L'Antre des Exclus

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Yuimen
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L'Antre des Exclus

Message par Yuimen » mar. 2 janv. 2018 15:03

L'Antre des Exclus

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A l'est d'Omyre se trouve une forteresse sinistre où résonnent sans répit hurlements, râles, fracas de l'acier sur l'acier ou, bien plus fréquemment, de l'acier sur les chairs. En ce lieu terrible sont formés les combattants d'Oaxaca, un séjour plus ou moins long dans cet antre fera d'eux de véritables machines à tuer prêtes à tout pour servir la ténébreuse déesse. Car ici on n'enseigne pas seulement l'art du combat, on purge l'esprit des recrues de tout doute, de toute peur, de toute croyance autre que celle de l'Impératrice des ombres.

Ses détracteurs vous diront que c'est un camp d'endoctrinement, une antichambre de l'enfer sur Yuimen. Ses adorateurs vous affirmeront qu'il n'est nul lieu plus efficient pour vous apprendre à tuer, torturer, mutiler. Ils évoqueront avec une effroyable passion sanguinaire les multiples adversaires qu'ils ont pu éviscérer dans le cadre de leur formation. Car ici on ne s'entraîne pas avec des quintaines ou des armes mouchetées, mais avec des prisonniers condamnés à mort. Rien ne vaut un véritable combat pour s'exercer, pas vrai?

Le maître incontesté de cette forteresse se nomme Sykarr, un être puissant et mystérieux dont nul hormis Oaxaca ne connaît l'origine. Il se murmure dans le secret des ténèbres qu'il dirige ce lieu depuis la première conquête d'Omyre par Oaxaca voilà près de huit mille ans, certains prétendent aussi que c'est lui qui aurait soumis Caix Imoros à l'époque. Légendes ou vérités, bien malin qui pourrait le dire, mais une chose est certaine: il est si redoutable que même les Treize évitent de le provoquer. Sa loyauté envers Oaxaca est absolue, bien qu'il ne la vénère pas en tant que déesse, personne n'a la moindre idée du lien qui les unit et lui poser la question serait la pire et dernière erreur de votre existence. C'est un être glacial, infiniment cruel et dépourvu de toute pitié, capable d'user de toutes les armes connues et d'une écrasante magie d'obscurité. Son intelligence est immense, il est calculateur et vicieux mais, pour une raison inconnue, ne semble pas intéressé par le pouvoir temporel. Ceci étant, vous aurez très peu de chances de seulement l'apercevoir, il ne partage qu'exceptionnellement ses connaissances et uniquement avec des personnes de très haut niveau.


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Pour le commun des mortels, trois maîtres sont disposés à vous enseigner leurs connaissances, mais n'attendez d'eux ni patience ni amabilité, tous trois ont été recrutés par Sykarr pour leur caractère violent et cruel au moins autant que pour leurs compétences.

Maître Krungr est un Garzok chauve, massif et teigneux âgé de près de deux siècles. Il cause peu, grogne souvent, frappe fort et beaucoup.


Maître Lidy'Naël est une Shaakte fine et souple comme un fouet, aussi vive qu'un serpent à sonnette. Elle possède une très longue chevelure d'un noir de jais soigneusement tressée, gare à cette arme inhabituelle car son extrémité est lestée et elle s'en sert avec une adresse consommée. Son mépris de la gent masculine est extrême, attendez-vous à souffrir si vous êtes un mâle, vous ne sortirez pas indemne d'un entraînement avec elle.



Enfin, Maître Ussud est un Demi-Elfe Sindel/Garzok à la carrure impressionnante et à la peau sombre, mais ce qui retient le plus l'attention chez lui est son regard d'un bleu si pâle qu'il en paraît presque blanc. On le dit capable de fendre en deux une mouche à deux cent pas avec son arc long, mais il est tout aussi bien capable de vous balancer haches de jet, poignards, shurikens et autres objets létaux à la figure sans jamais paraître prendre le temps de viser. C'est un personnage qui prend grand soin de son apparence et qui s'exprime toujours avec la plus ineffable courtoisie, un gentleman en somme. Ce qui ne l'empêchera nullement de vous ficher un projectile au défaut de l'armure si vous avez le malheur de lui tourner le dos.



Fonctionnement :
  • Les CC peuvent être enseignées par un maitre d'armes contre 300 yus OU servir de lieu d'apprentissage naturel.
  • La validation se fait lors de la demande de commentaire (via le SOS-GM).

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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » dim. 16 févr. 2020 18:37

Sombre et sanglant choix

La vue de la sinistre forteresse fait simplement lever un sourcil à Eteslë, mais elle peut entendre la peur émaner de la bouche de ses compagnons de voyage. L'humain semble au bord de l'évanouissement, et même la Garzok regarde l'endroit avec une lueur d'angoisse dans les prunelles. La jeune femme n'a pour ainsi dire jamais entendu parler de cet endroit et son manque de réaction face au nom, ô combien terrible pour les autres, de cet endroit semble désarçonner le conducteur. Son sourire disparaît de son visage et il fixe un instant la jeune femme avant de diriger la charrette droit vers la gueule béante qui mène apparemment à un endroit pire que la mort si Eteslë se fie aux visages blafards et angoissés de ceux qui partagent la charrette qui les y emmène.Le son du fer frappant contre du métal résonne contre les parois rocailleuses et ponctue leur avancée. Mais ce sont les cris qui affectent le plus les occupants de charrettes. Des cris de combat, de rage et de douleur, mélangés dans une cacophonie sordide, musique d'un lieu de mort et de souffrance vers lequel Eteslë se dirige tout droit.

Lorsque les charrettes approchent enfin, les gardes les arrêtent. Engoncés dans de lourdes armures sombre, portant de redoutables hallebardes, ils fixent avec mépris les prisonniers et leurs geôliers alors qu'un Shaakt vient à la rencontre de la joyeuse troupe, invitant les charrettes, après une vérification de leurs intentions, à entrer. A l'intérieur, le spectacle a de quoi donner des sueurs froides. Entourée d'un rempart épais fait de pierres sombres, une immense cour occupe la majeure partie du lieu. Là, des Garzoks, des Shaakts, des Humains et des Segteks s'entraînent, frappent, cognent, tranchent et souffrent. Tous sont armés, à l'exception notable de certains qui, vulnérables, semblent être les jouets de bourreaux décidés à faire de leurs derniers jours un enfer. Contre les murs, les baraquements s'entassent les uns contre les autres. Une forge est facilement repérable, mais ce qui attire l’œil, c'est le donjon faisant face à la porte, accolé à la paroi de la montagne contre laquelle la forteresse est construite. Sombre et menaçant, aucune lumière ne semble en émaner. Rien n'y est visible si ce n'est la balustrade d'un balcon dominant la place, comme pour signifier que ceux qui sont surplombés ne sont qu'insectes pour celui qui s'y tient.

Les prisonniers descendent finalement des charrettes et sont placés en ligne. Le Shaakt les observe un à un, un papier dans les mains. Que vérifie-t-il ? Eteslë n'en sait rien, mais lorsqu'il arrive jusqu'à elle, il fronce les sourcils en l'examinant. Les interminables jours de voyage et les coups ne l'ont guère aidé à faire bonne impression, c'est certain, aussi n'est-elle guère surpris d'une telle réaction. Le seul point positif d'avoir pu profiter d'un transport, c'est que sa jambe va bien mieux et n'est plus un handicap si elle doit se battre. Le Shaakt se détourne d'elle et retourne voir ceux l'ayant capturée, s'entretenant avec eux avant de visiblement s'énerver contre eux. Lorsqu'il lui dévoilent le visage de Taloril, le Shaakt se tait subitement avant de se frotter le front d'un air ennuyé et passablement énervé. Il se tourne vers elle la rejoint, l'examinant à nouveau, s'attardant sur sa gorge, puis son tatouage.

- Elle n'a commis aucun crime... si ce n'est celui d'être faible, le pire d'entre tous. Elle restera ici, mais nous gardons ses possessions. Disposez !

Visiblement contrariés, les geôliers semblent sur le point de protester, mais les gardes qui s'approchent semblent grandement les dissuader et ils s'en vont sans demander leur reste. Eteslë, elle, serre les poings, fixant d'un regard mauvais le Shaakt qui l'a ainsi traité de faible. Elle se jure qu'il sera le premier à se prendre un coup dès qu'elle aura les mains libres. Pour l'heure, les prisonniers sont conduits au centre de la cour, sous les regards et parfois les quolibets et insultes des soldats présents. De nouveau alignés, ils font maintenant face à un Garzok, puissamment bâti, chauve et visiblement peu enclin à leur adresser autre chose qu'un regard plein de mépris. Il s'arrête devant la Garzok et tourne la tête vers le Shaakt qui lui annonce son crime. Désertion. Un vent de haine secoue les guerriers alentours, mais un silence de mort prend alors place. Soudain, dans une gerbe de sang, la Garzok se retrouve au sol, le visage écrasé par le poing de celui qui semble être un commandant ici. Il crache au sol et, d'un geste accompagné d'un grognement, ordonne à deux hommes de la traîner, probablement hors de sa vue.

Finalement, après une évaluation silencieuse, il fait un signe de tête au Shaakt qui énonce alors ce qu'il va advenir d'eux. Une liste longue comme le bras de sévices et de tortures, comme servir de mannequin d'entraînement vivant. Si le but est de briser les esprits de ceux encore capables de penser à se sortir de là, c'est plus que réussi. Les prisonniers semblent tous sur le point de supplier pour leurs vies. Ce qui étonne Eteslë, c'est qu'aucun d'entre eux ne l'ait encore fait, notamment la femme qui, dans un geste protecteur, se colle au garçon qui l'accompagne. Lorsque le Shaakt termine son discours, un sourire malsain sur les lèvres, l'atmosphère glaciale du lieu semble assaillir jusqu'aux os de ceux condamnés à subir ces horreurs. Mais, dans un geste et une voix théâtrale, le Shaakt leur offre une porte de sortie, un salut pour ces pauvres hères.

- Prouvez votre force et de victimes vous deviendrez puissants, de condamnés vous deviendrez libres et serez entraînés ici.

Le sang d'Eteslë ne fait qu'un tour dans ses veines. La voilà sa porte de sortie ! Mais avant même qu'elle ne puisse agir, le Thorkin le plus vif fait un pas en insultant copieusement le Shaakt et le Garzok face à lui. Sans attendre, des combattants se rassemblent, forment un cercle avant que, d'une voix forte et rauque, celui qui semble être le chef, ne prononce le nom d'un des soldats présents. Un humain entre alors dans le cercle, un sourire sur les lèvres. Il porte une armure de cuir sombre, une épée courte dans une main et un fouet dans l'autre. Lorsqu'on lui pose la question, le nain réclame deux haches, qu'on lui amène avant de lui ôter ses fers, à la grande surprise d'Eteslë. Il y aurait-il un semblant d'espoir pour les prisonniers ? Sans savoir pourquoi, elle sent une entourloupe et le combat qui se déroule finalement ne la détrompe pas. Le Thorkin gît rapidement dans son propre sang, éventré et la gorge percée. L'humain regagne les rangs sous les acclamations des combattants tandis que les prisonniers semblent sur le point de défaillir. Alors que le cercle va pour se déliter, Eteslë fait à son tour un pas en avant, tendant les mains devant elle pour qu'on lui retire ses fers. Quelques sifflets et huées plus tard, elle se masse enfin ses poignets libres. Le Shaakt l'ayant insulté s'approche alors pour lui demander ce qu'elle souhaite utiliser. Elle le fixe un instant avant de lui balancer son poing serré en plein visage, le faisant aussitôt chuter sous les exclamations surprises des spectateurs. Même le grand Garzok chauve hausse un sourcil et esquisse une ombre de sourire avant de hurler, d'une voix forte.

- VORGAR !

D'un pas lourd, un Garzok en armure lourde d'un noir profond s'avance dans le cercle qui s'élargit soudainement. Équipé d'une immense masse à deux mains, fait du même métal sombre que sa lourde armure, il se gausse en voyant son adversaire, demandant à ce qu'on lui amène de quoi ramasser Eteslë lorsque le duel sera fini. Quelques rires s'élèvent, mais rien de plus. La tension est soudainement montée d'un cran. Le Shaakt est emmené hors du cercle et les prisonniers également, laissant les deux combattants se jauger. Jouant avec sa masse comme s'il s'agissait d'un jouet, il ne semble pas prendre la jeune femme au sérieux. Celle-ci est totalement concentrée, consciente de jouer sa vie. Elle se sait incapable de passer l'armure de ce gros sac avec ses mains, et son petit coup de sang l'empêche de demander une arme. Mais un sourire étire finalement ses lèvres. Elle n'a pas besoin de demander d'arme, elle a déjà tout ce qu'il faut. Vorgar, lui semble détendu.

- On m'appelle le Fracasseur et je vais te montrer pourquoi, petite humaine.

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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » dim. 16 févr. 2020 20:12

Mains écarlates

Silencieuse comme à son habitude, Eteslë étudie son adversaire tandis que celui-ci se pavane devant ses pairs. Visiblement, il ne la considère même pas comme une menace, ne prenant même pas la peine de porter le casque pour protéger sa tête. Il est vrai qu'en culminant à plus de deux mètres de haut, les chances pour qu'Eteslë atteigne ce point précis facilement sont faibles. Mais justement, c'est bien ici qu'elle décide de porter ses attaques dans un premier temps. Le reste de son corps est savamment protégé par son épaisse armure et, malgré les défauts de celle-ci, elle ne pense pas une seconde pouvoir les utiliser avec seulement ses mains. Elle n'avait jusqu'alors jamais combattu de type dans ce genre d'équipement, aussi se montre-t-elle bien plus passive et prudente, ne se lançant pas dans le combat comme à son habitude. Elle prend le temps. Après tout, plus elle en gagne, plus elle a de chance de remporter la victoire, utiliser un tel équipement est forcément épuisant, même pour un Garzok.

Lorsque finalement Vorgar se décide à lui accorder son attention, Eteslë est prête, une paume en avant pour jauger de la distance les séparant, le buste de biais, les jambes fléchies pour agir au plus vite. Sa respiration se fait plus profonde, se concentrant dans sa poitrine. L'adrénaline se rue dans ses veines, chauffe son corps alors que le Garzok s'avance finalement. S'appuyant sur sa jambe intacte, elle bondit sur le côté alors que la masse s'élève pour s'écraser sur le sol, fracassant le terrain avec une déconcertante facilité. La jeune femme se remet en position, continue de respirer profondément, ne voulait pas s'essouffler trop vite. Le Fracasseur semble quant à lui surpris de ne pas voir Eteslë écrasée sous sa masse et la soulève à nouveau. Il la toise, la scrutant en plissant les yeux avant de hausser les épaules, comme pour se dire à lui-même que ce n'est rien de grave.

