Jungle de Nésindra

Répondre
Avatar du membre
Yuimen
Messages : 2435
Enregistré le : mar. 26 déc. 2017 19:17

Jungle de Nésindra

Message par Yuimen » lun. 6 août 2018 09:28

Jungle de Nésindra


Image



La vaste forêt tropicale proche de Xaoranh fut ainsi nommée en l'honneur de la Reine Sindel Nésindra tar'Nareym, qui conclut l'accord entre son peuple et les Hafiz voilà près de 14'000 ans, apportant ainsi la paix au Royaume de Sarindel.

La jungle de Nésindra est si ancienne et si dense que s'y frayer un passage nécessite machette et sueur, ceci d'autant plus qu'il y fait une chaleur étouffante et que le taux d'humidité est à son maximum. Tout est perpétuellement mouillé, la végétation exubérante ruisselle de toutes parts, rien ne peut sécher ici et la moisissure a tôt fait de ronger matières mortes comme vivantes. Insectes de tout poil, serpents, singes, oiseaux innombrables et colorés, prédateurs silencieux et proies craintives, la faune est omniprésente, hostile et bien souvent venimeuse. Plus vous vous enfoncerez dans les profondeurs de la jungle, plus vous aurez de chances de rencontrer des créatures anciennes et puissantes, tels des Loups de Thimoros ou, au pied des montagnes, de rares Fulminaires, pacifiques dans l'âme mais redoutables s'ils sont contraints de se défendre. Prenez garde aussi aux végétaux que vous touchez, le danger ne vient pas que de la faune...

Géologiquement, la jungle occupe deux terrains bien distincts: les contreforts rocheux du Massif de Sartr'Ynrim, pentus et chaotiques, et la plaine d'Indiumë, plate et fertile. Dans les contreforts, en cas de grosse pluie, de furieux torrents se créent en quelques instants, prompts à emporter et noyer animaux et explorateurs. Les plus puissants peuvent arracher de gros arbres et les transporter jusqu'au fleuve Rafân, qui devient alors résolument impraticable. Dans la plaine en revanche, ce sont les inondations qui règnent en maîtresses incontestées, la jungle prend alors des allures de mangrove marécageuse si traître que tenter de s'y aventurer à pied serait une folie.

S'il est avéré que cette jungle contient des ruines d'une civilisation disparue ayant précédé l'arrivée des Hafiz et des Sindeldi sur l'île de Niafaân, nul n'en connaît le nombre ou l'ampleur, et rares sont ceux qui savent où les trouver. Ce qui est sûr, c'est que quelques rares et téméraires explorateurs se sont subitement enrichis ou sont entrés en possession de puissants artefacts après un long et périlleux séjour dans la jungle. Hormis quelques chasseurs, herboristes en quête de plantes rares et chercheurs de trésors, la jungle de Nésindra est bien entendu totalement inhabitée.

Avatar du membre
Spark
Messages : 9
Enregistré le : dim. 21 févr. 2021 17:38

Re: Jungle de Nésindra

Message par Spark » mar. 13 avr. 2021 22:25



Celui qui n’a jamais mis les pieds dans cette jungle n’en a vu aucune. La végétation est tellement dense que j’ai l’impression de heurter un mur vert à chaque nouveau pas, décoré par endroits de fleurs tropicales aux couleurs vives. Je suis habitué à ce type d’environnement mais c’est particulièrement hostile ici. Je dois constamment utiliser mes griffes pour parvenir à avancer. Je jurerai que le sol, rendu inégal par les multiples racines qui ressortent d’une boue parfois plus proche de la vase que de la terre, conspire avec les lianes pendues aux branches pour me retenir à jamais en ces lieux.

Pour ne rien arranger, j’ai rarement senti un air aussi humide. L’eau perle partout, réfléchissant la lumière des rayons du soleil réussissant à franchir la canopée. Mes vêtements sont trempés et collent à mes poils. J’ai du mal à respirer et fais des pauses régulières pour ne pas m’épuiser. Et ces foutues bestioles ! Fourmis, vers, araignées…elles grouillent partout. Les plus irritants sont des moustiques plus gros que mon poing. Moins dangereux que les espèces venimeuses, ils volent inlassablement autour de moi en virevoltant de manière saccadée.

