Les Bateaux Pirates (X1)

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 23 août 2020 00:53

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Derniers jours en mer.

Le départ de Bouhen se fit au matin du cinquième jour, alors que la ville était encore endormie et qu'une légère brume recouvrait la mer et les alentours du port. J'avais demandé à être réveillée pour participer, aidant dans la mâture à déployer les voiles dès que Makan en donnerait l'ordre. La brise était légère et fraîche, le temps, semblait-il, serait radieux, et tous les marins étaient heureux de reprendre la mer après ces quelques jours de pause sur terre. Ils en avaient même profité pour recruter quelques gars à qui l'aventure semblait plus intéressante que la vie de citadins. Ou peut-être étaient-ils mercenaires ? Toujours était-il que l'un d'entre eux me regardait étrangement, et cela ne me plut guère. Je ne savais pas vraiment déchiffrer les expressions des inconnus, mais la lueur que j'avais pu percevoir dans son regard ne me disait rien qui vaille. Peut-être étais-je trop sur mes gardes, avec cette histoire concernant Kisp. Je devenais paranoïaque, voyant le mal partout là où il n'y avait que de la curiosité. J'essayai de m'en convaincre, sans vraiment réussir à faire taire ce mauvais pressentiment qui ne me quitta plus une fois le port quitté.

En sortant de Bouhen, le navire prit plein nord en longeant la fameuse côte de la Baie des Grottes. Il ne faudrait que quelques jours pour atteindre l'endroit prévu et je profitai de ce moment pour vérifier l'état de mes affaires et de mes réserves. Le cuisinier avait gentiment prévu de me donner quelques denrées périssables, notamment les fameux citrons, et je passai quelques heures à nettoyer armes et armures après notre départ, pour être sûr que l'air marin n'allait pas complètement ruiner le métal qui les composait. Une fois cela fait, je passai un moment à observer la côte depuis le pont du navire. Beaucoup de falaises, de pentes escarpées et de rochers bloquant tout moyen d'approche en navire. Je comprenais pourquoi Akram ne voulait pas s'approcher du rivage avec son navire. Les eaux semblaient dangereuses dans le coin, avec de forts courants qui pouvaient être traîtres.

La matinée passa dans un calme absolu, bien loin de l'effervescence qu'avait pu être le premier départ et, comme à chaque fois qu'ils quittaient le port, les marins préparèrent une soirée avec alcool coulant à flot. J'observai avec un sourire Jonas et Elvia remonter les caisses emplies de bouteilles, allant leur donner un coup de main lorsque je compris que la fête serait un peu différente cette fois. Akram et ses hommes allaient monter à bord, et je devais m'occuper l'esprit avant de me mettre à psychoter en redoutant ce qui pouvait se produire si ce type se mettait en tête de m'importuner pendant la soirée.

L'après-midi, comme pour le rendez-vous sur son navire, une passerelle fut installée entre les deux bâtiment et Akram et quelques-uns de ses hommes montèrent à bord sous le regard meurtrier d'Elvia et celui inquiet de Jonas. Occupée à parler avec Makan concernant la suite des événements, je ne l'entendis pas approcher et m’aperçus de ma présence qu'en voyant le regard de Makan se plisser avant qu'une main ne glisse le long de mon dos jusqu'à mon épaule. Je ne retins pas une grimace de dégoût et me retournai, le foudroyant du regard alors qu'il souriait d'une manière qui voulait probablement innocente. Ce type me tapait sur les nerfs. Si je n'avais pas un accord avec lui je lui aurait enfoncé mon pied dans son entrejambe pour lui faire comprendre ma façon de voir les choses. J’empoignai sa main et l'ôtai de mon épaule, non sans la serrer plus que de raison, voyant avec satisfaction une légère grimace de douleur passer sur son visage.

- Sacrée poigne... Ravi de passer cette soirée à bord, Makan. Yliria, toujours un plaisir.

Je ne répondis pas, me contentant de lui lancer un regard mauvais qui ne fit qu'accentuer son sourire. Makan fut appelé ailleurs et le Sang-pourpre en profita pour se pencher vers moi.

- Tu devrais te montrer plus accueillante, je pourrai parler de la prime à tout moment.

- Faites donc, je me ferais un plaisir de vous le faire regretter.

- Si agressive... Alors que nous pourrions être si proches...

- Le genre de proximité que vous voulez me répugne au plus haut point. Tenez-vous loin de moi Akram, je ne plaisante pas.

Il haussa un sourcil et s'approcha, me forçant à reculer jusqu'à ce que le mât ne bloque ma fuite. IL approcha son visage bien trop près du mien et posa une main près de ma tête, l'autre m'empoignant la hanche. Avant même que je n'ouvre la bouche, un sourire apparut sur son visage.

- Si je voulais, je pourrais t'obtenir dès maintenant. Tu as peut-être un caractère de teigne, mais tu restes une femme, et je sais parfaitement comment m'y prendre.

Il était beaucoup trop près. Sa main sur ma hanche n'avait rien d'anodin, mais je ne parvenais pas à esquisser le moindre geste, j'étais complètement tétanisée. Je me rendis compte que, bien plus que la gêne, c'était la peur qui m'empêchait de faire le moindre mouvement. Il avait un regard qui me fichait la trouille et la sensation de sa main qui se glissai sous ma chemise pour empoigner ma hanche à même la peau me fit trembler. Ce type....

- Ne soit pas trop prompte à me menacer, Yliria, tu n'es vraiment pas de taille face à moi. Tâchons plutôt de passer une bonne soirée...

Il avait dit ça en murmurant, sa bouche collée à mon oreille et lorsqu'il dévia vers mon visage, je restai pétrifiée et fermai les yeux avant de le sentir s'écarter. Mes jambes me lâchèrent je me retrouvai affalée sur le pont, le dos posé contre le mât alors qu'il s'éloignait, non sans m'offrir un dernier sourire. J'avais le souffle court et je sentais encore sa main sur ma hanche, faisant redoubler les tremblements de mes mains. Merde... Comment il pouvait me faire me sentir aussi impuissante... J'allais tuer ce sale...

(Yliria ! Respire, calme toi!)

- AKRAM !

Il se retourna alors que je me relevai et son sourire me mis hors de moi. Sous les exclamations surprises des marins, une lame de feu se forgea dans ma main alors que je me ruai sur le Sang-pourpre. Il tira son sabre mais les flammes de ma lame léchèrent sa gorge avant qu'il n'ait le temps de tirer complètement son arme de son fourreau. Il me toisait, mais l'amusement avait complètement quitté ses traits cette fois.

- Essayez encore un truc dans ce genre, et je vous jure que je vous tue !

Je restai ainsi quelques instants avant de tourner les talons en éteignant les flammes de ma main. Je me ruai jusqu'à mon hamac et m'y blottis sans avoir la moindre envie d'en sortir pour le reste de la soirée. Il m'avait terrifié sur le pont, et je détestai ça.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 23 août 2020 01:01

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J'étais restée dans mon hamac tout le reste de la journée. Je ne voulais pas revoir cet enfoiré, je ne voulais pas faire face et je voulais surtout ne pas apercevoir son sourire satisfait. Il avait gagné, il m'avait vraiment fait peur et je n'arrivais simplement pas à comprendre comment cela était possible. En fermant les yeux je pouvais revoir son satané sourire et l'image de sa main sur ma hanche me donnait la nausée et des tremblements que j'avais du mal à contrôler. Merde...

(Calme-toi, respire...)

(J'essaie figure-toi ! Pourquoi je me sens comme ça ? Il ne m'aurait rien fait, pas sur le pont devant tout le monde et je... j'ai pas réussi à me défendre.. Alyah... j'ai pas su... J'y arrivais pas...)

(Ce type te cherche depuis que tu l'as rencontré et, honnêtement, je pense que tu as très bien réagi.)

(C'est vrai?)

(Oui. Essaie de te calmer, concentre toi et use de ta magie, apaise-toi, repose-toi et on en reparlera demain quand tu seras un peu moins sur les nerfs. D'accord?)

Je hochai la tête et fit ce qu'elle recommandait. Je finis par me sentir mois mal après un certain temps et parvins finalement à fermer les yeux sans que mon cœur ne se mette à tambouriner dans ma poitrine. Je me calmai peu à peu, sombrant dans une somnolence bienvenue, éloignant enfin les problèmes de mon esprit le temps de quelques heures. J'entendais même quelqu'un murmurer mon prénom d'une voix douce. Je finis par ouvrir les yeux en papillonnant légèrement, la tête encore alourdie par le sommeil avant de comprendre que la voix était celle d'Elvia qui était penchée au dessus de moi, un sourire aux lèvres et le regard légèrement amusé.

- T'es mignonne quand tu dors, tu marmonnes et tu te roules en boule.

- Ne te moque pas...

- Loin de moi cette idée. Je venais te chercher, les autres t'attendent.

- Ils m'attendent ? Pour ?

- La soirée ! Apparemment tu as promis une danse et plusieurs marins refusent de commencer sans toi. On a vu ce qu'il s'est passé avec l'autre enfoiré et il se tiendra loin de toi... Ne gâche pas ta soirée à cause de lui, apparemment tu avais aimé la première. Enfin c'est ce que Georg a dit. Sinon tu laisses Akram gagner.

Je soupirai, mais finis par me lever. Elle avait raison, je jouais le jeu du Sang-Pourpre en étant aussi vulnérable, je devais lui montrer que ce qu'il faisait ne m'atteignait pas. Je suivis Elvia sur le pont après avoir soigneusement caché ma dague sous une de mes manches. Si quelque chose se produisait de nouveau, je voulais être capable de réagir immédiatement cette fois. Il régnait une ambiance étrange sur le pont. Akram et ses hommes semblaient parfaitement détendus mais ceux de Makan semblaient bien moins à l'aise et je pus percevoir quelques regards hostiles avant que le capitaine ne me donne une bonne tape dans le dos, me faisant presque tomber et réussissant à m'arracher une grimace de douleur alors qu'il s'exclamait.

- Ah bah enfin ! Allez les gars, la crevette est là, on peut picoler. !

Des exclamations ravies lui répondirent alors que je lui jetai un regard outré, la bouche ouverte pour lui demander de cesser avec ce surnom ridicule, sans parvenir à me faire entendre face au vacarme qui régnait à présent sur le pont. Je soupirai et jetai un regard noir à Makan qui se contenta d'un sourire narquois pour toute réponse. Comme la première fois, une musique s'éleva, quelques marins ayant sortis leurs instruments, et la fête démarra véritablement lorsque les premières pintes furent terminées et que les pirates se mirent à chanter aussi fort qu'ils le pouvaient. J'observai la chose, un sourire aux lèvres, ne préférant ne pas toucher à la pinte qu'on m'avait offerte. Rien que l'odeur me donnait le tournis, je préférais ne pas essayer d'y tremper les lèvres au risque de finir avec une migraine comme la dernière fois. Jonas et Elvia s'embrassait dans un coin du navire, Makan semblait occuper à vider des pintes aussi vite que son bras lui permettait d'atteindre sa bouche et beaucoup d'autres semblaient partis pour s'enivrer à l'excès.

- Alors ? On fait bande à part ?

Je tournai la tête vers Georg qui affichait un large sourire avant de hausser les sourcils en voyant ma pinte pleine. Il s'assit à côté de moi, bu une gorgée des sa propre boisson avant de tourner la tête vers moi.

- T'sais, gamine, tu devrais profiter un peu plus.

- L'alcool ça ne me plaît pas trop...

- J'te parle pas d'ça... 'fin pas que. J'connais pas ta vie, ton passé et, honnêtement, ça m'regarde pas, mais c'que j'vois, c'est que t'es toujours sur la réserve. Jamais tu te laisses aller, sauf quand t'es énervée, comme tout à l'heure. Tu crois pas que tu devrais un peu plus vivre comme ça te chante ?

- Je le fais déjà.

- Non. Nous on le fait, on est libre, vraiment libre. Toi, gamine, t'as encore des trucs qui t'empêchent de vivre, de profiter. J'parle pas de cette ordure de sang-pourpre ou l'autre pourri qui t'en veux, c'est autre chose. Ça se voit, que t'es pas libre là-dedans.

Il me tapota la tempe de son index et je repoussai sa main en grognant, lui tirant un sourire amusé.

- T'es bien philosophique quand tu bois, toi... Et vu que je ne suis pas libre, soit-disant, que me conseilles-tu ?

- Ah, ça, c'est tout le sel. C'est pas à moi de te dire comment faire, c'est à toi de trouver.

- Tu n'aides vraiment pas...

- Bon, bon, je vais t'aider... Tu me dois une danse, à ce propos.

Il se leva et me tendit la main, un sourire aux lèvres et je la pris après une légère hésitation. Il me tira jusqu'au centre du navire et la musique changea brusquement alors que plusieurs marins nous regardaient. Je voulus m'écarter mais il serra ma main plus fermement. Je commençai à paniquer lorsqu'il s'approcha, et il dut le sentir.

- Détends-toi, gamine. On va simplement danser.

- Quoi ? Mais je... je sais pas... Et les autres ...

- Oublie les autres un moment. Je te l'ai dit, gamine, t'es pas libre dans ta tête, faut que t'arrives à surpasser ça, tout ce qui te retiens. C'est juste une danse, et une amusante de surcroît. Tu m'fais confiance ?

- Non ! Mais bon je vais faire comme si...

- Tu me blesses. Donnes-moi ton autre main et suis juste le mouvement, je te guiderai. Allez !

Je m'exécutai non sans une certaine appréhension. Danser au Cirque ça n'avait rien à voir. J'y dansais seul, avec ma lame et mes flammes, j'apprenais à danser, je retenais une chorégraphie, m'entraînai pour la maîtriser les yeux fermés. Là, je devais juste suivre les mouvement de Georg et ses instructions à peine soufflées alors que la musique et les chants n'aidaient absolument pas. La danse était pourtant si simple. Tourner l'un en face de l'autre, lever le genoux gauche, tourner à nouveau, croiser les bras. Lorsqu'il lâcha ma main et me fit tourner une fois sur moi-même je faillis presque trébucher, un peu surprise, avant de récupérer sa main et croiser son regard amusé et son large sourire.

- Cela t'amuse hein ?

- Évidemment ! Pas toi ?

Je devais reconnaître que si. La musique accélérait, tout comme notre danse et je me laissai finalement aller. Cela ma rappelait les rondes que mon père me faisait danser quand j'étais petite. C'était plus bruyant et moins intimiste, mais je m'amusai ce soir-là. J'oubliais tout pendant un instant, et ça me fit du bien de ne penser à rien. Je n'osais pas l'avouer, mais il,avait raison. Tout ce qui me retenait, c'était dans ma tête. Étais-je simplement capable de passer outre ? J'en doutais.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 23 août 2020 01:12

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La danse avec Georg avait duré un moment et se termina par une parodie de révérence de sa part, me tirant un sourire amusé alors que d'autres pirates voulaient à leur tour une danse. Georg les repoussa, arguant avec une totale mauvaise foi qu'il était mon seul et unique cavalier et qu'il ne partageait pas. Elvia aussi eut droit à tout un cortège de demandes et se prêta davantage au jeu sous le regard désabusé de Jonas qui finit par l'inviter sous les sifflets de tous les pirates, certains demandant expressément au jeune couple de leur montrer ce qu'ils savaient faire. Je levai les yeux au ciel et bus par mimétisme une gorgée de la pinte que Georg m'avait mise dans les mains. L'alcool me brûla la gorge, faisant rire quelques marins lorsque je toussai par sa faute. Georg me tapota le dos en se moquant et, par fierté, j'en repris en le défiant du regard, le faisant rire de plus belle.

La nuit avançait peu à peu et je m'étais un peu laissée aller, à dire vrai. J'avais fini la première pinte et serrai distraitement la seconde en écoutant les chants des marins, suivant la mélodie en bougeant la tête, applaudissant parfois, mais étant incapable de retenir les paroles d'une seule chanson, hélas. Si la plupart était en langue commune, l'une d'elle ne l'était pas, apparemment chantée en ynorien, elle racontait l'histoire de deux dragons des mers qui s'étaient battus pour le cœur de l'océan lui-même. Tout cela ressemblait à une tragique histoire d'amour, finalement, mais l'air étant entraînant malgré les traductions approximatives d'un Georg qui commençait à tituber, je la suivis avec un certain plaisir. La soirée se passait bien. Jusqu'à ce que...

- Allez ! Montrez-moi c'que vous savez faire bande de gouffres à chiasse. Couteau, cible, trois essais, allez !!

Makan avait hurlé ça à l'intention son équipage et beaucoup grognèrent, visiblement peu emballés à l'idée de jeter des couteaux sur une planche de bois. Nombreux étaient ceux ayant déjà bien bu, aussi je doutais quelque peu de l'idée, persuadée que cela finirait simplement avec des blessés. Pourtant quelques-uns se levèrent et commencèrent à installer le matériel avec toujours une pinte à portée ou à la main. J'étais malgré tout un peu curieuse, n'ayant jamais profité des moments de calme pour observer les pirates lancer ainsi leurs dagues. Les deux premiers ne touchèrent même pas la cible, ne récoltant que les rires et les moqueries de leurs compagnons. D'autres touchèrent avec le manche, mais j'observai bien plus en détail Georg, qui, je le savais, maniait très bien ses couteaux et les lançait d'ordinaire avec une précision redoutable. Le voir tituber en s'avançant me fit me demander s'il saurait ne serait-ce que tenir debout, mais il prit son couteau par la lame. J'observai comment il le tenait, le côté de la lame face à lui, le pouce d'un côté et tous les autres de l'autre. Il prit appui sur sa jambe droite en avançant la gauche, plia le coude jusqu'à ce que le couteau soit près de son oreille et le lança rapidement.

La lame se ficha profondément dans la cible. Pas en son centre, mais clairement bien plus près que n'importe qui avant lui. Il y eut quelques sifflets, mais les autres participants ne bronchèrent pas. J'en vis même quelques-uns croiser les bras, un air attentif sur le visage. Je n'étais apparemment pas la seule à l'observer. Le deuxième lancer fut légèrement différent puisqu'il ne plia pas autant son coude et sa main se retrouva plus haut que sa tête cette fois. En lançant, je le vis se pencher légèrement en avant et accompagner le mouvement de son arme qui se ficha encore un peu plus près du centre. Il y eut quelques grognements et un large sourire s'afficha sur le visage de Gerog. Le troisième lancer fut dans la même veine et quelques-uns abandonnèrent. Je me levai à mon tour, avec l'intention d'essayer. Après tout, cela pouvait être extrêmement utile pour tenir un ennemi en respect le temps de m'équiper correctement ou pour en blesser un s'ils étaient plus nombreux que moi.

