindre les émotions, je tentai de me calmer par mes propres moyens, comme me l'avait appris le prêtre Vikar et inspirai profondément. Cherock perturba un peu ma concentration en me demandant de lui montrer une flamme. N'en comprenant pas l'intérêt, je me contentai de hocher la tête en tendant mon index sur laquelle je fis danser une flamme comme j'avais l'habitude de faire pour allumer un feu.

- Ça ira ? Tu vas en faire quoi ?

Il m'expliqua que c'était pour désinfecter son aiguille. Il s'empressa d'ajouter que ses aiguilles étaient propres, mais qu'il préférait ne prendre aucun risque, ce dont je lui étais reconnaissant. Il me fit rouler sur le côté pour que mon oreille repose sur sa cuisse. Je sentis la pointe picoter mon oreilles à l'emplacement où il comptait percer et j'inspirai lentement tandis qu'il bloquait ma tête avec son bras.

- Allez Yli, on y est. J'y vais dans 3, 2...

Et il piqua avant même de dire 1. La douleur me fit serrer les poings et me crisper tandis que mes yeux s'embuaient, mais je parvins à ne pas bouger et à ne pas émettre le moindre son. Il donna plusieurs coups avec son maillet et chacun d'eux fut comme s'il piquait à nouveau et je fermai les yeux en bloquant mon souffle, espérant faire passer ce moment aussi vite que possible. Quelle idée de merde j'avais eu, par Meno ! Il finit par retirer l'aiguille et je relâchai enfin mon souffle, soulagée. Il rinça la blessure et le picotement ne fut rien de plus qu'un peu dérangeant. C'était toujours un peu à vif, mais ça allait. Je le sentis plus que je ne le vis insérer la boucle d'oreille et il me libéra finalement. Je me redressai en vitesse et portai ma main à mon oreille, me forçant à m'arrêter à mi-chemin. Ke sentais le poids de la boucle, mais je n'avais pas vraiment mal à présent, c'était plus une légère gène qu'autre chose, qui allait sans doute disparaître une fois la plaie cicatrisée entièrement. Je me tournai vers Cherock qui voulait s'assurer que ça n'avait pas été trop douloureux en balayant mes yeux humides et lui souris.

- Honnêtement, si, mais mes oreilles sont extrêmement sensibles, donc ce n'est pas ta faute. Merci Cherock, je pense que si je l'avais fait toute seule comme je l'envisageai, ça aurait été une catastrophe.

Je portai la main au bijou rouge et or et haussai un sourcil.

- Ce.. Ce n'est pas bizarre comme ornement ?

- C’est très beau. M’est avis que le bleu d’un saphir aurait eu plus d’impact avec tes yeux, mais on ne refuse pas un cadeau du père No-Hell comme ça.

Je ne pus empêcher un sourire béat de s'étendre sur mon visage. Tout en ignorant superbement les remarques d'une Alyah amusée et décidément bien trop fouineuse à mon goût, je remerciai Cherock et le laissai retourner à ses occupations. Ce voyage avait du bon, quelque part.

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Relonor
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Re: Les Navires Marchands (X1)

Message par Relonor » jeu. 1 juil. 2021 16:22

Chapitre 30 - Une victoire amère ( [:attention:] Scène gore !)
VI.31 Voyage mouvementé



Comme il l’escomptait, Relonor est parvenu à embarquer à bord d’un bateau transportant des vivres. Ce qu’il aurait dû prévoir cependant, c’est l’escorte militaire qui va avec. Une demi-douzaine d’hommes armés aux armoiries du roi sont présents et garde toujours un œil sur la précieuse marchandise, à destination des forces kendranne. Lorsqu’ils ont entendu que Relonor allait participer à la guerre, loin d’être ravis de voir un elfe noir être présent à leurs côtés, ils ont obligé celui-ci à voyager la nuit dans une sorte de cachot fermé à clef, initialement prévu pour les marins trop ivres. Le reste de la journée et sous la surveillance des gardes, l’elfe noir participe aux diverses tâches du navire, souvent les plus ingrates. Son équipement à quant à lui, été confisqué peu de temps après que les militaires aient donné leurs ordres. Pourtant, durant ce temps d’isolement, l’enchanteur ne s’est pas contenté d’attendre. Travaillant sur sa magie aérienne, il s’est rendu compte qu’il était en mesure d’utiliser ses aptitudes de diverses façons. En plus de s’entourer d’une bulle qui réduit les sons de part et d’autres, il a appris à émettre un léger vent froid ou chaud, à modifier légèrement le son de sa voix et à déplacer des objets légers.

Patiemment, l’elfe noir observe la situation changer petit à petit. Sur le bateau, les gardes se prennent pour des rois. Ils se réservent la nourriture de qualité, tandis que l’équipage ainsi que l’elfe noir n’ont pour le moment qu’une sorte de bouillie peu appétissante pour se sustenter. Alors qu’il lave le pont en plein soleil, Relonor laisse une oreille distraite écouter une énième altercation entre un des membres de l’équipage et le capitaine du navire. Le premier se plaignant des conditions inacceptables sur le bateau, tandis que le second plaide pour l’effort de guerre. Les deux hommes se quittent après avoir failli s’étrangler l’un l’autre. Celui que Relonor juge comme étant le représentant de la grogne qui monte, finit par arriver au bord du navire à contempler la mer, non loin du shaakt.

"Insatisfait des conditions de voyage ?" Se moque l’elfe noir qui en plus de la nourriture, subit davantage que les autres, sans avoir la possibilité de broncher.

"La ferme et lave peau noire !"
Réplique-t-il sans ménagement, fixant l’horizon.

"Je parie que tu voyais tes voyages différemment non ?" Continue de titiller le shaakt.

"Je t’ai dit de la fermer ou je te balance par dessus-bord !" Grogner l’humain qui tourne légèrement la tête vers Relonor.

"Ha l’effort de guerre, ce plaisir de savoir qu’on œuvre pour une juste cause, même si on est traité comme la merde qu’on bouffe !" Insiste l’elfe noir.

L’homme s’emporte et vient attraper par le col, l’elfe noir qui se laisse faire, planquant celui-ci contre le mât central du bateau.

"Bon sang, t’as vraiment envie de finir ta traversée à la nage, priant qu’aucun requin ne vienne casser la croute ?" Demande-t-il en serrant les dents.

"Et toi t’as vraiment envie d’être traité de cette manière à chaque fois que l’effort de guerre l’exigera ? Tu crois qu’ils arriveront à vaincre les forces d’Omyre et à prendre la cité noire ? Non, ce n’est qu’une bataille et non le terme !" Déclare à son tour Relonor à voix basse.

