Port de Kendra Kâr

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Yuimen
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Port de Kendra Kâr

Message par Yuimen » mer. 27 déc. 2017 15:27

Le port de Kendra-Kar
Image


Bienvenue sur les quais du port de la cité blanche. Ici vous pourrez louer les services d'un navire et de son équipage ou bien acheter vos propres navires, ou encore faire surveiller votre bateau des voleurs, ou le faire réparer. N'hésitez pas à vous procurer divers équipements pour améliorer vos vaisseaux avant de prendre la mer. C'est également ici que seront revendues vos marchandises venants des quatre coins de Yuimen ou que vous pourrez en acheter.


Bateaux à la vente :


Un nouveau sujet sera ouvert dans la partie "Voyage Maritime", pour que puisse s'y faire les RP à bord du bateau acheté. Pour que le GM puisse le faire, lorsque vous voulez faire l'achat, mettez dans la demande ceci complété (Ce sera ce qui apparaîtra dans le sujet) :
Titre : Le nom du bateau et entre parenthèse, à qui ou quelle guilde il appartient
Une image (Facultative)
Dans la présentation : Le type de bateau (Voilier, navire, galion,...) ainsi qu'une description : à quoi il ressemble, son capitaine, ses matelots et leur nombre approximatif.
Sa vitesse (Vitesse standard (x1) / avancée (x2) / rapide (x3) )
Les bateaux sont rachetés à 1/4 de leur prix.


La demande doit être postée, avec le lien du post, dans le sujet d'Interventions GM.
Prix et explications des navires : Règle des voyages maritimes

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Ellyan Crow
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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Ellyan Crow » mar. 15 janv. 2019 23:42

Terrain de chasse

Tandis que mes pas me guident le long des Docks, le vent cinglant m'oblige à ne plus être. Mon écharpe rajustée sur mon visage efface Ellyan Crow, le malfrat qui pèse sept mille Yus, pour me faire redevenir un quidam pressant le pas. Les premières gouttes de pluie accompagnent la complainte d'énormes nuages noirs, hurlant un clapotis sur le pavé des ruelles que j'arpente au pas de course en direction du Port de la capitale. Trop peu de silhouettes se dessinent sur mon chemin que je me dois de corriger à plusieurs reprises dû à une mauvaise direction de ma part ou à un passage impraticable et bloqué par les livraisons nocturnes. Ce n'est qu'après un long moment, qui a vu naître le coucher définitif du soleil et la naissance d'une nuit qui s'annonce fraîche, que mon nez capte le parfum si caractéristique des barques et autres embarcations de pêche qui s'apprêtent à quitter les quais. L'obscurité offre une toute autre ambiance au Port, ne contrastant avec les Docks que d'une propreté correcte, d'une population moins louche et de gardes aux aguets. Les navires de différentes tailles sont amarrés aux bollards taillés en bout de pontons, là où il est nécessaire de s'identifier pour espérer poser le pied à bord. Mon intérêt n'est pas réel, mais il faut admettre que le niveau de détail de ces embarcations force le respect des moins cultivés sur le sujet. Qu'importe, le temps est précieux et il va m'en falloir pour m'infiltrer et fouiller le repaire de Noir-Désir, le tout saupoudré d'une bonne dose de talent que je n'aurais aucun mal à fournir. J'espère simplement que la ribaude ne m'a pas menti et qu'elle profite bien de mes cinq cents Yus si c'est le cas. Autrement, je reviendrais pour m'occuper de son cas.

L'exploration des Quais me prend moins de temps qu'escompté, compte tenu de l'heure tardive. Ne partagent les allées avec moi que chiffonniers, soûlards, quelques marins pressés et une patrouille de l'armée qui semble étrangement zélée. L'officier leur beugle des ordres incompréhensibles dans une langue commune mâchée d'un accent étranger, avant de s'éloigner au trot avec ses hommes en direction des Docks.

(Plus personne pour m'emmerder, on dirait.)

Ainsi n'est plus le dernier obstacle à mon intrusion dans les locaux de la couverture légale des bandits Noir-Désir. Si les comptoirs des compagnies maritimes se ressemblent tous, les enseignes métalliques grinçants au gré du vent me permettent d'en reconnaître les propriétaires jusqu'à retrouver celle qui m'intéresse. Un genre de poisson qui saute hors des flots avec une pancarte rectangulaire faite d'un bois trempé qui indique pourtant clairement le nom : "Vogue-Mer". Un sourire m'empêche de prendre la situation au sérieux et c'est pris d'un excès de confiance que je laisse mon enthousiasme éclaté sous une pluie fine qui bat sur mon visage couvert.

"Trouvés..."
La Milice de Kendra Kâr recherche des renseignements sur les agissements ou la localisation du fugitif Ellyan Crow. L'approche et le contact avec l'individu sont tous deux fortement déconseillés.

Leidenstein
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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Leidenstein » dim. 3 févr. 2019 19:52

La marche jusqu'au Port fut plutôt courte, et le soleil n'indiquait pas encore dix heures du matin quand la brise souffla sur le visage de Leidenstein. L'air puant des docks sembla se fractionner entre les odeurs d'embrun salées et les poissons fraîchement pêchés dont le bretteur appréciait particulièrement l'odeur. Le gamin taciturne qui l'accompagnait n'avait à aucun moment répondu à ses questions, et n'échangeait qu'en étrange argot avec les quelques parias s'approchant un peu trop d'eux. Aussi arrivèrent-ils au point de rendez vous avec une efficacité et une rapidité remarquable.

Mais la jambe du sanguinaire continuait de l'élancer, et les occasions furent nombreuses pour lui de trébucher. Une flexion plus intense que d'autres révélait un bande s'imprégnant peu à peu de son fluide écarlate, et le besoin de se faire soigner se faisait de plus en plus sentir à mesure que le temps avançait. Il n'avait pas non plus dormi depuis son duel, ou si peu et seulement par à-coups, et la fatigue commençait à réclamer son dû. Par moments, ses paupières se faisaient aussi lourdes que sa patte traînante, et la petite balade jusqu'au Port avait vite fait de devenir un calvaire. Un flot d'injures sur un soupçon d'atroce accent les suivirent donc jusqu'à l'arrivée.

Un simple signe de la main fit décamper le jeune guide, dont Leidenstein dût saluer l'agilité en le voyant serpenter dans une foule grandissante qui venait admirer les premières prises de la soirée. Les pêcheurs commençaient tout juste à remplir leurs étals et les badauds s'amassaient devant eux pour récupérer les plus gros et beaux spécimens. Tout était soigneusement salé et les gestes des marins étaient tous précis. Tous, sauf un jeune garçon qui apprenait à disposer un brochet auprès de son père. Maladroit, il essuyait de gentils reproches et quelques cheveux ébouriffés par une main calleuse avant de reprendre correctement. Le regard de Leidenstein erra sur lui un instant, sans doute aidé par la fatigue qui le faisait se déconcentrer rapidement.

Sa main tremblait. Le triste sire ne se sentait pas particulièrement apeuré par la rencontre qui se tramait, mais l'impatience n'était pas non plus la raison de cette défaillance. La fatigue, évidemment ! Sa blessure l'affaiblissait, sa poigne ne pouvait logiquement pas être aussi ferme. Alors qu'il tentait de se rassurer, la silhouette qui avait congédié le guide des rues s'approchait. Tourné de trois quart, vers le petit pêcheur, il l'ignorait presque avec insolence. La harpie l'avait fait demander et cela ne pouvait rien présager de bon pour lui. Pourtant, il devait mettre fin à tout cela, gagner sa liberté. Un simple coup d'épée pourrait régler tant de soucis, ou bien l'achever. Quelques pas à peines le séparaient d'elle. La dernière estocade. Son baroud d'honneur. Un pas, une main tendue...

Leidenstein s'étonna lui même de la rapidité de son volte-face lorsque la main bandée s'apposa sur son épaule. Plus surpris encore fut l'homme aux bandelettes qui accusa un pas de recul, et dont le regard fourmillait sous les questions. Puis, un voile s'abattit soudainement et son calme reprit le dessus. Une lueur de malice, même, brilla un court instant, suffisamment longtemps pour inspirer la méfiance au duelliste. Tel un bon danseur hors de son tempo, l'homme reprit sa démarche ordinaire et entraîna par mimétisme le sanguinaire à marcher à ses côtés. Ainsi face aux poissons ruisselants, ils passaient pour de simple gens biens parmi d'autres gens biens. Mais les questions du pêcheur restèrent sans réponse, et l'homme aux bandelettes eût tôt fait de briser la glace une fois le marchand occupé avec d'autres acheteurs.


- "Tu ne t'attendais pas à me voir ? J'ai dû payer double à ce gamin, encore heureux." ricana-t-il, sur un ton amical.
- "J'allais te tuer." se contenta alors de répondre son camarade de malheur.
- "Je croyais que tu préférais ma compagnie à la leur, pourtant !" gloussa la momie vivante.
Leidenstein plissa les yeux, détaillant longuement le visage qu'il ne verrait sans doute jamais. Après cette inspection infructueuse, le dialogue reprit.


- "Je crrois que tu ne comprrends pas. Je t'apprrécie pas plus qu'eux."
Le sourire de l'homme s'effaça un instant, puis reparût entre deux bandes de lin.
- "Il va bien falloir. Tu vas devoir nous supporter pendant longtemps, alors autant essayer de t'intégrer parmi nous. Et puis, c'est bien mieux ainsi de se promener ensemble plutôt que de t'enfermer dans les égoûts puants et t'envoyer te battre lorsqu'elle le décide." soupira-t-il.
- "Et si tu commençais parr me dirre qui "elle" est ?" coupa Leidenstein d'un ton inquisiteur. Sa posture s'était raidie, tendue.
- "Pas de noms entre nous, ça fonctionne ainsi."
- "Tilo n'a pas ce même avis." claqua le pâle épéiste, touchant visiblement juste.
- "Alors c'est vrai ? Il quitte la troupe ? C'était toujours un romantique, mais il n'avait jamais laissé tomber..."elle". Tu es là depuis peu et tu nous fais déjà des ennuis ?"
- "Vous avez attirré vos prroprres ennuis. Et lui, il a fait le bon choix. Fait parreil. Parrs et oublies moi. Mais d'aborrd, ton nom. Et le sien." tonna de plus belle Leidenstein, se tournant face à l'homme aux bandelettes.

Ce dernier accusa un temps de réflexion, puis secoua la tête comme s'il venait d'entendre les menaces d'un jeune enfant. Le sanguinaire en haillon ne semblait pas l'intimider le moins du monde. Doucement, il l'invita à le suivre en une rapide marche sur quelques pas, et s'arrêta au bord du quai, où l'eau clapotait plus bas. Derrière eux, une carriole pleine de malles, de bouts, d'aussières, de filets et de sacs de sel les masquait du public. L'écume mousseuse sous leurs pieds, ses ondulations diabolique, toute cette houle rendait malade Leidenstein. Son regard se tourna plutôt vers le jeune pêcheur qui s'occupait maintenant de nouer des filets dans la carriole. Plongé dans son oeuvre, il ne faisait pas le moins du monde attention aux deux hommes à quelques pas de lui, et l'homme aux bandelettes lui rendait cet honneur en plongeant son regard dans les bâtiments flottant, craquant sur l'eau. Il avait l'air d'un homme sage, ainsi, et parla avec une voix noble, posée :


- "Tu vois, Leid' ? Ouh, non, d'accord, Leidenstein -ne me fais pas ce regard assassin.- Hm, vois-tu Tilo n'est pas le seul à avoir ses raisons d'agir. Je n'ai pas toujours voulu rejoindre cette...adoration ?....très jeune déjà....entraînement....dévotion..."

Les yeux du sanguinaire ne cessaient de cligner. Son esprit s'égarait déjà sur les doigts du jeune enfant qui allaient et venaient en tricotant les tresses rugueuses, chaque glissé, chaque boucle, chaque gaine, chaque mouvement était fascinant de par sa précision et son application simple et naturelle. Il avait toujours utilisé ses armes en tentant d'allier l'apprentissage le plus classique avec le besoin de gestes fluides. Ici, une demi-clef, pour lui un estoc. Un noeud de chaise, la belle parade haute, où la garde entraînait les deux lames vers le haut et l'entrée en lutte était aussi inévitable que ce noeud d'écoute double qui s'imbriquait dans la boucle formée.
Evidemment, l'enfant finit par le remarquer. Loin de s'inquiéter de l'homme en haillon, et pris par sa fierté, il commença quelques noeuds plus compliqués. A la fin, il ne s'agissait même plus de son filet, mais bien d'impressionner son spectateur. Arrivèrent les noeuds glissants.


- "Car oui, Leidenstein. Tu n'es pas le premier....sang versé....moi-même...grands projets pour toi..."

Doucement, sous l'oeil complice du gosse, Leidenstein vint saisir l'extrémité d'un bout épais et commença à imiter l'enfant. Il cherchait la perfection en tout temps, et cet enfant devait être de la même graine. Mais lui deviendrait un créateur, quand le triste sire ne saurait jamais que détruire autour de lui. Mais même cela, appliqué avec une rigueur infaillible, le rendrait différent. Unique. Meilleur que tous. Doucement il passa l'extrémité dans un rayon de la roue de la carriole, à défaut d'un billot sur lequel s'entraîner. Il n'écoutait déjà plus l'homme aux bandelettes et le coupa brutalement en réitérant sa question.

- "Je t'ai demandé ton nom."
- "Ce n'est pas si simple. Je vais te dire..." reprit avec assurance l'homme, tandis que Leidenstein continuait de s'occuper les mains. Le bout se replie sur lui-même. Le gosse ricane et lui montre le bon sens. Il faut refaire, s'adapter en sachant que l'on ne dispose pas de ces connaissances là. Imiter, improviser. La deuxième boucle se fait dans l'autre sens, et voilà le bout bien arrimé. Pas de félicitations pour se beau travail, hélas, puisque le gosse vient d'être congédié d'un signe méprisant par l'homme aux bandelettes.

- "Tu m'écoutes ?"
- "Pas vrraiment. Et j'ai horrreurr de la merr."

