La Crique

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Yuimen
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La Crique

Message par Yuimen » ven. 5 janv. 2018 11:07

La crique

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Endroit idéal pour aller méditer, propice pour les amoureux qui veulent passer un moment romantique à l'abri de la foule de la ville, voici la crique de Tulorim.

Située un peu plus loin après les quais, on y voit parfois un bateau amarré ou coulé sous les attaques des pilleurs.

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Syelsa
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Re: La Crique

Message par Syelsa » ven. 20 août 2021 20:30

Les dents de la mer


Visage face au vent, je profite enfin des vrais embruns offerts par l’océan, sans les odeurs qui émanent de la ville. Le petit bateau file vers l’est, droit vers les falaises qui bordent le littoral et où Halatir connaître un coin tranquille pour que je puisse aller chercher mes plantes. Il m’apprend que son père, l’auteur du dicton que je trouve inspiré, est lui a pêcheur. Une sorte de tradition familiale que je trouve sympathique, ce qui le fait réagir alors que je laisse ma main trainer dans l’eau sur laquelle nous glissons.

- Sympathique ? Non. C’est … autre chose. L’océan donne et prend, il est calme et déchaîné. Je pense que c’est son caractère qui attire les marins. Ça et son immensité, l’idée que, au-delà de l’horizon ou loin sous la coque… il y a encore quelque chose à découvrir. T’as jamais vu autre chose qu’Imiftil j’imagine ?

- Hmmmm... je crois comprendre, la forêt a quelque chose de similaire en elle, même si elle cache l'horizon et que les découvertes se situent tout autour de nous. Et non, jamais encore. Un jour, oui, car cela fait partie de mon initiation, mais le temps n'est pas encore venu... J'ai beaucoup appris grâce aux livres, donc je connais un peu le monde même sans avoir voyagé

- Sans blague ? Vous avez des bouquins dans la forêt ? J’pensais que c’était plus tradition orale chez vous.

Son rire me vexe un peu. Les miens ne sont pas des sauvages incultes !

- Mon peuple passe ses traditions oralement, oui, mais il y a bien longtemps que je n'ai pas arpenté les sentiers de ma forêt natale ou que j'ai vu un des miens. Mais la connaissance est à ce prix. Comment en savez-vous tant sur mon peuple ? Il n'est guère habituel d'en croiser si j'ai bien compris.

- Oh bah tu sais… Il se raconte des trucs. Parait que d’ordinaire vous vous baladez plutôt à poil aussi.

- A poil ... ? Demandé-je en fronçant les sourcils avant de comprendre. Oh, nu ? Pas exactement. Mais nous n'avons pas de honte à montrer notre peau. La pudeur est une notion bien plus ancrée chez vous.

- J’sais pas si c’est de la pudeur. Se balader la bite à l’air c’est pas ce qui a de plus pratique faut dire.

- Peut-être, mais vos habits sont loin d'être pratiques, surtout ceux de vos femmes. Sans parler de vos chausses.

Il semble parfaitement d’accord avec moi sur ce point et je remarque avec un sourir qu’il ne porte plus ses chausses qui sont posées à côté de ses pieds. Finalement, il dit que nous arrivons et je me redresse tandis qu’il manœuvre pour nous arrêter.

- Il est trop tôt pour que les amoureux viennent profiter du coucher de soleil alors on devrait être tranquille. Normalement y a pas trop de trucs dangereux non plus…

Il détache la voile pour la remonter, laissant le navire glisser de plus en plus lentement sur l’eau avant de jeter une ancre, puis me tend une corde que je prends..

- Tiens. Si tu as le moindre problème tu tires là-dessus. Je viendrais te chercher.

Il extirpe ensuite un vieux harpon de la cale et quand il perçoit mon regard un peu surpris, il rétorque.

- On est jamais trop prudent en mer.

Je hoche la tête et attache la corde à ma cheville droite, puis entreprends de me déshabiller. Je pose mon chapeau sur le pont puis fais passer ma robe par-dessus ma tête pour ensuite la poser à côté, avec mes gants. Je frissonne un instant en sentant le vent frais caresser ma peau nue, puis me reprends et récupère la serpe que j’ai achetée avant de me mettre près du bord, prête à sauter.

- Je ne devrais pas en avoir pour très longtemps.

Puis je plonge tête la première. Sous moi se dévoile le monde sous-marin, coloré, scintillant sous la lumière du jour. Des poissons s’éloignent en vitesse quand d’autres paressent juste sous la surface. Je bats des pieds pour descendre, repérant sans mal les plantes que je suis venue chercher et commence à en couper quelques-unes. L’eau rend la coupe difficile et je commence bien vite à manquer d’air. Me ramassant sur moi-même, je me propulse vers le haut et ressors en happant de l’air à grandes goulées en m’appuyant au bateau après avoir passé les quelques herbes par-dessus le bord du bateau. J’ai les poumons en feu et les yeux qui me piquent à cause du sel et je ne peux m’empêcher de dire à voix haute ce que je pense en reprenant mon souffle.