Il attaque à nouveau, de la même façon. Cette fois-ci, Eteslë recule, puis bondit en avant après l'impact de la masse sur le sol. Profitant du dos voûté du Garzok, qui amène sa tête à une hauteur atteignable, elle lui assène un violent coup de paume sur la mâchoire, lui faisant tourner la tête sous l'impact. Elle se recule ensuite, hors de portée de sa masse alors qu'il crache une dent sur le sol. Il semble à la fois surpris et amusé de voir la jeune femme prendre à nouveau ses distances et se remettre en position. Autour d'eux, les spectateurs semblent prendre des paris et s'amuser de cette humaine qui pense pouvoir vaincre Vorgar. Eteslë, elle, attend que son adversaire agisse. Ce qu'il fait rapidement, balayant l'air devant lui de sa lourde masse. Elle recule une fois, deux fois, incapable de trouver une ouverture face à l'allonge et l'ampleur du mouvement de cette masse de métal.

Masse qui finit enfin par se poser sur le sol, permettant à Eteslë de se ruer en avant. Le coup de coude bardé de fer qu'elle reçoit en plein milieu de l'abdomen l'arrête net dans sa course et vide l'air de ses poumons en la jetant au sol. Elle cherche ardemment de l'air et écarquille les yeux avant de rouler sur le côté pour éviter l'assaut de la masse qui s'écrase sur le sol, là où se trouvait sa tête juste avant. Elle se relève et reprend ses distances, courbée, se tenant son ventre endolori en essayant difficilement de calmer sa respiration. Vorgar semble fier de lui, se pavanant comme s'il venait de vaincre une des créatures les plus dangereuses de Yuimen. Il se tourne enfin vers Eteslë et la pointe du doigt, un large sourire sur le visage. Sourire auquel une dent manque.

- Fini de jouer, humaine. Mais tu m'as bien amusé, aussi, si tu avoues ta défaite, tu seras ma chose, à moi seul.

La demande n'a pas l'air de plaire au commandant Garzok qui fixe Vorgar d'un air furieux, sans pour autant intervenir. Eteslë, quant à elle, profite du répit pour remplir ses poumons et calmer son cœur. Sa réponse est franche et rapide. Elle crache au sol dans sa direction et se remet en position sous les exclamations et sifflets des spectateurs. Vorgar, visiblement peu ravi de cette décision, lui fonce aussitôt dessus en vociférant. S'attendant à une attaque, Eteslë fléchit les jambes, mais le garzok se contente de lui foncer dessus et la percute sans chercher à la frapper de sa masse. Il soulève la jeune femme et la jette violemment au sol comme si elle ne pesait rien. Une vive douleur s'empare du dos et du crâne d'Eteslë tandis que de petites lumières dansent devant ses yeux. Le Garzok la saisit alors à la gorge, la frappe au ventre, lui faisant cracher un peu de sang sous la douleur, et la soulève à nouveau, l'approchant de son visage. Elle peut d'ici sentir son haleine puante au vague relent de viande faisandée.

- Tu aurais dû accepter, maintenant tu vas mourir.

Il serre sa gorge, cherchant à lui briser la nuque. Par réflexe, elle tente d'arracher la main qui la retient et commence à la tuer, se débat en gesticulant, sans grand effet. Puis, dans un éclair de lucidité, elle lève finalement son bras droit et enfonce violemment son index et son majeur dans l’œil gauche du Garzok. Sous ses doigts, la sensation d'un liquide poisseux juste après l'impression d'éclater une bulle la prend aux tripes tandis que le Garozk hurle de douleur, la lâchant aussitôt en reculant, ses deux mains couvrant son œil. Crachant et toussant, Eteslë se masse la gorge un instant avant de se relever. Vorgar, désormais borgne, vocifère et, perdant toute notion de spectacle, se rue à nouveau sur elle. Aveuglé par la douleur et le sang qui macule son visage, il ne semble pas se rendre compte que sa masse, tombée au sol, est aux pied d'Eteslë. Celle-ci la redresse et, bandant ses muscles, assène un violent coup dans le poitrail du Garzok. Coupé dans son élan, le poitrail et l'armure qui le protégeait enfoncés, il s'écroule sur le sol en vomissant son repas et son sang. Traînant la masse derrière elle, elle s'approche de son adversaire et le toise à son tour, essuyant le sang qui macule sa bouche après le coup qu'il lui a donné.

- Maintenant, tu vas mourir.

Elle hésite un instant, puis lâche finalement la masse, bien trop lourde, et, serrant les poings, saute sur le torse du Garzok dont la respiration sifflante et effrénée la renseigne suffisamment sur son état. Il est déjà mort, les poumons probablement perforés par sa cage thoracique. Mais si elle doit prouver sa force, ce n'est pas uniquement en tuant son adversaire, mais aussi en montrant qu'elle n'a aucune pitié envers celui-ci. Surplombant le Garzok, elle le frappe, poing après poing, rougissant ses mains de son sang alors que son visage devient peu à peu un amas de chair sanguinolente. Poing après poing, coup après coup, elle frappe, jusqu'à ce que le rythme effréné de la respiration ne cesse, jusqu'à ce que la petite étincelle de vie qui habitait encore ce corps ne s'éteigne. Finalement, les mains endolories laissant goutter un fluide carmin cessent de frapper, et elle se relève dans un silence de mort avant de se tourner vers le Garzok qui semble commander ici. Celui-ci ne semble pas vouloir dire quoi que ce soit, puis il hoche la tête.

- Ton nom ?

- Eteslë.

Il n'ajoute rien et le cercle se disperse finalement sous son regard. Les prisonniers restants, ne souhaitant visiblement pas se battre, sont conduits à l'écart et parqués dans une baraque collée au rempart. Eteslë, elle, se traîne dans un coin pour récupérer ses affaires, le corps douloureux, son cœur pulsant jusque dans sa tête. Elle a prouvé qu'elle pouvait s'en sortir, mais n'est pas pour autant dans une forme lui permettant de réfléchir intensément à un moyen de quitter ce lieu. Elle n'a guère d'intérêt à rejoindre Oaxaca et ses troupes, mais, en observant le grand Garzok vociférer sur deux humains s'entraînant à mains nues, elle se dit qu'elle peut peut-être tirer quelque chose de cet endroit, finalement. Les mains toujours rougies par le sang de son adversaire, elle s'adosse à un mur et boit une gorgée d'eau. Elle ne sait pas encore ce qui l'attend ici, mais, en posant ses yeux sur le corps emmailloté de Taloril, elle sait qu'elle n'a aucune raison d'y rester trop longtemps.

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Throk Shakirr
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Throk Shakirr » mar. 18 févr. 2020 13:43

L’entrée de l’antre était flanquée de deux cerbères à l’œil vif, des garzoks de garde pour le meilleur comme pour le pire, des poteaux mis là car ils ne servaient à rien d’autre. Je détestais que des fiers orques puissent à ce point se faire rabaisser, à jouer les gardes-chiourmes pour des enflures peureuses qui ne savaient pas se protéger eux-mêmes. À bien y regarder, les deux étaient aussi postiches l’un que l’autre. Des marionnettes, des saletés de vermines flanquées là pour gueuler plus que pour se battre. J’approchai d’un pas fier, les dépassant chacun d’une tête, à la fois de haut et de large. Celui à la langue la plus agile babilla en premier d’une voix rauque.

« Hé toi, où c’est qu’tu crois aller comme ça ? »

Je n’avais décidément pas envie d’avoir à me justifier devant ces moins que rien. Je laissai couler sur lui un regard blasé, qui glissa aussitôt vers la porte de l’antre, signifiant silencieusement l’imbécilité de sa question. Je fis mine de m’arrêter, juste histoire de dire. Il couina de nouveau :

« J’aime pas m’répéter, touriste. Alors pour la dernière fois, où c’est qu’… »

Il n’eut guère le temps de finir sa phrase : mes lourdes mains venaient de le choper sous la glotte et l’avaient fait grandir de vingt bons centimètres en le collant sur sa porte à la con. Je n’avais pas la patience d’en entendre plus. Son petit regard véreux n’était plus que panique. Quelle honte, quelle dégénérescence de notre espèce. Son collègue finit par réagir en pointant vers moi une pique, qui ne tarda pas à me chatouiller les côtes, alors qu’il beuglait :

« Wohey ! Lâche-le tout de suite ! »

Il ne recueillit comme réponse qu’un grognement de ma part, lorsque je lui envoyai à la tête son collègue. Tous deux s’écroulèrent comme un seul être aux trop nombreux membres empêtrés, lâchant leurs armes maladroitement. Décidément pas des guerriers. Des moins que rien, d’horribles pustules noircissant notre race. Celui à la langue leste hurla en se relevant :

« ALERTE ! ON EST ATTAQUÉS ! »

À peine eut-il terminé sa phrase que mon poing rencontra sa gueule ouverte au point d’en faire craquer sa mâchoire. Je le repoussai au sol et le rouai de coups de pieds, pour lui apprendre à faire passer ainsi de fausses informations à sa hiérarchie. Il n’était plus qu’une poupée de chiffon en proie à mes coups, sans même la force de se défendre. Foutu rat. Le second avait, pendant ce temps, eu l’occasion de se relever et de ramasser sa pique, qu’il darda vers moi en grognant comme un animal. Il me piqua. Une fois, deux fois, avant que la rage ne m’emporte et que d’un geste franc et autoritaire, je lui attrape son arme en la lui arrachant des mains. Goguenard, il lorgna vers moi de ses yeux globuleux, un peu défait de ce qui venait de se passer. Ils avaient vraiment mis les pires des concierges à ce poste, des moins-que-rien choisis à l’arrache sans doute plus pour s’en débarrasser que pour leurs réelles aptitudes. Je ne vis qu’à peine la grande porte s’ouvrir sur plusieurs êtres, alors que mon bras se tendait, infaillible, pour saisir le grogneur à la gorge d’une plaie létale lui franchissant chair et colonne vertébrale. Devant la quenelle de regards qui me toisaient alors, je jetai par terre l’arme et le cadavre, et les regardai à mon tour. L’un d’eux, un garzok mastoc comme pas deux, grogna deux nouvelles questions :

« T’es qui, toi ? Et qu’est-ce que tu veux ? »

Je passai une main sur les blessures bénignes qu’ils m’avaient infligées au torse, avant de répondre, laconique :

« Throk. Entrer. »

Le vieil orque chauve qui avait posé la question se laissa aller à un éclat amusé.

« Ah ! Hé ben rentre, Throk. Suffit de d’mander. »

Dans l’entourage, il en désigna deux nouveaux pour jouer les pions, et un troisième pour nettoyer le carnage, puis me fit signe de le suivre. Ainsi, j’entrai dans la sinistre Citadelle de l’Antre des Exclus.

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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » ven. 21 févr. 2020 11:03

Sur cible vivante

Il ne faut pas longtemps pour qu'un autre Garzok vienne la voir et l'amène dans l'un des baraquements qui ceinturent la place centrale. De simples dortoirs, rien d'autre qu'un lit et un meuble ressemblant vaguement à une petite commode par personne. Il lui désigne un lit et elle acquiesce en posant ses affaires dessus, déposant délicatement le petit corps qu'elle recouvre de la couverture qu'elle a utilisée pendant son voyage. L'intimité est inexistante et elle se doute que bien peu de femmes passent par ces quartiers, aussi ne tarde-t-elle pas à retourner dehors, peu intéressée à l'idée de croiser les autres locataires du lieu pour le moment. Elle se frictionne la gorge et le ventre en grimaçant, sentant nettement les conséquences de son dernier affrontement. Peu désireuse de s'embarquer dans un autre combat, elle observe à nouveau les alentours.

Elle remarque à nouveau le Garzok chauve qui semble être davantage instructeur que commandant, même si visiblement tout le monde ici le respecte. En voyant un Garzok mouliner dans le vide face à un prisonnier qui n'a aucune difficulté à l'éviter, elle ne peut s'empêcher de sourire d'un air narquois, captant malgré elle l'attention dudit moulin à vent. Il la regarde d'un air mauvais, mais se fait rappeler à l'ordre d'un coup sec dans la mâchoire, savamment donné par l'instructeur. Le Garzok retourne donc frapper sans grand succès son mannequin vivant d'entraînement, tandis que l'instructeur jette un regard perçant à Eteslë et lui fait signe d'approcher. Elle s'exécute, méfiante et à raison. Lorsqu'elle aperçoit les muscles de son bras se tendre, elle fait aussitôt un bond en arrière, se préparant à se battre malgré sa fatigue. A sa grande surprise, l'instructeur se contente de croiser les bras et de hocher la tête.

- T'as d'bons yeux et un bon instinct, en plus d'cogner dur et sans pitié, ça m'plaît.

Sans rien ajouter, il lui fait à nouveau signe et lui désigne le prisonnier qui évite avec aisance le Garzok. Sans trop comprendre, elle l'observe un instant. Le type est agile, très agile, il semble glisser le long des attaques du Garzok, comme une anguille, évitant à chaque fois son attaque en se glissant aisément derrière lui. Eteslë laisse apparaître une moue appréciatrice. Cet humain sait ce qu'il fait, pas de doute à ce sujet, elle est en revanche surprise qu'il ne riposte pas contre le Garzok qui semble être bien plus fatigué que lui. Au bout d'un moment de ce petit jeu qui semble durer depuis un certain temps déjà, l'instructeur grogne et rappelle le Garzok qui prend un nouveau coup dans les dents, le faisant choir cette fois. Il fait alors un signe de tête à Eteslë en lui désignant l'humain.

- Fais en sorte qu'il arrête d'bouger.

Entendant cela, l'humain sourit et fait un signe à Eteslë qui fronce les sourcils, trouvant ce type bien trop confiant pour un simple prisonnier. Le rictus amusé de l'instructeur ne la détrompe pas, et elle est certaine que cet homme est plus qu'un simple bagnard. Elle avance néanmoins et se met face à lui, l'étudiant attentivement. Ses habits en piteux état dissimulent difficilement un corps clairement musclé et entraîné, bien loin de souffrir d'un manque de nourriture. La jeune femme se demande s'il fut soldat ou mercenaire. Elle n'a cependant pas le temps de réfléchir davantage, le prisonnier lui fonçant soudainement dessus avec une vitesse étonnante. Le coup de pied circulaire qu'elle donne ne rencontre que le vide et elle sent une main lui tapoter l'épaule.

- Il va falloir faire mieux que ça.

Elle tente de donner un coup de poing en se retournant, mais l'homme a déjà repris ses distances et la nargue en souriant. Cette fois-ci, c'est elle qui bondit sur lui, voulant frapper, son visage, mais là encore elle ne rencontre que le vide et un ricanement chatouille ses oreilles, la faisant tiquer. Elle se retourne à nouveau et décide de changer de stratégie. Le type est rapide, elle doit l'immobiliser, d'une manière ou d'une autre. L'attraper n'est pas une option, et elle préfère quelque chose de plus efficace. Viser les jambes lui paraît être une bonne idée. Essayer de frapper au bon endroit pour l'handicaper suffisamment pour le faire chuter. Elle inspire profondément, se focalise uniquement sur son adversaire, observant la façon dont ses muscles bougent pour anticiper ses actions. Il la surprend pourtant à nouveau lorsqu'il lui fonce dessus. Elle recule cette fois, puis tente de lui faucher les jambes avec un coup de pied au ras du sol. Il se contente de sauter et elle évite un coup de genoux de justesse avant de frapper ce dernier de son poing, sans grand effet.

