Le Massif des Jumeaux

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Sibelle
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Re: Le Massif des Jumeaux

Message par Sibelle » sam. 14 nov. 2020 04:06

Sibelle avait accepté leur destination sans demander les raisons qui justifiaient ce long déplacement. Silencieuse et songeuse, elle écoutait Sirat raconter ce qui lui était arrivé depuis son départ d’Aliaénon. Il avait été attiré dans un piège en quittant Aliaénon par l’intermédiaire d’un fluide. Dès la sortie de celui-ci, il fut victime d’un attaque, suite à quoi il fut gardé en captivité puis torturé. Il ne pouvait définir le temps exact que tout cela dura, mais suffisamment longtemps pour qu’il perde tout espoir et espère la liberté par la mort. Sibelle nota une légère vibration dans la voix du colosse. Ce moment fut très pénible pour lui. Connaissant la témérité, le courage et la résistance de l’humoran, Sibelle savait qu’il avait survécu aux pires sévices alors que beaucoup en seraient morts. Il s’arrêta de parler un court moment et l’hinionne respecta ce silence. Il raconta ensuite comment il s’en était finalement sorti. Des garzoks l’avaient enlevé à ses ravisseurs et l’avaient soigné. Sa convalescence avait duré plusieurs semaines. Il conclut en affirmant que son histoire était triste et courte et s’informa aussitôt sur le sans-visage.

Sibelle ne répondit pas aussitôt. Elle avait quelques questions à lui poser et puis elle était consciente de leur point de vue différent au sujet du sans-visage.

Cependant, fidèle à elle-même, elle allait lui dire la vérité, même si ça risquait de contrarier l’humoran.

« Nous avons fini par le trouver. Celui-ci s’est d’abord montré aimable et semblait prêt à nous aider. Et puis lorsque Simaya s’est réveillée et qu’elle voulait entrer dans la tour noire, il l’a attaqué. Xel au risque de sa vie a changé l’orientation de la tour qui allait s’effondrer sur les aventuriers. Nous avons retrouvé le dragon mauve et il s’est rendu sans opposition. Lorsque fut arrivé le jour de son procès, le sans-visage a causé le chaos, en détruisant la tour d’Or. Tous les gens se sont enfuis comme ils pouvaient. Naral en a sauvé plusieurs en leur permettant de passer à travers le fluide. »

Elle s’arrêta un moment, les sourcils froncés, comme si elle venait prendre conscience d’un fait important.

« En parlant de sauver les gens. Tu m’as sauvé d’une mort certaine. Je t’en remercie et je t’en suis redevable. » Dit-elle de sa voix fière et sincère de guerrière. La femme vulnérable avait cédé la place à la combattante.

Au bout d’un moment elle reprit.

« Tu m’as parlé d’un piège… qui te l’avait tendu ? Et pour quels motifs ? »

Sirat refusa les remerciements de la guerrière. Il affirma qu’elle s’en serait sortie sans lui. Il jeta un regard vers l’arrière et Sibelle l’imita. Mais ils étaient déjà trop loin, il leur était désormais impossible de distinguer le cadavre pendu à un arbre. Il considérait ses bandits comme des faibles conclut-il avec une moue dédaigneuse. Il estimait qu’elle aurait fait la même chose pour lui. Sibelle acquiesça d’un signe de tête. Sirat avait raison. Motivée par sa colère, elle aurait déchiqueté ces brigands.

Sirat éluda habilement la question de Sibelle. Bien qu’elle s’en rendit compte, elle décida de ne pas réagir pour le moment.

Il lui parla ensuite de leur destination : Cuilnen. Contrairement à ce que Sibelle avait cru, il l’avait choisi au hasard. Il lui remémora ensuite leur rencontre dans l’auberge lui demanda si elle s’en souvenait. Elle se contenta d’un signe affirmatif de la tête. Leur rencontre, elle y avait songé lors de son vol entre le Naora et Nirtim, mais elle ne lui avoua pas. Il lui parla de Fenouil et du combat qui s’en était suivi et de la chance qu’il avait eu de la vaincre.

(De la chance…)

A ces mots de l’humoran, Sibelle leva un sourcil en signe d’incrédulité. Que cherchait-il à faire ? L'amadouer ? En bonne guerrière, Sibelle était consciente de ses forces, mais également de ses faiblesses. Il ne faisait aucun doute dans son esprit à ce sujet : Sirat était un meilleur combattant qu’elle… en fait, l’était… Elle le détailla un peu plus sans s’en cacher. Ses cheveux avaient perdus leur flamboyance, des rides avaient creusé son visage désormais cicatrisé. Mais la même lueur brillait dans ses yeux. Il poussa l’audace de son mensonge au point d’en rajouter une couche affirmant que si le combat avait lieu aujourd’hui, ses nouveaux dons la mèneraient à la victoire.

