Les égouts

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Yuimen
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Les égouts

Message par Yuimen » mer. 27 déc. 2017 15:39

Les égouts
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Les égouts de Kendra Kâr sont en fait un immense labyrinthe, le plus souvent mortel. En effet, c’est le repère de différentes organisations secrètes, de clans de Gobelins ou encore de créatures plus ou moins dangereuses.

Quelqu’un d’inexpérimenté s’aventurant en ce lieu risque fort de se perdre et de mourir dans ces souterrains humides, sales et nauséabonds. Autrefois, c’était le lieu où l’on offrait une sépulture aux défunts des guerres, mais plus personne ne vient se recueillir dans ces catacombes.

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Relonor
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Re: Les égouts

Message par Relonor » sam. 11 mai 2019 19:39

Chapitre 22 - Duel d'ombres.
VI.1 Une proposition alléchante


Larz et ses hommes reviennent plus vite que prévu, ou alors ils ont été sacrément efficaces. Cependant aux mines déconfites qu’ils ont affichées en sortant, les choses ne se sont pas si bien passées que cela. Des premières informations, le clan rival qu’ils étaient venus tuer avait déménagé la majorité de leurs affaires et il ne restait qu’une infime partie de leurs hommes. Dans un cas de figure comme celui-ci, faire des prisonniers est de mise. Malheureusement les rares survivants se sont donnés la mort une fois acculés et la magie blanche du magicien n’a rien pu faire.

(Et c’est tant mieux ! Tant que ce nécroman sera en vie je risque gros.)

Depuis Relonor s’est occupé à récupérer de son combat et à préparer le prochain en transférant quelques sorts sur ses protections. L’échec de la mission punitive et l’absence d’information supplémentaire a mis le grand manitou en colère. Seuls ses hommes de mains ont pour le moment l’autorisation de le rencontrer. Tandis qu’il s’entraîne dans l’espace alloué à cette occasion, un homme vient à sa rencontre. Hormis une carrure imposante et des vêtements taillés sur mesures, c’est surtout son visage défiguré par une large brûlure en travers de la figure qui retient l’attention.

(C’est étrange. Je ne l’ai jamais rencontré, mais il me dit pourtant quelque chose !)

"Relonor !" Déclare le mystérieux inconnu. "J’ai pas eu le temps de te féliciter pour la dernière fois ! Tu t’es assez bien débrouillé malgré que Larz t’a envoyé dans un sacré merdier !"

(La dernière fois ? Larz ? Donc cet homme était présent lors du raid, mais…)

"Tu étais un des types en armure c’est ça ?" Comprend enfin Relonor.

"Oui, c’est vrai qu’on ne me remet jamais lorsque je suis en tenue de combat. Moi c’est Brathsis, mais tout le monde me nomme le balafré. J’pense que tu saisis pourquoi !" Se présente-t-il.

"Le balafré ? Ha non, vraiment ça m’échappe !" Ironise lourdement le Shaakt.

"Hahahah, t’es un marrant toi j’t’aime bien !" Ricane la masse de muscles qui lui fait face.

"Et donc, qu’est-ce que ton opinion peut me faire ? C’est pas comme si c’était toi le chef d’équipe non ?" Lance l’elfe noir en reprenant son entrainement.

"Oui, Lars. C’pas un grand causeur et il est clair qu’il t’apprécie pas des masses..." Commence le balafré avant de se faire couper la parole.

"Ha mince alors, je l’avais pas remarqué !" Grogne Relonor.

"Il t’apprécie pas des masses, mais…sur ce coup tu nous as épatés et lui aussi, même s’il ne l’admettra pas. Du moins pour le moment." Termine Brathsis.

La remarque arrête l’elfe dans sa série et le plonge dans sa réflexion.

(Faut-il que je continue de risquer ma vie ainsi pour avoir enfin une once d’éloge ? Il va bien y avoir un moment où la chance va tourner et tant qu’à faire, j’aimerais éviter de recevoir la marque de son respect à mon épitaphe !)

L’homme étant toujours là, Relonor se retourne de nouveau vers lui.

"Tu n’es pas venu uniquement pour cela je présume ?" Demande-t-il.

"T’as tout bon p’tit gars ! Ecoute, j’ai eu vent d’un job. Quelqu’un cherche de quoi assurer sa protection avec des hommes en plus pour un évènement particulier. La mission est assez simple, mais ils offrent une coquette somme ceux qui acceptent le boulot. Par contre faut savoir faire autre chose avec ton aiguille que du tricot !" Décrit l’humain.

"Une coquette somme dis-tu ? Souris le Shaakt dissimulant à peine son plaisir." Et on partirai quand ?

"Pas on, toi ! On m’a déjà assigné une nouvelle tâche à la dernière minute et les autres ne sont pas revenus de mission. C’est pas un traquenard que je te tends, juré !" Promet Brathsis en crachant au sol la main levée. "J’ai l’adresse pour le recrutement. Le reste c’est toi qui vois !"

Relonor scrute son interlocuteur cherchant un détail, un indice sur un éventuel risque encouru. Avaient-ils appris qu’il est le responsable du précédent échec ? Qu’il est la fuite même de l’information et qu’ils cherchent à s’occuper de lui de la pire des manières ? Se serait bien le genre de Larz, mais l’homme face à lui semble véritablement sincère.

(Un butin facile ça se refuse pas !)

"Ok je marche. Donne-moi tous les détails !" Déclare l’elfe noir en tendant la main.

"Héhéhé, je savais que ça te plairait !" Sourit Brathsis en lui serrant la main et lui apposant de l’autre une claque monumentale à vous en faire décrocher les poumons. "L’adresse est sur ce papier, t’as juste à t’y rendre. Sur ce je dois filer !" Finit-il en lui offrant l’information avant de partir.

Chapitre 2 - Recrutement particulier.

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Ulric
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Re: Les égouts

Message par Ulric » lun. 22 févr. 2021 17:14

Le domaine Lothandre

Un miasme de pourriture flottait dans l’air moite des égouts. Ulric n’était en général pas très regardant concernant les odeurs (les docks ne sentaient pas la rose non plus, après tout) mais ici, sous terre, la claustration enfermait toutes les odeurs. Décomposition, eaux usées, saleté, sans doute une bête crevée non loin ; tout cela créait un bouquet puissant qui provoqua un haut-le-cœur chez le jeune mage. Ses compagnons, eux, semblaient mieux le supporter : ils devaient avoir l’habitude de passer par les égouts pour se déplacer discrètement en ville.

Mais un problème plus urgent se présentait : ils n’y voyaient rien. Sans doute que sous les rues, un peu de lumière filtrerait des conduits d’évacuations mais, sous le manoir des Lothandres, c’étaient les ténèbres absolues et, comme ils avaient fui dans la précipitation, ils n’avaient pas eu le temps de préparer une lanterne ou une torche pour s’éclairer.

« Putain, on n’y voit rien ! », se plaignit un Furet invisible dans le noir, « Pigeon, tu as pensé à prendre une torche ? »

« Yup. »

« Bien, bien… Tu peux nous allumer ça, ici ? »

Pigeon ne répondit pas, pas en parole du moins, et Ulric l’entendit farfouiller dans sa sacoche. Sans attendre la lumière, Loutre voulut s’enquérir de ce qu’il s’était passé dans le bureau des Lothandres qui avait bien failli faire échouer leur mission.