Je compte sur les souvenirs des récits de mon père pour trouver mon chemin. Il m’a expliqué qu’un cours d’eau descend des montagnes avant d’arriver à la cité elfique. Je vais donc avancer tout droit jusqu’à le croiser et je n’aurais plus qu’à suivre son lit. Je m’aide du massif montagneux sur ma droite pour me repérer et ne pas tourner en rond. Mon itinéraire n’est pas ma seule préoccupation : j’essaie de rester attentif à tout bruit ou trace indiquant une présence, représentant un danger potentiel. Empreintes, cris, excréments sont autant d’informations que je dois isoler au milieu de cette cacophonie ambiante, au sein de cet organisme vivant à ciel ouvert.

Voilà des heures que je marche, absorbé par ma concentration. J’ai perdu toute notion du temps et me rend compte de l’heure qu’il est seulement lorsque la nuit commence à tomber. Tout à ma tâche, je n’ai même pas pensé à manger aujourd’hui. Il est trop tard maintenant, je n’ai pas pris de nourriture en partant de l’Ile Interdite – je n’ai sur moi que des potions de soin et d’énergie que j’avais préparées pour le combat traditionnel – et je ne vais pas chasser de nuit dans cette jungle inconnue.

(Après tout ce que j’ai englouti hier, un jour de jeûne ne me fera pas de mal !)

Je trouverai demain quelque chose à me mettre sous les crocs, pour l’instant je cherche un endroit pour dormir le plus en sécurité possible. Je me décide finalement pour deux grosses branches appartenant à un arbre visiblement plusieurs fois centenaire, qui poussent côte à côte à environ trois mètres de hauteur. Il ne faut sous aucune raison dormir sur ce sol à cause des prédateurs nocturnes et cet emplacement m’a l’air suffisamment stable pour ne pas chuter pendant mon sommeil. Je grimpe à l’arbre assez facilement grâce à mes griffes et cherche une position confortable. J’arrache une poignée de fines branches et de feuilles pour me fabriquer un semblant d’oreiller et attend le sommeil en admirant ce paysage effrayant et magnifique à la fois. Il m’est difficile de ne pas ressasser les derniers événements. Aurais-je dû me soumettre à la Prêtresse ? Et si elle avait seulement voulu s’amuser pour une nuit, sans faire de moi son favori par la suite ? Les pensées les plus difficiles à supporter, les plus émouvantes, concernent évidemment ma famille. J’espère qu’ils ne sont pas tenus responsables de mon comportement par le reste du clan et qu’on ne les traite pas en parias par ma faute. Sans réponse possible, il me faudra apprendre à vivre avec ce doute…

Le lendemain matin, je me mets en chasse dès le réveil. Je fais plus attention aux indices laissés par les petits animaux pouvant faire office de proie. Les pistes sont rares et toutes se perdent sur ce sol trop humide pour conserver longtemps les traces des animaux. C’est étrange, je perçois les bruissements de la vie provenant de tous les recoins de cette forêt mais je ne croise jamais aucun animal. Ils doivent sentir que je suis un intrus parmi eux et restent discrets, dissimulés au cœur de cette végétation luxuriante.

(Pour mieux se protéger… ou pour mieux chasser ?)

Les seuls fidèles à m’accompagner sont les moustiques fatigants que je ne prends plus la peine de repousser. Etant donné le manque de résultat de ma traque matinale, je décide de changer de méthode. Au lieu de pister une proie, laissons-la venir à moi. Je repère un endroit où les fougères abîmées indiquent un passage régulier. Pas de piste fraîche discernable mais je soupçonne une activité fréquente. Je me poste en hauteur sur une branche offrant un bon champ de vision et commence à attendre.

Au bout de plusieurs dizaines de minutes, j’entends des pas qui s’approchent. Une petite biche apparaît en trottant. Exactement ce qu’il me faut ! J’aurai suffisamment de réserves pour finir mon voyage. Elle avance en direction de mon perchoir, je reste immobile jusqu’à la surplomber. La chance a enfin tourné ! Avec ma force, je vais la tuer en un coup de griffes. Confiant, je me laisse tomber le plus légèrement possible dans son dos et lance une frappe puissante qui touche… presque, me contentant d’effleurer de mes griffes la proie attentive en laissant des estafilades sur sa croupe. Mon deuxième coup arrive trop tard, bien après que la biche ait commencé à détaler à tout vitesse. Son petit gabarit lui permet de changer de direction en un clin d’œil et de se faufiler à travers les obstacles. J’essaie de la poursuivre mais me rends vite à l’évidence, je ne la rattraperai pas sur ce terrain.

(Tu es nul ! Tu viens de gâcher ta seule occasion de manger ce matin, bravo !)

En effet, je ne peux pas me permettre de rester en planque au détriment de ma progression. Piteux, je reprends ma marche à la recherche du fleuve tout en ruminant mon échec.