- C'est... plus difficile... que je ne le pensais

- Prends le temps de bien reprendre ton souffle, on n’est pas pressés. Tu risques de perdre la boule si tu montes et descends trop rapidement. Les marins appellent ça l’ivresse des profondeurs.

Je hoche la tête et suis son conseil, restant de longue minutes la tête hors de l’eau, collée au bateau, le temps de retrouver un souffle stable. Une fois sûre que tout va bien, je préviens Halatir et plonge à nouveau, récupérant les mêmes plantes en m’appliquant à ne pas attaquer les racines pour leur laisser la possibilité de croître à nouveau. Je n’ai pas besoin des racines, seulement de la plante en forme de tube. En me projetant pour remonter, mon pied s’écorche sur un rocher et je grimace en sentant la brûlure de l’entaille ajoutée au sel marin et fixe une petite seconde mon pied d’où s’échappe un petit filet de sang. Heureusement ce n’est que superficiel et sur le côté, non pas sur la plante des pieds, sinon j’aurais eu du mal à marcher après ça. Je remonte à la surface et recommence mon petit manège pour reprendre mon souffle.

- Encore un tour... et ça ira...

Il y a largement de quoi remplir nos réserves avec ce que je vais ramener. Les zostères ne servent que dans une seule décoction absolument immonde dont Isqua ne se sert presque jamais et qui aide seulement une certaine plante à supporter un parasite très rare. Autant dire que nous n’en avons pas besoin tous les jours. Je reprends mon souffle et savoure la fraîcheur de l’eau lorsque que quelque chose me frôle la jambe. Je ne réagis pas vraiment, il a beaucoup de poissons dans ces eaux, ce n’est pas étonnant que l’un me frôle. Mais la sensation recommence, plus longue cette fois, et me fait pousser un cri avant que je ne repère une silhouette bien trop grande pour être un poisson. Sans chercher à comprendre ce que c’est, je tire sur mes bras pour me hisser sur le bateau, mais quelque chose enserre ma jambe et tire violemment, m’entrainant sous l’eau. J’ai à peine le temps de prendre une goulée d’air avant de sombrer. Un long serpent à la gueule ornée de dents pointues s’est accroché à moi et m’entraîne vers le bas. Je cherche à remonter, mais il est plus fort que moi et m’entraîne, me mordant le mollet au passage, m’arrachant un cri qui laisse s’échapper une flopée de bulle d’air. Par chance, Halatir plonge, harpon en main et perce la peau de l’animal qui lâche prise en s’éloignant. Le manque d’air devient difficile et je cherche à remonter, finalement aidée par Halatir qui est bien plu à l’aise et qui parvient sans mal à me hisser à la surface, puis sur le bateau.

La douleur de ma jambe me force un pousser un gémissement quand je m’écroule sur le bateau. Halatir, lui, me rejoint et entreprend de me rassurer en me couvrant d’un linge pour que je me réchauffe. Je me rends compte que je tremble violemment, comme si mon corps craignait encore quelque chose. Le froid n’est pas si gênant que ça, après tout. Je soupire, ferme les yeux un instant pour les rouvrir aussitôt lorsque le bateau tangue un peu. J’ai à peine le temps d’être surprise que la gueule du serpent sorti de l’eau attrape le bras du pêcheur et le fait basculer par-dessus bord. Je me lance à sa poursuite et plonge à nouveau pour attaquer le serpent avec la faucille que j’ai gardé. Entaillé, il rue furieusement et sa queue me percute le torse, son épine traçant un sillon douloureux sur mes côtes tout en vidant l’air de mes poumons. Je manque d’air. Dois remonter. Vite. Dans un dernier geste, je relire la corde que j’avais à la cheville et la donne à Halatir pour qu’il s’y accroche.

Je remonte en vitesse, toussant et crachant de l’eau, mais me hisse à bord du bateau pour aussitôt voir que la corde se tend. Sans réfléchir, je prends le linge qui était destiné à me sécher et l’enroule autour de mes mains avant de prendre la corde et de tirer aussi fort que je le peux. Malgré le linge, je sens ma peau chauffer sous le mouvement de la corde, mais je continue de tirer jusqu’à ce qu’enfin je hisse peu à peu le poids vers le bateau. Je tire une dernière fois et me retrouve nez à nez avec la tête du serpent qui pend lamentablement, la gorge étrangement arrachée. Surprise, je crie et lâche la corde en glissant. Où est Halatir ? Sans attendre, je saute à l’eau pour rencontrer aussitôt son visage étonné. Soulagée, je hoche la tête lorsqu'il me pointe le bateau et remonte avec lui, l’aidant à se hisser sur le bateau à cause de son bras blessé. Sans perdre de temps, je l’aide à s’allonger et farfouille vite dans ma sacoche.

- Enlevez vos affaires, il faut vite traiter vos blessures, et séchez vous aussi.

