La Haute Tour de Thaumaturgie

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Yuimen
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La Haute Tour de Thaumaturgie

Message par Yuimen » mer. 27 déc. 2017 15:40

La Haute Tour de Thaumaturgie
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Tour discrète mais ouvragée, ce lieu est un des endroits où l'on enseigne la magie à Kendra Kâr. Les habitants du quartier ne se soucient plus des diverses choses étranges pouvant arriver à proximité. L'histoire la plus surprenante se racontant est celle d'un matin où la tour avait disparu, pour ne réapparaitre que le lendemain.

Cette tour est la propriété de Kieran Kloryn, magicien, enfant de la blanche cité.
La raison d'être de cet édifice est simple : le savoir n'a d'importance que s'il est partagé. Ainsi la Haute Tour offre un enseignement dispensé à tous ceux, sans distinction, qui voudraient lire ou écrire. Pour ceux qui désireraient plus, on offrira la consultation d'ouvrages magiques ou parfois même un professeur qualifié, avec accès à des salles d'entraînement magique par exemple. Bien sûr, tout ceci a un prix.

Les accès de la tour sont gardés par d'étranges automates à l'allure humaine, créés par le propriétaire.

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Jorus Kayne
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Re: La Haute Tour de Thaumaturgie

Message par Jorus Kayne » lun. 2 sept. 2019 16:10

Kendra Kâr, la plus grande cité du monde connue. Il n’y a pas à dire, même lorsque je venais faire des escales au port, passer ses grandes portes ça a quand même une sacrée gueule ! Les rues sont bondées et les gardes qui patrouillent sont bien présents. Ce n’est pas comme ceux d’Eniod qui sont payés par les marchands, souvent pour fermer les yeux ! Enfin ça c’est surtout l’avis d’un gamin des rues, ça ne vaut pas grand-chose. Je marche dans les avenues principales, observant ces gens loin de se douter des enjeux majeurs qui se sont déroulés et se déroulent en ce moment-même. Autrefois j’étais l’un d’eux, ignorant l’importance qu’une présence, même minime peut jouer dans la balance.

Bien que je flâne, mon regard se porte vers les hautes tours de la cité. Mon objectif premier est bien entendu d’y grimper pour observer la grande ville selon les indications de Panaka, mon maître. Il y a de nombreux bâtiments qui pourraient faire l’affaire, mais évitons de faire mumuse sur les toits du palais royale, il n’est pas impossible que les gardent prennent mal ce genre d’excursion touristique. En revanche, un bâtiment attire mon attention de part l’affluence qui y règne. Des indications sur les portes de l’établissement le désignent comme étant la haute tour de thaumaturgie. Bien que le lieu soit vraisemblablement blindé de magie, il semble aussi le moins porté sur la protection à l’extérieur.

Je décide d’y faire un tour pour inspecter les lieux et monte de plus en plus les escaliers. La tour étant ouverte à tous, personne ne semble s’inquiéter de ma présence, jusqu’à ce que des gardes interdisent l’accès à ceux qui ne font pas partie intégrante de la tour ou de ses enseignements. Ce n’est pas grave, je redescends un peu jusqu’à revenir vers une pièce remplie de manuscrits, mais vide d’êtres vivants. Je passe rapidement par l’une des fenêtres et arrive sur le mur. L’architecture de la tour est magnifique et qui plus est, sa conception avec de multiples blocs me facilite mon ascension. Je grimpe aisément dans un premier temps, mais rapidement les choses se compliquent. En plus de ma blessures qui me lance, les blocs se font de plus en plus fins, mieux ouvragés, comme si on savait que des étrangers pouvaient venir par cette voie-là.

(Jorus…)

(C’est pas le moment Ysolde !)

(Non mais…)

(Je t’ai dis que ce n’est pas le moment ! Laisse moi seul quelques instants veux-tu ?)