Après avoir tous les deux reculé, ils s'observent une seconde et Eteslë peut sentir une idée émergée. Plutôt que la jambe, elle va viser l'articulation du genou avec l'intention de l'abîmer suffisamment pour l'empêcher de simplement s'appuyer dessus. La zone est plus petite, mais l'effet sera immédiat, elle peut facilement le taire tomber, voire l'empêcher de se relever si elle le frappe avec suffisamment de force et de précision. Sa cible en tête, elle se rue à nouveau vers son adversaire qui a finalement décidé de ne pas juste servir de mannequin d'entraînement. Rapide, son coup de pied cueille la jeune femme dans le flanc droit, le tibia frappant la hanche. Plutôt que de reculer, Eteslë en profite malgré la douleur et bloque sa jambe avec son bras. Déséquilibré, il ne peut pas empêcher le coup de talon de la jeune femme de percuter son genou avec force, le faisant grincer des dents. Il se dégage d'un coup sec et recule, boitant légèrement.

- T'es pas bête toi. Mais si tu crois que ça va suffire, tu te mets le doigt dans l’œil.

Seul un sourire narquois de la jeune femme lui répond alors qu'elle se frotte sa hanche endolorie. Mauvais choix de mots. Elle lui fonce à nouveau dessus, dévie son coup de poing en frappant son poignet du sien et frappe à nouveau le genou avec le haut de son pied. Elle sent bien quelque chose cette fois, et elle recule d'un bond en sifflant, le pied endolori. Frapper le genou de face est une mauvaise idée, visiblement, elle va plutôt le frapper à l'arrière, là où l'articulation est fragile, moins protégé par l'os. Elle s'élance, mais son adversaire semble comprendre sa manœuvre et garde ses jambes à distance. Fatiguée de son précédent combat, la jeune femme peine à garder le rythme et recule finalement, accentuant davantage son état en ayant l'air d'être véritablement à bout. Elle peut entendre le Garzok instructeur soupirer d'un air dédaigneux, mais le prisonnier, lui, voit sans doute une occasion de se tirer de là et lui fonce dessus. Il ne comprend son erreur que lorsqu'Eteslë évite son poing en le déviant de sa main,,forçant son adversaire à s'avancer en saisissant son poignet et en tirant dessus. Déséquilibré, il ne peut empêcher la jeune femme de passer derrière lui et de frapper violemment son genou avec son talon. Obligé de plier le genou sous l'impact qui lui arrache un cri de douleur, l'homme s'effondre, ses mains le retenant de justesse de toucher le sol avec sa tête. Mais Eteslë n'est pas du genre à laisser un combat à moitié terminé et, pour faire bonne mesure, lui frappe violemment la tempe de son poing, l'assommant sur le coup.

- On va pouvoir faire quelque chose d'toi, l'humaine.


Les bras croisés, l'instructeur l'observe un moment avant de lui ordonner de se tenir prête dès qu'il en aura envie. Le corps couvert de sueur, le souffle court, la jeune femme ne répond pas et s'éloigne rapidement avant de s'effondrer contre un mur en inspirant profondément. Elle a encore la sensation de l'articulation se brisant sous son talon et, même si elle compte bien user de cette technique à l'avenir, elle se dit que cela lui demande beaucoup de ressources. Grimaçant, elle retire sa botte et se masse le haut de son pied endolori. Elle aimerait prendre un peu de repos, là tout de suite, mais ne se sent pas vraiment à l'aise de dormir entourée d'autant de types susceptibles de profiter de son état de faiblesse. Elle va devoir se trouver un allié dans tout ça, un qui n'aurait aucun intérêt pour elle, mais qui saurait calmer les éventuelles ardeurs des autres. Autant dire que la tâche ne sera pas facile, elle n'est guère diplomate ou conciliante, sans parler de faire la conversation.

(Je dois partir d'ici.)

***
(HRP : Tentative d'apprentissage de la CC mêlée "fracassage de rotule")

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Throk Shakirr
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Throk Shakirr » mar. 17 mars 2020 16:57

Je fus logé, soigné et nourri pendant quelques jours. Il ne fallut guère plus pour que je découvre que cet Antre des Exclus, comme ils l’appelaient, n’était qu’un terrier à fanatiques d’Oaxaca qui ne voyaient et ne vivaient que par et pour elle. Bande de macaques décérébrés, indignes d’être appelés Garzoks. L’orque chauve qui m’avait accueilli après mon entrée fracassante était vite venu me les briser menu avec ses paroles d’évangiles à la con. Je ne lui répondais guère, ne souhaitant pas me faire griller la tronche par ses nombreux sbires, alors j’acquiesçais seulement en silence, sans rétorquer.

Puis un jour, il vint me chercher pour tout autre chose. Il voulait me voir combattre à nouveau. Un duel sans arme contre une combattante qu’il surnomma Cogne-Dur. Sans ciller, j’avais accepté le duel : ça allait me faire du bien de me dérouiller un peu. Et puis, j’avais l’habitude des combats d’arène spectaculaires. C’était un peu ma spécialité, au camp de déportation. Je le suivis donc jusqu’au centre de l’Antre, cet endroit qui ressemblait à une arène, cerné de spectateurs. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je vis la nature de mon adversaire : une saleté d’humaine. Je la dominais de toute ma taille, m’approchant alors qu’elle semblait s’échauffer, m’ayant précédé à l’endroit de notre duel. Lorsqu’elle se tourna vers moi, je lui fis face sans mot dire. Nous nous regardâmes ainsi pendant plusieurs longues secondes, avant que je ne cède d’une parole provocatrice.


« Cogne-Dur, hein ? T'as intérêt à pas l'avoir volé, ce surnom. »

Continuant la provocation, j’écartai les bras pour la laisser me frapper… Ce qu’elle ne fit pas, ne tombant pas dans un piège si évident. Elle se contenta de se mettre en position de garde sans se ruer bêtement vers moi. Je reniflai une bonne fois et crachai les glaires du fond de ma gorge sur le sol avant d’initier, moi-même donc, le combat. Je tentai de lui attraper sa main avancée, mais elle répliqua en me frappant l’intérieur du poignet, me mettant en garde par la même : elle avait de bon réflexes de combat. Mais ce n’était pas suffisant pour m’impressionner. Je me mis moi-même en position de lutte, sautillant d’une jambe à l’autre pour échauffer un peu ma mobilité. Puis, tel un serpent armant son coup, je lançai mon bras et le plat de ma main vers son plexus, pour la projeter en arrière. Vive, elle donna un coup de pied dans mon bras, déviant l’attaque, et je lui attrapai la jambe de ma main libre. Mes crocs se dévoilèrent un instant et je ruai vers elle sans la lâcher pour la déséquilibrer. Inconsciente, elle sauta pour me donner un vif coup de pied dans la tronche, qui atteignit ma mâchoire douloureusement… Mais qu’importe : elle était à ma merci, et le goût de mon sang perlant sur ma langue ne fit qu’attiser mon désir de combattre.

Déséquilibrée, elle tomba lourdement sur le sol. Loin d’être défaite, elle se servit de sa jambe libre pour me percuter deux fois le poignet, me forçant à lui lâcher la cheville. Grognant, j’ajustai moi-même un coup de pied brutal en direction de son thorax. Décidément rapide, elle roula sur le côté et se releva, prenant de la distance. Je la jaugeai un instant, lui faisant signe de la main pour qu’elle me rejoigne, qu’elle montre elle aussi de quoi elle était faite en offensive. Sans se faire attendre, cette fois, elle se rua vers moi pour me mettre un bon coup de poing dans les côtes que je ne pus esquiver et qui me coupa le souffle. Je restai fier et droit malgré tout, plongeant mon regard dans le sien sans bouger d’un iota pour l’inciter à recommencer. Mal m’en prit : cette garce m’envoya un violent coup de genou dans les parties, qui cette fois me força à ma courber de douleur, ployant le genou jusqu’à mettre un poing en terre devant elle, sentant la colère monter avec la douleur qui irradiait. Je me promis de ne plus lui laisser ce genre d’occasion : la tigresse frappait bas. Ça bagarrait salement. Elle s’écarta, me laissant le temps de me remettre du choc et me redresser, et singeant le geste que moi-même que lui avait fait plus tôt. Quelle petite salope, elle allait voir ce qu’était un orque en colère. Rageusement, je chargeai vers elle de toute ma masse, épaule en avant. Une attaque visible à des lieues, qu’elle choisit de n’esquiver qu’à la dernière seconde, laissant tout le loisir à mes mains d’agripper son habit, qui céda sous le choc, restant entre mes doigt, déchiré, alors qu’elle me frappait dans le dos, emballant ma course que je finis plus loin, me retournant vers elle et constatant, abasourdi, qu’elle était désormais tout comme moi torse-nu. Je lui balançai ses fripes au visage alors que des quolibets et sifflement fusaient dans sa direction. Peu admiratif de la physiologie humaine, j’avançai de nouveau vers elle en tentant de lui attraper le bras. Mais elle se rue brusquement à ma droite pour me heurter côtes de la main et arrière du genou d’un coup de pied rageur. J’écartai mon bras pour l’emporter avec moi alors que je mis de nouveau un genou en terre, l’articulation sommairement heurtée par le choc. Elle commençait à m’échauffer, cette petite garce. Je sentais la chaleur de la colère monter en moi, la ferveur du combat. Elle allait souffrir. Elle méritait de souffrir.

Mais elle ne me laissa guère le temps de la défoncer à mon envi : elle m’agrippa le bras et, agilement, vint me planter son genou dans la tronche, fissurant davantage mon sourire déjà sanglant. J’accusai le choc, secouant la tête pour chasser les étoiles qui papillonnaient dans mes yeux et me relevai, plus menaçant que jamais, écartant les bras de manière oppressante pour ne pas la laisser fuir. Je devais la coincer, cette ribaude, la coincer et lui faire fermer son claquet de merde. Elle me frappa au genou, mais ma résolution était trop forte, et je refermai mes bras sur elle… Elle les bloqua de ses propres membres, à ma plus grande surprise, parvenant à résister à une puissance musculaire qui devait normalement de loin la dépasser. Elle en profita pour me jeter son pied dans l’abdomen, mais je ne cédai pas et continuai encore de refermer mon emprise sur elle, serrant les mâchoires. Et petit à petit, j’y parvins, serrant mes bras autour de son corps chétif, et me laissant tomber en avant, sur elle, pour l’écraser de tout mon poids. Après quelques instants savoureux d’écrabouillage en bonne et due forme, je redressai mon buste de sorte à chevaucher son bassin, et lui envoyai un coup de poing vers le visage. Elle se protégea de ses bras, mais sa tête cogna dur le sol derrière. J’en profitai pour plaquer avec rage mes mains sur sa gorge dénudée, serrant mes doigts pour l’étrangler. Elle tenta bien entendu de se dégager, mais rien n’y faisait, elle était à ma merci. La bave me montait aux lèvres alors que je serrai les dents au-dessus d’elle, la regardant suffoquer. Elle tenta une dernière bravade, un coup de poing dirigé vers mon visage, que j’interceptai de ma main. Mon autre paluche quitta sa gorge pour lui claquer la joue, par fierté de dominance, par provocation plus que pour lui détruire le minois…

Mal m’en prit : mon emprise sur elle fut moins forte, et elle en profita pour donner un vif coup de bassin accompagné d’un coup de poing sur ma tempe gauche, qui m’envoya au tapis, choyant sur le côté, désarçonné de ma position avantageuse et complètement hagard de ce revirement. Elle initia un roulement de nos deux corps, et prit l’avantage de la position en me chevauchant brutalement. Elle me saisit par la les côtés du crâne pour m’infliger un coup de boule monumental. J’encaissai celui-ci durement, mais sûrement, lui rejetant un regard incendiaire et parsemé d’un sourire hargneux de mes crocs, grognant comme un ours. Elle me frappa à nouveau de ses poings, au point de rouvrir une ancienne cicatrice à l’arcade, inondant mon visage de sang. Les coups s’enchainent trop vite pour que je puisse y réagir, la situation m’abandonne complètement : je me faisais aveugler par mon sang et les étoiles commençaient à revenir. Je ne sentis qu’à peine la petite claque provocante qu’elle me mit avant de cesser toute hostilité, en réponse à la mienne, plus tôt. Elle me regardait, cracha du sang sur le côté, puis me demandant d’un simple mot mon nom. Qu’est-ce qu’elle croyait, cette petite conne ? Que j’abandonnais là ? Je rugis de toute mes force et la lançai sur le côté pour me débarrasser d’elle. Putain, elle m’en avait mis plein la tronche. J’eus du mal à me redresser, me penchant sur le côté en observant mon sang goûter de mes plaies au visage. Ma tête tournait, elle cognait vraiment dur, cette sale gosse. Et je n’avais pas fini d’entendre parler d’elle : elle était déjà sur moi, me pliant un bras dans le dos, genou sur la nuque, dans une clé de bras douloureuse de laquelle je tentai de me soustraire en vain. Après quelques secondes d’une douleur vive, je frappai du plat de ma main libre au sol, signifiant mon abandon, et lancer :


« D'accord, d'accord, t'as gagné. Tu t'bas comme une garce, mais ton surnom, tu l'mérites. »

Des huées montèrent de plusieurs spectateurs : je n’avais pas fait preuve de valeur guerrière en me faisant battre par une saleté d’humaine. Mais je n’avais cure de ce qu’ils pensaient, cette bande de dégénérés du bulbe soumis à Oaxaca. La petite m’avait vaincu à la régulière, et elle méritait pour ça les honneurs. Je me tournai vers elle alors qu’elle se relevait, essuyant le sang qui me coulait sur la gueule d’un revers de poignet, et clamai d’une voix brisée :

« Throk. »

Sa voix, non moins enrouée, éructa son prénom : Eteslë. Elle me tendit la main pour m’aider à me relever. Je la saisis alors qu’elle me gratifiait d’un sobre compliment sur le combat. Une fois debout, je ne la lâchai pas et la portai au-dessus de sa tête en signe de victoire.

« Pareil. Pas mal pour une demi-portion. »

Je la laissai se rhabiller des guenilles de son haut en miettes et jetai un regard de défi au garzok chauve. Il avait intérêt à avoir été satisfait du spectacle, s’il ne voulait pas que je lui fasse manger ses grolles. Sans plus un commentaire, je partis vers l’espace qui m’avait été attribué. Je pus entendre un être couiner de douleur derrière moi, mais ne me retournai pas. J’avais une furieuse envie de me reposer.

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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » mer. 18 mars 2020 16:13

Throk

Sa nuit de repos est courte. Son esprit alerte refuse de la laisser dormir dans des conditions aussi délicates. Entourée de mâles, des servants de la déesse noire enfermés et prêts à tuer. Autant dire qu'elle est une proie à bien des égards, même en s'étant forgée un nom à peine arrivée. « Cogne-Dur » qu'ils l'appellent. Rien de bien surprenant au vu de son combat, mais elle ne s'attendait pas à avoir aussi vite un nom dans un endroit où le maître-mot était de cogner plus fort que son voisin. Elle se repose néanmoins, laissant à son corps le soin de récupérer après une journée particulièrement difficile et éprouvante. Elle patiente plus que de raison avant de se lever, s'assurant que l'Anyathis est bien à l'abri alors qu'elle sort du baraquement puant la testostérone, la sueur et autres fluides en tout genre.

