Les Plaines Damnées

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Yuimen
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Les Plaines Damnées

Message par Yuimen » mar. 2 janv. 2018 15:00

Les Plaines Damnées

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Il est des lieux qui semblent avoir été oubliés des Dieux, des lieux où jamais la paix ne trouve à s'enraciner durablement, des lieux où la guerre et la haine paraissent sourdre de la terre elle-même pour corrompre ceux qui les arpentent. Les Plaines Damnées en font partie, elles qui ont vu mille batailles ensanglanter leur sol, elles qui sont disputées depuis la nuit des temps par tous ceux qui ont eu la folie de s'y établir. Le doux nom qui les désigne aujourd'hui leur fut attribué aux alentours de -7'900 avant notre ère par les Earions, après qu'ils aient été massacrés par les Garzoks ramenés du monde de Nargrum par Oaxaca et que leur ancienne capitale, Omyre, soit tombée sous le joug de la ténébreuse déesse.

Vastes étendues du nord de Nirtim, elles possèdent des reliefs variés, parfois plates à perte de vue, parfois tortueuses et encombrées de rochers, couvertes d'herbes coriaces aux teintes sinistres ou aussi arides que le coeur d'un mort-vivant. Terres de guerre, elles sont souvent jonchées d'ossements blanchis par le temps et de vieilles pièces de ferraille piquées par la rouille, parsemées aussi de zones noircies par les incendies ou rendues stériles par l'usage des plus sombres magies. Nombreuses sont les ruines qui y dressent leurs restes lugubres, témoignant de la fureur d'un passé de violence qui jamais ne se laisse engloutir par le temps.

Aujourd'hui elles sont massivement occupées et parcourues par les légions d'Oaxaca et les terrifiantes créations des Treize, principalement dans les zones frontalières et autour d'Omyre, certes, mais n'allez pas croire que vous y trouverez le moindre endroit sûr, ce serait sans doute votre dernière erreur. Innombrables sont les tribus Garzoks ou Sektegs qui les parsèment et qui, bien souvent, se livrent entre eux des guerres claniques sans merci ou se lancent dans des raids meurtriers sur les contrées voisines. Il n'existe que deux lois ici, celle du plus fort et une soumission absolue envers la sombre Déesse qui a étendu son règne de terreur sur tout le nord du continent.

Lieux particuliers au sein des Plaines Damnées :

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TGM
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Re: Les Plaines Damnées

Message par TGM » lun. 8 avr. 2019 14:21

-----E-----



Ce voyage me rappelle celui que j'ai fait avec Kurgoth il y a quelques années, c'est la même route et, une fois encore, je dois il y a quelqu'un à surveiller. L'elfe esclavagiste que j'accompagne, Deldrach, mène le cortège tandis que je ferme la marche. Il y a un peu de tout dans ses marchandises, mais principalement des prisonniers de guerre, pas mal d'humain, kendrans ou ynoriens, mais aussi des thorkins. J'y trouve aussi un garzok et quelques segteks, probablement ici suite à des guerres de clans. L'humain que j'ai mis à terre pour me faire accepter par son maître, un grand brun dont je ne fais même pas l'effort de retenir le nom, me lance un regard mauvais dès le début du voyage, quel idiot. Au premier arrêt nocturne, après que Deldrach ait attaché les chaînes au tronc de l'arbre à côté duquel nous campons, je suggère quelques changements de place au sein de la chaîne. Je place ainsi la jeune blonde, seule autre personne que le brun regardait à part moi, à l'arrière de la file. Tous deux, que je soupçonne de former un couple, ont protesté à grands cris, mais le shaakt, cruel comme toute personne mettant les pieds à Omyre, n'a été que plus encouragé par cette réaction à suivre mon conseil.