Je me mis devant la cible, à la même distance et mimai les gestes de Georg, calant ma lame entre mes doigts, pliant le coude avant de le lancer d'un geste un peu trop brusque. Si la dague parti, elle rata complètement la cible et m'entailla le pouce sur toute sa longueur dans le processus. Je lâchai un juron sous quelques rires des pirates et allai ramasser ma lame avant de refermer la plaie avec un peu de fluides. Je n'avais pas du tout envie de retenter la chose de la même façon et choisi plutôt de saisir la dague par le manche. Elle était trop tranchante pour que je la prenne par la lame. Je gardai la même posture en tenant fermement le manche, pliant à nouveau le coude avant de lancer la lame d'un geste fluide. Si la dague parti sans me blesser cette fois, elle ne tourna pas assez vite et c'est le manche qui cogna contre la cible en bois, provoquant à nouveau quelques rires. Je partis la récupérer tout en réfléchissant à comment la faire tourner plus vite. Ce n'était probablement qu'un jeu avec le poignet, mais sans plus d'indications, je ne parvenais pas à trouver comment bien le faire et le troisième lancer échoua tout aussi lamentablement que le second.

Je récupérai ma dague en haussant les épaules, ayant bien l'intention de tenter la chose plus tard, avec un peu plus de sérieux et un peu moins d'alcool dans le corps. Georg fut déclaré grand vainqueur, mais un des pirates eut alors une fabuleuse idée qui me fit grincer des dents.

- Dernier lancer, celui qui gagne roule une galoche à Yliria !

- C'est hors de question !

- Fais pas ta rabat-joie !

- Quoi ?! Mais j'ai pas envie, j'ai...

- Ah, Georg s'y met avec enthousiasme !

Je jetai un regard noir au concerné qui osa me faire un clin d’œil avant de lancer son couteau. Toujours pas au centre, mais personne ne pouvait faire mieux que lui et j'échouai lamentablement lorsque je tentai ma chance pour ne pas à subir cette punition. Georg s'avança alors sous le regard de tout l'équipage alors que je le menaçai, le doigt pointé vers lui.

- Un pas, et je te crame les cheveux... Georg, je suis sérieuse...

- Un instant ! Je veux jouer aussi pour lui éviter ça. Solidarité féminine !

Je tournai un regard suppliant vers Elvia qui me fit un clin d’œil avant de tendre la main pour prendre un couteau en lançant un sourire moqueur à Georg. Elle le prit de l'exacte même façon que je le faisais, par le manche, mais plia encore davantage le poignet et bloqua son coude à la fin de son lancer. Le couteau fila comme un flèche et se planta en plein centre sous les exclamations des pirates et mes applaudissements. Je jetai un regard narquois à Georg qui haussa simplement les épaules

- Comme si je voulais embrasser une crevette. Les fruits de mer, c'est juste bon dans l'assiette.

Je lui offris un simple sourire moqueur, bien trop contente d'échapper à cela, avant de me tourner vers Elia, un sourire plus large sur le visage.

- Merci, je l'ai échappée belle, je te revaudrais ça.

- J'te le fais pas dire.

Elle approcha, un sourire narquois sur les lèvres et, par instinct, je fis un pas en arrière, méfiante, mais elle fut plus rapide que moi, m'attrapa la taille d'une main et passa son autre main derrière ma tête en murmurant.

- J'ai bien le droit à ma récompense non ? Laisse-toi aller.

Et, sans prévenir, elle colla ses lèvres contre les miennes sous les sifflets des marins. Ça n'avait rien à voir avec le baiser timide que j'avais échangé il y a longtemps avec Vyrl. Elle pressait ses lèvres, les entrouvrait pour presque aspirer les miennes tout en me collant contre son corps. Je me figeai, complètement prise de court, les yeux écarquillés alors qu'elle gardait les siens fermés. Je ne savais pas ce qui était le plus étrange, qu'une fille m'embrasse, ou que ce soit honnêtement très agréable, au point que je fermai les yeux aussi, lui rendant son baiser. Je ne savais pas ce que je faisais, je l'imitai bêtement, sans même comprendre pourquoi j'en étais venu à accepter la chose alors que je la refusais deux secondes plus tôt. J'aimais ça, et c'était perturbant.

(Mets la langue! On veut une vraie galoche !)

Je grognai mentalement et finis par m'écarter, le souffle court et le visage en feu. Alyah ricanait dans mon esprit, et quelques marins applaudissaient autour de nous, arguant que la vision valait largement toutes ces semaines en mer. J'eus envie de me cacher pour le restant de mes jours et je fis brusquement demi-tour pour disparaître dans mes quartiers après qu'Elvia m'ait fait un clin d’œil sous le regard abasourdi de Jonas. Cette soirée c'était n'importe quoi...

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 30 août 2020 18:35

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La fin du voyage

Je me réveillai avec une sensation désagréable dans la bouche et un mal de ventre croissant. Je soupirai en constatant que ce deuxième point n'était en aucun cas lié à la soirée d'hier soir. On était cette période du mois... Je soupirai et me levai, fouillant dans mes affaire pour utiliser un tissu propre pour nettoyer et éviter que cela ne soit visible. C'était bien le genre de choses dont j'aurai pu me passer. Une fois propre, je montai sur le pont, d'assez mauvaise humeur alors que me mon esprit remettait en place les éléments de la nuit dernière. Et évidemment les dizaines de sourires qui m’accueillirent sur le pont n'allaientt clairement pas me faire oublier ce qui s'était passé. Je les ignorai autant que je le pouvais, me servant un grand godet d'eau claire pour m'éclaircir les idées. Je croisai Elvia en allant vers la proue et notre échange de regard fut gênant et silencieux avant qu'on ouvre la bouche en même temps.

- Euh je...

- Je voulais...

On pouffa en même temps et je soupirai, me sentant mal à l'aise et un peu ridicule, à me gratter la tête d'un air gêné face à elle.

- Je vais pas te dire que je suis désolée, parce que ce serait mentir, mais excuse-moi, je me suis laissée emporter, avec l'alcool et tout ça..

- C'est pas grave... C'était pas si mal...

- Pas si mal ? Tu me vexes ! Ton premier ?

- D'accord, c'était super, contente ? Et non, mais c'est pas important … Et Jonas ?

- Jonas ? Il a profité du spectacle et... de fil en aiguille pour me faire pardonner ce petit écart...

- C'est bon, j'ai compris, je ne veux rien savoir de plus.

- Petite prude !

Je lui tirai la langue et la gêne installée se dissipa rapidement, à mon plus grand soulagement. C'était l'alcool qui nous avait fait faire n'importe quoi, rien de plus. Si les regards des marins restèrent amusés, personne ne fit le moindre commentaire et je pus passer la journée à récupérer de la courte nuit et des douleurs que je ressentais dans le ventre. Je tentai d'user de mes fluides pour réduire la douleur, mais c'était superflu, bien trop léger pour être véritablement efficace, je pris donc mon mal en patience, comme à chaque fois que cela arrivait. Installée à la proue, j'observai la mer, assise sur la rambarde du navire, profitant de l'air marin.

- Navire en vue ! Aucun pavillon !

Je scrutai l'horizon jusqu'à l'apercevoir. Comparé à celui de Makan, il ne payait pas de mine et le navire d'Akram voguait non loin, je doutais que quoi que ce soit ne se passe. Personne n'eut l'air de s'inquiéter outre mesure et je me replongeai dans la contemplation des flots, posant des yeux ravis sur quelques créatures marines qui bondissaient à la surface de l'eau. Makan m'avait appris que nous longions les côtes de la République d'Ynorie, le pays d'une ethnie propre à ce continent, les Ynoriens. Apparemment en constante guerre contre Oaxaca et ses forces, c'était encore un pays où je n'allais pas être reçues avec plaisir, mais je doutais d'y mettre le pied, de toute façon.

(Yliria... J'ai un mauvais pressentiment.)

(C'est à dire?)

(Ce navire... il ne dévie pas de sa route, il vous fonce droit dessus.)

Je relevai la tête et fixai le bâtiment qui avait largement grossi entre temps. Effectivement, il n'avait pas l'air de vouloir changer de trajectoire et toutes ses voiles étaient sorties. Je me redressai en apercevant quelques chose briller sur le navire et écarquillai les yeux avant de me jeter sur le pont, une flèche passant un peu trop près de moi à mon goût. Elle se ficha sur le pont, et je gémis de douleur, m'étant cognée le crâne en tombant de la rambarde. Je relevai la tête juste à temps pour rouler derrière la rambarde avant qu'une volée complète de flèches de n'abatte sur le pont. J'entendis des jurons, mais c'est un cri de douleur qui me fit tourner la tête. Je vis Elvia s'effondrer, une flèche plantée dans le dos et Jonas se ruant sur elle en criant. Je serrai les poings tandis que Makan ordonnait à tous de se préparer au combat. Je me ruai aussitôt vers Elvia qui respirai difficilement alors que Jonas était à deux doigts de fondre en larme.

- Jonas ! Mets la sur le dos, vite ! Elvia, mord ça !

Je lui tendis ma dague pour qu'elle mette le manche entre ses dents. Elle comprit et obtempéra. Je jetai un œil à la flèche. Elle était profondément enfoncée juste sous ses côtes. J'inspirai, murmurant des paroles aussi rassurantes que possible. Elle allait souffrir, mais il fallait vite l'enlever avant que ça n'empire. J'empoignai la flèche de ma main droite et posai la gauche sur son dos, me préparant à user de mes fluides. Je n'avais pas vraiment l'habitude de retirer les flèches, mais je n'avais pas le choix. Jonas me fixa et je hochai la tête, mimant avec mes lèvres le compte à rebours. En atteignant un, je tirai. Elvia hurla, le son étouffé par le manche de ma dague, et je reçus un peu de son sang sur le visage. J'usai aussitôt de mes fluides pour refermer la plaie. Elle se calma, malgré une respiration erratique et je pus lire le soulagement dans les yeux de Jonas. Dégoûtée, je jetai la flèche sur le côté et m'essuyai le visage.

- Je vais tuer ces enfoirés... Jonas, emmène Elvia à l'infirmerie, prend soin d'elle, d'accord ?

Il hocha la tête et porta Elvia comme une princesse. Elle me sourit faiblement et ma gorge se serra avant que je ne me rue vers Makan qui dirigeait son vaisseau sur le navire ennemi. Ses hommes ripostaient, tirant à leur tour. Il me jeta un bref coup d’œil et hocha la tête. Je fonçai aussitôt et m'équipai rapidement. En remontant je constatai que l'autre navire avait lâchement fait demi-tour, sans cesser d'envoyer des volées de flèches. Makan leur collait au train et Akram commençait même à les rattraper, mais la journée avançait vite et je doutai qu'ils puissent poursuivre ainsi la poursuite de nuit. Voyager aussi près des côtes de nuit allait se retourner contre nous, il allait être difficile de naviguer avec les forts courant et une visibilité quasi nulle alors que les falaises et les rochers risquaient de nous réduire en pièces. Après un moment, avec la baisse de la visibilité, Makan fut forcé de ralentir, tout comme Akram. Étonnamment, l'autre navire fit de même, faisant froncer les sourcils de Makan.

- Ils se foutent de notre gueule...

- Cap'taine ! Un message sur une des flèches !

- Donne... Ah merde...

Je fixai Makan, le voyant pâlir légèrement avant qu'il ne passe une main sur son visage soudainement las. Il me tendit le parchemin, m'expliquant avant même que je ne le lise.

- Sont là pour toi.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 30 août 2020 19:04

<< Précédemment


Je tournai en rond sur le pont depuis un moment maintenant. Kisp avait retrouvé ma trace et envoyé ses hommes, et ça ne me plaisait pas du tout. La nuit était tombée et Akram et Makan étaient en train de discuter sur le pont concernant la marche à suivre. Kisp était puissant et se le mettre à dos était une très mauvaise idée. Manque de chance, c'était déjà mon cas, mais à l'époque je n'en avais pas la moindre idée. A présent, je devais régler ce problème, et la meilleure façon c'était de trouver Kisp. Et pour ça, je devais savoir où aller. Je ne pouvais plus chercher la relique, ce salopard avait déjà retrouvé ma trace, il fallait que j'agisse vite, maintenant. Il était peu probable qu'il ait mis la main dessus, vu ce qu'Akram m'en avait dit.

- Qu'est-ce qu'on attend ! On n'a qu'à les pulvériser !

Un murmure d'approbation parcourut les martins rassemblés. L'attaque avait énervé la plupart d'entre eux et ils voulaient leur faire payer. Avoir vu Elvia se prendre une flèche m'avait douloureusement rappelé certaines choses et je ne voulais absolument pas revivre ça maintenant. Les deux capitaines ne semblaient pas décider à se mettre d'accord, alors je devais agir. Je descendis à mes quartiers et empaquetai mes affaires, m'équipai avant de remonter et de me poster juste à côté d'eux, attirant inévitablement leurs regards surpris.

- Ils en ont après moi, alors je vais foutre le camp d'ici. Je vais les forcer à me suivre, la crique est praticable en barque, non ?

- Euh.. oui... m'enfin gamine qu'est-ce que tu m'racontes ? Tu ne vas pas...

- C'est ma responsabilité, Makan. C'est moi qu'ils veulent, ils vous laisseront tranquille.

- Attend, attend, on va pas laisser une des nôtres..

- Je ne suis pas une des vôtres, Makan ! Je ne suis pas une pirate, je ne le serai jamais. J'ai apprécié ce voyage et je vous remercie vraiment pour votre acceuil et tous les bons moments, mais ça s'arrête là. On savait que ça avait une date de fin, et même si c'est plus tôt que prévu... Je suis désolée. J'ai vraiment aimé vivre sur ce navire avec vous... et c'est pour ça que je dois faire ça.

- Gamine...

- Et notre accord ?

- Honnêtement, là c'est le cadet de mes soucis, Akram. J'imagine que vous n'avez pas vraiment envie d'avoir Kisp sur le dos.

- Pas vraiment, je le reconnais. Très bien, fais ce que tu veux, c'est simplement... dommage.

- Makan...

- J'ai compris... P'tain quelle merde! Fais ce que t'as à faire, gamine. On va te fournir de quoi te nourrir.

- Merci. Je vous revaud...

- Non, Yliria, c'est nous qui te devons quelque chose. Encore. Allez les gars, aidez la d'moiselle à se préparer. Tu as un plan ?

- On peut dire ça.

C'était basique, mais c'était toujours mieux que rien. Aller sur leur navire en profitant de la nuit, obtenir des réponses, mettre le feu et foutre le camp. Rien de bien compliqué en résumé, mais tout pouvait déraper. Les deux capitaines proposèrent même un abordage commun, mais je refusai. Je ne voulais pas risquer à nouveau leurs vies pour moi. Je passai voir Elvia à l'infirmerie et restai avec elle un moment. Elle essaya de me dissuader, mais j'étais trop têtue, selon elle, pour changer d'avis. Elle me promit de partir vivre avec Jonas après ça. Elle avait aimé Bouhen et se voyait y vivre, ce que je ne comprenais pas vraiment, la ville n'étant guère attrayante à mes yeux.

Une fois la nuit tombée et les au revoir terminés, j'embarquai dans une chaloupe, direction le navire des hommes de Kisp. Ramer me sembla plus difficile que prévu, mais mon entraînement quotidien me servit car je parvins au vaisseau sans être complètement exténuée. J'accrochai la barque à l'un des cordage et grimpai sur le pont silencieux. A peine le pied posé, je sus que ça n'allait pas se passer comme prévu. Eux ne pouvait pas le savoir, mais je voyais nettement les marins accroupis sur le pont, prêt à l'action. Ils devaient finalement s'attendre à quelque attaque de ce genre et mon effet de surprise allait en prendre un sacré coup.

(Quoi ? Ne me dis pas que tu vas quand même y aller!)

(Ils ne voient rien!)

(Et au moment où l'un d'eux allume une torche ou une lanterne, c'est fini!)

(Et à ce moment là je pourrais utiliser la magie. Surveille mes arrière et tout ira bien!)

Elle soupira, pas du tout enchantée, mais n'ajouta rien. Aussi silencieusement que possible, je m'accrochai à la rambarde et décidai de m'éloigner un peu de l'entrée la plus évidente en avançant, bras tendus, les pieds pendant dans le vide. Après quelques mètres, je me hissai sur la rambarde et scrutai le pont. Huit hommes étaient disséminés dessus. Tous n'étaient pas alertes, loin de là. J'avais mes chances. Je tirai ma lame dans un chuintement et pris mon bouclier avant de descendre délicatement sur le pont. Je fis quelques pas, inspirai, et me jetai sur le premier type qui ne vis rien venir. D'un coup rapide, je lui perçai la nuque et il s'effondra, alertant les autres qui commencèrent à jeter des coups d’œil autour d'eux, mais l'obscurité les englobait et les empêchait de savoir ce qu'il se passait.

(Nouvelle lune les gars, pas de chance.)

J'allais les faire parler. Et les faire payer.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 30 août 2020 19:08

<< Précédemment

Sitôt le premier ennemi au sol, je me ruai sur le second, sans prendre le temps de me faire discrète cette fois. L'un d'eux hurla d'allumer une torche alors que les autres tiraient leurs armes, l'un d'eux moulinant même dans le vide en espérant toucher quelque chose. J'atteignis rapidement le second marin qui se tourna vers moi, criant à ses camarades où j'étais. Sa lame s'abattit sur moi, mais je me dérobai rapidement, passant sur son flanc, frappant juste sous son aisselle. Il hoqueta lorsque je retirai ma lame et m'éloignai. Je ne restai pas vérifier qu'il était mort ou non, j'avais peu de temps pour agir, je devais semer la panique, glaner des informations et ensuite ficher le camp, rien de plus. Alyah me prévint que l'un des marins étai en train de s'acharner sur une torche, mais il était bien loin de moi, aussi me ruai-je plutôt sur un autre. Il avait les yeux plissés et me fixai, distinguant probablement ma silhouette au milieu de l'obscurité. Je fonçai vers lui et, lorsque je fus assez proche, illuminai brièvement ma lame, le forçant à détourner le regard, ébloui par la soudaine lumière blanche. Mon bouclier le frappa sous le menton et il s'écroula à son tour.