L'autre ne lui jette même pas un regard pour son noeud bien fait, et reprends :

- "Tu vas te battre pour nous, à commencer par une petite commission. J'ai besoin que tu ailles voir quelqu'un pour moi..."
- "Non." trancha nettement Leidenstein, aussitôt coupé par le ton montant de son interlocuteur.
- "Il n'y a pas de oui ou de non, cela fait parti de ta mission. Tu es loin de ton apogée, et chaque étape te... commença la momie avant qu'un coup de poing dans les côtes ne lui coupe le souffle. Son regard, choqué, furieux, intrigué, trahi, se posa sur celui impassible de Leidenstein. Le gosse était occupé avec son père à gérer un attroupement intéressé bien plus par le poisson frais que par les bruits d'une carriole à l'écart.
- "Donnes moi ton nom." siffla le sanguinaire, décrochant un deuxième coup à l'homme, qui ne parut même pas envieux de se battre. Son mépris était si grand qu'il lui offrait presque ces coups.
- "Je ne suis pas ton serviteur, ou inférieur à toi. Je m'occupe du cérémonial et de tes équipements, tu me dois... Crac fit le nez écrasé par un coup de coude. Le sang coula. La réplique fut plus violente cette fois, et les bandelettes fusèrent vers les côtes de Leidenstein.

Péniblement, le bretteur accusa le coup, se pliant sous l'impact sur l'énorme bleu en convalescence. L'homme ricana et reçut un coup de genou entre les jambes, trop faible pour faire suffisamment de dégâts. Le sang s'écoulait sur ses bandelettes, et sa deuxième frappe visa la jambe ensanglanté de l'épéiste. Du sang pour du sang.
Leidenstein grinça des dents et laissa échapper un râle de douleur en ployant le genou, les deux hommes à hauteur égale désormais. Son bandage rougissait à vue d'oeil. Un deuxième coup de poing le heurta à la bouche, et ses gencives prirent le goût du sang. Leidenstein se tint la mâchoire, et glissa ses doigts sur ses dents pour constater l'écoulement. En face, l'homme aux bandelettes se tenait l'entrejambe avec bien peu de sérieux, comme une simple bagarre entre amis. Le bretteur lui asséna un nouveau coup au visage, et le sérieux prit peu à peu place, alors que, dos au sol, le sanguinaire lui grimpait dessus. Dans le brouhaha de la foule, personne ne distingua le son de la rixe.

Bras tendus, l'homme aux bandelettes enchaînait les appels au calme, cherchant à dévier les coups de Leidenstein qui le boxait de plus en plus lourdement, emporté par le goût du sang dans sa bouche et la douleur qui semblait lui fendre la jambe en deux. Le sang coulait de partout : le nez de l'homme, sa bouche, celle de Leidenstein et sa jambe... A mesure que les poings du bretteur rougissaient et que le visage de l'homme aux bandelettes prenait une couleur violette, tout ce sang semblait se mélanger. Il se voyait se frapper lui-même. Parfois, c'était le sol nu qu'il martelait sans jamais avoir eu quelqu'un dessus. La fatigue le tiraillait et il ne parvenait pas à bien réfléchir, mais ses poings s'abattaient toujours aussi sûrement. Oeil poché, joues bleuies, nez éclaté, les gargouillis surpris de l'homme aux bandelettes n'étaient pour lui plus intelligibles de toute façon. Il lui rendait bien sûr les coups, mais n'avait pas cet état d'esprit guerrier qui animait à l'instant Leidenstein. Hors de question pour lui de crier à l'aide...

Dans un élan sournois, il appuya sur la plaie du triste sire. Toutes ses forces comprimèrent le bandage ensanglanté de Leidenstein qui s'arrêta de frapper pour gémir douloureusement. Sans réfléchir, il tenta par réflexe de repousser le bras qui refusait de le lâcher, en vain. Alors, ce fut l'aussière qu'il avait noué auparavant qui lui vint en tête. Rageusement, il l'apposa sur la gorge de l'homme qui serra de plus belle, faisant couler le sang. Les deux se regardèrent, espérant que l'autre lâche prise le premier, et leurs regards furent à ce moment là des miroirs reflétant l'autre. Il n'y avait plus de conversations inutiles pour Leidenstein, et l'autre n'avait plus de projets pour lui autre que la mort. Et l'un d'eux aurait raison, en plein jour, devant foule.

Surpris, non préparé, l'homme aux bandelettes laissa filer entre ses doigts la bande de lin ensanglanté. Avec compassion, le bretteur relâcha son étreinte mortelle, lui permettant de prendre de grandes goulées d'air marin frais. Le soulagement était palpable chez les deux hommes, alors que le plus jeune se redressait doucement, aussière en main. Saisissant la momie ensanglantée par le visage, nez cassé compris, Leidenstein frappa brutalement l'arrière de son crâne contre le bois de la carriole. A moitié assommé, l'homme se confondit en soupirs, cherchant un souffle perdu en vain, implorant son bourreau du regard.

Sans doute avait-il un plan, des tâches à lui faire accomplir, et de grands projets comme la harpie. Mais Leidenstein ne voulait pas en entendre parler. Leidenstein demandait du sang, et en avait eu. Rapidement, il enroula la corde autour du cou de son camarade de malheur et noua du mieux qu'il put, au plus près. Il noua encore, et encore, et laissa la momie commencer à essayer de se libérer, presque moqueuse de son oeuvre minable.
Mais le pâle sire n'en avait pas fini. Traînant la patte, il contourna alors la carriole, sans prêter attention aux quelques citoyens qui s'étaient intéressés à lui et ses haillons sanguinolents. Personne ne s'approchait, ne comprenant pas la subite scène. La foule était une bête étrange et lâche.

Péniblement, il tira son épée courte de son fourreau. Hommes et femmes reculèrent, et commencèrent bien vite à s'éloigner du lunatique, sans doute partis chercher un garde pour s'occuper du trouble-fête. Saisissant l'épée par la lame, le sanguinaire l'abattit tel un marteau sur le taquet qui retenait la roue avant et empêcher la carriole surchargée de bouger. Le butoir bougea légèrement, et reçut plusieurs autres coups. Le pêcheur, averti de l'entreprise, commença à s'approcher, hurlant sur le jeune homme en s'avançant, son fils avec lui. Voyant l'homme étranglé derrière, il hurla aux gardes, et la foule commença à se disperser de plus belle. Trop tard, cependant, puisque Leidenstein réunit ses dernières forces pour faire sauter le taquet. La charrette ne bougea pas, et l'épéiste se glissa derrière pour pousser avec son dos.

L'homme aux bandelettes comprenait. Il s'activait comme un dément à défaire les noeuds successifs, et touchait presque au but lorsque sa corde se raidit soudainement. La roue tournant, il tourna avec quelques instants, et tomba vers l'eau dessous. La carriole suivit peu après, s'écrasant lourdement sur son crâne et déversant sang et biens sur la houle. Furieux, le pêcheur bouscula Leidenstein et, avec son fils, empoigna une gaffe pour commencer à récupérer son gagne pain. L'enfant ne réussissait pas à décrocher son regard de l'homme aux lèvres ensanglantées, qui se contenta de lui sourire, d'un air dément.


- "Tu es un monstre ?" lui demanda-t-il, les yeux au bord des larmes dans le vacarme ambiant. Les bruits de gens d'arme, les hurlements, son père affolé, l'assassin si proche...

- "Pirre." soupira Leidenstein en faisant volte-face, retournant vers les ruelles en boîtant, prêt pour une poursuite des plus intéressantes.

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Kassar le laid
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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Kassar le laid » dim. 7 juil. 2019 09:49

Plaisirs & Mystère du Temple


Une alchimie étrange s'opère en moi alors que les blanches tours de Kendra Kâr se révèlent à ma vue dans le lointain : un mélange d'inquiétudes face à l'avenir, de soulagement de toucher enfin terre, et d'excitation. Une excitation inspirée par Nesterin et l'incroyable portrait de mots qu'il me peignit de la ville : ces merveilles de pierres blanches et ces rues emplies de profils aquilins me semblent tout droit sorti d'un récit de conte de fées.

Incapable d'aider l'équipe dans ses complexes manœuvres d'approche du port, je m'installe le long du bastingage, préparé à graver le souvenir de cette fabuleuse cité dans le fond de mes yeux. Et quand le vaisseau pénètre l'enceinte du port, je suis à la fois impressionné et déçus par la ville, dont je vois la magnificence architecturale, mais dont mon œil perçoit aussi les signes de la misère. Rien de similaire avec Exech, mais la pauvreté semble être la petite sœur chétive et collante de la civilisation, même ici.

Très vite, avec une compétence consommée, le capitaine logan et son équipage conduisent le navire vers un quai libre avec tant d'aisance que je ne sens aucun remous dans le navire durant toute la manœuvre. Et alors que l'équipage saute à terre pour amarrer le bateau et mettre en place la planche, le capitaine logan passe me voir.


"Eh bien, nous voici arrivé à Kendra Kâr, Kazzar! Alors, que pensez-vous de la cité blanche?"

"Zolie, mais fotre équipaze me l'afait tellement décrite dans zon meilleur zour que ze ne m'attendait pas à za."

Pointant un doigt émacié vers le port, j’appuie mes paroles en lui désignant un pauvre hère, assis le long d'un mur, mendiant sa pitance quotidienne.

"Hélas, aucune ville de Yuimen n'est épargnée par les coups du sort et la misère, je le crains. Mais je vous rassure : en quittant Exech, vous avez quitté le pire... Je dois retourner guider mon équipage pour les derniers préparatifs, alors je ne vous retiens pas. Que de bons vents vous portent, Kazzar!"

"Merzi capitaine logan, que de bons fents fous portent zauzzi!"

J'effectue un rapide passage dans mon ancienne cabine, pour mettre en poche quelques provisions supplémentaires que j'ai récupérées durant mon voyage. Sans argent, je vais devoir compter dessus le temps de gagner de quoi me nourrir.
Je me dirige ensuite vers la planche, prêt à quitter l'Allégresse, quand Nesterin me hèle du haut d'un cordage:


"Kassar! Je serai à l'auberge du Paladin pour les prochaines semaines, passe me voir quand tu auras le temps!"

J'acquiesce et le salue d'un geste de la main, en me remémorant avec fierté l'échange difficile où j'ai pu, péniblement, lui faire comprendre que c'était "Kassar" et non "Kazzar". Déjà un premier pas vers l'adaptation à ma condition. Je souris sous mon masque alors que je franchis la planche et retrouve la familière et réconfortante sensation des pavés sous mes pieds.

( Bien, où devrais-je aller à présent? Je n'ai pas un seul sous en poche, à peine de quoi manger et boire pour quelques jours tout au plus. J'aurai vraiment besoin de prendre d'autres vêtements : ils sentent la mer à plein nez à présent... Est-ce que je peux trouver du travail dans mon état? Hum... Je suppose que je peux déjà découvrir un peu la ville avant de décider de ça...)

Levant les yeux de mes réflexions, je balaye du regard le quai de mon arrivée, et me mets doucement en marche alors que je l'explore des yeux, avide de découverte.

La suite...
Modifié en dernier par Kassar le laid le dim. 7 juil. 2019 10:12, modifié 1 fois.
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Kassar le laid
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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Kassar le laid » dim. 7 juil. 2019 10:11

Précédemment...

Alors que je marche dans le port de Kendra Kâr, je découvre de nouvelles sensations : l'odeur d'épices exotiques, la vue de créatures et êtres gracieux et grotesques, venus de mille endroits, les habits de soie que côtoient ceux de lin. Émerveillé, j'y flâne quelque temps, invisible dans la foule dans mon manteau de traîne-misère.

(C'est... C'est incroyable! Fascinant ! )

Je flâne encore un peu, mais je me rends alors compte que ma réflexion pour trouver quoi faire dans cette nouvelle ville n'a pas progressé d'un iota...

(Je pourrai peut-être me rendre au Temple des Plaisirs, comme me le suggérait le capitaine Logan... Je pourrai toujours dire venir de sa part, cela me permettra peut-être d'avoir au moins un peu d'aide pour commencer ma vie ici.)

Cette idée fait son chemin dans mon esprit, et entre elle et rendre visite à Nesterin, elle s'impose à moi comme l'une des seules solutions logiques.
J'interroge quelques passants que j'estime dans une misère similaire à la mienne sur l'emplacement du temple.


"Et bah gueule de bois, j'sais pas qui tu es, mais si tu connais pas le Temple, c'est que t'es nouveau ou qu't'aimes pas t'amuser. Y sont pas trop heureux des gens comme nous, t'sais, puant et boutonneux, mais si t'as envie de te faire foutre dehors, c'toi qui voit."

Il m'indique ensuite un chemin, traversant les ruelles du dock puis celles de la ville pour atteindre le Temple. Après l'avoir remercié avec un peu du pain dans ma poche, je me mets en route vers une ruelle, éclairée de façon rassurante par l'astre du jour.

La suite vers les docks...
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Ulric
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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Ulric » jeu. 22 août 2019 21:26

Les docks

Après quelques minutes de marche du pas le plus rapide dont il était encore capable, Ulric arriva dans le port. Bien qu’il se fût perdu dans les docks, il n’avait eu qu’à suivre le bruit des mouettes pour arriver jusqu’ici. Il arriverait peut-être à faire disparaitre les traces de sang sur ses vêtements avec de l’eau de mer. C’est ce qu’il espérait, du moins. Quoiqu’il en soit, il devait se dépêcher de retrouver une apparence plus discrète et de quitter le secteur avant l’aube.

Ulric se dirigea vers le bruit des vagues et monta sur la digue. La mer était en train de monter, semblait-il, mais était encore bien loin. L’apprenti mage sauta en bas de la digue et atterri sur le sol couvert de galets qui manquèrent de lui faire perdre l’équilibre. Il trottina ensuite vers la mer, enlevant déjà sa cape et sa tunique. Il commença par s’assurer qu’il n’y avait pas de traces sur sa cape elfique -un des rares objets ayant un peu de valeur qu’il possédait. Bien heureusement, cette dernière était restée immaculée, comme par miracle. Sa tunique, en revanche, était dans une tout autre situation : tout le bas avait été souillé de sang. Ulric plongea son vêtement dans les vagues avant de l’essorer à plusieurs reprises, en profitant au passage pour faire partir l’hémoglobine sur sa peau.

Ulric répéta le procédé un nombre incalculable de fois, mais rien n’y fit : il était impossible de faire partir l'énorme tache carmin. Après une énième tentative infructueuse, il jeta sa tunique en boule sur la plage derrière lui, toute patience perdue. A l’horizon, le ciel commençait à rosir, signe que l’aube ne tarderait plus. Il devait se dépêcher et foutre le camp.

Il n’avait aucun vêtement de rechange avec lui et il ne pouvait pas non plus se promener en ville à moitié nu. Soudain, Ulric eut une idée : il ramassa sa tunique et l’essora le plus possible avant de sortir sa dague. Il entreprit ensuite de découper tant bien que mal la partie souillée, avant de se revêtir. Il repéra ensuite une autre tache conséquente sur ses braies, au-dessus du genou gauche, qu’il découpa également.

