Les Habitations de Henehar

Vue des collines, Henehar ressemble moins à une ville qu’à un campement militaire, de bois et de pierre, où se blottissent les colons l’hiver derrière leur palissade en attendant que le printemps les délivre. Les maisons s’alignent le long de rues trop droites, comme si quelque arpenteur avait voulu imposer sa règle martiale au relief sauvage. Les plus anciennes sont bâties en rondins sombres, calfeutrés de mousse et de tourbe pour résister aux vents descendus des Monts Éternels. Leurs toits inclinés, couverts de bardeaux ou d’ardoises, rejette rapidement les plaques de neige lors du dégel printanier. Dans les quartiers prospères, les maisons reposent sur de solides soubassements de pierre et exhibent des fenêtres épaisses, des gouttières de cuivre et des volets peints de couleurs froides. Les demeures plus modestes se tassent quant à elle les unes contre les autres, partageant leurs murs et leur chaleur comme un troupeau inquiet au cœur de l’hiver. Des extensions récentes débordent parfois sur les anciennes cours, reconnaissables à la pâleur de leur bois neuf et à la régularité presque militaire de leurs assemblages. Sous leurs auvents pendent des outils, des filets, des bottes boueuses et des quartiers de viande que l’air toujours frais dans cette contrée préserve de la pourriture.
Ce qui unit ces différentes bâtisses, c’est la fumée des poêles qui s’échappe des cheminées trapues avant de s’aplatir au-dessus des toits, mêlée aux odeurs de tourbe, de poisson et de laine mouillée. Partout aussi, les traces de magie côtoient la rusticité de ces habitations de colons: une lanterne enchantée brille au-dessus des portes richement décorées comme celles, vermoulues, des masures les plus pauvres, tandis qu’une rune de chaleur protège quelque vitre fendue.