La Taverne de l'Enclume Etincelante

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Yuimen
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La Taverne de l'Enclume Etincelante

Message par Yuimen » jeu. 4 janv. 2018 20:17

Taverne de l'Enclume Étincelante

Image
Salle commune de la Taverne


La taverne est une grande halle toute en longueur avec deux longues tables de chaque côté d'une travée centrale. D'un côté se trouve le comptoir servant tous les breuvages et mets pouvant être imaginés dans une cité naine. Le centre est une grande fosse à feu sur laquelle suspendent de longues broches grésillantes et des chaudrons. Le vis-à-vis du comptoir est une scène taillée dans la pierre sur laquelle se trouvent de temps à autre trois nains: l'un tient une imposante trompe en bronze, l'autre un tambour et le troisième raconte une épopée qui semble passionner la foule qui boit en l'écoutant et entonne les chansons avec lui. Les greniers ont été réaménagés en chambres chaudes et confortables, on y accède par un petit escalier branlant situé derrière le comptoir.

Cette taverne témoigne de l'hospitalité et du sens de la fête des nains. Ici vous pourrez dormir, manger pour trois fois rien et passer un bonne soirée avec les clients toujours de bonne humeur ainsi qu'avec la serveuse Karmina, toujours prête à vous servir les meilleures des bières naines.

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Arlün
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Re: La Taverne de l'Enclume Etincelante

Message par Arlün » mar. 6 janv. 2026 18:03

<~
6.

L'aura de garde de Gortem n'avait pas un effet flagrant, mais en avançant avec détermination, il arrivait à fendre la foule, ce dont Arlün aurait probablement été incapable tout seul. Alors il talonna le nain scrupuleusement, en essayant de ne pas regarder toutes les têtes qui commençait à le dévisager comme le loup blanc.

Il y avait déjà trop de bruit pour lui et une fois passé le pas de la porte, rien ne s'arrangea, mais au moins, comme il faisait une ou deux petites têtes de plus que les autres, il pouvait un peu observer la salle. C'était une grande salle rectangulaire tout en long, avec de grandes tablées et des bancs de chaque côté. Il fut même surpris de voir ce qui devait être un groupe de marchands humains dans un coin, mal assis sur de trop basses chaises pour eux mais qui venaient probablement dévouvrir l'ambiance du lieu. Au milieu, un grand feu servait à cuire divers aliments. La fumée s'échappait par un trou en hauteur mais l'odeur de viande rôti envahissait son museau sensible. Arlün avait de la peine pour l'animal dont il se doutait qu'il n'était pas mort de vieillesse, mais l'eau lui montait involontairement à la bouche.

Remontant péniblement le courant, ils parvinrent enfin face au comptoir. Arlün tournait la tête dans l'autre sens parce qu'il y avait une estrade en pierre qui échappait aux pieds de la foule, et sur laquelle surtout, il y avait quelques instruments de musique, mais personne à ce moment pour en jouer.

– Gerda !! Tu as une chambre de libre pour ce bon monsieur ?!

– Écoute, je crois que oui !! Thorkel !! On a une chambre de libre ?! Tu peux regarder sur le registre ?!

– Oui, y a !!

– Ah parfait. Y a une chambre pour vous !!

– Ah, merci !!

– Venez !! Suivez-moi !! Je vais vous montrer votre chambre !!

– Et moi, je vais y aller !! Faut que je fasse mon rapport !!

– À bientôt peut-être !! Merci de m'avoir accompagné !! Et de m'avoir expliqué les indications à l'entrée des galeries !!

Par un mystère dans la construction et l'agencement des murs et des portes, le son de la grande salle, à défaut de disparaître, tomba d'un coup dès que Gerda eut refermé l'accès à la grande salle. Gerda promit de lui expliquer le secret plus tard, mais elle n'avait pas le temps tout de suite pour un si long exposé, simplement les nains étaient passés maîtres dans la maîtrise de la propagation du son.

Elle le conduisit au bout d'un couloir tortueux. Ces virages même faisaient apparement partie de la raison pour laquelle, arrivé face à la lourde porte de sa chambre, Arlün n'entendait même plus un son du brouhaha de la grande salle.

Elle lui confia alors une petite clé et fit un tour rapide de la chambre. Un seau pour l'eau propre à remplir à la fontaine. Un seau pour le... sale. À vider au bout du couloir. Une petite chaise, une petite table en pierre avec une bougie éteinte, un petit lit, mais le tout très propre et confortable et le tout avec vue sur une galerie un peu plus calme que celle où se trouvait l'entrée principale.