Sortant un bol et un pilon de ma sacoche, je malaxe les herbes en y ajoutant un peu d’eau et une baie pour épaissir et former une pâte d’un vert sombre à l’odeur forte. Puis je déchire un linge blanc en longues bandes avant d’approcher Halatir et de luiappliquer la pâte sur ses plaies avant de bander le tout à l'aide du linge que j’ai déchiré, en serrant assez fort pour que cela tienne. Je lui tends ensuite une outre d’eau, il doit s’hydrater.

- Buvez de l'eau claire, sinon vous allez vous dessécher. Avez-vous mal ailleurs qu'au bras ?

- Non, non… Ça va ! Ça va !

- Je suis sincèrement désolée que vous ayez été blessé par ma faute.

- C’est bon. C’est rien… Ce sera sans doute pas la dernière. T’as eu du bol. Rien de grave de ton côté ? T’as assez de plantes c’est bon ?

Il a remonté son pantalon pour me montrer une autre blessure et je commence à la traiter tandis qu’il pousse la carcasse du serpent dans l’eau après en avoir détaché la corde.

- J'ai ce qu'il faut. Et même si je n'en avais pas assez, je n'y retournerais pas en vous laissant dans cet état.

Comme pour la première blessure, j’étale la pâte verte sur les plaies et les bande avec un linge propre avant de lui donner quelques conseils en vérifiant qu’il n’a pas de fièvre et que son cœur bat à un rythme normal. Je suis soulagée que tout semble être en ordre en dehors de ses blessures.

- Cela va probablement laisser une cicatrice, mais ça ne va pas s'infecter grâce au sel et au baume que j'ai appliqué et la douleur devrait diminuer d'ici une quinzaine de minute. Cela ne veut pas dire que c'est guéri, alors ménagez-vous pendant au moins une semaine. Deux seraient même préférables.

Il m’assure que ça ira et me remercie tandis que je m’occupe de ma propre blessure. Les marques sont nettes et je les nettoie rapidement avant d’appliquer le baume et de bander le tout comme je l’ai fait pour lui. Je me sens déjà rassurée avant d’entendre son ton gêné.

- Est-ce que tu peux te rhabiller maintenant ?

Je le fixe un instant et baisse les yeux sur mon corps entièrement nu, ne retenant pas un léger rire.

- Ah oui, pardon, j'avais oublié. Navrée si je vous ai gêné. J'ai croisé peu de représentant du sexe opposé ces soixante dernières années

Je m’habille en disant cela et il marmonne que ce n’est pas grave, même si je vois bien air gêné jusqu’à ce que ma robe et mon chapeau aient repris leurs places. Je vérifie que ses bandages tiennent et affirme que nous pouvons partir lorsqu’il me le demande. J’insiste même pour l’aider, il doit ménager son corps après avoir été blesser de la sorte. Bien sûr il grogne, mais accepte et m’explique comment hisser la voile. Une fois le bateau en train de glisser sur l’eau je m’installe pour allonger mes jambes et lui reste près de la barre pour le diriger si besoin.

- Vous avez un endroit sûr et sain où dormir ce soir ?

- Tu veux savoir pour moi ou pour toi ?

- Pour vous, vous devez vous reposer. Je n'ai pas besoin de dormir comme vous, vous savez.

- Ça ira pour moi. Arrête de t’inquiéter. Et non je l’ignorais.

- C'est un peu ma faute si vous êtes dans cet état.

- Ça c’est certain. C’est pas de moi même que j’aurais l’idée de plonger pour un peu de persil.

- Si le persil pouvait empêcher une plaie de mort vivant de s'infecter, vous auriez peut-être plongé

- Beaucoup de morts vivants dans la forêt ?

- Depuis quelques temps oui... Je ne sais pas pourquoi mais quelque chose les a réveillés, non loin. La terre est corrompue, malade et ils arpentent les terres alentours. Je préfère ne pas prendre de risque.

Il me parle alors de la légende du chariot des trépassés, qui serait établi à l’Ouest d’ici. J’en ai entendu parler dans les contes qu’Isqua me racontait et qu'il fasse le lien ne me surprend guère, je l'ai fait, moi aussi. Je ne suis pas surprise non plus que les gens d’ici connaissent son existence, c’est une création abominable qui sévit sur ces terres depuis des temps lointains. L’idée qu’il soit responsable de ce qui arrive à notre Bois…

- J'espère qu'il n'est pas responsable, sinon ma forêt ne connaîtra plus jamais de printemps fleuri...

Et je donnerai n’importe quoi pour empêcher cela, n’importe quoi.

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Nhaundar
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Re: La Crique

Message par Nhaundar » sam. 1 août 2026 16:02

XI 20 Une confiance en-delà des préjugés.

XI 21 Quand les traces mènent au silence des ténèbres.


Contrairement à ce que j’espérais, Marcilla connaît bien moins les marchands de vin, ce qui, pour une fille de son âge, est bon signe finalement. Elle m’emmène cependant auprès d’un marchand. Comme tous les autres, il tient un étal parmi tant d’autres où du vin est proposé. J’arrive à dégoter l’objet de mes convoitises, d’autant plus qu’il me permet de conserver ma propre bouteille.