« Qu’est-ce qu’il s’est passé avec vous deux ? C’était quoi ce carnage ? »

« Un garde nous a surpris alors qu’on venait de trouver le bon doc’. », répondit sobrement Ulric.

Sa voix était faible et sifflotante. Le combat avec le garde, suivi de leur fuite, l’avait laissé épuisé.

« Ouais, un putain de fou furieux de Nosvéris. Je ne sais pas où les aristo’ l’ont trouvé, celui-là. Ecureuil a essayé de l’envoyer au tapis en lui frappant la gorge, mais ça n’a pas marché. Après, il a pété une durite et a essayé de nous broyer le crâne à coups de matraque. J’ai bien cru qu’on allait y passer. »

« Et comment vous l’avez eu ? »

Furet paraissait lui aussi curieux de connaitre les détails, à présent.

« Je n’ai pas trop compris… Ecu’ a fait un truc de magie de noire et, d’un coup, il n’y avait plus de lumière. Noir total. Le garde s’est mis à frapper dans le vide, et on l’a assommé. Ah, je l’ai ! »

Immédiatement après qu’il eu terminé sa phrase, une étincelle jaillit, éclairant le tunnel dans lequel ils se trouvaient. Il était étroit, coupé en son centre par un canal charriant un filet d’eau usée. Les murs de pierre grise étaient recouverts, ça et là, de mousse verte. Ailleurs, une flèche tracée à la craie, à peine visible à présent, avait dû être laissée là par un vagabond qui avait peur de se perdre. La soudaine lumière, bien que faible, souleva quelques couinements de vermine.

La torche ne prit pas tout de suite et Pigeon produisit une nouvelle étincelle qui vint éclairer le visage de Furet.

« De la magie noire ? »

Le voleur semblât un instant intimidé à l’idée d’avoir côtoyé quelqu’un portant pareille magie, avant de rapidement reprendre ses moyens.

« Bon, je suis un voleur, je ne vais pas faire la vierge effarouchée… Et puis, tu as peut-être sauvé un de mes associés et amis… et un job profitable. Alors, ce n’est pas grave ! »

Une nouvelle étincelle, et la torche s’embrasa. Pigeon rangea son briquet, et se redressa, torche à la main. Ils avaient maintenant une meilleure vue de leurs alentours. Le tunnel étroit donnait devant eux sur un autre, plus large, qui devait se trouver sous une rue. Derrière eux, il se perdait dans les ombres. Quelques rats fuirent la lumière dans un concert de couinement qui s’éteignit bientôt, laissant place au son de l’eau qui ruisselle dans les canaux, ou qui s’égouttait lentement de la voute.

Furet regarda Ulric avec un grand sourire, et lui tendit la main.

« D’ailleurs, je serais heureux de te compter toi aussi parmi mes associés réguliers. »

Le jeune mage était tenté d’accepter. La petite bande du sinari pourrait remplacer, du moins en partie, le réseau et la protection qu’il avait perdu en trahissant son dernier clan, mais il ne le connaissait que depuis récemment. Pourrait-il lui faire confiance ? N’était-ce pas là juste une ruse pour l’amadouer avant de se débarrasser de lui, sans avoir à le payer ?

« Avant qu’on ne parle de future collaboration, tu m’avais promis une part pour cette mission. »

« Oui, bien sûr. Mais il faut d’abord que je porte le doc’ à mon contact. Je vous retrouve tous les trois ce soir aux Set Sabres, et on se partagera la paye là. »

« Qu’est-ce qui me garantit que tu seras là ? »

« Tu ne me fais pas confiance ? »

Le voleur semblait sincèrement vexé.

« On se connait depuis deux jours. Et tu connais le milieu. »

Furet sembla pensif, un moment, avant de reprendre la parole.


« Tu as raison, il faut être prudent, dans nos affaires. Et, tu vois, je pense vraiment que tu peux être un associé de valeur, alors je vais te donner ça comme première moitié de ta part. »

Le petit homme fouilla alors dans une poche cachée de son manteau, et en sorti une petite bourse qu’il tendit à Ulric.

« Je n’ai pas de yus sur moi, pour l’instant, mais ça devrait t’intéresser. »

Ulric ouvrit la bourse. A l’intérieur, deux petites pierres. Elles étaient rondes et lisses, à l’exception des symboles anguleux gravés dedans. Elles ne semblaient pas avoir particulièrement de valeur. Est-ce qu’il se foutait de sa gueule, à vouloir le payer en cailloux ?

« Juste des pierres ? Tu te f… ! »

L’apprenti mage ne parvenait pas à dissimuler la colère dans sa voix.

« Non, non, du tout. Ce sont des runes ! Ce sont des symboles magiques. Comme tu fais de la magie, je me suis dit que ça t’intéresserait. »

Il semblait sincère dans ses paroles. Pas un petit sourire en coin, pas une once de cynisme dans sa voix. Ulric se calma, et la curiosité remplaça rapidement la colère.

« Des runes ? Comment on s’en sert ? »

« Je… euh… ne sais pas. Il faudra demander à un mage en ville de les identifier et de te l’expliquer. Je suis voleur, pas enchanteur. Et, tu vois, je suis de bonne foi avec toi ! »

Le petit homme avait raison sur un point, les petites pierres gravées l’intéressaient bel et bien, à présent qu’il en savait un peu plus.

« C’est vrai… Merci. », s’arracha le jeune mage.

« On se retrouve aux sept sabres, alors ? »

« Oui, c’est ça ! Tu auras le reste de ta part, en plus de ça. »

Une bonne nouvelle, il aurait bien besoin de quelques yus. Et il pourrait s’acheter des fluides supplémentaires ! Si seulement il savait où chercher. Durant son temps avec les contrebandiers, Ulric avait appris qu'un petit groupe vendait des fluides obscurs, dans les docks, mais il ne l'avait jamais rencontré lui même, ni ne savait où le trouver. Peut-être que Furet saurait, lui?

« Furet, c’est toi qui planifies les actions de ta bande. Tu dois avoir des contactes avec la pègre de la ville. »

« Eh bien… Oui. Pourquoi ? »

« Je sais qu’il y a quelqu’un dans les docks qui vend du matériel utile à un mage comme moi, mais je ne sais pas où il se cache. »

« Oui, je vois de qui tu parles… », répondit Furet, pensif, « Mais je ne sais pas où il se trouve non plus. Je peux demander à certain de mes contacts, ils sauront peut-être… Je te dirais si j’ai des infos quand je te retrouve aux Sept Sabres. »

« Dites, on peut démarrer ou on doit vous préparer la popote ? », les coupa Loutre.

Les deux autres voleurs, qui s’étaient tus durant tout ce temps, semblaient impatients.

« Tu as raison, il faut qu’on file. C’est dangereux ici. »

« Qu’y a-t-il a de si dangereux ? », demanda Ulric.

Le groupe se mit en route et descendit vers le tunnel plus large. Il était similaire au précédent, si ce n’est que le canal y était bien plus large et chargé d’immondices. Des ouvertures perçaient les murs à intervalles réguliers et y déversaient lentement d’avantage d’eau usée.