Cette nuit, comme toutes les autres, Deldrach a monté la garde. Je me méfie de lui, n'ayant aucune envie de finir à mon tour esclave, mais le zèle, dont je fais preuve pour faire avancer les traînards, semble suffisamment lui plaire pour que je n'aie pas de mauvaise surprise au matin. Au premier matin de leur séparation, le grand brun refuse d'avancer tant que sa compagne ne lui est pas rendue. J'ai beau être, tout comme lui un kendran, j'ai appris la vie à Omyre et reste donc insensible à ses accusations de "traîtrise". Il croit que, parce que nous somme de la même race, nous devrions nous entraider. Sottises, je n'ai toujours pu compter que sur moi-même, et parfois quelques alliés temporaires, mais aucun d'entre eux n'a été humain jusqu'ici. Je n'ai donc aucun scrupule à le rouer de coups pour le mettre au pas. Deldrach m'arrête cependant, prétextant que si je le tue, il perdrait toute sa valeur. Finalement, le garzok, qui semble étrangement bien accepter sa condition, le prend sur ses épaules et nous pouvons repartir.

Son regard braqué sur moi, je le provoque me montrant mielleux avec son amante, qui, bien que plus âgée que moi de quelques années, suscite en moi un désir toujours plus intense à mesure que je constate ses formes harmonieuses. Alors qu'une autre journée de marche se termine à un autre feu de camp, au pied d'un autre arbre isolé dans ces plaines, je fais part au shaakt de mon intérêt pour l'humaine à la chevelure d'or, bien qu'elle n'ai même pas daigné me donner son nom ni m'adresser le moindre mot. Celui-ci me défend catégoriquement d'y toucher, il la pense encore vierge et espère donc se faire une petite fortune en la vendant à un bordel de la ville pirate. Je ne parviens cependant pas à détacher mes yeux d'elle, mû par mes hormones, sous le regard débordant de jalousie du brun. Ce soir-là, frustré, je veille tard et me vois contraint de me soulager seul de mon désir avant de réussir à fermer l’œil.

À partir du lendemain, la belle inconnue marche en tête, juste derrière le shaakt et c'est le grand brun qui marche devant moi, en queue de peloton. Le voyage devient d'un coup plus long et morose, heureusement, les jours passent et Darhàm se rapproche. Deux semaines se passent ainsi, les longues journées défilent au rythme des pas, ponctués de plaintes que je m'efforce de faire taire. Après tout, je ne suis pas responsable de leurs malheurs, qu'ils se libèrent s'ils le peuvent, telle est la loi omyrhienne. Les soirs sont assez silencieux aussi, la fatigue de la marche ne m'encourage pas à beaucoup discuter avec Deldrach qui commence à méditer dès le camp établi afin de prendre au plus vite son tour de garde. J'ai néanmoins appris qu'il est un paria de Caïx Imoros, ville shaakte à l'autre bout du continent, qui s'est mis à voyager dans l'empire oaxien pour faire du commerce d'esclaves, ne pouvant demeurer parmi les siens sans risques pour sa survie.

Les paysages défilent. Après avoir quitté Omyre, nous pénétrons rapidement dans les monts sanglants, ces montagnes désertées par la vie que j'avais traversé avec le garzok priant Thimoros pour atteindre le royaume humain. Mais nous empruntons un chemin différent, plutôt que nous enfoncer dans ce massif rocailleux et hostile, nous suivons la route elfique en ruine pour redescendre dans les plaines. Cette "route" est principalement un large sentier de terre battue par les pas des voyageurs clairsemé de grands pavés de pierre émergents encore plus ou moins du sol. Si les esclaves semblent inquiets par les crêtes découpées sur le ciel et les rochers saillants qui nous entourent, j'ai appris, par le voyage effectué avec Kurgoth, que ces montagnes étaient surtout traversées par des armées que l'on n'intéresse pas ou des pillards qui préfèrent agir au-delà de la frontière.