Ses vêtements trempés, déchirés et troués, il devait avoir l’air du plus pitoyable des mendiants, mais il devrait ravaler sa fierté quelques temps. Mieux valait avoir l’air d’un mendiant que d’un dangereux meurtrier.

Il était à présent temps de s’éloigner des docks avant qu’il ne fasse jour.

Vers les rues
Modifié en dernier par Ulric le lun. 15 févr. 2021 14:33, modifié 1 fois.

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Akihito
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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Akihito » jeu. 2 avr. 2020 02:16

Dans le chapitre précédent...


Deuxième Arc : L’art de faire parler la Foudre

Chapitre LIV.2 : Rencontre impromptue.


Le port était en pleine effervescence. D’une part parce qu’étant le poumon économique de la ville l’activité y battait toujours son plein, mais aussi à la vue des sombres nuages qui planaient au-dessus de la baie. Tous les bateaux amarrés déchargeaient leurs marchandises en vitesse tandis que ceux qui arrivaient s’attachaient le plus rapidement possible. D’autres, plus curieux ou sans rien à accrocher ni a débarquer, observaient les curieux nuages. Sombres, ils faisaient pourtant tâche au milieu du ciel azur qui recouvrait tout le reste de la mer et même l’intérieur des terres. Ca intriguait aussi Akihiko, mais il n’avait pas tant de temps à accorder à ça ; il projetait de déposer ses affaires avant de filer en vitesse au temple de Valyus retrouver le prêtre Maxime pour l’informer de ce qui s’était passé.
Il retrouva sans mal la Slive et ses voiles vert forêt et constata avec enthousiasme que le navire avait bien été réparé. Les membres de l’équipage les aperçurent et Akihiko revit avec plaisir les visages des personnes avec qui il avait voyagé. Le jeune Sam, notamment, se portait comme un charme. Les deux Earions, Narem et Vulin, leur firent également signe avant de s’afférer sur ce qu’ils étaient en train de faire, à savoir replier la voile. Le garçon montra à Akihiko que sa cheville brisée n’était plus qu’un lointain souvenir en s’adonnant à quelques pirouettes, très fier de lui. Il lui demanda ensuite si c’était vrai qu’il avait failli mourir foudroyer et à la vue de la cicatrice de Akihiko, ouvrit en grand la bouche et les yeux. Ce fut le tonnement de la voix du Capitaine Croane qui rappela à l’ordre le mousse qui déguerpit en vitesse. Le vieux loup de mer au crâne toujours démuni du moindre cheveu descendit sur le quai, jugea du regard l’enchanteur avant qu’un sourire sincère et chaleureux n’orne son visage.

« Sieur Akihiko. Un plaisir de voir que vous vous portez bien.

- Capitaine, merci d’avoir attendu patiemment mon rétablissement. Cela a dû chambouler vos plans et votre programme.

- Boh, si peu. Mes gars et moi, on vous devait bien ce petit délai. Dame Anthelia, ravi de voir que votre beauté n’a pas perdu de son éclat, dit poliment le marin en se tournant cette fois vers la jeune femme.

- Vous êtes trop aimable, s’amusa la tatoueuse. Quand comptez-vous partir ?

- On comptait partir d’ici deux ou trois heures. Mais ces foutus nuages, ils m’inspirent pas confiance. Ils sont pas… Naturels.

- Comment ça ? Je vous accorde qu’ils sont étrangement peu nombreux, mais…

- L’expérience. Des tempêtes, j’en ai vu des quantités et les nuages qui les portent. Et ça, c’pas des nuages créés par la nature. ‘Sont arrivés en même temps que ce bateau, là. Y avait d’ailleurs un type bizarre qui en est descendu, est entré en ville, puis est revenu pour nous d’mander où vous étiez.

- Qui ça ? Anthelia et moi ?

- Non, juste vous, sieur Akihiko. »

(Ca me plaît pas vraiment toute cette histoire.)

Akihiko s’était fait quelques ennemis au cours de ses aventures, mais aucun qui n’était dans les parages. Quelque chose le chiffonna en plus de tout ça. Cet homme était venu avec ces étranges nuages d’orage… Quelque chose lui échappait, mais quoi ?

« Et cet homme, où je peux le trouver…

- Bah… L’est juste sur le quai là-bas, il arrive. »

Les deux oranais se retournèrent et virent un homme de taille moyenne, à la peau légèrement cendrée et aux cheveux poivre et sel. Une cape beige entourait ses épaules et cachait en partie des habits de voyage. À mesure qu’il s’approchait, Akihiko sentit la tension dans l’air se tendre. Et pourtant, il ne ressentait aucune hostilité chez le mystérieux homme, pas plus qu’il ne la lisait sur son visage qu’il distinguait de plus en plus. Un visage légèrement marqué par l’âge, l’homme devait avoir une cinquantaine d’années. Sous sa tunique, le médaillon de Faerunne dans lequel Amy résidait trembla.

(Aki… Ce type, c’est pas la moitié d’un mage. Il a tellement de fluide en lui… Il est comme toi, c’est un fulguromancien.)

La tension qu’il ressentait dans l’air trouva une explication : l’environnement était chargé d’électricité statique par la simple présence de l’homme, ce qui en indiquait sur sa puissance. Il arriva enfin à une courte distance du duo et l’enchanteur, s’il n’était pas en position de combat, se prépara pourtant à agir par mesure de précaution. Le mystérieux visiteur sourit et écarta les mains en signe de paix.

« Allons, Akihiko Yoichi, il n’est pas nécessaire d’en arriver aux mains. Je ne vous veux aucun mal.

- Vous êtes qui ? Comment connaissez-vous mon nom ? Que me voulez-vous ?

- Eh bien, voilà qui est direct et clair, j’aime ça. Comment je le sais ? Parce que je viens de passer au temple de Valyus où vous n’êtes vous-même pas passé inaperçu là-bas. Ce que je veux, c’est que vous me rendiez un service. Quant à qui je suis… Je suis la raison de votre voyage il me semble.

- La raison de son voyage ? Attendez, vous n’êtes quand-même pas…

- Et si jeune fille. Le seul, l’unique…

- Frans Gresill. L’un des maîtres magiciens de foudre. »

Maintenant qu’il en avait la confirmation, tout faisait sens : les nuages dans la baie qui le suivaient apparemment partout, la quantité impressionnante de fluide qu’il possédait et l’aura qui émanait de son corps… Le hasard avait porté l’homme qu’il cherchait depuis un long moment sur sa route, qui fit une petite courbette à l'évocation de son nom et de son titre.

« EX maître magicien de foudre. Je ne suis plus en mesure de me comparer aux autres pointures dans le domaine. Mais bon, je me fiche pas mal d’être considéré comme tel ou non. Mais à mon tour : dites-moi Akihiko Yoichi, pourquoi me cherchez vous ?

- Je cherche quelqu’un capable de m’aider à maîtriser mes pouvoirs, répondit simplement Akihiko. Oranan, ma ville natale, ne comporte pas de mage de foudre compétent. Alors j’ai dû chercher ailleurs.

- Vous souhaitez que je sois votre professeur ? Très bien, j’accepte.

- Euhm ? Aussi simplement que ça ? s’étonna Anthelia, verbalisant l’interrogation de Akihiko.

- Je ne ferais pas ça sans contrepartie bien entendu. Et c’est également pourquoi je cherche Akihiko. Le temple de Valyus m’a confié une tâche, et j’aurais besoin de quelqu’un pour m’assister. En me rendant au temple, on m’a parler de vous, c’est pourquoi je suis là.

- Et quelle est cette tâche ?

- Nous en parlerons au temple si cela vous convient mais grossièrement, il suffit simplement d’escorter une cargaison jusqu’à Bouhen.

- Très bien. Nous vous suivons, acquiesça Akihiko après un moment de réflexion avant de se tourner vers le capitaine Croane qui était resté silencieux tout le long de l’échange. Il semblerait que notre voyage s’arrête ici finalement.

- C’est bien ce que j’ai cru comprendre.

- Je regrette de vous avoir fait attendre pour rien…

- C’est comme ça. Puis ça a fait du bien à mes gars de s’arrêter un peu plus longtemps que prévu, ils ont pu pour certains revoir leurs femmes une poignée de jours de plus. Mais bon, elles sont comme la mienne, ils doivent avoir hâtes de remettre les voiles.

- Dans ce cas… Il ne reste qu’à vous souhaiter bon voyage. Je n’hésiterai pas à vous recommander si besoin.

- Ahah, tant que ce n’est pas quelqu’un qui attire les bestioles marines comme vous, tout me va ! »

Akihiko fit rapidement ses adieux au reste de l’équipage avec Anthelia avant de rejoindre sur le quai le fulguromancien qui les attendait patiemment. Alors qu’il commençait à tourner les talons pour partir en direction de la ville, l’enchanteur l’interpella.

« Pardon, mais est ce que vous êtes à l’origine de ces nuages d’orage par hasard ? Ils flanquent la trousse aux marins.

- Ah merde, il y en a encore, » jura Frans avant de sortir un orbe magique qu’il dirigea vers les nuages. Lentement, ces derniers se dissipèrent et le ciel redevint bleu sous le regard admiratif de Akihiko.

« La fulguromancie permet vraiment de faire ça ?!

- Pour l’heure, regagnons le temple : le prélat de la ville nous attend. Mais oui, je pourrai vous apprendre à faire la même chose et bien plus encore. La maîtrise des nuages d’orage, c’est l’une des nombreuses façons de faire parler la Foudre. »

Et c’est accompagné d’Anthelia que sans attendre, l’enchanteur suivît celui qui allait devenir l’un de ses plus précieux mentors. Deux personnes qui paveront la voie de sa destinée ; deux personnes qui le guideront à celle qui porte le soleil dans le creux de ses mains.


Fin de l'arc "L'art de faire parler la Foudre"



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Aenaria
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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Aenaria » dim. 10 janv. 2021 18:51

Ce fut le moment tant redouté des embrassades pour nous quitter. Théodorus fut le premier à nous dire au revoir et à chaudement nous remercier pour ce que nous avions fait pour son navire et son équipage. Il était plus que reconnaissant et nous promis de nous reprendre sur son navire dès que l'occasion se présenterait. Nous le remerciâmes comme il se devait. Puis ce fut au tour de Crillus, le capitaine qui nous remercia d'avoir aidé ses gars aussi souvent que possible. Il avait apprécié nos cours de combat durant la fin du voyage, cela avait redonné un peu de gaieté et de motivation aux marins pour terminer la route. Les jours de tempêtes avaient miné le moral de tout le monde, nous avions trouvé une parfaite parade à cette morosité ambiante.

Nous passâmes ensuite sur le pont principal et tous les marins se trouvaient là, ils nous serrèrent tous la main, sans exception, du plus jeune au plus âgé, ils nous remercièrent de les avoir aidé à colmater la brèche dans le navire. Ehemdim leur expliqua qu'il n'avait été là que pour leur porter main forte et qu'ils avaient fait tout le travail eux-mêmes. Il n'avait été qu'un assistant dans leur travail. D'autres nous remercièrent pour tout ce que nous avions et surtout pour la sensation de sécurité qu'ils avaient eu durant tout le voyage. Nous acceptâmes leur remerciement mais nous étions quelque peu honteux de recevoir autant alors que nous avions si peu fait.

Nous finîmes par descendre du navire et mettre les pieds sur le quai. Nous avançâmes et nous retournâmes une dernière fois pour saluer tout le monde de la main. Puis nous primes tranquillement la direction de la ville, Ehemdim tourna alors la tête vers moi.

- "Par où commençons-nous ?

- J'ai ma petite idée mais répond à cette question : qui en ville sera le plus capable de nous renseigner sur la situation ?

- Le roi, l'armée et la milice !

J'avais déjà pris les devants pour me rendre au bâtiment qui hébergeait aujourd'hui les gardes de la ville. Si elle était attaquée, il y avait fort à parier que les miliciens sauraient nous renseigner sur la situation.

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Heartless
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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Heartless » sam. 16 janv. 2021 19:43

Une discussion agitée animait de bon matin les docks de la riche cité.

- Tu dis n'importe quoi.
- Nan, c'est toi qui divagues. Von Klaash, plus fort que Barbécru ? J'te rappelle qu'il a carrément assiégé Darham.
- C'était une autre époque, Deb'. La vie était plus facile pour les pirates en c'temps là.
- Et il maîtrisait la magie d'eau aussi, tu vois pas Von Klaash balancer des sorts, ou encore moins Thunderhead.
- Von Klaash, gars, il en a pas besoin. C'est un monstre, bordel. Il boit son euh... son machin, là, et plus rien peut l'arrêter. Et la différence entre les deux, c'est que Von Klaash il fait pas de quartiers. Il est juste pas fait pareil.
- T'oublies que Von Klaash il s'est fait battre par le capitaine.
- C'est vrai ça ?
- Et tu crois vraiment que, bon, hein, sauf son respect, tout ça, mais tu crois vraiment que le capitaine, il est du niveau de...
- Carrément, ouais.


Les marins se retournèrent, surpris par leur capitaine qui s'était joint à la conversation pile poil au moment le moins flatteur, une bouteille de rhum à moitié entamée à la main. Cependant, loin de châtier ses hommes, il relança le débat.

- C'qui faut savoir avec Wimund Khayr, c'est qu'il est mort empoisonné cinq ans après avoir pris Darhàm. Alors ouais, prendre une ville, c'est très bien, mais la politique, c'est pas pour tout le monde. On peut pas débarquer comme une fleur dans un domaine terrestre et espérer garder sa tête bien longtemps. Et Von Klaash... Faut le voir pour le croire. C'qui faut pour rester au dessus de tout ce p'tit monde, les enfants, c'est ça.

Sirius pointa un doigt vers sa tête avec un sourire prétentieux, engloutit une autre gorgée de rhum, puis émit un rot peu digne.

- Soyez malins comme le capitaine Heartless, mes p'tits gars, et vous pouvez battre n'importe qui. J'les éclate tous... Beuh !

Le borgne vomit soudain sur le sol, éclaboussant les chausses de ses matelots. Répugnés, ils revinrent tous sur le pont se chercher une besogne à accomplir, tandis qu'Heartless se laissait choir sur un hamac.

- Ouais c'est ça, au boulot, les feignasses.
- Capitaine ?


Un des gaillards était resté, un jeune homme aux larges épaules et aux cheveux châtains.

- Qu'ess'tu veux, le mousse ?
- Je voudrais juste vous dire que c'est un honneur de voguer avec vous, capitaine Heartless, à bord de l'Innommable.