(Comment as-tu pu laisser échapper une BICHE ? Tu fais le malin à te proclamer adulte et dès que tu chasses seul, t’arrives pas à attraper une BICHE ?!)

Cette pensée tourne en boucle dans ma tête. Je ne peux pas me permettre de telles erreurs dans la situation actuelle. Voilà la conséquence de trop de confiance : un résultat aléatoire, pour rester optimiste… Perdu dans mon dialogue intérieur, je prête moins attention à mon environnement. Je vois ce qui m’entoure mais je ne l’analyse plus. Soudain, un sifflement énervé me tire de mes pensées. Une petite bête dotée d’une carapace gris foncé aux écailles épaisses, ne devant pas mesurer plus de cinquante centimètres de haut pour un mètre de long, se dresse face à moi en essayant de paraître la plus impressionnante possible. Face à un Woran de ma stature, elle en devient risible. Cependant je comprends à la taille de ses crocs que ce n’est pas un herbivore inoffensif comme la biche croisée plus tôt. D’ailleurs elle fait claquer sa mâchoire dans le vide pour bien faire passer son message : elle ne va pas tarder à m’attaquer si je reste planté là.

(D’accord elle peut te mordre, mais elle reste beaucoup plus petite que toi. Elle pèse quoi, dans les vingts kilos ? Facile ! Et vu son comportement, elle va pas fuir comme la biche de tout à l’heure.)

A ce moment, trois… non, quatre autres de ses semblables sortent d’un fourré un peu plus loin derrière elle. Elles la rejoignent d’un bond d’une longueur disproportionnée par rapport à leur gabarit. Je n’aurais pas soupçonné une telle puissance dans leurs pattes. Il ne faut donc pas se méfier uniquement de leur mâchoire. La bande me menace à cinq mètres de moi mais ne donne pas l’impression de vouloir m’attaquer. On dirait plutôt que les animaux sont effrayés par ma présence et défendent leur territoire : ils se contentent de siffler et cracher en piétinant le sol. Je pense qu’il n’y aura pas de combat si je les évite, et c’est bien ce que je compte faire.

(Ça ne sert à rien de manger si c’est au prix d’une blessure et à un contre cinq, je suis sûr de me faire mordre par au moins un de ces bestiaux. Ça pourrait être mortel dans cette jungle où la plaie s’infecterait immédiatement.)

Je recule alors lentement de quelques pas pour leur montrer que je n’ai pas d’intention belliqueuse. Mon regard reste fixé sur eux afin de pouvoir réagir à toute tentative de leur part. Lorsque j’estime la distance de sécurité suffisante, je prends un chemin latéral pour les contourner à distance respectable puis poursuivre ma route. Cette rencontre imprévue n’a pas eu de mauvaise conséquence pourtant, cumulée à la fuite de la biche, elle me fait réfléchir.

(Tu es habitué à chasser en équipe mais c’est fini maintenant. La biche a eu le temps de fuir parce que personne n’était là pour barrer son chemin. Si tu l’avais frappée plus rapidement, avant qu’elle ne réagisse, tu aurais de quoi manger.)

(Idem avec ces créatures, quelles qu’elles soient. En duel, tu aurais le dessus mais leur nombre les rend dangereuses. C’est pareil, si tu savais multiplier tes coups, tu aurais sûrement pu les affronter. Il faut que tu t’entraînes, tes attaques doivent se suivre sans temps mort !)

Il est vrai que j’ai plus l’habitude de me reposer sur ma puissance naturelle de Woran que de travailler ma technique, alors que les deux devraient se compléter pour être des atouts. Je dois m’améliorer si je veux traverser cette jungle en un seul morceau. Alors désormais, à chaque pause, je m’entraîne en m’imaginant me battre contre des ennemis invisibles et répète les mouvements d’attaque en essayant de gagner en vitesse. Ce n’est plus un simple entraînement aux côtés de mon père, l’enjeu devient tangible. Je déploie plusieurs enchaînements différents pour déterminer les plus efficaces : coups de griffes, de poing, de pied… je tente même les coups de tête. Lesquels peuvent s’utiliser en synergie, sans gâcher le moindre mouvement – et par là, la moindre seconde ? J’ai beau décomposer mes mouvements en séquences, je ne parviens pas à éliminer d’étape superflue. Je continue ce manège jusqu’au soir sans croiser de nouvelle proie et je me résous à dormir à nouveau le ventre vide.