Dans les plaines damnées, Deldrach a jugé trop risqué de faire des feux de camp et préfère sortir de la route lorsque la lumière décline pour s'arrêter dans des endroits isolés ou personne ne nous trouverais. À chaque fois, ni moi, ni les esclaves ne sommes rassurés, nous vivons uniquement des provisions faites par le shaakt et, dans ces plaines que nous savons tous hostiles, personne ne veut tomber à court de nourriture tout en ayant perdu son chemin. Heureusement, le shaakt, qui semble expérimenté de la chose et posséder une bonne connaissance des abords de la route qu'il emprunte, retombe à chaque fois sur elle, ce qui n'est pas un luxe, car il est bien plus simple d'avancer sur un sentier de terre que dans les hautes herbes où l'on risque toujours de marcher par inadvertance sur un serpent ou une créature tapie dans la brousse. Plus d'une fois, nous apercevons au loin des silhouettes qui semblent nous remarquer également. J'ai cru, au début, que les esclaves ralentiraient pour essayer de s'échapper en cas d'attaque, mais non, tout le monde accélère. Au fond, je les comprends, être esclave de sauvages aux ressources limitées, qui pourraient nous considérer comme des réserves en cas de disette, est moins engageant que d'être esclave dans une ville bondée, où l'on pourra trouver nombre de cachettes dans l'illégalité si l'on parvient à fuir, et où il n'y a guère de différence de traitement entre un esclave et un employé sous-payé. Enfin, les murs de Darhàm se distinguent à l'horizon. Après dix-sept jours de voyage, cette interminable marche - et ma fuite d'Omyre - prend fin.

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Eteslë
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Re: Les Plaines Damnées

Message par Eteslë » dim. 9 févr. 2020 21:52

Le son du carnage

La monotonie du voyage fait son retour tandis qu'Eteslë s'approche de plus en plus des monts sanglants. Depuis son départ, le paysage a drastiquement changé, passant des grande plaines à peine vallonnée à un espèce de paysage inhospitalier où une herbe sèche et cassante côtoie des arbres à peine vivants. Parfois le cri d'une créature se fait entendre dans le lointain, mais, la majorité du temps, un silence de tombeau est la seule compagnie que la jeune femme peut avoir durant son voyage. La route n'est plus qu'un relatif sentiers à peine tracé au beau milieu de ce paysage désolé et elle commence à se demander si Omyre est aussi peu engageante que les régions qui l'entourent. Cela ne la freine nullement dans ses pérégrinations, mais elle s'étonne que la soit-disant capitale de l'Empire Oaxien, connue pour être la « terre des libertés », soit aussi désolée que cela.

Alors qu'elle traverse une zone étrangement parsemée par endroit d'os blanchis par le soleil, une clameur la fait se stopper aussitôt. Elle tend l'oreille, perçoit des cris gutturaux, le son d'armes qui s'entrechoquent. Elle craint qu'un combat ne se déroule non loin et reste prudemment sur le sentier. A mesure qu'elle avance, le son devient plus fort, elle peut entendre les hurlement de combat de Garzok, les cris des blessés. Dévorée par une curiosité morbide, elle continue d'avancer malgré elle et finit par bifurquer pour suivre le son. Elle sait que c'est probablement une très mauvaise idée, mais la curiosité est bien trop forte. Elle s'approche, cachée derrière un rocher et se met à observer.

Contrairement à ce qu'elle a originellement cru, ce n'est pas une bataille qui se déroule devant ses yeux, mais un massacre sanglant. Une troupe Garzok est aux prises avec... elle ne sait quoi. Cela ressemble à un cavalier dont on aurait arrachée la peau, de même qu'au cheval qu'il monte. Les hurlements stridents poussés par cette créature tandis qu'il trace de sanglants sillons dans les rangs Garzok, démembrant tête et membres sans distinction, a de quoi rendre fou n'importe qui. Une vision de cauchemar, un bain de sang sans pitié ni espoir où les Garzok, malgré leur écrasante supériorité numérique, se font faucher comme les blés par la lance de ce cavalier écorché et, Eteslë ne le remarque qu'après, brûlé et comme soudé à sa monture. Quelque chose qui n'aurait pas sa place sur Yuimen, elle en est convaincue.