Aux oreilles du capitaine, de telles flatteries ne pouvaient venir de bonnes attentions, alors il répondit avec indifférence :

- T'iras nulle part en me léchant le cul, tu sais ?
- Je sais bien, capitaine. C'était pas mon intention. Je veux juste dire que, eh bin, je suis reconnaissant à la Confrérie de m'avoir donné une chance de gagner ma vie autrement qu'en lavant les plats aux Sept Sabres.
- Tu m'étonnes. La plupart des fameux pirates qui passent leur temps là-bas ont jamais vu une chaloupe de leur vie entière.


Les deux hommes partagèrent un rire.

- C'est quoi ton nom ? demanda Heartless.
- Debrant, capitaine.
- Drebant ?
- Debrant.
- Mh. Bon, tu peux nettoyer le vomi maintenant, Deb'. Allez, on lève les voiles !


L'Innommable, ancienne conquête du pirate qu'il avait laissée derrière lors de la crise autour des colliers maudits, était revenu à bon port. Heartless essayait de ne pas penser aux souvenirs dont cette embarcation provoquait le retour. Le contenu de la lettre était clair : Gallion Thunderhead l'attendait, quelque part sur les côtes de Bouhen.

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Ulric
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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Ulric » lun. 1 mars 2021 16:22

Les docks

Ulric arriva rapidement dans le port. Il pouvait voir, au loin, la forêt de mâts des fiers navires de guerre kendrans, les imposants galions de grands marchands venant de tout Yuimen, ainsi que d’autres bâtiments plus exotiques : des jonques d’Ynorie, des galères Sindeldies, et d’autres dont le jeune mage ne connaissait pas le nom. Il avait grandi à la montagne, après tout.

Tous ces grands navires devaient être gardés par une multitude de gardes, même en pleine nuit, mais ici, à la lisière des quartiers délabrés des Docks, c’étaient des navires bien plus humbles qui étaient amarrés au bout de quais vermoulus. De vieux bateaux de pêche, pour la plupart, aux voiles grises et à la peinture écaillée. De nombreux étaient mal entretenus, et leurs coques servait d’encrage à des colonies de bernacles. Des filets de pêche étaient étendus ça et là, à sécher pour la nuit.

Cette partie-ci du port était déserte, comme il s’y attendait. Les pécheurs étaient rentrés chez eux après une journée éprouvante, les mendiants étaient retournés se terrer dans les Docks, et les gardes se moquaient bien de la sécurité des carcasses de bois qui se balançaient au grès des vagues ici.

Ulric s’installa au bout d’un quais, à côté d’un esquif décrépi sur lequel on pouvait encore lire « La Fierté de Kendra ». Un nom grandiloquant pour une vieille coque de noix.

L’apprenti mage posa son sac à côté de lui et en sorti la fiole. L’excitation rendit ses doigts maladroits et il manqua de peu de la laisser s’échapper pour la laisser disparaitre dans l’océan, mais il parvint à raffermir sa prise au dernier moment.

(Fais attention !), ragea-t-il contre lui-même.

Ce n’était pas la première fois qu’il voyait une fiole dans ce genre, mais il n’avait encore jamais pu prendre le temps d’en observer jusqu’à présent. Ainsi, il prit un instant pour la détailler à la lumière de la lune. La fiole elle même semblait banale, juste du verre transparent, fermé hermétiquement par un bouchon. La substance à l’intérieur, elle, ne ressemblait à aucune autre qu’il n’ait jamais vue : elle était d’un noir pur, bien plus profond que n’importe quel autre, comme si elle ne contenait qu’un vide total, un fragment du vide originel. A vrai dire, il semblait à Ulric qu’elle absorbait la lumière autour d’elle, rendant l’air autour de sa main plus sombre, mais ce n’était peut-être qu’une impression.

Il fit pencher la fiole légèrement sur le côté, pour voir comment le fluide se mouvait. Il coula lentement, en fines volutes de fumée, avant de s’immobiliser. La substance semblait à mi-chemin entre un liquide et un gaz et, en même temps, aucun des deux.

Quelle serait la meilleure façon de l’absorber ? Se contenter de l’avaler semblait la plus simple, mais était-ce la meilleure ? Ulric se demanda également s’il ressentirait quelque chose de particulier.

L’apprenti mage savait que les fluides n’étaient pas beaucoup plus que des poisons laissant des symptômes à vie, pour ceux qui en absorberaient sans posséder de talent magique. Il se souvint brièvement d’un gamin dans sa Luminion natale, un petit emmerdeur dont il ne se souvenait plus du nom, qui avait volé une fiole de fluides de feu quelque part, et l’avait bue d’une traite. Il avait passé trois jours inconscient et avait constamment souffert de fièvres après cela.
Mais ce gamin n’était qu’un moins que rien, sans talent et destiné à être balloté toute sa vie par la volonté des autres. Ulric, lui, avait le don et était promis à de bien plus grandes choses. Ce qui était un poison pour d’autres ne ferait que le renforcer !

Le jeune mage déboucha la fiole et la porta à ses lèvres, avant de renverser la tête en arrière. Il s’attendait à sentir le fluide couler dans sa bouche mais, dès qu’il entra en contact avec le bout de sa langue, la substance obscure sembla se jeter d’elle-même dans son corps, comme animée par sa propre volonté.


La sensation des fluides se répandant dans tout son corps fut aussi immédiate qu'accablante. Ulric sentit des griffes froides comme du métal se frayer un passage au travers de son palais et se planter profondément dans son crâne. Au même moment, il lui sembla que des milliers de bêtes au sang froid descendaient dans sa gorge et traversaient sa chaire comme si elle n’était faite que d’air. Un scorpion rampait sous la peau de son dos, le mettant à l’agonie à chaque fois qu’une de ses pattes de chitine se mouvait. Des serpents glissaient le long de ses membres, s’enroulant autour de ses os. Des insectes grouillaient et fourmillaient dans son corps, se laissaient emporter par son sang, s’emparant de chacun de ses organes, de chacune de ses cellules

La douleur était infernale, et Ulric tomba en arrière, paralysé sur le quai. Mais elle s’accompagnait d’un sentiment d’extase et de puissance : alors que les griffes laceraient son cerveau, que le scorpion plantait son dard entre ses vertèbres, que les serpents rependaient leur venin dans ses mains, tous lui susurraient des promesses de pouvoir. Celui de plier les morts et les vivants à sa volonté, d’écraser ses adversaires, de s’emparer de ce qu’il désirait si, du moins, il avait la capacité d’apprendre à s’en servir. « Tue, trompe, vole, vaincs, triomphe ! » l’encourageaient les voix. Toujours étalé sur le bois vermoulu, Ulric laissa échapper un gémissement, autant de plaisir intense que d’agonie.

La sensation commença à s’estomper, et son corps revint à la normale. Il resta un instant étalé sur le quai, chamboulé par ce qu’il venait de ressentir. Il se releva lentement, alors qu’il reprenait ses esprits. La fiole, désormais vide, avait roulé non loin et s’était coincée entre deux planches. Il eut peur un moment d’avoir envoyé son sac dans l’eau d’un spasme, mais il était toujours à ses côtés. Il regarda autour de lui pour s’assurer qu’il était toujours seul, ce qui était bien le cas.

Rassuré, il tenta de canaliser ses fluides nouvellement augmentés. Il sentit la puissance tapie en lui courir sous sa peau, dans une sensation bien plus familière que ce qu’il venait d’expérimenter. Elle lui sembla plus importante qu’auparavant, c’était indéniable, mais pas autant qu’il l’espérait. Sans doute lui faudrait-il répéter ce procédé à plusieurs reprises, mais pas tout de suite. Il ne serait sans doute pas prêt à revivre une expérience aussi intense avant un petit moment.

Tout de même satisfait, il pensa à nouveau au gamin qu’il avait connu, enfant, et à la fièvre qui l’accablait constamment. Ses fluides de feu le diminuaient sans qu’il ne puisse s’en servir alors que les siens reposaient en lui, prêts à le servir. C’était bien là la preuve que malgré le fait qu’il soit un bâtard et un vagabond, il valait mieux que le commun des mortels. C’était évident !


Les égouts

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Ulric
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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Ulric » mer. 15 juin 2022 16:32

Précedemment


Le soleil brillait bien haut dans un ciel immaculé en ce début d’après-midi et réchauffait agréablement l’atmosphère. La brise marine, elle, apportait un peu de fraîcheur et balayait les effluves jamais bien agréables des grandes villes au loin. Somme toute, l’ambiance était plutôt agréable et le port foisonnait d’activité. Où que le regard puisse porter, des pêcheurs déchargeaient leurs prises de la matinée ou réparaient leurs filets, des marins débarquaient leurs marchandises de grands navires marchands, ou des gardes patrouillaient avec bien plus de zèle que dans les quartiers malfamés des docks qui s’étendaient pourtant à un jet de pierre de là.


Ainsi, au milieu de toute cette foule, personne ne fit attention à Ulric qui remontait les quais en scrutant chacun des navires qui y étaient amarrés. En effet, il venait d’apprendre d’une source sûre -à savoir un vieux marin alcoolique- que l’un d’entre eux avait servi de navette à un groupe de mages de Henehar, et que ceux-ci avaient laissé un des leurs derrière eux pour monter la garde sur le navire en attendant leur retour.


S’il y avait un garde, c’était qu’il y avait quelque chose à garder et, quoique ce puisse être, Ulric avait la ferme intention de s’en emparer. Les mystérieux mages n’avaient probablement pas laissé un trésor ou un ancien artefact avec une seule personne pour les surveiller, bien entendu, mais s’il pouvait mettre la main sur de nouveaux grimoires, des notes d’expérimentations ou n’importe quoi d’autre qui lui permettrait d’avancer dans son propre apprentissage de la magie, ce serait parfait.


Le grimoire qu’il possédait déjà s’était avéré une aide précieuse pour ses premiers pas maladroits sur la voie des arcanes, mais il était aussi écrit dans un tel charabia sibyllin, annoté, raturé et réécrit par ses très nombreux propriétaires successifs, que sa lecture en devenait compliquée. Qui plus est, il n’avait aucune idée de qui avait bien pu l’écrire. Était-ce un des Treize lui-même qui avait dicté les mots inscrits en pattes de mouche sur le parchemin, ou le sorcier d’un village anonyme ? Il ne saurait le dire, mais le second était bien plus probable que le premier. Ainsi, il brûlait d’envie de s’approprier un outil d’apprentissage plus fiable.


Cependant, alors qu’il commençait à se perdre dans ses pensées, il vit finalement ce qu’il cherchait. Une grande flûte à trois mats était amarrée un peu plus loin. Sa quille pansue était peinte en blanc, alors que le haut de la coque et la cabine étaient bleues et or. En s’approchant, Ulric put lire les mots « Le Roi Jaune » écrits sur la proue et qui semblaient se référer à l’étrange figure de proue ; un homme -pour peu que c’en soit un- le corps entièrement caché par une longue bure à capuche par-dessus laquelle il portait une couronne vissée sur sa tête. La figure de bois était peinte du même jaune doré qu’on retrouvait ailleurs sur le navire, mais, malgré cette couleur gaillarde, il ne pouvait s’empêcher de la trouver inquiétante. Elle semblait bien étrange comparée aux traditionnelles sirènes ou tritons, mais, après tout, lui qui avait grandi à la montagne n’était guère familier avec les traditions nautiques.


Malgré cela, c’était indéniablement un superbe bâtiment. Il était même surpris que la loque humaine qui lui en avait parlé soit admise dans son équipage. Cependant, contrairement à ce que ce trou à bière lui avait dit, le bateau semblait être une vraie fourmilière autour de laquelle s’activaient un groupe de marins, chargeant une nouvelle cargaison pour en remplir les cales à l’aide d’une petite grue en bois.


(Cet abruti m’avait garanti qu’il n’y avait pratiquement personne à bord !), pesta-t-il.


Bah, pas grave. Il n’avait pas l’intention de s’y introduire en plein jour, de toute façon. Il pourrait même utiliser un peu d’aide et ça tombait bien, il savait justement à qui demander.

Suite
Modifié en dernier par Ulric le mar. 4 avr. 2023 17:43, modifié 2 fois.

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Ulric
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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Ulric » jeu. 16 mars 2023 19:29

Précedemment

Ulric sortit des Sept-Sabres les poings serrés de frustration. Dans quel monde vivait-il pour que des voleurs ne se laissent plus convaincre facilement pour la promesse de butin à portée de main ? Furet avait beau penser que lui et sa petite bande étaient la crème de la crème des voleurs de Kendra Kâr, ils n’en restaient pas moins de la racaille comme les autres, qu’ils soient talentueux ou pas.

Cependant, la colère du jeune mage était davantage dirigée envers lui-même et son inhabilité à tirer les bonnes ficelles dans un dialogue qu’il avait pourtant pensé gagné d’avance. Après tout, cela ne ferait pas beaucoup de sens de maudire l’organisation et la prudence de Furet, alors que c’était justement ces qualités qui le faisaient paraitre particulièrement utile aux yeux d’Ulric, bien plus que n’importe quelle racaille des docks. Bah, peu importe. Il avait pris une décision, il n’allait pas faire demi-tour pour retrouver le voleur maintenant.

A force de vadrouiller dans toute la ville, l’après-midi touchait à son terme et le ciel au-dessus des pignons des demeures qui se pressaient en rangs d’oignon le long de la route commençait déjà à se teindre de rose. Le temps qu’il retraverse toute la ville pour retourner au port, il devrait commencer à faire sombre. C’était parfait.

Ulric se mit donc en route. La foule des badauds, d’abord éparse dans l’est de la ville, se fit plus dense au fur et à mesure qu’il avançait vers les portes menant au port, jusqu’à devenir une marée lorsqu’il déboucha sur la grande rue. Cependant, il n’eut guère de mal à se frayer un passage. Un des avantages à avoir sa grande stature, c’était que les gens évitaient de venir lui marcher sur les pieds.

Il arriva finalement dans le port aux dernières lueurs du jour et ses pas le reconduisirent rapidement vers le quai où était amarré le Roi Jaune. Il n’approcha pas tout de suite du bateau afin de pouvoir l’observer à une distance sûre, sans paraitre louche.

Comparé à sa dernière visite quelques heures plus tôt, le port semblait bien vide à présent. Travailler sur les bateaux à la faible lueur du soir devait sans doute être plus dangereux que profitable, et tout éclairer à l’aide de lanternes devait coûter une petite fortune à la longue. Ainsi, les marins s’étaient dispersés dans la ville et les docks pour dépenser leur paie du jour. Cependant, la garde continuait de veiller. La lueur orangée d’une torche au loin guidait une patrouille le long des quais, alors qu’un milicien faisait le planton spécifiquement devant la rampe d’accès jetée entre le pont du Roi Jaune et le quai. Ce n’était guère étonnant que la sécurité de ce bâtiment reçoive une attention toute particulière étant donné sa taille, mais cela ne faciliterait pas les affaires d’Ulric.