Plus de réponse, tant mieux. Je suis bloqué à présent. Je ne peux monter par la seule force de mes bras, mais ce n’est pas pour autant que je renonce. Assis nonchalamment à côté du dernier espace assez grand pour que quelqu’un de mon gabarit pose ses fesses, j'ingurgite une potion pour soigner ma blessure avant qu'elle ne s'aggrave et sors mon grappin que je n’ai pas dissocié de ma corde depuis Aliaénon. Il faut dire que ça m’a sauvé la mise quelques fois et là encore je vais en avoir besoin. Visant le prochain niveau, je lance à deux reprises avant de faire mouche et de sentir la résistance de la corde être suffisante pour mon ascension. Je répète la chose plusieurs fois, même si la présence de bruits dans certaines pièces me pousse à davantage de discrétion.

J’atteins finalement un balcon si haut que je peux voir l’intégralité de la ville jusqu’à ces murailles. En bas, les toits des habitations semblent tellement petits, pourtant c’est ce flot incessant, cette marée humaine, cette myriade d’être vivants qui me fascinent. C’est comme une sorte de vague en perpétuelle mouvement que j’observe, me donnant l’impression de leur être supérieur, gonflant mon orgueil. Je n’ai pas l’impression de faire partie de ces êtres et une idée me traverse l’esprit.

(Mais qui suis-je alors si je ne suis pas l’un d’eux ? Que fais-je là à les observer ? Ils ont tous leurs vies, leurs amis, enfants, amours, travail ! Et moi, est-ce que j’aspire à une telle vie ? Me lever le matin pour travailler et revenir exténuer le soir ? Je n’aurais plus l’opportunité de voyager aux travers de cités incroyables, d’admirer des spectacles comme celui-ci, ou même de rencontrer des êtres incroyables ! Je n’aurais pas rencontré des êtres se transformant en dragon ou en oiseau, des dragons, des dieux et même un titan ! Bien entendu je n’aurais pas rencontré Castamir. Non je ne peux vivre une vie comme eux, ces petits poissons dans l’eau qui ne font que survivre au lieu de vivre pleinement leurs vies ! Mais dans ce cas que suis-je ?)

Je continue d’admirer la vue et le ballet des oiseaux dansant au-dessus de la ville, loin des soucis humains. L’un d’eux se pose sur la rambarde non loin de moi et je me dis qu’il doit être tellement bon de voler, d’être libre de toutes contraintes.

(C’est ça ! Je veux vivre comme un oiseau, ne dépendre de personne et faire ce dont il me plaît ! Bien sûr je ne suis pas homme à me laisser aller à des crimes, larcins, mais je veux me soustraire à cette société humaine !)

"La vue est-elle à votre goût ?" Me surprend une voix derrière-moi ?

Je fais volte face pour me retrouver devant un humain d’un âge avancé de part ses cheveux blancs et ses traits marqués par le temps. Il est affublé d’une longue robe blanche avec une étole pourpre aux liserais d’or. Il n’a pas l’air dangereux et puis je ne fais qu’admirer la vue. Je reste calme et m’incline respectueusement devant l’homme.

"Désolé de mon irruption ici. Pour être franc j’ai toujours voulu voir la grande cité d’en haut, je ne voulais pas causer de problème."

"Ce n’est rien, j’admire la fougue de la jeunesse !" Me répond-il. "Tant que vous ne cassez ou ne volez rien, je ne vois pas où est le problème. Cette vue est splendide n’est-ce pas ?" S'exclame-t-il en me rejoignant.

"Effectivement." Dis-je en retournant à mon point d’observation. "Je ne vais pas m’éterniser ici, je n’ai jamais été un grand amoureux de la magie, elle me rend un peu nerveux."

"Ha bon et pourquoi donc ?" Me demande-t-il.

"C’est une force dangereuse !" Fais-je sans le regarder dans les yeux, sachant qu’il doit avoir un point de vue bien différent du mien.

"La magie est-elle moins dangereuse qu’une lame, une flèche ou même un poing fermé ? Elle n’est qu’un outil, au même titre que la pioche du mineur ou la hache du bûcheron. Cependant comme tout outil, ses effets dépendent d’une seule chose, l’intention de son utilisateur. Je comprends qu’elle peut être mal perçue par moment, mais comme vos armes, elles ne sont dangereuses que lorsque vous le désirez." M’explique-t-il en voulant apaiser mes craintes.