Alors qu'elle s'échauffe, étirant son corps encore froid après ce repos discutable dans une ambiance qui ne lui sied guère, elle entend son nom et se retourne, faisant face à un Garzok qui la toise d'un regard dur. Visiblement, l'instructeur a encore eu une merveilleuse idée et la voilà embarquée dans un combat contre un type faisant deux mètres au bas mots. Des yeux rouges, une peau verte olive et les habituelles dents proéminentes qui lui sortent de la bouche encadrée par une barbe drue, tout comme sa chevelure, relativement longue. Il est imposant, et la toise sans rien dire pendant un long moment. Elle lui rend son regard sans faiblir, bien peu impressionnable, notant tout de même le bout de son oreille arraché et les anneaux de métal qui percent sa lèvre inférieure et son oreille intacte. Probablement un signe d'appartenance quelconque.

Elle hausse un sourcil face à une première provocation mettant en doute son surnom, avant de regarder le Garzok lui ouvrir les bras pour la laisser le frapper. Pas folle, elle s'écarte et se met en garde, pas stupide au point de tomber dans un piège aussi évident. Elle se sent une fois de plus sous-estimée et compte bien faire comprendre à cette boule de muscles verte que c'est une mauvaise idée. Le colosse crache alors par terre et tend simplement une main vers elle, cherchant à se saisir de son bras sans y mettre une réelle volonté. Elle fronce les sourcils et arme sa dextre pour frapper l'intérieur du poignet du combattant, repoussant sa main en lui faisant passer le message. Il semble avoir compris et s'échauffe en faisant de petits sauts. Eteslë le laisse faire, attentive aux mouvements de ses muscles. Le bougre est torse-nu, aussi ce n'est guère compliqué de voir qu'elle n'a guère de chances en la jouant à la loyale. Lorsqu'il envoie sa main percuter son plexus, elle détend son pied pour frapper son bras, déviant sa course. Vif comme un serpent, le Garzok s'empare de sa jambe et se rue vers elle pour la déséquilibrer. Pour essayer d'éviter cela, elle saute, envoyant son talon libre dans ses gencives avant de s'écraser au sol lorsqu'il la plaque sans ménagement. Elle grogne. Il veut jouer ? Elle va jouer.

Elle frappe le bras qui la tient toujours de son pied, deux fois, roule rapidement sur le côté lorsque le pied du Garzok cherche à lui enfoncer le thorax et se redresse à distance respectable, peu encline à rester dans son giron. Mais le combattant face à elle ne la prend visiblement pas suffisamment au sérieux, la provoquant de venir à lui d'un signe de la main, comme pour lui dire qu'il ne la craint pas. Sans attendre, elle se rue en avant, le frappant violemment de son poing serré, droit dans les côtes. Cela lui vide l'air de ses poumons, mais il reste debout, l'incitant même, stupidement, à recommencer. Elle ne prend qu'une demi-seconde pour aller dans son sens, le fixant droit dans les yeux alors que son genou percute violemment la partie la plus sensible de son anatomie. Il se plie en deux, posant un genou et un poing au sol, courbant l'échine face à la jeune femme. Un rictus narquois traverse son visage, fugacement, avant que le Garzok ne se relève. Elle ne fait pas mine d'attaquer, il a compris la leçon cette fois. Frapper bas ne l'a jamais gênée, elle faisait ce qu'il fallait pour gagner, rien de plus, rien de moins.

Elle s'écarte en le voyant se redresser et imite le geste provocateur qu'il a lui-même utilisé juste avant, l'enrageant pour de bon. Il charge alors droit sur elle. Une attaque visible à des lieux qu'elle n'évite qu'à la dernière seconde pour chercher à lui mettre un coup au passage. Si le coup porte bien, son poing frappant l'épaule du Garzok, la main de celui-ci parvient à s'agripper à elle. Ou plutôt à son haut qui, sous la charge et la force de la brute verte, se déchire complètement. Abasourdie, elle reste figée une seconde en voyant le Garzok regarder avec surprise les lambeaux de ce qui fut son haut entre ses doigts, avant que les spectateurs ne se mettent à siffler et lancer des quolibets dans sa direction, commentant sa poitrine dénudée. Elle grince des dents et attrape au vol les restes de son haut lancé par le garzok qui ne lui laisse guère le temps de se rhabiller. En désespoir de cause, elle lâche son habit et continue le combat, ignorant les remarques des abrutis assistant au spectacle.

Il s'avance à nouveau vers elle, mais elle n'attend plus et se rue sur son flanc, frappant à nouveau ses côtes, puis l'arrière de son genoux pour le faire ployer sous le choc et prendre ainsi l'ascendant. Mais le bougre est coriace et, s'il plie le genou au point de toucher le sol, ce n'est pas suffisant et elle doit stopper le bras qui cherche à l'agripper. Elle enchaîne sur un coup de genoux en plein visage, le sonnant assez longtemps pour échapper à sa poigne. Elle en a connu des costauds, mais cet enfoiré est sacrément endurant, la faisant se demander si ses coups ont le moindre impact réel. Il se relève encore et s'approche, les bras cherchant à l'enserrer. Elle le frappe au genou, sans faire le moindre mal et se résout à bander ses muscles pour bloquer ses bras et le frapper violemment avec sa jambe dans l'abdomen, sans grand effet et, petit à petit, il referme ses bras musculeux sur elle, l'enserrant avant de lourdement se laisser tomber au sol.

Le choc la sonne à demi alors qu'elle étouffe, écrasée par le poids du Garzok. Une position qui l'empêche d'agir alors qu'il la chevauche au niveau du bassin et arme son poing. Elle n'a que le temps de croiser ses bras devant sa tête, mais le coup lui fait cogner son crâne contre le sol et quelques étoiles percent sa vue alors que les mains serrent sa gorge. Aussitôt, elle cherche à se défaire de son emprise, sans succès, alors que la bave monte aux lèvres de son bourreau et qu'elle étouffe, l'air venant à manquer. En désespoir de cause, elle veut le frapper, mais son poing finit dans celui de son adversaire qui, se croyant vainqueur, l'humilie d'une claque sur la joue de son autre main, lâchant enfin sa gorge. Sentant que c'est sa chance, elle en profite pour se cabrer violemment tout en assénant un coup de poing sur la tempe de l'enfoiré qui la surplombe. Elle prend l'ascendant, inverse leurs places et, faisant fi de toute prudence, attrape son crâne et le heurte violemment du sien. Il grogne, elle aussi, et elle sent le sang couler de son front alors que la douleur pulse dans son crâne. Elle frappe à nouveau, de ses deux mains jointes cette fois, puis enchaîne les coups, laissant le Garzok au sol, le visage ensanglanté par une blessure rouverte, visiblement sonné. Essoufflée, elle crache du sang sur le côté, puis demande.

- Nom ?

Il rugit, lui crache au visage avant de la catapulter de côté. Elle roule, se redresse, voit que son adversaire est toujours sonné par ses coups et en profite, le frappe dans le dos avant de lui faire une clé de bras, son genou posé sur sa tête, prête à lui déboîter l'épaule s'il ne se rend pas. Étonnement, il se rend finalement, non sans la traiter de garce, lui valant un petit surplus de douleur lorsqu'elle force sur son bras avant de se relever. Les sifflets mécontents pleuvent autour d'eux, mais elle n'en a cure, elle a gagné à la loyale, en quelque sorte. Elle s’essuie le visage alors que lui se redresse à son tour, se présentant sous le nom de Throk. Elle hoche la tête en réponse.

- Eteslë.

Elle se masse sa gorge encore douloureuse de l'étranglement, avant de tendre sa main vers le Garzok, le complimentant d'un sobre « Beau combat ». Compliment qu'il retourne à sa manière, en la traitant de demi-portion, mais la lueur de respect dans sa voix lui suffit et elle sourit avant de hausser un sourcil lorsqu'il lève sa main, comme pour la déclarer vainqueur. Il la lâche enfin et elle remet tant bien que mal les restes de son haut qui va nécessiter quelques rafistolages. Throk part de son côté sans rien ajouter et elle fait de même, frappant dans l'entrejambe un shaakt un peu trop intéressée par la poitrine de la jeune femme. Il couine et tombe au sol, faisant comprendre à tous qu'elle n'est pas du tout d'humeur, avant de se diriger vers son baraquement, dans l'espoir de réussir à sauver son habit. Il lui reste des bandes de tissus, aussi n'est-elle pas trop inquiète à ce sujet. Néanmoins, elle s'interroge sur ce garzok qui s'est rendu et cela l'intrigue, ce comportement n'étant pas courant au sein des forces de l'impératrice, voire même proscrit, et, sa curiosité piquée, elle s'installe sur sa couche, essayant de réparer le désastre de ce combat en reposant son corps endolori.

TheGentleMad
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Re: L'Antre des Exclus

Message par TheGentleMad » lun. 13 avr. 2020 15:51

-----K-----


À l'ombre de sa falaise, l'antre des exclus restait toujours aussi imposante, mais Kurgoth s'en approchait cette fois avec assurance. Il savait exactement où il allait et pourquoi il y allait. Bien qu'à chaque pas de sa monture, le bruit des sabots sur le sol rocailleux disparaissait un peu plus sous le bruit des coups et les cris émanant de la forteresse, le barbare restait parfaitement conscient, rassurant même sa monture nerveuse en lui caressant la croupe.

"Du calme, Vagun'kal, personne ne t'attaquera là-bas."

En arrivant devant les gardes, se présenta et demanda à faire avertir de son arrivée maître Krungr. Après inspection rapide de sa charrette, il fut autorisé à entrer et on lui indiqua où laisser son cheval pendant qu'un garde s'en allait avertir le garzok chauve. Kurgoth se dirigea donc vers les écuries et trouva une place pour y attacher l'équidé. Alors qu'il poussait sa charrette dans un coin, une voix féminine à glacer le sang résonna dans son dos.

"Kurgoth ? Le vieux Krungr n'est pas le seul à se souvenir de toi. Je n'ai jamais aimé les hommes qui cherchent à m'échapper."

Le barbare comprit immédiatement qu'il s'agissait de Lidy'Naël et se remémora ce qu'elle lui avait fait subir. Les poings serrés, il se retourna lentement, s'attendant à une attaque fulgurante de la part de la shaakte. Il n'avait pas fini de se retourner qu'un choc métallique se fit entendre au niveau de son ventre. Voyant son assaillante ramener sa longue chevelure en arrière, sûre de son attaque, il termina sa rotation en arborant un sourire satisfait. Cela ne manqua pas de surprendre l'instructrice qui, d'un vif mouvement de la tête, envoya le lest accroché au bout de ses cheveux droit dans le torse du garzok. Une fois de plus, l'arme inhabituelle ricocha avec fracas contre l'antre de Balmor. Humiliée par son échec, Lidy'Naël préféra tourner les talons en menaçant le chevalier.

"J'en ai pas encore fini avec toi... Si Krungr ne te tue pas en premier."

Loin de se laisser impressionner, mais sans prendre à la légère ses menaces dont il s'occuperait plus tard, Kurgoth traversa la forteresse pour se présenter devant le maître chauve. En s'inclinant devant lui, il s'enquit de savoir s'il avait bien reçu la tête qu'il lui avait fait livrer, condition censée lui assurer de ne pas se faire tuer à vue en arrivant. Suite au hochement de tête approbateur du maître, le barbare expliqua la raison de sa venue et demanda ainsi au maître quelles techniques il pourrait lui apprendre qui seraient particulièrement utiles dans les grandes batailles rangées de la guerre à venir. Krungr gratta un instant son crâne chauve avant de grogner :

"Bataille ? Hmm... Moissonnage. Viens."

Attrapant une kikoup à deux mains posée contre un mur, il siffla afin d'appeler quatre esclaves. Une fois ceux-ci alignés devant lui, le vieux garzok prit un instant pour se concentrer, puis lacéra les quatre torses d'un unique coup horizontal. Il désigna ensuite à son élève quelques mannequins sur lesquels il devrait s'entraîner avant de passer sur des cibles vivantes. Agrippant son nodachi, Kurgoth pensa d'abord qu'il serait aisé pour lui de maîtriser la technique. Il ne tarda cependant pas à déchanter en se rendant compte que tous ces coups ne touchaient qu'une seule cible, son arme se plantant dans cette dernière sans parvenir à atteindre les autres. Ce n'est qu'après de nombreux essais qu'il parvint enfin à toucher une deuxième cible d'un léger geste du poignet servant à assouplir son geste pour laisser glisser sa lame sur la première cible. Il continua ainsi à se familiariser avec cette technique jusqu'à ce que Krungr, en passant voir son avancement, jugea ses progrès suffisants pour cette première phase de l'entraînement.

Puisqu'il arrivait à présent à toucher plusieurs mannequins, le maître garzok fit amener quelques esclaves équipés uniquement des boucliers rudimentaires en bois pour que Kurgoth s’entraînât sur des cibles vivantes et mouvantes. La technique que celui-ci utilisait sur les mannequins montra immédiatement ses limites, notamment par le fait que la lame glissait sur les boucliers rudimentaires n'infligeant ainsi aucun dégât. Ainsi coup après coup, il raffermit sa prise tout en tentant que garder l'amplitude de son mouvement horizontal. Il se rendit cependant compte que cela ne suffisait pas, car, malgré sa force, un mouvement partant uniquement de ces bras paraissait bien faible sur de véritables adversaires. Il se rappela alors sa technique du coup colossal, dans laquelle tout son corps est utilisé pour rendre sa frappe extrêmement destructrice, et s'appliqua à utiliser son corps de manière similaire dans cette nouvelle technique afin que son attaque, répartie sur les différentes cibles, reste dangereuse au lieu d'être totalement diluée et inefficace.

Petit à petit, il parvint ainsi à toucher jusqu'à trois des adversaires avec des dégâts conséquents lorsque Krungr décida qu'il fut temps pour son apprenti de tester sa méthode en conditions réelles. Les trois adversaires, qui jusqu'ici ne firent que se défendre, reçurent alors des armes et la promesse d'être libérés s'ils survivaient au combat. De son côté, Kurgoth n'avait plus droit à l'erreur, il lui fallait montrer sa capacité à mettre hors combats tous les ennemis en une seule attaque, au risque d'être sanctionné par le maître qui n'hésiterait pas à l'envoyer aux bons soins de la shaakte. Le barbare se mit donc en position, les muscles bandés, et laissa lentement approchés les esclaves. Lorsqu'ils furent à sa portée, il fit un pas en avant, se mettant de côté, et pivota brutalement l'ensemble de son corps pour faire fendre l'air à son arme avec autant de force possible sur la plus grande distance. La lame siffla dans les airs en un éclair d'acier horizontal touchant ses cibles sans pourtant les abattre. Voyant le vieux Krungr froncer les sourcils, le chevalier se remis en position et frappa à nouveau. Ses ennemis étant blessés une fois de plus, mais toujours debout. Il rugit pour se donner du courage et frappa une dernière fois, les mettant à terre après ce dernier assaut. Le prêtre de Thimoros se tourna alors vers son instructeur pour écouter son verdict.
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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » jeu. 7 mai 2020 22:56

Contrat contre autrui

Y'a-t-il pire que l'ennui en ce monde ? Eteslë en doute en cet instant. Elle veut avancer, mais se trouve coincée ici, dans ce dortoir sordide avec les patauds qui l'emplissent. Une belle brochette de mous du bulbe, sans doute fiers d'être à la solde d'une soi-disante déesse qui n'a visiblement pour eux que du mépris aux vues des conditions dans lesquelles ils vivent. La cogneuse n'est pas de ceux-là. Elle n'a pas prêté allégeance, n'a que faire d'une guerre qui ne la concerne pas et ne l'intéresse en aucun cas. Ce qu'elle veut, c'est être libre, retrouver son passé et taper sur quelqu'un pour passer ses nerfs mis à rude épreuve par les imbéciles qui lui lancent des regards suggestifs et des sourires en coin en se croyant malins.

