Le Hameau de Gròòth Vallhü

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Yuimen
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Le Hameau de Gròòth Vallhü

Message par Yuimen » sam. 6 janv. 2018 12:55

Hameau du Gròòth Vallhü

C'est un ensemble de yourtes en peaux d'animaux perdu au milieu des Monts Éternels. Les personnes qui y habitent, des villageois aux traits rudes et durcis par le froid de la région, vivent de l'élevage de caribous, qu'ils enferment dans de grands enclos à flanc de montagne.

L'ancien "chef" de ce petit hameau, Miyash Nùùrg, était un homme impressionnant avec une forte carrure. Il a été tué par un pirate, Sirius Heartless, passant dans le village. Depuis, les habitants s'entredéchirent pour désigner un chef qui sera aussi fort et juste que le précédent... En vain, jusqu'ici.

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Ehök
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Re: Le Hameau de Gròòth Vallhü

Message par Ehök » dim. 23 févr. 2020 16:13

I.1 Un matin dans le Nosvéris.

Comme de nombreux matins, je me lève bien avant les premières lueurs du jour. Je prends quelques baies qui me restent pour sustenter la faim qui me pèse et laisse la majorité à Gärähm et Grand’Ma. Elles dorment encore alors je fais le moins de bruit possible et sort rapidement en prenant ma lance. L’air est vivifiant, aussi froid que tonic et j’inspire à grands poumons pour finir de me réveiller. Je commence déjà à partir lorsqu’une petite voix surgit dans mon dos.

"Tu es déjà parti ?" Me demande Gärähm.

"Oui. La dernière fois j’ai vu des empreintes de loups là où je cueille habituellement. Je vais donc devoir trouver un autre terrain. Tu as besoin de quelque chose ?" Fais-je à mon tour alors que je me rapproche de l’enfant et pause un genou à terre pour être à son niveau.

"Grand’Ma ne va pas mieux." Murmure-t-elle sachant ce que cela signifie.

"En effet. Les baies suffisent un temps. Elle a besoin de viande pour reprendre des forces. Je vais voir ce que je peux trouver." Dis-je tentant de la rassurer.

Je saisis sa tête dans ma main et colle nos fronts l’un contre l’autre en fermant les yeux. Un geste simple mais qui signifie que je l’aime et qu’elle doit prendre soin d’elle le temps de mon absence. En retour elle pause sa main derrière ma nuque, pour dire de même sans prononcer un mot. Sans plus de cérémonie, je romps le contact et m’éloigne de ma demeure.

"Tu me rapporteras des fleurs ?" Me demande-t-elle avant que je ne sois trop loin ?

Je la regarde et y voit l’espace d’un instant le souvenir d’Ehökö ma propre fille qui n’est plus et qui, elle aussi, me faisait la même demande.

"Entendu." Fais-je simplement en hochant la tête avant de m’assurer qu’elle retourne dans la yourte et quitte le village qui se réveille petit à petit.

I.2 Un rituel hors des traditions.

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Ehök
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Re: Le Hameau de Gròòth Vallhü

Message par Ehök » dim. 23 févr. 2020 21:11

I.4 Une invitée surprise.
I.5 Affrontement verbal.

Même si le voyage de retour a été long et plutôt éprouvant, je rentre enfin chez moi sans avoir rencontré de menace pour moi ou mon butin. A mon arrivée, j’ai droit à quelques félicitations d’usage avec une telle prise. Ces derniers temps il nous est plus difficile d’attraper du gibier. C’est un fait que j’ai du mal à considérer, puisque j’ai arrêté de chasser depuis un moment.

"Et mes fleurs ?" Demande une petite voix debout sur un promontoire rocheux.

Je lève les yeux et vois une jeune fille dont les cheveux sont emportés au vent. Elle possède une mine figée, mais je sais qu’elle est capable de bien cacher son jeu.

"Ha oui. J’ai fait une rencontre en chemin. On n’a pas beaucoup parlé, mais je l’ai quand même invité pour faire plus ample connaissance. Mais je peux le ramener chez lui si ça dérange !" Fais-je en faisant demi-tour.

"Non, non ! Reste grand bêta !" Rit-elle en accourant vers moi. "Grand’Ma va être ravie !"

"Tu ferais mieux de partager la viande avec ceux qui en ont vraiment besoin !" Lâche une voix irascible que je connais que trop.

Non loin de moi, Mahayük arrive dans ma direction. Son regard méprisant et son ton condescendant ne changent pas avec le temps. Je dirais même qu’ils empirent au fur et à mesure des hivers. Depuis la perte de notre chef, il a tendance à se prendre pour une sorte de leader attitré, même s’il n’a pas la carrure pour tenir la place en cas de duel armé. Plus petit et chétif que la moyenne, tous se demandent comment il est parvenu à l’âge adulte. Mais non seulement il est présent, mais en plus il parvient à rallier certains hommes de la tribu à le soutenir par ses mots.

