Le Conseil de la République d'Ynorie

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Gamemaster9
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Re: Le Conseil de la République d'Ynorie

Message par Gamemaster9 » sam. 30 nov. 2019 13:44

Intervention pour Shirel Benevent.

Les regards des conseillers s’agrandirent distinctement aux nouvelles apportées par Shirel. Le militaire, Shen Muri, frappa de son poing ganté sur la table.

« Bon sang ! Et comment cela se fait-il que nous ne soyons pas déjà au courant ?! »

Le Conseiller Gale, ajustant son monocle d’un air défait, scrutant Shirel avec attention, secoua la tête.

« Hélas, il dit la vérité. Et je crains connaître la réponse à votre question, Instructeur Muri. Même si j’espère me tromper. »

Le milicien se leva aussitôt, prenant les choses en main.

« J’en avise aussitôt nos généraux : il faut qu’une escouade d’éclaireurs aille là-bas pour rendre compte de ce qui s’est passé, et retrouver les éventuels messagers qui nous auraient été envoyés. »

Il regarda Shirel avec un air soupçonneux, puis quitta la salle d’un pas militaire. Le Conseiller Gale reprit la parole pour s’adresser au jeune kendran.

« Dites-moi, jeune homme. Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce que vous avez vu, sur les raisons de votre présence dans un de nos camps avancés ? Nos troupes avaient-elles la moindre chance de vaincre cet ennemi surprise ? »

Il s’éclaircit la gorge, précisant :

« Vous parlez d’un assaut plus important qu’un « simple » raid. Connaissez-vous les raids garzoks, pour ainsi les quantifier ? Et quel nombre placeriez-vous derrière cet assaut… important ? »
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Shirel Benevent
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Re: Le Conseil de la République d'Ynorie

Message par Shirel Benevent » mar. 3 déc. 2019 18:58

Lorsqu'il eut délivré son rapport, Shirel sursauta alors que l'un des conseillers militaires frappait du poing sur la table. Il exprima la rage de n'être pas déjà au courant, et Shirel baissa les yeux, rougissant un peu. Était-ce un reproche qui lui était adressé ? Il avait un peu badiné en route : il s'était arrêté, il avait pris le temps de déjeuner chez les villageois qu'il avait croisés, puis s'était endormi sur le dos du soldat qui l'avait guidé. Le conseiller Varrockien affirma que c'était bien la vérité et Shirel lui adressa un regard quelque peu terrifié. C'était donc lui, celui qui savait déceler les mensonges ? Il frissonna. Il ne fallait pas commettre la moindre erreur. S'ils l'interrogeaient encore, ils se rendraient compte qu'il n'était qu'un lâche, un faible qui n'avait guère sa place au milieu des troupes ynoriennes. Pourtant, son récit, jusqu'alors, était effectivement sincère...

L'autre militaire indiqua qu'il allait aussitôt en informer les généraux ynoriens et envoyer des éclaireurs pour trouver d'éventuels messagers ultérieurs autant que s'aviser de la situation finale de la bataille, bien que celle-ci ne semblât pas faire de doute aux yeux de certains des conseillers. Après tout, Shirel l'avait décrite avec un subjectivisme assez avancé... Juste avant de partir mettre en place ces escouades, l'Ynorien dévisagea néanmoins le jeune homme avec une méfiance non feinte dans son regard rogue.

Il espérait que l'interrogatoire se terminerait ici : les conseillers étaient des gens d'importance et ils ne pouvaient lui accorder davantage d'attention alors qu'un danger sans pareil menaçait leur capitale. Ils devaient à présent partir organiser la défense de la ville et le laisser libre... non ? Ce n'était visiblement pas l'avis du conseiller Gale qui, réajustant son monocle, lui posa quelques questions supplémentaires, naturellement sur les raisons de sa présence dans un tel camp, ainsi que sur les chances de victoire de leur camp. C'était une question assez directe, à laquelle Shirel ne pouvait rien répondre de bien précis : ses connaissances en stratégie étaient issues de contes ou d'histoires romancées qu'il avait dégotées dans la Bibliothèque de Kendra Kâr, aussi étaient-elles dans l'ensemble inapplicables. Il savait qu'un preux chevalier avait l'avantage contre à peu près n'importe quel ennemi et désignait le camp vainqueur dans une bataille, mais il n'avait pas eu la chance d'en croiser la veille. Mais le monocle du conseiller l'apaisait presque : il brillait d'une lumière douce et Shirel, en réfléchissant, cherchait davantage à exprimer sa pensée le plus justement possible qu'à mentir à son interlocuteur - qui, de toute façon, aurait probablement décelé une telle manœuvre.

