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L'Entrée de Mertar

Posté : jeu. 4 janv. 2018 20:18
par Yuimen
L'Entrée de Mertar

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Mertar, la cité Naine, est bâtie sous la montagne et son entrée reste cachée aux voyageurs, il faut exactement savoir où aller pour la trouver. Ou suivre les caravanes de marchandises humaines qui, péniblement, se frayent un chemin afin de ravitailler la ville et d'échanger la nourriture et autres produits contre du minerai de fer, d'argent ou encore de mithril.

Lorsque vous atteindrez la vallée encaissée où se trouvent les Portes, vous serez enfin arrivé au bout de vos peines, après un rude et long voyage. Il y a de la neige au-dessus de Mertar quasiment toute l'année sauf en plein été et, lors d'hivers particulièrement froids, il arrive que la neige s'accumule tellement devant les portes que la cité reste parfois coupée du monde pendant plusieurs mois.

Re: L'Entrée de Mertar

Posté : sam. 27 déc. 2025 17:52
par Arlün
<~
3.

Les quelques gardes postés sur le chemin, de plus en plus nombreux, regardaient passer d’un œil dubitatif le groupe de nains et liykors qui chantaient à tue-tête des chants paillards sous le regard impassible des yachs de Tarim. À vrai dire, Arlün ne se serait pas plaint si les gardes étaient intervenus pour faire revenir le silence. Il s’était complètement pris au jeu, et il était là pour apprendre, apprendre, apprendre, mais au bout de la dixième chanson qui parlait de naine brune ou blonde, et sans jamais pouvoir déterminer s’il s’agissait d’une thorkine ou d’une bière, parce que les paroliers s’étaient tous dit que jouer sur cette ambiguïté était le summum de l’art poétique, Arlün commençait à souffrir de ces airs à flonflons interminables, sans pouvoir avouer que ce n’était pas… son style préféré.

Enfin, il aurait pu, mais est-ce que ce n’était pas risquer un incident diplomatique ? Et puis, il apprenait des choses, comme vous faire rentrer un air dans la tête sans qu’on puisse l’en déloger, une compétence utile auprès de ses amis comme de ses ennemis, sans doute…

Bref, le groupe avait déjà bien diminué de volume et repris les conversations quand ils arrivèrent à Mertar. Personne n’avait prévenu Arlün. Il avait bien compris qu’on s’approchait en voyant les gardes se multiplier discrètement de chaque côté de la route. Mais quand la route bifurqua derrière un rocher pour dévoiler une vallée encaissée et se faire aussitôt avaler par la montagne, Arlün ne put s’empêcher d’être surpris d’être déjà arrivé à destination.

Cachés aux regards extérieurs, dans un renfoncement légèrement creusé, de grands reliefs sculptés se dressaient massivement autour d’une bouche sombre qui rougeoyait d’un feu intérieur, les nombreuses torches y éclairant la descente dans le gosier de la montagne.

Comparée aux sculptures immenses qui l’encadraient, et qui pourraient enseigner à l'élève le plus récalcitrant ce qu’est un angle droit, une surface plane, ou un cercle parfait, l’entrée, elle, paraissait minuscule. Mais en approchant, Arlün comprit que ce n’était qu’un effet de contraste. Tarim les mena vers la droite pour passer les contrôles (les premiers, Arlün comprit vite que ce ne serait pas les derniers), et le fujonien put voir clairement qu’il y avait la place pour aligner plusieurs files de caravane dans les deux sens.



- vingt minutes plus tard, passés l’entrée et les premiers contrôles -


« Wouf, Arrr…..agraw agrawouuuf rawouuuuuuu ! »

Arlün dit au revoir à Raugrin, puis à son maître.