« Ha, ha, ha»
Cette fois, l’hinionne ne put réprimer un rire sincère avant de rétorquer.

« Le résultat serait probablement le même. J’ai un nouveau don et il est probable qu’il en est de même pour toi. »

Elle plissa les yeux à la dernière question de l’humoran :

« Le Naora est très joli. Il en est autrement de ses habitants… Je ne parle pas ici de leur physique, mais bien de leur état d’esprit. Les elfes gris y vivent, ainsi que les Earions et une espèce voisine des nains. Mais ce sont les premiers qui dominent, et une bonne majorité de ceux-ci sont prétentieux et condescendants, méprisant les autres races. »


Elle laissa quelques minutes s’écouler puis elle rompit le silence d’une voix assurée, sans agressivité, presque douce :

« J’ai répondu à tes questions. J’aimerais que tu répondes à la mienne. ... Tu m’as parlé d’un piège… Qui te l’avait tendu ? Et pour quels motifs ? »
Modifié en dernier par Sibelle le dim. 22 nov. 2020 17:05, modifié 2 fois.

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Sirat
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Re: Le Massif des Jumeaux

Message par Sirat » jeu. 19 nov. 2020 11:12

Sibelle laissa échapper un rire cristallin. Pour elle le résultat d'un combat entre elle et l'humoran restait le même que lors de leur première rencontre. Son visage s'était éclairé et une lumière douce brillait sur elle. Sirat lui rendit un sourire. Il ne l'avais jamais réellement vu rire et l'exprimer aussi sincèrement.

Elle plissa les yeux et lui parla du Naora. Les chevaux avançaient aisément, il semblait qu'ils devaient être habitué à la montagne et leur sabot trouvait à chaque fois le meilleur chemin sans que les deux cavaliers ne soient obligés de jouer avec les rênes.

Elle avait trouvé l'île magnifique, mais avait une certaine amertume vis-à-vis des elfes gris qui dominaient les autres races avec condescendance et mépris.

Elle revint plus délicatement sur le sujet que Sirat avait éludé. Sa voix s'était apaisé et se voulu rassurante. Sirat la jaugea un instant. Il ne connaissait pas cet aspect d'elle. Il la savait belle et fatale mais il n'avait connue que la guerrière.

Il baissa légèrement sa garde.

Puisque tu insistes et que tu le fais avec tant de douceur, comment puis je resister lui répondit-il.

Il se gratta la joue et reporta son attention sur l'horizon.

Bien que sa remarque se voulait cocasse, son visage affichait une certaine amertume et sa mâchoire se crispait.

Deux elfes, deux jumeaux... Khynt avec mes échecs m'a vendu et ils m'ont tendu un piège à la sortie du fluide. Je ne savais pas pourquoi pendant longtemps. Ils m'ont mis à genoux, je n'était plus le fier guerrier que tu connaissais. Il murmura juste pour lui Le suis je encore ?


Il baissa la tête.


Les jours, les nuits, je ne savais plus, le temps s'écoulait et moi, j'en étais absent enfermé sans même savoir pourquoi, torturé sans en connaître la raison. j'ai supplié au plus profond de mon âme pour que cela s'arrête.


Sa voix se fit tremblotante.


Mais cela continuait. Un jour, ils m'ont avoué la raison, j'avais tué leur frère. Lui-même par le passé m'avait aussi kidnappé et pour m'enfuir, j'avais tué leur semblable. Les motifs ne sont que de vils excuses, il n'y a rien que le fait de vivre qui m'était reproché.


Il cracha par terre.

C'est des garzok qui sont venu me sauver. Son regard était noir de colère.

Tu entends ? Il la regarda impérieusement. Ces peaux vertes que tout le monde blâme, ce sont eux qui m'on extirper de là et qui m'ont rapiécer.

La jeune femme pris alors la parole, elle avait une vision bien à elle des races. Elle avait cent quatre-vingts ans et avec ces années elle s'était forgé une petite expérience, même pour une elfe. Elle ne considérait pas une race comme supérieur. Elle évoqua ensuite Fenouil et un autre gobelin qu'elle avait rencontré et avec qui elle avait vécu une aventure qui prouvait que la violence et la bêtise n'était pas l'apanage des races à la peau verte.

Sirat serra son poing.

Je jure que je vais retrouver ses deux bâtards et qu'ils subiront ma vengeance.


