Les Portes de la Cité

Répondre
Avatar du membre
Yuimen
Messages : 2434
Enregistré le : mar. 26 déc. 2017 19:17

Les Portes de la Cité

Message par Yuimen » sam. 6 janv. 2018 11:26

Les portes de la cité


Pohélis a été construite dans une curiosité géologique, une falaise sur la mer. D'immenses pans de cette falaise entourent la ville, la protégeant comme un immense rempart.

A l'intérieur les hommes l'ont creusée, plaçant là toutes les défenses contre un monde sauvage et dur. Une unique porte tunnel rejoint l'extérieur de la ville, fermée par sept portes et herses de métal. En temps normal le trafic est dense, mais les gardes veillent.

Avatar du membre
Huyïn
Messages : 20
Enregistré le : mar. 5 nov. 2019 15:28

Re: Les Portes de la Cité

Message par Huyïn » jeu. 21 janv. 2021 16:15

-- >

-5-


À l'aube, le balafré portant les atours du dresseur avance en claquant des bottes à la suite du tigreau humain. Le Tigre suit, mené une fois de plus par la laisse improvisée du jeune humain, qui a l'air de brûler les mains du déguisé tant il en fait jouer le bout entre ses doigts. Il n'est visiblement pas à l'aise dans le costume le serrant de près, ni sous le masque qu'il passe son temps à rajuster, et moins encore sous la coiffe dotée d'une longue plume glissant de son crâne tous les trois pas. Arrluk se faufile entre les peaux-vertes présentes, créant une voie que l'autre humain suit avec empressement. De brefs mouvements de tête indiquent qu'il jette des regards prudents de temps à autres, avant de se souvenir que le tigreau lui a vivement conseillé de rester détendu. Derrière lui, le woran avance tranquillement, et mets parfois un malin plaisir à s'arrêter quand quelques garzoks sont trop proches de sa trajectoire, manquant à chaque fois de faire lâcher la laisse à son soi-disant dresseur. Et ce dernier de se retourner et de la tirer jusqu'à ce que le Félin obéisse, bousculant certaines montagnes de muscles ou percutant du tibia un sekteg sur sa route. Les jurons à destination du Tigre remontent alors le long de la laisse, et c'est l'homme brutal qui se fait injurier quand il ne manque pas prendre un revers de main. Quel dommage pour lui qu'il n'ait pas le temps de s'attarder, au risque de perdre Arrluk de vue.

Bientôt, le tunnel de sortie de la ville apparait devant eux. Le jeune humain pâle ne s'y dirige cependant pas et s'avance en direction d'une charrette devant laquelle plusieurs individus se trouvent. Deux d'entre eux se querellent, l'une pointant le contenu du chariot d'un geste brutal, l'autre se tenant bras croisés derrière le crâne.

"Ce sont des deux-places ! J't'ai dit d'en prendre une pour moi seul ! Tu l'as fait exprès, hein ?!"

"Qu'est-ce tu dis ? J'entends rien. Si tu t'planquais pas derrière ce bout de tissu, peut-être ?", riposte l'autre en indiquant l'étoffe.

"T'as le même alors arrête de t'foutre de moi ! Réponds ou rends-moi mes yus, sinon je... Tu vas l'regretter !"

"Y'a rien à faire, j'pige pas un mot de c'qu'il raconte. Mais c'est pas étonnant de la part d'un chiot pleurnichard et trop couard pour faire autre chose qu'aboyer."

Les yeux vert-grisé du Tigre se posent sur l'origine du tapage. Deux individus à la silhouette masculine et faisant une tête de moins que lui. Le premier et plus bruyant est vêtu intégralement de noir, en-dehors d'une cape élimée verdâtre. Capuche et étoffe masquent sa tête, ne laissant visibles que ses yeux et quelques mèches sombres. Il possède un arc et une lame courte qu'il sort de son étui pour la pointer vers son interlocuteur. Face à lui, un être habillé de beige. Ses épaules sont couvertes par une étrange protection semblable à une paire de visages humanoïdes en pleine souffrance. Lui aussi est masqué et couvert d'une coiffe de toile. Malgré la menace de la lame, il continue de se pencher et de provoquer l'autre.

Le Woran sombre observe le spectacle, ne jetant qu'un bref regard à Arrluk qui se gausse visiblement de ce qu'il voit. L'humain en noir plonge sa dague vers l'autre qui l'évite sans difficulté mais qui, au lieu de riposter, plonge derrière un troisième individu. Un garzok massif, qui semble porter à lui seul l'ensemble des armes du contingent. Couteaux de lancer, arbalète et carquois associé, épée courte et intermédiaire, armure de cuir dotée de pointes. Une cape à capuche et un masque lui recouvrant le haut du visage. Le Tigre suit avec intérêt la vitesse à laquelle les grandes mains de l'individu se referment sur le col du provocateur et sur le poignet de l'autre, le tordant pour lui faire lâcher prise. Il repousse brutalement les deux, l'un heurtant la carriole, l'autre devant pivoter habilement sur le talon pour ne pas choir. L'orc se penche et ramasse la dague tombée au sol.