Néanmoins, la transaction n’est pas aussi anodine qu’on aurait pu le penser. Des doigts pointés vers moi, comme pour mettre en évidence une accusation muette, et l’insistance des "honnêtes travailleurs", qui mériteraient un tel produit, montrent bien que je n’en fais pas partie, selon l’homme.

(Existe-t-il un moyen de pallier cette couleur de peau ?)

Suite à cela, nous retournons à la demeure du jeune Freir pour l’y attendre. Marcilla patiente en passant du temps avec Mange-Botte, jouant avec lui et le gratouillant là où il aime, mais le temps passe et la nuit tombe. La jeune fille ne peut se permettre de veiller aussi tard et sa famille va s’inquiéter de ne pas la voir rentrer.

La saluant d’une main et tenant mon Corgy géant de l’autre, triste de la voir s’en aller, j’espère que le récit de cette journée passée en compagnie d’un shaakt ne va pas lui attirer des problèmes.

Je reste encore un bon moment à attendre dans la douceur de la nuit. J’apprécie en particulier l’absence de lumière agressive et la température plus agréable que durant la journée. Toujours personne. Ma monture commence à fatiguer et moi à me demander si le paternel n’aurait pas incité le gamin à rester loin de moi.

Je laisse mon esprit vagabonder dans mes songes, repensant aux informations reçues par l’érudit et réfléchissant aux événements entourant cet afflux de runes unique. Puis mes pensées reviennent à mon problème personnel : ce malaise permanent dû aux effets magiques que je perçois. L’incompréhension de ce phénomène m’intrigue énormément et, s’il s’accompagne d’un état particulièrement désagréable, la possibilité d’en faire quelque chose d’utile me pousse à quitter les lieux pour y porter toute mon attention.

Je réveille mon Corgy assoupi et, ensemble, nous rentrons dans le seul endroit que je connaisse qui puisse être à la fois idéal pour de telles études et sécurisant pour Mange-Botte : l’Université de magie.

Une fois celui-ci installé à l’écurie, je retourne dans l’enceinte de l’établissement et me dégote une salle de travail. N’ayant besoin que de deux heures de méditation, j’ai le loisir d’accéder à une salle déserte, les étudiants dormant à cette heure-ci. Autant dire qu’il n’y a pas foule. Un côté agréable, puisque je n’ai pas à croiser des individus fuyant ma teinte de peau.

Je m’installe dans l’une des pièces et, après avoir fait le point sur ma situation, je commence les préparatifs pour demain. Si je compte user de magie à incruster dans mes pièces d’équipement, il vaudrait mieux le faire avant que la simple vue d’un sortilège ne me rende inapte à son usage.

Sur l’ensemble de mon équipement, j’ai la possibilité de m’accorder un maximum de six sorts supplémentaires. Depuis mes aventures avec les assassins de Lebher, je sais qu’il est toujours judicieux de posséder le sort de Transe pour à la fois se protéger d’un assaut, mais aussi recouvrer ses réserves magiques. J’associe donc ce sort à ma robe d’arcane ainsi qu’à mes braies en toile.

Il est crucial d’économiser mes réserves magiques et la préparation en amont de mes sorts les plus gourmands est judicieuse, selon moi. Elladhen possédant un de mes sorts de prédilection lorsque je suis en duo, je peux m’orienter vers d’autres. Un Champ de flammes peut faire fuir des adversaires dangereux, mais il pourrait également atteindre le jeune elfe s’il ne dispose pas de fluide de feu.

(J’y pense, s’il s’est rapproché de l’Université, est-ce uniquement en raison de son artéfact ou possède-t-il également des aptitudes magiques ?)

Je n’ai pas la réponse et, ne pouvant satisfaire cette curiosité, je me contente de deux autres sorts. Mon épée bénéficiera du Raz-de-marée, tandis que mes gants et mon chapeau canaliseront le Mur de feu. Une capacité qui me permettra de contrôler le terrain à ma guise.

Finalement, pour un dernier sort de secours, mon pendentif sera le réceptacle parfait pour le sort de Confusion mentale. S’il est moins gourmand que les précédents, avoir la capacité d’altérer les sens d’un adversaire sera toujours le bienvenu si je suis à court de réserves magiques.

Fort heureusement pour moi, le sort de Transe me permet de faire tout cela sans avoir besoin de recourir à mes potions de mana. Il m’aurait fallu tout consommer pour parvenir à ce résultat.

Maintenant que cela est fait, passons à la suite et à l’approfondissement du phénomène magique dont je suis victime.

Je commence par déposer mes effets personnels un peu plus loin afin d’être à mon aise et use de mes sens d’occultiste. Je visualise les fluides qui composent mon corps et éloigne ma perception magique pour percevoir mon être dans son ensemble, comme je l’ai fait pour, en quelque sorte, éteindre le phénomène magique qui entourait mon corps tel une aura. Une légère émanation magique englobant doucement mon corps est actuellement perceptible.

(L’étrange aura est revenue et, avec elle, ce malaise particulièrement dérangeant.)