"Je t’emmerde sale peau noire ! Toi et les tiens ne méritez que la mort ! Je sais pas ce qui retient le capitaine de t’envoyer par le fond avec un boulet aux pieds !" Répond-il sur le même ton, non sans chercher à enfoncer davantage l’elfe noir dans le mât.

"Tu n’aimes donc ni les shaakts, ni ces militaires qui se prennent pour des rois ! Et si je te proposais un marché pour te débarrasser d’au moins l’un des deux ?" Tente d’amadouer Relonor.

"Qu’est-ce que ta langue de vipère ose prononcer ?" Demande l’homme, un peu curieux malgré sa colère.

"Tous les soirs, on m’enferme ! Les clefs de ma cellule sont mises dans un petit coffre sur le bureau. Si tu fais en sorte qu’elles soient visibles sur le bureau, je m’occuperai du reste." Propose le shaakt.

"Toi, désarmé face à des hommes entraînés ? Tu n’as aucune chance !" Ricane son interlocuteur qui laisse entendre qu’il n’y croit pas, tout en continuant de murmurer pour que la conversation ne soit pas entendue.

"Comme tu l’as dit, je n’ai aucune chance. Tu auras donc le plaisir de voir mon corps agonisant au sol à ton réveil ! Et sinon, plus de bouillie !" Tente à nouveau l’elfe noir. "Tu gagnes sur les deux tableaux !"

"Tes paroles ne sont que poisons. Retourne récurer le sol à t’en râper les genoux jusqu’à l’os !" Déclare l’homme qui le balance sauvagement contre le pont.

Sous les regards des gardes armés, Relonor reprend son dur labeur, espérant que le doux poison qu’il a verbalement insinué dans ses mots, s’infiltre dans l’esprit de l’homme. Il devra attendre encore un peu, quelques nuits, avant que la tension ne s’aggrave et que l’humain avec qui il a échangé se charge de le mettre en cellule, sous la brève surveillance d’un garde. L’homme le lance sans ménagement dans sa chambre minimaliste, laissant distraitement la clef sur le bureau au lieu du petit coffre. La porte se referme en occultant la dernière lueur de lumière dans la pièce et permettant au shaakt d’offrir son plus malveillant sourire à la nuit, qui promet d’être sanglante.

Patiemment, Relonor attend que l’obscurité endorme les sens et les corps de l’équipage présents. Usant de sa capacité à bouger les objets à distances, il fait soulever les clefs avec une précision digne d’un ivrogne après une longue nuit dans tous les bars de la ville. Le trousseau va et vient à gauche et à droite, se rapprochant pourtant de l’enchanteur. Il faut une bonne minute à l’elfe noir pour déplacer les clefs sur les quelques mètres qui les séparent. Le bras allongé au travers des barreaux de sa cellule, il attrape les clefs, serrant fortement ce précieux assemblage métallique dans ses mains.

Ouvrir sa joyeuse chambre est un jeu d’enfant et c’est à pas feutré qu’il avance jusqu’à la porte. Il ouvre celle-ci doucement. Quelques marins sont sur le pont pour réagir en cas d’attaque de pirate ou de soudaine tempête. Un militaire est tout de même présent pour veiller au bon déroulement du voyage de nuit. Analysant ses perspectives, Relonor établit un plan. Il laisse ouverte la porte menant à sa prison, permettant à celle-ci de s’ouvrir et se refermer au gré du tangage. Tapis dans les ombres, il attend au travers d’un interstice dans le bois que quelqu’un vienne, espérant ce quelqu’un sera le garde. Un des marins s’aperçoit de l’ouverture de la porte et alors qu’il s’y dirige, il est arrêté par l’homme armé. Celui-ci arrive jusqu’à la porte arme en main et s’engouffre à l’intérieur. De son côté, Relonor use du tangage pour refermer la porte sans éveiller les soupçons, plongeant lui et le garde dans une obscurité tellement appréciée des elfes noirs. Ayant créé magiquement une dague dans sa main, quelques secondes auparavant, il frappe sournoisement l’homme à la gorge, empêchant celui-ci d’appeler à l’aide pour la poignée de secondes qui lui reste à vivre. Il retient le corps de l’homme de tomber en sol et de répandre trop de sang sur ses vêtements.

Il se charge ensuite de s’équiper de toute la panoplie du garde, avant de cacher autrement les marques sanglantes qu’il n’a pu empêcher. Puis il quitte enfin sa cellule avant de la refermer, libre de sentir la douceur de la nuit sur sa peau, l’air marin nocturne s’engouffrer dans ses poumons et d’aller rendre visite aux gardes qui doivent dormir pour la majorité. Une fois qu’il quitte le pont pour s’engouffrer dans l’espace alloué à l’équipage pour dormir, il mobilise sa magie aérienne pour cette fois-ci, réduire le bruit qu’il génère. Bien entendu, les militaires se sont gardés la pièce la plus spacieuse, séparée des marins dans la soute. Couché dans des hamacs qui bercent les hommes avec le tangage, les soldats kendrans sont particulièrement vulnérables, leurs armes étant soigneusement posées à l’entrée pour ne pas qu’elles s’entrechoquent avec le roulis. Bien qu’il dispose d’un sort permettant de diminuer le son généré, Relonor avance prudemment, même si l’obscurité est son alliée. Il use d’une lame courte qu’il a précédemment dérobée sur le garde dépouillé. Méticuleusement, il prépare ses prochains coups pour n’en louper aucun. Il place le bout de la lame sous la gorge, l’autre main au-dessus de la tête et rejoint d’un coup sec ses deux mains. La lame s’enfonce facilement dans la chair, ne laissant pas l’opportunité au malheureux de comprendre ce qui lui arrive. Avec la même efficacité, il frappe mortellement ceux qui dorment dans les hamacs du bas, ceux du haut ne permettant pas d’être aussi précis dans la mise à mort. De plus, le shaakt veut garder quelques hommes vivants.