Cachée derrière son rocher, elle assiste au carnage, la peur au ventre. Une peur qu'elle ne pense avoir jamais ressentie auparavant. Elle se détourne finalement, le souffle court, le dos collé au rocher derrière lequel elle se réfugie malgré l'incertitude de pouvoir échapper à cette horreur. Les yeux flamboyant de la créature ne se sont pas tournés vers elle, elle en est persuadée, mais elle n'est pas certaine qu'elle ne peut pas la trouver. Elle essai bouger, de se forcer à se secouer tandis que les bruits du combat commencent à se faire plus sporadique, moins bruyant. Lorsque le silence règne à nouveau, elle se passe ses mains sur le visage, dépose son fardeau au sol et prend le risque de jeter un œil.

Elle se fige devant le macabre spectacle du charnier laissé là par la créature qui semble observer les alentours. Après un hennissement cauchemardesque, elle rue et se remet en route, droit vers le Nord, loin de la jeune femme qui ne peux que la regarder partir en laissant dans son sillage les traces sanglantes des sabot du cheval. Elle se rassoit, inspire longuement, calme peu à peu les battements de son cœur. Elle reprend peu à peu le contrôle, respire plus calmement et finit par se lever. Une idée lui vient et, laissant là ses affaires, elle s'approche doucement du carnage.

Le spectacle est sanglant, mais encore frais et aucun charognard n'a encore daigné se poser sur le moindre corps. Elle ne sait combien de corps sont allongés là, n'en a cure, finalement. Elle fouille quelques corps, prend les capes qu'elle trouve, délaisse le reste, armes comme armures dont elle n'a aucune utilité si ce n'est un coutelas qu'elle pense utile, évite la nourriture qu'elle pense infâme en plus d'être complètement gorgée de sang Garzok. Son macabre butin ramassé, elle retourne derrière son rocher et entreprend, à l'aide du coutelas de fabriquer de quoi emmailloté le corps de Taloril et de confectionner de quoi l’attacher dans son son sans avoir à utiliser son sac. Elle range ainsi sa couverture et se met au travail, recouvrant avec soin le corps de l'Aniathys de bandes de tissus pour la protéger. Cela lui prend un temps qu'elle n'aurait pas cru si long, mais elle peut la transporter d'autant plus facilement à présent.

Elle ne s'attarde pas plus longtemps et, son dessein achevé, elle reprend rapidement le chemin du sentier menant vers les monts sanglants. Elle n'a aucune envie de croiser les charognards du coin, ou d’éventuels pillards qui se serviraient à cœur joie dans le charnier qu'est devenue la zone. Rapidement elle prend ses distances, appréciant l'équilibre moins précaire du poids collé contre son dos. Elle a veillé à prendre uniquement le tissus propres, sans signes distinctifs, pour ne pas avoir le moindre problème concernant l'éventuelle provenance de tout cela. Elle porte déjà un corps sans vie de ce qui ressemble à une fillette, elle n'a guère besoin que l'on vienne la questionner sur quelque chose qu'elle souhaite simplement sortir de son esprit.

C'est lorsque le jour commence lentement à décliner qu'elle sent à nouveau un regard sur elle et qu'elle se tient davantage sur ses gardes. Elle s'estime relativement chanceuse pour ne pas avoir croiser de menaces jusque là, mais la vue de ce cavalier écorché l'a profondément perturbée et lorsque son instinct lui crie que quelque chose la traque, elle lui fait aussitôt confiance. Elle presse le pas quelques minutes avant que la fameuse présence ne se révèle enfin. Un groupe de bandit, humains pour la plupart, excepté le Segtek qui sort des fourrés derrière elle. La jeune femme se fige alors qu'ils lui barrent la route, la plupart arborant un sourire malsain. Leur équipement laisse à désirer, pas d'armures, mais l'un d'eux possède néanmoins une arbalète et un autre une lance, ce qui la met dans une situation plus que délicate. Le plus grand des humains, un type barbu à la carrure à peine plus épaisse qu'une brindille, s'avance, un sourire aux lèvres, jouant avec une dague qu'il porte en main.