- C'est elle ! Putain, chopez la !

L'un des marins avait finalement réussi à allumer une torche, éclairant suffisamment le pont pour qu'ils me repèrent finalement. Deux étaient sur ma gauche, dont celui tenant la torche, un était devant moi, le dernier su ma droite, légèrement en retrait. Vu le boucan que l'affrontement allait faire, le reste du navire allait rapidement suivre, je n'allais pas avoir le temps de poser beaucoup de questions. Je m'écartai du marin que je venais d’assommer et courus vers la rambarde, comme pour quitter le navire. Comme prévu je les entendis me prendre en chasse et me courir après. Je bifurquai aussitôt et fondis sur le marin en retrait, armé d'une hache. Il hurla en l'abattant de toutes ses forces, allant jusqu'à l'encastrer dans le pont lorsque je l'évitai. Mon bouclier le frappa derrière le genou, le forçant à s'abaisser pour que la pointe de ma rapière soit à hauteur de son visage.

- Où est Kisp ?

- Va crever, catin !

Je tiquai et ma lame s'enflamma, le faisant étrangement couiner de surprise. Là il avait peur, et c'était juste ce qu'il me fallait.

- Où est Kisp ?!

- O... Oranan... Mais tu es foutue, notre messager va le prévenir, tu n'as nul part où t'enfuir. Tu vas crev...

Je ne le laissai pas terminer et le frappai du pommeau de mon arme sur la tempe, l'envoyant aussitôt au sol. Messager ou non, il ne fallait pas que ces types me suivent. J'allais m'élancer vers eux mais les crampes d'estomac revinrent et je grimaçai. Je restai immobile une seconde ou deux, le visage crispé avant que je ne fasse abstraction de la gêne. Déjà les marins restants approchaient et j'avais peu de temps pour agir. Fallait que ça tombe maintenant... Quelle plaie. je n'allais jamais leur tenir tête dans cet état. Je changeai de plan, en désespoir de cause. Une boule de feu fonça depuis mes mains jusque vers eux, les forçant à s'écarter le temps que je me concentre. Mes fluides convergèrent depuis le ciel et, satisfaite, je ne perdis pas de temps à admirer le résultat. Je sautai sur la rambarde et courus vers l'endroit où était ma chaloupe, attirant les marins avant qu'un fracas de fin du monde ne retentisse. Dans une explosion de feu, la comète que j'avais invoquée avait explosé contre le mât du vaisseau, propageant du feu sur les voiles et les cordages. La navire allait bientôt être une boule de feu sur l'océan, j'avais intérêt à vite sortir de là. Rompant complètement le combat, je dévalai l'échelle à toute vitesse pour rejoindre ma barque et tranchai la corde la reliant au navire. J'espérai que les marins seraient trop occupé avec l'incendie pour faire attention à moi et commençai à ramer.

La première flèche me rata largement, tombant dans l'eau et je redoublai d’efforts pour m'éloigner le plus possible du navire qui illuminait à présent la mer grâce aux flammes qui consumaient peu à peu la voilure. Je m'éloignai peu à peu, ravie de constater que mon petit incendie occupait bien trop les marins pour qu'ils ne se mettent à vraiment me tirer dessus. Une flèche alla néanmoins se ficher sur le bord de ma barque, mais je fus bientôt trop loin pour que les archers soient précis avec l'obscurité qui m'entourait. Sans perdre de temps, je ramai, m'arc-boutant pour aller aussi vite que possible vers le rivage. Ramer seule était difficile, mais en plus je devais me retourner pour savoir où j'allais et ce n'était pas une partie de plaisir. Lorsque j'atteignis enfin la plage, je soufflai quelques instants avant de tirer la barque sur le sable. Au loin le navire brûlait toujours, mais avec moins d'intensité. Je n'avais pas vraiment pu leur faire payer, mais au moins ils étaient hors course et je savais où me rendre pour débusquer cette ordure. Je mis mon sac sur mon dos et me hâtai de grimper la petite côte, m'éloignant ainsi de la mer et de tout ce qui allait avec.

(Et maintenant ? Tu vas foncer sur Oranan c'est ça ?)

(Tu voudrais que je fasse quoi ? Que j'aille où?)

(Luminion ! Il y a une commanderie de l'Opale là-bas!)

(C'est vrai... Il faut que je trouve une carte... J'aurais dû en acheter une à Bouhen!)

(Essaie de trouver une route. Après ça, suffira de demander ton chemin dans un village.)

(S'ils acceptent de m'aider... )

(L'argent aidera toujours, au besoin.)

( Tu as raison... Je dois déjà trouver un endroit où dormir, je suis épuisée... Il fallait que ça tombe maintenant...)

(Je crois me souvenir qu'il y a des plantes pour ça... mes lesquelles...)

(Merveilleux... ça m'aide.. Si tu vois un ruisseau, dis-le moi, j'aimerais me laver un minimum.)

(Compris.)

Je marchai au hasard pendant ce qui me sembla une éternité avant de finalement tomber sur un coin pourvu d'assez d'eau claire pour me laver. Je me déshabillai, lavai le sang et le linge alors que le soleil pointai le bout de son nez à l'horizon. J'avais du mal à garder les yeux ouverts et, doutant que les hommes de Kisp puissent me poursuivre, décidai de malgré tout préparer le camp pour dormir. Je m'effondrai à demi, l'estomac noué et douloureux, tournant le dos au soleil en essayant de m'installer confortablement. J'avais vraiment un mauvais pressentiment en ce qui concernait toute cette histoire.

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Tergeist
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Tergeist » mer. 9 sept. 2020 00:39

Troisième Arc : Encre de feu, Ancre de sang.

Chapitre I : Longues nuits de solitude.

Cherock regardait le lointain, assit sur le bastingage du navire sur lequel il avait embarqué il y avait déjà plusieurs jours. Combien ? Il ne savait pas vraiment. Les jours sur le bateau se ressemblaient tous et le peu de sommeil qu’il avait su trouver était souvent peuplé de souvenirs de son père. Des souvenirs qui finissaient invariablement par se transformer en cette vision d’horreur qu’il avait eu dans sa maison, avec un parent crucifié et ensanglanté. L’enchanteur se réveillait alors complètement en nage, les yeux fous, dans le hamac qu’on lui avait « prêté ». Ensuite, il errait sur le pont, sous un ciel rempli d’étoiles mais qui paraissaient désormais bien froides.

(Cherock, il faut que tu manges…)

(… Je sais.)

Évidemment, son état inquiétait sérieusement Amy. Il lui répondait de manière brève, sans émotion, atone. Une fois la colère passée d’avoir perdu sa famille, la tristesse était arrivée pour être balayée tout aussi rapidement qu’elle était venue. Il n’avait pas versé de larmes, s’y refusant tant que sa mère n’était pas en sécurité. Il pensait que c’était ce qu’on père aurait voulu, lui qui répétait souvent que face à la tragédie, il fallait d’abord sans sortir pour pouvoir ensuite écraser ses larmes de tout son saoul.

Amy était la seule « personne » avec qui il parlait. Il ne voulait pas sympathiser avec qui que ce soit parmi l’équipage de Kisp, et ils lui rendaient bien. Peut-être car, à peine arrivé sur le bateau, l’un des sbires avait raillé Cherock en le qualifiant de « Fils d’un traître et d’une singe ». L’homme avait ensuite vu la paume du fulguromancien s’écraser sur son visage et le plaquer contre la paroi de bois du navire. Cherock avait senti le rictus du pirate se figer sous sa paume avant qu’une flopée d’éclairs ne lui brûle le visage. Le hurlement bref de l’homme avait plongé le bateau dans le silence, qui fut ensuite perturbé par le son mat du corps sans vie s’écrasant sur le pont. Plusieurs lames avaient été dégainées et l’Ynorien sentait sans grande peine les intentions meurtrières glisser sur sa peau, ce dont il se moquait royalement : d’un coup d’œil, il voyait bien qu’aucun des pirates n’était de son niveau. Une partie de lui criait vengeance et n’attendait qu’une chose, à savoir passer ses nerfs sur ces enflures. Il allait prendre des coups et sûrement en mourir, mais sa propre vie ne l’importait plus sur le moment. Son salut (ou celui des pirates ?) vint lorsque le capitaine intervint pour calmer la situation.

« Rengainez vos lames, bandes de crétins ! Sauf si vous tenez à rejoindre Reig par le fond !

- Mais, Reig… Il l’a-

- Reig était un crétin fini doublé d’un arrogant, avait coupé sèchement le capitaine. Il savait pertinemment que l’Ynorien allait être de mauvais poil et pouvait lui coller une branlée une main dans le dos, mais il a quand même fait le mariole. Moi, j’ai pas besoin de tocard fanfaron sous mes ordres. Par contre le Boss a besoin de ce type. Alors tout le monde retourne à son poste, EXÉCUTION ! »

Le capitaine était un grand type baraqué portant des braies et une chemise toute simple ainsi que dans le dos une arbalète, une arme peu commune surtout sur un bateau pirate. Ou mercenaire. La terminologie de l’embarcation n’intéressait pas vraiment Cherock, qui avait regardé avec un œil vide les salopards ranger leurs armes avant de se disperser, non sans lui rendre des regards plus qu’hostiles. Le capitaine s’était porté à sa hauteur et le toisait d’un air dédaigneux avec une pointe de colère.

« Reig était un pauvre con, mais c’était quand même un de mes hommes. Encore un écart, et ta petite maman connaîtra une fin précoce. On a un Messager sur le bateau, et s’il n’envoie pas son rapport quotidien, couic la maman.

- Je croyais que vous aviez besoin de moi… avait dit entre ses dents Cherock, les doigts encore crispés sur le manche de la Kizoku.

- On a besoin d’un type suffisamment puissant pour choper l’autre pyromane, mais pas forcément toi. Des types comme toi ça court pas les rues, mais Monsieur Kisp attendra bien un peu plus le temps de trouver un remplaçant. Il attend depuis plus de deux ans, il n’est plus à quelques semaines près.

- … Tant que vos hommes dépassent pas mes limites, je les toucherai pas.

- À la bonne heure. »

La conversation s’était arrêtée là, et plus aucun des hommes présents à bord n’avait adressé la parole au jeune homme. Les seuls contacts qu’ils avaient, c’est lorsqu’on lui apportait son repas -il soupçonnait le cuisinier de cracher dans son écuelle en voyant les curieux amas visqueux- ou lorsqu’on lui intimait des ordres propres à la navigation. En dehors de ça, Cherock en venait presque à oublier le son de sa propre voix.

La nuit ce soir-là était particulièrement calme. La veille avait été mouvementée par une mer quelque peu agitée, mais celle-ci était lisse et on entendait à peine le clapotis de l’eau contre la coque.

(Amy…)

(Cherock.. ?)

Le ton de l’être de fluide était empreint de surprise. Pour la première fois depuis des jours, c’était lui qui initiait la conversation. Elle reprit cependant rapidement une voix plus confiante.

(Cherock.)

(Qu’est ce que je dois faire ?)

(C’est… Une question dont je n’ai malheureusement pas la réponse. Mais je pense que ce que tu fais est le bon choix.)

(J’ai laissé Frans et Anthelia derrière moi... Ils doivent se faire un sang d’encre pour moi…)

(Tu n’avais pas vraiment d’autre possibilité non plus. Ce Kisp, on ne sait pas de quoi il est capable, ni jusqu’où s’étend son réseau. Le moindre faux pas les aurait mis en danger. Le message que t’as laissé à Anthelia est trop vague pour qu’elle soit impliquée dans les affaires de Kisp, mais quand elle apprendra pour l’incendie, je suis sûre qu’elle fera le rapprochement, ne t’en fais pas.)

« Je reviens. » C’était le message que Cherock avait tatoué sur une peau de cochon avant de la laisser devant la porte de la tatoueuse. Il aurait voulu lui en dire plus, mais il se doutait que si il lui en avait parlé en face-à-face, elle aurait refusé de le laisser partir seul. Il pourrait toujours s’excuser une fois sa mère en sécurité… Alors qu’il n’était pas sûr de pouvoir ramener qui que ce soit à la vie si l’une des deux femmes mourrait parce qu’il avait été un peu trop bavard.

(Je ne comprend quand même pas le pourquoi du comment avec ta Cible.)

(Moi non plus. Pourquoi Kisp peut autant lui en vouloir ? Qu’est-ce que cette personne a bien pu faire pour qu’il soit aussi déterminé ?)

(Tu as vu son visage ? De sacrées brûlures. Qui ont dû lui faire un mal terrible pendant un long moment. C’est pas étonnant qu’il veuille autant lui mettre la main dessus.)

(Ce fumier doit aussi y être pour quelque chose.) répliqua d’un ton un peu plus agressif le jeune homme en revoyant l’air suffisant et sadique de Kisp.

(Sans doute, mais pour l’instant ce n’est pas important de savoir qui a commencé entre Kisp et cette Cible. Il te menace, elle non. Capture-la, on avisera ensuite.)

Un soupir se fit entendre, tranchant avec le calme qui entourait le jeune fulguromancien. Il regarda ses mains, marquées par l’entraînement militaire qu’il avait suivi dès sa plus tendre enfance, sous l’œil sage de son père.

Son père.

(Papa…)

Les mots de l’imposant homme d’affaires tournaient encore dans la tête de Cherock. C’était vrai, il ne savait pas grand-chose sur le passé de son père, contrairement à celui de sa mère. Elle avait été fille de marchande, élevée comme telle avant d’embrasser peu à peu la foi Ranaïque. Elle avait ensuite rencontré Marcus alors que son unité faisait une halte au temple de Rana après avoir repoussé un assaut Garzok. Le Samouraï avait toujours été évasif sur son enfance quand son fils cherchait à en savoir plus. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il était né et avait grandi dans la grande ville de Tulorim, en Imiftil. La patrie des humains de Wiehl dont Cherock avait hérité la taille, la couleur de ses cheveux ainsi que l’œil bleu. Mais les raisons de son départ ainsi que les détails de son enfance avaient toujours été voilés de mystère. Comment aurait-il réagi s’il avait appris que son père avait travaillé pour la pègre ? Tout ce qu’il connaissait de lui ne collait pas avec l’image qu’avait pu renvoyer Kisp.

(Je ne juge la valeur d’un homme qu’à ses actes… Mais comment puis-je juger celle de mon père si je ne connais pas ce qu’il a pu faire par le passé ?)

Lentement, l’Ynorien se mettait à se méfier de son père. S’il lui avait caché tout ça, c’était sûrement parce qu’il avait fait des choses qu’il ne voulait pas que son fils sache. L’avait-il dit à sa femme, la mère de Cherock ? Sans doute : ils étaient un couple, mariés depuis des années et des années, elle en savait certainement plus que lui. Alors elle était aussi dans le coup ? Elle, comme son père, lui avait menti… ?

L’enchanteur se pinça très fort pour empêcher son esprit de l’emmener vers ce terrain glissant. Ce genre de pensées était superflu et n’allait pas l’aider à récupérer sa mère, au contraire. Mais le savoir ne rendait pas la chose plus évidente, aussi essaya-t-il de s’occuper en pensant à autre chose. Le bruit des vagues léchant lentement la coque du navire lui rappela ce sort qu’il n’avait pas pu maîtriser avec Frans, la Vague Energétique. À défaut de pouvoir le calmer, l’entraînement avait toujours été très éprouvant physiquement et peut-être qu’il pourrait plus facilement trouver le sommeil une fois épuisé.

Le principe du sort était de créer une onde de choc autour du mage pour frapper toutes les personnes autour de lui. L’onde de choc était redoutable, capable de faire chuter ceux qui l’encaissaient. Mais à l’instar d’un Obus de foudre ou du Cercle Protecteur, l’onde frappait sans distinction alliés comme ennemis. C’était donc un sort à utiliser prudemment pour ne pas blesser ceux qui combattait avec soi, mais son côté omnidirectionnel en faisait un sort très efficace pour repousser une horde d’adversaires encerclant le mage. Le nom de « Vague » venait, selon Frans, du fait que le premier à l’avoir utilisé était un aquamancien et un pyromancien qui se débarrassait de ses adversaires en répandant des vagues de feu et aquatiques tout autour de lui. D’autres mages versés dans des fluides différents trouvèrent des manières différentes de les appliquer à leurs propres éléments, faisant de ce sort un des rares sorts omni-éléments.

Pour les fulguromanciens, les vagues de foudre étaient assez compliquées à produire : c’est pourquoi la plupart imaginèrent une onde de foudre se répandant en cercle autour du lanceur. Comme une pierre qu’on jetterait dans l’eau. Le but était donc de créer une sphère de foudre et de l’écraser au sol pile en son centre pour qu’elle libère sa puissance dans toutes les directions uniformément. Une raison pour laquelle, toujours selon le vieux mage de foudre, c’était un des rares sorts se lançant traditionnellement avec le pied. La sphère se formait sous le talon qui l’écrasait alors. Dans ce but, Frans lui avait fait effectuer des exercices de maîtrise de fluides pour lui apprendre à lancer des sorts aussi bien avec ses pieds qu’avec ses mains. Durant le voyage du retour vers Oranan, Cherock avait vite réalisé à quel point il avait délaissé cette partie du corps dans son apprentissage de la maîtrise des fluides, et était parvenu à lancer des Chocs de Valyus depuis ses pieds, bien qu’ils manquaient clairement en précision.

Désormais que le bas de son corps était prêt à relâcher lui aussi des sorts, il s’attaquait au sort en lui-même. La sphère de foudre ne lui posa aucun problème à créer : c’était une structure qu’il utilisait dans de nombreux sorts, autant interne que pour les munitions élémentaires. Ce qui était plus ardu en revanche, c’était la libération du sort. Frapper précisément le centre de la sphère pour qu’elle éclate uniformément dans toutes les directions, c’était un exercice bien plus compliqué qu’il le pensait. S’entraînant d’abord sur la rambarde de bois avec de petites sphères et ses doigts, l’enchanteur perdit rapidement patience devant ses échecs répétés. Une patience dont il était notamment pourvu, mais qui lui faisait faux bond étant donné l’état chaotique de son humeur et de ses pensées. Il passa donc rapidement à la pratique en utilisant directement des doses qui pouvaient aisément être utilisées pour de véritables sorts.