« Ah, désolé, on doit avancer, ce serait compliqué de vous attendre, mais quand vous aurez débloqué la situation, n’hésitez pas à passer à la Taverne de l’Enclume Étincelante, j’essaierai d’y être ce soir et demain soir, en plus vous y trouverez de bons musiciens et de bonnes chambres. Si je n’y suis pas quand vous passerez, demandez chez Lothar Rocheclaire, dans le quartier de l’Écurie, près de la porte Est, c’est le cousin chez qui je vais rester quelques jours. Sinon, retenez de ne pas aller dans la ville basse, c’est pas un endroit où vous voulez aller sans savoir ce que vous faites vraiment… Hmm, et sinon, demandez aux fujoniens, même si c’est tous des miliciens qui dorment à la caserne quand ils ne patrouillent pas à l’extérieur de la ville, ils pourront vous aider, je pense. Bon, on doit y aller, que Valyus vous garde !
- Merci !
- Merci !
- Merci ! »

La caravane s’échappa pour ne pas ralentir le flot de marchandises, et les fujoniens se retournérent en soupirant vers le garde qui commençait à s’impatienter.

« Allez, venez, on va faire porter votre lettre de recommandation, mais comprenez bien, on adore les fujoniens, c’est très bien. Et on accueille même ces f… des humains à Mertar de nos jours, mais pour autre chose que le commerce ? Sans savoir où vous allez dormir, et quand vous repartirez ? Ce n’est pas trop dans nos habitudes. Vous êtes les bienvenus, mais on va vous trouver un endroit où patienter parce qu’il va falloir attendre que tout soit en ordre. »

Re: L'Entrée de Mertar

Posté : lun. 5 janv. 2026 00:18
par Arlün
4.

Le nain les amena dans une petite salle assez étroite avec une sorte de fenêtre barrée qui donnait sur un autre couloir de pierre grise. Ç'aurait pu être une cellule de prison. Enfin, Arlün n'avait pas vraiment de notion précise d'à quoi ressemblait une prison. Il n'y avait pas de lieu expressément à cet effet à Amarok, et il ne savait pas bien comment faisaient les nains de Mertar. Mais il avait une réaction de malaise au fait de se retrouver dans une petite pièce sans lumière naturelle, et sans savoir combien de temps ils allaient devoir attendre là. Malgré ce sentiment d'enfermement, le garde ne les traitait pas tout à fait comme des prisonniers : il alluma deux torches - dont la fumée s'échappait par deux trous au plafond qui menait on ne sait où - pour éclairer davantage la pièce alors que lui-même n'en avait pas besoin, les thorkins voyant très bien dans la pénombre, et s'absenta brièvement pour revenir avec du pain et de l'eau. Enfin, il ne ferma pas la porte en repartant.

Arlün avait d'ailleurs plutôt confiance dans sa lettre de recommandation. C'était Pinga, la grande prêtresse du Père et de la Mère, qui la lui avait écrite. Et puis elle en avait sans doute déjà parlé au général thorkin qui dirigeait l'armée de Stanrock et qu'elle fréquentait assidument. Il n'y aurait donc sans doute pas de complications ? Il ne connaissait pas exactement le contenu de la lettre car lui-même savait à peine lire sa langue natale, la société fujonienne étant basée sur une mémoire encyclopédique mais essentiellement orale, et Pinga avait utilisé la langue des nains de Mertar pour sa rédaction.

Il y avait du bon à vivre dans une communauté un peu petite avec une grande prêtresse qui aimait se mêl... s'intéresser aux affaires de toutes et tous et les aider de son mieux. Il ne lui avait rien demandé, elle ne le connaissait pas d'avant, mais simplement elle n'avait pas tardé à ouïr parler de son projet, à venir lui soutirer tous les détails, puis à en parler à quelques autorités naines qu'elle connaissait bien en la personne d'un général haut-placé.

Bref, Arlün avait confiance. Pendant ce temps, ces compagnons s'étaient délesté de leurs bagages dans un coin de la pièce. Toshki s'était affalé à même le sol et contre le mur et Verna s'était affalée contre Toshki.

– Arf, on est jamais obligés d'attendre comme ça d'habitude.