L’apprenti mage déplaça son regard du garde à la flûte derrière lui.

(Bien. Comment je rentre là-dedans, maintenant ?)

Le plus simple et le plus évident était de passer en force. Le milicien était tout seul, après tout. Une attaque surprise suffirait peut-être à prendre l’avantage pour s’en débarrasser rapidement. Cependant, avec des renforts non loin, c’était un pari risqué. Portant seulement un gambison aux couleurs de la ville, une capeline de fer vissée sur la tête et une vouge entre les mains, il n’était pas spécialement lourdement équipé, mais c’était plus qu’assez pour contrer le maigre arsenal d’Ulric.

Le jeune mage avait ses sorts, bien entendu, mais il préférait conserver ses fluides pour plus tard, au cas où ça tournerait mal sur le bateau. Il se mit donc à chercher du regard un moyen de contourner ce gênant obstacle.

La grue utilisée pour charger les marchandises sur le navire donnait une belle vue sur celui-ci et une personne particulièrement agile pourrait sans doute l’escalader et sauter sur le pont, mais Ulric n’était pas taillé pour les cabrioles. Qui plus est, avec sa taille, il passerait difficilement inaperçu, et il ne voyait pas d’autre moyen de monter à bord que ces deux-là.

Cela faisait un moment qu’il observait la situation sans pouvoir concocter quoi que ce soit de concret, et il sentit la frustration monter en lui.

Le meilleur plan serait sans doute de créer une distraction pour éloigner le garde, juste assez longtemps pour se faufiler dans son dos, mais comment ?

(Arrête de penser comme un voleur de bas étage et plus comme un mage, si tu veux en être un !), pesta-il contre lui-même.

Soudainement, il eut une idée. Il n’était pas sûr que ça marcherait, mais il ne perdrait rien à tenter le coup. Il s’approcha davantage en essayant de ne pas attirer l’attention, et se dissimula derrière l’une des nombreuses caisses encore empilées sur les quais en attendant d’être embarquées. Ensuite, il mobilisa une toute petite partie de ses fluides. Tendant ses mains devant lui, il laissa ses fluides couler dans l’ombre qu’elles projetaient pour former de minces filaments invisibles qui lui permettrait d’en prendre le contrôle. Il y avait à peine assez de lumière pour que leur ombre se découpe sur le sol, ainsi il eut du mal à se concentrer dessus, mais l’exercice commençait tout de même à lui venir plus naturellement que depuis ses tout débuts.

Il n’avait plus qu’à essayer de les projeter. Il lui fallait juste trouver une surface qui serait visible du garde. Ce n’était pas les murs qui manquaient, bien sûr, mais la plupart étaient trop sombres à cette heure tardive. Toute la manœuvre serait inutile si l’ombre qu’il projetait était invisible.

Le jeune mage finit par choisir le mur d’un entrepôt dans la direction opposée à lui. Il était tout en bois et semblait éclairé par la lumière provenant d’une fenêtre au-dessus d’Ulric. Il n’était pas sûr que ça suffirait honnêtement, mais il n’avait rien de mieux.

Il poussa alors mentalement sur les liens qu’il avait tissé avec sa propre ombre et tenta de l’envoyer au loin. Après un moment de concentration, il vit apparaitre deux mains sur le mur, près du sol.

(Parfait !), se dit-il.

Il essaya ensuite de forcer davantage sur ses liens pour projeter son ombre entière, mais sans grand succès. Il s’acharna encore, mais tout ce qu’il y gagna fut de perdre sa concentration et son ombre regagna sa place naturelle.

(Bon, on se contentera des mains…)

Ça ne lui faciliterait pas la tâche, mais il pourrait se débrouiller. Répétant le processus, il contorsionna ses mains pour tenter de donner la forme d’une tête à leur ombre. L’une, arrondie, fit le sommet du crâne tandis que l’autre singeait un visage. Le résultat n’était peut-être pas le plus convaincant, mais il devrait intriguer suffisamment la garde pour le faire bouger.

Maintenant que son appât était façonné, il le projeta plus haut sur le mur, bien en vue. Dans cette position, l’ombre donnait l’impression que quelqu’un se tenait immobile quelque part, à observer le garde (ce qui, techniquement, n’était pas faux).

A présent, il n’avait plus qu’à attendre que le planton, mal à l’aise, aille investiguer à qui appartenait l’ombre et, dès qu’il tournerait le dos à la vraie position d’Ulric, il pourrait se faufiler discrètement à bord. Il aurait juste besoin de quelques instants pour ça.

Un plan simple et efficace, mais encore fallait-il que le garde remarque la distraction qui lui était destinée, et ce dernier ne bougeait pas d’un poil. Le jeune mage se montrait patient pour l’instant (selon ses propres standards, du moins), mais il n’avait pas envie de passer la nuit là-dessus.

(Je te fais un spectacle d’ombres ynoriennes juste pour toi. La moindre des choses, ce serait d’y prêter attention !)

Cela faisait presque deux minutes qu’Ulric gardait ses mains contorsionnées pour maintenir l’illusion, et des crampes commençaient à se faire sentir. Cependant, l’autre abruti ne semblait toujours pas daigner bouger. Peut-être que le mur était trop sombre, finalement ? Ulric voyait bien mieux dans le noir que la moyenne, mais peut-être que son ombre était invisible pour quelqu’un à la vue plus ordinaire ?

(Allez, mords à l’hameçon, espèce de gros thon !)

L’apprenti mage allait laisser tomber et réfléchir à un autre moyen, quand il perçut finalement un mouvement chez le garde. Il semblait qu’il avait finalement remarqué le petit spectacle qui s’offrait à lui. Il semblait scruter les environs, tentant de trouver la mystérieuse personne qui semblait le fixer.

« Qui va-là ? », demanda-t-il à la nuit naissante.

Sa voix ne semblait pas inquiète, pour l’instant, mais on y distinguait tout de même une pointe de malaise. Personne ne lui répondit, bien entendu, et il sembla s’en offusquer, car il reprit d’un ton plus autoritaire :

« Montrez-vous, citoyen ! »

Le silence, toujours. Enervé, le garde saisit sa vouge à deux mains et partit vers l’entrepôt. Ulric attendit juste encore quelques secondes qu’il s’éloigne davantage et, alors que le garde se mit à fouiller derrière quelques tonneaux, dos à lui, il dissipa son sortilège et s’élança vers la passerelle. Le corps ramassé sur lui-même et tentant de faire le moins de bruit possible sur les pavés, il espérait qu’il se ferait assez discret pour passer inaperçu.

« On aime pas les fouineur, par ici ! », beugla le garde derrière-lui.

Au même moment, Ulric atteignit la passerelle et, en quelques pas, se retrouva au sommet. Il se laissa glisser sur les planches du pont et se dissimula derrière le bastingage. Il fit ensuite le moins de bruit possible, retenant même son souffle, et tendit l’oreille en quête du moindre signe qu’il avait été repéré. Cependant, il entendit juste le garde terminer sa fouille et retourner à son poste.

« Bah, ça devait juste être un gosse. »

(Absolument parfait), se félicita Ulric qui était très fier de son petit tour de passe-passe.

Il n’y avait rien de tel que de faire passer les autres pour des abrutis, surtout lorsqu’il s’agissait de gardes. Mais l’heure de la fête serait plus tard. Ce n’était que le premier obstacle, après tout.
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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Ulric » ven. 17 mars 2023 19:52

Petite ambiance

Maintenant qu’il était à bord, Ulric n’avait plus qu’à trouver là où logeaient les mages s’il voulait repartir avec un butin intéressant plutôt que le stock de biscuits de mer des marins. Seulement, où chercher ? Le navire était assez grand mais, cependant, cela aurait grandement surpris Ulric que les mystérieux mages en rouge partagent les quartiers des marins. Le mieux était d’aller fouiner du côté de la cabine du capitaine.

Ainsi, le jeune homme remonta vers la poupe du bateau, toujours caché derrière le bastingage. Il ne s’en décolla que lorsqu’il approcha de la lourde porte en bois qui donnait probablement sur la cabine. Il tendit la main vers la poignée, espérant ne pas faire trop de bruit, mais celle-ci était fermée à clef.

(C’était prévisible…)

N’ayant aucun talent de crochetage, Ulric tenta de trouver un autre accès. Il y avait une grande grille coulissante par où étaient acheminées les caisses de marchandises au milieu du pont supérieur. Elle était fermée, mais peut-être pas cadenassée ?

Pestant contre le contre-temps, Ulric revint sur ses pas pour se diriger vers le centre du navire. Arrivé devant la grille, il fut rassuré de ne voir aucun cadenas ou serrure dessus. Il tenta de l’ouvrir à la main, mais sans succès. Cette saloperie semblait peser une tonne ! Il calla alors ses talons dans la grille et, espérant qu’il aurait plus de force dans les jambes, poussa à nouveau de toutes ses forces.

La grille glissa d’un coup sec sous l’effort et l’apprenti mage, qui se retrouva soudain sans appuis, tomba en avant et atterrit lourdement et sans grâce sur le plancher du pont inférieur. Il parvint tout juste à réprimer un cri, mi de surprise, mi de douleur.

(Merde, pour la discrétion, on repassera !)

Toujours au sol, l’apprenti mage se tût et tendit l’oreille, espérant qu’il n’avait pas alerter le garde toujours sur le quais ou qui que ce soit qui serait à bord. Il n’entendit rien d’inquiétant, cependant. Peut-être que la coque du navire avait étouffé le son de sa chute. Peu importe, ça ne servait à rien de rester là, de toute façon.

Ulric se redressa pour observer son nouvel environnement. Les entrailles du navire étaient sombres et de nombreuses caisses et tonneaux occupaient l’espace, le rendant bien plus exigu. Là où ils étaient posés sans ordre apparent sur les quais, ici tout semblait parfaitement ordonné. Les caisses s’empilaient les unes sur les autres en rangées et solidement amarrées par des cordages épais comme un bras pour leur interdire tout mouvement. Quelques lanternes éteintes étaient fixées au plafond à intervalle régulier et les bruits de craquement du bois et de la houle s’abattant contre la coque formait un fond sonore que l’apprenti mage trouvait étrangement relaxant.

Ulric se remit en route vers la poupe prudemment. Il y voyait assez pour se repérer mais il faisait tout de même assez sombre, même pour lui. Ainsi, il continua de se baser sur son ouïe pour repérer tout potentiel danger en approche, s’arrêtant mainte fois lorsque le craquement d’une planche ressemblait trop à un pas.

Honnêtement, cette petite expédition était assez excitante. Outre l’adrénaline qu’il recevait à braver l’interdit, c’était bien la première fois qu’il mettait les pieds dans ce genre de navire, lui qui avait grandit à la montagne. C’était comme découvrir un nouveau microcosme, tout de bois, de cordages et de sons étranges. Sans parler des potentielles trouvailles qui l’attendaient à la clef.

Soudain, alors qu’il continuait de remonter le navire, il vit soudain une lueur devant lui. Il mit immédiatement un genou en terre et se dissimula derrière une rangée de tonneaux. Cependant, la lueur disparut aussi vite qu’elle était apparue.

(Etrange.), pensa-t-il.

Il se rapprocha davantage de la source de lumière discrètement, curieux d’en découvrir la source. Elle réapparut soudain et éclaira brièvement une forme humanoïde. L’apprenti mage s’approcha encore de quelques pas, passant d’un couvert à un autre, pour pouvoir en voir davantage. La lueur réapparut à nouveau, semblant venir directement de la main de l’individu, et révéla une ample robe rouge et un masque métallique qui renvoyait des éclats d’airain. Encore une fois, et il aperçut des fioles rouges et bleues à sa ceinture.

Il correspondait mot pour mot à la description des mages que lui avait donné le marin alcoolique lorsqu’il lui en avait révélé l’existence, mais que faisait-il ? A la lumière orangée qu’il produisait, il semblait qu’il essayait de produire des flammes dans ses mains, mais dans quel but ? Et pourquoi faire ça dans le noir complet comme un troglodyte ?

Ulric l’observa pendant un moment, comme fasciné par cet inconnu au comportement étrange. Soudain, le caractère répétitif de son activité lui rappela quelque chose qu’il avait lui-même fait. Le mage en face de lui était-il simplement en train de s’exercer à un nouveau sort ? C’était assez comique à observer. Peut-être même s’agissait-il d’un autre apprenti commençant seulement à arpenter les sentiers de la magie ? Cela expliquerait au moins pourquoi ses compères l’auraient laissé derrière eux pendant qu’ils allaient s’acquitter de leur mystérieuse mission.

Cependant, quelque chose le chiffonnait. Le marin qu’il avait interrogé lui avait dit que ces mages venaient de Henehar, mais celui-ci maniait de toute évidence des fluides de feu. Ne se spécialisaient-ils pas plutôt dans la cryomancie, là-bas ? A moins qu’il ne confonde avec Pohélis ? Il s’inquiétait sans doute pour rien, mais il avait soudain la certitude que les informations qu’on lui avait données étaient inexactes au mieux, mensongères au pire. Mais c’est le genre de choses auxquelles il faut s’attendre lorsqu’on s’informe auprès de déchets humains avec plus d’alcool que de sang dans les veines.

Quoiqu’il en soit, il y avait une porte derrière le mage, et Ulric avait la prémonition que s’il trouverait quelque chose d’intéressant dans ce navire, ce serait là-dedans. Mais, à nouveau, il lui fallait trouver un moyen de contourner cet obstacle probablement bien plus dangereux que le garde dehors.

Cependant, avant de réfléchir à un moyen de faire cela, il farfouilla dans sa sacoche et en sortit une fiole noire, presque invisible dans la pénombre ambiante. Il préférait passer discrètement comme tout à l’heure mais, si les choses tournaient mal, il voulait pouvoir se défendre contre cet adversaire qui maniait la magie, et couvrir sa retraite si nécessaire. Et, pour cela, renforcer ses fluides ne ferait pas de mal.

Il déboucha alors la fiole et avala son contenu d’une seule traite. La dernière fois qu’il avait absorbé des fluides, l’expérience avait été intense, accablante, extatique et agonisante. Cependant, cette fois-ci, il ne sentit rien de particulier. Son corps s’était-il déjà habitué ? Il eu peur un instant de s’être fait arnaquer en achetant la fiole mais, en se concentrant, il sentait déjà ces nouveaux fluides en lui. Etrange.