« Plein de trucs. Tous les tordus dont on ne veut même pas dans les docks se retrouvent ici. Il y aussi plein de rats, des gobelins, et il parait même que certains tunnels sont hantés ! »

« On continue par où ? », demanda Loutre.

« On a qu’à suivre le courant, toute cette eau doit finir dans le port. »

« Non, ça reviendrait à traverser la moitié de la ville. On a qu’à trouver une bouche d’égout. Il doit encore faire nuit, pour un moment. On devrait pouvoir sortir sans attirer l’attention. »

C’était sans doute le mieux, en effet. Et plus sûr, pour Ulric. S’il sortait dans le port, il devrait retraverser les docks. Bien que le jeune mage devrait bien y retourner pour chercher les fluides dont il avait besoin, il redoutait le moment où il devrait y remettre les pieds et risquer de retomber sur un de ses anciens compagnons.

« Oui, ça me semble être le plus simple. »

Ulric acquiesça, avant de demander :

« Tu disais que certains tunnels sont hantés. Comment ça ? »

« Quand le roi a ordonné de construire ces égouts, ils ont utilisé les anciennes catacombes de la ville comme base. Ils ont viré les vieux os, creusés quelques nouveaux tunnels… Il parait qu’il reste certaines sections des catacombes encore intactes, mais condamnées, et que les morts dedans n’ont pas apprécié qu’on change leur lieu de repos en égouts… Ce que je peux comprendre ! Mais je ne préfèrerais pas en croiser. »

Des morts-vivants ? Ça pourrait être intéressant, surtout que ces créatures sont liées à la magie d’ombre, de ce qu’en savait Ulric. Il pourrait peut-être en apprendre d'avantage sur ses fluides, s'il pouvait en observer un.

« Tu sais où sont ces sections ? »

« Attends, je te dis qu’il y a des squelettes en colère qui se promènent dans le coin, et tu veux aller les voir ? C’est ça ? », demanda un Furet dépité.

« Oui. »

« Et pourquoi ça ? »

« Par curiosité. Ça me suffit, comme raison. »

« Tu sais qu’ils ne sont pas amicaux ? »

« Je sais me défendre. »

« Hum… Ouais, sans doute. Mais non, je ne sais pas où les trouver. Je t’attends ce soir, ou tu préfères rester ici avec les rats et les squelettes ? »

« Je serais là, ne t’inquiète pas. Mais je crois que je reviendrais pour explorer les lieux. »

« Si tu veux… Mais ne te fais pas tuer. Je te l'ai dit, j'aimerais t'avoir comme associé. On a pas de mage, dans la bande.»

Le petit groupe continua d’avancer dans le tunnel. Pigeon, en tête, éloignait la vermine grâce à sa torche. Soudain, ils aperçurent une échelle de fer fixée au mur. Elle menait à une trappe ronde, qui donnait sans aucun doute sur la rue. Aucune lumière ne perçait, signe que le soleil ne s’était pas encore levé.

« Bien, bien. Je crois qu’on va se séparer dans un instant. Pigeon, tu me donnes le doc’ ? »

Le voleur trapu fouilla dans sa sacoche et en sorti la vieille farde dans lequel il avait précieusement placé l’acte de propriété, dérobé aux Lothandres. Ensuite, il la tendit à Furet.

« Voilà. »

Furet s’en saisit d’un mouvement vif.

« Merci. Je vais porter ça et je vous trouve ce soir pour partager la prime ! », déclara-t-il d’un air enjoué et satisfait.

Il ouvrit la marche et montât à l’échelle, soulevant la trappe d’abord avec prudence, puis la rejetant complètement, lorsqu’il vit que la rue était libre. Ulric et Loutre le suivirent, et Pigeon ferma la marche, après avoir jeté sa torche dans le canal.

Vers les rues

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Ulric
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Re: Les égouts

Message par Ulric » sam. 6 mars 2021 22:18

Le port

Ulric avait pensé qu’il pourrait entrer dans les égouts depuis le port, en passant par l’un des conduits d’évacuation qui déversaient les eaux usées de la ville dans la mer pour engrosser les poissons. Cependant, les quelques conduits qu’il avait trouvés sous les quais étaient difficiles d’accès, et il aurait dû faire trempette pour les atteindre. La plupart étaient également trop étroits pour laisser passer un homme, ou fermé par des grilles de fer bien trop épaisses que pour espérer les déloger. Les architectes du roi avaient dû porter un soin tout particulier à ce que les égouts ne puissent servir de voie facile dans la cité pour des espions ennemis.

Le jeune mage finit cependant par trouver une trappe plus classique un peu plus loin dans le port, similaire à celles qu’on pouvait trouver dans l’enceinte de la ville. Après s’être assuré que personne ne l’épiait, il souleva la trappe et laissa tomber son sac dedans. Alors que son vieux sac heurta le sol d’un bruis mât (il ne contenait pas grand-chose, de toute façon), il descendit l’échelle de fer enfoncée dans la paroi, après un dernier coup d’œil aux alentours.

L’odeur en bas était absolument immonde, mélange de pourriture et d’excréments, mais il fallait s’y attendre. Son nez s’y ferait vite. Enfin, c’est du moins ce qu’il espérait.

Réprimant difficilement un haut le cœur, Ulric posa un genou en terre et sorti une de ses torches neuves, soigneusement emballées dans son sac, ainsi que son briquet. Une moue de dégoût toujours sur le visage, il produisit un premier jet d’étincelles pour tenter de l’allumer, puis un second. A la troisième tentative, la torche s’embrasa enfin. Le jeune homme se redressa et récupéra son sac, avant de refermer la trappe qu’il avait laissée ouverte pour profiter de la maigre lumière des étoiles.

L’apprenti scotomancien brandit sa torche aussi haut qu’il le pouvait, c’est-à-dire un peu au-dessus du niveau de sa tête, afin de pouvoir observer le tunnel dans lequel il se trouvait. Il était large et surmonté d’une voûte basse, faite de blocs de pierre grise et de mortier de la même couleur. Un canal courrait au milieu, entre deux allées étroites, charriant une eau à la couleur indéfinissable, mosaïque de brun et de vert. Derrière lui, le tunnel se terminait en cul-de-sac, sans issue à l’exception de trois conduits circulaires, fermés par des grilles, qui drainaient l’eau du canal, sans doute pour la déverser dans la mer. Devant-lui, la voûte se prolongeait en ligne droite, jusqu’à se perdre dans les ombres.

Le tunnel semblait être une construction relativement récente, car la pierre ne montrait pas encore de signe d’érosion. Il avait sans aucun doute été creusé lorsque les anciennes cryptes avaient été vidées et changées en égouts, afin d’amener les eaux usées hors de la ville. Ulric devrait sans doute explorer ces souterrains un bon moment pour espérer découvrir une galerie plus ancienne.

Furet lui avait raconté qu’on pouvait encore trouver certaines sections des cryptes encore intactes, et que les morts qui s’y reposaient jusqu’alors se relevaient, mécontents d’être cernés d’égouts, afin de les hanter. Et Ulric avait la ferme intention de les trouver !