- Belle journée pas vrai ? Sois sage, dépose tes affaires et... On ne te tueras pas.

La jeune femme n'est pas dupe, ce n'est absolument pas une promesse de pitié ou de relative sécurité. Elle préfère garder une expression fermée et calme, se préparant néanmoins à se battre si elle le doit. Ils sont nombreux, bien trop, mais elle n'a aucunement l'intention de leur faciliter la tâche. L'homme semble l'avoir compris et ricane, se moquant d'une jeune femme voyageant seule et sans armes, persuadé d'avoir à ire à une ignorante chanceuse d'être arrivée jusque là. Même si elle a effectivement eu de la chance jusque là, se faire sous estimer est chose courante pour la jeune femme qui compte finalement profiter de ce fait à son avantage. Elle ne bouge pas davantage, se contente d'observer les hommes devant elle. Le Segtek qui s'est décalé sur le côté est visible et elle le surveille du coin de l’œil, mais il semble étrangement ne pas porter d'armes et semble bien moins alerte et en forme que les autres.

- Bon, on va pas y passer la journée. Georj, Dereck !

Deux hommes s'approchent d'elle, d'un pas nonchalant et un sourire moqueur sur les lèvres. Elles les laissent approcher, fait mine de reculer tout en faisant en sorte d'avoir l'un des deux hommes entre elle et l'arbalétrier. La tactique ne semble pas les alarmer et ils s'approchent toujours, sans me^me dégainer les armes qui pendent à leurs ceintures. Eteslë se sait dans une position délicate et elle sait que frapper vite, fort et sans faiblir est la seule façon qu'elle a de s'en sortir. Elle doit se tirer de là au plus vite, mais la chose, elle ne sait, ne sera pas aisée.

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Eteslë
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Re: Les Plaines Damnées

Message par Eteslë » jeu. 13 févr. 2020 23:32

Ruisseau pourpre

Ils s'approchent un peu plus à chaque pas, l'observant avec des yeux à la fois moqueurs et envieux. Elle sait parfaitement ce qui passe dans leurs cervelles à ce moment précis. Une jeune femme seule et sans arme, quel cadeau ! Elle inspire, écarte légèrement les jambes en tournant le buste. Elle attend qu'ils soient trop près pour pouvoir réagir correctement. La surprise sera son seul avantage. Elle se campe sur ses jambes, puis bande ses muscles et, d'un bond, fonce sur le premier, le prenant totalement au dépourvu. Elle lui explose le nez d'un coup de poing avant de lui enfoncer son coude dans l'abdomen pour enfin percuter son visage avec son genou lorsqu'il se plie en deux pour respirer, par réflexe. Médusé, son comparse n'a que le temps d'observer son compagnon s'écrouler avant que la jeune femme ne lui fonce dessus. Il tire sa lame courbe qui fend l'air en sifflant, traçant une estafilade sur la clavicule d'Eteslë qui, sans attendre malgré son sifflement de douleur, lui enfonce son poing dans la gorge, écrasant sa trachée sous l'impact. Il tente de reculer pour reprendre son souffle, mais la jeune femme le retient par le poignet qu'elle serre à lui en brisant les os et, de son poing libre, enchaîne les coups sur le visage du bandit. Il parvient à le bloquer et les deux adversaires se tiennent ainsi l'un l'autre, se regardant dans le blanc des yeux. La surprise et une certaine colère prédominent dans les yeux du bandit, mais ceux d'Eteslë ne renvoient rien de tel, simplement une détermination froide. Un sourire vicieux se dessine alors sur ses lèvres avant qu'un coup de genou ne vienne frapper violemment la zone sensible de l'anatomie masculine. Le bandit laisse échapper un petit cri aigu avant la lâcher et de se plier, le visage rougit.

- Espèce de sale p...