Sur les dix militaires présents, quatre sont déjà morts, cinq autres attendent leur sort et le corps du dernier gît dans la précédente chambre de l’elfe noir. L’enchanteur charge son arme de sa magie aérienne, rompt le sort qui l’entoure et mobilise ensuite sa magie pour accroître ses mouvements, facilitant la réalisation à venir. D’un geste vif, il entaille profondément la cuisse d’un soldat qui hurle de douleur. Avant que les autres n’aient le temps de comprendre qu’il ne s’agit pas d’un cauchemar, il enfonce sa lame dans le corps d’un autre. Les protections étant laissées pour la nuit, l’acier se plonge comme dans du beurre. Plus que trois hommes encore en état de se battre. Pourtant, c’est vers le dernier au sol que l’elfe noir se rue. Le capitaine de ces misérables kendrans est le seul au sol encore en vie. Le shaakt arrive sur lui alors qu’il peine à se relever de son hamac dans le noir. Les hurlements de deux de ses hommes lui indiquent que quelque chose cloche et les bruits d’une course se rapprochant, révèlent qu’il est le suivant. L’enchanteur a eu raison de rompre son sort, qui ne lui permet pas d’être absolument silencieux et l’aurait empêché d’entendre le bruit caractéristique d’une lame sortant de son fourreau. Il évite ainsi le large coup d’épée devant lui, frappe la main armée en sectionnant les doigts et attrape le capitaine au sol avant de placer sa lame sous la gorge.

Contrairement aux gardes, les marins sont bien plus prompts à réagir aux cris des gardes. Ils déboulent dans la chambre des gardes, des torches en main pour éclairer une scène de carnage où les deux militaires, que Relonor a évités, descendent sur un tapis sang.

"Mais c’est quoi ce délire ? Qui a fait sortir le shaakt ?" Hurle le commandant du navire comme si Relonor n’était qu’un vulgaire animal.

"Posez pas de question et butez-le !" Ordonne le capitaine sous le joug du shaakt à ses hommes qui savent ce qui va arriver à leur chef s’ils approchent.

"Messieurs,…" Commence l’elfe noir."…je crois qu’il est temps de reprendre le contrôle de vos vies ! Qui souhaite un vrai repas ?" Demande finalement Relonor.

"Misérable peau noire, tu crois que mes hommes te suivront dans ton délire ? On va te faire regretter ton geste !" Grogne le commandant.

Pour toute réponse, une lame vient se planter dans le corps du commandant. En tombant, Relonor fait face à celui qu’il a manipulé pour qu’il lui laisse l’opportunité de se libérer. Le sang encore frais sur la lame, il la pointe vers Relonor et les gardes.

"Attachez les gardes et foutez-les dans la cellule de dégrisement. Ce soir, on va rattraper notre retard avec un vrai festin !" Ordonne-t-il sous la clameur de ses hommes.

Ces derniers ne se font pas prier lorsqu’il est question de se venger des gardes et de manger enfin avec envie. Relonor garde cela en tête : il est possible de retourner l’esprit d’un homme en le manipulant avec sa faim. S’assurant qu’il n’y ait pas un soudaine rébellion contre lui, le shaakt contrôle que tous les gardes vivants sont enfermés dans la cellule qu’il occupait seul et que ceux étant blessés, reçoivent des soins pour rester en vie le temps du trajet. Alors qu’il ressort avec l’unique clef, son nouvel allié vient à lui avec quelques hommes armés.

"Vous voulez abattre votre sauveur maintenant ?" Toise-t-il de toute sa hauteur.

"Et pourquoi pas ? Ainsi plus de témoin !" Réponds l’homme.

"Stupide idiot ! Les allées et venues sont consignées. Ils sauront que quelque chose a mal tourné et ce n’est clairement pas une tempête qui vous aidera à le justifier. Vous serez rapidement identifié comme des traîtres et je peux vous assurer qu’ils ne lésineront pas sur les moyens pour vous retrouver !" Il hausse un sourcil avant de reprendre. "A moins que vous ne pensiez à continuer votre route comme si de rien était. Vous prendrez le temps de la réflexion pour justifier la mort de plusieurs soldats et la détention des survivants !" Il fixe son interlocuteur dans les yeux avant de reprendre d’un regard sévère.

"Merde c’est vrai, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?" Gémit un des hommes venus pour le shaakt.

"Il y a une voie qui vous apportera richesses !" Il regarde ensuite les hommes un par un avant de continuer. "Continuer votre voyage jusqu’aux forces d’Omyre ! Vous y offrirez les vivres prévus pour les kendrans ainsi que des prisonniers ! Du pain béni pour vous ! Cependant, je vous conseille de garder l’unique elfe noir présent en vie. Les Garzocks se méfient moins des shaakts que des humains venant de Kendra Kâr !"

Finalement, l’argument de Relonor fait effet. Un à un, les hommes baissent leurs épées avant de retourner manger. Seul le nouveau capitaine du navire reste à fixer l’elfe noir, cherchant vainement à comprendre le sens de ses pensées. Entendant finalement le doux son d’un repas festif, il s’en retourne à son tour manger avec le reste de l’équipage. Il s’en est fallu de peu pour Relonor, mais le voilà contre toute attente à destination des forces Omyriennes.

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Re: Les Navires Marchands (X1)

Message par Relonor » jeu. 1 juil. 2021 16:25

Chapitre 31 - Voyage mouvementé
VI.32 Dominer les esprits



L’elfe noir a complètement renversé la situation dans laquelle il se trouvait. Partant depuis le port de Kendra Kâr vers Oranan, enfermé la nuit dans une petite cellule et le jour à trimer en plein soleil. Sans être le commandant du navire, il est désormais dans une position idéale, mangeant des mets de choix au lieu de sa bouillie, allant visiter des soldats Kendrans dans son ancienne cellule et surtout, dirigeant le bateau vers les forces d’Omyre.

Maintenant qu’il a repris son destin en main, il va pouvoir s’occuper de ces maudits esprits qu’il n’a pas pu soumettre durant son combat face au nécromancien. La capacité de regagner ses réserves magiques, avec simplement une portion de mana est tellement alléchante. Se rendant à la proue du navire, le regard porté vers l’avant, l’enchanteur se plonge dans la dimension magique que lui offre ses capacités mystiques. Usant de ses fluides, il plonge sa conscience pour rechercher la présence des esprits. Comme précédemment, l’elfe noir matérialise ses fluides en plusieurs bras qu’il projette au loin. Aucune présence ne se fait sentir. Pourtant, même s’il n’avait pas atteint un esprit les premières fois, il en sentait toujours la présence. Ici rien, tout comme lors de son combat face au nécromancien.

(Comment cela est possible ? Je ne sens rien alors que face au nécromancien, je n’avais pas la possibilité de me concentrer sereinement comme maintenant. Etait-ce parce que j’étais dans l’unique lieu que je pouvais appeler chez moi, que ma présence avait déjà imprégné les lieux ?)

Assez contrarié par cette perspective, l’enchanteur se demande s’il ne va pas devoir reprendre tout depuis le début et commence par faire le point de ce qu’il pense être certain concernant cette magie.