Il n’avait encore jamais vu de mort-vivant, même de loin, mais il savait que ces créatures étaient généralement associées à la magie de l’ombre. Peut-être que les observer pourrait lui apprendre quelque chose sur ses fluides. Et puis, même sans cette excuse, sa curiosité à elle seule l’aurait quand même poussé à venir ici. Qui ne voudrait pas visiter un lieu hanté au moins une fois dans sa vie ?

Le jeune mage se mit en marche, mêlant le bruit de ses pas aux sons aqueux des gouttelettes tombant de la voûte et de l’eau immonde ruisselant lentement. Le sol de pierre de l’allée était humide, ainsi fit-il attention à ne pas glisser dans la fange. Ce serait un coup à choper une douzaine de maladies en même temps, ça.

Il marcha quelques minutes, torche à la main, dans le tunnel qui continuait de filer tout droit de façon plutôt monotone. La lumière révélait régulièrement des rats en avançant, en général plutôt gros et bien dodus, mais ceux-ci fuyaient en glapissant à l’approche du jeune homme. La bonne nouvelle, c’est que sous l’assaut répétitif de la puanteur des lieux, son nez avait décidé de cesser de fonctionner.

La flamme dansant au bout de sa torche révéla bientôt la fin du tunnel : une épaisse grille barrait la route, mais un passage avait été scié dans celle-ci. Ulric remercia intérieurement l’énergumène qui avait dû passer des heures à s’acharner sur les épais barreaux de fer. Le passage était étroit, mais assez large pour passer de biais. De l’autre côté de la grille, il pouvait apercevoir une sorte de carrefour entre plusieurs tunnels.

Ulric passa d’abord le bras tenant la torche par l’ouverture, avant de se faufiler en crabe. Une mèche de ses cheveux se prit cependant dans un des barreaux tronqués. Il tira d’un coup sec, non sans s’arracher un « Aïe ! » étouffé.

Il se trouvait à présent dans une salle circulaire. Le centre était occupé par un bassin qui recueillait l’eau provenant des trois nouveaux tunnels qui s’ouvraient devant lui, avant d’être drainée par celui dont il venait.

L’apprenti mage se demanda par où continuer : comme le tunnel derrière lui captait l’eau de la ville pour la jeter dans la mer, il devait courir selon un axe Nord-Sud. Il ignorait où il aurait le plus de chance de tomber sur les anciennes cryptes, Furet ne l’avait pas précisé, mais il vaudrait certainement mieux continuer vers le nord, en espérant arriver sous le centre-ville. De là, il pourrait continuer ses recherches dans n’importe quelle direction.

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Ulric
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Re: Les égouts

Message par Ulric » ven. 12 mars 2021 16:28

Là où le premier tunnel qu’il avait emprunté était rectiligne et monotone, le réseau qui se dessina après qu’il eut franchi la grille était bien plus labyrinthique. Les tunnels partaient dans tous les sens, se croisant fréquemment dans des sortes de carrefours nauséabonds. Ils étaient bien plus variés en forme et en taille, également. Certains étaient larges et voûtés, similaires au premier, d’autres étaient plus étroits, parfois circulaires, parfois effilés et anguleux. Ce labyrinthe devait suivre le réseau des rues et ruelles qui se trouvait juste au-dessus de la tête d’Ulric, mais il était bien plus difficile de s’y repérer. Ainsi, l’apprenti mage continua vers ce qu’il pensait être le nord.

Il cherchait du regard des signes d’une construction plus ancienne : une maçonnerie usée par le temps, un tunnel à l’apparence plus brut, creusé à même la roche, ou juste des signes d’érosion plus avancée. N’importe quoi qui pourrait suggérer la proximité de l’ancien réseau de catacombes. Malheureusement pour lui, aucun détail particulier ne retint son regard.

(Où peuvent bien se cacher ces foutues cryptes ?)

Le jeune mage commençait à se montrer impatient de trouver quelque chose d’intéressant. Il refusait d’être allé se promener dans les égouts pour, finalement, revenir bredouille. En réfléchissant un peu, il devrait pouvoir déterminer les directions les plus probable. Le temple de Phaïtos était à l’extrême Nord-Ouest de la ville. S’il y avait des catacombes, ce serait bien là en dessous. Il n’aurait qu’à continuer sur sa lancée vers le nord, puis virer sur sa gauche quand le réseau de tunnels commencerait à prendre fin.

Soudain, alors qu’il s’engageait dans un tunnel étroit, des bruits de pas tirèrent le jeune homme de ses réflexions. Tous ses sens se mirent en alerte pour tenter d’identifier l’origine du bruit. Il semblait que plusieurs personnes marchaient quelque part devant lui, et leurs pas semblaient approcher. Il entendit des voix échanger des murmures. Elles étaient haut perchées et étrangement nasales, mais la distance et la réverbération les rendaient impossibles à comprendre.

Bientôt, il lui sembla voir une lueur se dessiner de l’autre côté du tunnel. Ces gens qui venaient étaient-ils dangereux ? Ulric avait l’habitude de côtoyer des gens louches, et peut-être pourrait-il les convaincre qu’il ne cherchait pas d’ennuis avec eux, mais il était justement aussi assez bien placé pour savoir que des gens se terrant dans ces tunnels tenaient probablement au secret et à la discrétion plus que tout, et n’auraient pas grand-chose à faire de ses belles paroles.

Il préféra donc faire demi-tour d’une volte rapide, et trotta aussi rapidement qu’il le pouvait sans risquer de glisser sur le sol humide. Il déboucha sur le dernier croisement qu’il avait emprunté, une petite salle ronde où se rejoignaient quatre tunnels pour former une croix. De là, il s’engouffra sur le tunnel sur sa gauche, en espérant que ce n’était pas sur le chemin des inconnus.

Il se tapit contre le mur, tentant de se faire le plus discret possible en attendant le passage de cette menace potentielle, mais il avait un problème : sa torche ! L’obscurité et sa cape elfique le dissimulerait sans mal, mais cela ne servirait à rien si la lumière de la flammèche donnait sa position.

Il jeta sa torche au sol et l’écrasa du pied, espérant pouvoir la rallumer juste après. Ensuite, il se tint silencieux et guetta l’approche des pas.

La lueur qu’il avait aperçu plus tôt réapparu et révéla plusieurs silhouettes d’humanoïdes aux oreilles pointues. Ils étaient pourtant bien trop petits pour être des elfes, ou même des humains. Une voix nasillarde s’enthousiasmait de bientôt pouvoir profiter d’une « bonne soupe de rats avec des oignons et des bouts de doigts ». Ulric avait du mal à distinguer leurs traits à cause de la faible lumière projetée par la lanterne que portait l’une des silhouettes au bout d’une perche, mais les inconnus semblaient… verts ?

(Des gobelins ? Sous Kendra Kâr ?!)

L’apprenti mage avait l’habitude d’entendre parler de groupes de pilleurs orcs ou gobelins quand il vivait encore à Luminion, bien qu’il n’en eût jamais vu de ses propres yeux, mais jamais il n’avait imaginé que certains pouvaient se cacher dans les égouts de la Cité Blanche. Les questions fusaient dans son esprit. Les autorités étaient-elles au courant ? Etaient-ils là depuis longtemps ? Etaient-ils des espions d’Omyre, prêt à sortir pour ouvrir les portes de la ville à chaque instant ?