Un silence lourd s'installa puis ses muscles s'assouplir d'eux même et l'orage de haine qui traversait sa figure se dissipa. Deux heures passèrent sans qu'ils n'échangent entre eux. L'humoran rompit finalement le calme.

Pour aller à Cuilnen il nous faudra du temps, on peut bivouaquer mais il nous faudra trouver de points relais pour se ravitailler. Je comptais aller sur Mertar pour rafistoler mon armure tu connais un autre endroit ?
Modifié en dernier par Sirat le mer. 25 nov. 2020 08:22, modifié 1 fois.

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Sibelle
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Re: Le Massif des Jumeaux

Message par Sibelle » dim. 22 nov. 2020 18:47

Cette fois-ci Sirat accepta de se confier à sa compagne de route.

Pendant qu’il rassemblait ses idées, son expression se modifia et affichait un certain ressentiment mêlé de tristesse. Sibelle comprenait comment il pouvait être difficile de ressasser ainsi le passé. Elle demeura muette. Patiente, elle attendit que Sirat fût prêt. Insatisfait des actions de Sirat, un dénommé Khynt l’avait vendu à deux elfes jumeaux. Ces derniers voulaient se venger de la mort de leur frère tué par la main de l’humoran. Mais ça, il ne le sut que bien plus tard.

Avec peine et entrecoupé de silence, Sirat raconta que ces deux elfes lui avaient tendu un piège dès la sortie du fluide magique. Ils l’avaient séquestré dans un endroit humide et sombre, puis l’avaient torturé pendant un temps indéfinissable, sûrement des semaines entières. Ils l’avaient brisé au point qu’il ne savait plus s’il était encore le fier guerrier d’autrefois. Sibelle qui l’avait vu se battre contre les brigands avait perçu cette énergie combattante en lui. Elle savait qu’il était le même qu’avant, et même peut-être davantage. Elle garda par contre ces réflexions pour elle et écouta attentivement la suite.

Torturé sans en connaître la cause, il devint si faible qu’il en était venu à souhaiter la mort. Puis contre toute espérance, des garzoks étaient venus le libérer. Ces êtres verts dépourvus de pitié, ces créatures réputées sanguinaires lui avaient sauvé la vie. Il termina en jurant qu’il allait retrouver ces jumeaux et assouvir sa vengeance.

Le silence s’installa et Sibelle ne fit rien pour le rompre. Elle savait que faire ressurgir ainsi ces éprouvants souvenirs avait miné son état d’esprit. Elle attendit donc de le voir en posture plus détendu avant de lui répondre.

« Merci d’avoir répondu à mes questions. »

Elle laissa passer quelques minutes, puis décida de parler un peu plus d’elle à son compagnon. Ils avaient partagé nombre d’aventures, mais n’avaient jamais eu l’occasion de se connaître davantage.

« Par mon éducation, et après avoir combattu de nombreuses années auprès de guerriers de tout acabit et d’ethnies différentes, je n’ai pas le même point du vue commun pour ce qui est des races. Les expériences passées nous forgent et changent notre perception des choses. Tu n’es pas sans savoir que la durée de vie des elfes est supérieure à celle des humains ou bien des humorans. Même si j’ai l’apparence et la physionomie d’une humaine dans la jeune trentaine, j’ai 180 ans. Ce qui n’est pas beaucoup pour un elfe. Nous pouvons vivre des milliers d’années. Je ne te raconterai pas l’enfance malheureuse que j’aie eu, car cela n’a pas été le cas. J’ai joui de la meilleure enfance qui soit. Mon père est guérisseur et ma mère guerrière. Tous les deux elfes blancs, ils ne se sont jamais considérés comme race supérieure. Toutes les races sont égales pour eux. Et c’est pareil pour moi. À l’exception des gobelins. »

Elle s’arrêta un bref moment, affichant un petit rictus à la pensée de Fenouil et le plaisir qu’elle éprouvait à lui faire peur. Puis elle pensa à Zniitch

« Mon animosité envers Fenouil, origine un peu de la jalousie. Mais pendant une mission dans les duchés d’Amarante, plus précisément près d’un petit village nommé Alkil, j’ai mené une enquête en équipe avec un gobelin nommé Zniitch, nous devions retrouver des gobelins qui avaient volé les réserves de nourriture des villageois humains, pour découvrir finalement que les gobelins étaient innocents, et pire encore, ils étaient amaigris et exploités en vue de ressortir du minerai d’une mine non loin de là…. Donc, même sous mes allures fières, car oui, je suis fière d’être ce que je suis, je n’ai pas de préjugés contre les garzok. »

Une fois de plus, elle se tut. Pendant de bonnes heures, ils ne dirent mot. Seul le bruit du vent dans les feuilles, les bruits des sabots sur la terre battue, le renâclement ponctuel des chevaux rompaient le silence.