Déçu ne pas avoir ressenti les sensations intenses de la dernière fois, Ulric se reconcentra sur la tâche devant lui. Il pourrait réutiliser la même tactique que tout à l’heure, créer une distraction au loin et se faufiler dans le dos du mage. Cependant, il se rendit compte qu’il ne voulait plus seulement se faufiler discrètement… Une soif de sang s’était infiltrée dans son esprit sans qu’il n’y prenne gare. Un besoin maladif de détruire, de dominer, d’écraser. Il voulait se mesurer à ce mage, le surpasser, le terrasser, ou être anéanti pour sa propre faiblesse. Peu importe qui mourrait, le Scorpion et le Corbeau auraient leur dû.

Les pensées démentes s’enchainaient dans son esprit et l’emplissaient d’une rage froide et vicieuse. Il sentit ses fluides se condenser dans sa main gauche presque contre son grès pour les relâcher dans un souffle de pure malveillance. Le trait ténébreux fila dans l’air en un instant et vint s’abattre sur le mage vêtu de rouge. Pris par surprise, celui-ci hurla de douleur.

Sortant de sa cachette, Ulric préparait déjà le second souffle dans sa main droite, mais sa cible, réagissant rapidement à l'attaque surprise qu'il venait de subir et sans être gêné par l'obscurité ambiante, lui fit rapidement face et tendit trois doigts en avant. Un bouclier ardent se matérialisa immédiatement devant lui, pas plus d’une seconde avant que le souffle de Thimoros ne vienne s’écraser dessus. Le bouclier magique absorba une partie de l’impact, et il était ardu de savoir à quel point le mage derrière en avait été affecté, puisque sa robe ample et son masque dissimulaient la plus grande partie de son corps.

« Voyez ça : un rat a quitté sa ville puante pour sauter à bord. »

Le mage tendit une main en avant et claqua des doigts tout en conjurant une flamme qui éclaira brièvement le pont d’une lueur orangée, comme un avertissement de ce qui était à venir. La flamme se refléta brièvement dans son masque couleur de bronze seulement percé de deux trous pour les yeux.

« Ça tombe bien, j’avais justement besoin d’un cobaye ! »

Affronter un pyromancien dans les entrailles d’un navire en bois semblait juste être de la folie furieuse mais, complétement intoxiqué par les fluides qu’il venait d’absorber, Ulric se réjouissait de la destruction à venir. Qu’ils finissent tous deux au fond de la mer au milieu de débris calciné, et tout le port avec eux s’il le faut !

Son adversaire, plus sain d’esprit, opta pour une autre approche. Levant une main au-dessus de sa tête, il conjura de fines pellicules semblables à des braises qui vinrent se coller à sa robe et son masque. Maintenant enveloppé de deux sorts défensifs, il sortit une dague à la lame ondulée et à la garde de bronze et fonça sur Ulric.

« Je vais te remettre à ta place, saleté d’humain ! »

Ulric tira sa propre dague et s’apprêta à accueillir son adversaire. Dominant ce dernier de plus d’une tête, il eut suffisamment d’allonge pour frapper en premier, offrant une longue estafilade à l’avant-bras du mage. Cependant, Ulric sentit une résistance étrange, surement due à son sort de protection, et la blessure qui aurait dû pisser le sang ne fut pas grand-chose de plus qu’une éraflure.

Le mage, lui, visait Ulric en plein cœur mais le coup qu’il venait de recevoir fit dévier son geste, et il finit par trancher sur son flanc.

Ulric tenta d’ignorer la douleur pour contre attaquer, profitant de sa taille supérieure pour garder son adversaire à distance. Le mage recula et, levant une nouvelle fois la main, il fit un geste étrange et la dague d’Ulric devint soudainement brulante. Il eut la sensation de tenir un charbon ardent dans sa main nue et ne pue s’empêcher de lâcher son arme.

Le mage masqué jeta lui aussi sa dague avec dérision, comme s’il n’en avait plus besoin.

« C’est toujours pitoyable de voir un humain lancer quelques sorts, pour ensuite se battre à coup de cure-dent, tu ne trouves pas ? Et si je te montrais un peu plus de vraie magie ? »

Là-dessus, alors que son dernier sort de protection se dissipait, ses mains devinrent rouges, comme embrasées. Le mage s'avançât à nouveau, les mains droit devant lui comme les serres d'un rapace. Ulric, toujours en proie à une soif de destruction étrangère à son esprit, ne tenta même pas d'esquiver. A la place, il serra le poing qui venait de lâcher son arme et tenta de l'abattre dans le masque d'airain, écrasant le visage qui se cachait derrière. Cependant, une poigne de fer chauffé à blanc vint intercepter son coup, alors qu'une autre main vint se serrer comme un étau autour de son poignet. L'apprenti mage eut l'impression d'être d'avoir plongé le bras dans un brasier et se débattit de toutes ses forces pour échapper à la poigne de son adversaire, pendant qu'un petit rire vicieux s'échappait de sous son masque. Le chien aimait faire souffrir, de toute évidence et, surtout, il aimait être aux premières loges pour en profiter.

Finalement, Ulric se libéra d'un coup de pieds qui fit reculer le pyromancien de quelques pas. Son avant-bras brulé le lançait terriblement mais, bien pire que cela, on y distinguait les marques de la main du mage comme marquée au fer rouge dans sa peau. Qui était ce fils de pute pour oser le marquer de la sorte ? La colère se mêla à la rage démente dans son esprit, et il n’avait plus qu’une envie : étrangler ce chien masqué ! Cependant, le mage n’en avait pas fini avec les humiliations, et conjura un mur tout autour d’Ulric, qui se retrouva comme en cage.

« Si tu me permets un instant. », railla-t-il.

Là-dessus, le mage se saisit de la petite fiole bleue à sa ceinture et retira son masque de l’autre main, révélant le visage d’un shaakt. Il était en sueur et semblait en souffrance sous son air suffisant, mais c’était dur à dire si c’était à cause de l’embuscade d’Ulric, de sa propre magie ou parce qu’il avait épuisé ses fluides…

(Ses fluides !)

Ulric lutta pour pleinement regagner le contrôle de son esprit et penser de façon tactique. Ce crétin avait épuisé tous ses fluides à lancer des sorts à tout va et s’apprêtait à boire une potion de mana ! Il devait absolument l'empêcher de reconstituer ses réserves. L'elfe ne semblait pas être meilleur bretteur qu'Ulric et, une fois privé de sa panoplie de sorts, l'apprenti mage pourrait utiliser son allonge supérieure pour prévaloir.

Le shaakt approcha la fiole de son visage et, ne perdant pas plus de temps, Ulric s’élança au travers du mur magique qui le tenait prisonnier, en dépit de la sensation de brûlure qu’il lui infligea, pour se jeter sur son adversaire. Plus grand et plus lourd, l’humain envoya le shaakt à la renverse et tous deux s’effondrèrent au sol. La fiole, qui avait quitté la main de son propriétaire, tomba dans un bruit de verre brisé pour déverser inutilement son contenu sur le plancher. Le bois but avidement la potion sous les yeux enragés du shaakt.

« Tu vas regretter ça, sale rat ! »

Il frappa Ulric d’un coup de genoux pour se dégager de sous lui, avant de rouler vers son arme. Le jeune homme fit de même et se jeta sur son arme qui avait eu le temps de refroidir. Chacun leur lame en main, ils en étaient revenus au point de départ, mais Ulric avait encore d’autres cartes dans sa manche, lui.

Alors que les deux combattants se relevaient, Ulric invoqua un voile de ténèbres les enveloppant tous deux, en espérant que l’obscurité magique affecterait le shaakt davantage que celle naturelle. L’espace exigu du navire passa de sombre à un noir d’encre, ne laissant que le son pour se repérer.

« Tu crois vraiment qu’un enfant de Valshabarath a peur du noir ? », fulmina l'elfe noir alors que sa dague sifflait dans l’air, frappant à l’aveuglette. « Je te crèverais un œil pour cet affront, un autre pour avoir osé m’attaquer, et ensuite, je t’écorcherais jusqu’à ce que tu me révèles ce que tu fais ici ! »

Le shaakt continua de lancer des menaces, frappant au hasard, pendant qu’Ulric se déplaçait sur le côté. Le flot d’injures et de provocations trahissant la position de leur source. Ulric se ramassa sur lui même et tendit ses muscles avant de bondir en avant, en tendant sa dague vers le moulin à paroles. Le fer mordit la chaire alors qu’un hurlement de douleur prit la place du flot de menaces, bien qu’Ulric ignorait où il avait frappé sa cible. Il tordit la lame dans la plaie, avant de frapper à nouveau, encore et encore. Le corps du shaakt s’effondra dans un bruit sourd et le voile de ténèbres se dissipa, révélant le carnage.

Le mage écarlate baignait dans une flaque aussi rouge que sa robe, alors que son corps était secoué de ses derniers soubresauts de vie. Il tendit une main tremblotante vers la seconde fiole à sa ceinture, d’un rouge pâle. Devinant sa nature, Ulric la lui arracha des mains avant d’en verser le contenu sur les brûlures détestables sur son avant-bras, alors que le shaakt rendait son dernier souffle. La potion coula sur sa peau comme un soulagement, amoindrissant la douleur. Sa chaire était toujours rouge et brulée, mais le liquide la régénéra suffisamment pour que les marques que le pyromancien y avait laissée disparaissent.

Aussitôt que son adversaire mourut, la soif de destruction qui s’était emparée de lui se dissipa aussi rapidement qu’elle était apparue.

(Nom d’un chien !), fut la seule chose qu’il parvint à penser devant cette boucherie inutile.

Les fluides d’ombres étaient-ils si chaotiques qu’ils donnaient des effets secondaires différents à chaque fois ? Si son corps l’avait à peine supporté la dernière fois, il semblerait que c’était son esprit qui avait déraillé cette fois-ci. Il fallait espérer que cette fois-ci n'était qu'une réaction exceptionnelle ou qu'il s'endurcirait face à ces effets, car il ne pouvait certainement pas se permettre de perdre le contrôle de lui même dans de pareille occasions.

Après, d’un autre côté… Il avait à présent le champ libre, donc l’objectif était atteint… Il avait maintenant tout le loisir de piller ce que les mages avaient bien pu laisser derrière eux et de s’emparer de leurs grimoires, potions, orbes ou quoique ce soit d’autre. Mais, tout d’abord, il faudrait d’abord qu’il s’occupe de ce cadavre…
Modifié en dernier par Ulric le mar. 28 mars 2023 18:53, modifié 2 fois.

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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Ulric » mar. 21 mars 2023 18:59

Ulric tira le cadavre sanglant du shaakt vers un tonneau pour l’y dissimuler. Il serait sans doute mieux de simplement le balancer à la mer, mais il se voyait mal remonter sur le pont supérieur en le trainant derrière lui. Il ne savait pas trop ce qu’il espérait accomplir par-là, d’ailleurs, puisqu’il y avait quand même une énorme flaque de sang par terre mais, entre l’adrénaline du combat, les brûlures sur son corps et l’effet des fluides sur son esprit, il n’était peut-être pas encore tout à fait lucide.

Avant de placer le macchabé dans le tonneau, il prit tout de même la peine de le fouiller. Il avait bien tiré quelques yus de la vieille masse rouillée de BaRshir, et sa bourse était pratiquement vide. Peut-être qu’il tirerait un peu plus de l’équipement du mage. Il ramassa sa dague, puis se dirigea vers son masque qui gisait toujours au sol.

Celui-ci était en bronze, lisse et sans traits, si ce n’est l’espace pour les yeux et une bosse pour le nez. L’intérieur était doublé d’un tissu noir qui recouvrait aussi les yeux. Curieux, Ulric le mit devant son visage. Le tissu était assez fin pour qu’on puisse voir au travers, mais il filtrait assez de lumière pour que le monde en semble assombri. A la fois théâtral et pratique, ce devait être utile pour protéger les yeux sensibles d’un shaakt usant d’une magie aussi lumineuse que la pyromancie. Mais cela voulait-il dire que le reste du groupe étaient également des shaakts pyromanciens ?

Il avait d’ailleurs à présent la confirmation que le marin lui avait menti sur un point. Il n’avait jamais mis les pieds à Henehar, mais il était à peu prêt sûr que les elfes noirs n’y étaient pas les bienvenus. D’où venaient ceux-ci, alors ? Et que cherchait-ils ? Le mystère était assez stimulant.

Ulric enfourna le masque dans sa sacoche et se dirigea vers la porte. Il y trouverait peut-être des réponses à ces questions en plus du butin qu’il espérait dénicher.

La porte s’ouvrit dans un grincement pour révéler une pièce en T éclairée par deux petites fenêtres de verre coloré, ainsi qu’un chandelier posé sur un bureau trônant au milieu. Des bibliothèques et étagères diverses étaient solidement vissées aux murs, alors qu’un lit et une table occupaient les deux côtés opposés du T, tandis que la porte en occupait le bas.

Mais, surtout, le regard d’Ulric s’illumina lorsqu’il vit la masse de livres et de parchemins posés sur le bureau. Pratiquement sûr d’avoir trouvé ce qu’il était venu chercher, il s’avança dans la pièce et se mit à fouiller dans les piles de document, cherchant quoi que ce soit qui traite de magie de façon plus approfondie. Ce ne serait pas la première fois qu’il tue quelqu’un pour un livre, après tout.

Cependant, il déchanta vite. Livres de compte, atlas, cartes, index de l’équipage… Rien de tout cela ne l’intéressait ! Il s’empara d’un parchemin qui s’avéra n’être qu’une lettre et s’apprêtait à la jeter derrière lui de frustration lorsque son contenu attira son attention :

« T,

Un de mes agents a retrouvé la trace de ta cible à Kendra Kâr. Ramène-le rapidement en Nosvéris, et peut-être que j’oublieras que tu l’as laissé te filer entre les doigts une fois de plus. Ne me déçois pas.

PS : Si Tarlyn te pose encore des soucis, dispose de lui comme il te plait. Je suis lasse de cet idiot.

V. »

Celle-ci n’avait clairement pas été laissée là par le capitaine d’un navire marchand. Donc ces mages recherchaient quelqu’un en ville ? C’était intéressant, mais ça ne lui apprenait pas grand-chose. C'était vague, court et seulement signé par une initiale. Ulric redoubla d’effort dans sa fouille pour trouver d’autres de ces lettres dans le monticule de documents qu’il avait lui-même désorganisé, et finit par mettre la main sur une autre similaire. Celle-ci semblait plus ancienne :

« T,

J’ai été très déçue d’apprendre que tu as perdue la trace de ta cible. Je ne pense pas utile de te rappeler ce qui arrive à celles qui me déçoivent trop souvent, ni que nous n’avons pour l’instant pas d’alternatives depuis que cet énergumène a détruit sa carte. Tu as une dernière chance de me convaincre que tu mérites ta place parmi nous en la ramenant ici.

