L'Auberge des Hommes Libres

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Akihito
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Re: L'Auberge des Hommes Libres

Message par Akihito » mer. 14 sept. 2022 11:38

Dans le chapitre précédent...

Interarc : Le rempart des innocents.

Chapitre XI.1 : L’inconnue connue.

Discussion avec Yliria, discussion avec Xël au sujet d'Aliaénon.

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Yliria
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Re: L'Auberge des Hommes Libres

Message par Yliria » mer. 14 sept. 2022 12:44

<< Précédemment


Installée à l’écart pour profiter d’un calme qui risquerait de vite se transformer en tempête, je jetai un bref coup d’œil à la salle avant de commander. En attendant que le repas arrive, je repris la lecture du livre confié par Sorinion avant mon départ et me laissai absorber par les récits et légendes décrites, sirotant distraitement mon verre d'hydromel. Je sentis sans mal qu'on me fixait, mais Alyah m'offrit sans mal la réponse à la question que je me posais avant même que je ne tourne la tête pour voir de quoi il s'agissait.

(Je pense qu'il a compris.)

Je soupirai doucement en tournant une page, essayant en vain de me concentrer sur les caractères du livre plutôt que sur ce qu'il se passait autour.

(Tu ne crois pas que tu exagères un peu ?)

(Je ne sais juste pas quoi lui dire. Je l'ai ignoré tout à l'heure.)

(C'était stupide.)

Je grognai intérieurement, mais je n'avais rien à répondre à ça. Avec un peu de recul, j'avais vite compris mon erreur, mais les choses avaient la fâcheuse tendance a toujours être plus faciles une fois qu'on y repensait plus tard. Je n'avais, malgré tout, toujours pas envie d'avoir cette conversation et retardais au maximum le moment où je serai inévitablement forcée de lever les yeux vers lui. Du mouvement attira mon attention du coin de l'œil et je sus qu'il était face à moi avant même qu'il n'ouvre la bouche pour prononcer mon prénom d'un ton interrogatif. J'inspirai lentement et refermai mon livre avant de lever les yeux vers lui.

- Akihito.

Je n'avais pas l'intention de paraître froide ou plus distante que nécessaire, alors je poussai mon livre sur le côté et désignai la chaise la plu proche d'un mouvement de poignet.

- Tu as l'air en forme. Assieds-toi si tu veux.

Il s'installa, face à moi, et je sentis bien qu'il m'étudiait et était incertain. Je ne voyais pas vraiment de solution immédiate et le laissai parler, poser ses questions. Je sentis sans mal que ce n'était pas la question qu'il voulait poser, qu'il se retenait.

- L'Opale m'envoie. L'explosion n'est pas passée inaperçue et cela inquiète, donc je suis venue voir de quoi il en retourne. Si tu as des informations...

Aliaénon... je hochai la tête en entendant qu'il n'avait pas plus d'informations que moi. Apparemment Xël était aussi de la partie, ce qui me fit me dire que j'allais sans doute revoir quelques têtes connues. Je n'étais pas pressée, les choses se dévoileraient en temps voulu. L'arrivée de mon repas coupa la conversation et je pris quelques bouchées alors qu'Akihito avait refusé de prendre lui-même un repas. Je relevai un regard étonné vers lui, ma cuillère a mi-chemin avec ma bouche lorsqu'il s'excusait de ne pas m'avoir reconnu plus tôt. Je reposai la cuillère dans l'assiette avant de répondre.

- Non, c'est à moi de te présenter mes excuses, j'aurais dû... je n'aurais pas dû réagir comme ça

Tout ça me restait finalement en travers de la gorge, quoi que j'en dise. Une part de moi leur tait reconnaissante, l'autre aurait simplement aimé avoir le choix.

- Tout ça n'a pas été... j'imagine que tu aimerais comprendre ?

Evidemment qu'il était curieux. Je haussai les épaules en sirotant une gorgée d'hydromel avant d'expliquer en quelques mots.

- Pendant l'ordalie, les dieux m'ont dit que ma magie avait changé et que je risquais gros à cause de ça, donc ils ont vieilli mon corps pour que je puisse encaisser ce qui, sinon, m'aurait été fatal.

Je ne précisai pas qu'ils me l'avaient expliqué après et que les jours qui avaient suivi avaient été une descente aux enfers à bien des niveaux.

- Comme tu peux voir, j'ai vieilli d'une trentaine d'année, à peu près.

Compliqué ? Je haussais les épaules, l'air de rien, n'ayant pas spécialement envie de revenir sur les jours entiers passés dans le noir à me morfondre, ni sur la crise existentielle qui avait suivi.

- C'est... ça va mieux maintenant, je m'y suis habituée.

Le choix ne m’avait pas vraiment été laissé, mais j'avais fait ce que j'avais pu.

- Et toi ?

Lui semblait s'en être bien sorti, du peu qu'il en dit. Mon cœur se serra traitreusement en l'entendant parler d'une belle rencontre qui l'avait fait passer à autre chose, mais je parvins à ne pas réagir et à manger tranquillement comme si de n'était. Passer à autre chose était la seule chose à faire pour tout le monde. Il commanda finalement à boire et j'observai d'un œil distrait la serveuse venir et repartir chercher sa commande.

- Tant mieux. Les choses s'apaisent peu à peu un peu partout. C'est rassurant.

Il ne restait plus qu'à espérer que cette explosion ne soit qu'un incident isolé et pas un prémice à quelque chose de catastrophique.

- Je ne pensais pas revenir ici... pas si tôt en tout cas.