Après son combat avec l'autre montagne de muscles, elle a commencé à sentir des regards sur elle. Deux genres de regards bien distincts. Ceux emplis d'un certain respect, murmurant un surnom prouvant sa force sur son passage, et les autres, plus intéressés par ses formes que par ses actes et qui se révélaient nettement plus énervants qu'elle ne l'aurait cru. L'un en particulier, un Shaakt, ne cesse de lui jeter des regards qui se veulent probablement charmeurs ou suggestifs, mais tout ce qu'il parvient à faire, c’est d'énerver la jeune femme tandis qu'elle reprise son habit avec les lanières de tissu qu'elle a récupérées pendant son périple. Elle ajuste un peu son haut, le serre davantage autour d'elle et l'agrémenta de nouvelles bandes pour qu'il couvre plus de surface. Elle commence à bien voir que se balader avec la peau nue met les mâles du coin dans un état proche d'un canidé en rut et elle préfère ne pas tester sa résistance après le combat qu'elle vient de livrer.

La Peau-Verte, même en ayant perdu, lui a tout de même collé de sacrées beignes et la jeune femme peut déjà sentir qu'elle aura de nombreux hématomes dès le lendemain. Déjà certains endroits commencent à bleuir et elle sent ses articulations demander grâce tandis qu'elle s'étire pour faire passer l'horrible sensation de ses membres douloureux. Et elle reste allongée là, à attendre que le temps passe, comptant sur elle ne sait trop quoi pour que le temps passe plus vite. Elle vérifie ses affaires, s'assure que Taloril est bien emmaillotée et protégée dans les bandes de tissu qui la recouvrent. Sans trop savoir pourquoi, elle ressort les petites pierres qu'elle a trouvé çà et là. Elle les examine et joue avec, les faisant sauter dans sa main tout en se demandant quoi en faire.

- De bien jolis cailloux...

Elle tourne son regard vers le Shaakt qui vient de lui parler. Il arbore un sourire d'une blancheur étonnante et fixe avec attention les trois petites pierres. Méfiante, la jeune femme les cache dans ses mains sans le lâcher du regard, étirant un peu plus le sourire de l'elfe qui semble se croire chez lui en venant s'installer sur sa paillasse. Nonchalamment, il étudie la jeune femme, ses affaires et le corps emmailloté de l'Aniathy qui ne la quitte pas. Il repose son regard sur son visage et sourit de nouveau, brièvement, avant de prendre la parole.

- Il se trouve que j'en ai d'autres en ma possession... et il se trouve aussi que tu m'intéresses. J'ai un possible travail pour toi. Intéressée ?

Elle le fixe un instant en fronçant les sourcils. Elle n'aime guère le ton avec lequel il vient lui parler. Semble-t-elle être une mercenaire ? Ou bien chercher-t-il un travail autrement plus intéressant pour lui ? Elle n'est pas une catin que l'on s'offre pour le plaisir et n'a aucunement l'envie d'en être une. Elle a une lettre à délivrer, un corps à restaurer et un passé à fouiller, elle n'a certainement pas que ça à faire. Le Shaakt comprend bien vite qu'il se heurte à un mur, la jeune femme ne lui offrant qu'un regard dédaigneux en réponse. Pourtant, il sourit.

- Allons, je suis certain que l'on peut s'entendre, toi et moi. Je cherche seulement à récupérer un objet. Si tu m'y aides, je te récompenserai. Pas d'entourloupes. Tiens, ces deux runes sont à toi si tu acceptes le marché, et tu seras bien sûr récompensée à la fin du travail. Marché conclu ?

- Quel objet ?

- Oh ! On dirait que ça t'intéresses ! C'est un collier que l'on m'a volé. Je sais qui est le voleur et où le trouver, mais je n'ai pas la force pour le reprendre... Toi en revanche...

- J'y gagne ?

Il sort une bourse, la secoue pour faire entendre les pièces à l'intérieur avant de la ranger.

- Ceci et peut-être une autre rune si tu te montres plus qu'efficace. Bien sûr je serai ravi de t'offrir ma personne pour une nuit...

Elle grogne à ses derniers mots, mais accepte le contrat. Elle a enfin trouvé de quoi tromper l'ennui, et peut-être un moyen de se remplir les poches avant d'aller à Omyre. Elle reste néanmoins méfiante lorsqu'il lui tend les deux runes qu'elle examine. Elle n'a aucune idée de leur utilité ou même si ce sont des vraies, mais elle doute que l'on puisse ainsi copier une telle chose. Lorsque le Shaakt lui tend finalement la main, elle hésite un instant, puis la serre. Lui, semble ravi. Elle, de son côté, a surtout envie de se reposer. Si elle doit castagner encore, elle préfère le faire en étant dans un état plus propice qu'actuellement et s'allonge en faisant comprendre au Shaakt que la conversation est terminée. Il laisse ses yeux effleurer la jeune femme qui le fixe d'un regard noir avant de sortir, promettant de revenir le lendemain pour lui donner des précisions. Elle espère simplement qu'elle aura récupérée d'ici là.

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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » jeu. 7 mai 2020 23:04

Quelques menues précisions

Si elle a espéré être rétablie rapidement, son réveil fait de courbatures et de douleurs lui a bien vite fait comprendre qu'elle a surestimé ses capacités de guérison naturelles. Allongée sur le dos, elle tente de trouver une position suffisamment confortable dans laquelle elle peut rester immobile. Le succès de son entreprise est plus que relatif, la majeure partie de son corps semblant avoir décidé de la faire souffrir. Elle se rappelle pourquoi elle évitait de se battre contre les peaux-vertes à présent. Ces montagnes de muscles cognent fort, certes, mais en plus ils sont endurants et ça, ça lui laisse des séquelles bien plus grave que contre un blanc-bec qui embrasse le sol en deux coups.

Pour passer le temps en attendant de se sentir mieux, elle réfléchit. Elle réfléchit à la suite, à quoi faire une fois sortie de cet endroit. Elle doute de pouvoir ficher le camp aussi vite après sa « libération ». Elle s'attend chaque minute à voir un type débarquer pour lui vanter les mérites de l'armée de la Déesse Noire et de toutes les âneries autour de ça. Déesse des Exclus, quelle connerie ! La horde débile qui lui servait d'armée n'était qu'une foule de dégénérés aveuglés par une grandeur qu'ils ne pourront jamais obtenir en suivant les ordres d'une cinglée convaincue que conquérir et dominer va régler les problèmes. Elle envenime la situation, voilà tout ce qu'elle fait. Eteslë n'a que faire de ses inepties et serait bien incapable de témoigner du respect à qui que ce soit qui suivrait aveuglément une telle doctrine.

Omyre. Elle n'a aucun attrait pour cette ville. A vrai dire les maigres informations dont elle dispose ne lui ont guère donner envie de s'éterniser là-bas, mais elle n'a pour le moment pas le choix. Elle doit s'y rendre, c'est la seule chose qu'elle puisse faire, la seule piste qu'elle possède pour récupérer un fragment de son passé morcelé. Elle jette un œil au corps inerte qui gît à ses côtés. Elle doit aussi trouver quelqu'un qui pourra aider l'Aniathy, lui redonner une seconde vie et un corps qu'elle pourra utiliser. Elle ne sait pas pourquoi elle fait cela, mais elle lui doit bien cela, à cette petite chose fragile qui lui a redonné une part d'elle-même en soignant sa gorge et sa voix. Elle est loin de pouvoir chanter à tue-tête, mais au moins n'a-t-elle plus cette affreuse sensation de se faire râper la gorge lorsqu'elle fait le moindre bruit.

En début d'après-midi, alors qu'elle est très occupée à ne rien faire d'autre que se tourner les pouces, le Shaakt revient finalement. Elle soupire avant même qu'il n'approche de sa paillasse. Elle l'a presque oublié celui-là, mais lui se souvient fort bien de leur conversation et le large sourire qu'il affiche le prouve. Peu enthousiaste à lancer une conversation avec un être qu'elle ne pense guère pouvoir apprécier, elle garde un air neutre. Un simple froncement de sourcil vient briser son masque d'indifférence lorsque l'elfe s'assoit de nouveau sur sa couche, comme s'il était chez lui. Elle se redresse de mauvaise grâce, retenant une grimace face aux véhémentes protestations des ses muscles.

- Comme convenu je suis revenu. Le nom de ta cible est Vish'gor. Un Segtek. Lui et sa bande survivent ici en faisant de petits trafics d'objets et d'armes en tout genre, qu'ils volent aux prisonniers ou à ceux trop faibles pour les réclamer. Ils ont profité d'un moment de convalescence pour piller mes affaires et celles d'autres qui seront ravis si tu leur donnais une correction.

Elle ne peut s'empêcher de penser qu'il ne lui dit pas tout. Comment une simple bande de Segteks peuvent se permettre de telles chose alors que le coin grouille de combattants plus forts que ces demi-portions vertes ? Elle fronce les sourcils et lève la main pour le faire taire, n'ayant guère envie de perdre son temps en palabres qu'elle sait d'avance inutiles car complètement biaisées par son interlocuteur.

- Segtek uniquement ?

Le shaakt reste de marbre, mais la jeune femme a eu l'occasion d'observer le manège des menteurs. Dans le bordel qu'elle surveillait, combien ont essayé de tromper sa vigilance en sortant un bobard soi-disant bien pensé pour ne pas payer quelque chose qu'ils avaient fait en dehors des règles ? Combien avaient essayé de la tromper ? Si au début elle n'avait pas de capacité à déceler le mensonge, aujourd'hui c'est différent. Il lui est facile de voir la très ténue crispation de la mâchoire, le léger clignement suivit d'un très bref regard qui dévie sur le côté avant de revenir sur elle en une fraction de seconde. Elle n'est pas dupe. Avant même qu'il n'ouvre la bouche, elle enchaîne.

- Je hais les menteurs.

- Je vois... il se trouve qu'il y a une raison pour laquelle leurs victimes ne leur cherchent pas d'ennuis. Il possède un fauve. Un asternia. Un truc qui n'a pas l'air dangereux comme ça, mais il lui a collé des griffes en acier et ça peut déchiqueter un imprudent sans la moindre difficulté, en plus des aiguilles qu'il peut balancer. Et disons qu'il a déjà fait ses preuves et que les victimes ne sont pas assez fortes pour s'occuper de ce truc et des Segtek autour. Et comme cela arrange les plus puissants de récupérer du matos sans se fouler... Et bien tout le monde est content.

Eteslë soupire en s'affalant sur sa paillasse. Évidemment qu'il fallait que ce soit compliqué. Un asternia. Elle n'avait aucune idée de ce qu'est ce truc, mais combattre un animal ne lui plait pas vraiment. Ils n'étaient pas aussi prévisibles qu'un humain ou un garzok et n'étaient pas cantonnés à des coups de pieds ou poings, ce qui les rendait dangereux. Elle n’aime pas ça, mais elle a une idée.

- D'accord.

Le sourire qui commence à s'afficher sur le visage du Shaakt disparaît bien vite lorsqu'elle pose ses conditions. Oui elle va aller s'occuper de ça quand elle aura récupéré, mais elle lui fait comprendre que ce qu'elle trouve, elle le garde, exception faite du collier. Le shaakt est réticent, mais après tout, elle va clairement risquer plus que quelques coups pour récupérer sa babiole, alors elle compte bien ne pas faire ça uniquement pour le plaisir. Autant s'en mette plein les poches avant d'aller à Omyre. Ne dit-on pas qu'on y trouve tout ce qu'on recherche, pour peu qu'on y mette le prix ?

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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » ven. 8 mai 2020 17:26

Tentative de négociation

Il faut trois jours à la jeune femme pour se remettre d'aplomb. Pendant cette période, elle s'étire régulièrement et observe. Patiemment, elle scrute le baraquement où se trouve le segtek qui garde ce qu'elle doit récupérer. Une douzaine de gobelins s'y trouvent, laissés à l'écart du reste de l'Antre. Ces petits êtres n'ont jamais été très appréciés par les autres races, de ce qu'elle en sait. Trop faibles pour les garzok, trop stupide pour les shaakts, trop fourbes pour les humains. Ces peaux-vertes n'ont jamais vraiment su se démarquer et poser une quelconque domination ou un sentiment d'inquiétude. Si on apprend la menace d'une troupe de segtek, probablement que même des femmes enceintes pourraient trouver cela risible et trouver un moyen de se défendre.

Enfin ça, c'est ce que Eteslë a déduis en écoutant le shaakt parler de cette race qu'elle ne connaît que trop peu. Mais en voyant les créatures de ses propres yeux, elle revoit son jugement. De l'extérieur, ils n'ont rien de très menaçants. Petits, trapus, peu musclés et au physique plus proche d'un enfant humain que d'une machine à tuer, ils n'ont en effet rien de très dangereux. Mais la cogneuse n'est pas dupe. Individuellement, ils sont faibles, mais leur cohésion les rend visiblement redoutables. Ça et leur fourberie. Les lames habilement dissimulées, elle ne les a repérées que parce que l'un d'eux en a sortis une pour menacer quelqu'un, mais elle se doute que tous possèdent ce genre de petites lames cachées.

Plus méfiante qu'elle ne l'aurait été si elle n'avait fait que suivre les conseils méprisants du shaakt, elle se présente pourtant devant leur baraquement le quatrième jour, demandant à voir le fameux Vish'gor d'un ton calme. Celui-ci ne tarde pas. Comme tous ses congénères, il n'a rien de menaçant à première vue, mais la jeune femme reste néanmoins sur ses gardes. Ne jamais sous-estimer son adversaire a toujours payé, elle ne compte pas se faire avoir. L'animal qui l'accompagne, un espèce de gros chat de la taille d'un chien, un pelage rouge et de grandes piques dans le dos, ne l'incite que davantage à la prudence. Le gobelin l'étudie également, visiblement méfiant. Le nom de « cogne-dur » se murmure sur les lèvres de l'un des gobelins et l'effet est immédiat, les gobelins se montrant aussitôt inquiets. La jeune femme sourit narquoisement. Parfois une réputation de casseuse de dents à ses avantages.

- Qu'est-ce que tu veux, humaine ?

- Le collier.

Elle ne précise pas lequel, mais le regard du segtek lui fait vite comprendre qu'il sait de quoi elle parle. Elle se rit d'avance du shaakt. Il lui a demandé de récupérer le collier, en aucun cas de mettre une raclée à ces gobelins. Même si elle adorerait se défouler un peu après ces quelques jours d'immobilité relative, obtenir ça sans difficulté et empocher sa récompense en se jouant du shaakt lui ferait tout autant plaisir. Sans surprise, Vish'gor se montre plus que réticent à se séparer du collier difficilement acquis. Le choix de mots plus que douteux provoque un haussement de sourcil chez la jeune femme, un rictus moqueur sur le visage du segtek et un ricanement chez les autres. Visiblement ces petits malins sont ravis de ce qu'ils font, mais Eteslë s'en contrefiche, elle veut simplement profiter du marché conclu avec le shaakt pour gagner quelques yus et se faire la malle.