Il reste à présent à étudier cette manifestation magique. Je laisse de côté les sorts consommant beaucoup de fluides pour me consacrer, dans un premier temps, à ceux les plus légers. J’évite également les flammes, qui pourraient déclencher un incendie dans l’enceinte de l’Université, les Lumières vives et les sorts trop vastes, comme ceux pouvant faire monter la température.

Je me focalise donc sur la génération d’eau dans une petite coupole qui traîne. Dès les premiers instants, la manifestation de la magie m’est difficile à supporter, au point que je m’arrête très rapidement.

Après avoir retenu un haut-le-cœur et repris de longues inspirations, je prends mon courage à deux mains avant de reporter mon attention sur le résultat de ma magie. Pour minimiser l’effet secondaire particulièrement désagréable de cette vue, je me contente de ne regarder qu’un bref instant.

Je n’ouvre les yeux que pour, au final, les refermer presque immédiatement. Ce que j’y ai vu : la masse difforme d’une aura indescriptible. Difficile de me faire un avis là-dessus. Je réitère donc la tentative et tâche de tenir un peu plus longtemps.

Sans grand succès, malheureusement. Il m’est impossible de définir à quoi cela ressemble. Il n’y a ni plus de précision ni plus de netteté. En revanche, l’aggravation de mon état, elle, est parfaitement perceptible, de telle sorte que je me retourne vivement, les yeux aussitôt clos.

(Bon sang, mais qu’est-ce que c’est au juste ? Bon, réfléchissons. Je suis en mesure de percevoir la magie, ou ses manifestations. Même si cela me coûte beaucoup, ça reste quelque chose d’unique, d’incroyable ! Il me faut simplement trouver un moyen d’atténuer ces nausées, sans quoi je pourrais vomir à chaque boule de feu émanant de mes mains.)

Ce faisant, je joins le geste à la parole et ouvre les yeux sur mes deux paumes ouvertes en face de moi. Un nouveau haut-le-cœur me prend lorsque je constate que de mes mains, de mes bras et enfin du reste de mon corps émane cette même aura qui me rend malade.

(Mais qu’est-ce que…)

N’étant pas préparé à cela, je suis pris d’un malaise soudain et marche un peu pour le faire passer.

(D’un autre côté, cela paraît logique, non ? Si j’ai fait usage de magie, il est normal que je sois aussi atteint par cette aura. Non ? Cela veut-il dire que je verrai toute personne qui a fait usage de magie ? Non, cela ne se peut pas. J’ai bien vu d’innombrables mages dans l’académie, sans que cela ait déclenché quoi que ce soit. Ils ont forcément fait usage de magie à un moment ou à un autre. La raison pourrait provenir d’un facteur temporel ?)

Réfléchissant à un moyen de confirmer cela, je fais le tour des possibilités. Forcément, j’exclus mes propres sorts et, immédiatement, je me dis qu’il serait bon de ne pas trop regarder mes équipements. N’ayant pas eu besoin de mon épée ces derniers temps, porter mon intérêt sur elle aurait été judicieux. Hélas, elle a récemment subi une incrustation de sort, réduisant cette possibilité à néant.

« Dommage... » fais-je pour moi-même.

Mes pensées me permettent de ne plus penser à ce malaise et de l’amoindrir. Pourtant, la particularité des sorts, c’est qu’ils sont terminés. Ainsi, plongé dans mes interrogations, je fais le tour de la pièce et reviens vers la source d’eau que j’ai générée.

Dès que je la vois, le malaise reprend et je détourne immédiatement les yeux. Or, ceux-ci se posent à présent sur un étrange flux qui parcourt la pièce. Il y en a partout et, peu importe où mon regard se porte, je vois cette manifestation à tous les endroits possibles, sauf peut-être sur les murs ou lorsque je ferme les yeux.

C’est d’ailleurs ce que je fais. Les yeux clos, je tente de chasser l’horrible sensation qui me parcourt en respirant et en portant mon esprit sur autre chose. Cependant, il m’est impossible de ne pas y penser. Mon esprit est en quête d’une réponse à ce phénomène et, au milieu de ce maelström autant physique que mental, une idée stupide naît.

(Mais cela ne se peut pas, n’est-ce pas ?)

J’hésite, mais la curiosité en moi est plus forte. Finalement, je décide d’ouvrir les yeux et compte bien tenir le temps qu’il faudra pour confirmer ou non cette hypothèse.

Encore une fois, je constate l’aura visuellement nauséabonde de mon eau magique. Au-delà, je distingue ce flux, cette volute dans l’air. C’est comme s’il tirait sa source de la manifestation de ma magie, ondulant dans l’air. Comme une rivière qui prend sa source dans mon sort, le courant paraît se déplacer.

D’ailleurs, il n’y a pas que de mon sort qu’une rivière coule. Mon corps sue à présent à grosses gouttes. Des tremblements et des bouffées de chaleur aggravent mon état. Jamais je n’avais connu pareille sensation. C’est indescriptible. Même lorsque j’étais incapable de bouger en revenant de la forêt au nord de Lebher, j’étais encore capable de me lever. Là, c’est à peine si j’arrive à tenir debout, et cela ne fait pourtant pas longtemps que j’étais en pleine forme.

