L'Auberge du Pied Levé

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Yuimen
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L'Auberge du Pied Levé

Message par Yuimen » ven. 5 janv. 2018 10:42

L'auberge du Pied Levé

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L'auberge est le lieu où tout le monde se rend dès son arrivée en ville et qui permet pour quelques bières consommées, un bon repas, ou avec un bon pourboire, d’avoir presque n’importe quelle information. Talic, le gérant, est toujours d’humeur heureuse et n’hésite pas à rendre un quelconque service.

Son établissement est en fait bien plus que ça : hormis vendre des bières et donner des informations ou autres histoires, ses domestiques s’occupent aussi des chevaux et autres animaux des voyageurs durant leurs séjours dans les chambres de l’hôtel.

L’ambiance dans l'auberge est tout le temps à son paroxysme, lorsque ce ne sont pas les musiciens et les danseuses qui mettent de l’animation, ce sont alors les jeux de hasard, les paris et les bagarres qui s’en chargent.

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TGM
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Re: L'Auberge du Pied Levé

Message par TGM » sam. 4 mai 2019 17:11

-----E-----


Après avoir semé la milice en traversant quelques pâtés de maisons par les ruelles de traverse, je croise un groupe de marins se dirigeant, d'après ce que j'ai compris, à l'auberge du pied levé. N'ayant nulle part où aller, je décide de les suivre discrètement. Après de courtes minutes de marche, j'entre à leur suite dans un bâtiment d'allure extérieure modeste. En entrant, je vois, derrière son comptoir, le tavernier saluer nos arrivées successives de grands gestes chaleureux. Il semble également inviter les nouveaux arrivants à venir commander au bar, mais le son de sa voix ne parvient pas à traversé la musique du petit orchestre et les clameurs des badauds acclamant les danseuses sur la petite scène. Si les marins rejoignent le bar, je m'arrête en route pour me joindre à une table de joueurs de dés.

Je réfléchis un instant sur le choix de mes dés, lorsqu'ils me proposent naturellement de participer. À première vue, ils n'ont pas l'air ivres mort et je ne sais pas combien de temps je vais jouer, exténué d'avoir surveillé le navire toute la nuit. Je décide donc de ne pas utiliser la tactique de Tatch consistant à changer de dés en milieu de partie. Pour autant, je suis seul dans une ville inconnue, les dés noirs m'assurant une victoire quasi-permanente risqueraient de me causer beaucoup de problèmes, choses qui serait fâcheuse juste avant la mission de Belmont. Je choisis donc d'utiliser deux dés noirs et un dé blanc, afin d'avoir des bons scores, mais sans gagner à chaque fois. Le dé blanc et ses résultats minables me servent aussi à ne pas trop attirer l'attention sur les autres, tant ses lancés sont aux antipodes des deux noirs. Après quelques parties, le tavernier s'approche pour me proposer à boire et à manger. Il s'interrompt cependant en voyant mon visage boursouflé par les coups et me demanda s'il doit appeler un médecin. Bien que ma face soit encore douloureuse, je lui réponds qu'une outre d'eau fraîche à appliquer suffira. Je commande également, sur ses conseils, une pinte de rougette, une bière aux fruits et sucrée que je trouve particulièrement délicieuse, et une assiette de demoiselles drapées, que je découvrirai être des crevettes braisées dans du thym.

À la mi-journée, mes profits de jeux me permettent de me payer une chambre pour la nuit et de commander un dernier repas, en plus de régler le premier. Je quitte alors mes camarades de jeux, qui n'ont rien vu de mes dés truqués et commande au brave Talic, le gérant, un plat d'urikan et un bol de sucrine en lui rendant l'outre d'eau à présent à température ambiante. Je vois rapidement arriver devant moi un plat de viande en sauce, le premier à ne pas être un morceau rance baignant dans son sang. Me voyant presque me bâfrer, l'aubergiste me tend alors une miche de pain dont je me sers pour lui rendre le plat aussi propre que s'il n'avait pas été utilisé. Si la viande m'a plu, ce n'est rien à côté de la sucrette qui me sert de dessert. Il semble s'agir d'un jus ou d'un coulis de fruits divers et variés, stimulant les papilles bien au-delà de tout ce que l'on peut trouver à Omyre. Repus après ce repas riche en découvertes gustatives, je commande une chambre et règle ma note. Bien que l'après-midi ne fasse que commencer, la fatigue m'emporte rapidement dans la chambre à la décoration sommaire et me plonge dans un long soleil qui durera jusqu'au matin. Quand l'aube arrive enfin, me réveillant à travers les carreaux, je m'habille rapidement et file rejoindre mon employeur devant chez lui.