Délaissant les petits cercles de bois brûlé plus ou moins concentriques qu’il avait créé sur le bois du bastingage, Cherock se plaça un peu plus à la proue du bateau, là où il était sûr de ne toucher personne.

(Pas que ça me dérangerait, mais je dois faire profil bas pour l’instant.)

Son talon se leva doucement du sol, les orteils toujours en contact avec le bois du plancher. Contrairement à leur habitude, les fluides convergèrent vers le talon gauche de l’enchanteur pour y former une sphère compacte. Lorsqu’elle eu atteint la taille d’une orange, Cherock écrasa cette dernière : l’onde de choc qui en résultat éclata dans un grondement sourd, avant de se répartir davantage dans le dos du jeune homme que devant lui. Frustré par l’échec, il réessaya plusieurs fois avant d’abandonner, faute de fluides. Fatigué, il finit par se retourner pour rejoindre la partie de la calle où son hamac était installé. Derrière lui se trouvait plusieurs marins qui l’observaient d’un regard torve, en silence. Sans doute attirés par les éclats lumineux lors de leurs tours de garde ou d’une insomnie, ils s’écartèrent sur le chemin de Cherock sans un mot et le laissèrent passer non sans lui jeter de coups d’œil désapprobateurs. Et comme depuis son arrivé, Cherock s’en ficha et ne dit rien lui aussi, pas plus qu’il ne leur accorda un regard.

Arrivé dans son hamac, il s’y écroula et se laissa rapidement gagner par la fatigue. Il espérait, cette nuit encore, pouvoir trouver un sommeil réparateur. Mais plus les jours passaient, et moins il y croyait.


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Tergeist
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Tergeist » sam. 12 sept. 2020 10:52

Dans le chapitre précédent...


Troisième Arc : Encre de feu, Ancre de sang.

Chapitre II : Exutoire.

Plus que les cris, ce fut le choc sourd et la secousse qui s’ensuivit qui réveillèrent Cherock aux premières lueurs du soleil, plusieurs jours plus tard. Ayant passé ses journées à s’entraîner à la maîtrise de la Vague Énergétique et à l’art du tatouage quand ses réserves étaient vides, les nuits avaient été plus simple à passer puisqu’il était plus correcte de dire qu’il tombait d’épuisement plutôt qu’il s’endormait. Au milieu de ces journées monotones à longer une côte pleine de grottes, il avait au moins pu voir ses progrès. Si son sort attirait encore les regards en biais et les reniflements dédaigneux, il était désormais capable de répartir plus ou moins équitablement l’énergie autour de lui. Il aurait bien voulu la tester sur les membres de l’équipage, mais il avait eu trop peur de tuer le Messager par inadvertance. Car malgré ses observations, il n’avait pas été en mesure de trouver qui était le fameux Messager. De par son expérience, il savait que c’était un mage qui était bien souvent doublé d’un archer, mais au moins trois membres de l’équipage correspondaient à cette description.

Un second impact fini de parfaitement réveiller le jeune homme. Le bruit d’un combat se répercuta jusqu’à lui, et il n’eut pas trop de peine à prendre conscience de la situation : le bateau était attaqué. Cherock sauta de son hamac, déjà vêtu de sa cotte de maille et de ses bottes : si les cottes d’écailles du Drakarn étaient trop inconfortables pour dormir avec, ce n’était pas le cas du reste de son armure et il refusait de baisser sa vigilance sur un navire adverse. Un coup de dague était si vite arrivé. Le temps que le ceinturon de la Kizoku se boucle à sa taille et qu’il saisisse son marteau, Amy revenait déjà vers lui avec les informations brèves qu’il lui avait demandé de confirmer. C’était bel et bien une attaque, probablement des pirates qui avaient pris le navire des sbires de Kisp pour un bateau marchand. Ce qu’il était en apparence, Kisp étant « officiellement » un homme d’affaires et un marchand.

L’enchanteur sorti de la partie de la calle qui lui servait de chambre, près des réserves et de la soute pour les cargaisons. Il traversa cette même partie du bateau, dont les différentes et rares caisses étaient solidement attachées avec des filets et autres cordages. L’une d’elle n’avait en revanche pas été assez bien attachée et avait déversé son contenu sur le sol : de curieux fruits jaunes et ronds.

(Des citrons.) expliqua Amy, ce qui servit de rappel pour Cherock. L’un deux roula sous son pied et fut écrasé, remplissant l’atmosphère d’une douce senteur sucrée et acide. Odeur qui quitta bien vite le nez de Cherock quand la trappe menant à l’extérieur s’ouvrit à la volée, répandant l’odeur plus métallique et bien moins agréable du sang. Le visage du capitaine passa à travers, aperçut l’enchanteur et instantanément se mit à hurler.

« Qu’est-ce que tu branles l’Ynorien ?! T’attends une invitation pour nous filer un coup de main ?! »

Cherock ne dit rien et rejoignit rapidement le pont du navire. La première chose qu’il vit en montant à l’air libre, c’est le carreau du capitaine fendre l’air et être instantanément suivi d’un cri de douleur. L’ambiance était chaotique sur le navire, où une bonne vingtaine d’hommes étaient en train de s’entretuer. D’autres membres de Kisp ou des pirates attendaient sur l’autre pont ou sur les côtés, impatients d’en découdre sur ce champ de bataille improvisé trop petit pour que tout le monde puisse s’ouvrir en deux joyeusement. Le regard du capitaine fut sans équivoque et transmit rapidement l’ordre à son passager / prisonnier : Qu’il le veuille ou non, il allait devoir les aider à repousser leurs opposants.

Le marteau de Valyus crépita d’éclairs et les fluides dans le corps de Cherock bouillonnèrent en réponse : cela faisait plus d’une semaine que sa frustration et sa colère s’accumulait sans pouvoir s’exprimer, il allait enfin pouvoir passer ses nerfs sur quelqu’un. Pas le comportement qu’il aurait aimé avoir, il n’était juste pas en position d’avoir une position plus mesurée. La situation faisait que les deux équipages se valaient plus ou moins en terme de force, ce qui faisait de Cherock un combattant au-dessus du lot. Sa première action consista à libérer la pression imposée sur les sbires de Kisp et un nuage se forma rapidement au-dessus du navire, et une étincelle vint déclencher le grondement du tonnerre. Lorsque le craquement du tonnerre se fit entendre, tous les hommes levèrent un regard apeuré et craintif au-dessus d’eux. Un nuage d’orage n’était jamais bon signe en mer, bien que ce dernier était en réalité inoffensif. Les pirates « alliés » à Cherock se remirent cependant plus rapidement que leurs adversaires, et contre-attaquèrent avec une hargne redoublée. Sans doute attribuaient-ils ce phénomène inexpliqué au fulguromancien dont l’étendue des pouvoirs leurs étaient encore inconnus. Ils poussèrent d’ailleurs un cri de guerre quand la foudre émergea du nuage. Quatre éclairs frappèrent simultanément quatre hommes et les réactions allèrent du cri de douleur à l’absence totale de son, certains mourant sur le coup. Galvanisés contre des ennemis terrifiés, les survivants de l’attaque se firent rapidement achevés et l’affrontement se renversa subitement.

La mer n’était pas des plus calmes ce matin-là : le roulis s’intensifia et sur un plancher ou le sang commençait peu à peu à former de petites flaques, l’équilibre était précaire pour Cherock. Néanmoins, tant qu’il n’avait qu’à se déplacer et pas à se battre, il était à peu près sûr de ne pas chuter. Les runes du Marteau s’illuminèrent alors de nouveau et un à un, des munitions de foudre partirent frapper les malheureux pirates. Certaines manquèrent leur cible et touchèrent des sbires de l’imposant chauve, ce qui n’était pas pour déranger l’enchanteur outre mesure.

(Je pourrai toujours invoquer le chaos de la bataille et le tangage du bateau.)

(Pas sûre que ça leur suffise…)

(Ils n’ont pas le choix. Et vu comment je les aide, ils ont pas intérêt à râler.)

Pour étayer son aide, Cherock décida d’expérimenter sa Vague Énergétique. Se frayant difficilement un chemin à travers la cohue de la mêlée, il arriva à atteindre le pont supérieur d’où il surplomba la bataille : le bateau pirate était attaché à leur navire via des grappins qui permettaient au flux d’hommes de rapidement combler les trous causés par la mort de leurs camarades. D’un simple saut, on pouvait passer d’une embarcation à l’autre, mais les deux ponts supérieurs ne se trouvaient eux pas au même niveau. Cherock n’allait pas pouvoir passer par là, mais qu’à cela ne tienne : dans un geste inconsidéré il se retourna, prit son élan et à l’aide de ses bottes, pris appui sur le bastingage et sauta avec suffisamment de vitesse pour traverser l’espace entre le pont supérieur et le pont principal adverse. Il allait retomber au beau milieu du groupe de pirates.

Ce que vit le pirate torse-nu à la longue natte couleur nuit et au nez cassé devait sûrement ressembler à ça : le ciel qui s’obscurcit soudainement par une ombre vêtue d’un manteau et avec un marteau de guerre à la main. Ses deux bottes jointes, tendues vers sa poitrine. Et devant ces pieds, un globe de foudre qui faisait aisément la taille d’une grosse pastèque. L’impact le renversa, fendit sa cage thoracique et l’explosion de foudre qui s’ensuivit l’acheva sur le coup quand la sphère éclata après qu’il fut plaqué au sol. L’onde de foudre frappa avec violence la plupart des pirates, dont une petite moitié se retrouva renversée. L’enchanteur sentit la moitié de ses fluides disparaître d’un coup, ce qui ne lui laissait plus grand-chose après l’Orage Terrifiant et l’Appel de Valyus. De plus, son sort bien qu’efficace avait été mal exécuté : une bonne partie de ses adversaires se trouvant sur sa gauche étaient encore debout, frappés moins violemment par le sort. Si une part de lui chercha à se justifier en arguant qu’atterrir sur la poitrine d’un homme n’offrait pas le support le plus stable, il savait pertinemment que le sort devait pouvoir être lancé aussi bien sur du sable que sur le torse enfoncé d’un humain.

Rangeant avec un calme glaçant son marteau, Cherock dégaina à son tour la Kizoku Rana : pour préserver ses fluides, il allait utiliser ses armes. Le cours du combat avait définitivement changé et le combat se déportait désormais sur le bateau des assaillants. Leurs adversaires se relevaient péniblement en grimaçant de douleur, et les rares qui n’avaient pas été touchés se précipitaient sur lui. Un long et fastidieux combat s’ensuivit, et la puissance de Cherock s’en retrouva bien diminuée. Se déplacer sur un navire et combattre étaient deux choses complètement différentes : le tangage ruina à de nombreuses reprises les appuis de l’enchanteur qui commença à accumuler entailles et coupures sur ses bras, peu protégés en l’absence des écailles de Drakkarn. Et, il devait bien l’admettre, son niveau d’épéiste était réellement lacunaire par rapport à ses compétences de mages. Un problème qu’il avait déjà relevé contre le chevalier mort vivant de la Shaakte, mais qui se faisait plus criant dans une mêlée de longue haleine. La Furie de Rana l’aida un instant à pallier ses défauts, puis ce furent sa technique des Cents Lames qui lui sauvèrent la mise. Mais une fois ces deux cartes épuisées, il se retrouva à lutter pour sa survie. L’un de ses adversaires justement se battait à l’aide d’un petit bouclier et d’une courte hache et lui donna beaucoup de fil à retordre. La lame de Faerunne glissa encore et encore sur le bouclier, ouvrant sa garde à des coups rapides et vicieux de la hache. Le roulis n’aidant pas, Cherock fut jeté à terre par un croche-pied vicieux qui l’envoya rouler. Ses bras étaient lourds alors qu’il se relevait difficilement pour découvrir trois pirates plus ou moins amochés le bloquer dans un coin du pont.

Un coup d’œil au reste du combat lui donna ce qu’il voulait savoir : la victoire ne faisait aucun doute, les rares pirates restant se faisant sommairement achever. Mais sur les quelques sbires qui n’avaient personne à tuer, tous regardaient les trois pirates survivants acculer Cherock. Et aucun n’avait l’air de vouloir lever le petit doigt pour lui venir en aide.

(Pas comme si je pouvais m’attendre à ce qu’ils me sauvent, vu comment ils me tiennent dans leur cœur.) constata avec un un visage amer Cherock. Il allait devoir se débrouiller seul, trop fatigué pour combattre au corps-à-corps et avec des réserves magiques pas bien glorieuses. Et donc se débarrasser des trois d’un…

« CREEEEVE ! »

Comme un seul homme, les trois pirates chargèrent pour lui porter le coup de grâce final. Parce qu’il n’avait pratiqué que ce sort pendant des jours, la Vague Énergétique et la solution que son corps choisit instinctivement. Le talon du jeune homme se leva et la sphère de foudre se forma sous son pied. Au moment où il allait l’écraser, une vague plus forte que les précédentes secoua l’embarcation et perturba de nouveau l’équilibre de Cherock. Sa main libre le rattrapa de justesse à la paroi de bois derrière lui dans une position des plus précaires. L’éclat de l’acier fusait vers lui, prêt à rougir un peu plus le pont avec son sang. Il n’eut d’autre choix que de se pousser en avant et d’abattre son pied de toutes ses forces sur la sphère.

Quand l’onde se propagea à l’instant où la maille crissait sous le tranchant de la hache, l’enchanteur remarqua que quelque chose se passait différemment. Au lieu d’écraser la sphère du talon, il le fit avec le plat du pied. Le résultat fut un cercle de foudre parfaitement circulaire qui envoya rouler ses trois adversaires convulser au sol, pris de spasmes douloureux causés par la foudre. Le secret du sort était non pas de percer la sphère du talon, mais de l’aplatir. Le jeune homme s’adossa à la paroi de bois et regarda autour de lui. Les brumes du combat et de la colère arrêtèrent d’obscurcir son esprit et il prit conscience du carnage auquel il s’était livré. Un profond dégoût envers lui-même s’insinua dans ses pensées. Les hommes qu’il avait tués étaient des pirates, et sans doute méritaient-ils la mort. De plus, il n’avait fait que se défendre, c’était eux qui avaient attaqués leur bateau. Quand bien même, avait-il besoin de se déchaîner autant ? Le drame qu’il vivait était-il un prétexte suffisant ?

Trop occupé par ses pensées, Cherock ne vit pas le capitaine des sbires sauté sur le pont, balayer du regard le charnier et se diriger vers lui. Quand il perçut enfin sa présence, il remarqua dans les yeux de l’homme quelque chose de nouveau. De la crainte ? Du respect ? Quel que soit cette émotion, elle faisait parler le marin dans la force de l’âge avec une mesure plus prononcée -tout en restant d’une certaine froideur.

« Merci du coup de main.

- C’est pas comme si vous m’aviez laissé le choix, répliqua d’un ton acerbe Cherock.

- Eh l’Ynorien, je te remercie, c’est déjà suffisant. Alors tires pas trop sur ma bonté du moment avec tes remarques à la con, vu ?

- … Ouais.

- Bien. Mes gars vont nettoyer ce navire, prendre ce qu’il y a à prendre et l’envoyer par le fond. Va voir notre toubib, j’ai pas envie que tu nous clamses entre les pattes parce que tu as chopé une gangrène. Le Boss a toujours besoin de toi. »

C’est avec la sale impression d’être plus considéré comme du matériel militaire plus qu’un être humain que Cherock retourna sur le bateau où un vieil homme mastiquant une pâte brunâtre était en train de recoudre sur le vif une impressionnante balafre, dans les hurlements étouffés par un bâillon de son « patient ».


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Tergeist
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Tergeist » ven. 18 sept. 2020 12:24

Dans le chapitre précédent...

Troisième Arc : Encre de feu, Ancre de sang.

Chapitre III : La Traque commence.

Cherock grimaçait en s’étirant et massant ses muscles endoloris. Le combat l’avait éreinté et maintenant qu’il avait les idées claires, il se sentait incroyablement stupide de s’être jeté dans la mêlée aussi impulsivement. Amy en pensait sûrement autant, mais n’avait fait aucun commentaire. Après tout, l’état de son Maître devait sans doute l’empêcher de faire ce genre de remarque.

Le lendemain de la bataille, l’enchanteur était sur le pont à profiter de l’air frais après une nuit mouvementée et pas franchement réparatrice. Il sentait néanmoins que l’atmosphère sur le bateau avait changé à son égard : les hommes ne lui jetaient plus de regards venimeux ni ne parlaient sur son passage, au contraire : ils fuyaient son regard. Leur nombre avait aussi diminué, les ramenant à une petite vingtaine dont la moitié était blessée. Seuls deux ou trois marins l’étaient trop pour faire quoi que ce soit et participer aux manœuvres maritimes, les autres arpentaient le pont en grimaçant ou en claudiquant.

Le jeune homme tâta quant à lui ses bras : si le gauche avait simplement droit à quelques pansements, l’autre était entièrement bandé du poignet à l’épaule, suite aux nombreuses coupures qu’il avait reçu. L’une était particulièrement moche et courait tout le long de son avant-bras et avait nécessité plusieurs points de suture du médecin de bord. Cherock l’aurait plutôt qualifié de « boucher », mais au moins avait-il fait s’arrêter l’hémorragie. La douleur persistante qui émanait de sous les bandes blanches lui rappelaient que c’était peut-être lui, le boucher. Le massacre pur et simple auquel il s’était livré la veille n’était vraiment pas dans ses habitudes. Il avait voulu se décharger de la frustration et de la colère qu’il accumulait, mais à quel prix ?

(Les enseignements de Valyus, je n’ai pas réellement su les appliquer…)

(Tu sais Cherock, ce sont des principes, pas des ordres. Parfois, il y a des situations où les principes ont beau être importants, ils passent en second plan.)

(Un peu ironique comme paroles venant de la Faëra d’une relique sensée pousser son porteur à suivre sa Voie,) répliqua avec sarcasme Cherock.

(Humpf, j’essaye de t’aider, tu pourrais arrêter d’être un abruti cynique pendant un moment ? Tu n’es pas dans une position facile, mais ça ne te donne pas le droit de te cacher derrière tout le temps.)

Le ton excédé d’Amy surprit Cherock : elle n’était d’habitude pas aussi extrême et acerbe dans ses propos. Décontenancé, il la laissa poursuivre son laïus.

