Préambule à la Fracture
Nhaundar & Haple
VII
C’est sous le regard vigilant de la bibliothécaire que Haple retourne voir Brando après sa mésaventure avec son échelle. Le jeune homme n’a pas bougé, concentré dans des recherches qui semblent lui tenir à cœur. Lorsque la voix de l’elfe se glisse jusqu’à lui, il relève le nez un bref instant avant de s replonger dans l’écriture d’une phrase qu’il termine d’un point un peu top appuyé qui laisse une petite poche d’encre. Un léger grognement d’irritation lui échappe et il tamponne délicatement le parchemin grâce à un tissu blanc déjà taché d’encre. Une habitude, visiblement. Une fois que l’erreur a été réparé, ou en tout cas allégée, il tourne son regard vers Haple, qu’il détaille de la tête aux pieds. Pas de jugement visible, mais un examen méthodique, comme s’il cherchait à s’assurer de quelque chose.
« Maître Rewen… j’imagine que c’est au sujet des runes ? »
Il lui fait signe de prendre place sur la chaise à sa droite tandis qu’il décale délicatement l’épais grimoire qu’il étudiait, sans le refermer pour autant.
« J’ai déjà dit tout ce que je savais à d’autres, mais j’imagine que vous ne vous êtes pas concertés. Enfin, posez vos questions, je verrai ce que je peux faire pour vous aider. Mais, faites vite, j’ai encore un traité à rédiger sur la volatilité des sorts de feu en milieu humide. »
Un sujet visiblement passionnant…
***
Tandis qu’Haple se bat avec une échelle et essaie d’obtenir des informations utiles d’un étudiant occupé, Nhaundar veut manger. Et si sa présentation ne fait que soulever un sourcil au chef qui l’observe des pieds à la tête en se demandant sans doute ce que cet énergumène croit faire en débarquant dans SA cuisine, au moins son compliment ne reste pas sans effet.
« Ah ! Voilà un homme qui sait apprécier les bonnes choses. Enfin, un elfe. »
Il triture sa moustache, la torsadant entre ses doigts face à la question du shaakt.
« Drôle de question. Quel intérêt de faire de jolies dorures si la graisse ou les éclaboussures les salissent ? Cette aile est réservée à notre travail et on a tout ce qu’il nous faut. Pas la peine de gâcher des décorations, je laisse ça à ceux qui préfère manger leurs parchemins que d’apprécier un bon repas. »
Cela dit, cela éloigne la vraie préoccupation première du cuisinier. La présence de Nhaundar dans ses cuisines.
« Donc t'es là parce que Herbert t'a dit de venir aux cuisines ? Manque pas d’air, celui-là ! Le repas est pas prêt. Au mieux, je peux te préparer un encas à emporter. Pain, poisson séché, fromage et quelques légumes frais. Quant à ton chien, faudra voir au marché, doit bien y avoir des chasseurs qui vendent de la venaison à cette heure. Je fais pas dans la nourriture canine. »
A son ton, facile de deviner qu’il est quelque peu offensé par l’idée. C’est un cuisinier, pas un maître-chien, après tout. [/color]