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Guasina
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Re: L'Auberge du Pied Levé

Message par Guasina » jeu. 16 mai 2019 03:45

Pénétrer dans l'auberge

Visiblement déçu de nos réponses respectives, ce fut le dos tourné que le maître de maison nous donna congé. La corvée de nous reconduire à la porte d’entrée incomba donc à la servante, une jeune et jolie femme aux cheveux d’ébène.

En traversant ces riches corridors, je perçus un gargouillement bien caractéristique de mon estomac, ce qui me rappela notre destination prévue tout juste avant de répondre à l’annonce placardée sur un mur : l’auberge du pied levé.

Tout en trottinant à la suite de l’employée de la maison, je jetai un coup d’œil à cet homme qui m’accompagnait. Nos différences physiques étaient plus que notables, mais son aura respirait la sérénité et m’inspirait confiance. Et puis, notre vision de la vie, nos valeurs semblaient s’accorder suffisamment pour qu’on puisse faire un petit bout de chemin ensemble. Mais pour le moment, ma priorité était de satisfaire ma faim. Je n’avais aucune idée de ce que je ferais par la suite.

Sitôt sortie de la maison, je levai les yeux vers le ciel à la recherche de mon canard. Il m’aperçut le premier et fut à mes côtés avant même que je n’eus le temps de l’appeler. Je lui caressai alors les plumes à la base de son cou comme il aime tant, puis je grimpai sur son dos avec précaution. Je fis alors un grand sourire à Jager pour lui signifier que j’étais prête et nous prîmes le chemin vers l’auberge du pied levé.

Les rues étaient bien achalandées en ce milieu de journée et je fus bien contente de ne pas avoir à parcourir à pied la distance qui me séparait de l’auberge. Pataud, pour sa part, marchait sans peine aux côtés du grand homme, tout en laissant échapper de temps à autre quelques petits caquetages.

Une fois devant la façade de l’établissement, je m’arrêtai et Jager fit de même. Il n’était pas question que Pataud me suive dans l’auberge, je ne voulais pas prendre le risque d’aiguiser l’appétit d’un client affamé qui réclamerait ensuite du canard rôti. Je descendis donc prestement de ma monture, permettant à Pataud de se trouver une place de choix sur le toit.

Des bruits de foules nous parvenaient de l’auberge lorsque la porte s’ouvrait afin de permettre à des clients d’y pénétrer et à d’autres d’y sortir. Il n’y avait pas de doute, l’endroit était bondé de gens…, plus particulièrement des géants, et je craignais y entrer et me faire piétiner. Hésitante, je fis part de mes craintes à mon nouveau compagnon :

« Il y a foule dans cette auberge, je risque de me faire écraser. »

Sans hésiter, Jager proposa de prendre les devants afin de m’ouvrir la voie. De mon côté, j’hésitais, tout en penchant ma tête de côté, je l’examinais. Il aurait été plus simple qu’il me tende la main, afin que j’y grimpe pour ensuite m’installer sur son épaule. C’était en fait ce que mes compagnons des aventures antérieures m’avaient offert à la première occasion. Ce ne fut pas le cas pour Jager et je n’osais pas lui en faire la demande. Je comprenais qu’il pouvait être désagréable de laisser un inconnu, tel un parasite, escalader son corps de géant. De son côté, il craignait peut-être que je prenne d'un mauvais œil cette proposition. Après réflexion, j’acceptai son offre tout en émettant une légère réticence.

«Ça pourrait être une idée... si vos talons ne me heurtent pas...»

Il me promit de faire attention et je lui offris mon sourire comme réponse. Il ouvrit donc la voie comme il me l’avait proposé, et je le suivis de près sans toutefois me river le nez contre ses talons.
Modifié en dernier par Guasina le jeu. 9 janv. 2020 04:30, modifié 2 fois.

