Les "Murs"

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Yuimen
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Les "Murs"

Message par Yuimen » sam. 6 janv. 2018 12:16

Les "murs" de la ville

Henehar est entourée d’une haute palissade en rondins de bois dont la taille approche les cinq mètres. Les deux extrémités de ce rempart s’enfoncent un peu plus loin de la berge du lac. Une large corniche du côté village permet aux soldats d’aller et venir entre les quatre tours de gardes. Deux autres tours en bois surplombent de chaque côté le sentier prévu pour entrer et sortir de la ville.

Autrefois, la palissade s’étendait jusqu’au pied de la montagne mais les éboulements étaient fréquents et les villageois ont préféré réduire la taille d’Henehar sur la terre et de construire une avancée sur le lac qui sert, en plus de plancher pour quelques habitations, de petit port de pêche.

Les portes de la ville ne s’ouvrent généralement que pour les quelques paysans allant cultiver leurs terres à l’extérieur des remparts. Ces portes sont elles aussi en bois mais celui-ci est travaillé, bien que de manière rustique, leur taille équivaut à peu près à la hauteur de la palissade.

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Ahrroë
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Re: Les "Murs"

Message par Ahrroë » mer. 1 avr. 2020 20:50

Le soleil n'est pas encore levé lorsque les deux amies arrivent à la sortie de la ville, gardée par deux soldats à moitié endormis. Ils relèvent à peine la tête à leur passage, affalés contre les palissades de bois. L'été a beau poindre le bout de son nez, même pour ces gaillards habitués au froid les nuits sont fraîches et ils n'attendent que la relève pour vite rentrer chez eux.

« Une idée de notre itinéraire ? » demande Claire à voix basse, soucieuse de ne pas déranger le village endormi.
« Direction la forêt à l'est ! » répond Ahrroë très très fort.

L'un des gardes lui jette un regard mauvais, visiblement agacé par son manque de considération. Qu'elle ignore royalement.

« Hmm, alors tu penses que Nosveria se trouve près du Croc de Fenris ? » continue l'académicienne, pensive.

Haussement d'épaules.

« Aucune idée de quoi tu parles. J'ai juste jamais été là-bas. »

Son amie ouvre la bouche, désarçonnée, se figeant sur place. Silence alors que la vagabonde continue tranquillement sa route en direction de la plaine qui s'offre à elles. Claire la rattrape en trottinant avant de finalement formuler sa question.

« Je croyais que c'était une course... Tu ne dois pas trouver la cité perdue avant ta mère ? »
« Si, et alors ? »

Nouvelle incompréhension. Est-elle stupide ? D'une certaine manière, oui, jugerait la plupart. Mais la jeune érudite l'a maintenant suffisamment côtoyée pour savoir que ce n'est pas là le nœud du problème. Excentrique et impulsive lui conviendraient mieux.

« Eh bien... » reprend Claire après quelques secondes, tâchant de bien formuler son propos. « Nous aurions plus vite fait de nous diriger vers le nord en direction du plateau d'Aras Mül et de quadriller tous les pics en partant de l'ouest jusqu'à l'est. »

Ahrroë fait une moue.

« Tu parles comme un bouquin, » râle-t-elle. « Et puis c'est déjà ce qu'a dû faire ma mère, qui a au moins une semaine d'avance grâce à toi. »

L'érudite en herbe grimace, quelque peu piquée par la remarque de son amie. Elle voudrait lui dire qu'elle n'a pas sciemment décidé de se faire attaquer par un groupe de bandits, mais elle commence à la connaître assez pour savoir qu'elle ne lui en veut pas réellement. Elle ne peut juste pas s'empêcher d'emmerder son monde.

« Je vois, » se contente-t-elle de dire.

Au moins a-t-elle raison, il n'y a rien de stupide dans la décision d'Ahrroë : en prenant une autre direction, la chance entrait en jeu, et si la ville légendaire se trouve plus à l'est alors elles auront gagné bien des jours sur la mère de la vagabonde.

« Et par la forêt on aura plus de chances de croiser des tribus qui pourront nous aider, » conclut-elle enfin.

Une nouvelle fois, Claire ouvre la bouche, abasourdie. Peut-être qu'elle est stupide, en fait.