PS : N’hésite pas à employer des méthodes plus directes pour dresser Tarlyn. Les mâles n’apprennent qu’à coups de bâtons.

V. »

Il y avait un peu plus d’informations ici. Une carte détruite… Avaient-ils besoin de cette « cible » pour les guider quelque part ? Mais où ? Et qui était ce Tarlyn ? Le mystère s’épaississait plus qu’il ne se dissipait. Ulric reprit immédiatement sa fouille, à la recherche de plus de ces lettres. Il en trouva une troisième après quelques instants :

« T,

Tous les détails concernant ta nouvelle cible sont jointes avec cette lettre. Mémorise-les, puis détruits le document.
Nous tenterons de localiser l’œil avec tes sœurs en ton absence, mais je crains que ce ne soit peine perdue dans ce labyrinthe, sans la carte. J’espère que tu réalises l’importance de ta tâche.
Ne me déçois pas et tu seras récompensée.

PS : Je vais adjoindre mon fils Tarlyn à ta garde, utilise-le comme il te sied. Peut-être qu’il se rendra utile, pour une fois.

V. »

Celle-ci semblait être la première de la série. Malheureusement, il semblerait qu’il n’aurait pas plus d’informations sur cette « cible ». Ensuite, un œil ? Était-ce qu’ils cherchent ? Un œil de quoi ?

Alors qu’il était à ses questionnement, Ulric entendit soudain des pas qui s’approchaient. Plusieurs personnes, c’était certain, et elles venaient vers lui.

(Merde !)

Certainement pas en état de se battre une seconde fois cette nuit, Ulric chercha d’un regard affolé pour une cachette. A part se cacher sous la table, il ne voyait pas grand-chose, mais à moins que les personnes qui arrivent soient toutes complétement bourrée, il n’y resterait pas dissimulé bien longtemps…

En revanche, le coin de pièce dans laquelle elle se trouvait était assez obscur, grâce au faible éclairage de la pièce. Se rappelant comment Nyklaus s’était camouflé dans une ombre pour lui tendre une embuscade lorsqu’ils s’étaient rencontrés, Ulric se demanda s’il pourrait faire de même.

Ne voyant de toute façon pas d’alternative, il se précipita vers la pénombre accueillante et se recroquevilla contre le mur, se faisant le plus petit possible. Il ignorait comment procéder, alors il fit le vide dans sa tête et se concentra sur son seul désir de se fondre dans l’ombre dans laquelle il s’abritait, et laissa les fluides qui lui restaient le dissimuler aux yeux des nouveaux arrivants.

Juste à ce moment, la porte s’ouvrit d’un coup et deux hommes et trois shaakts entrèrent. Le premier humain était un homme d’âge moyen, portant une tunique blanche de bonne facture ainsi qu’un sabre à la ceinture. Le second était plus petit et plus âgé. Il portait une paire de lunettes sous un crâne ravagé par une calvitie qui n'avait laissé de ses cheveux gris qu’une couronne autour de sa tête. Quant aux shaakts, un autre homme et deux femmes, ils portaient des vêtements civils ainsi que des manteaux à capuches dissimulant leurs traits. Un attirail sans doute plus discret que leurs robes écarlates.

Mais, plus important, deux d’entre eux semblait tirer une sixième personne derrière eux. Un autre humain, ligoté, bâillonné et trimballé comme un sac à patate. Il devait avoir dans la cinquantaine, mais son visage glabre était joufflu comme celui d’un enfant. Il était de plutôt petite taille et portait un gilet bleu de bonne facture mais qui était taché de sang et de suie et brulé à plusieurs endroits, et malgré le fait que ses mains étaient boursoufflées à cause des liens qui empêchaient le sang d’y circuler, il avait les doigts fins d’un nanti.

« Et où est cet abruti de Tarlyn ? Je lui avais pourtant accordé une tâche simple ! », gronda une des shaakt qui semblait être la cheffe.

« Je l’ignore, mais si c’est lui qui pissé le sang partout sur mon navire, il n’a pas intérêt à ressurgir. », répondit l’homme au sabre.

« Bah, peu importe, nous avons ce que nous étions venus chercher. Capitaine, je veux que nous levions l’ancre le plus vite possible ! »

« Bien entendu, tant que vous tenez votre part du marché. »

Le capitaine affichait un grand sourire en disant cela. La shaakt pesta, puis sortit une bourse qu’elle lui lança. L’humain l’attrapa en vol, puis l’envoya à son compagnon à lunettes qui s’installa au bureau pour compter les pièces, non sans allumer quelques bougies de plus.

« Mais qu’est-ce qui fait sombre, ici. »

La lumière gagna quelques centimètres sur l’ombre où se tapissait Ulric. Pas assez pour trahir sa position, mais bien assez pour que son cœur batte la chamade. Il restait immobile pour l’instant, craignant trop les conséquences s’il était découvert, et écoutait.

« Le dernier tiers quand nous serons rentrés. », reprit la shaakt, « La cupidité de votre race me sidère ! »

« Nous lèverons l’ancre demain midi, si le compte y est. La matinée ne sera pas de trop pour réunir l’équipage. », répondit le capitaine qui ne semblait pas s’offusquer de la dernière remarque de la shaakt.

« Le compte est bon. », déclara l’homme à lunettes qui semblait pouvoir compter à une vitesse surnaturelle.

« Parfait ! Venez, Wilhelm, laissons nos passagers avec leur nouvel ami. »

Là-dessus, les deux hommes sortirent de la pièce, n’y laissant que les trois shaakts et leur prise. Les deux qui n’avaient pas parlé, et qui ne semblaient n’être que des larbins de la troisième, ramassèrent l’homme qui gigotait par terre, l’adossèrent à un mur et lui retirèrent son bâillon. Son visage tuméfié était apeuré et ses lèvres tremblaient dans une supplique silencieuse. Cependant, ce fut la shaakt qui brisa à nouveau le silence :

« J’ai toujours du mal à croire qu’une vermine aussi pathétique m’ait échappée aussi longtemps. », dit-elle en sortant une dague effilée avant de la plonger dans la cuisse de l’homme.

Elle frappa avec précision, évitant l’artère vitale tout en infligeant un maximum de douleur. Le petit homme lutta pour ne pas hurler, par fierté sans doute, mais ne put lutter contre le cri qui vint déformer son visage.

« C’est… c’est inutile… Je ne dirais rien à des pilleurs de tombes tels que vous ! », parvint-il à articuler, luttant contre la peur manifeste que lui inspirait la shaakt.

« Oh, tu parleras, mon lapin. Ça, c’était juste pour m’avoir poussé à passer un mois dans ce rafiot, entourée de barbares juste pour te courir après. Quant à ceci… »

Là-dessus, utilisant le même sort que le mage elfe avait précédemment utilisé contre Ulric, ses mains devinrent incandescentes et elle saisit son prisonnier à la gorge. Une odeur de chaire brulée se répandit dans la pièce pendant que l’homme se débattait, tentant d’échapper à l’emprise de sa tortionnaire.

« Ceci était pour mon plaisir personnel. »

Elle se retourna ensuite vers ses subalternes :

« Nimruil, apporte un des diadèmes. »

Le larbin en question revint rapidement vers sa maitresse, portant un étrange diadème fait d’une large bande de fer noir. Une pierre rouge qui semblait n’être que du toc avait été sertie sur l’avant pour lui donner l’apparence d’un simple bijou, mais Ulric soupçonnait qu’il avait un tout autre usage. S’emparant de l’objet, la shaakt s’empressa d’en couronner son prisonnier tremblant avant de lui détacher les mains.

« Ton premier ordre est de jamais retirer ce diadème ni de laisser qui que ce soit te l’ôter, si ce n’est moi. », commença-t-elle d’une voix autoritaire, « A présent, tu vas recréer une carte du dédale sous l’Université de Pohélis, de l’entrée jusqu’à la crypte de Bertha Verdandi, avec le matériel présent dans cette pièce, au mieux de tes capacités et sans rien omettre, et me la donner. »

Toute la scène était des plus étrange pour Ulric. Entre la shaakt qui passe de la torture à ces ordres inutilement précis à son captif pourtant peu coopératif, et ce mystérieux objet. Mais le plus étrange était que l’homme, pourtant toujours l’air accablé autant par la peur que la douleur, se leva comme si de rien n’était et partit en claudiquant pour s’installer au bureau, sans même une ombre de tentative d’évasion. Là, il s’empara d’une plume et d’un parchemin et commença à tracer quelque chose qu’Ulric, toujours immobile, ne pouvait voir depuis sa cachette.

Cela sembla prendre un temps interminable, pendant lequel Ulric craignait que son camouflage ne s’estompe à chaque instant. Le stress continu et l’adrénaline dans son sang lui donnaient presque la nausée, et la sueur perlait dans ses yeux. Il resta cependant immobile, incertain des limites de sa magie, jusqu’à ce que l’homme, semblant avoir fini sa tâche, tendit la nouvelle carte à la shaakt, comme elle la lui avait ordonné.

« Ça fera l’affaire. A présent, dirige-toi vers la cellule de ce navire et mets-toi au fer jusqu’à nouvel ordre. » déclara-t-elle avant de se retourner vers ses servants, « Nimruil, Imrae, le voyage de retour promet d’être aussi agonisant que l’aller. Passons une dernière nuit à terre et au sec avant cela. »

Là-dessus, les shaakts quittèrent la pièce avec leur maitresse, suivis de l’homme boitant et sanglotant. Si c’était bien ce diadème qui l’avait rendu soudainement aussi servile, c’était fascinant. Mais de là à lui ordonner d’aller se mettre lui-même au trou ? Ulric pouvait imaginer un millier de façon dont il utiliserait pareil outil.

Soulagé d’être à nouveau seul, il dissipa son sort de camouflage et l’ombre relâcha sa douce étreinte sur lui. Il s’était mêlé à une affaire qui ne le regardait en rien en s’introduisant sur ce navire, et dont les acteurs et enjeux restaient obscurs. Cependant, tout ceci était si intéressant ! Ce mystère titillait sa curiosité comme bien peu de choses l’avait fait ces dernières années. Il devait retrouver cet homme, il devait en savoir plus. Avec un peu de chance, le diadème ne l’empêcherait pas de parler.
Modifié en dernier par Ulric le mar. 28 mars 2023 19:16, modifié 1 fois.

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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Ulric » jeu. 23 mars 2023 20:30

Une fois que tous les acteurs de la scénette à laquelle il avait assisté s’étaient éloignés, le son du craquement du bois et du vent qui sifflait à l’extérieur, battant les petites fenêtres qui perçaient la coque, reprirent le dessus. Une fois qu’il fût certain d’être à nouveau seul, Ulric sortit de sa cachette. Sa nuit sur ce bateau était encore loin d’être finie s’il voulait retrouver la trace de l’homme qui était parti s’enfermer de lui-même quelque part. Mais, de nouveau, où ?

L’apprenti mage pourrait remercier la cruauté de la shaakt pour cela car, sans le savoir, elle lui avait grandement facilité l’accès à son prisonnier. La blessure qu’elle lui avait infligée, déchirant la chaire tout en évitant toute veine ou artère trop importante, avait saigné surprenamment peu, mais bien assez pour le sang ruisselle le long de sa jambe jusqu’au sol. Des petites taches vermeilles souillaient le bois, lui indiquant la marche à suivre.

Ulric remontât la piste macabre jusqu’à une échelle qui descendait dans la cale. L’air y était plus lourd que sur le pont inférieur, humide et chargé d’iode. Il devait à présent se trouver sous la ligne de flottaison. Il entendit bientôt des bruits de sanglots étouffés qui le conduirent à une salle étroite où se trouvaient deux cellules de barreaux de fer. Dans l’une d’elle, l’homme était recroquevillé dans un coin, tremblotant comme une feuille. La porte de sa cellule n’était même pas fermée et restait légèrement entrouverte mais, toujours réduit à un état servile par le diadème, il ne faisait pas montre de bouger. C’en était pitoyable, vraiment. Pitoyable, mais aussi terrifiant. Pour Ulric qui mettait son ego au-dessus de bien des choses, ça semblait être un sort pire que la mort. Peut-être au moins était-il réversible, si l’on ôtait le diadème ?

Entendant quelqu’un approcher, l’homme terrifié s’étrangla :

« Que… Quelqu’un est là ? »

« Je ne suis pas l’un d’eux, inutile de gémir. »

Les yeux de l’homme s’écarquillèrent en apercevant Ulric, et un peu de vie et de vigueur regagnèrent son visage. Il devait pensait que son sauveur était là, venu le sortir de la poigne ardente des shaakts !

« Gaia et Yuia, grandes déesses, soyez louées ! Vite, vous devez me sortir de là ! Ils m’ont mis un diadème de servitude, il faudra me restreindre pour l’enlever, mais ça ne devrait pas… »

« Un instant, j’ai quelques questions d’abord. », l’interrompit Ulric, « Pour commencer, qui êtes-vous ? »

« Qui… Qui je suis ? », l’homme semblait perplexe, « Je… Je me nomme Kristobald Kersk. Et… Et vous ? »

De toute évidence, il ne comprenait pas pourquoi son sauveur tenait à savoir son nom alors qu’il y avait plus urgent à faire. Cependant, Ulric, sans répondre à sa question, se contenta de faire un signe de la main pour lui dire de continuer.

« Je suis… J’étais érudit et professeur à l’université de Pohélis… Avant la chute… J’ai enseigné et écrit sur de nombreux sujets, mais ma spécialité est l’histoire de la magie. »

Il y avait une pointe de fierté qui ressortait dans sa voix alors qu’il annonçait cela malgré la confusion et la douleur, et elle se fit plus ferme l’espace d’un instant avant qu’il ne reprenne :

« Mais, s’il vous plait, vous devez me sortir d’ici ! »

Ignorant la supplique, Ulric continua :

« Et qu’est-ce qu’une bande de pyromanciens shaakts veulent à un historien pour qu’ils le poursuivent jusqu’à Kendra Kâr ? »

Il en avait déjà entendu des bribes, bien entendu. Le petit homme rondelet devait leur servir de guide jusqu’à une crypte sous l’Université, pour trouver une sorte d’artefact. Mais le reste restait encore obscur.

« Ce ne sont que des pilleurs de tombes ! », s’exclama-t-il alors que la colère colorait son visage de rouge, « Ils veulent que je les conduise jusqu’au sarcophage de Verdandi pour… pour… »

« Pour l’œil. »

« Oui ! Comment savez-vous cela ? », demanda-t-il, perplexe.