Jager
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Re: L'Auberge du Pied Levé

Message par Jager » dim. 16 juin 2019 22:35

Nous avons été congédiés. Un truc poli. Pas de coups de pieds au cul, pas de brutes pour pousser dans le dos, ni de menaces voilées. Pas cordial, peut-être un poil déçu, le gaillard. Tant pis. La servante nous raccompagne, galerie de personnages dans le sens inverse, et quand elle referme la porte derrière nous, j’ai l’impression qu’un tombeau vient de se clore dans mon dos. Pas fâché de retrouver la rue, ça sent la vie, ça pue aussi, au pire un fumet de cadavre tout ce qu’il y a de plus pourrissant, pas de choses venues des profondeurs pour croquer un bout de pied, voire pire… Alors maintenant, il faut retrouver une trace à suivre. Je ne me vois pas piétiner dans la ville, pas fait pour moi, pas de quoi exercer mon art, ce que je connais de mieux. Au moins j’ai fait une rencontre de hasard qui me semble de bonne augure.

D’ailleurs, la lutine Guasina ne tarde pas à retrouver la monture qui a occasionné notre rencontre. Un bon canard, en d’autres circonstances il aurait pu faire un repas, mais là il semble surtout offrir un confort de déplacement autant qu’une compagnie. Pratique pour les gens de petite taille. N’empêche, il doit y avoir tout un tas de montures dont ils pourraient profiter… Un gros chien, c’est déjà une sacrée bête de sa hauteur… Qu’est-ce que moi je devrais chevaucher pour avoir la même sensation ? Regarder le monde d’un peu plus haut ? Probablement une bête capable de m’écraser, ou de me manger… Bah, comme quoi rien ne vaut mes gibolles, à ma mesure de la terre que je foule.

Bizarre, de me balader avec un canard qui se dandine à mes côtés.
Nous ne nous sommes pas attiré d’ennuis pour autant. Au final, je suis bien content de voir se profiler l’enseigne de l’auberge au détour d’une rue. L’air de la ville, ça creuse aussi bien que l’air de la campagne.

Le canard est libéré par la lutine, il s’envole vers le toit, hors de portée d’un matou particulièrement affamé ou d’un autre carnivore, humanoïde compris. Guasina observe un peu les allées et venues dans l’auberge, et fait une remarque sur le risque que représente pour elle une clientèle nombreuse, d’autant qu’à mon avis ladite clientèle doit être légèrement avinée. Assez pour bousculer sérieusement ce qui se trouve au niveau de leurs pieds. Je propose d’ouvrir la voie, et répond à sa remarque sur mes talons que je ferai en sorte de veiller à ne pas la heurter.

Ca sent la viande chaude, la sueur, l’alcool et un peu la pisse. Le sol est jonché, à la fin de la journée il n’y aura plus qu’à repousser tout ça sur le seuil, charger la charrette, préparer à nouveau la couche protectrice. Il y a dans un coin encore des tables libres : je me dirige vers celle qui me semble la mieux localisée, qui me permettra de jeter un coup d’oeil à la salle et de ne pas avoir grand monde dans mon dos.

Une fois attablé, je laisse la lutine s’installer à sa convenance. L’escabeau n’est guère trop haut de toute manière. L’établissement recrute des femmes dégourdies : pas besoin de crier, d’agiter les bras, pour se faire servir. Une femme au pas sûr nous a repéré dès notre arrivée et une fois son plateau réparti auprès de divers consommateurs, les pièces empochées, elle se dirige vers nous pour s’enquérir de nos besoins. Après nous avoir résumé l’ensemble de ce que les cuisines et les tonneaux contiennent pour nous restaurer et nous désaltérer, nullement démontée par la présence de la lutine, elle lui demande son nom. La réponse semble lui convenir, car elle explique connaître la famille Roquin de Tuile Aux Rimes, pour des raisons commerciales principalement. Voilà qui pique ma curiosité. Des villages lutins, c’est tout à fait cohérent. Je les imagine bien proches des forêts, dans un environnement riche de ressources, de cachettes.