(Bon, ce sort permet de communiquer avec les esprits et de regagner du mana. Il n’utilise pas non plus de fluide précis, alors que me manque-t-il ?)

Se remémorant la seule utilisation qu’il a vue, l’enchanteur plonge dans les souvenirs de ce combat, où une aéromancienne a montré une véritable aptitude pour se connecter aux esprits. Il la voit encore entrer dans une sorte de transe lorsqu’elle utilisait cette magie.

(Cette transe d’ailleurs, pourquoi je ne sens pas de changement en moi lorsque j’utilise cette magie, comme cette altération de la magicienne ?)

Cette fois-ci, plutôt que de lancer ses bras magiques pour attraper les esprits, Relonor concentre ses fluides en lui, cherchant cette même sensation lorsqu’il se connectait aux esprits chez lui. Il n’obtient malheureusement pas de changement comme cette altération sur son corps. Ne sentant toujours pas la présence des esprits, il utilise sa magie pour accroître ses sens, cherchant une nouvelle perception magique du monde qui l’entour. Il sent en lui un changement qui s’opère. De légers spasmes parcourent son corps tandis que sa magie s’élève autour de lui comme une aura. A ce moment, les esprits deviennent perceptibles grâce à ce sixième sens magique. Usant comme auparavant lorsqu’il était chez lui, il manipule sa magie pour émettre des bras qui vont atteindre les esprits. L’un d’eux est attrapé, formant un lien entre eux et l’enchanteur renforce ce pont qui les unit désormais pour s’assurer qu’il ne s’échappe pas. Le duel entre l’elfe noir de chair et l’être immatériel commence.

Loin de faire face à un esprit plein de peur et de ressentiment provenant de sa demeure, son adversaire est sauvage, puissant et indomptable comme l’océan sur lequel navigue l’elfe noir. Oui, il s’agit bien d’un adversaire pour le shaakt et tout aussi fort qu’il puisse être, ce n’est rien de plus qu’un savoureux défi pour Relonor. Comme à sa dernière tentative, il manipule sa magie pour qu’elle prenne la forme d’une épée, une arme instinctive pour l’elfe noir. Il frappe avec sa lame mystique, mais la créature immatérielle est aussi vive qu’un poisson hors de l’eau, luttant pour regagner son milieu. L’enchanteur essaie encore et encore, mais l’esprit sauvage, loin d’être affecté par les ressentiments de la multitude des êtres d’une cité, est bien plus fort. Celui-ci contre-attaque en chargeant l’elfe noir, qui se voit ironiquement ponctionner une bonne partie de son mana avant de devoir rompre le sort.

Touché dans son ego, le shaakt laisse une rage violente nourrir son être. Loin d’avoir envie de fracasser tout ce qui se trouve à sa portée et de laisser tomber de crainte d’échouer à nouveau, Relonor se charge des dernières portions de mana en lui et éveille ses sens. Galvanisé par la colère qui l’habite, une aura de magie malveillante émane de lui, accompagnée de tremblements et de spasmes sur tout son corps. Loin de s’en inquiéter, il n’est obnubilé que par la vengeance qui l’anime. Ses sens plus développés que précédemment, parviennent à sentir plus facilement les esprits que précédemment. Trouvant sans mal celui qui l’a malmené, il envoie son bras magique pour se lier à lui et renforce à nouveau le pont entre eux.

Cette fois-ci, la magie de l’enchanteur est portée par ses fortes émotions de revanche et ces émotions affectent l’esprit qui se voit diminuer. Moins agile, il parvient à éviter les premiers coups de l’elfe noir, mais au prix d’une forte fatigue. Le shaakt a tout le loisir de planter sa lame magique dans le corps de l’esprit, laissant ses fluides s’immiscer à l’intérieur de l’esprit comme une racine et ponctionne tout jusqu’à la dernière bribe d’essence.

(Ainsi les émotions des mortels sont le point faible de ces créatures !)

De sa réussite, l’elfe noir en tire une grande satisfaction, mais également une bonne moitié de ses réserves magiques. A la tentative suivante, il garde à l’esprit tous les actes, les mots et les individus qui ont par le passé provoqué sa colère, pour s’en servir. Il nourrit ses sens avec sa magie, ce qui provoque une sorte de transe durant laquelle son corps, qui émet une aura de magie terrifiante, est également malmené par des spasmes incontrôlables. Maintenant qu’il connaît la faiblesse des esprits, il est beaucoup plus rapide que précédemment et n’a aucune peine pour toucher sa proie suivante et absorber le mana qui l’anime. Pourtant, loin d’avoir recouvert l’autre moitié de ses réserves, seul un quart a été nourri, ou plus simplement la moitié qui lui manquait pour combler ses réserves manquantes.

(Si je comprends bien, la quantité du mana rechargé dépend principalement des ressources magiques manquantes. Plus mes réserves sont au plus bas et plus le sort est efficace. Je vais devoir insérer ce sortilège dans mes équipements, pour que lorsque ma magie sera complètement tarie, elle se recharge au maximum de mes capacités !)

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Relonor
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Re: Les Navires Marchands (X1)

Message par Relonor » jeu. 1 juil. 2021 21:42

Après une longue traversée, le navire dérobé aux kendrans arrive à proximité des eaux Oranaises. La présence d’un bateau provenant de Kendra Kâr attire plusieurs vaisseaux qui les encerclent. Face à ces navires armés pour la guerre, celui de Relonor fait pâle figure. Assez rapidement les têtes de nombreux Garzocks sont sur le pont, pour regarder qui sont les fous à oser s’approcher de la guerre. L’elfe noir les fixe tous, attendant que le chef de toutes ces peaux vertes se dévoile. Il n’est pas seul. Avec lui plusieurs humains sont présents, en particuliers celui qui a pris le commandement après avoir rué le précédent capitaine du navire.

"J’ai une très mauvaise impression, je crois qu’on a fait erreur en venant ici ?" Craint-il justement en se rapprochant du shaakt.

"N’aie crainte, les garzocks ont une bonne opinion des elfes noirs." Ment Relonor qui l'ignore totalement. "Mais ils détestent la faiblesse alors si vous ne vous sentez pas assez forts pour leurs faire face, laissez-moi engager l’échange et suivez la danse ! Lorsque la guerre commencera, vous pourrez profiter du chaos pour fuir."