Tout n'était pas si simple, j'en avais conscience et Akihito expliqua calmement que l'après-guerre n'était guère reluisant que les pays étaient morcelés ou exsangues. Je hochai simplement la tête, avouant ma totale méconnaissance de la politique de Nirtim. Je perçus son regard curieux concernant mon retour inattendu et je soupirai, terminant mon godet avant de m'en servir un deuxième.

- Tu sais ce que je veux dire. Nirtim est peut-être un continent agréable, mais je n'en ai pas vraiment de bons souvenirs. Je pensais régler les problèmes chez moi avant de venir les régler ici ou... ailleurs.

Cette mission me frustrait un peu. Je m'étais préparée à combattre Khonfas, à gérer les centaures qui devenaient plus entreprenants et retourner voir Lichia ensuite. Tout ça pour finir ici et potentiellement bien plus loin encore. Et sa présence remuait le couteau dans la plaie, pour ne rien arranger. Sirotant mon verre, je répondis sans hésitation à sa question. Heureusement que l'Opale était là. Mon retour avait été bien plus facile à vivre que n’importe où ailleurs.

- Oh oui, très bien. Je suis restée à Tulorim jusqu'à ce que je parte il y a quelques jours. C'était bon de rentrer... et toi ? Ta mère ?

Je souris doucement aux nouvelles concernant sa mère. Elle avait été gentille et j'étais contente qu'elle s'en soit sorti et se porte bien. Lorsqu'il me tendit sa coupe, je reniflai, un peu méfiante. Je me souvenais qu'il m'avait fait goûter quelque chose d'une façon similaire. Je pris finalement la coupe, le laissai la remplir avant d'y tremper les lèvres avant de hausser un sourcil en la lui rendant.

- Oui ça me dit quelque chose, mais je ne sais pas pourquoi.

Les souvenirs revinrent. Ceux de notre première rencontre fortuite dans cette auberge de Bouhen, avant que tout ne nous tombe dessus.

- Oh ! Je vois, c'est ça le praijo. Je n'y avais pas repensé. J'ai l'impression que ça remonte à une éternité.

Il n s'était pourtant pas passé tant de temps que cela, mais le temps semblait distordu parfois, lorsqu'on repensait au passé. Il s'en était passé des choses depuis, en effet. Tout était différent maintenant. Je souris lorsqu'il s'excusa de lever les yeux au ciel suite à une facétie d'Amy. Je lui fis signe que ce n'était rien.

- Je connais ça.

(Ben tiens...)

Je hochai la tête lorsqu'il affirma être content que j'aille bien, sans savoir si j'étais déçue ou soulagée qu'il souhaite quitter la table.

- Moi aussi je suis contente que tu ailles bien. On se verra sans doute bientôt.

- Sans doute. Je suis ici jusqu'à ce que l'expédition parte, donc si jamais, tu sais où me trouver. Bonne nuit Yli.

- Oh ? Je pensais que tu participerais

- Ah tu m'as mal compris, je pars aussi. Mais d'ici là, je dors dans l'auberge.

- Oh, je vois.

La maison de ses parents était partie en fumée après tout, rien d'étonnant à ce qu'il dorme ici.

- On se verra à la milice dans ce cas. Bonne nuit.

Je le regardai s’éloigner avec un pincement douloureux au cœur que j'ignorai de mon mieux et reposai les yeux sur mon livre. Je fermai les paupières une seconde avant de reprendre ma lecture en terminant de manger. Les choses venaient de se compliquer significativement.

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Yliria
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Re: L'Auberge des Hommes Libres

Message par Yliria » mer. 14 sept. 2022 12:51

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Le bruit soudain d'un doigt tapotant contre la table me fit relever la tête de mon livre et je haussai un sourcil en voyant qu'Akihito était revenu, et pas seul cette fois. A ses côtés se trouvaient Xël et une parfaite inconnue. Mon regard dévia de l'ynorien au kendran lorsque le premier me présenta au second et je hochai la tête en entendant que Xël pouvait peut-être nous renseigner sur Aliaénon.

- Xël, ça faisait un moment. Je ne dis pas non à quelques informations.

Je rangeai mon livre et leur fis signe de s'installer. Savoir à quoi nous attendre était primordial et, si j'étais surpris d'entendre que Xël avait déjà été sur place, entendre ce qu'il avait à dire allait être une bonne occasion de cerner dans quoi je m'embarquai. Je tournai le regard vers la femme qui semblait accompagner Xël. Elle venait aussi, peut-être ?

- Serez-vous aussi des nôtres ?

La femme, visiblement musicienne, s'éloigna, arguant qu'elle ne comptait pas venir et alla s'installer pour jouer un morceau, créant une atmosphère plus douce. Xël continuait de me fixer et je ne retins pas un sourire qui se dessina peu à peu sur mon visage face à son expression comique. Il semblait vraiment dubitatif et Akihito tenta de lui assurer que c'était bien moi sans entrer trop dans le détail.

- Une histoire inintéressante pour un autre jour, crois-moi. Je peux répondre à une question si tu n'es pas convaincu, mais moi j'aimerais savoir pourquoi tu as reçu la foudre d'Akihito ? Vous avez décidé de voir qui encaissait le mieux ?

Rien d'impossible, surtout du peu que j'avais vu de Xël. Je pris une gorgée d'hydromel et m'adossai à ma chaise, attendant la suite. Il avoua avoir utilisé la magie d’Akihito pour une expérience et ce dernier maugréa ne plus jamais rendre ce genre de service. Je retins un sourire amusé, écoutant plutôt Akihito demander des informations, approuvant de la tête.