- Et si je refuse de te le donner ?

Elle le regarde comme s'il était stupide, ce qui semble l'agacer prodigieusement. Elle montre ses mains, puis les referment en lui lançant un regard évocateur. Un rictus mauvais apparaît sur le visage de Vish'gor, mais il refuse pourtant catégoriquement et se prépare à se battre avant d'ouvrir des yeux incrédules. Face à lui, la jeune femme hausse les épaules et rebrousse finalement chemin, les laissant là, lui et ses sbires, circonspects. Eteslë sourit narquoisement en leur tournant le dos avant de regagner son baraquement où elle enfile ses gants de cuir. Elle n'est pas stupide au point de croire qu'elle va gérer une douzaine de segteks armés en plus d'un fauve. Bien qu'elle préfère les affrontements directs, il va falloir trouver une autre méthode cette fois, et elle sait déjà laquelle. Et cela implique quelques bonnes castagnes à l'ancienne.

Elle attend deux heures avant de ressortir, puis observe nonchalamment le baraquement avant de suivre l'un des segtek qui en sort, probablement pour une petite tournée de rapine. Sans surprise, elle le prend à voler un humain mal en point et, profitant qu'il soit dos à elle, empoigne sa grosse tête avant de la fracasser sur le sol. La violence du choc fait presque aussitôt perdre connaissance au gobelin qu'elle emporte avec elle, le traînant jusqu'à un recoin sombre. Il la reconnaît et crache un glaire ensanglanté avant de la menacer.

- Vish'gor saura.

- J'y compte bien.

Lorsqu'on retrouve le gobelin, quelques heures plus tard, celui-ci est inconscient. Les deux bras cassés et le visage tuméfié, il ne sera pas une menace pour la jeune femme qui est rentrée tranquillement pour nettoyer ses gants du sang poisseux qui les recouvrait. Ce n'est pas aussi défoulant qu'un vrai combat, mais elle s'en contente. Pour le moment.

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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » ven. 8 mai 2020 17:30

Saute-toits

Dans les jours qui suivent, le manège continue. Un segtek à la fois, la jeune femme réduit peu à peu les capacités de Vish'gor à lui tenir tête comme il l'a fait. Pas une fois elle ne retourne le voir, mais elle sait qu'il a compris qu'elle était la responsable. Les regards meurtriers qu'il lui jette en sont une preuve suffisante et, lorsque le septième segtek est retrouvé, il décide finalement d'agir contre l'humaine qui ruine peu à peu son petit groupe qui se réduit comme peau de chagrin. Deux segteks viennent la voir en lui demandant aimablement de les suivre. Narquoise, la jeune femme accepte et retourne donc auprès de Vish'gor qui bouillonne de rage.

- Laisse mes frères en paix ! Je sais que tu es la responsable ! Qu'est-ce que tu veux ?!

- Le collier.

- Tout ça pour ça ?!

Elle hausse les épaules, imperturbable. Elle n'a que faire de l'état de ces gobelins qu'elle ne connaît pas. Elle ne les a pas tué et leurs blessures, si elles seront certes longues à guérir, guériront et ils seront de nouveaux sur pieds. Le Segtek serre ses poings de rage et ses acolytes se font plus menaçants. Les bras croisés de la jeune femmes se mettent doucement le long de son corps. Lorsque le premier gobelin se jette sur elle, elle riposte aussitôt. Se fendant sur le côté, elle le fait rater son attaque et lui saisit le bras pour violemment le tordre avant que son genoux ne percute le visage crispé de douleur du segtek qui s'écroule. Médusés, les autres se figent, laissant tout le temps à la jeune femme de se pencher et de relever sa victime par le col.

Sans ménagement, elle déleste le segtek de deux lames qu'elle range à ses hanches avant de le laisser retomber et d'attendre, patiemment. Leur réaction est bien différente de ce à quoi elle s'attendait. Elle les imaginait se battre effrontément ou bien accéder à sa requête. Mais non, ils s'enfuient, tous. Vish'gor fiche le camp le premier et, grognant contre ce perfide nabot vert, elle s'élance à sa poursuite. Agile et svelte, le gobelin passe rapidement entre les obstacles que la jeune femme doit éviter ou bousculer pour ne pas le perdre de vue. Soudainement, il bifurque et, aidé par un de ses confrères, se fait propulser sur le toit d'un baraquement. Il la toise narquoisement, mais la jeune femme n'a pas dit son dernier mot et fonce sur le mur de l'enceinte.

Sous les yeux ahuris des combattants et des segteks, Eteslë utilise sa vitesse pour faire quelques mètres en courant sur le mur pour agripper le toit du baraquement et s'y hisser d'une simple traction des bras. Vish'gor se reprend lorsqu'elle se rue sur lui et prend ses jambes à son cou, cherchant à se soustraire à l'entêtée humaine qui a visiblement plus d'un tour dans son sac. Eteslë le voit se diriger vers le vide puis franchir d'un bond la distance séparant les deux toits en se réceptionnant d'une roulade pour continuer à courir. La jeune femme le suit, sautant elle aussi par dessus l'écart entre les baraquement. Si le gobelin, chétif, n'a eu aucun problème, l'atterrissage de la jeune femme est plus ardu lorsqu'une partie du toit piètrement conçu s'effondre sous une de ses jambes.

Perdant de précieuses secondes à remonter sa jambe, elle se met néanmoins à reprendre la poursuite. Imitant le gobelin, elle atterrit d'une roulade sur le toit suivant. Voyant qu'elle n'a pas l'intention d'abandonner et qu'il est clairement désavantagé puisque la jeune femme est plus rapide que lui du fait de la taille de ses jambes, il finit par se retourner et sortit ce qu'Eteslë pense être une arme avant de le voir souffler dedans de toute ses forces. Elle se fige, mais rien ne semble se produire et elle avance à nouveau vers le segtek qui sort une dague dentelée en la foudroyant de regard. Patiente, la jeune femme se poste à environ trois mètres de lui et réitère sa demande.

- Le collier.

Le segtek crache sur le toit en la regardant d'un œil mauvais. Elle se contente de hausser les épaules et se prépare à s’élancer lorsque la vision de pattes armées d'acier se posant sur le bord du toit la fait s'arrêter. L'asternia, qu'elle a complètement oublié, vient de grimper jusqu'à son maître qui sourit triomphalement en caressant la tête du félin. Celui-ci ne quitte pas Eteslë du regard, allant jusqu'à feuler dans sa direction tandis que les épines sur son dos s'agitent nerveusement. Le segtek, soudainement bien plus sûr de lui, la toise narquoisement.

- Viens donc le prendre.

La jeune femme hausse un sourcil face à l'assurance soudaine de ce nabot, mais la vue des pattes de son animal et surtout de ses griffes terminées par une armature d'acier, l'incite à la prudence. Elle ne sait pas de quoi cette bestiole est capable et elle s'en méfie. Elle n'a guère de crainte concernant le segtek, aussi concentre-t-elle son regard sur l'asternia qui ne cesse de feuler vers elle. Elle fait un simple mouvement, posant un pied devant elle et, aussitôt, le félin bondit vers elle à toute vitesse, griffes et crocs dehors. Elle grimace et se prépare à le recevoir. Autant pour la simplicité...

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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » mer. 13 mai 2020 00:05

Griffes, crocs, lames et poings.

Le félin ne met qu'une seconde à franchir la ridicule distance le séparant d'Eteslë. Gueule ouverte, il se jette sur la jeune femme qui se se jette sur le sol pour l'éviter, le faisant passer au-dessus d'elle. L'animal dérape sur le toit et revient à la charge sans attendre. Rapide, il est sur la jeune femme alors qu'elle se relève encore et elle ne doit sa survie qu'à ses réflexes, la patte griffue passant au ras de sa gorge. D'un bon, elle s'éloigne et choisit d'aussitôt courir sur le côté pour avoir le gobelin en visuel. Celui-ci s'était approché, pensant avoir une ouverture pour frapper vicieusement, mais la cogneuse n'est pas stupide.

Le félin a ralenti et fixe Eteslë en avançant lentement sur sa droite tandis que le gobelin fait de même sur la gauche. Avant même qu'elle ne puisse choisir une cible, le gobelin lance sa dague vers elle. D'un souple mouvement de hanche, elle l'évite pour ensuite voir le félin bondir sur elle. Elle se laisse tomber au sol et arque ses jambes pour le recevoir. Lorsqu'il lui tombe dessus, elle ne propulse derrière elle de ses jambes, mais ses griffes armées d'acier ont le temps de creuser de sanglants sillons sur ses triceps, la faisant grogner de douleur. Le félin s'écrase derrière elle, indemne tandis qu'elle se relève en jurant entre ses dents, l'hémoglobine descendant lentement le long de ses bras.

Elle n'a guère le temps de s'y attarder qu'il repart déjà à l'assaut. Une nouvelle dague lancée par le gobelin lui taillade le flanc mais elle se focalise uniquement sur le félin qui cherche à la mordre à la jambe cette fois. Vive, elle écarte ses appuis des mâchoires de l'animal en bondissant sur le côté et, bandant ses muscles, décoche un coup de pied dans le flanc de l'asternia qu'elle envoie bouler plus loin. Il glapit de douleur mais se relève rapidement en feulant avant de faire un curieux mouvement. Les épines sur son frémissent et Eteslë se remémore les paroles du shaakt à propos de l'animal. Il peut lancer ses aiguilles. Sans perdre une seconde, elle se jette en arrière au moment où il projette ses aiguilles. Elle les évite pour la plupart, mais une vient frôler sa tempe et l'autre vient se planter profondément juste sous ses côtes.

(D'accord... là tu me gonfles...)

Elle se relève en grimaçant, extirpant l'aiguille de son corps d'un geste sec et rageur. La blessure a beau être profonde, ce n'est qu'une aiguille et cela ne saigne pas tant qu'elle l'aurait cru. Le félin, lui, repart déjà à l'assaut, mais cette fois la jeune femme, passablement énervée, est prête. Elle se prépare à agir avant même qu'il ne bondisse. Puis, lorsqu'il est en l'air, elle arme son poing et, d'un uppercut, frappe violemment l'animal juste sous la mâchoire. Le corps de la bête s'arque sous l'impact du coup conjugué à sa vitesse et il retombe lourdement sur le sol. Elle s'apprête à l'achever mais la dague qui frôle son bras lui fait perdre une précieuse seconde que le félin met à profit pour bondir en feulant de colère. Le gobelin, lui, sort finalement une lame plus longue qu'une dague et se met à lui foncer dessus, son animal faisant de même, toute griffes dehors.

Elle cesse de réfléchir, ne réagit que d’instinct. Elle se rue vers le gobelin, plus fragile que son animal, moins attentif aussi. D'un coup de genou, elle lui explose le nez avant de le saisir par le col. Elle bande ses muscles, se retourne et envoie le Segtek directement vers son animal. Surpris, aucun des deux ne peut réagir à temps et l'asternia se reçoit son maître en plein museau. Les deux s'effondrent, mais la jeune femme n'en a pas fini. Vive comme un serpent, elle saute sur le dos du félin au sol dont elle vide l'air de ses poumons. Tirant une des deux lames qu'elle avait prises un peu plus tôt, elle l'enfonce dans le sommet de crâne de l'animal, puis la fait tourner d'un quart sur le côté en appuyant de toutes ses forces. Après un soubresaut brutal qui manque de la désarçonner, l'animal cesse tout mouvement.

Elle reprend son souffle avant de tourner son regard vers le Segtek qui cherche à s'éloigner d'elle en boitillant. Sans plus s'intéresser à la carcasse inerte de l'asternia, elle se redresse. Vish'gor, visiblement dos au mur, cherche une échappatoire du regard malgré la lame qu'il a toujours dans la main. Comme rien ne semble pouvoir le sortir de cette situation, il fixe la jeune femme dont le visage s'orne d'un sourire carnassier tandis que ses doigts se ferment en deux poings prêts à frapper. Le Segtek pâlit et recule, s'approchant peu à peu du bord du toit.

- A... Attend, on peut s'arranger, pas vrai ? Je te donne le collier et tout ce que tu veux si tu me laisse partir !

Un simple haussement de sourcils lui répond. La jeune femme peut voir la sueur couler sur le front ensanglanté du Segtek qui cherche désespéramment à se sortir de la situation dans laquelle il s'est fourré tout seul. Elle lui a pourtant proposé de lui donner le collier sans faire d'histoire. Mais non, il a voulu jouer au plus malin et le voilà à sa merci. La jeune femme grimace en sentant ses bras la brûler. Les griffures sur ses triceps la lancent et saignent toujours, elle a hâte de pouvoir les soigner, aussi presse-t-elle le pas vers Vish'gor qui sort alors sa lame et se met à hurler.

- Soit maudite ! Je vais te tuer !

Bien peu intimidée, c'est avec un certain mépris qu'elle le voit lui foncer dessus avec sa lame. S'ensuit une avalanche de coups désordonnées en provenance du gobelin qui cherche à la taillader sans vraiment y parvenir. Si les bras de la jeune femme la font souffrir, ses jambes sont en parfait état et elle n'a guère de difficulté à éviter les attaques hasardeuses de la peau-verte. Après un trop ample coup une fois de plus manqué, la jeune femme lui donne un violent coup de pied dans les côtes qui le jette au sol en le faisant se tordre de douleur. Elle jette au loin la lame qu'il a lâché et lui fait relever la tête avant de s'emparer sans ménagement du collier qu'il porte autour du cou, ainsi que de la petite bourse qu'il porte à la ceinture. Elle le laisse ensuite retomber tandis qu'il gémit en crachant du sang. Elle hésite une demi-seconde puis se détourne en cachant son butin. Elle s'éloigne avant d'entendre le gobelin l’interpeller.

- Tu... m'achèves pas.

- Tu préférerais ?

Il nie vigoureusement de la tête et Eteslë se détourne de nouveau avant de descendre du toit, non sans difficulté. Malgré l'assurance qu'elle devait montrer au gobelin, ce combat l'a salement amoché et les vieilles douleurs liées au pugilat contre Throk se réveillent, sans compter ses bras en charpie. Elle n'a qu'une idée en tête, retrouver la direction de son dortoir et qu'on lui fiche définitivement la paix avant qu'elle ne puisse tout simplement foutre le camp.

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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » lun. 1 juin 2020 00:07

En serrant les dents

En rentrant dans son baraquement, les bras et les mains couverts de sang, la jeune femme peut sentir les regards qui se posent sur elle. Elle ignore superbement tout cela et s'assoit sur sa paillasse avant d'utiliser les derniers bouts de tissus pour bander ses bras après les avoir lavé à l'eau claire. Elle serre la mâchoire sous la douleur, mais n'émet pas le moindre son. Elle ne sait pas s'il y a un quelconque dispensaire dans cet endroit, mais elle préfère s'occuper de ça immédiatement, histoire d'éviter de se vider de son sang ou de choper une infection en se baladant les bras à l'air avec toutes les pourritures, vivantes ou non, qui traînent ici. Elle vérifie que ses affaires sont toujours bien là et entreprends de nettoyer sa plaie au flanc, qui commence tout de même à l'inquiéter. Elle n'a rien pour la panser et sent bien que le saignement, bien que léger, ne s'arrête pas et ne va pas cesser tout de suite.