Toujours tapis contre la paroi du tunnel, il tenta de les détailler davantage. Il compta cinq créatures, mais il était difficile d’en être sûr dû à l’obscurité ambiante et l’exiguïté des lieux. Elles semblaient assez pauvrement vêtues, sans armure discernable bien qu’elles semblassent porter des armes à la ceinture. Ça ne ressemblait pas vraiment à l’image qu’Ulric se faisait de troupes d’Oaxaca. Peut-être juste un petit clan qui avait trouvé refuge dans ces souterrains, alors ?

Heureusement, les gobelins continuèrent leur chemin et s’enfoncèrent dans le tunnel droit devant eux. La lueur de leur lanterne diminua jusqu’à disparaitre complètement.

Ulric laissa échapper un soupir de soulagement. Les créatures avaient l’air d’être de piètres combattants, mais il n’était lui-même guère mieux, bien qu'il ne l'admettrait jamais à voix haute. A cinq contre un, les gobelins auraient facilement eu le dessus s’ils avaient voulu lui chercher des noises.

(Quand je maitriserais mieux ma magie, ils pourront être une centaine, ce ne sera pas un souci.)

Un futur hypothétique qui faisait rêver mais, pour l’instant, il valait mieux être prudent.

L’apprenti mage s’agenouilla pour retrouver sa torche au toucher, maintenant qu’il était dans le noir presque total. Après avoir tâtonné un moment, il posa la main sur le manche, et ressorti son briquet, toujours à l’aveuglette. Parfois, ne pas posséder grand-chose avait du bon, car il n’eut pas de mal à le trouver.

Il tenta de la rallumer, projetant une volée d’étincelles après l’autre, éclairant brièvement le tunnel humide et sale. Il semblait qu’il l’ait piétinée avec un peu trop d’entrain, cependant, car elle refusait de reprendre. Il la jeta au loin de frustration, et le bout de bois à présent inutile émit un "plouf" sonore dans le noir, quand il tomba dans une masse d'eau sale. Ensuite, il se résolu à en allumer une autre.

Il se redressa, sa nouvelle torche en main. Il allait pouvoir reprendre son exploration, en espérant ne pas tomber sur d’autres gobelins.

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Ulric
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Re: Les égouts

Message par Ulric » sam. 27 mars 2021 15:15

Alors qu’il se redressait, le retour de la lumière sembla provoquer une cacophonie de couinements suraigus. Un nombre incalculable de petites pattes griffues griffèrent le sol, alors qu’une horde de rats jusque-là dissimulée par l’obscurité fuyait l’apprenti mage.

Ulric avait déjà croisé des dizaines de ces rongeurs depuis qu’il était entré dans les égouts, et rarement avait-il traversé un tunnel sans quelques-uns d’entre eux, mais ceux-ci formaient un véritable tapis mouvant de fourrure noire et de queues annelées.

Etaient-ils déjà là quand il était entré dans le tunnel, et il ne les avait pas vu, tout absorbé par les gobelins qu’il était ? Ou étaient-ils arrivés discrètement après qu’il eut éteint sa torche ?

Quoi qu’il en soit, le jeune mage se demanda ce qui pouvait bien causer une telle concentration de rats. Il agita sa torche devant lui, et les rongeurs battirent en retraite dans le fond encore inexploré du tunnel. Il ignorait si c’était la lumière qui attaquait leurs yeux habitués aux ténèbres ou le feu qui les effrayait, mais il semblait qu’il pourrait se frayer un chemin au milieu de la masse grouillante.

Ulric avança donc, repoussant la masse de petits corps couinant devant lui. L’origine de la horde n’avait de toute évidence aucun rapport avec ce pour quoi il était venu ici de base, mais il pouvait bien résoudre ce petit mystère vite fait avant de reprendre son exploration.

Au fur et à mesure qu’il avançait, l’odeur qui régnait dans le tunnel s’empira, à tel point que son nez, qu’il pensait pratiquement anesthésié après une longue marche dans les égouts, recommença à protester.
Crottes, fourrure salle… En plus, bien sûr, de l’odeur de merde et de saleté omniprésente, mais il y avait quelque chose de plus. Un miasme bien plus puissant et profondément écœurant. Sans doute que l’odeur à elle seule aurait dissuadé la plupart des gens de faire un pas de plus, mais, pour Ulric, le besoin maladif de savoir ce qu’il avait bien pu trouver outrepassait son dégout.

La lumière dansante avançait progressivement, révélant petit à petit plus du tunnel infesté de vermine. Les bestioles pouilleuses couinaient en protestation, outrée qu’un intrus ose pénétrer dans leur domaine. Elles étaient moins promptes à fuir, à présent, et semblaient presque vouloir défendre ce qui pouvait bien se cacher un peu plus loin, dans le noir. Pas que quelques rats allaient effrayer Ulric. Un bon coup de botte, et il se débarrasserai de tout rongeur un peu trop téméraire.

Soudain, la torche de l’apprenti mage révéla enfin ce qui avait attiré cette horde de rats, ainsi que ce qui empestait autant. Tellement, d’ailleurs, qu’il ne put s’empêcher de vomir son dernier repas.

Il s’appuya un instant d’une main contre la paroi du tunnel, pendant que son corps était pris d’un spasme de dégout. Il reposa ensuite le regard sur sa macabre trouvaille : un véritable petit charnier était dissimulé ici. Une douzaine de corps étaient empilés les uns sur les autres. Des hommes, pour la plupart, bien que ce fût dur à dire. Ils n’avaient pas l’air anciens, deux ou trois jours, pas plus. Sans doute qu’une bande se terrant dans les égouts s’était récemment débarrassé de quelques rivaux. Ou étaient-ce des victimes des gobelins aperçus plus tôt ?

Peu importe qui les avait abandonnés là, car les déchets d’un sont le trésor d’un autre. Les rats s’étaient fait un véritable festin du charnier : ils semblaient déjà avoir ripaillé des yeux, boulotté les doigts des victimes, mordu ici et là dans la chaire molle. Les sales bêtes infestaient les corps, se dressant sur leur garde-manger comme pour en interdire l’accès à Ulric, comme s’il allait y toucher !

(Merde, pas étonnant que ces cons soient aussi gros !)

Ulric cracha un glaviot au goût de bile. Ce n’était pas le moment de jouer les délicats. Il était venu ici dans l’espoir de pouvoir observer des morts-vivants. S’il se mettait à gerber dès qu’il voyait des corps inanimés, quand serait-il s’il tombait nez à nez avec des cadavres ambulants ? Il ne pouvait pas se permettre d’être subitement pris de faiblesse alors qu’il était seul dans les égouts, s’il venait à être poursuivi par un trépassé.

Il força son regard sur le spectacle macabre qui s’offrait à lui, mettant son corps au défi d’encore oser agir contre son grès. La nausée était passée mais, en revanche, les rats ne semblaient pas apprécier qu’il se tienne debout devant leur trésor morbide, et émirent une cacophonie suraigüe de protestations.