Mais le conseiller Gale n'en avait pas fini. Il s'enquit sur les connaissances de Shirel en matière de raids Garzoks et sur les forces en présence. Shirel écarquilla les yeux et demanda d'une voix blanche :

« Parce que... lors des raids Garzoks, il y a des créatures, des fauves comme ceux-là ? »

C'était inimaginable. Les Ynoriens avaient déjà bien du courage de se battre contre les terribles Garzoks : mais Shirel croyait entendre le conseiller sous-entendre que ce n'était pas si extraordinaire. En y réfléchissant, il n'avait vu aucun d'entre eux frémir lorsqu'il avait évoqué les bêtes oaxaciennes qui avaient sévi sur le champ de bataille, et il se demandait si c'était parce qu'ils étaient habitués à de tels rapports ou parce qu'ils n'avaient pas saisi l'horreur de la situation. Il avait ramené ses mains devant lui, recroquevillées l'une sur l'autre et s'efforçait de contenir un tremblement, pour garder la face devant ces hauts magistrats de la République.

« Je... je ne sais pas... Vous pensez que c'était un raid... normal ? »

Il baissa les yeux.

« J'ai vu... des dizaines de Garzoks sur notre camp. Il y en avait visiblement également qui s'attaquaient à tous les camps voisins... Puis ils ont sonné la retraite et sont repartis sous le couvert des arbres de la forêt. Je n'ai... je n'ai pas pris le temps d'observer leur fuite pour déterminer leur nombre. »

Il déglutit et chercha immédiatement à se justifier :

« J'essayais de soigner les blessés. »

C'était peut-être sa seule contribution notable à la bataille, aussi avait-il besoin d'en rendre compte, au moins une fois.

« Je viens de Kendra Kâr, comme je vous l'ai dit... Le Temple m'a envoyé à Luminion et, là, j'ai reçu la mission de venir servir comme messager en Ynorie. Ah, tenez... »

Il sortit le vieux papier froissé et tavelé, son ordre de mission, pour le tendre au conseiller Gale. Si ce n'était pas là la preuve qu'il était honnête ! Il observait le Varrockien avec une mine pleine d'espoir, attendant son verdict. Il crut bon de préciser, en attendant :

« Je venais d'arriver dans le camp, le matin même, lorsque l'assaut a eu lieu... Je suis désolé, mais je ne saurais pas trop estimer vos chances de victoire. Il faisait déjà sombre... La défense était bien organisée, pourtant, il y avait cette grande flamme au milieu du camp pour prévenir les voisins... »

Il ne savait pas trop comment continuer. Il n'avait pas vu grand-chose, à vrai dire, et donnait ces quelques éléments de bonne foi, espérant que cela informerait suffisamment ses interlocuteurs, ou qu'ils y trouvent des questions ultérieures à lui poser.

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Gamemaster9
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Re: Le Conseil de la République d'Ynorie

Message par Gamemaster9 » dim. 15 déc. 2019 10:22

Intervention pour Shirel Benevent.


Les trois conseillers restants écoutèrent avec attention le moindre des mots de Shirel. Alors que Gale parcourait le parchemin tendu par le jeune homme, le militaire murmura d’horreur lorsqu’il entendit parler du grand feu…

« Le signal… Rana ait pitié… »

Gale se détourna du parchemin, le rendant à son propriétaire en arborant un air grave.

« Il est fort à parier que vous ayez raison et qu’il ne s’agisse pas d’un simple raid. Ceux-ci peuvent prendre bien des formes, et contenir les plus terribles horreurs des Treize de la déesse noire. Mais là… ça semble plus conséquent. Plus urgent. Le fait que vous soyez seul ici ce jour n’augure rien de bon. »

Il secoua la tête, un peu défait, et poursuivit.