(Écoute, même si je ne connaîtrais jamais ce que c’est de perdre un parent, je l’ai en revanche observé un bon nombre de fois avec les précédents Porteurs. Tu es sur une pente dangereuse à te laisser guider par tes émotions et ta tristesse du moment. Et plus tu glisses sur cette pente, et plus dur ce sera d’en remonter. Que tu fasses ton deuil plus tard, je le comprends : ta mère passe avant. Mais rester là à ruminer et à t’enfoncer dans tes maugréassions ne la fera pas revenir plus vite et surtout, tu risques de te perdre plus qu’autre chose. Et je pense ne pas prendre de risque en affirmant que ni ta mère ni ton père n’aimerait te voir tomber si bas.)

Amy avait raison, il le savait. Mais il n’arrivait simplement pas à chasser les pensées noires qui le poursuivaient. Il avait besoin de quelqu’un à qui en parler, une personne qui pourrait comprendre sa douleur. Sa mère, par exemple. Avec beaucoup d’efforts, Cherock promit à Amy de faire son possible pour ne plus se laisser guider par ses pulsions. En échange, elle l’assura qu’elle serait son garde-fou le temps qu’il retrouve sa mère.

Pendant qu’ils parlaient de ça, les paroles de la Shaakte lui vinrent de nouveau en tête.

« On se bat tous par vengeance… Et tu ne fais pas exception. »

Bien que ça lui coûtait de l’admettre, la Psychomancienne avait fini par avoir raison. Quelque part, la protection de Valyus et la vengeance de Nizzre’ n’était pas si éloignée que ça, par moment. Cherock demanda alors à Amy de lui en dire plus sur cette fameuse vision Shaakte du Dieu de la Foudre. Ce qu’elle fit, malgré les quelques brides de connaissances qu’elle ne pouvait que lui fournir : elle avait une mémoire prodigieuse et un savoir encyclopédique, mais n’était pas pour autant omnisciente.
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Le capitaine l’avait fait venir dans sa cabine le soir même, et Cherock n’avait pas la moindre idée de la raison de cette invitation. Ce n’était certainement pas pour le remercier de nouveau, les précédents remerciements avaient eu l’air de lui arracher la gorge plus qu’autre chose. Sûrement était-ce en rapport avec l’épave fumante qu’il avait vu une heure auparavant. Echouée contre un récif, ce qui avait autrefois été un bateau gisait désormais sur les rochers pointus et écharpés qui garnissait le bord de la côte. Le mât avait été calciné, les voiles parties en fumée et les flammes avaient semblent-ils été arrêtées par la mer avant d’avoir pu dévorer le reste du bateau qui arboraient néanmoins de larges tâches noirâtres de brûlures. Quoi qui se soit passé, Cherock ne donnait pas cher de la peau des bougres qui avaient navigués dessus.

La cabine du Capitaine était éclairée par une lanterne tempête suspendue au plafond, éclairant d’une vive lueur la pièce qui paraissait étonnamment grande pour un bateau. Un bureau trônait en son centre, solidement chevillé au plancher, dans un bois mat moucheté de sel. Dessus s’étendait cartes et parchemins, ainsi qu’une ribambelle d’outils que Cherock savait être de navigation, mais dont il était bien incapable de donner leur utilité ou leur fonctionnement. Derrière ce bureau auquel était assis le chef des sbires de Kisp, un large hamac pendu au dessus d’une malle d’où dépassait quelques bouts de tissus, sans doute les vêtements de l’occupant des lieux. Ce qui était curieux, puisque Cherock n’avait jamais vu le capitaine dans une autre tenue que celle qu’il portait encore ce soir-là. Sur la gauche de la pièce, une étagère comme intégréz à la paroi était garnie de quelques bibelots, livres et autres instruments. De l’autre côté, l’arbalète du capitaine accompagnée de plusieurs carquois de tailles garnis de carreaux à empennages de différentes couleurs trônait, accrochée avec un soin évident. Une cabine comme l’enchanteur se l’imaginait plus ou moins pour un capitaine, qui justement leva son regard vers lui.

« L’Ynorien. L’heure est venue d’entrer dans le vif du sujet. »

D’un geste de la main, il l’invita à s’approcher de la table.

« Voilà les Collines Salées. Le cancrelat qu’on traque s’y cache depuis plusieurs jours maintenant, et a déjà dérouillé plusieurs de nos hommes de main. Tu as vu l’épave de tout à l’heure ?

- Celle incendiée et échouée ? Ce n’est quand même pas…

- Si, c’est son œuvre. Ils ont attaqué son bateau de pirates l’accompagnant et pour se venger, cette saloperie de pyromane y a foutu le feu. On a perdu plein de nos gars dans ce bordel.

- Sacrée puissance de feu, murmura avec un air impressionné Cherock.

- Evidemment, on t’as pas engagé pour la beauté du geste.

- « Engagé » ? répéta Cherock en grinçant des dents avant de se calmer sous l’impulsion de sa Faëra. Très bien… Bon, et comment je la retrouve, ma Cible ? J’imagine qu’avec vous aux trousses, elle ne doit pas avoir très envie de se montrer. Et je n’ai aucune idée de comment lui mettre la main dessus.

- Ca, c’est pas ton affaire. On a un Chasseur de Prime avec nous, un bon traqueur. Et avec les renseignements que les éclaireurs nous fournissent, lui tomber sur le coin de la tronche sera pas si difficile. Et là, tu vas devoir entrer dans la danse. »

Le capitaine lui indiqua ensuite comment les forces de Kisp procédaient : conscientes qu’elles se feraient tailler en pièces par leur proie, elles se contentaient de patrouiller et de petit à petit l’acculer dans un cul de sac des Collines Salées. En se montrant ça et là, elles bloquaient progressivement ses routes et chemins de fuite pour la mener à l’endroit prévu. Tout ça selon les prédictions du fameux Chasseur de Prime. Cherock demanda ce qui se passerait si la Cible ne se faisait pas avoir et parvenait à sortir de l’encerclement progressif, et la capitaine haussa les épaules : il n’en savait rien, mais d’après lui la fatigue commençait à se faire sentir chez elle.

« C’est qu’une question de temps avant que le cancrelat ne tombe de fatigue. Les personnes de son espèce sont tenaces, mais à l’usure on finit par les avoir. Ce sont des mortels après tout.

- Et ça ne vous pose aucun souci de traquer cette-

- Cette crevure a brûlé la moitié du visage de Kisp et a tué au moins une vingtaine de personnes : faut pas se faire avoir par les apparences, et je tiens trop à ma peau pour faire ce genre d’erreur. Puis c’est Monsieur Kisp qui nous l’ordonne, alors on exécute et on pose pas de questions. Ca vaut aussi pour toi, l’Ynorien. Si jamais tu doutes…

- C’est pas mon intention. »

Un silence tomba ensuite sur la pièce, chacun regardant l’autre dans les yeux. Un duel fictif que fini par perdre le capitaine, qui baissa lentement les yeux pour retourner à l’étude de la carte.

« On met pied à terre dans une heure. Prépare-toi. »


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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » lun. 28 sept. 2020 12:48

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Captive

Ce fut la douleur lancinante parcourant mon corps qui me fit émerger des brumes d'un sommeil étrange. Ma tête me lançait douloureusement, la faim et la soif me tiraillaient l'estomac, mes épaules et mes poignets me faisaient mal également, mais mon esprit avait du mal à se focaliser complètement. Je ne sau pas combien de temps je mis pour ouvrir les yeux, mais en le faisant je commençai à comprendre. Du bois, partout, et je pouvais ressentir un léger tangage. Nous étions dans un bateau. Je ne me souvenais pas d'avoir embarqué pourtant... C'est en bougeant un peu que le déclic se fit et que j'entendis le tintement des chaînes. Je levai les yeux en sentant mes poignets retenus au-dessus de ma tête. Enchâssés dans des fers qui me meurtrissaient l'épiderme, ils étaient entravés, le tout enchaîné plus haut à même la coque. Mes pieds aussi étaient emprisonnés dans des cercles métalliques, mais étaient simplement reliés entre eux et non pas enchaînés à la coque. Je sentis mon souffle et les battements de mon cœur s'accélérer, le sang battant contre ma tempe douloureuse alors qu'une bile acide remontait dans ma bouche.

- Non... non, non,non, c'est pas possible....

Ils m'avaient capturée. Ces salopards avaient gagné. J'étais à nouveau enchaînée et incapable de faire quoique ce soit. Je me redressai d'un bond, titubai en sentant un vertige s'emparer de mes sens avant que je ne me stabilise et ne me tourne, levant le nez vers le point d'ancrage de ces satanées chaînes. Partagé entre la fureur et le désespoir, mon corps tremblait. Je savais ce que tout cela signifiait. Je savais pertinemment comment tout cela allait finir si je restais ici. Offerte en pâture à ce cinglé sadique avide de revanche, devenant un objet entre ses mains avant de revivre l'esclavage, la soumission avant la mort comme seule délivrance d'un calvaire auquel la mort elle-même semblait plus douce. Des larmes de rage autant que de peur dévalaient déjà mes joues. Je ne pouvais me résoudre à abandonner comme ça. Je devais m'enfuir, quoiqu'il puisse en coûter. Je levai le nez, inspirai et attrapai les chaînes de mes mains avant de bondir, posant les deux pieds sur la coque avant de tirer de toutes mes forces sur mes bras. J'eus beau forcer autant que je le pouvais, rien ne bougea et je sentis ma peau s'entailler sur les anneaux de fer qui entouraient mes poignets.

J'ignorai la douleur et continuai avant que mon pied ne glisse et que je ne retombe, les chaînes retenant douloureusement mes bras alors que mes genoux heurtaient le sol avec brutalité. Un juron de ma langue maternelle jaillit par réflexe et je soupirai en grimaçant de douleur. J'en venais à parler Shaakt... tout allait de mal en pis. Je me retournai, décidant de fouiller des yeux la pièce dans l'espoir de trouver un moyen de ficher le camp. Mais ce qui m'attendait me figea complètement. Il était là, l'ynorien blond dont les iris avaient été les dernières choses que j'avais pu apercevoir avant de me réveiller ici. Depuis combien de temps était-il là ? Je n'étais pas armée, je ne portais qu'une chemise et mes braies, même pas de bottes, alors que lui était visiblement prêt à toute éventualité. J'eus beau forcer, ma magie resta inerte. J'étais impuissante et cette vérité me heurta avec violence. Je m'assis, incapable de savoir quoi faire. Et l'autre qui restait là dans son hamac...

- Où est-ce qu'on va ?

- Je ne sais pas.

La voix morne et sans vie était à des lieues des souvenirs que j'avais de la brève conversation que j'avais eu avec lui dans cette auberge de Bouhen, quelques semaines plus tôt. Rien n'aurait pu me mettre la puce à l'oreille à l'époque. C'était une rencontre née du fruit du hasard et l'avoir appréciée à sa juste valeur rendait la situation actuelle difficile à comprendre. Je fermai brièvement les yeux en soupirant. Il fallait que j'ignore tout ça, je devais juste me concentrer sur le présent et trouver un moyen de leur fausser compagnie. Alyah ne répondait pas, sans doute un effet secondaire de ce satané poison qu'ils m'avaient forcé à avaler. Cela faisait combien de temps ? Je mourrais de soif et mon ventre me faisait comprendre, grâce à des crampes douloureuses, que j'avais faim aussi. Pas question de l’avouer cependant. Mourir de soif me paraissait presque plus salvateur que continuer le voyage... Il fallait que je sache si le voyage touchait à son terme ou non. Si on allait voir Kisp, nous allions droit sur Oranan. J'espérais avoir un peu de répit pour trouver une solution.

- Depuis combien de jours suis-je ici ?

Il ne prit même pas la peine de répondre cette fois, ne releva même pas la tête, se contentant de faire je ne savais quoi dans son coin. Pourquoi était-il là si c'était pour ne même pas vérifier que je n'étais pas en train de me faire la malle ? Je me redressai finalement et recommençai à tirer, sentant à nouveau la morsure des fers sur ma peau au point que du sang commença à couler depuis mon poignet. De rage, je frappai la coque avec mes poignets entravés. Je devais sortir de là ! Et l'autre là qui restait stoïque. Tout était sa faute... S'il ne m'avait pas rattrapé, je serai libre, je n'aurai pas peur, je serai en train de traquer Kisp pour lui faire la peau au lieu d'être conduite à lui comme une esclave qui rejoint son maître. Tout était sa faute.

- Ça vous a plu vous foutre de moi, pas vrai ?

Je savais très bien que ça ne servait à rien de m'énerver comme ça, mais je devais passer mes nerfs sur quelqu'un et il était la cible idéale. C'était sa faute si j'étais là et j'avais l'impression stupide d'avoir été trahie après l'échange sympathique que nous avions eu. Si je ne l'avais pas croisé avant, je n'aurais sans doute pas réagi ainsi, mais il avait fallu qu'on se croise avant... Je voulais le faire réagir, je voulais qu'il me montre quelque chose. Du regret, de la satisfaction, de la joie même, peu importait. Juste autre chose que ce visage morne et visiblement hanté que je n'arrivais plus à supporter.

- J'espère que vous êtes putain de fier de travailler pour cette ordure. De tous les fils de pute que j'ai croisé vous êtes dans le haut du panier.

Cela, plus que n'importe quoi d'autre, le fit réagir. Il releva aussitôt la tête, me lançant un regard glacial chargé d'animosité. Je le défiai du regard, me demandant intérieurement ce qui l'avait fait réagir ainsi. Alyah m'aurait sans doute dit de me contenir, de ne pas empirer les choses, mais j'étais foutue, j'en avais parfaitement conscience. Aucune possibilité de m'enfuir, sauf si lui faisait une erreur. Alors j'en jouais. Ce n'était pas moi, vraiment pas, mais je n'avais pas le choix. Lui me défiai de répéter cela en un regard froid. Je saisis la perche à deux mains.

- Votre mère doit être si fière d'avoir une raclure comme fils.

- Retire ce que tu viens de dire. Tout de suite.

J'avais touché juste. Il avait bondit de son hamac et porté la main à la poignée de son arme, un de ces fameux sabres Ynorien dot j'avais eu un aperçu avec le samurai. Impossible de comparer les deux. Le samurai était un homme honnête et droit. Lui n'était qu'une ordure de plus sur la longue liste de celles que j'avais croisées. Je vis des éclairs crépiter sur sa main crispée sur son fourreau et lui rendis son regard, même si au fond je n'étais plus aussi sûre de moi. Je n'avais pas envie de mourir, mais tout me paraissait mieux que de finir entre les mains de Kisp.

- Sinon quoi, hein? Vous êtes le genre de fils de pute à s'en prendre à une enfant prisonnière incapable de se défendre ? Vraiment, ils doivent être fiers vos parents...

Cela le mit hors de lui cette fois et la lame de son sabre quitta en partie son fourreau. Je déglutis avant d'inspirer. Désolée Alyah, mais tout plutôt que de vivre la vengeance de Kisp, même si cela doit signifier me faire tuer ici et maintenant. Pourtant, il ne se passa rien. Enfin rien que j'aurai pu prévoir. Une forme féminine ailée se matérialisa soudainement entre moi et l'Ynorien. Une Faera parée d'une armure de samurai, aux ailes nuancées de mauve et de rouge, bras écartés pour s'interposer. Probablement sa faera. Je ne compris pas un traître mot de ce qu'ils échangèrent. La sauver ? Mais sauver qui ? De quoi parlaient-ils ? Qui étaient ces gens qu'elle mentionnait? Rien n'avait de sens pour moi. Pourtant cela sembla calmer l'épéiste qui rengaina sa lame, toute colère finalement envolée, avant de quitter la pièce. Je restai là, immobile, abasourdie, avant de percevoir le regard de la faera. Un regard étrange, pouvant autant signifier sa colère que sa tristesse. Puis elle disparut et le silence revint et je restai là, seule avec mon angoisse qui croissait et ma détermination qui faiblissait à chaque seconde.

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » lun. 28 sept. 2020 12:53

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Peu après le départ de Cherock, je remarquai que des feuilles avaient été éparpillées lors de son coup de sang. Du bout du pied, j'en attrapai deux, que je ramenai vers moi. La première représentait une femme, humaine, qui semblait douce. Si on me demandait de décrire le visage d'une mère aimante, probablement que ce que j'avais sous les yeux aurait été une réponse appropriée. L'autre dessin représentait une silhouette de dos, en armure de samurai. Tout ça me laissa perplexe et vaguement intriguée. Les paroles de la faera tournaient dans ma tête. Et ces dessins... Je sentis que quelque chose m'échappait, mais quoi ? Je soupirai et éloignai un peu les dessins d'un mouvement du pied. Ça n'allait pas me sortir de là de toute façon, pourquoi me prendre la tête ? J'étais seule, encore...

Ma solitude ne dura pas bien longtemps. À peine quelques minutes après, j'entendis des pas s'approcher. Trois hommes entrèrent finalement. J'en reconnus un, le géant chauve qui m'avait fait perdre connaissance. Les deux autres ne me disaient rien, en revanche. L'un d'eux avait les cheveux longs et portait un collier de barbe mal entretenu. Il avait le nez de travers surmonté de deux yeux d'un bleu glacial. Le troisième, lui, était le plus petit, ne portait qu'un bouc, mais avait les traits plus fins, un nez aquilin et des yeux bruns qui auraient pu être chaleureux sans la froideur qu'ils dégageaient. Le géant semblait vouloir ma peau, alors que les deux autres avaient une lueur étrange dans le regard. Une lueur qui ne me plut pas du tout. Celui aux yeux bruns s'avança avant les autres, un sourire aux lèvres.

- Me disais bien que l'autre décoloré avait pas de cran. Bien dormi, princesse ?

Je ne répondis pas. A quoi bon ? Je me contentai de leur jeter un regard noir, mais sans bouger le petit doigt, ce qui sembla les exaspérer. Le brun s'agenouilla devant moi tandis que l'autre se mit à ma droite. Le géant, lui, resta en retrait, bras croisé, dardant sur moi un regard haineux. Que voulaient ces trois ordures exactement ? Si c'était pour se moquer de moi, je n'en voyais vraiment pas l'intérêt et je ne risquais pas de rentrer dans leur jeu. L'épisode avec Cherock avait quelque peu refroidit mes ardeurs à énerver qui que ce fusse.

- Mes camarades et moi étions curieux, vois-tu ? Très très curieux.