« Et où vous croyez qu’y pourrait y avoir d’autres villages lutins ? J’ai entendu qu’à Yarthiss y’a de beaux bois. Pourrait s’en croiser par là bas ? »

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Guasina
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Re: L'Auberge du Pied Levé

Message par Guasina » lun. 24 juin 2019 22:43

Un repas agréable


Faisant confiance au géant qui me précédait, je le suivis à la trace, tout en prenant soin de laisser une distance sécuritaire entre ses talons et mon visage. Je ne savais où il avait choisi de prendre place, mais je constatai avec une certaine nervosité que nous traversions de long en large la grande salle. À deux reprises, je dus faire un petit saut de côté, afin d’éviter d’être aspergé par un jet de bière provenant d’une chope trop pleine qui se balançait au rythme de la chanson du client relativement amoché qui la tenait plus ou moins fermement entre ses mains. Par contre, dans ce brouhaha, personne ne porta attention à ce qui se passait à la hauteur de leurs pieds. S’ils ne pouvaient manquer la présence de Jager dont le visage était marqué d’une empreinte de main noire, je passai, à mon grand soulagement, tout à fait inaperçue. Ce fut devant une table près d’un mur que Jager s’arrêta. Sans perdre une seconde, il choisit de prendre place sur la chaise dont le dossier s’appuyait contre le mur, protégeant ainsi ses arrières. Pour ma part, je me hissai à un barreau horizontal de la chaise, pour ensuite me hisser sur le siège. La suite fut plus facile. Il me suffit de prendre un petit élan et de sauter pour atterrir tout en roulant sur la table.

Les places se remplissaient au fur et à mesure qu’elles se vidaient. Les serveuses, expérimentées, se faufilaient d’une table à l’autre, prenant les commandes, servant un client d’une main tout en desservant un autre de l’autre main. Ce fut une femme rondelette dans la quarantaine avancée qui s’approcha de nous. Calepin à la main, elle nous sourit gentiment, cachant du mieux qu’elle put la brève surprise que causa ma présence. Une fois qu’elle nous eut récité et vanté les plats principaux ainsi que les breuvages offerts dans son établissement, elle se tourna vers moi, me demandant mon nom, justifiant sa curiosité par sa connaissance de quelques familles lutines provenant d’un petit village non loin de Tulorim.

« Je me nomme Guasina Roquin, et j’ai effectivement des cousins habitant Tuiles aux rimes. »

Elle s’arrêta un petit moment, ses yeux orientés vers le haut, signe qu’elle réfléchissait.

« Roquin,… oui, je connais bien Antonio, il est propriétaire d’une auberge à Tuiles aux rimes, serait-il l’un de vos parents ? ... Mais je connais surtout la famille Charette à qui nous achetons leur cueillette de fruits. »

Tout en lui offrant mon plus beau sourire, je répondis à son interrogation.

« Antonio est bien mon oncle, le frère de mon père. Pour ce qui est de la famille Charette, je ne les connais que de nom. Mon oncle nous a parlé d’eux lors de sa dernière visite chez nous. »

La serveuse, se présentant comme étant Agathe, prit nos commandes et repartit vers les cuisines promettant de me rapporter des couverts à ma taille.
Ma brève conversation avec l’employée de l’auberge sembla avoir attisé la curiosité de Jager qui s’enquit de la présence des lutins dans la région de Yarthiss. Comme tous les autres gens de grandes tailles, il n’était pas conscient de l’étendue de notre race sur Yuimen tout entier.

« Il y a d’autres villages lutins, oui assurément. Il est fort probable pour Yarthiss. Nous sommes beaucoup plus nombreux que vous pouvez vous imaginer. Certains d’entre nous sont très sédentaires, alors que d’autres préfèrent voyager. Mon oncle, l’aubergiste, nous a rendu visite à quelques reprises, mais c'est surtout au moyen de lettres envoyées par les oiseaux que nous communiquons entre nous. »

Jager me confia alors qu’il avait prévu se rendre à Yarthiss. Il espérait y gagner quelques yus en offrant ses services pour effectuer de menus travaux et il aimerait bien voyager en ma compagnie. Sa proposition me fit plaisir et j’allais lui répondre lorsque nos commandes arrivèrent. Discrète, Agathe disposa un mini gobelet et un bol à soupe, tous les deux inversés, faisant respectivement office de banc et de table, nous distribua boisson et nourriture puis s’en alla sans dire un mot. Je pris une gorgée du délectable jus de baies sauvages avant de lui faire part de mes réticences à l’accompagner.

« J'aimerais bien me rendre à Yarthis pour rencontrer d'autres lutins, et votre compagnie me serait agréable, ça, c'est certain. »

Je m’arrêtai là, cherchant mes mots. Je voulais lui expliquer mes craintes sans pour autant l’offenser.