Le navire à babord s’arrime au bateau kendran et sept garzocks arrivent sur le pont à l’aide de cordes et d’un jeu de poulie. Le shaakt décide de les déstabiliser en s’avançant nonchalamment vers eux, seul. Lorsqu’il arrive assez prêt pour se faire occire du bout d‘une lame, la peau verte au milieu, plus impressionnante que ses comparses avec son énorme hache dans le dos et ses solides protections sur le corps, lui parle sans ménagement.

"Je ne sais pas si vous êtes complètement stupides ou justes arriérés, mais vos vies sont désormais miennes chiens kendrans !"

Relonor le fixe droit dans les yeux et s’incline pour montrer son respect.

"Les choses ne sont pas ce qu’elles vous paraissent. Nous sommes venus pour servir la reine noire, non pour nous opposer à elle et à ses valeureux soldats. Nous avons détourné ce navire apportant du ravitaillement pour ces ridicules hommes de Kendra kâr. Si vous me le permettez !" Le shaakt se déporte légèrement sur le côté et tend le bras vers les humains, attendant un signe du garzock.

Lorsque celui-ci lève la tête pour signifier sa curiosité, l’elfe noir tourne son attention sur les membres de l’équipage humain pour parler à voix haute.

"Apportez les vivres et faites venir les prisonniers !"

Les marins apportent rapidement les cargaisons de nourriture tandis qu’une partie d’entre eux emmènent les soldats kendrans, ficelés comme du bétail sous les hurlements des garzocks avides de leurs trancher le cou.

"Comme promis voici les rations que nous vous offrons généreusement ainsi qu’une offrande personnelle. J’espère que ce cadeau particulier me permettra de vous demander une faveur !" Déclare l’elfe noir.

Alors que le chef des peaux vertes accueillait les vivres avec un regard plein d’envie et la venue des soldats avec un plaisir malsain, un rictus déforme son visage lorsque Relonor demande une faveur. Il s’approche du prisonnier en tête de fil pour tomber face à un capitaine de l’armée kendranne.

"Espèce de sale merde ! J’aurais dû te faire passer par-dessus bord à la première occasion. Maudite soit ta sale engeance !" Insulte l’humain qui reçoit une main verte titanesque en pleine tête et le faisant tomber au sol.

"Tu aboieras lorsque je te dirais de japper, pas avant !" Clame la peau verte avant de s’intéresser à Relonor. "C’est en effet un bon présent, ils feront un sacrifice de choix avant d’engager le combat ! Parle, que veux-tu ?" Interroge le garzock, d’une manière assez proche de la menace.

"La permission d’accoster et de rejoindre les forces d’Omyre sur le front. Je me rendrai sur le champ de bataille en fonction des besoins, cependant si je puis me le permettre, je souhaiterais rejoindre les rangs de vos maîtres de la magie noire. "

"Si ce n’est que cela !" Consent le chef.

D’un geste de la main, il fait venir plusieurs hommes pour charger les vivres et emporter les prisonniers, non sans les malmener. Relonor suit le cortège en compagnie des garzocks, laissant un équipage d’humains qui paraît soulagé de voir partir ces monstrueuses peaux noires. Avant de partir à bord d’une chaloupe affrétée pour l’elfe noir, loin des marins kendrans il interpelle le capitaine.

"Cet équipage d’humains, méfiez-vous d’eux ! Je les suspecte de fuir à la première occasion." Déclare le shaakt avant de partir, faisant porter à l’équipage qui l’a accompagné jusqu’ici, un regard malveillant de la par du garzock.

XP : 0.5 (Négociations avec les Garzoks) + 0.5 (Arrivée dans l'armée et traitrise)

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Jorus Kayne
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Re: Les Navires Marchands (X1)

Message par Jorus Kayne » dim. 12 juin 2022 16:02

IV Conversation entre deux pains.

V Le calme de la mer et l'ego des hommes.


Je trouve avec facilité un bateau marchand se dirigeant vers Eniod. J’ai l’expérience des voyages en mer et ma participation active face à Oaxaca, m’ouvre visiblement de grandes portes. J’aurais pu faire le voyage par la voie des airs, mais l’idée de prendre la mer me plaît. J’intègre donc l’équipage officiellement en tant que force à mobiliser en cas d’abordage, mais je dois aussi participer à la vie à bord durant le trajet. De nombreuses tâches m’attendent donc, mais retrouver ces activités m’apporte un plaisir nostalgique. Plaisir qui contraste avec la crainte que me provoque la destination de l’expédition maritime.

C’est par bateau que j’ai fui Eniod, il y a tant d’années. J’y ai grandi dans les rues et j’y serais encore si je n’avais rencontré un de ces maudits nobles, dont la réaction à ma présence ma fait craindre pour ma vie. Parmi mes proches, une femme qui a veillé sur moi depuis que j’ai commencé à vivre dans la rue, m’a poussé à quitter la ville rapidement. Même trois ans plus tard, lorsque je suis revenu, mon passé m’a mis une sacrée claque. Je me suis battu avec mon meilleur ami, après avoir appris qu’il travaillait comme homme armé au service de ces riches nobles qui exploitent les plus pauvres. Cependant, cela a vite tourné court lorsqu’il m'a balancé au visage, la mort de mon amour de jeunesse et m’en a imposé la responsabilité. Blessé au plus profond de moi-même, j’ai fait la seule chose que je savais faire : fuir à nouveau.

Pourtant, les choses ne se sont pas passées comme la première fois. J’ai rencontré beaucoup de personnes et vécu tout autant d’histoires dingues. Ma faéra, Castamir, Panaka, ainsi que de nombreuses personnes qui tentent de rendre ce monde, ainsi les mondes qui y sont liés comme Aliaénon, un peu meilleurs. J’ai moi-même changé. J’ai grandi que ce soit en tant que combattant ou dans ma tête. Je sais que si par moment les choses m’échappent et me semblent impossibles, il suffit de savoir s’entourer pour rendre impensable possible. Comme un brouillard qui nous empêche d’avancer, ils sont des êtres capables d’éclairer la voie, même lorsque tout semble contre nous.

C’est donc avec un mélange de mélancolie, de crainte d’être de nouveau face à mon passé, mais également d’espoir, car je ne suis plus le même homme qu’avant que j’œuvre sur le bateau. La vie y est agréable et au milieu de la mer, les tracas s’éloignent. C’est l’effet qu’a la mer sur moi. Comme un second foyer, elle a ce pouvoir de balayer mes angoisses les plus profondes, le temps du voyage tout du moins. Nous n’avons pas à subir les problèmes de tempêtes. Nous voguons sur les flots, guidés par un vent qui nous est favorable, tandis que l’humeur sur le navire est excellente. D’ailleurs, les marins se défient mutuellement lorsque le temps le permet. Cela favorise la cohésion de l’équipage et fait par moment, ressortir certains membres trop renfermés sur eux même. Etant nouveau, on me pousse rapidement à participer lorsqu’un attroupement se fait sur le pont autour d’un homme.