Je haussai un sourcil face à ses paroles. Voilà autre chose... Je n'aimais pas du tout le ton qu'il employait en parlant, encore moins son sourire qui ne présageait rien de bon. Il porta sa main à ma joue et je me raidis aussitôt, fronçant les sourcils en retenant de justesse de l'insulter. Il caressa ma joue et siffla, comme s'il était admiratif.

- Tu as la peau vraiment douce... Quel âge as-tu ?

- Qu... Quoi ? Mais en quoi ça vous intéresse ? Ôtez vos salles pattes !

Son humeur changea aussitôt et sa main se plaqua sur mon visage, me comprimant les joues alors que son regard devenait mauvais. Sa voix, pourtant, restait calme et c'était sans doute ça le plus effrayant.

- Tu ferais mieux de coopérer, princesse. Ça n'en sera que plus agréable pour tout le monde.

Pour toute réponse, j'ouvris la bouche et le mordis violemment dans la peau tendre séparant le pouce de l'index. Il poussa un cri de douleur et je sentis le goût métallique du sang dans ma bouche avant qu'un coup sur la tempe ne me fasse lâcher prise, la douleur me vrillant le crâne alors que je l'entendais vociférer.

- Putain de salope de noiraude de mes deux !

Une main me tira violemment par les cheveux, me forçant à me relever dans un cri de douleur. Le visage rougis par la colère de celui que je venais de mordre se planta face à moi, une lueur vicieuse dans le regard. J'avais déjà vu ce regard une fois. Une seule et unique fois, et je compris aussitôt pourquoi ils étaient là. Je me débattis aussi fort que je le pouvais, mais sa main se referma sur ma gorge alors qu'il me plaquait contre la coque du navire. Sa mains se faufila sous ma chemise et je la sentis se presser contre ma poitrine, m'arrachant un cri, mélange entre la peur et l'indignation. Mais ce fut sa voix dans mon oreille qui me fit complètement péter les plombs cette fois.

- J'ai toujours voulu déflorer une jeune elfe...

Je me mis à ruer, hurler, donner autant de coups que je pouvais avec mes membres entravés. Cela l'énerva visiblement, un coup l'atteignant à la jambe. Il me lâcha, mais revint à la charge et me força à me retourner, le visage plaqué contre la coque. Puis je sentis ses mains sur ma chemise et, un craquement de tissu plus tard, elle finit en lambeau sur le sol alors que je hurlais toujours. Le temps sembla se figer tandis que le silence s'abattait sur la scène. J'entendis un souffle de surprise sur ma gauche, une exclamation grognée plus loin, alors que la voix menaçante devenait surprise.

- Bordel mais qu'est-ce que...

Je savais ce qui les avait arrêté. Mes cicatrices. Les traces blanchâtres des coups de fouet que j'avais reçus et qui zébraient encore mon dos, formant des lignes anarchiques de mes omoplates à mes reins. Ils pensaient être les premiers à me vouloir du mal ? Ils n'étaient qu'un groupe de plus sur la longue liste. Cela sembla le refroidir un instant, mais, trop rapidement, il se reprit et me fit ployer sous son poids, m'obligeant à me vautrer à genoux sur le sol, la tête presque plaquée dessus, les bras douloureusement tendus par les chaînes au-dessus de ma tête. Je me remis à hurler lorsque ses mains se posèrent sur mes hanches et tentèrent de descendre la dernière protection de tissu qu'il me restait. J'avais beau me débattre, ça ne servait à rien, j'avais beau hurler, cela semblait les encourager. Les braies descendus jusqu'aux chevilles, je tentai autant que possible de me recroqueviller, d'empêcher leurs sales mains d'écarter mes jambes. Je savais comment ça allait finir, et je n'arrivais pas à les en empêcher.

Finalement, une main se glissa entre mes cuisses malgré ce que je faisais pour l'éviter, et je perdis complètement le contrôle. C'était comme si quelque chose se brisait, au fond de moi, comme si la limite avait été franchie. Je cessai de hurler, mais ce fut ma magie qui le fit à ma place. J'entendis des exclamations de douleurs et de surprise alors que les flammes m'entouraient finalement. Elles vrombissaient avec violence, cherchant à tuer. Je sentais leur chaleur autour de moi, mais je n'arrivais plus à réagir. Je ne tremblai plus, je ne criai plus. Plus rien n'avait d'importance, finalement. J'entendis des cris, des voix, mais tout me paraissait lointain, comme entendu depuis l'autre côté d'un mur.

(YLIRIA!)

Je sursautai, clignai des yeux et aperçus la silhouette flamboyante d'Alyah, penchée au-dessus de moi, le visage ravagé par la tristesse. Le soulagement qui se peignit sur ses traits me laissa complètement indifférente. A vrai dire j'avais du mal à ressentir quoi que ce soit. Je clignai à nouveau des yeux avant de sentir quelque chose sur moi. Je me redressai comme je pus et baissai les yeux sur un manteau qui me recouvrait. Non loin, Cherock était là et me regardait. Je scrutai la pièce. Où étaient les trois autres ? J'avais rêvé ? J'en doutais, le souvenir était bien ancré, tout comme les sensation. Avec un mélange d'appréhension et de peur, je relevai les genoux et jetai un œil. On m'avait remis mes braies et je ne sentais rien. Je tournai la tête vers l'ynorien et ma propre voix me sembla si terne que si je ne savais pas que c'était moi, je ne me serais pas reconnue.

- Cherock... tuez-moi.

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » lun. 28 sept. 2020 12:57

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À peine avais-je laissé ces mots franchirent mes lèvres qu'Alyah hurla dans mon esprit. Elle me traita d'idiote, de tout un tas de noms qui m'auraient probablement énervée si j'avais été dans mon état normal. Mais je m'en fichais complètement à présent. Je sentais sa peine, mais je n'arrivais pas à me concentrer assez pour ressentir quoi que ce soit. Ça ne me faisait ni chaud ni froid. Mourir était plus simple, plus facile. C'était la solution de facilité, oui, mais j'avais atteint un point ou plus rien n'avait d'importance. Ma vie n'était qu'une succession d'épreuves, de déconvenues, de douleurs et de pertes, parfois agrémentée de courtes périodes de calme avant une nouvelle tempête plus violente que la précédente. Alyah finit par se taire, la voix mourant comme si elle se résignait à son tour. J'aurai voulu m'excuser, lui dire que c'était faux, mais je ne pouvais pas, parce que je le pensais vraiment.

La main de Cherock sur mon épaule me figea. De peur, de dégoût, je me raidis, voulus reculer sans vraiment le pouvoir. Puis il se mit à me frictionner le bras et j'osai lever le regard vers lui, croisant ses iris qui se voulaient probablement rassurante, ce qui me perdit complètement. Mais moins que ses paroles, prononcées d''voix douce.

- Je ne peux pas faire ça, Yliria. Comme je refuse de vous laisser dans les mains de ces salauds.

Je le fixai un instant, sans comprendre, puis les rouages se mirent en place et l'abattement laissa place à la stupeur. J'étais perdue. Comment ça il refusait de me laisser entre leurs mains ? Mais c'était lui qui m'y avait fourré ! Je ne comprenais pas ce soudain revirement. Quelque chose m'échappait vraiment, j'en étais persuadée. Et alors que je pensais que tout était foutu, que je n'avais aucun espoir, voilà qu'il m'en redonnait, juste un brin. Pourquoi ?Je voulais comprendre. Et plus que tout, je voulais me sortir de là, je voulais partir. Partir et oublier. Oublier la douleur, oublier la peur. Oublier ses putains de mains sur ma poitrine, entre mes cuisses... D'une voix hésitante, perdue, j'essayai de savoir.

- Qu... Quoi ? Mais... Je comprends pas... vous êtes avec eux... avec... lui.

- Je ne le suis pas vraiment par choix... Cette capture m'a plus été imposé qu'autre chose... Kisp a ma mère. Mon père a refusé de l'aider, et l'a payé... de sa vie. Et vous étiez le prix de sa liberté..

Je l'écoutai, le vis douter avant de finalement expliquer. J'ouvris la bouche avant de la refermer. Je venais de comprendre. Sa réaction, son implication, tout cela faisait sens. Il pouvait mentir après tout, évidemment, mais sans savoir pourquoi, je sentais que ce n'était pas le cas. Peut-être parce qu'il avait une faera avec lui, peut-être parce qu'il semblait vraiment sincère, ou peut-être tout simplement parce que c'était la seule façon que j'avais d'espérer un autre destin qu'une mort lente et douloureuse. Je me revis l'insulter, lui et ses parents, et la culpabilité me fit baisser les yeux alors qu'un murmure filtrait d'entre mes lèvres.

- Je suis désolée... Pour ce qui arrive et pour ce que j'ai dit tout à l'heure.

Je soupirai, reniflai légèrement, sentant le goût métallique du sang dans ma bouche. Je commençai à sentir la douleur des coups que j'avais reçus et ma lèvre abîmée s'était remise à saigner. Je lapai le sang d'un coup de langue, sans vraiment y faire attention et fixai Cherock avec une nouvelle détermination dans les yeux. Si lui ne voulait pas me livrer à Kisp, je n'étais pas seule. Et alors cela pouvait suffire. Il suffisait de jouer le jeu, puis de frapper quand ils baisseraient leur garde. Je prenais des risques, mais lui ne pouvait pas se le permettre avec sa mère en otage, alors je n'avais pas le choix.

- Sans vous, je n'en serai pas là. Mais je comprends pourquoi vous l'avez fait... vous voulez vraiment m'aider ?

- Vous ne pouviez pas savoir. Enfin... J'imagine que je dois m'excuser également de vous avoir attirer là dedans, même si de simples mots ne me rachèteront pas.

Il poussa un long soupir tandis que je hochai simplement la tête avant qu'il ne se présente.

- Je crois qu'il est temps que je me présente en bonne et dû forme. Je m'appelle Cherock. Cherock O'Fall, d'Oranan. Et voici Amy, ma Faëra. Je ne peux rien vous promettre sur votre sauvetage, mais je ferais tout ce que je peux pour que ces enflures ne mettent pas la main sur vous. Et les faire payer pour ce qu'ils ont fait.

La faera en question sortit du médaillon et me sourit, perchée sur l'épaule de Cherock. Je lui rendis un timide sourire , me raidis lorsqu'il tendit la main, mais il ne fit que rajuster son manteau sur mon torse, assurant que je pouvais le garder pour le moment. Il était résistant aux flammes apparemment. Probablement que c'était ce qui l'avait protégé jusque là. Alyah me poussa à répondre, assurant que tout irait bien. D'où tenait-elle cette assurance, je n'en avais aucune idée, mais je fis de mon mieux pour que ma voix reste calme et ne tremble pas.

- Je... Mon nom est Yliria Varnaan'tha, de Gw... Tulorim. Ma faera se nomme Alyah. Et merci pour le manteau...J'imagine que vous avez tout vu de toute façon...

Je soufflai les derniers mots d'une voix partagée entre la tristesse et l’acceptation morose. Je devais me focaliser sur autre chose. Comment sortir d'ici en premier lieu. Lui mettait sa mère en danger en m'aidant, et ça ne me plaisait pas. Si j'étais égoïste, je lui demanderai juste de m'aider à m'enfuir, mais je ne pouvais me résoudre à faire ça. C'était ma faute s'il se retrouvait impliqué la dedans, je refusai que quelqu'un paye le prix d'une de mes erreurs. Il y avait bien une solution. Elle était risquée et je vis Alyah grimacer en comprenant très bien ce que je voulais faire.

- Votre mère vous sera rendu si vous me livrez c'est ça ? Alors livrez-moi. Il suffit juste que je puisse utiliser ma magie et je devrais m'en sortir. J'aurai juste à faire semblant jusqu'au bon moment.

- Mmmh, ça me semble un bon début. Pour vous avoir vu à l’œuvre, vous ne manquez pas de puissance de feu et vous avoir avec moi sera une aide non négligeable. J'ai aussi vu que vous aviez une arme la dernière fois.. Une rapière. Ça par contre, je ne pourrai pas me la procurer. Et les seules armes que j'ai sont mon marteau à deux mains et mon sabre. Le premier sera difficile à manier pour vous, a contrario de la seconde. Si ça vous convient, puisque j'ai l'accord d'Amy, je peux vous la confier.

Sa proposition me laissa pantoise. J'étais surprise de voir qu'il étais prêt à me prêter une de ses armes pour qu'on se sorte de cette histoire. Je tournai la tête vers les deux objets et fronçai les sourcils en les examinant de là où j'étais. Il y avait quelque chose... Difficile à dire vu la distance et mon état, mais j'étais persuadée que ces armes n'avaient rien d'ordinaire. Et puis quel rapport avec sa faera ? En quoi son accord était-il nécessaire ? Je ne savais pas si c'était la fatigue, les coups, l'état dans lequel j'étais, mais certaines choses semblaient m'échapper dès que cela le concernait.

- Vous êtes sûr ? Cette arme est... elle a l'air particulière... Enfin je ne vais pas refuser une arme vu la situation... Mais si vous m'aidez, votre mère sera en danger, je peux simplement vous dérober votre sabre en faisant comme si vous étiez hors-course, non ?

Et je pensais soudainement à une chose qui me fit me relever frénétiquement pour que mes mains touchent mon crâne. Rien, absolument rien sur mes cheveux. Mêmes mon pendentif et mon serre-cou avaient disparu. Tout ce qu'il me restait de mon père avait disparu et je commençai à angoisser à l'idée que tout soit à jamais perdu, jeté quelque part en pleine mer ou distribué à ces enfoirés pour être revendu ailleurs. C'était bien trop précieux...

- Oh non... non, non.... Cherock, vous savez si mes affaires sont... est-ce qu'ils les ont jeté?

- La situation ne me laisse pas vraiment d'autre choix que de vous faire confiance. De plus, Amy est intimement liée à ce sabre dont elle est la gardienne, elle n'aurait aucun mal à la retrouver si vous comptiez fuir avec. Et pour ce qui est de vos affaires, elles ont toutes été empaquetées -du moins à ma connaissance- et le capitaine de ce navire les gardent avec lui, pour éviter qu'une partie de ses hommes ne s'amuse à piocher dedans.

C'était à la fois un soulagement et une nouvelle qu'il fallait exploiter. Si je pouvais mettre la main sur mes affaires au bon moment... Je hochai simplement la tête alors qu'il se relevait. Il finit par approcher un tabouret de moi, me conseillant de l'éloigner si jamais un sbire de Kisp arrivait, mais au moins mes bras ne seraient plus dans cette position, tendus presque à leur maximum. Je le fixai un instant et un sincère sourire de remerciement parvint enfin à se dessiner sur mon visage. Il était faible, mais au moins il était là.

- Je vois... Merci Cherock.

Je me redressai tant bien que mal et me débrouillai pour m'installer sur le tabouret. Ce n'était pas très confortable, il était un peu branlant et pas franchement en bon état, mais au moins mes épaules et mes poignets allaient souffler un peu. Je resserrai les pans de son manteau autour de mes épaules, tentant de m'en faire un genre de couverture et fermai les yeux. Je ne voulais pas vraiment dormir, mais je devais essayer. Les dieux seuls savaient quand j'allais me retrouver face à Kisp, il fallait que je sois prête le moment venu.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » lun. 28 sept. 2020 13:07

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J'avais commencé à somnoler rapidement, finalement. Alyah berçait doucement mon esprit avec une mélodie apaisante qui me fit le plus grand bien. Je ne rêvai pas vraiment, ou du moins n'en eut aucun souvenir à mon réveil, lorsque Cherock me secoua gentiment. J'ouvris les yeux, un peu étourdie par le sommeil. Je le fixai, le temps qu'il me fasse signe de ne pas faire de bruit et de désigner le tabouret. Je compris et hochai la tête, envoyant le tabouret à plusieurs mètres avec regret, avant de m'asseoir à même le sol une nouvelle fois. Je clignai des yeux, m'efforçant de clarifier un peu mon esprit encore embrumé, sans vraiment y parvenir. Puis la porte s'ouvrit.

De l'échange qui eut lieu, je n'eus que des brides, mais Cherock sembla visiblement mettre un terme à ce qui semblait être un problème, assurant d'une voix forte que je perçus qu'il coulerait lui-même le bateau si un message était envoyé. Il referma la porte en grommelant et je le fixai sans un mot pendant quelques minutes avant de chercher à récupérer le tabouret en tendant les jambes. Après plusieurs essais infructueux et de nouvelles entailles aux poignets, je laissais tomber et calai mon dos contre la coque. Je mourais de faim et de soif et mes bras me tiraient douloureusement, mais je ne dérangeai pas l'Ynorien. J'avais déjà de la chance qu'il accepte de m'aider, je ne voulais pas qu'il croit que je profitai de la situation.

Lui, posé dans son hamac, semblait de nouveau occupé avec ses pensées et ses dessins. Le visage de la femme dessiné au crayon me revint en mémoire et j'étais certaine que c'était sa mère. Pas que je trouve la ressemblance frappante, mais pourquoi dessinerait-il une femme clairement plus âgée ? Quant à l'autre silhouette... je secouai la tête. Ce n'était vraiment pas le moment de me perdre là-dedans. Je m'installai et fermai les yeux avant d'inspirer lentement, cherchant mes fluides. C'était comme si j'étais vidée, mais pas privée comme avant. Je sentais quelque chose, mais je devais retrouver de l'énergie pour à nouveau utiliser mes flammes et ma lumières. Et pour ça je devais dormir, manger. Je soupirai, lasse, et finis par laisser tomber. Je toussotai pour attirer son attention, offrant une moue désolée à mon geôlier d'infortune.

- Je... euh... Vous voulez bien pousser le tabouret vers moi ? Et je... Vous auriez un truc à boire  ou manger ? S'il vous plaît...

Il releva la tête lorsque je toussai et sembla surpris de me voir sur le sol. Je lui offris un sourire contrit tandis qu'il m'aidait gentiment à m'asseoir, les chaînes retenant mes bras étant particulièrement pénibles, rendant mes mouvements difficiles. Une fois assise, je haussai les épaules lorsqu'il me demanda pourquoi j'avais attendu avant de lui demander. Je ne voulais pas passer pour une idiote, même si je me serai épargnée quelques entailles en lui demandant directement.

- Vous sembliez préoccupé, je ne voulais pas vous déranger, c'est tout... Merci.