Je le regarde dans les yeux, pour n’y voir pas plus que de la bienveillance dans le regard.

"Merci, je…je tâcherais de garder ceci à l’esprit. Je ferais mieux d’y aller !" Lui dis-je.

"Laissez-moi vous accompagner. La descente est toujours plus ardue et si on vous voit traîner à l’intérieur de la tour, vous pourriez avoir quelques ennuis." M’explique-t-il.

J’accepte à sa proposition et le suis jusqu’en bas des escaliers. Les révérences qui lui sont adressées montrent qu’il n’est pas n’importe qui en ce lieu. Finalement nous traversons les portes qui m’étaient interdites par les gardes. Leurs yeux sortant de leurs orbites nous amusent tant moi que le respectable magicien. Je quitte les lieux en remerciant l’homme, tant par son accueil que par ses conseils avisés. Ses mots vont me laisser songeur un certain temps je pense.

(Bon tu me voulais quoi tout à l’heure ?)

(Ha ! Ho rien, j’ai senti comme une magie invisible, ou un système de sécurité indétectable pour les yeux des mortels. Le mage aurait pu te cramer les poils de cul depuis un bon moment durant ton ascension !)

(Mais pourquoi tu ne m’as pas…)

(Mmm ?)

Je sens ma faéra soudainement pleine de colère.

(Oui…bon la prochaine fois insiste plus, ou utilise un mot-clef comme…)

(Poils-de-cul-brûlés ?)

(Oui…oui…par exemple…pourquoi pas.)

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Marcy
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Re: La Haute Tour de Thaumaturgie

Message par Marcy » mer. 23 sept. 2026 03:47

Septième ciel, six pieds sous terre

Le lendemain matin, comme convenu, Marcy accompagne Xël. Le petit déjeuner terminé, elle le suit à travers les rues de la ville jusqu’au quartier qui abrite la tour de Thaumaturgie. Un édifice impressionnant tant par sa hauteur que sa simplicité. Blanche, évidemment, comme tant d’autres bâtiments importants de la ville. Un lieu que Marcy n’aurait jamais pensé – ni voulu – visiter un jour. Elle a entendu suffisamment de rumeurs bizarres sur cet endroit pour ne pas vouloir trop s’en approcher. Entre les étranges fumées qui en sortent, le jour où elle aurait mystérieusement disparu ou la fois ou de la gelée en serait sorti… vraiment, ça ne l’a jamais intéressée. Et pourtant, elle est là. Il faut dire qu’elle n’a pas vraiment eu l’impression d’avoir le choix. Et elle ne se voyait pas dire non à Xël, après l’empathie qu’il a montrée pour elle. Et le besoin de savoir à quoi elle fait face était trop grand. La petite voleuse soupire. Si encore ils avaient pu traverser les rues en paix. Mais non. Monsieur le mage attire les regards. Sur lui, et donc sur elle, par association. Elle s’en serait bien passée. Une chance qu’il ne se soit pas rasé, la plupart des gens n’ont pas eu l’air certains que c’était lui. Mais d’autres avaient visiblement déjà croisé l’aéromancien. Faut dire qu’il a participé à un tournoi l’année passée, avec un très bon classement, apparemment. De quoi laisser un sacré souvenir. Rien qui n’arrange Marcy.

C’est donc tiraillé entre sa crainte de ce que la tour renferme et son envie de fuir les rues pleines d’yeux fixés sur eux, qu’elle suit Xël jusqu’à la porte. Un seul garde à l’entrée, qui les laisse passer après que Xël se soit présenté et ait exprimé la raison de leur présence. Il n’a même pas eu besoin d’expliquer en détail, simplement de dire qu’il voulait voir le sieur Krishok. Comme quoi, être puissant et célèbre, ça a ces avantages. Le garde, vêtue bizarrement d’une armure de cuir légère, les conduit donc à l’intérieur. Marcy s’attendait à des bizarreries en tout genre, des tables flottantes ou des sorts qui fusent, mais non. Rien de tout ça. C’est calme, immense, mais presque trop silencieux. Le garde les conduit vers un escalier en colimaçon que Marcy emprunte da manière candide. Avant de comprendre que grimper cette tour ne va pas être une promenade de santé. Elle comprend mieux la tenue légère du garde. Plusieurs fois, quelques insultes bien senties à l’encontre de l’architecte de cet enfer lui échappent, mais la délivrance arrive finalement lorsqu’ils mettent le pied au septième étage. Elle n’avait déjà pas envie de venir, elle est maintenant certaine de ne jamais y retourner. Pouvaient pas faire un monte-charge, ces foutus mages ?

