Page 1 sur 1

La Place de la Cité

Posté : sam. 6 janv. 2018 12:24
par Yuimen
La place de la cité

Image


Sur cette petite place, cœur de la cité, se trouve une fontaine. Gelée la majorité de l'année, elle ne dégèle qu'au printemps... Alors, la cité se réveille de sa léthargie pour fêter le retour des beaux jours. C'est ce phénomène qui a donné le nom de "place du printemps" à cette place.

Les jours de beau temps, les gens se rassemblent ici pour acheter fruits et légumes, échanger les nouvelles, vendre leurs poissons d'eau douce.

Les jours de mauvais temps, la place est presque vide, à part quelques passants pressés qui se rendent dans leur famille.

Re: La Place de la Cité

Posté : mer. 29 juil. 2026 17:30
par Hindbaer
1.5 Une louve parmi les brebis

Malgré son nom, la place du Printemps évoquait plutôt à un champ de bataille tout juste abandonné par l’hiver. Des amoncellements de neige noircie occupaient les coins d’ombre et la grande vasque centrale demeurait prise dans la glace. Mais les habitants s’affairaient déjà autour d’elle.

Des marchands étiraient des peaux encore raides sur des cadres de bois afin que le soleil les réchauffât. Renard, martre, loup, chevreuil : même mortes, les bêtes formaient une foule plus digne que celle qui s'affairait autour d’elles. Ailleurs, des femmes déballaient des paniers d’herbes, des vieillards empilaient des pots de terre cuite, et un poissonnier frappait à grands coups de maillet la glace qui emprisonnait encore sa marchandise.

Hindbær ralentit malgré elle.

Un rayon de soleil venait de franchir les toits. Il descendit sur son visage avec la douceur d’une main chaude. La chasseuse s’arrêta au milieu de la place, oublieuse des passants qui durent la contourner en maugréant, et ferma les yeux. La lumière traversa ses paupières. Elle glissa sur ses joues, caressa ses lèvres fendillées et réchauffa peu à peu la peau de son front. Hindbær inspira profondément. Son souffle descendit dans sa poitrine, plus ample qu’auparavant, et emporta avec lui une part de la tension accumulée depuis son arrivée.

La sensation lui plut.

Dans les collines, le soleil décidait de tout. Il réveillait les mousses sous la neige, ramenait les insectes à la surface des étangs et rappelait aux arbres que la mort hivernale n’était qu’un long sommeil. Même les prédateurs lui obéissaient : ils quittaient leur tanière à sa chaleur et regagnaient l’ombre lorsqu’il frappait trop fort. Mais ici, les hommes prétendaient le remplacer avec leurs lampes, leurs foyers et leur magie. (Folie !) Aucune flamme enfermée dans une lanterne n’avait la pureté de l'astre solaire. Aucune baguette ne savait donner ainsi sans exiger en retour. Hindbær sentit l’énergie de l'étoile diurne emplir son corps comme une eau claire versée dans une outre vide.

(Pure. Élémentaire.)

Tout le contraire de la ville qui l’entourait. Comme pour appuyer ce point, un homme la heurta de l’épaule.

- Tu peux pas dormir ailleurs ?

Les yeux de Hindbær s’ouvrirent.

- J’ dormais pas.

Le citadin lui jeta un regard mauvais, aperçut son arc, puis décida que ses pieds exigeaient toute son attention. Elle le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il se perde entre les étals.

(Enfin... peut-être un peu.)

Elle se remit en marche de sa démarche souple, une louve parmi les brebis.

>> Suite : 06/10