- Je suis toute ouïe concernant Aliaénon. J'imagine beaucoup de choses mais je manque d'informations.

Xël expliqua que son premier voyage là-bas fut dû à une attaque d’Oaxaca qui avait réveillé de puissantes créatures, les Titans, autrefois enfermés par un dieu Sans-Visage, créant conflits et obligeant les aventuriers à s’y rendre une seconde fois. Il parla d’un dragon rose qui souhaitait combattre le sans visage et la troisième expédition avait eu pour but de le libérer, le tout se soldant par la destruction d’une tour où résidait les fluides spatiaux. Akihito et Xël discutèrent de la possibilité d’une nouvelle action d’Omyre, mais l’idée semblait peu probable au vue de l’état de l’empire après la défaite de leur Impératrice.

- Et Aliaénon dans son ensemble, c'est quel genre d'endroit ? A part les entités quasi divines, c'est un milieu hostile ?

- Ça l’est autant que Yuimen. Non. Quand même plus hostile depuis le réveil des Titans. Déjà il y a les territoires interdits, puis les chevaliers qui traquent le Sans-Visage et ceux qui le soutiennent, puis les dragons aussi…

- Dragon ? Dragon comme Cromax ou dragon comme le squamate des enfers ? On peut s'attendre à quelques problèmes avec ces fameux chevaliers également ?

Il y avait apparemment de vrais dragons sur place et la nouvelle ne m’enchantait guère. J’avais eu mon compte de lézard volant semeur de mort pour le restant de mes jours… Tout était différent là-bas et nous aurons à gérer avec les croyances locale, des dieux différents, pas de magie élémentaire.

- Comment ça, pas de magie élémentaire ?

- Comment ça, pas de magie élémentaire ?

Xël fit la grimace et je l’écoutai avec perplexité que les fluides présents sur Yuimen n’existaient tout simplement pas sur Aliaénon. Cela n’avait en soit rien d’étonnant. Pour avoir écouter l’histoire des Sindeldi de la bouche de Tanaëth, je savais que les règles de notre mond ne s’appliquaient pas forcément aux autres et inversement. Sur Aliaénon, la magie était partout et imprévisible…

- Donc en résumé... On peut lancer un sort mais n'importe quoi peut arriver ? Et bien ça ne me donne pas envie d'utiliser la magie...

Cela ne sembla pas enchanter Akihito plus que moi, mais Xël se contenta de hausser les épaules. Il y avait sans doute moyen d’y arriver, puisque les mages sur place ne faisait pas tut exploser au moindre sort. Cela restait une perspective peu engageante.

- ça fait sens, puisque les fluides n'existent pas... Cette perspective ne m'enchante guère, mais si tu en es revenu en un seul morceau c'est que ce n'est pas forcément catastrophique à chaque fois.

À la demande du fulguromancien, Xël expliqua encore quelques choses, comme d’où venait son pouvoir de portail, issu d’Aliaénon, qu’il fallait éviter une drogue nommée Thiir et que Simaya, celle qui était intervenu lors de la bataille, venait également d’Aliaénon.

- Je me demande ce qu'elle faisait là pile à ce moment...
Les coïncidences avaient le bon dos des fois, mais peut-être que c'en était réellement une. Cette escapade sur Aliaénon commençait à prendre une direction différente de ce que j'avais imaginé. L'idée d'avoir une magie complètement aléatoire ne m'enchantait pas du tout, mais que les mages sur place soient capables de prouesses de ce genre était tout aussi inquiétante. Rien ne garantissait qu'ils seraient de notre côté, après tout. Je dressai soudainement l'oreille en entendant quelques paroles chantées par la barde, confuse.

- Elle parle de ... ? Non rien, oubliez.

Pas la peine de revenir sur cet épisode, surtout maintenant. La réaction d'Akihito me fit serrer les dents, mais je n'ajoutai rien avant de me concentrer sur mon verre d'hydromel, ignorant le regard curieux de Xël et la brusque envie d'enfoncer l'instrument dans le gosier de la barde. Je n'avais soudainement plus qu'envie de monter dormir.

- Merci pour ces conseils Xël. J'espère que ce n'est qu'un incident isolé et malheureux.

On pouvait toujours rêver.

- Bon bref. Mais du coup, si les fluides ne servent à rien et qu'on utilise la magie ambiante ou quelque chose dans le genre, tout le monde peut faire de la magie ?

- Vu qu'il parle de mages spécifiquement, j'imagine que non, ce doit être comme sur Yuimen, certains peuvent, d'autres non.

- Ouais je dirais qu’il y a une sorte d’affinité pour pouvoir utiliser la magie. Tous n’étaient pas des mages mais la magie est présente partout. Prenons un exemple, Sibelle. Elle n’utilise pas de magie, pourtant c’est sur Aliaénon qu’elle s’est transformée en hippogriffe la première fois.

Je haussai un sourcil. Akihito sembla aussi surpris que moi par cette nouvelle.

- Sibelle peut se transformer en hippogriffe ? C'est... bizarre. J’espère que ce n'est pas fréquent, je n'ai pas envie de me transformer en poney ou en oiseau...

L’idée que toute cette histoire pouvait encore altérer mon corps ne m’enchantait guère. Lorsqu’Akihito se leva pour aller se coucher, je le suivis un instant des yeux avant de reporter mon attention sur Xël qui me demanda si j’avais d’autres questions. Je haussai les épaules. J’avais eu plus d’informations que je n’en espérais déjà, je n’en cherchai pas davantage.