Le choc de son crâne contre le sol lorsqu'Eteslë lui empoigne les cheveux pour le fracasser contre la terre met fin à sa phrase. Elle aurait aimé l'achever ainsi, mais le bougre est coriace et elle manque de temps. En effet les deux autres ne sont pas restés inactifs et leur chef se rue vers elle, dagues en main, tandis que l'autre la met en joue de son arbalète. Ne pouvant espérer éviter un trait à cette distance, elle relève de force le brigand et s'en sert comme bouclier le temps que le troisième ne l'atteigne. Bandant ses muscles, elle l'empoigne par le col et la ceinture et le projette sur son camarade médusé qui s'écroule sous le choc tandis qu'elle se rue vers le côté de la route. Elle n'espérait pas les vaincre, simplement se donner assez de temps pour leur fausser compagnie en leur mettant suffisamment de mandales pour ensuite s'enfuir. Alors qu'elle pense avoir réussi, une vive douleur à la cuisse la fait chuter et elle s'écroule sur le ventre en grognant. Grimaçant, elle voit le responsable en se retournant, lorsque l’arbalétrier se met à recharger. Le trait a presque transpercé entièrement sa cuisse et la douleur est si vive qu'elle oublie un instant de respirer.

(Merde, merde, merde!)

Serrant les dents, elle casse la pointe du trait mais n'enlève pas le reste, ne souhaitant pas vraiment se vider de son sang dans l'instant. Elle garde la pointe dans son poing et se retourne pour voir le barbu aux dagues la toiser d'un air supérieur. Lentement, elle retire son sac et le corps de Taloril de son dos, qu'elle pose derrière elle avant de se relever sans s'appuyer sur sa jambe blessée. Autant dire qu'elle n'est pas stable, que la douleur la distrait bien trop et qu'une sueur de douleur couvre son front et ses tempes. Son souffle, irrégulier, la gêne, rend sa conscience moins alerte, mais elle n'arrive pas à le réguler, pas avec la douleur constante de sa cuisse et l'assurance de passer le pire moment de sa vie si elle abandonne simplement. La pointe toujours dans son poing, elle ne bouge pas davantage, mobilise toute ses forces et sa concentration pour réagir au moindre mouvement de l'homme qui semble la scruter avec une attention nouvelle, quoique différente d'auparavant. Un rictus déforme alors son visage, mais, à l'étonnante consternation d'Eteslë, ce n'est pas un rictus de haine ou de colère, non, un rictus d'un certain amusement mêlé d'un étonnant respect.

- Tu te défends bien, t'es pas la première venue toi, hein ? Yorik, baisse ton arme.

Étonnamment, le type obéit et le chef offre un sourire qui doit se vouloir rassurant. Eteslë n'est pas dupe et, serrant les dents, cherche à reculer, pas après pas, se vautrant lamentablement lorsque sa jambe lui fait défaut. Elle halète, se redresse péniblement sans tenter de se relever, n'en ayant de toute façon pas la force. Le chef des bandits s'accroupit alors face à elle, ses yeux passant de sa jambe à son visage avant de descendre le long de son corps, comme s'il l'examinait. Le sourire s'élargit, puis il se relève et va réveiller ses compagnons assommés. Péniblement, Eteslë tente d'arracher le reste du carreau de sa jambe, siffle de douleur mais expire un grognement mêlée d'un soupir de soulagement lorsque c'est chose faite. La blessure pisse le sang, mais elle a déjà vu bien pire sur d'autres, ce n'est pas mortel, mais elle a intérêt à ne pas laisser ça dans cet état, sous peine de perdre bien plus qu'un peu de sang.