Il n’y aurait sans doute rien de plus à voir ici. Ulric s’apprêta à faire demi-tour et reprendre sa recherche des anciennes catacombes quand il crut apercevoir un visage dans le noir, derrière la horde de rats. Ou plutôt, il lui semblait voir deux rangées de dents démesurées formant un grand sourire malsain, juste en dessous d’une paire de petits yeux vicieux et sombres dont il devinait à peine l’éclat.

Quel genre de taré pouvait bien se cacher derrière un charnier dans les égouts, et tellement apprécier l’endroit qu’il en souriait de toutes ses dents ? Une autre sorte de gobelin ?

« Je t’ai vu, crétin. Sorts de ta cachette. »

Le visage s’avança, souriant toujours autant, alors que les couinements des rats redoublaient d’intensité. Une fois qu’il fut assez prêt, Ulric découvrit non pas un gobelin, mais un immonde rat géant, à la gueule dépourvue de lèvres. Des gencives rouge sang laissaient dépasser de grandes dents jaunies, donnant l’impression que la créature souriait comme un dément. Une fourrure noire drue et pleine de crasse recouvrait son dos voûté. Des oreilles rondes, bougeant nerveusement de gauche à droite en quête du moindre son, et une longue queue annelée marquait sa parenté avec les rongeurs qui grouillaient sur le sol. Elle était bien aussi grosse qu’un chien et, à vrai dire, évoquant une sorte d’amalgame entre cet animal, un rongeur et un rat-taupe.

(Putain, mais quelle horreur ! Une saleté de ratissa !), pensa Ulric, révolté par la vue de cette monstruosité.

La créature bondit d’un mouvement nerveux pour venir se poster au sommet du charnier. Les rats acclamèrent la venue du champion de leur sale race en poussant une nouvelle volée de cris perçants. Le monstre posa ses petits yeux vicieux sur Ulric, en faisant claquer ses dents. Ulric ignorait ce que cela signifiait, mais il avait la désagréable impression que c’était la façon par laquelle le ratissa indiquait à ses cousins pouilleux que le prochain festin venait d’arriver.

L’animal mettait Ulric profondément mal à l’aise. Sans doute que ses grandes dents réveillaient une peur instinctive de la prédation, profondément enfouie en chaque homme.

(Ce n’est qu’un animal, tu ne vas pas te laisser intimider par ça, quand même !)

Si les rats voulaient de la chaire fraiche, il leur servirait du ratissa crevé ! Le jeune mage tendit sa torche devant lui, misant sur la crainte des bêtes envers le feu pour le tenir à distance. Il canalisa ses fluides dans sa main libre, et la puissance magique picota sous sa peau et au bout de ses doigts. Il tendit le bras vers la créature et s’apprêta à déchainer un souffle de Thimoros mais, au même moment, le ratissa fit un nouveau bond d’une agilité surprenante, la gueule grande ouverte et prêt à mordre. Ulric abandonna son sort et tenta d’esquiver d’un pas sur le côté. Il parvint à éviter la gueule de la bête de justesse, mais ses pattes griffues et dépourvues de poil s’agrippèrent à son bras, lacérant sa tunique et la peau en dessous.

(Merde, c’était une tunique neuve !), se plaignit intérieur Ulric, ses priorités dans le bon ordre.

A présent, le mariage d’un clébard et d’un rat-taupe pendait à son bras, au bout de ses pattes courtes et sales, ouvrant et fermant la mâchoire de façon frénétique, espérant attraper un bout de chaire sanguinolente. Certains des rats, engaillardis par l’assaut de leur champion, décidèrent de passer à l’attaque, bien que l’immense majorité se contentait d’observer le combat en prenant soin de rester à distance de la torche.

Un rongeur trotta vers les pieds d’Ulric pour le mordre, mais fut prestement éjecté d’un coup de botte. Le ratissa, lui, tentait de raffermir sa prise pour pouvoir monter sur le corps du mage.

Ulric fit un large mouvement latéral de son bras afin de frapper le ratissa contre la paroi du tunnel, espérant que cela suffise à le faire lâcher prise. L’animal frappa la roche avec un couinement de douleur et l’apprenti mage sentit ses griffes quitter sa peau, avant qu’il ne retombe au sol.

Alors que le ratissa se remettait sur ses pattes, sa détermination intacte, Ulric en profita pour foudroyer l’animal d’un souffle de Thimoros le plus rapidement possible. Un éclair d’énergie sombre jailli de sa main et assombrit le tunnel pourtant déjà bien obscur l’espace d’un court instant. Les fluides vinrent frapper la bête, provoquant une série de « Couic ! Couic ! » paniqués. Une touffe de poil se détacha de la peau de son flanc, à l’endroit où le sort l’avait frappé, bien qu’Ulric eût du mal à jauger s’il avait fait beaucoup de dégâts.

Le sort semblait avoir momentanément ébranlé le « courage » du ratissa (si on pouvait qualifier ainsi les instincts prédateurs de l’animal). Le rat géant sauta d’un bond adroit pour se mettre hors de portée d’Ulric. L’apprenti mage tenta de le frapper de sa torche en plein sot mais, trop lent pour la créature, la flamme ne fit que décrire un arc dans le vide en crépitant.

Une nouvelle série de sots nerveux porta le ratissa sur le flanc d’Ulric. L’obscurité et la masse grouillante de fourrures grises et noires le rendait dur à suivre, et le jeune homme le perdit de vue. Soit le bête avait fui, soit elle allait lui sauter dans le dos dans un instant. Cette dernière hypothèse semblant bien plus probable, il se retourna, paré à intercepter l’attaque du ratissa. Il avait vu juste, car il devina bientôt le sourire malsain de la créature dans le noir.

Le combat avec cette sale bête avait assez duré. Il n’était pas né avec le pouvoir de commander aux ombres pour être tenu en respect par un rongeur puant, aussi gros soit-il. Il canalisa ses fluides pour un nouveau souffle de Thimoros pour achever la créature. Il sentit leur puissance ramper sous sa peau et converger dans sa main libre.

« Crève, merde ! »

Il tendit la main au même moment que l’animal bondissait, et ses fluides jaillirent comme un serpent en embuscade et vinrent frapper le ratissa en pleine tête, au milieu de son saut. Cependant, au même moment, Ulric sentit des dents traverser le cuir de ses bottes derrière lui et entailler son mollet, lui arrachant un cri de douleur. La ratissa, affaibli mais toujours vivant, vint le percuter de plein fouet. L’impact, couplé à la douleur soudaine, le fit à la renverse sur le sol de pierre salle et humide, bien que quelques rats qui n’avaient pas été assez rapide vinrent amortir sa chute, leurs petits corps à moitié broyé sous son poids.

La ratissa se tenait à présent au-dessus de lui, ses énormes dents dangereusement proches de sa gorge. De nouvelles touffes de poils s’étaient détachées sous l’effet du sort, révélant une chaire grisâtre et flasque, comme si elle avait été vidée d’une partie de sa force vitale. Ulric avait lâché sa torche dans sa chute. Ainsi, il avait sa main gauche de libre pour rapidement venir saisir le ratissa à la gorge, pour l’empêcher d’approcher d’avantage ses dents jaunies de sa peau. De sa main droite, il tenta de se saisir de sa dague pour se débarrasser une bonne fois pour toute de la bête, dont les mâchoires claquaient frénétiquement dans l‘espoir d’attraper un bout de chaire.