Je pris mon mal en patience malgré la faim qui commençait à se faire vraiment sentir. Il avait assuré que le repas n'allait pas tarder, mais il préférait rester ici, avec moi. Je hochai la tête, reconnaissante. Je n'avais pas vraiment envie qu'il me laisse seule à nouveau. Je l'observai alors qu'il s'installait de nouveau dans son hamac. Alyah me poussait à entamer la conversation avec lui, mais j'étais hésitante. C'était ma faute s'il se retrouvait là, à pleurer un père et espérer que sa mère était en bonne santé alors qu'elle était retenue en otage. Je ne pouvais pas juste parler de la pluie et du beau temps et je ne le connaissais pas. Raison de plus, selon Alyah, mais ce n'était pas aussi simple...

- Elle s'appelle comment ? Votre mère je veux dire. C'est elle sur vos dessins ?

- Elena. Et oui, c'est bien elle. Même si le dessin ne lui rend pas vraiment hommage, elle est bien plus douce en réalité

J'observai le dessin tendu par Cherock et hochai la tête, sans trop savoir quoi ajouter de plus. Il n'était visiblement pas enclin à en discuter, aussi m'adossai-je davantage à la coque du navire et fermai à nouveau les yeux. J'aimais bien les dessins de l'Ynorien. N'ayant pas de fibre artistique, ça avait toujours quelque chose de fascinant de voir le talent des autres à l'œuvre. Je soupirai, essayant de trouver une position confortable avant de sombrer enfin dans un sommeil nécessaire.

Je me réveillai brusquement, mon ventre faisant clairement comprendre que je devais manger à présent. J'avais le dos et les épaules douloureux et, pendant un instant, j’eus du mal à me remémorer ce que je faisais ici avant que tout ne me revienne en mémoire. Je clignai des yeux, essayant d'en chasser l'humidité lié au réveil et aperçus aussitôt Cherock qui s'approchait, une écuelle à la main. Je soupirai légèrement de soulagement, ravie de pouvoir enfin manger quelque chose après... combien de jours ? Je mourais de faim et le grondement de mon ventre le fit bien comprendre à l'Ynorien qui se baissa à ma hauteur.

- Un repos pas très efficace j'imagine ? Enfin, c'est le meilleur que je peux offrir dans les circonstances actuelles. Et avec ces entraves, vous allez avoir du mal à vous nourrir vous même. Alors je vais le faire.

- J'ai connu pire... Attendez, comment ça vous allez...

Il tendit une cuillère vers ma bouche, comme si j'étais un bébé.

- Il y a le même poison que celui qui neutralise vos pouvoirs. Pour l'instant, concentrons-nous sur vous remplir le ventre, on s'occupera de trouver une nourriture moins nocive après. Allez, ouvrez la bouche : aaah...

Je me figeai, mes yeux passant de la cuillère à son visage. Il était sérieux ? Cela me rappela vaguement ma semi-captivité sur l'île interdite, avec le Woran qui m'avait fait manger de la même façon. Mais lui au moins ne m'avait pas traitée comme un enfant en bas âge. Je n'arrivais pas à savoir s'il se fichait de moi ou s'il se trouvait vraiment drôle. L'idée d'avaler encore un peu plus de ce poison ne me disait rien du tout, mais j'avais tellement faim. Retenant de justesse une remarque, j'ouvris la bouche et la refermai sur la cuillère tendue. C'était affreusement gênant de faire ça et je sentis mon visage s'empourprer alors que je mâchai la nourriture avec un arrière goût franchement pas terrible. J'avais cependant trop faim pour faire la fine bouche et avalai la bouchée très vite. Je lui offris une moue boudeuse, essayant de masquer ma gêne et mon empressement à prendre une autre cuillère.

- Merci...Vous n'êtes pas obligé de me dire « aaaah », vous savez ? J'ai quarante-cinq ans, pas douze... J'ai l'impression que ça vous amuse...

- Je pensais qu'un peu d'humour vous aiderait à oublier la situation actuelle. Si vous voulez vous débrouiller seule, je veux pas vous mettre dans l'embarras.

J'ouvris la bouche puis la refermai, mes joues me chauffant légèrement. Je me sentais un peu stupide, en plus d’être gênée. Il voulait seulement être gentil, visiblement, et moi je prenais tout pour moi, une fois de plus

- C'est... Désolée, je suis pas très douée avec ça, j'ai tendance à tout prendre au pied de la lettre et ne pas savoir quand les gens sont sérieux ou non. C'est gentil de votre part d'essayer de me faire oublier tout ça...

Je regardai l'écuelle et entendis mon estomac gronder, m'arrachant une grimace.

- Je peux en avoir ? Visiblement je digère bien le poison.

- Tenez.

Je mangeai finalement, une cuillère après l'autre, sans rechigner malgré l'absence de goût de ce plat que je savais empoisonné. Ça avait quelque chose d'ironique, d'essayer de rester en vie avec cette saleté tout en ayant l'espoir de m'en tirer grâce à un inconnu qui m'avait condamnée à être enfermée ici. L'ironie de la situation m'aurait presque arraché un sourire si je n'étais pas occupé à manger puis boire à la gourde qu'il m'offrit généreusement. Je me sentis bien mieux, mais à nouveau mes fluides me semblèrent évanouis et je ne ressentis plus leur présence, ne sentant qu'un vide, presque un manque, moi qui avais toujours vécu avec. Je perçus le regard de Cherock, qui semblait m'observer attentivement. Je lui jetai un rapide coup d’œil, sans vraiment soutenir son regard bleu et brun. Je sentais mon visage chauffer encore plus. Pourquoi il me regardait comme ça ?

- Ma Faëra m'a assuré que les yeux bleus ne sont pas l'apanage des Shaakts, et je suis bien ignorant sur ce peuple. Vous êtes donc une métisse ?

Cette fois, je le fixai, la mâchoire crispée. Pourquoi posait-il ces questions ? Alyah m'encouragea, arguant qu'il était un allié, et non quelqu'un dont je devais me méfier, mais mon métissage ne m'avait que rarement apporté de bonnes choses, j'avais parfaitement le droit d'être un peu sur mes gardes. Je soupirai légèrement et hochai la tête. Autant être honnête, je n'avais rien à perdre de toute façon.

- Votre Faera a raison. Mon père était un humain de Wiehl, d'une ville nommée Tulorim. Je tiens mes yeux de lui, tout comme ma mèche noire au milieu de mes cheveux. Vous n'avez jamais vu de shaakt par ici ?

- Pas vraiment. En Ynorie ou dans le royaume de Kendra-Kar, on associe les Shaakts à la déesse Oaxaca car ils sont alliés. Et puis il faut dire que la seule Shaakte que j'ai jamais vu, c'était avant de vous rencontrer à Bouhen. Et elle a essayé de nous tuer, moi et mes compagnons, avec un peu trop de détermination à mon goût. Enfin... Il faut croire que vous tenez bien plus de votre père que de votre mère, et je ne vais pas m'en plaindre.

Cette remarque, probablement dite sans arrière pensée, me fit écarquiller les yeux avant qu'un sourire plus franc et naturel n'orne mon visage. C'était particulièrement important pour moi ce qu'il venait de dire, même s'il ne pouvait pas s'en douter une seule seconde. Mon père m'avait élevée et enseignée à être comme j'étais, bien loin de l'image négative que pouvais renvoyer les shaakts.

- Je ne m'en plains pas non plus... les Shaakts ne sont pas vraiment un modèle d'harmonie familiale et de tolérance. Cherock... ça va vous paraître un peu présomptueux vu ma situation mais... je vous promets de faire tout ce que je peux pour que vous puissiez rentrer chez vous avec votre mère saine et sauve.

- Faites comme vous le souhaitez, toute aide sera forcément la bienvenue. Je ne vous en voudrai simplement pas si vous faites passer votre survie avant la mienne.

- Toute cette situation est ma faute. Je ne veux juste pas que d'autres en souffre davantage. Vous n'auriez jamais dû avoir à vivre ça...

- Vous êtes autant une victime que moi. J'ignore votre passé avec Kisp, mais je peux sans mal affirmer qu'il est le responsable de tout ça. Cet enfoiré va le payer...

La façon dont son regard changea lorsqu'il prononça ces derniers mots me fit instinctivement reculer sur le tabouret branlant qui me servait de siège. Je ne savais pas tout de ce que Kisp avait pu faire à sa famille, mais la haine et l'envie de vengeance qui luisaient dans son regard bicolore à ce moment précis me rappela bien trop de choses. La vengeance m'avait aveuglé pendant un temps, mais j'avais réussi à la mettre de côté pour trouver un semblant de paix, mais lui n'avait pas eu le temps d'en arriver là.

- C'est ma faute parce que je l'ai laissé vivre. Je vais réparer ça moi-même. Sauvez votre mère, mais la vengeance ne vous apportera rien de bon, elle ne fera que vous détruire un peu plus. Laissez-moi m'occuper de lui.

- Que ce soit vous ou moi m'importe peu, ce type est trop dangereux pour le laisser en vie. Quant à la vengeance... Je n'ai jamais autant haïs quelqu'un que lui. Le désir vengeance, c'est la première fois que je le ressens réellement. Alors peut être que vous avez raison en disant que ça ne m'apportera rien de bon. Mais pour moi et pour ce en quoi je crois, c'est quelque chose que je dois vivre au moins une fois. Et puis, avec Nizzre', vous devez sûrement comprendre pourquoi ça a du sens pour moi de faire ce chemin.

Je l'observai un instant en mangeant. Je comprenais parfaitement ce qu'il ressentais, j'étais passée par là, j'avais ce désir de vengeance pendant si longtemps que ça m'avait fait perdre de vue ce que je voulais vraiment. Quand il me parla de nizzre', je le regardai sans vraiment comprendre d'où il pouvait tenir ça. Nizzre', cela voulait dire "foudre" dans la langue shaakte. Je ne pus lui offrir la réponse qu'il voulait, si tant est qu'il en voulait une.

- Je sais ce que ça fait, de haïr quelqu'un au point de vouloir sa mort pour se venger. Cela n'apporte rien, sinon de nous ronger d'intérieur et d'oublier de vivre. Ce n'est pas à moi de vous en empêcher, loin de là, mais cette ordure ne vaut pas la peine que vous vous perdiez en chemin. Regardez ce que lui est prêt à faire par vengeance. Vous êtes quelqu'un de bien, Cherock, c'est facile de s'en apercevoir. Ne laissez pas la vengeance vous empoisonner l'existence, ça n'en vaut pas la peine.

- Mmmmh... Rien ne sert d'épiloguer là dessus de toute façon. Nous verrons bien comment tout ça évolue.

Je le fixai sans répondre, terminant plutôt l'écuelle qu'il me faisait manger sans plus dire un mot. La discussion était close, visiblement. Je ne savais pas pourquoi ej me sentais à ce point touchée par son histoire et ses réflexions. Égoïstement, je voulais juste m'en sortie. Mais une part de moi voulait l'aider, une part trop importante pour être ignorée. Je voulais faire quelque chose pour l'empêcher de sombrer dans les ténèbres de la vengeance.

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Tergeist
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Tergeist » mer. 7 oct. 2020 13:48

Dans le chapitre précédent...

Troisième Arc : Encre de feu, Ancre de sang.

Chapitre V : Yliria.

« Où est ce qu'on va ?

- Je ne sais pas. »

Telles furent les premières paroles qu'échangèrent Cherock et Yliria lorsque cette dernière se réveilla enfin de son sommeil comateux. Peu après sa capture, le groupe de chasse était retourné au bateau et transportant la semi-shaakte solidement ligotée sur une charrette. Cherock étant le seul à pouvoir la contenir si elle se réveillait, il avait été assigné à sa surveillance et se chargeait de la droguer aussitôt qu'elle se réveillait. À la drogue était mêlée une partie de l'herbe tueuse de mage, une des composantes primordiales du poison Brise Magie. Si seule elle ne permettait pas D avoir les mêmes propriétés que le poison, elle permettait en revanche d'allonger la durée de ce dernier de manière considérable.

Puisqu'ils n'avaient plus à se soucier de se faire repérer par la pyromancienne, le voyage retour avait été bien plus rapide. 2 jours entiers et les voilà à l'aube du troisième jour. Enchaînée aussi bien aux pieds et aux mains à la coque du bateau, Yliria faisait peine à voir, simplement vêtu de ses braies et d'une des chemises de Cherock, les sbires de Kisp ayant voulu profiter de l'occasion pour se rincer l'oeil. Dans la "cabine" de l'enchanteur, elle avait commencé à lentement se réveiller avant de darder un regard désespéré vers lui après avoir pris connaissance de sa situation.

Cherock ne souhaitait pas lui parler. La surveiller constamment mettait déjà à rude épreuve sa conviction de la garder prisonnière. Une conviction qui était des plus branlantes. Alors moins il en savait, mieux il se portait. Sa réponse évasive fut prononcée sans la moindre conviction et il retourna à ce qu'il faisait : un tatouage d'une silhouette solitaire vue de dos et vêtue d'une armure de samouraï. Et après sa courte réponse, la semi-shaakte s'agita dans son dos. Elle lui posa d'autres questions auxquelles il ne répondit pas. Tenta de le provoquer, lui faire ressentir de la culpabilité, mais rien n'y fit. De rage, elle s'évertua à se libérer de ses entraves, mais en vain. Il ne voulait rien savoir, rien entendre. L'ignorer était la chose la mieux supportable de son point de vue et il laissait glisser les regards colériques sur lui, de même que les insultes. Sauf une.

« De tous les fils de pute que j'ai croisé vous êtes dans le haut du panier. »

Fils de pute. Un fils de pute, lui ? L'insulte n'était qu'une parmi tant d'autres et dont on l'avait souvent agonie, surtout ses adversaires. Mais dans le contexte particulier qu'il vivait, c'était une autre paire de manches. L'insulte faisait mal. Il se stoppa net et tourna lentement la tête vers la jeune fille, posant sur elle un regard glacial. (Ose répéter ça.) C'était le message qu'il voulait lui transmettre. Et visiblement, elle l'avait reçu en affirmant que sa mère devait être si fière d'avoir pour fils une raclure telle que lui. La provocation le fit bondir de son hamac, littéralement. Des éclairs dansaient dans ses yeux alors que sa main elle aussi enveloppée de foudre glissait lentement vers la poignée de la Kizoku.

« Retire ce que tu viens de dire. Tout de suite. »

Sa voix tremblait d'une colère contenue et les cris alarmés de sa Faëra ne semblaient pas l'atteindre. Il était prêt à la frapper, et peu importait les conséquences.

« Sinon quoi, hein? Vous êtes le genre de fils de pute à s'en prendre à une enfant prisonnière incapable de se défendre en plus ? Vraiment, ils doivent être fiers vos parents... »

C'en était trop. Elle se payait ouvertement sa tête en appuyant avec insistance sur ce qui lui faisait mal. Les dents de Cherock étaient tellement serrées qu'il pouvait les entendre crisser. La main se referma sur la poignée de son sabre, l'autre sur le fourreau. Un coup du pouce droit pour dégainer plus vite, et une tranche horizontale. La frappe foudroyante. Devait-il couper les mains ? Lui ouvrir la gorge, le torse ? Et alors qu'il avait fait son choix...

« STOP ! »

Une petite forme se mit devant lui, bras écartés. Armure typique de samouraï rouge sur une chemise noire, réplique de la Kizoku à la taille, Amy venait de prendre forme devant lui. Ses ailes de papillon et sa chevelure prenaient une teinte mauve et rouge : elle était tout aussi inquiète qu'en colère.

« Lâche ton arme Cherock, avant de faire une bêtise.

- Dégage Amy. Je peux pas laisser passer ça.

- Tu vas la tuer, ça va te soulager dix secondes et ensuite ?! Tu vas faire comment pour la sauver, hein ? Si Kisp l'apprend, il va la mettre en pièces ! Et tu penses qu'il s'arrêtera là ? Frans, Anthelia, Hïo ?! »

La brimade d'Amy lui fit l'effet d'une douche froide. La colère avait pris le pas sur son jugement. Comment ne pouvait-il pas avoir pensé à ça ? Aux personnes qu'il mettrait en danger ? Même les paroles d'Yliria tombaient sous le sens. Il avait été à deux doigts de tuer une adolescente enchaînée. Et ce qui choquait en plus Cherock, c'est qu'Amy s'était manifestée devant quelqu'un. C'était bien la première fois, et elle ne l'avait même jamais fait devant Tanaëth qui lui aussi, possédait une Faëra. C'était dire à quel point la situation avait été sérieuse. Dans un chuintement discret, les quinze centimètres de Faerunne rentrèrent dans leur fourreau. Sans un mot, Cherock sortit de la pièce : il avait besoin d'air.

Dehors, Cherock s’accouda au bastingage, incapable de trouver le calme. La mer qui d'ordinaire l'aidait quelque peu à mettre de l'ordre dans ses idées était là d'une inutilité flagrante. Yliria l'avait provoquée. Mais elle était acculée, alors le courage et la témérité dont elle avait fait preuve était à peu de choses près tout ce qui lui restait. Que devait-il faire ? Amy arriva alors qu’il ruminait, tiraillé entre plusieurs choix dont ils n’arrivaient pas à se dépêtrer. Et ils parlèrent, longtemps. Elle s'excusa d'abord de s'être imposée de la sorte devant lui, puis ils discutèrent de la suite des événements. Quoi qu'elle ait pu faire, Cherock doutait de plus en plus qu'Yliria soit aussi déterminée à se battre si elle était réellement coupable. Elle avait beau avoir sa vie en jeu, l’enchanteur sentait que quelque chose, quelque part, ne collait pas. Et alors qu'ils discutaient...

Comme à son habitude, Cherock s'était mis à l'extrémité du bateau, là où personne ne le voyait ni ne le dérangeait. C'est donc à l'abri des regards qu'un petit être flamboyant apparut devant son visage. Le nombre de ressemblances avec Amy, le fait qu'il s'adresse à lui par télépathie et tout simplement l'instinct de l'enchanteur furent autant d'éléments qui affirmèrent à Cherock qu'il avait en face de lui une Faëra. Et certainement celle d'Yliria, qui s'adressa à lui d'une voix transpirant la détresse.

(Cherock! Je vous en conjure, retournez auprès d'Yliria. Je sais qu'elle a été méchante, que ses mots étaient durs, mais elle est perdue, elle a peur, elle voulait vous blesser pour en finir. Elle n'est pas comme ça, mais elle est au pied du mur. C'est une fille d'ordinaire gentille et douce, qui s'inquiète pour les autres et qui ne mérite pas ce qui lui arrive, je vous assure. Je vous en prie, retournez auprès d'elle, ils vont.. ils vont la briser pour de bon si vous les laisser faire.)