Elle se lève finalement en comprimant sa blessure de sa main, avant de sortir à nouveau. Elle demande au premier venu où elle peut être soignée et il lui indique un bâtiment semblable aux autres, précisant qu'elle ne peut pas le manquer, avec les cris. Elle hoche la tête et se dirige rapidement vers le fameux dispensaire, évitant soigneusement la place centrale, histoire d'éviter de devoir combattre dans son état. Elle se repère effectivement grâce à un hurlement provenant d'un bâtiment similaire aux autres, mais où un écriteau indique bien que c'est un dispensaire.

Lorsqu'elle entre, l'odeur du sang et de la mort la prend à la gorge et elle fronce le nez. Bien que ce soit un endroit dédié à la « santé », la propreté est tout aussi relative que dans le reste de l'Antre. Elle évite une petite flaque de sang avant de se poster bien en vue d'un humain qui se nettoie les main, un air las sur le visage. Les cheveux blonds terne et lui tombant sur le visage, des yeux bleus cernés de cernes, il est maigre et ne semble guère en forme. Il baille lourdement avant d'apercevoir Eteslë et de soupirer en avançant vers elle d'une démarche hésitante.

- C'pour quoi ?

Elle hausse un sourcil, se demandant si cet homme ne ferait pas mieux de dormir un peu plus, mais écarte sa main et montre la blessure. Un éclair de soulagement passe dans le regard du type épuisé qui lui fait signe de le suivre. En traînant les pieds, il l'amène près d'un meuble qu'il ouvre avant de fouiller à l'intérieur. Il en sort finalement une fiole, ce qui ressemble à un pot fermé et un tissu sombre. Il lui fait signe de s'allonger sur une paillasse proche. Le regard de la jeune femme se pose sur le couchage encore taché de sang et revient vers le médecin qui semble comprendre et soupire.

- Tu veux le faire toi même ?

- Plus simple.

Il semble revivre et, sans hésiter, fourre tout ce qu'il a sorti dans les bras d'Eteslë en lui donnant l'ordre d'application, avant de joyeusement se diriger vers le fond du bâtiment, chantonnant qu'il va enfin dormir. Cela arrache un rictus amusé à Eteslë qui n'attend pas plus longtemps et sort du dispensaire avec ses trouvailles. Évitant toujours la place centrale, elle se hâte de retourner à son baraquement et de se poster sur sa paillasse.

Elle retire les bandages de ses bras, débouche la fiole et en verse un peu sur les griffures. Elle se mord l'intérieur de la joue jusqu'au sang pour ne pas hurler de douleur lorsque le liquide rencontre la chair à vif. Elle a l'impression d'avoir plongé son bras dans de l'acide et ferme les yeux en inspirant fortement, tentant tant bien que mal de juguler la douleur. Sous ses yeux, les griffures deviennent moins sanglantes comme si elle se résorbaient. Sans attendre, elle applique le baume contenu dans le pot avant de bander le tout et de recommencer sur l'autre bras. Là encore la douleur est atroce, mais elle s'y attendait et l'application est plus rapide, le bras bien vite bandé après y avoir appliqué l'onguent. Lorsqu'elle s'occupe de la blessure à son abdomen, elle manque de tourner de l’œil et il lui faut un moment avant de parvenir à reprendre le contrôle de son corps, d'appliquer le baume et de serrer le bandage autour de son ventre.

Lorsqu'elle termine enfin, elle s'effondre sur sa paillasse en poussant la fiole désormais vide, la faisant tomber au sol dans un tintement de verre. Elle inspire lentement, expire de la même façon, les bras croisés au dessus de ses yeux. C'est à peine si elle fait attention à son environnement pendant l'heure qui suit, avant de se redresser en sentant sa paillasse s'affaisser légèrement. Face à elle, le shaakt. Il lui offre un large sourire alors qu'elle grogne, exaspérée de voir qu'il se croit chez lui en s'installant ainsi sur son couchage. Pourtant elle sait pourquoi il est venu et s'installe plus confortablement en sortant le collier qu'elle montre. Alors qu'il tend la main, elle recule la sienne en plissant les yeux.

- Dure en affaire hein ? Je veux juste être sûr que c'est bien celui-là...

Elle le tend à nouveau, sans le lâcher et, après examen, le shaakt arbore un air satisfait et sort la fameuse bourse promise. Mais Eteslë a autre chose en tête et récupère le collier.

- Je veux partir.

Le shaakt l'observe un moment avant de hausser les épaules.

- Techniquement tu es libre, mais je vois le problème. Je doute qu'ils te laissent filer sans histoire après ce que tu as fait. On passe un nouveau marché ? Je te trouve une porte de sortie toute faite, un vrai tapis rouge et en échange...

- Garde ta bourse.

- Bon... je pensais à autre chose, mais j'imagine que c'est un bon prix. Soit. Je te tiendrai au courant... Après si tu veux t'envoyer en l'air, tu auras ta bourse de yus... entre autre.

Le regard lubrique qu'il lui lance ne lui permet que de récolter un regard noir. Il s'empresse de reculer, après avoir récupéré le collier, lorsque la jeune femme serre les poings avant de filer. Il sort, non sans lui avoir soufflé un baiser, horripilant un peu plus la cogneuse qui laisse échapper un soupir d'exaspération. Elle a peut-être trouvé un moyen de ficher le camp sans attirer l'attention, et c'est finalement là dessus qu'elle se focalise. C'est tout ce qui compte.

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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » ven. 26 juin 2020 13:49

Obscurité poisseuse

Les jours passent, lents et monotones. Quoi que renfermait la fiole donnée par le type du dispensaire, l'effet a été efficace et c'est à peine si on voit encore les marques rosées imprimée su la peau de la jeune femme. Elle finit par retirer les bandages improvisés et les jeter. Même son ventre semble parfaitement remis de la profonde blessure reçue, laissant la jeune femme perplexe quant au contenu de la fiole. Les potions de soins sont chères lorsqu'elles sont efficaces. Pourtant d'ordinaire elle ne font pas souffrir leurs utilisateurs. Une recette maison peut-être ? Sans avoir une réponse, la jeune femme finit par ne plus y penser. Guérir lui suffit.

Cinq jours ont passé et elle n'a eu aucune nouvelle du shaakt, ni de personne d'autre. Elle imagine que sa petite altercation avec le chef gobelin l'a suffisamment refroidi à l'idée de s'en prendre à elle en représailles. C'est donc d'un pas confiant qu'elle quitte le baraquement. Difficile de trouver de quoi s'occuper dans cet endroit réservé à la brutalité. Régulièrement, des prisonniers arrivent, vidant les charrettes que l'on remplit de corps sans vie, probablement pour les jeter quelque part et les laisser pourrir dans l’anonymat le plus complet. Un sort peu enviable qu'elle n'a pas l'intention de partager.

Le soir même, alors qu'elle mange sans enthousiasme un gruau aussi peu appétissant qu'immonde, le shaakt revient finalement vers elle. Sa tenue est sombre, couverte de cuir et un capuchon du même matériau recouvre sa tête. Le genre d'équipement que l'on porte lorsqu'on veut être discret, semble-t-il. Cela ne fait que le rendre plus suspect aux yeux d'Eteslë, mais puisqu'il est là pour elle, elle se contente de l'observer venir jusqu'à elle, fronçant les sourcils lorsqu'il s'assit une nouvelle fois sur sa paillasse comme s'il la détient.

- Dans trois heures, à deux baraquements du dispensaire, sur la gauche. Emmène tes affaires.

Et sans rien ajouter, il se lève, laissant la cogneuse circonspecte et quelque peu surprise par le ton sérieux de l'elfe noir. Jusqu'ici il n'a été que moqueur ou sarcastique. Un changement qu'elle prend du bon côté, se disant qu'il a enfin prit les choses sérieusement et cesse de vouloir la mettre dans sa couche à tout prix. N'ayant pas grand chose à faire d'autre qu'attendre, elle s'allonge à nouveau sur son lit, les bras croisés derrière sa tête, fixant le plafond miteux du baraquement. Elle a hâte de sortir de là, de reprendre sa route et enfin trouver ce qu'elle cherche.

Lorsque vient finalement l'heure, elle se lève, empaquette ses maigres possessions et le corps de Taloril sur son dos avant de sortir, échappant aux ronflements incessants des autres pensionnaires endormis. Dehors, la nuit est tombé et rien ne semble vouloir éclairer le ciel nocturne, la Lune elle-même semblant décidée à rester cachée en cette soirée. Avançant à tâtons dans les ténèbres, Eteslë voit finalement sa vision s'adapter au fur et à mesure et se repère finalement, apercevant le fameux dispensaire. Elle suit les indications, prend à gauche, dépasse deux baraquements et voit une silhouette au fond de la ruelle. Une silhouette accolée au mur de fond. Une silhouette qu'elle ne reconnaît pas au premier coup d’œil et qui finit par s'avancer dans sa direction.

Elle hausse un sourcil en reconnaissant le shaakt qu'elle a assommé à son entrée dans l'Antre, juste avant de tuer le Garzok et de regagner un semblant de liberté, débarrassée de ses fers. Il garde une main cachée dans les plis de son manteau et, d'instinct, Eteslë sent que quelque chose cloche. Elle recule aussitôt, les sens en alerte, apercevant rapidement l'autre shaakt, nonchalamment appuyé contre le baraquement le plus proche. Sans pourtant le voir, elle devine son sourire sardonique et reporte son attention sur le premier elfe noir qui s'est arrêté à quelques mètres. Il semble l'observer un moment, avant de s'exprimer.

- Alors tu souhaites quitter cet endroit ? Je savais qu'il fallait sévir avec toi. Tu n'es pas meilleure que les autres, tu plieras comme tous ceux qui sont venus ici. Ou tu mourras. Maître Lidy'Naël adorera te briser.

Il sort enfin la main de son sous son manteau, dévoilant un long fouet qu'il fait claquer. Eteslë observe autour d'elle, cherchant d'autres adversaires éventuels, mais ne voit rien dans l'épaisse obscurité de la nouvelle Lune. Elle cherche à se focaliser sur la silhouette du shaakt, mais la scène plongée dans la nuit rend difficile de percevoir quoi que ce soit pour elle. Visiblement au contraire de son adversaire qui semble ravi.

- Vous les humains êtes si pathétiques...

Un claquement plus tard, le fouet s'enroule autour de la gorge d'Eteslë, se resserrant autour de son cou à l'étouffer. Elle tente de se dégager, tirant de toute ses forces sur le lien qui emprisonne son cou, sans succès et sous les ricanements du shaakt. Alors elle choisit une solution plus radicale. Elle bande ses muscles, attrape le fouet et tire violemment dans sa direction. Surpris, le shaakt est projeté en avant et s'écrase sur le sol. Il ne lâche pas son arme, mais le mou suffit à Eteslë pour se dégager avant de reculer d'un bond en se massant sa gorge douloureuse, une grimace sur le visage et un feu haineux dans le regard, bien décidé à faire payer son geste à ce salopard d'elfe noir imbu de lui-même.

TheGentleMad
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Re: L'Antre des Exclus

Message par TheGentleMad » ven. 26 juin 2020 18:49

-----K-----


Après un instant de réflexion, Krungr hocha la tête avec un grognement d'approbation, confirmant au barbare qu'il avait maîtrisé la technique qui lui avait été montré. La fatigue se faisant ressentir après ces heures d'entraînement acharné, Kurgoth se rendit à sa charrette pour dormir. Avec les menaces de Lidy'Naël, il n'avait aucune confiance quant au fait de dormir dans le dortoir de la forteresse. Ainsi, comme il l'aurait fait en forêt, il dressa sa tente de peau sur sa charrette et répandit autour de cette dernière ses chausses-trappes et son piège à ours avant de les recouvrir de la paille qui recouvre le sol du reste de l'étable. Ces mesures se trouvèrent selon lui parfaitement justifiées lorsqu'il fut réveillé au milieu de la nuit par un claquement métallique tout proche, suivi de près par un cri étouffé. Le barbare se saisit alors aussitôt de son arme et sortit de sa tente juste à temps pour voir un ombre s'enfuir en boitant. Un sourire carnassier empreint de satisfaction déforma sa face alors qu'il réarma son piège avant de se rendormir.

Lendemain, alors qu'il avalait le ragoût fait des morts de la veille, un enfant armé d'un balai se posa en face de lui. Il reconnut alors la jeune garzoke à qui il avait confié le transport de la tête d'Olur. Après l'avoir salué, celle-ci lui apprit qu'une rumeur circulait dans l'antre ce matin-là. Lidy'Naël avait été aperçue portant une attelle à la jambe droite et semblait plus cruelle et furieuse qu'à son habitude, pestant particulièrement à l'encontre d'un garzok dont tout le monde cherchait l'identité avant qu'il ne se fasse tuer. Kurgoth se mit à ricaner répondant d'un ton moqueur :

"Qu'elle revienne si elle aime tant mon piège à ours, lui aussi a l'air de l'apprécier. Mais ne te montre pas trop avec moi, tu risques d'avoir des ennuis."

Ignorant l'expression de surprise de son interlocuteur, le prêtre se relève en lui tapotant le sommet du crâne avant quitter la pièce pour commencer sa deuxième journée d'entraînement. Arrivé devant l'instructeur, le barbare demanda de nouveau s'il y avait une autre technique qui pourrait lui être utile. Krungr le jaugea un instant puis fit signe à quelques élèves d'approcher. Sans crier gare, il se rua sur eux et, les bras écartés, en renversa six lors de l'impact. Il se retourna alors vers le prêtre pour grogner :

"Bélier."

L'instructeur fit signe à Kurgoth de s'entraîner dans un coin de la pièce avec quelques prisonniers, alors uniquement équipés de boucliers sommaires en bois pour les aider à encaisser les coups. Lors de sa première tentative, le barbare chargea tel un buffle, mais, en fonçant tête baissée, il ne prêta pas attention à ses cibles. Celles-ci n'eurent qu'à faire un pas de côté ou se baisser pour que le colosse les rate complètement et finisse sa course en se cognant avec fracas contre un mur. Alors qu'il reprenait ses esprits, Kurgoth entendit les prisonniers se moquer de lui. Furieux, il se rua à nouveau dans leur direction. Cette fois, au lieu de continuer à foncer tête baissée et pour être certain de les atteindre, il plongea en avant sur les derniers mètres pour que l'impact ait lieu au niveau de leur taille, les empêchant d'esquiver en se baissant ou en sautant. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'était qu'une fois dans les airs, il n'eut plus la possibilité de changer de direction, voyant ainsi, totalement impuissant, sa tête se diriger droit vers un bouclier de bois.