« Nous nous chargeons de prendre le relais, jeune messager. Merci de ces informations cruciales. Nul doute que Luminion dans son haut col sera ravi d’avoir ces informations également. Priez-les, s’il vous plait, de venir à notre secours : nous enverrons un de nos messagers ce jour-même pour Kendra Kâr et une demande officielle d’aide au Roi Solennel IV, mais je crains que tout cela ne soit trop long, aussi appuyez, si vous le voulez, sur l’urgence de notre appel auprès du Duc de Luminion. »

Il tripota un instant sous la table et sortit une bourse qu’il tendit à Shirel.

« Voilà pour votre paiement, messager. Merci de votre célérité. »

La bourse contenait 5 pièces d’argent, 500 yus au total. Shirel, s'il n'avait plus rien à dire, fut aussitôt congédié.


[HJ : yus validés sur la fiche]
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Shirel Benevent
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Re: Le Conseil de la République d'Ynorie

Message par Shirel Benevent » jeu. 2 janv. 2020 18:35

Ce fut lorsqu'il évoqua la grande flamme allumée que les conseillers finirent par donner du crédit à son récit. Le conseiller Gale, ensuite, lui rendit l'ordre de mission de Luminion, tout en constatant que le fait qu'il soit le seul survivant indiquait bien l'urgence de la situation. Shirel sentit le bout de ses joues rosir. Sous-entendait-il qu'ils avaient à faire à un couard ? Il baissa les yeux, rangeant rapidement le papier dans son sac. Mais le conseiller Gale ne s'arrêta pas là : en le congédiant, il lui demanda d'appuyer leurs demandes à Luminion d'envoyer des renforts pour protéger l'Ynorie, craignant que ses propres messagers, qui s'adresseraient notamment au roi lui-même, ne mettent trop longtemps à les convaincre, puis il lui tendit une bourse.

Le jeune homme récupéra la bourse, qu'il trouva d'un poids équivalent à celle qu'il possédait déjà. C'était heureux : cinquante yus de plus, ça lui servirait bien. Il s'inclina devant les conseillers, gauchement certes, mais en essayant de respecter l'usage - il avait lu que c'était la façon avec laquelle les Ynoriens se saluaient et, bien que cela lui semblât très étrange, il n'était pas en mesure de le reprocher aux Conseillers d'Ynorie. Puis il sortit.

Dehors, rien n'avait changé. La nouvelle avait éclaté au sein du palais, mais pas dans les rues, qui restaient animées d'une joie douce, atténuée par la fraîcheur de l'automne qui faisait rentrer les gens chez eux plus tôt. Il ouvrit alors la bourse récupérée en marchant sur les pavés, pour la déposer dans sa propre bourse, et s'aperçut que l'éclat de ces pièces-là était légèrement différent. Des pièces d'argent.

Il s'arrêta net en plein milieu de la rue, les yeux écarquillés. Des pièces d'argent.

Il les mit tranquillement dans sa bourse et reprit sa route, l'air toujours aussi éberlué. Il était devenu riche, d'un seul coup, sur le bon vouloir de la République d'Ynorie. Après tout, ces Conseillers étaient l'équivalent du Roi de Kendra Kâr, songeait-il : il était naturel qu'ils voient une telle somme comme une bagatelle, alors que lui y voyait de longs mois de dur labeur au Temple de Kendra Kâr.

Pourtant, il sentait que cela n'était pas si bon. Tant d'argent, ça attirerait les voleurs et les tire-laines ; tant d'argent, ça attiserait la convoitise de ses camarades au Temple ; tant d'argent, ça risquait de faire naître chez lui une tentation pour l'avarice et la luxure qui déviaient dangereusement de la voie de Gaïa. Il ne savait qu'en penser. C'était une belle récompense, mais il fallait l'employer à une fin honnête. Curieusement, le souvenir des soldats ynoriens qu'il avait abandonnés sur le champ de bataille lui revint en mémoire et il songea que la récompense, si elle était belle, n'en était pas moins sale.

Il avait honte de lui. Pourtant, ses pas continuaient à l'éloigner du siège du Conseil d'Ynorie. S'il avait été courageux, ou même seulement honnête, il serait revenu en arrière, il aurait avoué qu'il avait fui la bataille, qu'il avait eu peur et qu'il avait cédé à la panique... mais il sentait qu'il n'en avait pas la force. C'était un remords qui s'installait, comme un chancre qui se creuse un nid. Il continuait donc sa route, la bourse plus lourde et la conscience aussi.

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