XI 25 Une magie, mille chemins.
XI 26 Un nuage de mauvais augure.
« … Depuis tout à l’heure, j’ai les cires dans mes oreilles, mais votre voix m’est parfaitement distincte. Comment faites-vous ? »
J’ai été intrigué par ce fameux marchand qui répond au nom de Rosenfiel. Un riche homme possédant un navire. Cependant, c’est bien la maîtrise magique de notre nouvelle alliée qui attise davantage ma curiosité.
Elle explique simplement, sans passer par la complexité de la transmission sonore dans l’air, qu’elle guide la voix portée par le vent et rend celui-ci plus précis. Elle prétexte qu’autrefois les individus avaient du mal à l’écouter, sans préciser en revanche si ce problème de communication était dû à une intention de ses interlocuteurs. Elle a après tout quitté les siens.
Fière de son affiliation naturelle avec l’élément de l’air, elle use de sa maîtrise pour laisser s’écouler un filet d’eau de sa gourde, le transformant en nuage brumeux qui s’en va rafraîchir Elladhen, avant qu’il ne vienne à moi. Affublé d’un léger manteau d’eau, le souffle naturel qui nous enlace devient un vent frais qui nous rafraîchit le visage.
« La magie offre toute sorte d’application, quand on s’y attarde suffisamment. »
Sa déclaration résonne en moi comme un écho inaltérable. Alors que je pensais ma maîtrise magique proche de son sommet, la puissance de mes sorts ayant atteint une étape supplémentaire et ma capacité à canaliser les fluides en moi étant arrivée au maximum de ses capacités, je constate que je ne gravissais qu’une colline de difficultés. À son point le plus haut, je contemple une montagne de défis, menant à de nouvelles connaissances et une maîtrise plus affinée et inédite de la magie.
Alors que nous arrivons au terme de notre retour en ville, Merak s’inquiète d’une activité anormale de runes. Un nuage noir semblant lui signaler précisément la menace. Moi qui souhaitais aller au devant de la milice, un léger détour sera nécessaire. Je hoche la tête à son avertissement, alors qu’Elladhen se confie sur une sensation de regard posé sur lui. Des yeux scrutant notre groupe en particulier. Il en vient à m’interroger sur la similarité entre cette impression et la réaction des gens face à un shaakt.
"On nous observe ?" fais-je sans trop d'inquiétude.
"Nous sommes un groupe atypique, c'est presque normal, je dirais comme réaction. Pour un shaakt, c'est principalement de la haine, du mépris et, lorsque la personne est courtoise, la sournoiserie n'est jamais loin."
(Et encore, pour un groupe déjà atypique, il manque mon chien géant pour clôturer le tableau.)
Puis mon regard se porte un bref instant vers Merak avant de revenir sur Elladhen.
"Allons-y. Il vous reste encore un enchantement de vague psychique ?"
Alors que je prends la réaction du jeune elfe pour une fausse intuition, due à ma présence, Merak confie ressentir la même chose. Le visage ferme, elle est sûre d’elle-même et de son ressenti. Deux contre un, je me vois contraint d’aller dans leur sens. On nous épierait. Je tâche cependant de ne pas tourner la tête dans tous les sens. Cela pourrait alerter nos observateurs et le fait qu’ils ignorent que nous les avons à moitié découverts est un avantage que nous devons conserver.
Merak prend la tête du groupe et nous guide jusqu’à la zone des événements qu’elle a sentis. Mes craintes s’accentuent lorsqu’elle pense être certaine que nos admirateurs ne sont affiliés à aucun des principaux groupes qui animent les rues : Milice, pègre, ou le curieux du coin. Reste à savoir qui est cette personne et comment se fait-il que je sois le seul à n’avoir rien senti ?
La main sur le pommeau de mon épée, je ferme la marche du groupe, guettant par moment si quelqu’un nous suit en courant.