Mais c’est plus fort que moi. Mon regard continue de suivre ce courant. Il parcourt la pièce, longeant ses murs avec assiduité, jusqu’à bifurquer une dernière fois, un dernier virage, pour mener à sa finalité : moi.

Incapable de tenir plus longtemps, je vomis au sol dans un bruit qui, à sa simple écoute, est évocateur de son odeur. Les yeux clos, je m’interdis de les rouvrir tant que je n’ai pas refermé cette aura me permettant de percevoir la magie.

Il me faut du temps pour aller mieux et reprendre une respiration normale, beaucoup de temps. Le corps et l’esprit un peu plus apaisés, deux certitudes s’imposent à moi. La première est que le flux perçu n’est autre que le chemin que j’ai pris après avoir généré l’eau. Je serais donc en capacité de pister la source ou le responsable d’une manifestation magique. La seconde : je ne suis à présent plus capable d’en supporter davantage ce soir. Mon corps, comme mon esprit, réclament du repos après ces épreuves. Il me faudra attendre demain… au mieux.

Je tâche de nettoyer au mieux le résultat de mon… refoulement interne, avant de quitter la pièce et de méditer loin, très loin de la scène de crime.

Après cette séance de repos, je vais déjà mieux, sans être complètement remis, je dois l’avouer. Je m’occupe de moi-même et, une fois cela fait, je prépare le terrain pour Mange-Botte. Je ne vais pas pouvoir l’emmener avec moi et il va falloir que je mette à sa disposition ce qu’il faut pour la journée, et plus si besoin.

Je pars dégourdir les pattes de mon Corgy, achète de quoi le nourrir pour la journée, avant de revenir le remettre à l’écurie. Je ne peux me permettre de rester plus longtemps : je suis attendu au port. Après avoir expliqué la raison de mon départ sans lui, je prends le chemin pour rejoindre Georges, armé d’une bouteille de vin.

J’y retrouve Elladhen et présente mon compagnon au pêcheur, à qui je tends la bouteille. Je suis ravi qu’il accueille mon paiement avec un grand sourire, acceptant de nous emmener sans plus de cérémonie. Je me félicite d’avoir laissé mon chien géant à l’académie en voyant la taille de l’embarcation.

Le navire n’a pas l’air de première jeunesse, mais hormis une forte odeur de poisson, il semble relativement solide. Sous la direction de Georges, nous voguons sur des eaux plus ou moins tumultueuses en direction de la fameuse crique.

En chemin, Georges s’affaire à installer ses filets en nous laissant entrevoir son registre de chants marins. Je profite de l’occasion pour donner quelques détails à mon camarade. La veille, je lui ai incrusté des sorts et, si le souffle de Gaïa permet de soigner sans mal les blessures, la vague psychique nécessite quelques précisions.

« Le second sort que j’ai insufflé à tes équipements permet d’altérer l’usage de la magie. Bien que l’utilisateur ne soit pas en mesure de bénéficier de ses effets, il permet de renforcer le contrôle de tes alliés et, à l’inverse, d’affaiblir celui de tes ennemis. Il est donc crucial de faire mentalement la distinction entre alliés et adversaires au moment du lancement du sort. »

Je n’insiste pas plus longtemps. Visiblement, la traversée en mer n’est pas du goût de tout le monde, au vu de la tête qu’il affiche. Je le laisse donc tranquillement gérer son état jusqu’à ce que nous arrivions à destination.

Évitant les zones dangereuses en bateau avec habileté, Georges nous dépose sur la terre ferme, avant de nous avertir qu’il repassera en milieu d’après-midi. Nous risquons donc d’être coincés ici si nous manquons ce rendez-vous.

Sur place, il n’y a pas grand-chose. La plage est quasi déserte. Seuls quelques spécimens de crabes paraissent habiter la zone. Je plisse les yeux en les voyant, doutant que les avertissements sur ce lieu ne les concernent. Dans ce décor naturel, une tente vient trancher l’absence de signe humain. Détruite, elle impose par son état une certaine vigilance quant au danger présent.

Tandis que mon camarade propose d’aller l’inspecter, j’opine du chef et sors la bougie de mon sac. D’une flammèche jaillissant de mon doigt, je fais fondre de quoi boucher nos oreilles. Il serait dommage de se faire avoir malgré mes préparatifs.

Nos précautions auditives en place, l’inspection de la tente peut débuter. Il apparaît assez clairement que quelque chose est survenu. Celle-ci n’a pas été réduite en miettes par un vent violent. D’une part, elle aurait été emportée plus loin et, à ce que je sache, les tempêtes ne font pas saigner abondamment. Cela serait possible en emportant quelque chose pouvant se mouvoir sous la force du vent et devenir un projectile perforant, mais, dans un tel cas, où serait la personne ou la créature empalée ?