Lorsque Sirat reprit la parole, l’heure n’était plus aux confidences, il estimait qu’ils devraient bientôt trouver un point de relais afin de renouveler leur réserve de nourriture. Il pensait faire un arrêt à Mertar. Cependant, le village nain était encore loin. Il demanda donc à la guerrière, si elle connaissait un endroit. Ce à quoi elle répondit par la négative.
Modifié en dernier par Sibelle le ven. 27 nov. 2020 01:39, modifié 1 fois.

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Sirat
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Re: Le Massif des Jumeaux

Message par Sirat » mer. 25 nov. 2020 09:08

La guerrière ne connaissait pas d'endroit ou se ravitailler. Ils allaient devoir bivouaquer, le froid redoublait à mesure que les heures de la journée défilaient. Les chevaux portaient des sacoches contenant encore des vivres, le premier soir, c'est ce qu'ils mangèrent. Sirat savait chasser, mais il n'avait pas le talent d'un chasseur dont ce fut le métier. La montagne était loin d'être son élément et en altitude le gibier est plus rare et plus coriace, habitué aux ardeurs du temps et de la vie.
Les discussions avaient passé le temps des confidences et se résumaient à des faits de journées. Sibelle était plus accessible, plus délicate. Il s'étonnait parfois de la voir sourire.
Elle avait changé, elle n'en était pas moins fidèle à son souvenir, mais une beauté imperceptible était venue accroître la belle guerrière qu'elle était déjà.
La nuit tombée, ils se cachaient près d'une alcôve naturelle fait de rocher enlacer de racines de conifères centenaires. À l'abri du vent, ils mangeaient leur dernière ration, sans laisser sur eux s'abattre l'angoisse ou la peur de manquer.


Ils savaient bien que cela n'arriverait pas, Sibelle pouvait se transformer en hippogriffe et ramener une proie. Ils trouveraient toujours de quoi se nourrir ou une solution, être ensemble sans aucune guerre ou conflit leur suffisait à profiter d'un bonheur simple de cette transhumance dans les montagnes des monts jumeaux.

Au troisième jour, alors qu'ils avançaient en remontant vers le nord et Mertar, ils furent surpris par un troupeau de huit chèvres sur leur route. Un vieil homme, à la barbe aux cheveux blancs les observait, prudent, accoudé sur une vieille canne en bois. Il était sec et saillant, suffisamment pour que l'on ne puisse déterminer son âge, il les jaugeait avec ses yeux bleu pétillant, recouvert de ses vêtements en fourrure animale.

Sibelle et Sirat ne firent pas de geste brusque et après un bref regard entendu entre eux, ils s'approchèrent amicalement. Le vieux les épiait sans bouger, ses chèvres autour de lui.

Sirat décida de prendre la parole pour couper à tout malentendu.

Monsieur, désolé de vous importuner. Mais mon amie et moi cherchons un endroit pour nous ravitailler, connaissez vous un endroit ou nos chevaux pourront recevoir des soins et nous racheter de quoi terminer notre périple vers Cuilnen.

Le ton était doux presque aimable.

Le vieil homme scruta l'humoran de la tête au pied, puis d'une voix pleine d'aplombe répondit calmement.

Vous dérivez trop vers l'est, vous ne trouverez rien si vous continuez ainsi et une tempête arrive. Mertar est à plusieurs jours. À l'ouest, Il indiqua une direction de son doigt tordu, avant Luminion vous avez un ermitage, ils ne sont pas très accueillant mais bon. Il se racla la gorge. Dix minutes de marche après vous avez, Luminion c'est moins discret, mais vous trouverez sûrement ce dont vous avez besoin. Quoique vous fassiez, hâter vous.

Avec la vélocité d'un homme plus jeune, il grimpa la bordure de route en sifflant ses chèvres qui tout en sautillant le suivirent.

Sirat jeta un regard interrogateur à Sibelle, mais tout deux savaient quoi faire. Ils tirèrent sur les rênes de leurs chevaux et prirent la direction indiquer. Les premiers flocons commençaient à tomber annonçant la prophétie du berger.