Elle reprend son souffle alors que la porte du bureau s’ouvre ,dévoilant une pièce semi-circulaire décorée sobrement d’une bibliothèque emplie de livre, et d’étagère couvertes de bocaux d’ingrédients et de produits divers. Très divers. Et un peu glauque. Marcy fixe en grimaçant l’espèce de têtard bizarre qui flotte dans un liquide visqueux, avant de s’arrêter, dégoutée mais fascinée, devant un œil bien trop gros pour être celui d’un humain. Mais elle rejoint vite Xël quand l’œil bouge pour la fixer en retour. Pour qu’elle se retrouve finalement face au fameux nécromancien. Un elfe d’une pâleur telle qu’on dirait qu’il n’a pas vu le soleil une seule fois dans sa vie. La rouquine a une peau laiteuse, mais là, c’est presque cadavérique et se demande s’il est vivant. Avant de comprendre que sa peau est… peinte ? Elle l‘observe curieusement alors, notant des symboles ressemblant aux pierres magiques qu’elle a trouvé, çà et là. Mais son regard la transperce et elle se tend dès qu’il pose les yeux sur elle, bien que sa voix, pleine d’acide et de curiosité, ne lui soit pas destinée.

« Sa Seigneurie Almaran, Héros de Kochii, massacreur sans pitié de ses ennemis. C'est une surprise que de vous voir ici. Vous intéressez-vous aux arts occultes de la nécromancie ? »

La manière dont le nécromancien s’exprime fait déglutir Marcy. Et la réponse de Xël, tout en fiel contenu, n’est pas pour la rassurer non plus. Ces deux-là ont un passif qu’elle imagine être lié à la guerre, mais elle n’a aucune envie d’être au milieu de ça. Et elle aurait sûrement fait machine arrière si Xël, après s’être installé, ne lui avait pas jeté la casserole brûlante en lui demandant, sans préambule, de tout raconter au nécromancien. Celui-ci darde alors son regard sur elle, ce qui n’aide guère à la faire se sentir à l’aise. Elle incline maladroitement la tête avant de s’assoir, elle aussi, pour raconter ce qu’elle a vu d’une voix hésitante. Comment elle avait vu Marvin mourir, puis revenir, sans que ce soit vraiment lui. Son discours est un peu décousu, mais l’ambiance lourde teintée d’animosité ne l’aide guère à se sentir à l’aise. Surtout que le nécromancien la fixe de plus en plus intensément à mesure qu’elle parle, alors qu’il l’avait à peine remarqué juste avant. Elle préférait ça, d’ailleurs…

« Voilà qui est surprenant. Des questions de base me viennent cependant : pouvez-vous affirmer avec certitude qu'il était mort ? Comment se fait-il que vous connaissiez son tueur et surtout sa façon de marcher ? Avez-vous déclaré ce crime aux autorités compétentes ? » Il ajoute, avec un sourire qui dépasse la simple moquerie : « C'est comme ça que vous faites, ici, non ? » Puis, se tournant vers Xël : « Oh, et surtout... Qu'est-ce que ça a à voir avec vous ? »

Marcy, assurée d’un regard à Xël qu’elle peut répondre, donne quelques précisions en frissonnant. Rien que l’idée d’y repenser hante la jeune fille. Et le contexte n’aide guère. Elle est certaine que, si elle pouvait percevoir la magie, elle pourrait sentir celles des deux mages en train de crépiter, prêtes à se mettre sur la tronche. Magiquement.