(((HRP : début d’apprentissage de la CC Déluge)))

Avatar du membre
Spark
Messages : 9
Enregistré le : dim. 21 févr. 2021 17:38

Re: Jungle de Nésindra

Message par Spark » ven. 16 avr. 2021 00:29



Mon humeur est épouvantable le lendemain. Ça fait trois nuits que je dors mal et la faim m’accompagne dès le réveil. Je reprends mon avancée dans la jungle avec moins d’entrain que la veille. Combien de temps me faudra-t-il encore pour arriver dans la ville des elfes ? Une semaine ? Deux ? La trouverais-je jamais ?

(Non, ne te démotive pas après un ou deux revers ! Ce n’est qu’une étape parmi tant d’autres, persévère comme Utu te l’a appris !)

Penser à mon Dieu me réchauffe le cœur et me rends un peu de combativité. Oui, je vais m’accrocher et me battre ! Un de ces gros moustiques passe devant moi au moment où ma détermination revient et j’essaie de lui mettre une baffe en plein vol. Comme à chaque tentative depuis mon entrée dans la jungle, il sent ma patte venir et l’évite facilement. Sauf que cette fois je n’abandonne pas, comme s’il symbolise à lui seul tous les obstacles que je dois franchir. Il continue de papillonner autour de moi, inconscient de mes intentions meurtrières.

Difficile de toucher quelque chose en mouvement permanent. Il réussit à s’échapper à chaque nouvelle frappe, pareil à un objet minuscule tombé dans l’eau qui vous glisse entre les doigts au dernier moment. Cette situation m’agace mais je ne veux pas arrêter avant de l’avoir écrasé. Je réitère les différents enchainements travaillés hier et comme je le pressentais, ils ne sont pas très efficaces. La bestiole a toujours un déplacement d’avance sur moi et ça m’énerve sérieusement.

J’arrête alors les enchaînements travaillés à l’avance et décide de ne plus calculer mes coups, d’oublier la théorie et frappe devant moi en criant. Je ne m’arrête pas et le résultat est totalement désordonné et imprécis. En revanche je remarque qu’en étant moins concentré sur la technique de frappe, les muscles plus détendus, ma vitesse augmente.

(Et si je combinais cette manière de frapper avec les enchaînements répétés hier ? Travailler les mêmes suites d’attaques tout en gardant mes muscles relâchés ?)

Le vaillant moustique voletant toujours dans les parages, je poursuis sur ma lancée. Rapidement, mes griffes lacèrent ses ailes d’un crochet du gauche, le faisant flotter immobile une demi-seconde, avant que mon poing droit ne l’envoie s’exploser contre un tronc d’arbre, dégoulinant. Je n’aurais jamais pensé que tuer un moustique me rende un jour si fier… C’est un pas en avant mais c’est loin d’être fini. Il me faut intérioriser cette méthode pour qu’elle devienne intuitive, je n’aurais pas souvent le luxe de me battre contre une créature inoffensive, ni le temps de réfléchir face à mon ennemi. Je vais continuer à m’entraîner pour que ça devienne une habitude.

(Finalement, je les aime bien ces moustiques !)

Chaque bourdonnement me donne le sourire. Une occasion de plus de m’améliorer et elles ne manquent pas. Mes muscles mémorisent les gestes, pour l’instant consciemment. Rien ne remplace la répétition, alors l’espace de quelques jours, je me transformerai en exécuteur d’insectes qui auront pour seul malheur de croiser ma route.

L’après-midi même, comme pour récompenser mes résultats, Utu m’offre un cochon sauvage : sur mon chemin, je croise l’animal piégé, sa patte coincée dans un nœud de racines. Je prononce une prière de gratitude et abat l’animal le plus rapidement possible d’une morsure au cou pour éviter qu’il ne souffre inutilement.

(La diète est terminée !)

Malgré l’absence de feu qui me force à manger la viande crue, le repas du soir me requinque, physiquement et moralement. Après mon régime forcé, je dévore presque la moitié de l’animal. En rationnant les prochains repas, il me reste environ deux jours de nourriture que j’attache à ma ceinture en tissu. Le ventre plein, je vais passer une bonne nuit.

Les jours qui suivent se ressemblent. Toujours pas de fleuve mais peu importe tant que j’avance et que ma chasse aux moustiques se perfectionne. Je me débarrasse maintenant d’eux en quelques secondes. Ma posture de combat s’est adaptée, plus souple et moins figée dans les principes. Les coups se suivent de plus en plus rapidement, de manière plus fluide. Je me demande si ce serait efficace en situation réelle.