« J’aime fouiner. »

Kristobald haussa un sourcil qui remonta jusqu’au diadème de fer qui lui enceignait la tête devant cette réponse laconique, avant de reprendre :

« Ce n’est pas important mais, je vous en supplie, je peux vous en dire bien plus si vous promettez de me libérer ! »

« Promis, mais d’abord, dites-moi tout sur cet œil. »

Semblablement rassuré par la promesse de sa libération prochaine, l'érudit se recomposa, expira longuement avant de reprendre, d'une voix plus posée:

« Oui, le troisième œil d’absorption environnementale… Etes-vous familier avec les travaux de Bertha Verdandi ? »

« Non. »

« Le troisième œil est le travail de toute une vie de la part d’un des plus grands esprits de l’Université, une véritable merveille autant sur le plan de la théorie fluidique que de ses applications pratiques ! »


« A quoi sert-il ? », demanda Ulric, impatient qu’il en vienne au but.

« J’y viens, j’y viens ! L’œil permet d’absorber les fluides autour de son porteur, offrant une source de pouvoir lente mais illimité dans les bonnes conditions. Pour une cryomancienne telle que Verdandi dans les contrées gelées de Nosveris, vous vous doutez du potentiel de pareil objet ! »

Les yeux d’Ulric brillèrent d’intérêt devant cette description. Un objet qui agirait comme un portail sans fin de fluides ? Lui qui trouvait ses propres pouvoirs si atrocement limités, cela sonnait comme un rêve.

« Il ne marche qu’avec les fluides de glace ? », demanda-t-il, curieux.

« Non, bien sûr que non ! Une telle merveille technique ne pourrait être si limitée ! C’est bien pour ça que ces shaakts le veulent. »

« Et cette histoire de tombe ? »

« Eh bien, l’œil ne peut être retiré une fois lié. Du moins, pas sans tuer le porteur… Vous n’êtes pas non plus familier avec l’Université, j’imagine ? »

Ulric ignorait si l’érudit essayait de le traiter d’ignare par cette question et, étant donné qu’il était pour l’instant la seule chance de salut du vieil homme, c’était même assez improbable. Ce fut tout de même avec un ton cassant et agressif qu’il répondit :

« Non. Pourquoi ? »

« Les sous-sols de l’Université sont bien connus pour leur forge d’Helcéa, une merveille rare, mais il y a bien plus. Des siècles, même des millénaires d’expériences en tout genre ont eu lieu là-dessous. Il y a tout un réseau de galeries qui ont jadis servies de laboratoires et de salles d'expérimentations, et Verdandi y fut enterrée, l’œil toujours au front, dans un sarcophage de glace enchantée. J’ai même eu l’occasion de le voir moi-même, c’est bien là la cause de tous mes malheurs ! J’en ai même fait un croquis, et un foutu plan pour y accéder de manière sûre, pauvre fou que je suis ! »

« D’où le besoin de la carte, de vous comme guide, ou des deux. »

« Oui ! », acquiesça le vieil homme, « Maintenant que je vous ai tout dit, ôtez-moi ce diadème que nous puissions partir d’ici pour quérir la milice ! »

Alors que le vieil homme répétait sa supplique, Ulric réfléchissait. Partir à la recherche de cette relique était tentant, très tentant. Il ferait face à des adversaires plus nombreux, plus puissants et plus expérimentés que lui dans les arts des arcanes, mais s’il savait se montrer suffisamment rusé et retors… Il était inutile de débattre, de toute façon, il avait déjà pris sa décision !

« Partir ? Pourquoi, nous sommes déjà sur un navire qui part dans quelques heures pour Nosvéris ! »

Kristobald semblait dépité, tellement qu’il en avait la bouché bée. Tous ses espoirs de liberté s’étaient envolés sous ses yeux, en un instant, en une phrase.

« Mais… Mais… Vous aviez promis de… ! »

« J’ai promis de vous libérer - et je le ferais - mais pas aujourd’hui. Je suis sûr que nous serons très utiles l’un à l’autre dès que nous aurons atteints Pohélis. »

Là-dessus, Ulric laissa le vieil érudit derrière lui. Ce n’était pas une promesse en l’air. Après tout il aurait besoin de lui pour prendre les devants sur les shaakts mais, pour l’instant, il devait surtout se préparer pour le long voyage qui l’attendait.

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Re: Port de Kendra Kâr

Message par Ulric » jeu. 6 avr. 2023 19:10

Cette nuit avait été des plus agitées pour Ulric. Entre son intrusion sur le Roi Jaune, ses expérimentations avec de nouveaux sortilèges, l’absorption de nouveaux fluides et son combat contre un apprenti pyromancien, il commençait à sentir l’épuisement resserrer ses griffes sur lui. Mais, surtout, il s’était impliqué dans les affaires de mages plus nombreux et plus puissants que lui et, ce qui n’avait commencé que comme une vulgaire tentative de vol s’était changé en une course pour un ancien artefact.

Cependant, la nuit était encore loin d’être finie et il avait encore beaucoup à faire. Tout d’abord, il devait s’assurer une place sur le bateau pour atteindre Nosvéris. L’idée de simplement se cacher quelque part dans la cale pour voyager clandestinement lui traversa l’esprit, mais combien de temps pourrait-il garder sa présence secrète dans un environnement aussi exigu ? Le Roi Jaune était un navire de belle taille, c’était vrai, mais il ne semblait guère y avoir de place inutilisée en son sein.

Une autre solution serait juste de payer le capitaine pour une place en tant que passager mais, de ce qu’il en avait vu, celui-ci avait l’air du genre cupide. Ulric avait bien trouvé une bourse sur le mage qu’il avait tué, mais serait-ce assez ? Surtout que ces yus pourraient bien être utiles à autre chose…

Soudain, Ulric eut une idée. Un peu plus tôt, lorsqu’il avait fouillé le bureau dans la cabine du bateau, il avait trouvé un index recensant tous les membres de l’équipage. Peut-être qu’il pourrait s’y ajouter et, essentiellement, se recruter lui-même ? Ce serait culoté, peut-être même insensé si la supercherie était découverte, mais il éviterait de se voir refuser pour son total manque d’expérience nautique et disposerait de la parfaite couverture. Il pourrait aussi profiter du voyage pour réunir des informations sur ses adversaires, et planifier comment il sortirait Kristobald, l’érudit qu’ils avaient enlevé pour leur servir de guide, de sa captivité.

Ce serait le plan parfait, s’il arrivait à le faire gober à l’équipage. Ainsi, il retourna sur ses pas pour revenir au bureau et dénicher l’épais volume, ainsi qu’une plume et un encrier. Il s’exerça d’abord à imiter l’écriture de la personne qui tenait l’index sur un bout de parchemin pour se montrer plus convaincant. Par chance, cette dernière semblait privilégier la même écriture pragmatique et sans fioriture qu’il utilisait, plutôt qu’une calligraphie alambiquée. Ainsi, il parvint assez vite à un résultat assez convaincant, avant d’inscrire son nom dans le registre. Il inscrivit une date de recrutement d’il y a quelques jours de cela, la même que pour les dernières recrues en date, et finit par signer par une simple croix, comme la plupart des marins qui n’étaient pas lettrés. Voilà, c’était parfait ! Maintenant, lorsqu’on lui demanderait ce qu’il faisait à bord, il n’aurait qu’à répondre qu’il avait été récemment engagé.

Maintenant qu’il faisait officiellement partie de la marine marchande de Kendra Kâr, Ulric profita du reste de la nuit pour continuer d’explorer le navire jusqu’à trouver les quartiers des marins. Là, des couchettes en bois étaient superposées les unes sur les autres afin de loger une vingtaine de marins dans un espace exigu. Elles étaient étroites et bien trop petites pour lui, et semblaient des plus inconfortables. L’espace n’offrait pas non plus la moindre intimité, mais c’était le genre d’installation à laquelle il fallait s’attendre.

Sans se laisser décourager, Ulric, qui avait vu pire, sauta sur une des couchettes afin de regagner un peu d’énergie avant le matin. Il en aurait surement besoin. Et puis, il faisait partie de l’équipage à présent.

L’apprenti mage sombra rapidement dans le sommeil comme dans un brouillard épais, et ce malgré l’inconfort. Il ignorait combien d’heures étaient passées lorsqu’une voix le sortit d’une série de rêves agités et chaotiques :

« Juste là, m’sieur ! »

Ulric rouvrit les yeux. Le réveil soudain lui avait donné mal au crâne, et la banquète inconfortable des courbatures dans tout son corps. Il semblerait qu’il avait dormi plus longtemps que prévu, lui qui avait davantage compté sur une sieste jusqu’à l’aube. Sa vue se faisant rapidement à la pénombre, il découvrit deux personnes lui faisant face.

La première, celle qui avait parlé, était un jeune homme qui devait à peine frôler les vingt ans et qui devait tout juste avoir terminé sa formation de matelot. La seconde était un nain à l’épaisse barbe brune. Il portait une tunique de lin beige à la coupe simple et pratique et un bandana sur la tête pour protéger son crâne des insolations. La seule fantaisie dans sa tenue semblait être une série de bagues à ses doigts ; or, argent ou bronze, certaines simples et lisses, d’autres gravées et ornées de gemmes. Mais, le plus frappant, il était assez large et épais que haut. Véritable cube d’os, de muscle et de graisse, le marin thorkin était bâti comme un ours. Un ours compact.

Sans plus guère prêter attention au matelot qui l’accompagnait, le nain apostropha directement l’apprenti mage d’une voix de bariton qui faisait vibrer l’air comme un tambour géant :

« Toi, là ! Qu’est-ce que tu fous là ? J’ai jamais vu ta tête ! »

Malgré le mal de crâne, Ulric tenta de s’en tenir au plan concocté pendant la nuit. Il n’avait qu’à faire comme si tout était normal, et le registre viendrait confirmer ses dires.

« Je viens d’être engagé il y a quelques jours. Je m’appelle Ulric. », répondit-il en se relevant.

Le nain le détailla des pieds à la tête d’un regard songeur. Le jeune homme avait le beau le dominer de toute sa taille, mais c’était bien le thorkin qui le faisait se sentir petit.

« T’es un peu vieux pour un mousse, je crois que je me serais souvenu de toi. », commença-t-il avant de se retourner vers le jeune matelot, « C’est qui qui s’est occupé du recrutement cette saison, encore ? »

« Wilhem, m’sieur. Comme d’habitude. »

« Bien, bah vas me le chercher, alors ! Et son registre qu’il aime tant ! »

« Oui, m’sieur ! »

Le matelot ne se fit pas plus prier et décampa immédiatement. Le nain le regarda s’éloigner avant de reporter son regard sur Ulric :

« Prie pour qu’il ne traine pas trop. Attendre, ça me met de mauvaise humeur. »

Les minutes qui suivirent furent particulièrement longues. Le marin nain passa le temps en dévisageant Ulric qui, lui, n’osait briser le silence. Jusqu’à présent, tout se passait comme prévu, il n’avait qu’à espérer que son entrée contrefaite dans le registre se montrerait convaincante. Finalement, le matelot revint, accompagné du petit homme au crâne dégarni qu’Ulric avait vu la veille. Il portait l’épais tome qui recensait l’équipage dans les bras, et de petites lunettes rondes sur le nez.

« Quel est le problème, ici ? »

Le thorkin pointa Ulric du pouce :

« Il prétend qu’on l’a engagé, mais j’ai plus l’impression qu’on a affaire à un passager clandestin. »

« Bien, je vois. Ce ne sera pas bien compliqué de vérifier, de toute façon. », commença-t-il en ouvrant le registre, « Et ton nom, jeune homme ? »

« Ulric. »

« Bien, bien… »

Le vieil homme sembla fouiller un moment pour trouver la bonne page pendant que ses yeux, grossis par ses lunettes, parcourait le parchemin de haut en bas, avant de reprendre :

« Ah, te voilà ! Tout semble en ordre. Je commence à me faire vieux, je ne m’en souviens plus non plus. »

« Ne vous inquiétez pas, Wilhelm, je suis aussi incapable de faire la différence entre tous les nouveaux. »

Il semblait que son imitation avait marché à merveille. C’était parfait ! Ulric pourrait à présent profiter du voyage pour en apprendre plus sur le groupe de shaakts, et se rapprocher de Kristobald pour planifier sa libération. Le thorkin qui, lui, semblait tout de même surpris, se retourna ensuite vers l’apprenti mage :

« Bon, maintenant que c’est réglé, laisse-moi m’excuser en t’accueillant comme j’accueille tous les nouveaux matelots. »

Là-dessus, il prit une profonde inspiration, emplissant longuement ses poumons. Le nain continuait d’inspirer, encore et encore, son torse déjà cubique continuait de s’enfler comme un ballon. Soudain, l’écluse s’ouvrit et le déluge commença :

« QU’EST-CE QUE TU CROIS FAIRE À DORMIR COMME UNE FOUTUE PRINCESSE PENDANT QUE LES AUTRES BOSSENT, BORDEL DE MERDE ?! TU CROIS QU’T’ES LÀ POUR TE FAIRE POMPONER COMME CHEZ MAMAN ?! J’AI DÉJÀ VU DES GAMINS DE QUATORZE ANS QUI SE LEVAIENT AVANT LE SOLEIL AVEC PLUS D’ÉNERGIE QUE CA ! TU VAS M’DIRE QUE T’ES PAS AUSSI FOUTU QU’UN PUTAIN D’GOSSE ? TU ES SUR LE PONT DU ROI JAUNE MAINTENANT ET ICI, ON REMPLIT DES SEAUX DE SUEUR AVANT DE TOUCHER LE MOINDRE YU, COMPRIS ?! ALORS, MAINTENANT, TU VAS REJOINDRE LES AUTRES AVANT QUE JE M’ÉNERVE ET, SI JE TE REPRENDS À PIONCER PASSÉ POTRON-MINET, JE TE COLLE MON PIED TELLEMENT PROFONDEMENT DANS L’CUL QU’IL TE RESSORTIRA PAR LA BOUCHE AVEC TELLEMENT DE FORCE QU’ON RETROUVERA TES DENTS JUSQU’AU NAORA ! ET CE SOIR, TU SERAS DE CORVÉE DE PATATES POUR TA PEINE! EST-CE QUE JE ME SUIS BIEN FAIT PUTAIN D’COMPRENDRE, MATELOT ?! »

« Oui-oui ! », répondit Ulric, sonné par le flot de paroles.

Son plan avait marché à la perfection, mais peut-être avait-il échoué à en considérer toutes les conséquences.

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