« Marvin...Il... il avait la gorge tranchée et il est tombé, il bougeait plus et perdait tellement de sang… Le tueur, il m'a poursuivi dans la ville. J’ai eu le temps de l'observer. Ça m'a sauté aux yeux, parce qu'il se déplaçait pas comme un humain normal. Et j'en ai parlé qu'à Xël. Il a l'air d'une autorité compétente. Je crois ? »

Elle n’avait aucunement l’intention de l’insulter et tourne à nouveau un regard vers le concerné qui, loin de s’en formaliser, précise, presque calmement.

« Si des morts vivants commencent à se promener dans la cité je me sens concerné, surtout s’ils pourchassent les enfants. Je me suis dit que le mieux placé pour nous renseigner c’était vous. »

« Oh, vous menez l'enquête, donc ? Vous avez perdu de la superbe depuis vos précédents faits d'arme, maître Almaran. C'est vrai qu'on raconte que vous avez une accointance particulière avec les jeunes orphelins… »

La manière dont il dit ça en la fixant, elle, fait dire à la rouquine que c’est une insulte, mais elle n’a aucune idée de là où le nécromant cherche à aller. Et le sourire exagéré de Xël ne l’aide pas du tout. Il pourrait faire un putain d’effort quand même ! Elle ne comprend rien, elle ! Et elle se serait bien passée de cette animosité latente qui ne la concerne pas. Par chance, le nécromancien décide de revenir au sujet principal, avec un sérieux… impliqué.

« Donc, égorgé mais pas mort. Pas de manière assurée en tout cas. Et ce tueur, il ne vous a pas rattrapée, jeune fille ? Où est-il présentement ? Derrière les barreaux j'espère. Il serait dommage de craindre les morts là où un tueur vivant court librement. Je résume : vous avez assisté à une tentative de meurtre et avez fui la scène, poursuivie par le meurtrier. J'imagine que vous lui avez réchappé, au vu de votre présence ici. Et plusieurs jours plus tard, vous avez revu le soi-disant mort, mais bien vivant, et marchant étrangement, pas comme un humain. Vous est-il venu à l'esprit d'aborder cette personne pour lui demander comment sa gorge se portait ? Vous sembliez le connaître. Car jusque-là, je ne vois aucune présence de nécromancie dans votre histoire. »

Marcy ouvre la bouche, soudainement vexée. Pour qui il se prend, cet elfe peinturluré ? Son regard se fait plus défiant, mais elle a la présence d’esprit de ne pas trop la ramener non plus. Elle a besoin de réponses. Et, accessoirement, de ne pas énerver un nécromancien qui a des yeux glauques dans des bocaux dans son bureau. celui qui est derrière le nécromant a le don de lui foutre la chair de poule dès qu’elle pose le regard dessus. Quelle horreur !

« Je l'ai fait, oui ! Marvin était bègue. Pas le Marvin que j'ai revu et il... sa voix était différente et il avait des yeux noirs. Le tueur avait les mêmes. Je sais ce que j'ai vu et ce que j'ai ressenti. C'était pas Marvin ! »

« Ah ! Voilà des informations intéressantes. Enfin. Il parlait - mieux que de son vivant - et avait les yeux totalement noirs. Vous n'avez pas reconnu en lui votre ami. Hmmm… »

L’elfe a soudainement l’air bien plus intéressé par le récit de Marcy qui l’écoute émettre des hypothèses. Pas de spectres. Pas de zombies. Il énumère les détails donnés par la rouquine pour arriver à une conclusion scindée en deux. Soit il n’est pas à jour – ce qui serait étonnant si c’est bien la pointure dont Xël parlait – soit il ne s’agit pas d’un mort-vivant. Ce qu’il cherche à vérifier. Sauf que Marcy, elle, n’en a aucune idée. Parce que ce n’était pas la sienne.

« E... euh... J'en sais rien. Xël a supposé. Moi, j'y connais rien en magie donc... »

« Vous savez qu’il existe des créatures capables de prendre le contrôle des morts. L’une d’elle a tenté de m’assassiner en prenant le contrôle d’un capitaine tombé lors d’une embuscade. Est-ce qu’il serait possible que votre ancien camarade soit impliqué dans tout ceci ? »

Marcy fixe Xël avec des yeux ronds. Mais il se passe quoi en dehors des murs de la capitale, exactement ?