- Non, pas vraiment. En as-tu ?

Il me demande si ce qu’il était arrivé était survenu subitement. Evidemment qu'il avait des questions à ce sujet.

- Oui, effet secondaire de l'ordalie. Pas trop eu le choix, tu noteras, mais je m'y suis fait, ça fait un moment maintenant.

Je ris doucement à l'idée parfaitement affreuse que j’’ai pu devenir rousse. Ce serait une catastrophe avec ma peau, il fallait l’admettre.

- T'imagines ? Une semi-shaakte rousse ? Quelle horreur. Je me serais rasé le crâne aussitôt.

- Ou blanche comme un cul.

- Oh ça m'aurait pas tant dérangé que ça, j'aurais eu moins de problèmes. Je fais avec ce que j'ai.

Je terminai mon verre avant de commander une nouvelle bouteille.

- Comment ça s'est passé de ton côté depuis ?

L’Ordalie sembla lui avoir été plus profitable. Il avait abandonné son projet de pourchasser les 13 survivants pour se concentrer sur la reconstruction plutôt que la destruction. Je hochai la tête, compréhensive.

- La vengeance, hein ? Ravie de voir que t'as pas sombré, Yuimen a besoin de gens comme toi.

- J’espère que je serais utile sur Aliaénon aussi, quoiqu’il s’y passe. Je tiens beaucoup à ce monde.

- On fera au mieux, ne t’en fais pas. Sauveur d'un monde ne te suffisait pas, t'as décidé de l'être pour un deuxième ?

- Techniquement… Je suis déjà un sauveur d’Aliaénon.

- Mille pardons, Héros sans frontière.

Je remerciai la serveuse venue m’apporter un nouveau pichet d’hydromel et remplis mon verre de nouveau, le sirotant distraitement.

- On t'aidera du mieux qu'on peut. Je peux pas te promettre beaucoup plus à l'heure actuelle.

Il inclina simplement la tête et commença à écrire une lettre tandis que je reportai mon attention sur mon livre avant que sa question ne me fasse de nouveau lever la tête.

- Et cette histoire avec ton frère, ou demi-frère. Ça en est où ?

Il me fallut quelques secondes pour comprendre de quoi il parlait. C’était cela qui l’avait fait me parler la première fois et cela m’était complètement sorti de la tête.

- Mon... Oh. Nulle part, je l'ai jamais croisé. Merci Gaïa pour ça, je doute d'avoir envie de croiser le moindre membre de ma famille. Je doute qu'ils me reconnaissent maintenant, ça a au moins ça de bon. Si tu tombes sur lui à nouveau, dis que je suis morte à la bataille de Kochii, ça m'arrangerait.

- Je mens très mal mais j’essaierai.

- Merci, c'est suffisant.

Sans rien ajouter, je replongeai dans la lecture de mon livre, ne levant la tête que pour le saluer lorsqu’il monta à son tour se coucher. Il faisait nuit noire dehors et bientôt je me retrouvai presque seule dans la grande salle. Je refermai mon livre et montai dans ma chambre, éclairant la pièce d’une sphère de lumière en m’allongeant sur le lit en soupirant. Les choses sérieuses allaient commencer probablement demain et je ne savais pas trop comment je devais me sentir face à tout cela.

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Jorus Kayne
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Re: L'Auberge des Hommes Libres

Message par Jorus Kayne » sam. 3 janv. 2026 16:34

X.2 Vivre le pas présent. (suite)

X.3 Ce que la route m’a laissé.


Le soir venu, je prends la direction de l’auberge. Une immense bâtisse haute de trois étages. La partie au niveau du sol dessert la taverne. Une salle immense où une importante quantité de gens y réside. L’ambiance est bonne et propice à une nuit agréable. Personne ne remarque spécifiquement ma présence, ce qui me permet d’être assez tranquille. Ayant déjà mangé dans ma journée, je n’ai pas spécialement faim et malgré le monde présent, j’obtiens sans problème une chambre. Celles-ci se situent dans les deux étages supérieurs de l’établissement. J’aurais préféré que la mienne soit au plus haut, mais qu’importe.

J’arrive finalement dans ma chambre. Une unique pièce avec une fenêtre, une chaise pour y poser mon sac près d’un bureau, une commode pour ranger les vêtements et un lit simple, tout comme l'est la décoration, minimaliste. Je largue mon sac, défais ma ceinture qui finit au sol en me dirigeant vers le lit, laisse tomber mes armes au pied dans un bruit assez important et me laisse choir sur ma couche.

J’ai d’un côté un sentiment de confort agréable, surtout après ma dernière nuit à Ashaar. D’un autre, mes pensées me rappellent précisément ce monde et tout ce qui s’y implique. Je me revois arriver dans la cave. Jouer la discrétion pendant qu’un début de chaos y a débuté. Les complications dans le canal. Notre retour chez Bergeac avec sa fille. Notre quête dans la Veine pour retrouver les autres. La confrontation avec le Soleil Noir. Puis c’est ma nuit avec Fanielle qui s’immisce dans mes pensées. Je la revois, son corps si particulier, l’absence d’élément physiologique dont je comprends à présent la raison. Cette nuit avec elle se fraie un chemin dans mon esprit, avec un souci du détail qui ne me laisse pas indifférent en ce moment.

(Je crois que je vais avoir besoin de prendre l’air.)