La brute se réveilla en sursaut un temps indéterminé plus tard, lorsqu'il reçut un seau de pisse en plein visage. Le choc contre le bouclier, ajouté à celui contre le mur qui l'avait déjà amoché, lui avait manifestement fait perdre connaissance. Il se promit de ne plus refaire cette erreur, les plongeons idiots, c'était fini. Kurgoth chargea alors encore et encore les prisonniers, mais sans non plus le faire tête baissée, guère envieux de renouveler l'échec de sa toute première tentative. Au fil des essais, il parvint à mieux se représenter son propre gabarit dans l'espace et surtout par rapport à la position de ces cibles, parvenant à en toucher une, puis deux, puis trois lors d'un seul passage. Un grognement retentit soudain :

"Ton arme !"

Comprenant rapidement que Krungr s'adressait à lui, il prit un instant pour réfléchir. Effectivement, il s'était entraîné désarmé jusqu'ici, situation improbable s'il devait utiliser cette technique lors d'un véritable combat. Le barbare tira alors son nodachi hors de son fourreau, mais hésita un instant avant de s'élancer. La lame était longue et plutôt fine, ce qui ne rendait pas l'arme très adaptée à l'utilisation de cette technique pour laquelle une grosse massue lui semblait plus appropriée. Il se montra donc prudent dans ses charges suivantes afin de ne pas fracasser sa lame et petit à petit reprit confiance jusqu'à pouvoir utiliser l'arme comme un prolongement de son corps pour toucher encore plus d'adversaires.

C'est alors que Krungr arma de bâtons les prisonniers afin de se rapprocher encore des conditions réelles. Kurgoth chargea alors sans changer sa technique, et le paya rapidement. En effet, juste avant l'impact, il sentit l'un des bâtons s'écraser sous son menton, l’assommant sur le coup. Après s'être fait réveiller de la manière que la fois précédente, sous le regard sévère de l'instructeur, il du reconsidérer son approche. Foncer tête baissée l'empêchait de viser correctement et d'éviter au passage les attaques ennemies, mais garder la tête haute offrait son menton comme une cible de choix pour l'arrêter. Le garzok s'attela alors à jauger à travers divers essais à juger du moment le plus opportun pour baisser la tête afin d'exposer la partie la plus dure de son crâne, tout en gênant le moins possible son attaque.

Vint finalement l'heure de prouver sa bonne maîtrise à l'instructeur. Devant Krungr, Kurgoth fit face à cinq prisonniers armés, cette fois-ci, de lames tranchantes. Profitant des quelques mètres les séparant, le barbare dégaina son arme et se rua dans la direction de ses cibles. C'est sur le dernier mètre avant l'impact que le colosse, retenant la position de chacun, baissa sa tête et étendit brusquement ses bras, bandant aussitôt l'ensemble de ses muscles pour les rendre aussi durs que l'acier. La tête baissée, il vit à travers son casque les lames rebondir sur l'Antre de Balmor tandis qu'une d'elles glissa sur le haut de son casque. Il fut aussitôt ralenti dans sa course par l'impact contre les cinq adversaires dont il parvint cependant à traverser les rangs alors que ceux-ci titubaient pour ne pas tomber au sol.
1181mots

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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » ven. 26 juin 2020 20:51

Sur fond de trahison

Les yeux plissés, tentant d'apercevoir avec plus de netteté la silhouette de son adversaire, Eteslë inspire profondément. Une infime fraction de seconde, son regard capte la forme de l'autre shaakt, immobile, mais ne s'y attarde pas. Elle se sait déjà désavantagée dans une telle obscurité, elle n'a pas le temps de laisser ses pensées vagabonder ou son regard sur perdre sur autre chose que celui qui se relève et lui fait face, son fouet à la main. Ne pouvant se fier totalement à ses yeux, elle se concentre, tente d'ignorer les sons parasites comme le battement de son cœur ou le bruissement du vent contre les murs des baraquements alentours.

Elle sait qu'elle ne doit pas faire durer le combat, mais attend patiemment une ouverture. Lorsqu'elle perçoit le mouvement de son adversaire, elle bondit vers lui. Le fouet claque près de ses oreilles, traçant un sanglant sillon sur son épaule. La douleur, soudaine, est cuisante, mais elle continue de charger, arrivant face à celui qui tente de la rendre esclave d'une pensée dont elle refuse l'emprise. Elle s'abaisse, serre le poing, avant de redresser tout son corps, frappant le shaakt sous le menton d'un violent uppercut qui le fait presque décoller du sol avant qu'il ne s'effondre. Sans attendre, elle écrase la main armée de son pied et envoie le fouet loin de son propriétaire qui, vif comme un serpent, se dégage malgré tout.

- Espèce de petite pute ! Je vais te tuer !

Contre toute attente, c'est lui qui se rue soudainement sur la jeune femme qui le pensait trop sonné pour agir à nouveau avec une telle vitesse. Prise de court, elle grimace lorsque le poing du combattant la frappe sur la joue, la forçant à reculer en tentant de reprendre ses esprits. L'elfe revient à l'assaut, mais elle ne reste pas immobile cette fois et sa dextre frappe, heurtant celle du shaakt, les faisant grigner de douleur tous les deux. Rapide, il bondit sur le côté pour la frapper de son genoux, la touchant à la cuisse. Une douleur sourde la prend et elle titube une seconde, incapable de réagir face à la vitesse de son adversaire qui revient déjà à l'assaut, enchaînant les coups de poings qu'elle parvient à dévier ou éviter. Un nouveau coup, de tibia cette fois, l'atteint au flanc et elle grogne de douleur avant de lui asséner un crochet à l'épaule, le forçant à reculer.

Handicapée par la nuit et la vitesse de son opposant, elle décide d'appliquer ce qu'elle a pu glaner comme enseignement de ce lieu pourri. Elle le laisse approcher et l'échange de coups reprend. Elle évite, dévie, rend attaque pour attaque avant de subir à nouveau le coup de tibia sur la même hanche. Excédée, elle le frappe de toute ses forces de sa dextre, le forçant à se protéger. Satisfaite d'entendre son grognement de douleur, elle bande les muscles de sa jambe et tente de frapper violemment le genou du shaakt qui, loin de s'en soucier, recule en boitant simplement. Eteslë n'a pas dit son dernier mot et prend cette fois l'initiative. Elle a mal jauger l'angle de son attaque la première fois, elle doit corriger cela.

Haletante, elle se remet en garde, poings levés au niveau de son torse, avant de se ruer sur l'elfe qui tente de lui crocheter les pied d'un coup circulaire. Elle l'évite souplement avant de l'atteindre au thorax, vidant l'air de ses poumons. Sa riposte frappe l'épaule de la jeune femme qui tente pourtant d'atteindre le genou de son adversaire à nouveau, mais celui-ci, trop rapide une fois de plus, se décale sur son flanc et l'oblige à se défendre. Un coup sous la poitrine lui coupe le souffle, un autre sur les côtes la fait grimacer, mais elle sent l'opportunité et lève son pied lorsqu'il tente de frapper son visage. Elle assène un coup brutal de son talon sur le genou de son adversaire, pile sur le côté de l'articulation qui ploie sous la violence du coup. Un bref cri de douleur, et le shaakt tombe au sol.

- Je pense que ça ira, Knelsh'ki. Tu vois bien que tu ne peux la battre.

L'autre shaakt s'est finalement avancé vers les deux belligérants, les mains levées en un signe d'apaisement, mais le fameux Knelsh'ki ne l'entend pas de cette oreille et se relève en se ruant sur Eteslë. Celle-ci, excédée par ce combat, évite d'un mouvement de torse le poing qui visait son plexus solaire et arme à nouveau sa jambe pour délivrer un nouveau coup sur le genou de son adversaire, histoire de l'handicaper pour de bon. Cela lui semble bien plus simple que précédemment et elle le touche sans difficulté, entendant même avec satisfaction un craquement suivi d'un hurlement de douleur tandis que l'elfe s'effondre. Elle s'écarte alors, faisant face au second qui s'approche. Il l'ignore pourtant et se dirige vers son homologue qui peste, lui ordonnant de tuer la jeune femme.

- Hélas, Knelsh'ki, les morts ne donnent pas d'ordre.

D'un souple mouvement du poignet, il ire une dague de sa manche et, dans le même geste, tranche la gorge du shaakt qui s'écroule, hoquetant en tentant de se tenir la gorge d'où suinte un sang poisseux. L'assassin se redresse, imperturbable et se retourne face à EtesLê qui n'a pas bronché face à la scène. Elle se tend légèrement lorsque sa main disparaît dans les plis de son manteau, mais elle ouvre les mains pour rattraper l'objet lancé. Une bourse.

- Comme promis. Vois ça comme un dédommagement pour ce qu'il vient de se passer. On s'occupe de te sortir d'ici ?

Elle observe un instant l'elfe avant de hausser les épaules, de ranger la bourse bienvenue et de lui emboîter le pas, laissant derrière elle le corps agonisant de celui qui aurait mieux fait de ne pas lui chercher des noises, cette fois.

***

(((tentative d'apprentissage de la cc "fracassage de rotule" commencé ici)))

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Eteslë
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Re: L'Antre des Exclus

Message par Eteslë » sam. 27 juin 2020 17:12

Sortie de l'ombre

Sous le couvert de la nuit, les deux silhouettes progressent silencieusement entre les baraquements où l'ont peut percevoir les ronflements sourds de dizaines de dormeurs. Si le shaakt est plutôt rapide, la jeune femme, elle, claudique, peinant à se remettre d'un combat qui n'a rien eu d'une promenade de santé. Pourtant, elle fait bonne figure et avance sans émettre le moindre son, se contentant de serrer les dents lorsqu'un de ses muscles la lance. La taillade sur son épaule n'est guère profonde mais la sensation est gênante, mais ce sont surtout les coups reçus aux hanches qui la préoccupent, certaine qu'elle est d'avoir un superbe hématome dans quelques heures.

Un pas après l'autre, elle suit pourtant son guide qui se dirige d'une démarche tranquille vers la porte d'entrée. Un instant, la jeune femme fronce les sourcils, craignant que le shaakt ne la dupe, mais celui-ci ne s'en rend pas compte et s'approche de l'un des gardes, un solide garzok en armure sombre portant une impressionnante hallebarde. Une arme probablement très dissuasive, contrairement à son porteur qui semble à deux doigts de s'endormir. Le bougre laisse échapper de longs bâillements à s'en décrocher la mâchoire, à tel point qu'Eteslë pourrait sans difficulté compter le nombre de dents qu'il possède si elle s'y intéressait.

Le shaakt, lui, s'adresse au garde d'un ton calme, presque trop. La discussion est à sens unique, l'elfe parlant, l'autre étant vaguement à l'écoute avant que ses petits yeux porcins ne s'illuminent sous le feu des torches les surplombant. Une petite bourse change de main et le garde se détourne, feignant un soudain sommeil qui n'allait de toute façon pas tarder à poindre pour de bon. Eteslë observe la scène, cachant sa perplexité derrière un masque de grimace qu'elle ne parvient pas totalement à retenir. Lorsque le shaakt se tourne vers elle, ell hoche la tête et le suit finalement en dehors des murs de l'antre, surprise de la facilité avec laquelle elle peut quitter l'endroit. Sa surprise doit se déceler sur son visage car le shaakt sourit, amusé.

- Il suffit de connaître les bonnes personnes et de soudoyer au bon moment. Personne ne fera attention à ton départ après cela.

- Pourquoi m'aider ?

- A l'origine je voulais vraiment t'avoir dans mon lit. Et puis je me suis servi de toi pour me débarrasser de ces satanés gobelins et, même si ce n'était pas prévu, de l'autre insupportable Knelsh'ki. Vois ça comme un remerciement pour services rendus. Je n'aurai pas pu m'opposer à lui, je ne suis pas un combattant, j'ai simplement profité de l'occasion pour l'achever et pouvoir prendre sa place. Et toi parti, personne d'autre que moi ne connaîtra la vérité, donc je me débarrasse d'un témoin gênant sans me salir les mains.

Eteslë acquiesce, comprenant finalement les motivations du shaakt qui s'approche d'elle, un sourire aux lèvres. Avant qu'elle ne réagisse, ses mains se posent sur ses hanches et caresse sa peau nue, lui envoyant un frisson le long de l'échine. Difficile de dire si c'est un frisson de contentement ou d'alarme, mais la jeune femme apprécie moyennement le geste et est à deux doigt de frapper l'importun qui s'écarte soudainement, lui adressant un clin d’œil qui la fait grogner.

- J'aurai vraiment voulu profiter de toi de bien des manières... L'occasion se présentera peut-être à nouveau, Omyre n'est pas si éloignée après tout. Si un certain Vol'shka te demande, tu saura que c'est moi, ma belle.

Après un dernier clin d’œil qui fait de nouveau froncer les sourcils de la jeune femme, il lui adresse une parodie de courbette avant de pénétrer dans l'enceinte de l'Antre, laissant à la jeune femme l'étendue sombre des monts sanglants et des grandes plaines au loin comme terrain de jeu. La liberté qu'elle désire et qui lui tend à nouveau les bras. Rehaussant son fardeau sur ses épaules, elle quitte l'endroit sans un regard en arrière, s'éloignant des hauts murs qui, étonnamment, ne laissent pas résonner les hurlements de ceux dont l'âme sera à jamais prisonnière de cette endroit maudit.

Suivant le sentier serpentant jusque dans les plaines menant à sa destination, la jeune femme finit par s'arrêter, le front en sueur, dans une alcôve qu'elle a déniché par hasard, comme si la chance lui souriait enfin après tout ce temps. Une cavité sombre, humide et étroite dans laquelle elle s'engouffre malgré tout, posant son fardeau à côté d'elle avant de s'enrouler dans sa couverture. Elle passe une nuit pénible, inconfortable, mais parvient à trouver le soleil jusqu'à une heure avancée de la matinée, la cavité offrant une certaine protection contre les rayons du soleil et une fraîcheur bienvenue.

Lorsqu'enfin elle s'extirpe de sa cachette, son corps endolori ne suffit plus à la faire grimacer. Comme prévu, des bleus et hématomes parsèment son corps et une marque violette s'étend sur le côté gauche de son visage, mais elle ne s'en soucie guère et son regard s'étend devant elle, apercevant, loin au Nord, l'ombre de sa destination. La Cité Sombre, lieu de biens des dangers, mais aussi terre de possibilités. Même de loin, Eteslë peut en discerner les contours sombres des hautes murailles qui l'entourent. Il ne lui reste qu'un infime partie de son voyage à faire, mais elle sait qu'elle se doit de rester vigilante à tout prix. Le séjour dans l'Antre a été bien trop dur pour son corps qui aurait bien besoin de récupérer. Au moins se rassure-t-elle en se voyant déjà dans une auberge, dormant tout son saoul dans un lit propre. Un sourire étire ses lèvres et elle se remet en route, bien décidée à arriver au plus vite.

Il lui faut quelques heures pour descendre le sentier et parvenir à l'entrée des plaines surplombées par les Monts Sanglants. D'ici, la cité n'est plus aussi visible, mais la jeune femme connaît la direction qu'elle doit prendre et continue sa marche sous un ciel clair orné de cotons paresseux qui offre parfois une ombre bienvenue sous la chaleur du Soleil. Elle n'espère croiser personne pendant le reste de son périple et, après avoir doucement remis Taloril sur son dos après avoir mangé au bord d'un ruisseau, elle se remet en route, pleine d'attentes pour la suite.

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