« Mais... Enfin Ahrroë, les Phalanges de Fenris ne vont pas aider une parfaite étrangère qui met le pied sur leur territoire, l'idée c'est de les éviter. »

A ces mots, la sauvageonne rit à gorge déployée.

« Je peux devenir amie avec n'importe qui, tu devrais le savoir ! » lâche-t-elle après quelques secondes de franche rigolade. « J'suis sûre qu'on en fait tout un plat pour rien de ces Phalanges de Renfis ! »
« Fenris ! » corrige l'érudite.
« Ouais ouais, c'pareil ! »

L'académicienne ne sait plus quoi dire. Elle aimerait lui expliquer que si elles se ramènent en plein milieu de leur territoire en massacrant le nom de leur divinité elles vont finir au bout d'une lance, mais quelque chose lui dit que c'est peine perdue.

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Hindbaer
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Re: Les "Murs"

Message par Hindbaer » mer. 29 juil. 2026 14:39

La brume matinale s’accrochait aux collines boisées comme une peau morte, et le soleil pâle de fin de matinée perçait tout juste les branches noires des sapins. Quant aux bouleaux, filiformes fantômes, ils dressaient leurs troncs, dénudés mais déjà gonflés de sève, entre les rochers moussus leurs branches alourdies par la neige fondante. Soudain, une silhouette blanche bondit d’entre deux racines, suivie d’un trait noir au raz du sol et d’une gerbe écarlate ! Le lapin tressaillit, battant l’air de ses puissantes pattes comme pour repousser la mort. En vain.

D’un pas léger et assuré, Elle vint cueillir sa proie – la chasseuse, splendide et sauvage comme la contrée qui l’avait vue naître, sa chevelure flamboyant du feu des volcans et sa peau pure comme les blanc sommets Nosvériens. Hindbær acheva l’animal d’un coup sec de son arc sur les cervicales. Elle mangerait de la viande ce soir. A cette idée, elle fronça les sourcils – elle refoula l'idée de ce qui l’attendait plus tard. Elle aurait préféré s’asseoir là, à même l’humus gelé, et dépecer la blanche bête sur place en vue d’une grillade à la belle étoile. Mais non… elle avait fait tout ce chemin pour une raison – autant en finir. Alors, la chasseuse déposa la dépouille dans son sac et reprit sa route.

Finalement, Hindbær s’arrêta au sommet d’une crête, les poumons en feu après la dernière ascension. Devant elle, Henehar se terrait entre le lac et les collines, ceinturée par une palissade de rondins haute de cinq mètres, ses quatre tours de garde se découpant comme des griffes noires contre le ciel gris. Plus loin, le Lac des Parias miroitait, à moitié pris sous une croûte de glace, et les montagnes se découpaient à l’horizon, noires et menaçantes, comme une mâchoire prête à se refermer.

- Sal’té d’ ville, murmura-t-elle en crachant un caillot de sang.

Sa lèvre s’était rouverte en trébuchant sur une racine cachée sous la neige, plus tôt dans la matinée. Le froid mordant aurait tôt fait d’arrêter le saignement, mais le gout ferreux sur sa langue l’incommodait : il lui rappelait cette fois où, affamée, elle avait fait repas d’une charogne… et avait retenu sa leçon, à défaut du contenu de son estomac supplicié.

Elle s’assit sur un rocher plat, sortit sa gourde et la remplit dans un ruisseau dont l’eau, glaciale, glissa sans effet sur ses doigts gantés. Elle grignota une tige de menthe sauvage – amère et piquante, mais ça chassait la mauvaise haleine et ça réveillait les sens.

- Toujours mieux qu' l’haleine des citadins, grogna-t-elle en essuyant son gant sur son pantalon de laine.

Un craquement sec la fit sursauter : un renard détala entre les buissons, affolé. Elle soupira : son carquois était presque vide.

(Tu as de la chance, petit)

Elle reprit se remit en marche, glissant sur un galet plat verglassé.

- Ah— !

Ses bras se tendirent, agrippant une branche basse pour éviter la chute. Les oiseaux – des mésanges et des geais – s’envolèrent en criant, effrayés par le bruit.