(Ce n’est pas une mauvaise idée. Là, si tu dors sur le ventre, la partie de tes hanches va être légèrement surélevée par rapport au reste du corps.)

(Quoi, que légèrement ?)

(Pfff, vantard !)

Je me relève et plutôt que de passer par la porte, je lorgne la fenêtre avec envie. Je ramasse mes armes de prédilection, parce que c’est loin d’être des couteaux à beurre. Il ne faudrait pas que quelqu’un ne me les dérobe. J’ouvre la fenêtre et entreprends de passer à l’extérieur. Mon excursion sur les toits est facilitée par la structure même par l’agencement de la toiture. Je n’ai aucun problème à me déplacer sans craindre de tomber. J’accède à l’étage supérieur à la simple force de mes mains. Je suis relativement haut, mais la cime du toit l’est davantage. Pourtant, la structure harmonieuse des toits oranais aux courbures souples et aux bords relevés, devient de plus en plus dure à atteindre. Cette dernière ascension nécessite un bond pour l’atteindre et en cas d’échec, c’est le vide qui tend son bras intangible pour se rattraper. Cela donne un vrai goût de défi, rapidement marqué par un événement marquant me concernant.

Alors que ma chambre transportait mon esprit sur Ashaar, les toits de l’auberge me guident sur Aliaénon. Cette quête qui a débuté ici, ces nombreuses rencontres, ces nombreux paysages. Egregor, premier gardien d’Esseroth et ses habitants dotés de magie prodigieuse. Le royaume Pâle avec ses individus à l’apparence particulière, ses harpies et Andy, le Titan du lac. A Maïssa qui s’est peut-être retourné au désert du Raa'ska. Efedafax l’ouessien avec qui j’ai partagé le corps et dont j’ai peut-être mal compris l’enjeu des siens et même des esprits trépassés d’Honoka et Thensoor de Jesuir. Mais ce plaisir de voir tant de lieux et d’être, apporte aussi son lot de désillusion avec la destruction de Fan-Ming. Le destin de Teruki et de sa femme, passé de seigneur d’une cité et de son d’un peuple, à conteur itinérant de l’histoire d’Aliaénon. Essertoh qui a vu l’affrontement final avec le Dragon Noir, fléau de notre monde sur le leur. Des dragons, autrefois alliés des hommes et désormais enfermés dans l’isolement, s’éloignant des hommes qui les ont atteint petit à petit avec le temps. Si ma rencontre avec le Veilleur ne s’est pas bien passée, je ne peux l’en vouloir de protéger les siens comme il l’a fait. Et enfin d’Elscar’Olth, où j’y ai passé mes derniers instants, auprès d’Ibn Al Sabbar, premier des Cadi Yangin et là où également Simaya a dû mettre fin à son existence mortelle pour autre chose. Je pense aux mages de cette cité A ces personnages si particuliers qui, ne paraissent pas agréable au premier abord, à l’image de Zacara dont les premiers échanges ont été compliqués, avant de profondément les apprécier. Ou même Vissélion qui, au fil de nos aventures en notre compagnie, a semble-t-il changé sa vision sur l’isolement magique de sa cité, durant notre périple à Andel’Ys et le mélange de mépris et d’incompréhension de la magie de ses habitants. Elsar’Olth, marquée non pas du Dragon Noir, mais de l’empreinte du Titan.

C’est d’ailleurs à cet endroit que je songe. Je m’y suis rendu à la toute première fois dans ce monde, affecté par les terres particulièrement inhospitalières de la Lande Noire. Peut-être que la magie qui a corrompu ces terres m’a également affecté le corps et que ma proximité avec le sceau à présent achevé sa tâche. De sa puissance magique unique qui a terminé de me modifier en profondeur. Après tout, mon corps est tout de même resté plusieurs jours sans mon esprit. Je songe à cette nuit, celle qui coïncide avec notre retour de la Savane Tanathéenne. De cette nuit marquée par la présence du sceau dans les songes qui m’ont accompagné. A ce combat contre mon double dans la prison de cristal. De ces fouets que je n’avais pas à ma rencontre avec moi-même et qui étaient présents au bout de cette étrange nuit.

Sur le toit de l’auberge d’Oranan, je contemple à présent la paume de mes mains. Cette cicatrice en forme de croix d’où provient un étrange phénomène. De primes abords, j’ai pris cela pour une malédiction, un mal dont je devais me soustraire. Avec le temps et grâce aux conseils de Zacara, j’ai pu changer ma façon d’appréhender ce qui m’arrivait. De revoir ma façon d’en faire usage, de les accepter, je pouvais en faire un don. Ce changement a peut-être débuté dans le désert du Raa’ska, durant notre combat pour protéger Messaliah. Menacé par le Dragon Noir juste au-dessus de moi et Ibn, j’avais usé de la magie en moi pour me donner la force de nous tirer de ce danger. Tout mon être s’était transformé, me donnant une allure très sombre, mais ce sont mes bras qui ont le plus été impacté. Tous semblaient corrects jusqu’au coude, mais à partir des l’avant-bras, des multiples lianes avaient pris place. Doté d’une force prodigieuse et d’une habileté sans pareille, je suis parvenu à nous extraire de la menace. Après cet événement, j’ai commencé à voir les fouets qui résident dans mes bras comme autre chose qu’un mal.