(Si je dois me faire tuer un jour, ce ne sera pas par un rat géant !)

Ulric tenta d’éloigner la tête du ratissa, mais la saloperie avait de la force. Sa main se posa enfin sur la poignée de sa dague, mais une patte griffue l’en éloigna immédiatement. De rage, il tenta de frapper le flanc de l’animal d’un coup de poing pour le faire déguerpir mais le ratissa tint bon. La récompense était trop proche, il aurait bientôt de la bonne chaire fraiche à se mettre sous la dent.

La bête mit toute sa force pour porter l’estocade à sa proie, ouvrant grand sa gueule, alors qu’Ulric commençait à canaliser ses fluides pour un dernier sort. Mais, alors que le ratissa s’apprêtait à frapper, il laissa échapper un couinement de douleur atroce. La bête tomba sur le côté, libérant Ulric. Un javelot venait de se matérialiser dans son flanc.

(Un javelot ? Mais qui a bien pu… ?), se demanda Ulric, circonspect.

« C’est lui ! Chopez-le ! », s’exclama une voix nasillarde.

Ulric regarda en direction de la voix de son « sauveur ». Les gobelins étaient revenus, surement attirés par le bruit du combat.

(Merde !), pensa Ulric.

Se faire tuer par des gobelins était déjà mieux que par un gros rat, mais pas de beaucoup.

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Re: Les égouts

Message par Ulric » mar. 6 avr. 2021 17:44

Les peaux vertes de petite taille vinrent encercler Ulric alors qu’il se redressait péniblement. Leur arrivée soudaine et la défaite du ratissa avait finalement poussé la horde de rats à battre en retraite, abandonnant leur garde-manger macabre. Ulric se sentit vexé que des gobelins malingres, n’ayant que la peau sur les os si ce n’était pour leurs têtes trop grosse pour leurs corps, semblassent une menace plus grande que lui-même aux yeux de ces animaux puants. Il dût cependant chasser cette idée puérile de son esprit : il avait un souci un peu plus urgent que l’image qu’il renvoyait à des rats, pour l’instant.

Quatre des gobelins portaient des javelines similaires à celle qui avait achevé le ratissa. A vrai dire, il s’agissait davantage de branches d’arbre taillées en pointes et durcies au feu, sans doute incapables de percer la moindre armure. Malheureusement, Ulric n’en avait pas. Le cinquième possédait une fronde de cuir usé qu’il avait nouée autour de son front, tandis qu’une dague ornait son poing, alors que son autre main tenait une perche au bout de laquelle pendait une lanterne. Tous étaient vêtus de haillons d’un gris délavé, recousu ou troué à plusieurs endroits, alors que des cordelettes en guise de ceinture seraient la taille de la plupart d’entre eux. Seul celui à la fronde se payait le luxe de posséder un ceinturon de cuir. Ils transportaient des rats morts, noués par leurs queues et accrochés à leurs ceintures de fortune, du sang frais coulant encore de leur fourrure grise. Leur repas de ce soir, sans doute ?

Si Ulric avait été du genre charitable, il leur aurait bien jeté un yu chacun tant ils semblaient misérables. S’il avait été charitable, et si les peaux vertes ne le menaçaient pas de leurs armes, surtout.

L’un des gobelins, qui le narguait de la pointe de son javelot, prêt à frapper, prit la parole :

« On t’a cherché partout ! Sans jamais te trouver ! Et là, on part à la chasse et Pouf ! Tu es là ! »

Un autre repris :

« Et maintenant, tu vas venir bien gentiment avec nous. On va t’emmener voir le roi, et tu vas répondre de tes actes ! »

Qu’est-ce que ces créatures étaient en train de raconter ? Ils le cherchaient ? Mais c’était la première fois qu’il venait ici !

Et ses actes ? Qu’est-ce qu’il avait bien put faire pour provoquer l’ire d’une bande de gobelins ?

Et le roi ? Ça avait encore moins de sens ! Même saoul, Ulric refuserait de croire que Solennel employait des créatures aussi misérables. Qui plus est, tout le monde en ville savait qu’il était parti en campagne. Ils devaient parler de quelqu’un d’autre, mais qui ?

Il ne comprenait rien à ce que les créatures lui voulaient. L’explication la plus logique était qu’elles le prenaient pour quelqu’un d’autre. Le mieux était de jouer sur cette carte pour tenter d’éviter que cette rencontre ne dégénère en combat.

« Je ne suis pas la personne que vous cherchez. M’emmener voir « le roi » ne régleras pas vos problèmes. »

Le gobelin à la fronde sembla s’énerver :

« Ne nous prend pas pour des abrutis ! On t’a vu utiliser la magie des ombres ! »

« Oui, c’est toi qui nous envoies les morts ! », renchérit un autre.

Leur « envoyer des morts » ? Est-ce que les gobelins ont eu des problèmes avec un nécromancien se cachant également dans les égouts ? Ce n’était pas exactement ce qu’il espérait trouver lors de cette petite expédition dans les égouts. Non, c’était encore mieux ! Il y aurait énormément à apprendre d’un nécromancien, ou même rien que de son repère. Si, du moins, il y en avait effectivement un, et qu’il ne s’agissait pas juste d’un délire de la part des gobelins. Quoi qu’il en soit, il devrait essayer d’en apprendre davantage :

« Je ne suis pas nécromancien, je ne pourrais pas vous « envoyer des morts » même si je le voulais. », commença-t-il.

(Pas que ce genre de pouvoir me déplairait.), ajouta-t-il pour lui-même.

« C’est exactement ce qu’un nécromancien dirait ! », rugit un des gobelins qui s’était tût jusqu’ici.

Les autres acquiescèrent vivement de leurs voix nasillardes. Celui à la fronde reprit :

« GriRazi a raison. On t’a tous vu utiliser la magie d’ombre contre le ratissa. »

« Et vous pensez que je suis le seul à utiliser la magie d’ombre à Kendra Kâr ? »

Le gobelin ne sembla pas convaincu.

« A Kendra Kâr… Peut-être pas… Mais tu es le seul à avoir fait de la magie noire sur notre territoire ! »

Les autres émirent un vivat pour saluer l’argument de celui qui devait être leur chef, tout en continuant de menacer l’apprenti mage de leurs javelines.

(Ils ont la tête dure, décidemment…)

Il devait penser à un argument pour les convaincre qu’il n’avait rien à voir avec le nécromant qui leur posait problème. Après quoi, il pourrait il leur soutirer des informations pour localiser son repère, s’il existait bel et bien. Le combat avec le ratissa avait épuisé la majeure partie de ses fluides, mais il pourrait toujours revenir un autre jour, une fois qu’il saurait où le trouver. Peut être qu’ensuite il pourrait traiter avec lui ? Ou alors pourrait-il convaincre Furet et sa bande de l’aider à s’introduire discrètement chez lui et prendre tout ce qui pourrait s’avérer intéressant ? C’était une possibilité, mais il devait d’abord calmer les gobelins. Soudain, il eut une idée qui pourrait les convaincre, bien qu’elle ne l’enchantât guère. Il s’adressa à leur chef :

« Tu crois que, si j’étais vraiment un nécromancien, j’aurais eu autant de mal à me débarrasser d’un ratissa ? »

Le gobelin posa les yeux sur l’animal mort, puis son regard revint sur Ulric. Ses petits yeux noirs détaillèrent l’apprenti mage pendant un moment, s’attardant sur les nombreuses griffures à ses bras. La peau verte sembla pensive :

« C’est vrai que tu n’as pas l’air très puissant… », concéda-t-il.