(Moi aussi, j’ m’en irais si j’ pouvais)

Car, au loin, la rumeur citadine annonçait déjà l’inconfort qui s'imposerait bientôt à elle. Les hennissements nerveux des chevaux emprisonnés dans l’écurie ; le cliquetis métallique des armes qui remontaient du temple au nom d’un dieu indifférent ; la clameur d’un crieur public qui relayait quelques décisions politiques aberrantes... La liste était longue : en ce jour, comme celui de son départ, les humains s’affairaient à dénaturer l’ordre des choses.

(Et je dois faire avec...)

C’est alors que l’ombre d’un bipède apparut à l’angle du tournant ! Aussi vive qu’une panthère des neiges, Hindbær pivota et bondit hors du sentier. A plat ventre, elle glissa sur la neige, silencieuse, pour se mettre à couvert derrière un épicéa couché par la dernière tempête.

(Un humain.)

Ses yeux rivés sur le nouvel arrivant, Hindbær passa machinalement sa main dans le dos et saisi son arc de chasse. Certains auraient espérer ne pas avoir à s’en servir ; d’autres que l’humain soit un riche marchand à détrousser. Elle, la sauvageonne blanche, n’espérait… rien. L’espoir n’avait pas plus de place dans sa vie que ces autres concepts déconnectés du réel qu’étaient l’économie, la religion ou la politique. Elle était prête – c’est tout – une flèche encochée. Prête à tuer.

Un second marcheur apparut à sa suite. Puis un troisième. Tous trois armés, une lourde hache balançant sur leur épaule à chaque pas qu’ils prenaient dans sa direction… Tapie dans l’ombre de l’arbre mort, son arc aussi immobile que les branches sèches encadrant son visage, Hindbær vibrait d’une énergie intérieure bien familière. L’excitation de la chasse !

Ses sens en alerte guettaient la moindre menace, la moindre ouverture. C’est alors que monta un chant de paix de la gorge barbue de ses proies :

Vent des Monts, froid du matin,
Nous marchons droit vers le sapin,
Hache au dos, ampoules aux mains,
Et ventre creux jusqu’à demain.

Bois des morts, bois des combats,
Le gel les garde sous nos pas,
Nous, on abat, on scie, on fend,
Pour le foyer, pour nos enfants.

Quand le soir tombe sur Henehar,
Quand luit la lampe aux fenêtres noires,
Nous rentrons las, usés, gelés,
Vers nos femmes, yeux et jambes fermés.

Mais porte close n’est pas longtemps,
Quand l’homme rentre chargé d’autant :
De bois, d'espoir, de mots gentils...
Le reste se chante dans le lit.

Hindbær démonta la corde de l’arc, et desserra les dents.

(Des bûcherons)

Ils n’étaient que trois. Mais, reposé et dans la force de l’âge, trois bûcherons ça faisait quand même beaucoup… surtout avec seulement deux flèches dans son carquois ! De toute façon, elle n’avait aucune raison de leur chercher des crosses ; ni de les saluer d’ailleurs. Alors, lorsqu’ils l’eurent dépassée, ignorant naïvement la pointe de métal qui les suivait, et que le son étouffé de leurs voix disparut dans la forêt enneigée, Hindbær détendit ses muscles et débanda son arc.

Le danger était passé.

Lorsqu’après une demi-heure de marche l’habitante des contreforts nosvériens arriva en vue des portes de la ville, elle se détendit. Ici, le sentier était plus sûr, aussi bien pour les pieds imprudents que pour les proies faciles. En effet, le sentier était entretenu et la garde sécurisait les abords de la ville. D’ailleurs, emmitouflé dans une cape bleu ciel, un homme était adossé au poste de garde en vis-à-vis du lourd battant de bois qui fermait l’accès de la ville à ses nombreux ennemis. Un milicien qui poiraute dans le froid est rarement aimable… Elle allongea le pas.

(Plus vite j’en aurai fini, mieux ce sera.)

Le poste de garde n’était qu’une minuscule excroissance des fortifications de la ville, guère plus que des toilettes sèches. Les minces planches de sapin qui en constituaient les murs semblaient avoir été assemblées à la hâte. Une bien maigre protection contre le froid, le vent et la neige, en net contraste avec l’enceinte en rondin de bois qui s’érigeait, haute et infranchissable, entre le monde sauvage et la ville.

(Qu’ils y restent dans leur trou...)