« Par contre, je pense que notre différence de taille sera un souci... Sur de courtes distances, je peux monter sur Pataud et il peut marcher à vos côtés. Mais sur de longues distances, il préférera voler... et mes petites jambes ne me permettront pas de vous suivre, je serais obligée de toujours courir et je ne pourrai maintenir ce rythme très longtemps. »

Jager sembla comprendre les raisons de mon hésitation à l’accompagner et il proposa de faire le trajet dans des charrettes en compagnie de marchands, précisant qu’il pourrait payer son passage en s’occupant des bestiaux de la caravane. Je fronçai alors les sourcils. Non pas que son idée me déplaise, mais simplement parce que je me demandais comment moi je pourrais être utile. Il était hors de question que je ne fasse pas ma part.

« C'est une bonne idée, je n'y avais pas pensé. Par contre, moi, je ne sais pas comment je pourrais payer mon passage...Quoique je pourrais voler à dos de Pataud, et ainsi servir d'éclaireur pour prévenir d'éventuels bandits, et me reposer de temps à autre dans une charrette...Hum…en fait, je ne sais pas trop... Vous comptiez partir aujourd'hui ?»

Je profitai du moment de réflexion de mon vis-à-vis pour prendre quelques bouchées de la délicieuse baie rouge déposée sur ma table improvisée. Tout en se grattant la barbe, il me donna son avis. Vu ma petite taille, il pensait que les marchands ne seraient pas exigeants et me laisseraient voyager gratuitement. Par contre, ma proposition de faire l’éclaireur semblait lui plaire. Il pensait que ça pourrait être bien vu par les marchands. N’aimant pas beaucoup la ville, il pensait partir dès qu’une bonne occasion se présenterait.

« Il est vrai que je ne suis pas encombrante, je peux prendre place sur la tête d'un cheval, ce qui me convient bien, ou sur les épaules d'un humain, c'est pratique pour faire la conversation si l'humain accepte une telle intrusion... par contre, les gens de grandes tailles, que certains lutins appellent les géants, ont tendance à sous-estimer nos capacités. »

Je m’arrêtai un moment regardant attentivement cet homme à l’aspect particulier. Je me sentais bien à ses côtés et l’aura qu’il dégageait m’était agréable. Je pris donc ma décision et lui annonçai :

« Je partirai donc avec vous. Et pour le sérieux des caravanes, je possède en quelque sorte un don me permettant de sonder la bienveillance des gens. »

Je prononçai cette dernière phrase avec une certaine gêne. Sentant mes pommettes s’empourprer je baissai les yeux, ce n'était pas dans mes habitudes de mettre en avant mes talents. Je me sentais à l’aise avec Jager et je pensais qu’il comprendrait qu’il ne s’agissait point de vantardise de ma part.

À ma grande satisfaction, il m’affirma qu’il ne voyait pas d’objection à me prêter le confort de ses épaules lorsqu’il en sera le temps. En fait, il n’osait pas me le proposer de peur de m’offenser. Notant la rougeur de mes joues, il m’assura que j’avais bien fait de lui parler de mon talent pour cerner les gens. Je me redressai alors la tête et tout en lui souriant de mes yeux espiègles, je levai mon verre dans sa direction :

« Marché conclu alors. Nous ferons un petit bout de chemin ensemble. »

Il leva le sien également, une entente était convenue, je partais pour Yarthiss avec cet homme récemment rencontré.
Modifié en dernier par Guasina le jeu. 9 janv. 2020 04:48, modifié 3 fois.

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Re: L'Auberge du Pied Levé

Message par Jager » sam. 21 déc. 2019 23:38

L’hypothèse que je venais de soulever concernant les lutins et une potentielle destination fait mouche. C’est une bonne idée, après tout, de rencontrer d’autres individus d’une autre race que la sienne. Le commerce avec les humains ne m’a pas toujours valu de bons souvenirs, tandis qu’avec les sinaris, tout est allé pour le mieux. Honte à qui méprise les gens de petite taille sur ce seul critère…

La serveuse se mêle à son tour à la conversation, précisant qu’elle connaissait des lutins et s’enquiert de la parentèle de Guasina. Toujours bon à savoir qu’ici les lutins ont bonne réputation chez certains, et elle ne nous a pas mis en garde. Tant mieux… tant mieux…

Passée la discussion avec la serveuse, la lutine m’apporte quelques précisions sur ceux de sa race, et les raisons pour lesquelles nous pourrions en trouver à Yarthiss. Nous autres humains, ne connaîtrions pas si bien leur population. C’est fort possible, et c’est tant mieux pour eux. Elle m’apprend également qu’ils communiquent par des lettres portées par les oiseaux. Je n’aurais pas imaginé cela de leur part… Et pourtant, des humains s’envoient des messages par la même voie des airs ! Je ne suis pas épargné par les préjugés, comme quoi… Un voyage en bonne compagnie me permettra peut-être de les dissiper.