Le gobelin baissa son poing armé : Ulric avait fait mouche, mais cela ne l’empêcha pas de se sentir profondément insulté. Les fluides qui lui restaient le démangeait, l’intimant silencieusement de punir le petit insolent, mais il réprima cette envie. Seul contre cinq, il n’irait pas loin.

« Ne l’écoute pas, GoziR, il essaie de t’embrouiller ! », protesta un des gobelins.

« Oui, tu vois bien que c’est lui ! », renchérit un autre.

Le gobelin à la fronde, ou « GoziR » puisque c’était apparemment son nom, semblait réfléchir à la marche à suivre. Il rangea sa dague à son ceinturon, et porta de longs doigts maigrelets à son visage pour se gratter machinalement le nez.

« Je crois qu’il a raison… Ce n’est pas le bon mage. »

« Il fait juste semblant d’être faible pour nous tromper ! On ne peut pas le laisser partir ! »

« Hum… Peut-être… »

GoziR gratta son nez avec d’avantage de vigueur, comme si cela l’aidait à prendre une décision plus vite. Il reprit la parole, pour s’adresser à Ulric, cette fois-ci.

« On laissera le roi décider si tu es le nécromancien. »

Ensuite, il se tourna vers ses compères pour donner ses ordres :

« Emparez-vous de lui ! GriRazi, prends le ratissa avec toi. »

Deux gobelins vinrent immédiatement saisir les bras de l’apprenti mage, pendant qu’un troisième le menaçait de la pointe de son javelot, afin qu’il ne résiste pas. Le dénommé GriRazi chargea le ratissa sur ses épaules, non sans une plainte, avant de ramasser la torche d’Ulric qui brulait toujours sur le sol.

GoziR s’adressa à nouveau à Ulric, d’une voix plus basse et sifflante :

« Ne remue pas trop, sinon on te changera de brochette. Et si tu m’as menti, tu finiras dans la marmite avec les rats ! »

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Re: Les égouts

Message par Ulric » mar. 4 mai 2021 23:07

Les gobelins escortèrent Ulric pendant plusieurs minutes qui paressèrent une éternité au jeune mage. La petite troupe sembla suffisante pour éloigner les rats et autres bestioles plus dangereuses qui pouvaient bien infester ces tunnels obscurs, et le trajet se déroula sans rencontrer de nouveau danger.

Jusqu’à présent, cette petite expédition dans les égouts avait été un échec cuisant. Il avait espéré pouvoir déboucher sur les anciennes catacombes de la ville et, avec un peu de chance, observer quelque mort-vivant de loin et voir si ça pourrait lui apprendre quoi que ce soit sur sa magie. A la place, il s’était retrouvé à se battre contre des rats et à se faire capturer par des gobelins.

(Je ne pouvais pas savoir qu’il y avait des gobelins juste sous Kendra Kâr !), se défenda-t-il intérieurement.

(Tu cherchais à tomber sur des squelettes animés. Si tu ne sais pas gérer quelques gobelins nourris exclusivement au rat, tu ne serais pas allé loin avec des morts-vivants !), pesta une autre partie de lui-même.

Ulric mit fin à son dialogue intérieur. Il ferait mieux de commencer à réfléchir à comment il se sortirait de cette situation. Il devrait déjà commencer par déterminer où les gobelins l’emmenaient. Les petits êtres marchaient du pas sûr de celui qui a déjà parcouru un chemin un millier de fois mais Ulric, lui, avait complétement perdu ses repères et n’aurait pas su dire où il se trouvait, par rapport au tunnel d’où il était venu. Il n’était pas facile de se repérer sous terre, après tout.

L’apprenti mage tenta d’interpeller le chef des gobelins :
« Gozir ? Où va-t… », commença-t-il.

Le gobelin l’interrompit immédiatement :

« C’est « GoziR », pas « Gozir ». Ça doit venir de la gorge : GoziRRRRRR »

Les subtilités de la langue gobeline échappaient Ulric, mais il fit de son mieux pour calquer sa prononciation sur celle de la créature verdâtre. Ça la mettrait peut-être dans une meilleure disposition à son égard.

« Gozi…R », tenta-t-il, produisant un horrible son guttural qui lui fit mal à la gorge, « Je peux savoir où vous m'emmenez ? »

« Voir le roi. Il décidera quoi faire de toi. »

Si c’était pour lui en sortir une pareille, il aurait tout aussi bien se taire ! Ulric fit cependant son possible pour rester calme et lui tirer les verts de son très long nez.
« Oui, mais où se trouve « le roi » ? »

« Dans son palais. », répondit le gobelin comme c’était l’évidence même.

(Espèce de sale petit tas de merde verte ! Ce n’est pas possible d’être aussi con !)

Il semblait qu’il ne tirerait pas beaucoup plus d’informations du gobelin. Il tenta tout de même une dernière question :

« Est-ce que ce « palais » est encore loin ? »

Le jeune homme ne put s’empêcher de glisser un ton de dérision dans sa question, cette fois-ci, mais GoziR ne sembla pas le relever.

« Non, nous approchons. »

Voilà qui était à la fois rassurant et inquiétant. Ulric se demanda quel genre de « palais » pouvait bien se dissimuler dans ces tunnels, et qui était ce roi dont les peaux vertes parlaient.

En tout cas, ce n’était certainement pas Solennel. Impossible que le roi, le vrai, emploie une bande de gobelins, et encore plus qu’il ne trainasse dans les égouts. Non, il devait sûrement s’agir d’un chef de clan gobelin qui avait des problèmes de chevilles et avait décidé de porter une couronne en toc. C’était l’explication la plus probable.

Maintenant que cette question était réglée, comment convaincrait-il ce gobelin de le laisser filer tranquillement ? S’il avait un égo surdimensionné à tel point qu’il se proclamait roi, il pourrait peut-être l’amadouer en le brossant dans le sens du poil et en jouant son jeu.

Autre chose qu’il savait : les gobelins l’avaient vu employer la magie et l’avait donc pris pour un nécromancien qui leur posé des problèmes. S’il leur proposait ses services, en grossissant un peu ses capacités si nécessaire, il pourrait peut-être les convaincre de l’envoyer s’occuper du nécromant, et ensuite se contenter de se faire la malle. Et si, au passage, il pouvait découvrir où il se cache, cette expédition se révélerait finalement être un succès. Il pourrait en apprendre tellement sur sa magie auprès d’un scotomancien plus expérimenté !

Les gobelins le tirèrent de ses réflexions alors qu’ils s’enfonçaient dans un nouveau tunnel. GoziR s'exclama d'une voix nasillarde pleine d'enthousiasme:

« Nous sommes arrivés ! »

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