– Je vous laisse. Y a besoin de moi partout à cette heure-ci. Si vous voulez, vous pouvez descendre manger en bas, ou on peut vous apporter quelque chose.

– Est-ce que les musiciens vont jouer bientôt ?

– Pas tout de suite, vous avez le temps de déballer vos affaires.


– Et c'est possible d'avoir de l'eau, du pain et du... euh... fromage ?

Gerda le toisa une seconde et se mit à rire avant de lui répondre.

– Oui, du pain et du fromage... vous en trouverez tout le temps ici. Je vous apporte ça !

Elle partit, et Arlün se retourna vers sa chambre. C'était donc ici qu'il allait vivre ? Il se hâta de poser sa lance et son archiluth dans un coin et examina avec intérêt le seau vide, celui qui avait un couvercle étanche.

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Arlün
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Re: La Taverne de l'Enclume Etincelante

Message par Arlün » sam. 10 janv. 2026 22:53

7.

Arlün resta quelques minutes interdit devant son bout de fromage. Son museau lui intimait de ne pas y toucher comme si c'était de vieux restes pourris. Mais il prit son courage à deux mains et décida de faire confiance à Toshki. Il alterna méthodiquement entre le fromage et le pain. Le goût était très fort et insolite, et il était trop sur le qui-vive à cause de l'odeur pour bien l'apprécier, mais il devait avouer que le mariage des deux ajoutait une dimension nouvelle au simple morceau de pain.

Il but enfin son verre d'eau. Ce n'était pas l'eau fraîche de chez lui mais elle semblait saine.

Il n'était pas sûr de combien de temps s'était écoulé à cette opération, mais après s'être repu et reposé, il avait le choix entre dormir dans le calme jusqu'au lendemain, ou se lever et aller écouter les musiciens dans la grand'salle bruyante et olfactivement surchargée.

Il choisit évidemment la deuxième option.

Le volume sonore global n'avait pas diminué. Les musiciens étaient sur scène. Arlün tenta de se rapprocher péniblement, mais là où les thorkins l'avaient dévisagé lors de son arrivée, ils semblaient maintenant l'ignorer et faire comme s'il n'existait pas. Il eut même l'impression que certaines discussions en langue commune passaient en langue des nains à son approche.

Mais il lui fallait à tout prix atteindre la scène pour distinguer la musique.

Apparemment, les musiciens s'accordaient encore entre eux. Puis le tambour commença à rouler de son instrument, d'abord lentement, puis de plus en plus rapidement. Nains et naines n'y prêtaient pas tous attention, mais plusieurs têtes se tournèrent, comprenant que le concert allait commencer. Le volume sonore s'intensifia. Arlün pouvait sentir un rythme ternaire qui se mêlait à un rythme binaire pour créer un motif syncopé qui suggérait déjà une mélodie. Il vit le chanteur faire un signe de la tête et moins d'une mesure après, tout le monde rentra d'un coup.

Tout le monde : l'homme qui soufflait dans une sorte de corne en cuivre avec des touches qui s'activaient et faisaient ressortir un son puissant, très limpide, très mélodieux. Un flûtiste qui paraissait plus jeune que les autres musiciens et qui survolait les autres avec des trilles légères et extrêmement rapides. Le chanteur qui alternaient des notes longtemps tenues et à l'inverse des phrases très rapides comme le flûtiste. Et enfin, un nombre incalculable de nains et de naines dans le public qui semblaient connaître la chanson et la reprenaient en choeur.

Arlün dut se boucher les oreilles pour continuer à suivre, ce qui lui valut plusieurs regards de désapprobation. Impossible d'être discret quand il dominait la foule de son mètre soixante.

Il y avait une trame centrale presque jouée à l'unisson par tous les musiciens, chanteur inclus. Très vite, on avait envie de battre du pied, c'est d'ailleurs ce que faisait la moitié de la salle. Mais chaque musicien rajoutait ses propres ornementations selon son instrument, avec clairement une part belle faite à la vitesse d'exécution, avec des motifs imbriqués dans des motifs en une spirale presque sans fin... jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible d'aller plus vite. Les moments de silence complet, de pauses, étaient très rares, mais d'autant plus percutants.

La chanson se termina, il y eut des rires et des applaudissements, on recommanda des bières puis le chanteur se mit à parler et à conter une histoire tandis que les instrumentistes continuaient d'entretenir un discret fond sonore.

*

Deux heures plus tard, Arlün rentrait s'effondrer dans son lit avec l'impression d'être devenu à moitié sourd. La musique naine était une musique qu'on encaisse avec le corps.