– Bah d'habitude, on ne vient pas juste visiter pour le plaisir. Enfin, je crois que le garde avait vraiment envie de nous le rappeler une fois par minute... Tu sais où tu veux dormir Arlün ? À mon avis, ils vont te demander une adresse exacte. Au pire, il y a toujours un peu de place dans le baraquement des fujoniens de l'armée thorkine. Il y a aussi une grande cabane un peu à l'extérieur de Mertar qu'on utilise quand on est juste de passage et qu'on n'a pas envie de s'enfermer loin du soleil et du ciel.

– Eh bien, je crois que je vais tenter l'adresse que m'a donnée Tarim, la taverne ? Il a dit qu'il y avait des musiciens. Et il faut que je me lance tout de suite, sinon je ne traînerai qu'avec les autres lyikors et je raterai le but de ma venue. Mais je ne sais pas s'il y aura de la place.

– D'accord, d'accord, répondit Toshki en massant les épaules de Verna, nous, je pense qu'on va aller au baraquement, je ne pense pas qu'on va rester plus de quelques jours mais faudra que tu viennes avec ton archiluth, on fera les présentations.

– Oui ! ... euh... sinon, c'est quoi ce truc qu'il a apporté, la boule brune là ?
demanda Arlün en tâtant du doigt la sorte de caillou élastique.

– C'est du pain ! Ça se mange, c'est fait avec du blé souvent, là c'est du... seigle peut-être, c'est très bon. Enfin, les goûts peuvent être assez différent d'un pain à l'autre mais tous ce que les nains entreprennent, ils le font avec soin, tu verras. Manger du pain pour la première fois... je t'envie. Avec un bout de fromage, tu verrais ! Mais le pain seul c'est bon aussi. Euh... tu peux en rompre un bout avec les mains s'il est pas encore trop dur.

– Comme ça ?

– Moui. Tu m'en passeras un bout ?

Et Arlün de rompre le pain. Quand il vit les miettes s'éparpiller, il fut effrayé d"avoir fait un faux-pas mais Toshki se leva d'un bond pour l'aider à les rassembler et le rassurer, et les fourra dans sa bouche en lui faisant un clin d'œil.

– Verna, tu sais que si on restait cinq jours de plus, on pourrait manger autre chose que des tagnes pendant... cinq jours de plus.

– M'en parle pas, mais on a d'autres choses à faire, désolée.


Arlün contempla le morceau qui se trouvait maintenant dans ses patounes et le renifla de tous les côtés avant de se mettre à le grignoter par tout petits bouts. Puis chaque bouchée doublant la précédente, il engouffra le tout avec extase. Il y avait un goût étonnant, très riche, presque acide au premier abord, puis amer avec comme un goût de noisette, et à force de mastiquer la spongieuse mie, une dernière note sucrée. Mais comme Arlün n'avait pas vraiment ce vocabulaire gustatif, il ne comprenait pas trop ce qu'il se passait, il avait juste l'impression d'être passé à côté de quelque chose toute sa vie jusqu'à cet éternel moment.

Arlün en était encore à analyser cette expérience mystique quand le garde revint en s'exclamant :

– Bonne nouvelle ! Vous allez être ravis ! On va vous faire un permis de séjour d'un mois complet. J'aurai quand même besoin d'une signature ici... et là. Vous avez pas autre chose qu'une croix ? Hmm... oui, c'est mieux, enfin ça ira... et vous comptez résider où ?

– La taverne de l'Enclume Étincelante ? Mais il faut que j'aille sur place pour savoir si ils ont une chambre disponible pour moi.

– Hmm... Bon, écoutez, vous avez vraiment de la chance, je vais envoyer un garde vous escorter. Et si c'est bon pour eux, c'est bon pour moi. Au pire, vous irez dormir avec les fujoniens de la caserne.

– Et... au bout d'un mois, il se passe quoi, le permis pourra être renouvelé ?

– Moui, moui, c'est possible, ça ne dépendra pas de moi.


Et sur ce, Arlün, Verna et Toshki quittèrent le garde-douanier. Puis Verna et Toshki quittèrent Arlün avec la promesse de se donner des nouvelles très vite. Et enfin Arlün se retrouva seul dans la cité inconnue. Enfin pas tout à fait seul, car il avait un guide et une escorte jusqu'à sa prochaine destination, la taverne.
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