Alors que j’indique à Guasina ma volonté de me rendre à Yarthiss pour gagner ma vie comme bûcheron, et lui propose de faire route avec moi, la serveuse apporte de la vaisselle à la lutine, pour un usage drôle mais bien pensé : un petit gobelet pour tabouret, un bol de soupe renversé pour table, et des couverts à sa mesure. Je suis servi également, le tout sent bon, et après la tambouille sommaire du voyage en bateau, de la viande fraîche et quelques légumes dans un ragoût me semble le comble du bonheur pour les narines, et j’imagine aussi pour la langue. Voyant qu’elle s’apprête à prendre la parole, je m’empresse d’ingurgiter une bouchée, pour éventuellement pouvoir lui répondre plus tard sans passer pour un gars grossier.

Elle soulève une question de taille pendant que je savoure mon plat. Difficile pour elle de toujours suivre mes enjambées, le rythme d’une caravane marchande, sur une longue distance. Comme je le lui indique, tout cela ne devrait pas poser de problème, elle ne prendra guère de place dans une charrette, si l’argent est un problème, je peux de toute façon me rendre utile à la caravane, soit en soignant quelques bestiaux, en allant ramasser du bois ou tout simplement en défendant ce qui peut l’être contre tous les dangers qui guettent un convoi marchand… enfin tous les dangers qui ne me dépassent pas.

Elle ne manque pas d’idée non plus pour servir, et propose de faire sa part. Voler à dos de canard pour repérer les dangers ! Ah quelle belle idée ! Quel avantage ! J’imagine déjà le chef de caravane, s’il n’est pas trop stupide, se réjouir. Voir plus haut, éviter les plis du terrain, voir plus loin aussi… Un atout précieux, compte tenu de la place qu’elle prendrait en plus, personne ne la ferait payer. Ma réponse à sa dernière question, quand partir, est simple, et je préfère jouer la franchise en lui confiant que je ne suis pas à l’aise dans les villes, que le plus tôt sera le mieux. J’espère qu’elle ne m’en tiendra pas rigueur, qu’elle ne voudra pas s’attarder : même si un bon lit et un bon repas me conviennent toujours, je pense que plus d’une journée à traîner les ruelles commencerait à sérieusement entamer mon moral.

La suite des propos de la lutine me donnent quelques indices et l’idée d’une proposition que je n’aurais pas osé lui faire. Elle m’explique que parfois elle voyage sur des épaules d’humain. Les miennes seraient bien assez large, sans compter mon paquetage, pour la porter, et même son canard avec, s’il ne se soulage pas sur mon sac. Mais lui proposer, je n’aurais pas osé. Eh quoi, ce n’est pas parce qu’on est petit qu’on manque de ressource et qu’on n’a pas sa fierté. De plus, elle me dit avoir un bon sens pour sonder les gens, et trouver une bonne caravane. Nous ne serons pas trop de deux pour repérer d’éventuels marchands malhonnêtes qui voudraient nous exploiter, nous voyant seuls et débarqués d’on ne sait où.

En trinquant, nous scellons donc cet accord, et le projet commun de prendre la route vers Yarthiss.

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Guasina
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Re: L'Auberge du Pied Levé

Message par Guasina » lun. 6 janv. 2020 00:58

La suite du repas se passa en silence… enfin, un silence relatif, puisque si aucun de nous ne parlait, l’ambiance de l’auberge s’avérait plutôt animée et bruyante. Les uns riaient, les autres chantaient et certains même se menaçaient. Et dans tout ce brouhaha, les serveuses se faufilaient habilement avec leur cabaret chargé de victuailles, de chopes de bières et de couvert vides à rapporter à la cuisine.