Ce qui est arrivé est récent, au vu de la coagulation et, d’après les traces sur le sable menant jusqu’à une grotte, quelqu’un, ou quelque chose, y a emmené la victime. En portant plus d’attention aux traces dans le sable, j’estime que moins d’une journée s’est écoulée. Au-delà, le vent aurait ramené la plage à un état plus naturel.

Sans échanger un mot, nous examinons tous deux la tente plus en détail, en quête d’indices supplémentaires, que ce soit sur l’identité de la ou des personnes présentes ou sur ce qui a traîné le ou les corps. Hélas, nous n’apprenons rien de plus. Le seul sac est complètement éventré et, si des empreintes du kidnappeur ont existé, elles ont probablement été effacées par le corps de la victime du rapt.

Tout indique que notre seule source d’information se trouve dans cette grotte. Ma main caresse le pommeau de mon arme depuis presque notre arrivée. Je dégaine alors mon épée magique, dont la lame brille d’une lueur sombre, avant de me rapprocher de l’entrée.

Une fois devant l’entrée, j’examine d’éventuelles traces pouvant indiquer la présence d’une menace aux alentours de la grotte, attendant de nous prendre par surprise. Rien. Quant à l’intérieur de la grotte, il n’y a rien de spécial à en dire. C’est humide, frais et d’une obscurité particulièrement agréable pour mes yeux.

Malheureusement, l’appréciation de la luminosité n’est pas partagée par Elladhen. Pointant du doigt une lampe, je comprends son souhait de ne pas marcher dans le noir. L’hésitation me gagne. Une source lumineuse révèlerait notre position. D’un autre côté, c’est un handicap très lourd pour l’hinion et faire attention à lui deviendra vite un fardeau si un danger surgit. J’accède finalement à sa demande et allume du bout du doigt sa lampe. Si marcher sans risquer de se faire mal lui est ainsi permis, il reste à comprendre pourquoi le vent souffle depuis l’intérieur de la grotte… et non l’inverse.

Notre progression se fait comme on pourrait s’y attendre dans une grotte située en un tel lieu. En nous appuyant sur la roche, nous sommes recouverts de saleté. Par moments, il nous faut emprunter des passages nécessitant de s’immerger en partie dans une eau froide et nauséabonde. Au bout d’un moment, nous arrivons dans une cavité naturelle plus vaste qu’on ne l’aurait pensé, tant en hauteur qu’en profondeur. Un lieu propice à la discrétion et au calme, si un danger ne rôdait pas dans les parages.

Pas un bruit, pas un son ne nous parvient. Seules les vibrations transmises par nos corps respectifs génèrent une ambiance unique : les frottements de nos mains et de nos jambes sur la roche, la marche spongieuse de nos souliers trempés ou les ondulations à peine perceptibles de l’eau lorsque nous traversons les zones immergées.

Une présence est là. Perturbant la tranquillité visuelle du lieu, une énergie lumineuse irradie au loin : un feu. Sans mal, je perçois une silhouette et trois corps allongés. Au premier coup d’œil, ces derniers auraient davantage besoin d’un prêtre pour leur ultime voyage que d’un guérisseur. Mais qui est la dernière personne en vie ? Un survivant ? L’assassin ? Une de ces fameuses sirènes ?

D’un geste silencieux, j’indique à l’hinion de s’approcher de l’individu. L’inconvénient, ou l’avantage, d’avoir une teinte de peau menaçante. Je lui fais cependant signe que je compte bien surveiller les alentours. Je ne compte cependant pas m’approcher du feu. D’une part, cela pourrait attiser la crainte de la victime à mon égard ; d’autre part, la proximité de la lumière pourrait altérer mon excellente vue dans ce lieu.


Liste des sorts transférés :
Main droite, épée du roi des morts : Raz-de-marée
Tête, chapeau de Maryp Op'ins : Mur de feu
Torse, robe d’arcane : Transe
Main, Gants blancs en tissu doublés : Mur de feu
Jambes, braie en toile : Transe
Bijoux, Arcane de Kaërnil Patte-folle : Confusion mentale

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Haple Mitrium
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Re: La Crique

Message par Haple Mitrium » sam. 1 août 2026 22:53

La traversée de la crique fut si pénible pour l'adolescente que la nausée chassa toute mémoire des retrouvailles avec le Shaakt comme du bateau de pèche. Seules quelques paroles sur lesquelles son compagnon d'aventure avait lourdement insisté restèrent à son esprit. Différencier alliés et ennemis lorsqu'elle utiliserait le sort incrusté dans ses armes. Jusque là...

La plage sur laquelle ils débarquèrent étaient parcourue par des crabes. Ceux-ci s'en sortaient mieux qu'eux sur les galets, songea-t-elle, en s'éloignant du rivage en direction de la falaise qui ceignait la crique. Il ne semblait rien y avoir dans les parages qui troublent la sauvage quiétude des lieux, à part un amas de bois et de toile formant une tâche sombre à l'abri du vent...