J’ai beaucoup travaillé sur la maîtrise de mes fouets, enfin… dans mes moments seuls. Zacara m’ayant fortement conseillé de les contrôler avant qu’eux ne me contrôlent. Pourtant, lorsque je les utilise en combat, j’ai toujours cette sensation de manquer de force et de précision. Si je suis plus efficace sans, je jouis tout de même d’une allonge assez exceptionnelle comparé à d’autres combattants. Le Garzock que j’ai affronté durant la bataille de Kochii, me serait plus facile à atteindre. Lui qui jouait avec l’allonge importante de son arme, maintenant j’en ai une plus longue que lui. Je me demande dailleurs ce qu’il lui est arrivé après la bataille.

Toujours est-il que j’éprouve une faiblesse en combat, mais pas en dehors. Je peux aisément user de mes fouets pour attraper bien des choses et si je n’en utilise qu’un, je peux atteindre des prises à près de six mètres. Dans ce cas précis, la cime du toit est trop facile. D’un geste fluide, j’attrape un des coins en pointes du toit et après un balancement, je tire sur mon fouet pour m’amener à bonne destination, atterrissant sur le dernier élément du toit et le plus haut. De là, j’ai une vue importante sur la cité. Je vois les nombreux déplacements guidés par les torches. J’entends le doux murmure des activités nocturnes et les acclamations joyeuses des fêtards. Je contemple le monde à mes pieds, prenant une position d’observateur privilégié. J’ai une petite pensée pour l’insecte qui nous a permis de revenir ici, qui se définit comme un observateur, mais la comparaison s’arrête là. Jouer avec la vie comme lui et les siens le font ne sera jamais une activité que j’entreprendrais. S’il a une raison de le faire, il s’est bien gardé de nous le dire et contrairement aux autres, je l’ai rapidement compris en partant en premier. D’ailleurs, ils devraient être de retour également depuis le temps.

J’étais parti pour comprendre la menace que représentait l’explosion du fluide sur Aliaénon, je suis revenu l’esprit chargé de mépris envers les dieux, la sérénité de savoir le Dragon Noir défait, ainsi qu’une énigme au creux de mes bras. Qu’étaient ces fouets au final ? Même si j’ai le sentiment que la magie du sceau de la Lande Noir y est pour quelque chose, un élément me perturbe. Une idée parasite qui refuse de s’extraire de mon esprit. Ces fouets sont apparus après notre retour à la vie. Après notre combat contre Justice. Après mon affrontement avec mon double. Mais alors, si la Lande m’a transformé, pourquoi mon double possédait-il déjà ces mêmes fouets, avant que la magie ne m'affecte ? Quelque chose de plus profond me cache la vérité. Un voile que je ne perçois pas. Pas encore du moins. Une énigme que je compte bien résoudre un jour. Mais avant cela, je dois retrouver Castamir. Elle était mon objectif après Kochii et les aléas des événements n’ont fait que retarder cette quête.

D’ailleurs, il n’y a pas que mes fouets que je ramène d’Aliaénon. M’asseyant sur le toit, je regarde au travers de mon monocle et prends une grande inspiration. J’ai la possibilité de savoir si j’ai, oui ou non, raison de croire qu’elle est encore en vie. Une conviction profonde cette fois-ci, pas un simple message à l’auberge, ou des échanges avec des marins du port.

« Montre-moi Castamir ! »

Le verre transparent devient de plus en plus opaque, mélangeant les couleurs et les formes pour enfin dévoiler une silhouette. Celle d’une taurionne, debout, les bras tenant quelque chose comme une pierre ou une balustrade d’un balcon. Il m’est difficile à dire, car hormis elle, tout est flou. Elle est toujours aussi belle, sa peau presque nue de tissus dévoilant ses formes agréables, le regard porté au loin. L’image s’estompe rapidement. Quelques secondes au mieux. Elles me suffiront à m’assurer que je ne me dirige pas en vain dans ce périple. La revoir me redonne l’envie de la retrouver, de comprendre la raison de son départ.

Peut-être que je ne resterais pas à Oranan aussi longtemps que prévu.


X.4 Même geste, autre voie.
Modifié en dernier par Jorus Kayne le dim. 4 janv. 2026 16:55, modifié 1 fois.

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Jorus Kayne
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Re: L'Auberge des Hommes Libres

Message par Jorus Kayne » dim. 4 janv. 2026 16:55

X.3 Ce que la route m’a laissé.

X.4 Même geste, autre voie.


Le lendemain matin, je me réveille pour la première fois sans craindre de devoir affronter un nouvel ennemi ou résoudre une énième crise. Mes yeux s’ouvrent aux chants des oiseaux. La douceur du soleil vient caresser l’intérieur de ma chambre, lui offrant une douce clarté. Je n’ai pas aussi bien dormi depuis longtemps. Je me laisse aller dans le lit, profitant de ces instants agréables, avant de me souvenir de la veille et des pensées qui m’ont accompagné. J’ai envie de retrouver Castamir, de reprendre mon chemin. Ce désir me donne la force de me lever de mon lit.

Je reprends mes habitudes, un peu délaissées durant mes séjours sur Aliaénon et Ashaar. J’étire mes bras et mes jambes, forçant mes membres à conserver leur élasticité. Mes bras sont mes armes. Aussi forts qu’ils soient, mes atouts au combat résident tout autant dans la souplesse dont ils font preuve, en particulier lorsque je frappe avec la vivacité d’un serpent. Je joue donc avec, la douleur pour simple compagnie, tirant sur mes membres pour maîtriser les limites de mon corps, avant d’aller à la rupture. Puis je prends quelques instants pour souffler, avant de poser mes mains au sol et de me redresser, cherchant l’équilibre parfait. Je n’ai pas fait cet exercice depuis longtemps, alors il me faut quelques répétitions pour arriver à aligner mon corps sans tomber. Certain son capable de rester des heures ainsi, de bouger voir courir avec les mains au sol. Si ce n’est pas mon cas, je reste capable de faire quelques mouvements de jambes.