« Je connais des créatures qui peuvent posséder les vivants, oui. Prendre le contrôle des morts, c'est de la nécromancie. Ou... ou peut-être... »

La voleuse n’aime pas entendre ce genre de ton théorique venant de la bouche d’un mage puissant. Ça n’annonce forcément rien de bon.

« Le cas d'une possession n'explique pas l'usage des habitudes d'un quidam rencontré précédemment. Je doute que ce soit un esprit. Penseriez-vous possible que le corps défunt de votre compagnon soit habité par une entité vivante ? Un peu comme un parasite qui aurait enfilé son cadavre comme un habit… »

L’idée fait pâlir Marcy. L’imagerie la fait verdir légèrement. Elle imagine un truc enfiler Marvin comme un gant et elle inspire longuement pour ne pas vider son petit-déjeuner sur le sol impeccablement ciré du bureau du nécromancien. Et puisque Xël décide de jouter avec lui, ça laisse le temps à la rouquine de se reprendre.

« Tu m’as dit que c’est arrivé quand vous cherchiez une boussole n’est-ce pas ? Une boussole pour mener chez les Dieux ? » Elle hoche vaguement la tête pour ne pas avoir à répondre verbalement, pas certaine de sortir uniquement des mots à cet instant précis. « Nous savons tous les deux qui est enfermé sur l’Ile des Dieux. »

« Nous savons, oui. Et ? Vous pensez qu'Oaxaca a le pouvoir et l'intérêt d'interdire à une jeune fille de chercher une boussole ? Vos paroles sont teintées de paranoïa. »

Pouvant presque sentir la foudre ambiante prendre forme entre les deux regards des deux mages, elle décide de ravaler son dégoût et de revenir au sujet principal. Non sans mal. Et parce qu’elle n’est pas sûre de comprendre où ils veulent en venir, en plus.

« Une entité vivante ? C'est possible un truc pareil ? Comment on pourrait en être sûr ? »

« En lui donnant une nouvelle victime, plus appétissante à habiter. Et en abîmant l'actuelle enveloppe. N'espérez pas revoir votre ami vivant, par contre. Ce n'est probablement plus qu'une loque de chair et d'os sans volonté. Les nécromanciens ne sont pas les seuls à jouer avec la chair. Un ancien collègue, Vallel, aimait s'adonner à ce genre de plaisirs. Cette créature est peut-être de son fait. »

Il avait fallu qu’elle demande. Difficile de savoir si c’est l’image encore plus précise ou le sourire soudain qui s’est dessiné sur les lèvres de l’elfe, mais Marcy a senti toute la chaleur de son visage disparaître.

« C'est... pas de la magie alors ? on peut la tuer ? »

« Difficilement. Si c'est bien ce à quoi je pense, je ne m'y risquerais pas moi-même. A quoi bon, de toute façon... Vous risqueriez juste de devenir son nouvel hôte. Quant à dire qu'il ne s'agit pas de magie... Vallel en aurait sans doute beaucoup à dire. Disons qu'il existe sans doute plus de magie que notre perception que celle-ci. Mais ce n'est pas de la nécromancie, si c'était votre question. »

Marcy a le sentiment qu’il tourne autour du pot. Et aucun des mots du nécromancien n’est rassurant. Si un mage de son calibre, sans doute aussi puissant que Xël, ne veut pas s’y frotter, elle est vraiment, salement, dans la merde.

« C'est quoi, alors ? Selon vous ? »

« Oui. Dites-nous à quoi vous pensez. C’est pour ça que nous sommes ici. »

Pour la première fois, elle a vraiment envie d’écraser le pied de Xël pour qu’il arrête d’énerver leur seule source d’informations. Mais ce serait puéril. Même si sans doute un peu mérité, puisqu’il n’est visiblement pas beaucoup plus mature qu’elle, là, tout de suite.