Fouillant son sac, elle en retire une ou deux lanière de tissu qu'elle gardait au cas où celles qu'elle avait arrachées aux corps encore chauds ne seraient pas suffisantes, et entreprends de bander sa cuisse, attachant le tout d'un nœud solide et bien serré qui la fait gémir de douleur. Le front perlant de grosses gouttes de sueur, elle fait de son mieux pour se relever, mais les bandits se rapprochent d'elle à présent, et le chef la pousse négligemment, la faisant sans effort tomber sur le sol. L'un d'eux est toujours dans les vapes et l'autre a le visage marqué par le récent combat, mais elle n'a apparemment pas réussi à en tuer un seul, ni à leur fausser compagnie. La faute à ce satané arbalétrier. Si elle voulait une chance de fuir, elle devait d'abord s'occuper de lui et de son arme de pleutre avant d'envisager quoi que ce soit d'autre. Une bien belle utopie pour la jeune femme qui peinait déjà à se dire qu'elle allait s'en sortir. La pointe toujours cachée dans sa main, elle se savait prête à s'en servir. Tout plutôt que de finir entre leurs mains. Main qui est d'ailleurs tendue vers Eteslë, à sa grande surprise. Elle pense délirer à cause de la douleur, mais la voix du chef ne semble pas être une illusion.

- Je te propose un truc. T'es plutôt douée, bien guindée et t'as pas l'air trop conne pour ce que j'en ai vu. On aime ceux qui savent se battre dans ce coin pourri, ou se rendre utile d'une manière ou d'une autre. Tu rejoins notre petite bande, et t'as plus de soucis à te faire pour ta gambette abîmée là. Marché conclu ?

Elle est presque certaine qu'elle délire. Il croit quoi ce type, qu'elle va les rejoindre gentiment après qu'ils aient tenté de la détrousser et probablement violer voire tuer ? Elle inspire profondément, tente par tous les maigres moyens à sa disposition d’éclaircir un peu son esprit, avec un résultat tout relatif. Elle se sait dans une situation critique, mais l'idée de bosser avec eux ne l'enchante guère, elle a mieux à faire et passablement des doutes sur leurs intentions réelles. Refuser reviendrait à mourir, elle le sait, probablement abandonnée là sur le bas-côté comme une vulgaire chienne dont le propriétaire s'est lassé, mais accepter ne lui donne pas de meilleurs garanties. Elle veut se rendre à Omyre, pas faire mumuse avec une bande de bandits des collines. Alors même qu'elle allait gentiment leur dire d'aller se faire foutre, le gobelin piaille et gesticule en courant vers eux d'une manière alarmée. La petite bande se retrouve rapidement à plier bagage, l'un d'eux emportant leur camarade inconscient sur son dos.

- Navré ma belle, mais finalement tu vas nous gêner.

Sans plus attendre, il se fait la malle avec ses hommes et Eteslë se retrouver rapidement seule, ahurie et blessée. Se sachant trop faible pour ne serait-ce qu'espérer marcher, elle rampe, récupère ses affaires et le corps de Taloril qu'elle rassemble et serre contre elle en s'adossant à un tronc décrépit qui traîne au bord de la route. S'en tire-t-elle à bon compte ? Elle a comme un doute, mais au moins elle sait les brigands partis, et c'est pour le moment la seule chose qui lui importe. Elle jette un œil au tissu enserrant sa cuisse et constate qu'il s'imbibe peu à peu de sang. Sa jambe la lance douloureusement, mais elle devient de plus en plus lointaine, comme si elle se distançait. Elle s'ébroue, ressens de nouveau la douleur de la plus vive des façons. Elle sait qu'elle ne doit pas sombrer dans l'inconscience, mais son corps le réclame et elle a bien du mal à l'en empêcher.

Le bruit caractéristique des sabots d'un cheval et celui des roues qui le suive lui font relever la tête. Elle aperçoit quelques formes à travers sa vision brouillée. Des commerçants ? Elle croit voir des armes et en doute, mais après tout, la région est si peu sûre que se balader avec un arsenal n'est pas impossible. Elle serre un peu plus sa prise sur ses affaires et le corps de l'Anyathis, se demandant finalement si ce ne sont pas eux aussi des bandits. Une voix, lointaine, semble lui demander quelque chose, mais elle est bien incapable de cerner le moindre mot ou l'idée même de la phrase. Elle s'enfonce ses ongles dans la paume pour tenter d'y voir plus clair et comprendre de quoi il retourne, mais une vive douleur à la tête réduit ses efforts à néant, et elle se sent finalement sombrer, incapable de maintenir sa conscience en éveil.

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