(Quel est l’intérêt de cet exercice au juste ?)

(La maîtrise du corps passe par des jeux d’équilibre. En bougeant les jambes, je renforce non seulement mes bras, mais également mon sens de l’équilibre, mis à mal par les mouvements. Plus je serais maître de cet équilibre, moins je risque de tomber. La maîtrise du corps est primordiale. C’est mon maître qui me l’avait inculqué.)

Je reviens à penser à Panaka, celui qui m’a guidé sur la voie de l’harmonie. Nous nous étions séparés après la découverte d’un assassin à mes trousses et depuis, nos chemins ne se sont pas croisés. Que lui est-il arrivé depuis ? A-t-il eu vent des prouesses que j’ai réalisé ? Je me revois encore, peu après notre rencontre. Un matin, il m’avait offert une armure de cuir, faite avec des morceaux qui servaient de protection aux gobelins qui nous avaient attaqués plus tôt. Peu après cela, il m’a enseigné la nécessité de rechercher la perfection du corps, la souplesse des membres et la fluidité des mouvements. Une quête que je continue, avec une assiduité aussi fidèle que possible. L’un des exercices qu’il m'a présenté et auquel j’ai eu le plus de difficulté est bien le pont d’équilibre entre les chaises.

Ne disposant que d’une seule chaise, je m’aide du lit en lieu et place. Un pied sur le lit, l’autre sur la chaise. Les jambes tendues en "v" inversé, je me laisse descendre jusqu’à atteindre un grand écart. La première fois, Panaka avait poussé sur mon corps pour forcer cette position. A présent, je l’atteins sans trop de mal. C’est presque même trop facile. Alors pour mettre de la difficulté, j’ai besoin de poids supplémentaire. Mon sac ferait parfaitement l’affaire, mais hors d’atteinte. Du moins, pour mes bras. Un premier fouet vient l’attraper par une sangle, tandis qu’un autre attrape le bout du lit dans la direction opposée. Une prise nécessaire si je ne veux pas me faire emporter en tirant mon sac dans cette position. Lorsqu’il se trouve juste en dessous de moi, je soulève le tout et avec une immense difficulté pour conserver mon équilibre, je le dresse au-dessus de ma tête. Dans cette position, je force sur les muscles des jambes et des hanches pour tenir et mon corps doit sans cesse corriger les imperfections d’alignement qui me feraient tomber. Je parviens à tenir cette position une vingtaine de secondes au mieux, avant de m’accorder une pause de répit.

Je fais quelques exercices d’étirements habituels pour mes jambes, avant de m’entraîner au maniement de mes fouets. Atteindre des objets n’est aucunement une difficulté. J’ai vraiment le sentiment qu’il s’agit d’une extension de mes bras et en tant que tel, je maîtrise très nettement le geste. Du coup, je joue autrement. Le pied de lit est constitué d’un motif de bois formant une sorte de rosace. La réalisation est intéressante sans être d’une grande qualité de finition, mais les nombreux espaces ouverts m’intéressent particulièrement. Faisant sortir mes fouets comme on tisse du fil, je les fais aller et venir, sortant d’un trou pour pénétrer dans un autre. De la broderie en quelque sorte, mais pas avec le même matériau, ni le même effet d’ailleurs. Faire passer mon fouet de la sorte n’est pas si dur que cela, en prenant son temps. En revanche, mes fouets sont dotés d’un minimum de force, capables d’une certaine résistance face au bois qui subit cette constriction. Plus le fouet se déploie et plus il me faut gérer de mouvements sans quoi, la tension se fera croissante et le motif du pied de lit se brisera. Au final, il ne faut pas simplement laisser filer le fouet, il faut se concentrer sur chacune des courbes qu’il crée d’un trou à l’autre. Au bout d’un épuisement mental, je m’accorde une pause pour faire de même avec la main gauche, mais remarque assez rapidement qu’à l’image de mes mains, je suis plus à l’aise avec ma droite.

En un sens je suis content de moi. Même si je ne suis pas parvenu à déployer mon fouet dans toute sa longueur sur ce motif, j’ai trouvé un exercice intéressant pour parfaire ma maîtrise. Je vais vers la fenêtre, ouvre complètement le volet pour y laisser pleinement entrer la lumière et faire venir un vent de fraîcheur agréable aux premiers instants, avant que la sueur sur moi ne vienne me frigorifier presque sur place. Je remets rapidement mon plastron pour activer l’effet de ma broche dessus et profiter de la douce chaleur d’un feu. Puis je porte mon monocle à l’œil et lui fait la même demande que la veille. L’image se forme sur une taurionne déjà active de si bon matin. Quelle question. Ce n’est pas comme si elle pouvait se reposer complètement en seulement deux heures, là où les hommes ont besoin d’une nuit complète. Pourtant, la voir encore renforce mon envie de la retrouver. De comprendre la raison de son départ.

Après la disparition de son image et une grande inspiration, je rassemble mes affaires pour aller manger. Je me laisse tenter par un plat visuellement délicieux, servi à une table voisine. Un Yaki udon au bœuf. Lorsqu’on me sert mon plat, en plus de la viande se trouve de l’oignon, des carottes, ce qui semble être du chou, mais poussant probablement uniquement dans cette région du Nirtim, ainsi que des nouilles udon. Le tout est servi dans une assiette creuse et la simple présentation tient presque de l’art visuel. On est loin du bouillon servi à la grosse louche. Visuellement c’est bon, gustativement c’est merveilleux. Alors que je savoure mon plat, une conversation attire mon attention.