Suivie du mage, Haple avança pour découvrir qu'il s'agissait d'une tente. Elle avait été saccagé par quelques créatures, et son occupant probablement blessé et trainé jusqu'à l'une des cavernes qui creuvaient la parois rocheuse, à en juger par les traces de sang sur le sable. Différentes émotions la traversèrent : la peur en était la première et la colère suivit. Elle n'avait pas fait tous ce chemin pour que la personne qui devait lui apporter des réponses meurent sous ses yeux ! Que ce soit Freir et ses runes, ou la zélote et son expertise sur sa relique...

Elle s'élança dans leur direction. Dix pas après, elle s'arrêta, rattrapée par sa tempérance elfique.

De retour sur le site du campement, elle accepta les bouchons de cire que Nhaudar lui transmit et se boucha les oreilles avec. Quelque soit la créature qui avait fait ça, mieux valait tout mettre en oeuvre pour s'en prémunir. Puis après avoir fouillé les lieux à la recherche d'indice, sans succès, les deux envoyés de l'Université remontèrent les traces omineuses jusqu'à la bouche sombre de la caverne.

L'humidité y reignait : murs suitants, flaques d'eau salées, rigoles creusées par le ressac... Si on y ajoutait l'obscurité, elle n'était pas dans son élément. La pierre, voilà son élément ! Encore que c'était ces maudites pierres, ces "runes" qui l'avaient entrainée dans cette histoire. Elle se baissa. La caverne n'était-elle pas sensée être la cache secrète de ce Freir ? Mais elle n'y voyait pas grand chose...

Alors elle ferma les yeux et se concentra. Elle semblait avoir un sixième sens pour détecter la présence de ces pierres du Destin, comme l'érudit de Tulorim semblait les voir...

(Comme ça et comme de nombreuses autres hypothèses inutiles)

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle portait un regard différent sur l'obscurité dans laquelle disparaissait le fond de la caverne. Quelque chose l'appelait à y pénétrer... une intuition, un présentiment. Un apétit...

C'est alors qu'un souffle provenant des profondeurs de la grotte leur parvinrent. Pas un souffle, une bourrasque ! Les pierres du "Destin" semblaient vouloir les conduire vers les ennuis. La peur monta en elle ; elle la combattit à la manière des enfants : en allumant la lumière

Elle ramassa une branche de bois flotté qui reposait au sec sur un rocher et demanda dans un chuchotement au Shaakt s'il avait de quoi faire un flambeau. Il l'ignora. (Malotru). Puis Haple réalisa sa bêtise : il ne pouvait pas l'entendre avec les bouchons de cire. Alors, la ménestrelle lui tapa sur l'épaule et réitéra sa requête à grand renforts de mime et plissements d'yeux.

Le Shaakt comprit. Et l'obligea.

Le mage généra une flamme du bout de ses doigts qui enflamma l'extrémité du bâton. Suffisamment pour en tirer quelques braises rougeoyantes. Pas suffisamment pour empêcher à Haple de trébucher sur les bernacles ni de glisser sur les algues humides qui jonchaient le sol inégal... Mais un pas prudent après l'autre dans un goulot toujours plus étroit, marchant autant que possible dans les traces du Shaakt à l'aise comme une chauve-souris dans la nuit, l'Hinïonne parvint soudain dans une immense salle haute de plafond et trop large pour que sa maigre lumière n'atteigne les murs.

(Pas besoin)

Un feu était allumé au loin. Devant les flammes dansantes, une silhouette. Elle se tenait droite, immobile. A ses pieds, tout aussi immobiles, trois masses sombres évoquaient la présence de corps. Ca n'annonçait rien de bon... Et pour couronner le tout, son honorable aîné lui fit signe d'aller en éclaireuse.

(Sympa...)

Elle ne goûtait guère à l'idée de compléter le quatuor au sol. (Vraiment pas, non merci, sans façon, merci de repasser.) Alors, décidant qu'à ce stade placer sa confiance un peu plus dans son allié de circonstance n'aggraverait pas sa situation, elle sortit la statuette achetée la veille et, de la pointe de son poignard, fit perler une goutte de sang dans la tête de la figurine.

Après une dernière seconde d'hésitation, elle le remit au mage en lui mimant les instructions : doigt pointé sur l'inconnu (si le gugus) - doigt le long de la gorge (menace de me tuer) - poing sur la statuette (casse là) - doigt de elle vers lui (et rappelle moi à toi). La ménestrelle y avait mit tout son art. Elle décida, une fois n'est pas coutume, de rajouter un sourire pour tenter de gagner le vote de sympathie.

Puis, son courage à deux mains - mais surtout, son tambour magique et son poignard - Haple s'avança vers le grand feu, son flambeau de fortune abandonné au sol. Lorsqu'elle commença à distinguer le sol devant elle, elle comprit qu'elle entrait dans la zone éclairée par le feu et s'annonça d'une voix assurée qu'elle ne se soupçonnait pas.

- Qui êtes-vous ? Que faites-vous là?

Puis, ayant confirmation que les trois autres corps n'allaient pas se relever, du moins pas sans l'aide d'un nécromancien, Haple ajouta :

- Et pas de gestes brusques ou je vous envoie les rejoindre.

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