Nous avions conclu un marché et il n’était plus nécessaire de parler davantage. Bien à l’aise dans ce mutisme, je dégustais mes quelques baies tout en jetant de temps en temps un petit coup d’œil satisfait à mon vis-à-vis qui en faisait autant. Aucun de nous deux ne semblait indisposé par cette absence de conversation. Ce « silence relatif » ne nous pesait aucunement, je ne ressentais pas la nécessité de meubler ces temps morts et il semblait partager ce sentiment. Cette fin de repas me persuada que j’avais pris la bonne décision, cet homme, apparemment solitaire, respecterait mes désirs d’intimité et de recueillement et j’en ferais tout autant.

Alors que je venais de terminer de manger ma dernière baie. Un petit son de clochette retentissant dans mon dos m’alerta. Instinctivement, je me retournai aussitôt, pour remarquer un sournois chat tigré à moins d’un mètre de moi qui m’observait attentivement de ses yeux verts perçants tel un prédateur envers sa proie. Heureusement pour moi, ce petit bijou, qui ornait son cou, l’avait trahi dans sa manœuvre qui s’était voulue silencieuse. Alors qu’il ne cessait de me fixer, mon attention se porta sur son cou orné d’un ravissant collier rouge ornée d’une fine fourrure blanche et munie d’une clochette salvatrice. Sans me perdre du regard, le félin rapprocha ses pattes de devant vers celle de l’arrière, il descendit l’avant de son corps, comme s’il amorçait un ressort pour le relâcher par la suite. Il n’y avait aucun doute possible, il s’apprêtait à effectuer un spectaculaire saut, propre aux félins, afin de me rejoindre sur la table. De mon côté, j’avais récupéré mon arc d’ombre de la main droite et tendu la corde de la gauche et une flèche s’était automatiquement matérialisée. Mes jambes bien campées sur la table de bois, mes pieds positionnés parallèlement à ma cible et écartés d’une largeur d’épaules, la corde de mon arc tendue et ramenée à mon visage à la hauteur de ma bouche, le dos droit de manière à ce qu’il forme un "T" avec mes bras et mes épaules, j’étais prête. Contrôlant ma respiration, j’attendis de voir surgir l’animal en chasse avant de libérer ma flèche qui se voulait meurtrière.

Une voix grave se fit alors entendre :

« Par ici Minet. »

Attiré par l’odeur de viande, sûrement plus que par l’ordre de son propriétaire, ce Minet affublé des pattes gauches entièrement blanches se détourna de moi, pour sauter sur la chaise située à la droite de son propriétaire. De ce dernier, je ne percevais que le dos. Il s’agissait d’un homme de stature moyenne, portant des cheveux bruns très courts, laissant paraître une légère cicatrice sur l’arrière de son crâne. Il ne s’était pas retourné, se contentant de tendre son bras droit et d’agiter légèrement sa main afin de faire ressortir les effluves alléchants de morceau de viande rosé. Le chat appâté suivit des yeux la main de son humain, puis sans prévenir, il s’élança agilement et attrapa sa pitance convoitée. Avec précaution, je détendis ma corde et descendis mon arc, le prédateur avait trouvé autre chose à se mettre sous la dent, j’étais sauve. Tout en replaçant mon arc en bandoulière, je formulais un timide merci à l’attention de l’homme qui pour toute réponse se contenta d’un grognement, suivi d’un geste de la main qui signifiait qu’il acceptait mon remerciement. Je restai debout à regarder Minet terminer son repas et faire sa toilette. Mon aversion pour les chats était bien réelle et irréversible. Néanmoins, il ne s’agissait aucunement de haine de ma part, mais plutôt une crainte fortement légitime en tant que proie éventuelle. Si ce n’avait été de ma taille, j’aurais sûrement admiré ce félidé agile, souple et intelligent. Et qui sait, j’en aurais peut-être même un comme compagnon. Mais telle n’était pas ma situation, et je devrais continuellement me méfier de ce prédateur en puissance. Ce fut la voix de son maître qui me sortit de mes réflexions.

« Patience Minet, je te débarrasse de ça dès la fin de mon repas. »


Son Minet tentait en effet de ses petites pattes poilues de se débarrasser de ce collier qui semblait ne pas lui plaire pour plusieurs raisons dont une que je devinais aisément.

Lorsque je portai de nouveau mon attention sur mon compagnon, je constatai qu’il avait lui aussi terminé son repas et qu’il avait hélé la serveuse. Une fois cette dernière à notre hauteur, je payai mon dû en yus et nous sortîmes de l’établissement, non sans avoir jeté un œil sur Minet et m’assurer qu’il ne me suivait pas à la trace.

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