(Les laisser faire...?)

Si le jeune homme resta un instant dubitatif, avant que les regards lubriques qu'avaient jeté les hommes de Kisp lui reviennent en mémoire. A plusieurs reprises, ils en avaient jeté à la semi-shaakte après sa capture. En un instant, son visage perdit toute sa couleur.

(Ne me dites pas qu'ils comptent...)

Cherock dévala comme une trombe les escaliers menant au pont et sauta directement de l'échelle jusque dans la cale. Ses doutes se confirmaient petit à petit alors qu'ils ne voyaient pas autant de marins qu'il aurait dû. Une fois dans la cale, il entendit des hurlements étouffés provenant de sa cabine et s'il n'y avait pas eu toutes ces caisses de marchandises volées ou non, il aurait couru pour enfoncer la porte. Mais il eu du mal à l'atteindre et quand il y arriva, cette dernière était verrouillée. De l'intérieur. D'où provenaient les cris d'Yliria désormais bien audibles. Il n'hésita pas une seconde et envoya deux Chocs de Valyus successifs dans le loquet de la porte, qui explosa sous le déluge de foudre. Un coup d'épaule ouvrit la porte avec fracas, dévoilant une scène repoussante. Un homme plaquait la tête d'Yliria sur le sol, ses bras tendus en l'air par les chaînes. Un autre que Cherock reconnu comme étant le fameux Hodor se prélassait dans le hamac, attendant son tour. Le troisième, enfin, était accroupi derrière Yliria et tentait de glisser sa main entre ses cuisses. La pauvre fille était en train de hurler, la chemise en lambeau… Dévoilant un dos strié de dizaines et de dizaines de cicatrices, comme si elle avait été fouettée toute son enfance. L'Ynorien senti son cerveau s'arrêter l'espace d'une seconde, incapable de croire que ce qui se déroulait devant ses yeux. La suite se passe très vite : le violeur parvint à glisser un de ses doigts, ce qui lui fit pousser un cri de victoire et arrêter net les cris d'Yliria. L'instant d'après, des gerbes de flammes l'enveloppaient, forçant l'homme à se retirer.

« C'est quoi ce bordel ? Elle devait plus avoir de magie ! jura Hodor en se levant. Bon, je vais chercher un peu plus de- »

Assourdi par les hurlements d'effroi d'Yliria et trop excités par leur basse besogne, aucun des trois hommes n'avaient entendu Cherock entrer. Et c'est avec une expression de stupeur que le colosse chauve tomba nez à nez avec un fulguromancien fou d'une colère froide. Cherock attrapa le type par le col et le coup de tête qu'il lui donna brisa instantanément le nez, le laissant s'effondrer en hurlant. Le violeur à la barbichette eu à peine le temps de se retourner qu'un éclair d'acier trancha la main qui avait osé pénétrer l'intimité d'une adolescente. Il roula au sol à son tour, agrippant d'une main fébrile son moignon tranchée. Le troisième enfin se tourna vers Cherock pour voir une main tendue dans sa direction, crépitante d'éclairs.

« Je vais être clair. Une fois, alors soit bien sûr de le transmettre à tous les enfants de salaud qui naviguent sur ce bateau. La semi-shaakte est sous MA protection Jusqu'à ce qu'on retrouve Kisp. Le prochain qui entre dans cette pièce y laissera bien plus qu'une main, pigé ? Maintenant, ramasse ces deux tocards et tirez-vous. TOUT DE SUITE ! »

Son éclat de voix fit réagir bien vite son interlocuteur, qui disparut avec ses deux acolytes en une poignée de secondes, laissant l'enchanteur seul avec la jeune fille. Yliria tremblait comme une feuille, toujours enveloppée de flammes qui finissaient de brûler les derniers haillons de sa chemise. Les cicatrices sur son dos étaient atroces, tellement que ça le rendait presque malade. Yliria était une victime. Pas une coupable. Et même s’il aurait volontiers attribué ces marques de tortures aux violeurs, elles étaient bien trop anciennes pour qu’ils en soient la cause.

Se défaisant de son manteau qui ne souffrirait aucunement de ces flammes, il recouvrit délicatement le corps de la jeune fille, après avoir remis ses braies là où n'auraient jamais dû partir. Lentement, les tremblements de la jeune fille s'arrêtèrent, de même que les flammèches, mais pas totalement. Elle se releva et l'aperçu, lui. D'une voix tremblante, elle leva des yeux terrorisés vers lui.

« Cherock... Tuez-moi. »

pour réponse, Cherock s'accroupit en face d'elle et pour la première fois, prit le temps de la détailler. Malgré ses yeux gonflés et les ecchymoses, il décelait sans problème la finesse des traits du visage de la jeune fille. Si elle n'était pas encore d'une beauté particulièrement saisissante, il pouvait affirmer qu'elle le deviendrait en devenant adulte. Doucement, il tendit une main vers elle et la posa sur son épaule. Elle eut d'abord un mouvement de recul, un frisson de dégoût et une lueur apeurée dans le regard. Une réaction normale après ce qu'elle avait vécu. Néanmoins il persévéra et délicatement, commença à frictionner son bras en un geste qui se voulait réconfortant. Il plongea ensuite son regard dans le sien et d'une voix douce...

« Je ne peux pas faire ça, Yliria. Comme je refuse de vous laisser dans les mains de ces salauds. »

Il venait de prendre sa décision. Dans cette affaire, ni elle, ni sa mère n’aurait à y laisser la vie. Lentement, le bouclier de Valyus réémergea dans sa conscience, sans éclipser pour autant la vengeance de Nizzre’. Il avait une cible à abattre : mais désormais, il avait également une Cible à protéger.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » sam. 17 oct. 2020 18:19

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J'évoluais pendant des heures entre une envie de repos, une sensation d'abattement et de résignation ponctué de courtes périodes de sommeil rapidement anéanti par des songes au mieux désagréables qui me faisaient ouvrir des yeux effrayés, la peur au ventre et le cœur cherchant à quitter ma poitrine. Chaque fois, je ne mettais pas longtemps à me reprendre, évitant ainsi les questions de l'Ynorien et son regard. Sans vraiment m'en rendre compte, les heures passèrent ainsi et je me mis à avoir de nouveau faim, bien malgré moi. J'aurais préféré ne pas avoir à ingérer cette saleté de poison, mais quand Cherock apporta une nouvelle écuelle, j'ouvris tout de même la bouche pour avaler la cuillère tendue. Cela ne servait à rien de tergiverser à ce sujet. Jeûner n'allait pas m'aider longtemps, puisque je n'avais de toute façon aucun moyen concret de récupérer mon énergie magique rapidement.

J'avalai la bouchée donnée en silence par Cherock et ne pus m'empêcher de m'interroger sur lui. Après réflexion, jamais il n'aurait dû être capable de me rattraper aussi facilement, j'avais fait en sorte de mettre une sacrée distance entre nous, et lui m'avait poursuivi à une vitesse fulgurante. Je mâchai docilement une nouvelle bouchée avant d'avaler pour lui poser la soudaine question qui me taraudait. Il devait bien y avoir une raison logique. Peut-être qu'il en avait plus dans son sac qu'il ne l'avait mentionné.

- Cherock... je me demandais... Comment vous m'avez rattrapé ? J'avais vraiment fait en sorte que vous soyez loin et... vous alliez bien trop vite !

- Mmh ? Oh, c'est simplement parce que ce que porte sont tous sauf des bottes ordinaires. Ce sont les Bottes de Foudre, enchantées il y a longtemps par un enchanteur fulguromancien, prélat de Valyus. En étant moi même un et passionné par tout ce qui attrait à mon élément, je les ai cherché dans la capital de Kendra-Kar et avec, je peux courir aussi vite qu'un cheval de course. Pas aussi longtemps, certes, mais c'était bien suffisant pour vous rattraper.

Je l'observai, perplexe. Ça ressemblait fortement à une relique comme description... un objet ancien et enchanté donnant des habilités hors du commun, je voyais difficilement ce que cela pouvait être d'autre. Puis mon cerveau s'arrêta sur un terme qu'il avait utilisé. Enchanteur... Je le regardai avec des yeux ronds. Il avait bien dit enchanteur ?

- Enchanteur ? Vous êtes un enchanteur ? C'est la première fois que j'en rencontre un autre. Vous pouvez infuser votre foudre dans vos armes ?!

- Euh... Et bien, oui ? Oh, vous l'êtes aussi ! C'est vrai que c'est la première fois que je rencontre un enchanteur moi aussi. Enfin, une enchanteresse.

- Oui, j'ai découvert ça il y a un peu moins de deux ans, un peu par hasard. Et vous vous intéressez aux reliques liées à la foudre si j'ai bien compris ? Vous en avez d'autres ? Vos armes non ? Elles sont particulières, je l'ai senti sans pour autant avoir eu le temps de les examiner réellement.

J'avais l’œil, sans me vanter. Le marteau de Valyus, le Dieu de la Foudre, et la Kizoku-Rana, rien que ça. Je n'avais entendu parlé d'aucun des deux mais, après tout, tout cela était nouveau pour moi et j'écoutai avec intérêt la description de son fameux katana, légende de son peuple qui choisissait apparemment son porteur. Il me fit comprendre que c'était la faera qui l'accompagnait qui choisissait le porteur, plutôt que l'arme en elle-même. Il avait beau avoir deux armes, il n'en avait usé d'aucune contre moi et lorsque je lui en fis part, il avoua se baser davantage sur ses compétences magiques que martiales. Cela me fit hausser un sourcil. Pourquoi avoir deux armes aussi puissante s'il n'en usait pas à leur plein potentiel ? Cela expliquait cependant la puissance du sort qu'il m'avait envoyé avant de me percuter.

- C'était en effet un peu douloureux... je ne suis probablement pas aussi douée que ça pour la magie, donc j'ai une arme. Je préfère parer à toute éventualité... enfin presque toute.

- En parlant de magie... Amy m'avait informé pendant notre première rencontre que vous aviez plusieurs fluides. J'ai pu avoir un aperçu de votre pyromancie, mais qu'en est il du -ou des- autres fluides ?

- Oh... J'ai des fluides de lumière et j'ai quelques notions de guérisseur grâce à ça. Ça m'a sorti de pas mal de situations. Pourquoi votre faera s'est intéressée à moi ? Vous étiez déjà après moi ou...?

L'idée ne me plaisait guère et je plissai légèrement les yeux avant de soupirer doucement à sa réponse empressée.

- Non non, je n'avais pas eu la "chance" de rencontrer Kisp à cette époque là. Juste elle me disait que vous me jetiez de temps en temps des regards, et comme elle avait senti Alah.. Alyr... Aylah ? Bref, votre Faëra, elle a été curieuse. Du moins c'est ce que j'ai déduis.

Il avait dit cela en haussant les épaules et je me sentis un peu ridicule en me remémorant ce passage où je lui jetais des coups d'oeil qui devaient être insistants pour qu'il le remarque ainsi. Je sentis mes joues chauffer sous l'embarras et le rire moqueur d'Alyah ne fit qu'empirer la rougeur qui devait poindre sur mon visage. Je tentai donc, un peu vainement, de justifier mon comportement, alors qu'il ce n'était visiblement absolument pas nécessaire.

- C'est...C'est rare que les gens soient agréables comme vous l'aviez été et je... ça m'intriguait et Alyah s'en est mêlée en me disant que vous étiez mage. On a visiblement deux faeras un peu fouineuse.

- Il faut croire, même si elle semble pas d accord avec le terme. En tout cas, si vous maîtrisez des sorts de guérison, ca va être un gros avantage pour nous.

- Alyah devrait s'entendre avec elle alors, elle non plus n'aime pas ce terme. Évitez de trop vous blesser quand même, je vous l'ai dit, je ne maîtrise probablement pas la magie aussi bien que vous.

Il se contenta de hocher la tête et le silence revint entre nous. Un silence bien loin d'être froid et gêné comme il avait pu être auparavant. Plutôt quelque chose de calme qui se tendit soudainement lorsque Cherock ouvrit à nouveau la bouche pour prendre la parole.

- On arrive demain dans la planque de Kisp.

Demain... A ses mots je sentis mon ventre se tordre d'angoisse alors que mes mains se mirent à trembler, faisant cliqueter doucement les chaînes retenant mes poignets. J'avais tellement peur d'échouer et de finir entre ses mains, impuissante. j'inspirai pour me calmer. Mes fluides me manquaient vraiment dans ce genre de moment.

- D... D'accord... Il faudra agir quand votre mère sera avec vous, pas avant. Je... je ferai en sorte qu'ils me pensent trop faible pour faire quoi que ce soit pour les prendre par surprise. Si vous avez des idées je suis preneuse...

- Je n'en ai pas vraiment. Trop de choses nous sont inconnues : où sera ma mère, comment vais-je la récupérer, comment nous allons fuir... Bordel, on ne sait même pas combien ils sont. Tout ce que je peux dire, c'est qu'il va falloir frapper vite, et fort. Si nous collons une branlée mémorable aux têtes pensantes, ça va faire fuir les sbires. Couper la tête du serpent, en soi. Je n'aurais qu'une seule demande.

Je le vis prendre une longue inspiration, comme s'il cherchait le courage de continuer, faisant monter encore un peu la tension que je ressentais déjà bien a-delà du supportable.

- Kisp ne doit pas s'en sortir, en aucun cas. Au delà de la simple vengeance, cette ordure a plus de sang sur les mains et a ruiné bien plus de vies que tous les sales types que j'ai croisé. Le laisser en vie, c'est le laisser poursuivre ses méfaits. Et je ne peux pas me le permettre.

Je l'écoutai sans rien dire. Tout allait reposer sur l'effet de surprise. j'aurai voulu être en forme, fin prête et équipée. Au lieu de ça, j'étais presque nue, sans armes et sans aucune certitude concernant ma liberté de mouvement au moment clé ni si cela suffirait. J'étais d'accord avec lui, il nous fallait tuer Kisp au plus vite, mais ce ne serait pas une mince affaire, il serait le premier à fuir, j'en étais persuadée.

- Je l'ai laissé s'en tirer une fois, je ne referais pas cette erreur

Son regard avait changé. Plus fort, plus déterminé, moins dans la nostalgie et les remords. un regard qui me transperçait et faisait ressortir la culpabilité d'avoir impliqué tant de gens dans cette histoire qui ne les concernait pas. Je ne soutins ses yeux plus longtemps, le cœur serré. - Je suis désolée pour tout ça... J'avais soufflé ses mots du bout des lèvres avant de fermer les yeux en soupirant. Je voulais qu'on en finisse au plus vite. Et l'idée même m'angoissait. J'avais peur de mourir, finalement.

- Ce n'est pas la peine de t'excuser. Quelque part, c'est un peu de notre faute à tout les deux, alors tâchons de régler ça ensemble et de sortir vivant de cet enfer, d'accord ?

Sa voix et son regard s'adoucirent et je rouvris les yeux, les levant vers son visage qui, bien que vide de tout sourire, n'était plus rongé par la colère. Je déglutis et hochai la tête, peu désireuse de m'épancher sur ce qui m'angoissait dans toute cette histoire. Je voulais sortir d'ici, tout comme lui. Il restait cependant un obstacle à régler.

- Comment on fait, pour le poison ?

- Du pain, des citrons et de l'eau. C'est tout ce que j'ai pu garder en étant sûr qu'il n'y avait rien dedans. Ca ne sera pas un repas très frugal ou appétissant, mais on devra s'en contenter.

Je haussai un sourcil et les épaules, faisant tinter les chaînes.

- C'est mieux que rien, je ne vais pas me plaindre et je mange peu de toute façon. Vous avez pensé à tout, visiblement. Finalement j'ai de la chance que vous soyez là...

- J'avais pas vraiment d'autres choses à faire que de penser à ça. Et tu peux me tutoyer. On est dans la panade tous les deux alors on laissons tomber le vouvoiement. Puis je ne suis pas si vieux que ça... Et toi aussi tu es plus vieille que moi en... âge ? Raaah c'est compliqué avec vous les elfes, pourquoi vous devez vivre aussi longtemps ?

Sa réaction, dites d'une voix agacée et en se frottant la tête, aurait pu me faire sourire dans d'autres circonstances

- Non c'est... ça n'a rien à voir avec l'âge en fait, je vouvoies les gens que je ne connais pas, comme on m'a appris. Et je vais sur mes quarante-cinq ans en années humaines, mais 15 ans pour une semi-elfe, donc... Je fronçai les sourcils, à défaut de me gratter la tête comme il venait de le faire. ...Jj'imagine que je suis plus vieille que vo... que toi. J'en sais rien, je ne me suis jamais posée la question, honnêtement. Pourquoi ça vous obsède, l'âge, chez les humains ? Mon père aussi comptait les années en permanence.

- Contrairement à la plupart des races, notre espérance de vie est courte, très courte. Nous grandissons et vieillissons plus vite, alors la mort est une fatalité qui nous fait plus peur que ceux qui savent qu'ils ont des centaines, des milliers d'années devant eux. Ça rend aussi quelque part notre vie plus exaltante puisque nous cherchons à profiter du peu de temps que nous passons ici. Et vouvoie moi si tu veux, mais sent toi libre de me dire "tu". Ah, et si pareillement tu souhaites que je recommence à te vouvoyer, ça me va. On m'a aussi appris à vouvoyer les inconnus, mais vu notre situation... je me suis dis qu'on pourrait ne pas s'embarrasser du protocole et de l'étiquette.

- J'avais jamais vu ça comme ça. Vivre longtemps c'est pas forcément un cadeau non plus... Et vu ma situation, je peux oublier ma dignité alors l'étiquette... Je ne vais pas me distancer du seul visage amical à des milliers de lieues à la ronde. Merci Cherock.

- Il n'y a pas de quoi.

Un semblant de sourire s'afficha avant de mourir rapidement, s'effaçant de son visage si vite que j'aurai pu croire que je l'avais inventé. Je le laissais retourner à ses occupations tandis que, finalement rassasiée, je m'adossai autant que possible à la coque du navire. Je sentais toujours le tangage et entendait la coque grincer par moment, mais je fermai néanmoins les yeux. Je devais reprendre mes forces, je n'avais pas beaucoup de temps devant moi pour être capable de m'occuper de Kisp et de ses hommes. Il fallait que ça fonctionne.

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