Il n'avait pas tout saisi car beaucoup de chansons utilisaient la langue naine ou contenaient des références qui lui échappaient. Mais il avait compris que le groupe chantait l'épopée d'une famille de nains sur plusieurs générations. Ils creusaient la montagne, fondaient la ville, Mertar sans doute ?, luttaient contre les incidents dans les mines, les monstres, les autres races, faisaient face à des deuils, des pertes, mais aussi à des mariages, des fêtes, des victoires. Et puis à défaut des paroles qui lui échappaient, il avait ressenti les émotions dans la musique.

De nombreux passages parlés servaient à faire la liaison entre les chansons qui elles étaient plus intemporelles, cristallisaient des expériences plus quotidiennes, plus générales. La première avaient été très enjouée mais les suivantes étaient très variées. Le rythme restait rapide et entraînant mais le thème et la mélodie pouvait être plus mélancolique. Et comme les nains de la taverne semblaient déjà connaître ce cycle, la salle vibrait souvent à l'unisson de leurs multiples voix graves. De quoi réveiller et faire vibrer chaque fibre de son corps.

Arlün, en fermant les yeux, entendait encore les rythmes et les mélodies qui s'étaient gravées dans son esprit. Aussitôt, il se releva pour fixer sur son luth les harmonies qu'il avait réussi à voler à l'oreille. Il était trop fatigué pour s'entraîner longuement à faire voler ses doigts sur l'instrument à la façon des nains, mais il pouvait au moins retrouver les gammes et les accords utilisés à gros traits. Puis, satisfait, il s'effondra de nouveau, pour la nuit.

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Arlün
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Re: La Taverne de l'Enclume Etincelante

Message par Arlün » dim. 11 janv. 2026 14:25

8.

Le lendemain, il se leva en entendant un bruit dans la "rue". Quelle heure était-il ? Sans soleil, sans ciel, il était incapable d'en juger. Mais en espionnant l'extérieur à travers ses volets, il conclut que la matinée était déjà assez avancée pour que tous les travailleurs soient à leur travail, et les quelques passants affairés n'avaient pas l'air de sortir du sommeil.

Arlün commença à tourner la poignée de sa porte, se rappela que d'un consensus général, la règle d'or de ses pérégrinations à l'étranger était : « porte au moins un pantalon », soupira parce qu'il avait déjà presque trop chaud dans la ville des nains, mais s'habilla malgré tout de son pantalon et de sa cape.

Il partit ainsi remplir son seau à la fontaine, salua quelques porteurs d'eau ou particuliers qui faisaient de même. La plupart répondirent par un grognement poli. Rentré dans sa chambre, il lapa une partie de l'eau puis fit un semblant d'ablution comme il put. Il fit ses besoins, alla vider le deuxième seau, demanda du pain et du fromage et s'enferma de nouveau dans sa chambre.

Cette fois-ci, il put prendre son temps. Il battait du pied sans la musique et essayait de retrouver la mélodie qui lui avait mis des fourmis dans la jambe la veille. Il cherchait à retrouver les mêmes effets. Il progressait à tâtons mais heureusement il avait l'oreille assez sûre et sa cervelle avait travaillé la nuit. Donc même s'il ne pouvait pas reproduire à la perfection la virtuosité des musiciens, quelqu'un qui aurait écouté la porte aurait pu entendre de fréquents « aha », « j'ai trouvé », ou « oui, c'est ça » et il aurait bien reconnu les airs traditionnels de taverne ou du moins leur forme générale.

Vers midi enfin, il recommanda pain et fromage mais cette fois-ci dans la grande salle. Maintenant qu'il était réveillé et qu'il pouvait tendre l'oreille, il savait quelle heure il était, parce que régulièrement on entendait un gong lointain, et il avait fini par comprendre que c'était l'heure qui était ainsi indiquée.

Assis à un coin de table, il avala son repas. Il serait bien resté davantage pour observer la salle et son ambiance bien différente du dernier soir, mais il avait quand même des visites à faire. Toshki et Verna partiraient dans trois ou quatre jours et il devait rendre visite aux fujoniens de l'armée. Pas sûr qu'il puisse les trouver disponibles en plein milieu de la journée mais au moins il pourrait repérer le chemin et peut-être organiser un rendez-vous moins impromptu.

Il s'arma donc de son archiluth et laissa la lance dans sa chambre, puis partit en vadrouille. Il trouva un garde qui répondit à sa question par un interrogatoire avant de bien vouloir lui indiquer le chemin quand il sembla qu'il n'était pas une menace terrible.

Arlün chercha donc un heaume à l'entrée des galeries, et en suivant ce signe, il finit par parvenir jusqu'à sa destination...

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