Il propose de s’opposer dans des affrontements de sauts. Je me sais assez bon dans ce domaine, mais si l’épreuve est proposée, je doute être le seul qui soit confiant. Une corde forme une ligne de saut, qu’il ne faut pas dépasser, sous peine de s’emmêler les pieds et de tomber maladroitement. Pour éviter toute tricherie, ils utilisent un cordage entremêlé, dont les pieds se prendront inexorablement en cas d’échec. Pour ajouter un peu de piment, une mise est imposée pour la participation et la cagnotte formera la récompense du vainqueur.

Quelques hommes participent avec moi et sautent sans peine la distance. Lorsque vient mon tour, je ne me contente pas de sauter bêtement. La distance actuelle est largement dans mes capacités. J’exécute donc une belle acrobatie qui stupéfait les spectateurs et démoralise certains de mes adversaires du moment. Touchés dans leur ego et poussé par le public, les suivants font de même, mais ils sont bien moins habiles que moi. Les premiers se prennent les pieds dans le cordage entremêlé et tombent lourdement au sol dans l’hilarité. D’autres sautent à leur tour, mais s’ils parviennent à franchir la limite imposée, ils ne tentent pas les mêmes acrobaties, sauf un homme, plutôt svelte. Physiquement, il pourrait être mon sosie blond, si ce n’est quelques années supplémentaires par rapport à moi.

Une fois le premier tour passé, la distance augmente et si les acrobaties se font plus rares, ce n’est pas le cas des éliminations. Il ne reste qu’une dizaine de participants lorsque la difficulté augmente brutalement, dont moi et le blondinet. En moi, un étrange sentiment d’excitation mélangé à un ego qui gonfle naît en moi. Vu que les participants semblent vouloir donner du spectacle, il nous est proposé de sauter depuis le pont supérieur. Une hauteur qui permet d’aller plus loin, mais donne un risque important de blessure en cas de mauvaise réception. Un peu craintifs, les participants ne se pressent pas à sauter et c’est le blondinet qui passe en premier. Il passe sans difficulté le cordage et exécute une pirouette pour amortir sa chute, en bondissant en avant, roulant sur le sol. Si j’ai déjà eu l’occasion de voir une telle chose, c’est la première fois que j’ai l’occasion de m’y essayer franchement. Je saute à mon tour et lorsque j’atteins le sol, je me propulse en avant. Hélas, je ne suis que novice dans cette épreuve et je me fais mal à l’atterrissage. Une légère douleur, mais qui pourra se révéler plus grave si je loupe de nouveau. Malgré cela, une poussée d’adrénaline vient renforcer mon ego, laissant presque le risque de blessure de côté.

Pendant que mes opposants se proposent les uns les autres, je m’éloigne de leur passage et une femme rousse, d’une trentaine d’année, vient me voir.

"Il y a de l’idée dans ta façon de faire, mais tu ne t’y prends pas au bon moment ! Besoin d’un coup de main ?"

Je me tourne vers elle et la regarde méfiant.

"Qu’est-ce que vous avez à gagner à m’aider !"

"Je n’aime pas sa tête lorsqu’il gagne à chaque fois !" Commence-t-elle en désignant le blondinet du menton. "D’ordinaire, je ne m’en mêle pas. Mais cette fois, je vois quelqu’un qui a peut-être les capacités de lui clouer le bec. Mais tu auras besoin de moi si tu veux l’emporter !"

Pas vraiment convaincu, je me laisse pourtant guider. Je me dis surtout que je n’ai rien à perdre à l’écouter.

"Dites toujours !"

"Méfiant ? On verra si tu l’es toujours." S’approche-t-elle de moi. "Tu t’es fait mal je présume. Cela ne vient pas de ta réception, mais de son retard. Pour éviter de se faire mal, il faut se propulser en avant pour rediriger la force de l’atterrissage vers l’avant."

"Mais c’est…"Dis-je avant de me faire couper.

"…ce que tu as fait oui ! Cependant, tu t’y es pris trop tard. Tu n’as pas été en mesure de rediriger toute la force de ta chute et résultat : tu t’es fait mal ! Pigé ?"

Alors qu’on me fait signe que vient mon tour, je croise de nouveau le regard de la femme.

"Je vais garder ça en tête !"

Depuis mon dernier passage, deux participants se sont vus être éliminés. Pas le blond bien entendu. Il recommence d’ailleurs à sauter et retombe sans problème, tandis que j’observe avec attention ses moindres gestes. Lorsque tous les regards sont rivés sur moi, je fais de même et si la réception de mes pieds est meilleure, je me réceptionne mal en roulant et me blesse à l’épaule. Une nouvelle poussée d’adrénaline afflux en moi et commence à devenir grisant. Si j’ai droit à des acclamations, le visage de la femme est plus froid, presque déçu.

"C’est mieux, mais incline toi d’avantage pour éviter de te faire mal comme tu l’as fait. Regarde les autres !"

(Vous n’êtes qu’une bande d’inconscient !)

(Mais non. On passe juste le temps en s’amusant !)

(Tu rigoleras moins lorsque ta rotule sera relevée à mi-cuisse !)

Loin de me laisser embarquer par ma faéra, j’observe les autres participants. Eux aussi utilise la même méthode pour amortir leur chute et je comprends mieux ce qui clochait à mon dernier passage. Lorsque mon tour revient à nouveau, ma réception est bien meilleure, bien qu’encore incomplète. Lorsque ce tour est enfin terminé, une nouvelle difficulté est proposée alors qu’il ne reste plus que cinq participants. L’excitation en moi devient de plus en plus importante et ma succession de réussites me fait tourner la tête, au point où cette nouvelle difficulté ne fait bondir de plaisir.

Au lieu de sauter, l’homme à la chevelure doré demande à retirer les cordages et à laisser pendre trois cordes qui servent de maintiens aux voiles. Avec le tangage, celles-ci vont et viennent de gauche à droite avec une absence totale de périodicité. Avec la diminution des participants et la difficulté grandissante, les paris naissent rapidement. Je comprends où il veut en venir lorsqu’il saute et se rattrape à l’une des cordes, avant de se laisser glisser jusqu’au pont.

"Vous avez compris ? Il faut attraper les cordes, sans toucher le sol ! Rien de plus simple non ?" Nargue-t-il.