J’ai ma réponse le lendemain. Le bourdonnement de mes camarades d’entraînement disparaît sous le vrombissement désagréable d’un autre insecte volant. Je n’en ai jamais vu de tels sur l’Ile Interdite. Cette mouche grisâtre est plus grande que les moustiques mais surtout bien plus massive. Ses muscles hypertrophiés lui donnent une allure disharmonieuse, artificielle presque. Ses battements d’ailes, si rapides que je ne les perçois pas, causent un bruit sourd profondément dérangeant. Elle semble attirée par les effluves âcres du sang laissé par la viande du cochon sur ma ceinture.

Après l’avoir observée un instant, je me concentre pour l’attaquer et la toucher dès la première frappe. Je ne regarde plus que la mouche, j’observe ses mouvements et je déclenche un coup rapide qui se dirige droit sur elle. Je vais l’avoir. Pourtant, lorsque mes griffes s’apprêtent à faire leur œuvre, mon bras est repoussé subitement dans une gerbe d’étincelles, comme s’il y avait une boule d’énergie protégeant l’insecte démesuré. Des picotements remontent de ma main à mon coude. Je secoue mon bras pour faire passer cette sensation.

La mouche réagit à mon attaque. Elle ne se contente plus de voler tranquillement devant moi et s’agite nerveusement. Le bruit de ses ailes s’intensifie. Une lueur bleutée, de plus en plus soutenue, accompagne les vibrations.

(Tout ça ne me dit rien qui vaille…)

Quand cette lueur est devenue une lumière vive, un éclair se projette sur moi dans un claquement sec. J’ai tout juste le temps de plonger derrière un arbre pour l’éviter. La sale bête peut donc se protéger ET attaquer grâce à ce pouvoir que je ne comprends pas.

(Peu importe, je dois traverser son bouclier, sinon je vais me faire griller…)

Je sors de mon abri pour voir que la mouche s’est rapprochée. Je fais confiance à ma nouvelle technique et lance deux coups de poing quasi simultanés. Le premier se fait rejeter comme précédemment, mais le second effleure le corps difforme avant d’être dévié.

(On dirait que sa bulle est perméable après avoir bloqué une attaque. Je dois réussir à encore augmenter ma vitesse de frappe !)

Au moment où je découvre son point faible, d’autres vrombissements se font entendre et se rapprochent.

(Si tous ses potes se ramènent, c’est la fin pour moi. Mon prochain coup doit être parfait, ce sera ma dernière tentative. Si ça ne marche pas, j’essaierai de fuir avant qu’ils ne soient là.)

Pendant ce temps, la mouche a rechargé son énergie et je ne parviens pas à esquiver le nouvel éclair qu’elle lance sur moi. Je suis touché à la jambe. Une petite plaie et une odeur âpre de poils brulés, rien de sérieux. Je respire à fond. Deux petits pas de côté pour mieux me positionner. Puis je me projette en avant en poussant sur mes jambes, garde mes épaules souples pour plus de vitesse et juste avant l’impact, mets toute ma force dans un poing suivi de l’autre. La bulle bleutée se fissure au premier coup comme prévu et le deuxième fracasse l’animal en plein vol. J’entends sa carapace craquer à l’impact. Sous le choc, elle tombe par terre un peu plus loin. Elle n’est pas morte et essaie de battre maladroitement des ailes pour se renvoler. Son bouclier semble avoir disparu. Je me jette sur elle pour ne lui laisser aucune chance, la saisis fermement et lui arrache la tête.

Je me dépêche de quitter la zone, satisfait que mes efforts aient payé. Pourvu que ces nouveaux gestes restent bien ancrés dans mon corps ! Arrivé à l’écart, j’observe ma blessure. Elle n’est pas profonde et ne me gêne pas pour marcher, cependant une infection pourrait l’aggraver. Je sors un petit récipient en cuir, enlève son bouchon et le vide sur la plaie. Le liquide me brûle vivement mais la sensation s’estompe vite. Il s’agit d’un remède qui va accélérer la cicatrisation, je n’ai plus à m’inquiéter et peux reprendre ma route.

Au crépuscule, alors que je m’apprête à chercher un abri pour la nuit, je remarque que la végétation a progressivement évolué. La mousse se fait plus épaisse sur l’écorce des grands arbres et leurs racines sortent du sol de plusieurs dizaines de centimètres. Ça ne peut dire qu’une chose : le fleuve ne doit plus être loin ! Je continue ma recherche le cœur léger et tombe par chance sur un enchevêtrement de lianes pouvant me servir de hamac. Parfait ! Entre ce lit improvisé et mes progrès au combat, je sens que ça va être ma meilleure nuit depuis longtemps.



(((HRP : tentative d’apprentissage de la CC Déluge)))

Répondre

Retourner vers « Domaine d'Aina »