« Si vous n'aviez pas attenté à ses jours, mon ancien collègue aurait été ravi de vous répondre. Je ne connais pas le nom de cette créature. Juste qu'il en a déployé des tas dans les villes opposées à Omyre. Des espions plus qu'efficaces. Même dans les Enfers, il parvient à être néfaste. » Drôle de collègue, vu la manière dont il en parle, se dit la rouquine. Elle imagine mal l’ambiance chez Oaxaca… « Yeux noirs, passe d'un corps à l'autre, impossible à tuer sauf si aucun corps n'est à portée - y compris celui de son tueur - je crois qu'il s'agit bien de cela. Mais je ne puis en avoir la certitude sans l'avoir observée moi-même. En tout cas, je peux exclure une nature morte-vivante avec une quasi-certitude. N'hésitez pas à me faire parvenir les résultats de vos... recherches. »

« Attenté à ses jours ? Si ça peut vous rassurer il est à nouveau en vie. Coincé sur un autre monde, mais vivant. Si cette créature existe nous pourrons trouver des informations dans les livres d’obscurologie. Si on la retrouve, on fera en sorte de vous la ramener. Ça vous va ? »

Là, Marcy commence à être perdue. Surtout que ça parle d’aller fouiller des livres. Très peu pour elle. Et comme le nécromancien n’a pas la moindre idée de comment tuer un truc pareil, elle n’est pas beaucoup plus avancée qu’avant. Tout au plus elle sait que ce n’est pas un mort-vivant, mais un genre de parasite qui enfile des gens… Répugnant.

« Le savoir en vie ne me fait ni chaud ni froid. Je n'ai jamais beaucoup aimé le personnage, et ai toujours trouvé sa manie de jouer avec de la chair vivante un peu... répugnante. Je doute cependant que vous trouviez quoique ce soit dans un quelconque livre. D'une part, il n'était pas du genre à noter les résultats de ses recherches - surtout ses projets secrets - d'autre part la nature confidentielle de ces créatures fait qu'aucun lettré n'a sans doute pu en dresser un portrait clair. Peut-être dans les compendiums d'Oaxaca, précieusement gardés par Cwedim à Omyre... Mais je doute que ça vous avance réellement. Je crains que vous ne deviez trouver par vous-mêmes une solution pour vous en débarrasser. Si c'est seulement possible. Non, ne ramenez pas cette chose. Informez-moi juste de vos avancements, s'il vous sied. »

La grimace dégoutée du nécromant – accessoirement la seule expression que Marcy juge un tant soit peu humaine et à laquelle elle peut s’identifier - ne rassure nullement l’adolescente. Si même les gens qui jouent avec des yeux dans des bocaux trouvent ces trucs immondes… Il a fallu qu’elle tombe sur un truc pareil. Elle n’était pas seule, certes, mais la créature a l’air d’adorer lui tomber dessus. Elle espère vraiment que ça n’arrivera plus jamais. Xël la tire de ses pensées en concluant l’entretien peu fructueux en lui demandant si elle a une dernière question. Elle hésite, arguant qu’elle n’y connait rien en magie, avant de, finalement, poser une question qui lui trotte dans la tête depuis qu’ils ont passé le seuil du bureau. Et non, ça ne concerne pas les yeux. Elle n’a pas envie de savoir ça.

« Si, juste, vous grimpez ces satanés escaliers tous les jours ? »

L’expression amusée de Xël et le sourcil haussé de l’elfe font légèrement rosir les joues de l’adolescente, mais qui ne se démonte pas pour autant. Elle veut vraiment savoir si les mollets de l’elfe sont en acier trempé, vu les marches qu’il doit se coltiner tous les jours.

« Absolument pas. Je me dédie corps et âme à mon travail et ne quitte que rarement cet endroit. Un apprenti vient quelques fois me fournir de quoi me sustenter. Mais si je devais les monter tous les jours, je le ferais. Plus posément et de manière moins forcenée qu'un humain peut le faire, certainement »

« Ah… »

il vient de l’insulter, là, non ? Elle a un doute. Mais puisque Xël se lève pour sortir, elle lui emboite le pas, remercie le mage elfique et suit l’aéromancien vers la sortie. Elle arrive quand même encore à croiser le même œil qu’à l’arrivée. Avec toujours cette impression qu’il la fixe et la suit. Elle sort en frissonnant, ravie de quitter les lieux. Plus jamais elle ne foutra les pieds ici. Jamais !

***infos hrp***
Herle Krishok a été joué par Cromax

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