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Re: Le Massif des Jumeaux

Message par Sibelle » sam. 28 nov. 2020 02:06

Ils poursuivirent leur marche alors que le soleil déclinait et que le vent se levait. Aucun nuage dans le ciel étoilé n’emprisonnait la chaleur qui s’échappait dans la voûte céleste. Ils s’arrêtèrent donc pour la nuit, se préservant du vent en s’isolant dans un renfoncement de rocher. Sibelle n’avait aucune réserve de nourriture dans ses sacs. Les jours précédents, c’était sous sa forme d’hippogriffe qu’elle avait chassé pour se nourrir. Ils fouillèrent donc les sacoches portées par les chevaux et trouvèrent de quoi les sustenter pour la première journée. Sibelle n’était pourtant pas inquiète, sachant qu’elle réussirait à chasser pour elle et pour son compagnon sous sa forme ailée si cela s’avérait nécessaire.

Les jours passèrent ainsi à avancer à un rythme régulier, entrecoupé de pauses afin de ne pas épuiser leur monture pendant le jour et se réfugier contre une crevasse à l’abri de vent la nuit.

Au bout de la deuxième journée, alors qu’ils venaient d’attacher les rênes de leurs chevaux, Sibelle songeuse s’éloigna de quelques pas. Depuis la fin de l’après-midi, son humeur s’était assombrie et elle en connaissait la cause…la liberté ressentie en vol lui manquait. Demeurant silencieuse, sans prévenir, elle se mit à courir. Au fur à mesure de sa transformation ses pas elfiques devinrent plus pesants certes, mais plus puissants. Redevenue hippogriffe, elle ouvrit ses ailes et s’envola. Un immense sentiment de bien-être l’envahit et sa bonne humeur revint rapidement. Elle effectua quelques rotations sur elle-même, quelques montées à la verticale. Puis alors qu’elle s’apprêtait à revenir à leur campement, elle aperçut quelques lièvres broutant l’herbe. Elle replia légèrement ses ailes et amorça un vol plané descendant. Plus elle se rapprochait de sa cible, plus sa vitesse augmentait. Mais une nuée d’oiseaux la trahit en s’envolant. Les lièvres alors prévenus de la présence de l’hippogriffe prirent la fuite. Bien que la vitesse de pointe de ses mammifères herbivores s’avérait assez importante, elle était insuffisante pour échapper à l’hippogriffe qui fondit en piqué sur le retardataire du groupe. Sibelle en agrippa un fermement dans ses serres et reprit de l’altitude tout en l’étranglant. Elle redescendit à leur campement et le déposa non loin de leur feu, avant de reprendre sa forme elfique. Cette petite chasse improvisée leur fournit de quoi manger deux journées.

La troisième journée alors qu’ils remontaient vers le nord en direction de Mertar, ils virent au loin un vieil homme à la barbe blanche. Assis sur un rocher de bonne dimension, ses chèvres broutant calmement l’herbe autour de lui, il observait avec méfiance Sibelle et Sirat s’approcher. Sirat jeta un coup d’œil à Sibelle qui comprit ses intentions et acquiesça d’un signe de tête. Sans faire de geste brusque, ils dévièrent la trajectoire de leur monture vers le maigre éleveur de chèvre à l’épaisse chevelure blanche, maigre sous son épais vêtement de fourrure.

Sirat prit la parole d’une voix polie et non forte afin de ne pas épeurer l’homme seul. Peur qui aurait été légitime face à un humoran. Tout en s’excusant de le déranger, il l’informa de sa recherche d’un endroit qui offrirait gîtes et couverts, ainsi qu’un espace pour les chevaux.

Avec tout l’aplomb d’un vieil homme qui en a vu d’autres, il scruta Sirat de la tête au pied avant de répondre :

« Vous dérivez trop vers l'est, vous ne trouverez rien si vous continuez ainsi et une tempête arrive. Mertar est à plusieurs jours. À l'ouest,… » dit-il tout en indiquant l’endroit de son index déformé par l’arthrite. « … avant Luminion vous avez un ermitage, ils ne sont pas très accueillants, mais bon... Dix minutes de marche après, vous avez Luminion. C'est moins discret, mais vous trouverez sûrement ce dont vous avez besoin. Quoi que vous fassiez, hâtez-vous. »

Cela dit, avec une souplesse surprenante pour un homme de son âge, il sauta la bordure de la route tout en appelant ses chèvres qui le suivirent à travers champ. Sibelle regarda s’éloigner le vieil homme, sa canne et ses huit chèvres avant de reporter son regard sur Sirat.

Le vent se levait annonçant la tempête. Ils devaient chercher un endroit où se réfugier pour la nuit. Sans hésiter, ils se dirigèrent vers l’ermitage indiqué par le vieil homme aux vifs yeux bleus.

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