"Confisquée.", déclare-t-il d'une voix profonde tandis qu'il passe un pan de sa cape contre le métal.

"Quoi ?! Mais non ! T'as promis que je pourr...", s'offusque le noiraud.

"J't'ai dit quoi en te la filant ?"

"... D'la traiter avec respect parce qu..."

"Et tu viens d'faire quoi avec, là ?", interrompt le peau-verte sans pour autant élever la voix.

"Mais c'est lui qu..."

"Ta gueule."

L'orc étonnamment calme ponctue sa phrase d'un brutal revers de main sur le crâne du jeune homme, sous les ricanements de l'autre. Jusqu'à ce que ce dernier se fasse agripper par le col et reçoive un coup de genou exemplaire dans l'abdomen. Tandis que les humains sont pliés en deux, le râtelier vivant se tourne vers deux autres individus se tenant près de l'animal de trait trapu attelé à la charrette. L'un est visiblement un elfe à cause de ses oreilles pointues, étrangement longues et mises en évidence par sa chevelure coiffées vers l'arrière, et sa peau sombre. Expression sévère, armure légère, épée portée au flanc droit. À côté, un autre jeune humain à peau et longue chevelure blanches, une paire d'yeux rouge-orangée plissée. Pas d'armure mais une sorte de longue tunique à capuche rabattue sur son front. Le garzok lui tend la lame confisquée.

Un mouvement, et les yeux du Félin font un rapide passage sur la main que le balafré pose contre l'avant-bras d'Arrluk puis remontent sur la charrette.

"Dis-moi qu'c'est pas eux."

"Eh ben. Qu'c'est pas eux.", lance jovialement le Tigreau.

Le balafré grommelle et emboîte le pas à l'humain pâle qui s'avance sans peur, levant la main et l'agitant vivement. Immédiatement, cinq paires d'yeux se tournent vers eux. Si le déguisé est surpris, rien dans sa gestuelle ne le laisse deviner. Par contre, lorsque les deux humains corrigés par le garzok pouffent en regardant la tenue bariolée, le poing de l'homme se serre sur la laisse, la raidissant et donnant un à-coup que Huyïn suit en abaissant légèrement la tête. Il campe son rôle d'animal docile, se tenant tranquille et toujours en retrait du faux dresseur. Arrluk désigne son voisin du pouce, le présentant comme le client indiqué. L'humain en beige fait quelques pas vers eux, comme curieux d'examiner le saltimbanque de plus près. Avec une rapidité surprenante, la main brunie a agrippé le bord du masque et l'a arraché, envoyant la coiffe à plume au sol dans le même geste. Même si le tigreau humain parvient à attraper l'avant-bras du voleur avant qu'il bondisse en arrière, le visage du balafré est visible.

Le Tigre redresse les oreilles au soudain silence tombant sur le groupe. Sa longue queue féline a un mouvement saccadé quand la peau-verte finit par annoncer qu'il y a eu un petit changement depuis leur dernière rencontre. Il s'empare de ses lames de jet et les cogne trois fois de suite l'une sur l'autre. Les yeux vert-grisé du Woran se posent sur des individus jusque-là immobiles ou occupés dans leur coin, et se rapprochant subitement du groupe. Ils pourraient n'être que des passants se dirigeant vers la grande porte, mais la réaction à ce qui ne peut être qu'un signal et l'éclat d'une lame dégainée au petit jour laisse penser que non. La façon prédatrice dont ils s'avancent, l'attention rivée sur le tigreau humain et le déguisé, n'aide pas à les ignorer. Quand Huyïn rive son regard sur l'un des faciès verdâtres, celui-ci marque une hésitation. Les yeux fixes du Félin ne clignent pas alors qu'il lit le moindre tressaillement sur le visage à crocs. Sur le côté, la voix du garzok se fait de nouveau entendre.

"C'n'est pas contre toi, gamin. Les affaires.", annonce le garzok posément.

"T'étais pauvre au point de vendre la mèche ?", répond Arrluk en portant la main à son flanc.

"Gagner une bonne petite somme juste pour signaler qu'ton gars est là ? Faudrait vraiment être con pour cracher d'ssus."

Malgré ses paroles, le garzok ne donne pas l'impression de vouloir se battre. Au son qui suit, Huyïn devine qu'il vient même de s'adosser contre la charrette. Le Tigre ne quitte pas l'individu à crocs qu'il a sous les yeux, lisant une certaine confusion dans son attitude. Il se ressaisit rapidement et se rapproche à grandes enjambées, tout en essayant de contourner le Woran.

"Dis à ton client d'protéger ses jambes. Voyager avec des éclopés, ça m'gonfle.", ajoute l'orc avec nonchalance.

Arrluk laisse échapper un rire mauvais.

"T'as entendu l'grand monsieur ?"

Un grondement agacé est la seule réponse audible.



-- >

Répondre

Retourner vers « Pohelis »