Alors qu’elle approchait, épaules voutées et visage fermé, la porte du cagibi grinça sur ses gonds rouillés. Un deuxième tas de laine bleue en sortit.

- Halte ! Qui va là ?

Ils ne faisaient pas fière allure, ces gardes qui s’emmitouflaient dans leur cape comme lors de leur premier hiver. Dans les Monts Eternels, les Phalanges les auraient réchauffés à coup de poing dans les côtes. Mais c’étaient des Varrockiens : Hindbær le remarqua aux yeux bleus qui l’évaluaient avec méfiance.

- Hinnd-bærrr, répondit la chasseuse.

Les miliciens la dévisagèrent avec ce mélange de crainte et de curiosité qu’elle connaissait trop bien. Son élocution maladroite l’avait trahie, si ce n’était le rouge de ses prunelles au milieu de ce visage blanc comme neige. Le nouveau venu chuchota à l’oreille du plus jeune, mais l’autre l’écarta du coude avant d’insister, sceptique.

- Passeport ou lettre de recommandation.

Ne pas faire d’histoires… Elle fouilla dans sa besace au son des bois de rêne et dents de loup qui s’entrechoquaient. (). Sans un mot, sa main gantée se referma sur le parchemin jauni et craquelé qu’elle avait conservé au fond de son sac tout ce temps… Le cachet de la milice qui en scellait le contenu semblait avoir résisté aux intempéries et mauvais traitements en tout genre. L’insouciante le lui tendit en répétant son nom, avec plus de facilité cette fois :

- Hindbær.

Sa voix était enrouée après tant de temps passé en seule compagnie du vent et du givre. Et sa langue avait troqué les artificielles sonorités humaines au profit du chant des loups.

- Hindbær, chasseuse indépendante. Libre circulation, lut le milicien de sa voix monocorde. Signé par le sergent…
- Je te l’avais dit, glissa l’autre de sous sa protection laineuse.
- … le 17 Mars de l’An…

Le jeune milicien s’interrompit brusquement et abandonna le laissez-passer au vent pour libérer sa main d’arme. Avec une vivacité qui démentait l’engourdissement qu’il avait manifesté jusque-là, le Varrockien sortit de sous sa cape une baguette de bouleau. Souple et striée de blanc et de rouge, elle vibrait d’une énergie qui semblait émaner du milicien échaudé.

- Qu’est-ce que tu fous, Igor ?
- Il est vieux de dix ans ce laissez-passer, siffla-t-il à travers ses dents. C’est sûrement une espionne, ou pire.

Sa mâchoire était crispée, et ses doigts tout autant. Prêt à frapper à la moindre menace.

- Calme, calme, l’apaisa Hindbær comme elle l’aurait fait avec un renard aux abois.
- Silence, étrangère ! Où as-tu trouvé ce parchemin ?

La chasseuse ne comprenait pas le problème. Elle tourna la tête et suivit du regard le document incriminant qui s’envolait dans le vent. Ses souvenirs en remontèrent le courant…

- Mon père…

Les mots lui étaient particulièrement pénible à prononcer. Et pas seulement par manque d’entraînement…

- Sergent : mon père, précisa-t-elle pour éclairer l’abruti qui voulait faire un bûcher de sa personne.

Mal à l’aise, le Varrockien joua des doigts sur sa baguette et tourna la tête vers son collègue, lequel haussa un sourcil l’air de dire : « je t’avais prévenu ». Le mage reconsidéra la situation et baissa son arme magique. Hindbær nota toutefois qu’il ne la rangeait pas et commençait à perdre patience. Les mots se bousculèrent dans sa bouche :

- Partie chasser. Rev’nue. Quoi l’problème ?
- P-partie chasser… ? balbutia le jeunot. Pendant dix ans ?!

Pour toute réponse, Hindbær ouvrit son sac de voyage et en agita le contenu pour lui faire voir les fourrures de lynx, de castor et de Gakhaï qui reprenaient vie à chaque secousse. Incrédule, le jeune mage marmonna un « Sang-mêlés… » dans sa barbe naissante, tandis que l’autre l’invita à libérer le passage d’une main sur l’épaule.

- Pas de grabuge, Hindbær, l’avertit-il néanmoins avant de sonner la cloche de guet et de tonner d’une voix qui portait : Ouvrez la porte !

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