(Mais c’est un grand malade lui !)

(Toute à fait ! Il commence à me plaire de type !)

Je cherche à trouver le bon moment pour attraper ces cordes avant de sauter. Ma faéra me hurle de ne pas sauter, mais c’est plus fort que moi. Le défi qui m’est proposé me semble tellement tentant. J’attrape au vol une corde et me laisse descendre au sol sous les acclamations des spectateurs et le sourire fier du blondinet. Celui qui après moi fait de même, mais sa chute est lourde et il se fait sévèrement mal. Il est envoyé se faire soigner, tandis que tous les autres participants abandonnent.

"Il n’y a pas de honte à abandonner si tu le désires !" Me propose-t-il en posant une main sur mon épaule.

Mon regard croisant le sien, j’y vois de la sincérité plutôt qu’une simple envie de gagner sans risquer de se rater à la prochaine tentative.

(Il a raison. Pourquoi chercher à se faire mal comme ça ! Tu as déjà montré ce dont tu étais capable, pas la peine de risquer plus.)

"Merci…mais non merci !" Dis-je autant pour lui que pour ma faéra.

"T’as du cran je l’admets, mais ne cherche pas à en faire trop. Tant que tu n’as pas sauté, tu peux encore te désister !" Déclare-t-il en se dirigeant sur le pont supérieur. Il s’élance de nouveau et attrape encore les cordes, sous les acclamations du public.

La femme se joint à moi.

"Il a raison, tu peux encore abandonner. Mais si tu veux vraiment le tenter, laisse-moi te donner un conseil : laisse ton instinct agir à la place de ta tête !"

(T’as bien compris ce qu’elle a dit ?)

(Oui je dois me fier à mon instinct !)

(Non triple buse de phacochère, tu peux encore abandonner !)

"Attrape-ça !" M’ordonne-t-elle en lançant un sac en cuir rempli au touché, de quelque chose comme du sable ou de la farine. Pris au dépourvu, je le fais tomber. "Ne réfléchit pas !" Grogne-t-elle en lançant toute une série de sacs similaires, accompagnée de deux autres marins. "Ne te contente pas de les dévier, attrape-les !"

Je manque les premiers, mais petit à petit, je commence à piger le truc. Je rattrape les petits sacs et les lâche au sol, formant un petit monticule à mes pieds.

"Tu t’es trouvé un nouveau poulain Cadmis ?" Nargue le blondinet venu jusqu’à nous.

"Depuis le temps que j’attends de trouver quelqu’un qui pourrait bien effacer ce visage satisfait, je ne compte pas lâcher l’affaire !" Réplique-t-elle en m’offrant un clin d’œil avant que je ne monte à mon tour.

Je suis légèrement surpris par son attitude et si je commence à avoir confiance en elle, ainsi qu’à son désir de remplacer le roi actuel, j’éprouve l’envie de ressortir vainqueur pour attiser encore son intérêt pour moi.

(Ha les hommes !)

Lorsque je suis sur le pont supérieur, je les vois tous les deux, le blondinet se frotter à la rousse en passant un bras derrière son dos, comme le ferait un chat. Un étrange sentiment de colère monte en moi en les voyant ainsi. Je m’élance à mon tour et saute. Dans ma précipitation, j’oublie de prendre en compte le tangage du bateau pour atteindre au bon moment la corde. Pris par la panique, je cherche du regard parmi les cordes, celle qui est la plus proche. Cependant, la peur mélange toutes les cordes du bateau devant moi et m’empêche de visualiser correctement les trois cordes. Je n’en vois que deux dans mon champ de vision, alors que le sol se rapproche dangereusement. Cependant, le dos de ma main droite touche quelque chose de familier et par pur réflexe, elle se retourne et attrape la corde. Ma position est néanmoins précaire et je me fais malmener, tournant sur moi-même avec une seule main comme support. Ayant attrapé la corde trop tard, mon élan m’envoie percuter le mât en face de moi. L’air s’expulse de mes poumons. Je gémis à cause de la douleur et mon corps est particulièrement raide.

"Il a pas touché le sol !" Hurle de joie un marin, rapidement suivis par les autres qui m’acclament.

Ouvrant les yeux, je me vois plié sur moi-même, mes pieds survolant le sol à une vingtaine de centimètres. Plus encore que les acclamations, je ressens une nouvelle poussée d’adrénaline qui m’enivre au-delà du raisonnable. Je suis rejoint par mon rival blond affichant deux expressions différentes : la fierté de voir enfin un rival et la déception de voir que j’attire toute l’attention à moi.

"Mais t’es un grand malade toi !"

Il me tend la main pour m’aider à me relever, alors que je m’étais laissé tomber le cul au sol. Une fois relevé, je lui fais face en reprenant mot pour mot ses paroles.

"Il n’y a pas de honte à abandonner si tu le désires !"

La remarque lui fait tirer un large sourire et l’homme me défie du regard, avant de le faire verbalement.

"Dans ce cas pourquoi ne pas pimenter encore la chose en enlevant deux cordes ? Mais tu peux encore refuser !"

"Une corde ?" Dis-je en réfléchissant. "Pourquoi pas ! Mais on va aller plus loin en pariant gros ! J’ai avec moi, l’arbalète de Xenair, l’assassin d’Oaxaca. Elle est à toi si tu l’emporte !"

La proposition surprend tout le monde et un silence à peine brisé par des murmures s’installe. Si ma présence sur le champ de bataille n’est inconnue de personne, je n’ai pas mentionné précisément mon rôle dans celle-ci. Je n’avais juste pas l’intention ni me glorifier, ni de vouloir me remémorer cette période.

"Je passe !" Dit-il en stupéfiant tout le monde, avant de finalement s’expliquer. "J’ai rien sur moi qui vaille autant !"

"J’ai cru voir que tu avais quelques armes intéressantes : des boomerangs ! Ce sont des armes rares, mais avec lesquelles je me sens plus à l’aise que cette arme."

"En effet j’en ai, mais ça ne vaut certainement pas l’arbalète !" Met-il en évidence. "Rien que son histoire vaut beaucoup sur le marché des collectionneurs !"

"Alors dans ce cas, rajoute quelques yus et si tu y tiens, pourquoi ne pas me jurer fidélité devant tout le monde ?"

Les propositions de défis sont des attaques visant à déstabiliser l’adversaire, visant l’abandon, mais mon ego a tellement pris le pas sur moi que je veux tout faire pour qu’il accepte finalement.