« …comme je te le dis, ils n’étaient pas près de l’attraper. Donc, en plus d’avoir foutu le camp après le fumigène, le nuage est resté sur place et en voulant l’attraper ils ont foutu plus de chaos. » Déclare un homme à son compagnon en ricanant.

L’individu est dans la soixantaine, dégarnie sur le dessus du crâne, il lui reste quelques cheveux blancs sur les côtés, juste assez pour justifier l’usage d’un peigne. Sa moustache particulièrement longue pend en bas du visage et rejoint une barbichette de même longueur. Assez fin, il est habillé assez sobrement par des vêtements aux manches amples et arbore l’attitude du vieillard qui adore partager les ragots. Son homologue est vraisemblablement plus jeune que lui, du moins en apparence. Ses cheveux courts limitant la présence de cheveux grisonnants. Il partage les mêmes vêtements, bien que sa corpulence beaucoup plus importante lui permette de bien profiter de l’ampleur du tissu. Il paraît plus concentrer de ce qu’il y a dans son assiette que les propos de son camarade. Sans moustache, barbiche, ou tout autre chichi au niveau du visage, c’est à croire qu’il craint de voir de la nourriture se perdre dans sa pilosité faciale.

« Pardonnez-moi. » Dis-je en me rapprochant de la table. « Vous avez parlé de fumigène. Qu’est-ce que c’est ? »

Le vieil homme me reluque des pieds à la tête, un rictus déplaisant sur le visage, avant de répliquer en reniflant.

« Est-ce ainsi que l’on s’adresse aux anciens ? Ha les jeunes générations. Plus aucun respect pour leurs prédécesseurs. Ils préfèrent se pavaner dans la rue sans l'étincelle d’aventure dans les yeux. » Déclare-t-il en se détournant de moi.

« Vous… vous avez raison, je manque aux convenances. Bonjour, je me nomme Jorus Kayne, ravis de vous… » Fais-je avant d’être interrompu brutalement.

« Vous avez dit Jorus Kayne ? "LE" Jorus Kayne ? » M’interroge-t-il en m’attrapant par le col.

« Oui… pourquoi ? » Dis-je hésitant avant de répliquer. « Je vous dois de l’argent ? »

« Vous êtes un des survivants de Kochii. Un sauveur de Yuimen ! » S’exclame-t-il en changeant brusquement d’attitude avec moi. « T’entends ça ? » Demande-t-il à son compagnon bedonnant, qui ne porte d’intérêt qu’à son assiette. « Ha, vous occupez pas de celui-là. Il est sourd comme un pot ! »

« Mais vous n’étiez pas en train de parler ? »

« Ha ! Ce qu’il me plaît chez lui c’est qu’il ne m’interrompt jamais lorsque je parle ! Hahaha ! Sauveur de Yuimen, venez donc nous rejoindre à notre table. »

M’exécutant, je les rejoint tout deux et évoque cette conversation.

« Vous parliez à l’instant d’une histoire avec une fumée. Qu’est-ce que c’est ? »

« Hoho ! Vous ne connaissez pas les fumigènes jeune homme ? C’est une spécialité d’ici. Le maître artificier Uzuki connaît l’art subtil des fumigènes. Des explosions de poudre qui génère des fumées opaques plus ou moins large. Il y a justement eu une… comment devrais-je le définir ? Une exfiltration à haut risque ! Hahaha ! » Rit-il à pleins poumons. « La femme du voisin du beau-frère de mon neveu m’a raconté qu’un jeune homme a rejoint sa dulcinée dans sa chambre, pour y passer une nuit très agréable. Sauf que la dite chambre se trouve sous le toit familiale et qu’au moment de sortir… je parle de la chambre hein. » Continue-t-il avec un large sourire. « Donc au moment de sortir, il est tombé avec une des personnes de la demeure qui a rapidement appelé à l’aide. S’en est suivi une course-poursuite jusqu’à la cuisine, où il a utilisé un fumigène pour couvrir sa fuite par la fenêtre. Ca a fait un boucans pas possible en voulant l’attraper sans le voir. Au final, la gamine a fini par s’expliquer. Ha ! Qu’est-ce que j’aurais aimé être présent ! Ha ces jeunes, ils transforment la moindre escapade en légende ! »

« Et donc ces fumigènes, on peut en trouver ? » Dis-je curieux.

« Pour sûr, la boutique se trouve en dehors de la cité. Vous prenez la direction du temple de Riyo et vous passez à droite au puits. Je connais bien le lieu puisque figurez-vous que le cousin de mon défunt oncle avait une demi-sœur qui passait son temps à lancer des ragots. Hé bien figurez-vous que l’amie de celle-ci se faisait justement courtiser dans son enfance, par le frère du potier qui… » Raconte-t-il alors que j’ai déjà oublié qui était le cousin de qui dans m’affaire.

Bref, je fais mine de m’intéresser à l’histoire, avant de prétexter devoir me rendre à la milice dans la matinée, pour une affaire relevant de la sécurité d’Oranan. Je quitte sans plus attendre l’auberge en me disant que cette fois-ci, il pourra raconter une histoire sans avoir à passer par le cousin de son neveu par alliance. Ou pas.

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