"Marché conclu !" Me serre-t-il la main en fixant son regard dans le mien.

Sous les acclamations des spectateurs, nous montons tous les deux sur le pont supérieur, alors qu’une seule corde malmenée par le vent, nous nargue de l’attraper en dansant dans tous les sens. Alors que mon rival se place, je mets une main devant lui pour l’arrêter.

"Non ! Cette fois-ci, c’est moi qui passe en premier !"

Mimant de la main, une révérence exagérée de la noblesse, il me laisse le champ libre pour me lancer. Me voilà face à un nouveau défi grisant. Deux mains faces à une corde. Elle va et vient d’avant en arrière et de gauche à droite sans aucune logique apparente, si ce n’est les caprices du vent. Pendant un temps, j’ai l’impression de voir une de ces danseuses des rues populaires d’Eniod, me renvoyant dans un passé nostalgique. La danseuse vient dans ma direction, m'invitant à la rejoindre dans une nouvelle promesse d’adrénaline, qui fait déjà frissonner de plaisir chaque partie de mon corps.

(Faut pas réfléchir et se laisser aller !)

(Non, faut surtout pas sauter et rester intact !)

La voix de ma faéra ne m’atteint plus depuis un petit moment déjà et ses avertissements ne font pas le poids devant le défi qui me fait face. Profitant d’un moment de vent calme et d’une cible presque immobile, je m’élance aussi vite et aussi haut que possible pour en profiter, la partie haute de ma danseuse étant plus stable que le bas. Cependant, à mon approche ce sournois de vent vient me chiper ma cavalière sous le nez et l’éloigne de moi. Me voilà dans le vide, contemplant le sol qui souhaite me rappeler la dure réalité d’un ego surdimensionné. La panique m’atteint. Une frayeur, si elle est loin d’égaler l’aura d’Oaxaca, est capable de me rappeler l’essentiel : trouver un moyen d’atteindre le sol sans dommage. Résultat, je bats des bras et des jambes comme un fou se prenant pour un oiseau. L’idée est stupide, la réalisation serait hilarante pour les spectateurs s’ils ne partageaient pas cette même peur.

Pourtant, mon pied sent quelque chose. Rappelée par le vent, la corde est revenue à moi, cherchant contact avec l’un des deux seuls membres qui ne peut rien attraper, emmitouflé dans son soulier. L’instinct de survie est une chose stupéfiante. Alors que personne ne parierait sur une réussite, en une fraction de seconde, cette force me pousse à enrouler mon pied dans la corde et à serrer les jambes. Aucune chance que j’arrive à me stabiliser de la sorte. Alors que le haut de mon corps part en avant, sa corde s’échappe facilement de l’emprise de mes pieds, mais en l’enfermant entre mes cuisses, mes chances s’améliorent. Mes deux mains viennent la saisir et c’est la gauche la plus proche et la plus rapide. Serrant de toutes mes forces pour m’arrêter, j’entame une rotation sur moi-même si violente, que mon poignet se tord douloureusement, me faisant échapper de nouveau la corde. Me voilà de nouveau, tombant en tournoyant à m’en désorienter. Tout se mélange autour de moi, tant les couleurs que les formes. Je ne sais plus où se trouve le haut et le bas et la mer pourrait très bien avoir remplacé le ciel à cet instant, que cela ne me surprendrait pas. Si un peintre devait réaliser ce que je ressens en ce moment, il lui suffirait de mettre plusieurs tas de peintures et de faire tournoyer le tableau sur lui-même. Cependant, je ne perds pas espoir, ou plutôt, je n’ai pas le choix. L’image distordue du pont devenant plus importante indique que c’est bientôt la fin de cette chute.

Ma main droite attrape finalement un bout de corde entre mes jambes, que je serre comme jamais je ne l’ai fait auparavant. Tout mon corps subit le choc. Complètement désorienté et le paysage tournoyant encore autour de moi, la seule chose dont je sois sûr, c’est une brûlure à la main. Petit à petit, mon monde qui jouait à la toupie infernale redevient à des normes plus reposantes. Je vois des pieds tournés dans le mauvais sens et un plafond trop près.

(Un plafond ?)

Une fois mes sens plus fiables, un petit examen de mon environnement m’indique que c’est moi qui suis à l’envers et que mon plafond, était en réalité le pont du navire se trouvant à quelques centimètres de mon visage, mon corps emporté par le tangage, fixé par la seule force d’une unique main à la corde.

"Il a réussi !" Hurle un homme, dont la joie trouve rapidement écho auprès des autres spectateurs.

(Je n’arrive pas à croire que tu sois aussi stupide pour t’être lancé dans le vide comme ça !)

(Cette chute m’a paru durer une éternité, mais ces quelques secondes ont été particulièrement stimulantes !)

On vient vers moi pour m’aider à m’asseoir correctement, mais il faut s’y prendre à plusieurs pour parvenir à me lâcher prise. Je finis le dos contre l’un des mâts, mes sens en alerte après un bon seau d’eau froide en plein visage. Autour de moi, certains hommes rient au dépens d’autres. Il est facile de déterminé qui a parié sur ma réussite pour le coup. Puis les regards se posent sur mon rival, toujours sur le pont supérieur à contempler la scène.

"On m’a souvent traité de fou, mais je crois avoir trouvé mon maître en la matière. J’abandonne !" Déclare-t-il en sonnant le glas de ses partisans pour le pari.

Je les regarde avec amusement et parmi eux, l’individu qui a gagné le plus gros n’est autre que la rouquine. Je la regarde, comprenant qu’elle s’est servie de moi pour remporter le gros lot. Peut-être devrais-je ressentir une forme de colère pour m’être laissé embobiner de la sorte, mais son petit sourire à mon attention efface le reste.

(Oublie pas qu’elle t’a poussé à l’abandon aussi.)

(Touché !)

Alors que le capitaine est venu en personne pour remettre son équipage au travail, le blondinet vient à moi avec les mains chargées.

"Un pari est un pari. Ceci te revient." Il me présente ses boomerangs ainsi qu’une bourse possédant le doux tintement des pièces de yus.

"Merci mais…cette histoire de pari c’était du vent ! Je comptais pas te prendre tes biens !" Lui dis-je.

"Je pense que tu m’aurais donné ma récompense si j’avais remporté notre pari non ? Accepte-les, tu m’offenserais en les refusant !" Insiste-t-il.

"D’accord, mais uniquement si on boit tous les deux avec cet argent à la prochaine escale !"

"Rappelle-moi ton nom ?" Demande-t-il.

"Jorus et toi ?"

" Zefir !"

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