"Grand’Ma a autant besoin de manger que les autres !" Lance Gärähm.

"Grand’Ma est vieille, elle a déjà vu passer trop d’hivers ! Alors il est préférable qu’elle laisse sa part à quelqu’un qui saura être plus utile au village." Répond Mahayük.

"Si seulement tu étais capable de mettre la même énergie à chasser qu’à jacasser, le village ne connaîtrait jamais la famine !" Rétorque la jeune fille.

"Petite, gérer le village nécessite trop de temps pour que je puisse me permettre de partir ! Tu comprendras quand tu seras grande !" Fait-il avec son habituel ton condescendant.

"Sauf que tu n’es pas le chef ! Tu n’en as ni la carrure et encore moins le respect du village !"
Lâche la jeune fille.

"Espèce de sale petite…" Commence à cracher Mahayük qui s’avance vers elle menaçant, avant qu’une lame ne se place sous sa gorge et l’arrête net.

A l’autre bout, mes mains sont fermes et mon regard se fait plus dur. Je n’aime généralement pas me lancer dans de grands discours et préfère garder mes sentiments pour moi. Cependant, s’il y a bien une chose qui me met hors de moi c’est qu’on s’en prenne à ma famille.

"Touche un seul de ses cheveux et tu pourras boire directement par la gorge !" Fais-je en laissant surgir ma colère.

"Tu n’oserais pas !" Crache-t-il.

Pour simple réponse j’exerce plus de pression sur ma lance qui commence à transpercer la peau et répandre le précieux liquide vital. Mahayük et moi nous nous connaissons depuis de nombreux hivers et nous n’en sommes pas à notre première dispute. Même si autrefois j’avais le sang plus chaud, il a toujours cette même lueur de peur dans les yeux. C’est la raison pour laquelle il finit par reculer.

(Par Fenris, si un jour il devenait chef notre tribu serait perdue !)

"N’oublie pas qu’en ces temps difficiles nous devons nous entraider pour survivre ! Moi je n’oublierai pas ceux qui m’ont soutenu, tout comme les autres !" Crache-t-il en regardant la jeune fille. Il finit par partir en éloignant de colère les mains qui lui sont posées sur les épaules.

"Oublies-le ! Ce n’est qu’une crotte de chameau-bélier !" Tente de me rassurer Gärähm en posant sa main délicatement sur mon arme pour la baisser.

Je constate que je suis toujours en position pour me battre, mes mains serrant la hampe de mon arme à faire devenir mes mains blanches comme la neige. Je m’étonne toujours de voir comment parfois elle peut être bien plus mature pour son âge, tout en gardant ce petit sourire enfantin si adorable.

"Tu as raison. Allons voir Grand’Ma elle sera ravie de nous voir. Nous distribuerons une partie au village après." Fais-je avant de pénétrer dans la yourte.

I.6 Atelier de fabrication.
Modifié en dernier par Ehök le dim. 23 févr. 2020 21:22, modifié 1 fois.

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Ehök
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Re: Le Hameau de Gròòth Vallhü

Message par Ehök » dim. 23 févr. 2020 21:19

I.5 Affrontement verbal.
I.6 Atelier de fabrication.

"Tu es blessé ?" Me demande la vieille femme.

Ce sont les premiers mots qu’elle énonce lorsque je lui présente ma prise. Cela montre qu’elle connait mes difficultés à me battre.

"Quelques égratignures Grand’Ma." Dis-je tout simplement, cachant la vérité.

"C’est très gentil de ta part, mais tu ne devrais pas faire tout ça pour une vieille femme comme moi. Aussi désagréable qu’il puisse être, Mahayük a raison. Je n’en vaux pas la peine !" Déclare-t-elle, laissant comprendre qu’elle réalise certaines choses comme l’inquiétude de Gärähm et son désir que je rapporte de la viande, quitte à prendre des risques.

"Tu nous as entendu ?" A dire vrai ce n’est pas une question, mais plus un moyen de noyer le moutarie.

"Je suis vieille ! Mes articulations me font mal, mais mes oreilles se portent comme un charme !" Me sourie-t-elle.

"S’il t’arrivait quelque chose, qui s’occuperait de Gärähm durant mes absences ? Mahayük ?" Dis-je pour couper court à la discussion.

"Gärähm est forte, plus que tu ne le crois ! Pourquoi ne pas envisager de l’emmener avec toi ?" Me propose-t-elle.

"Ho oui ! Nous irons chasser le moutarie ensemble !" S’exclame l’intéressée.

Je frappe d’un coup sec sur la première surface en bois qui se présente à moi, pour étouffer l’excitation de la jeune fille et les arguments de Grand’Ma.

"C’est hors de question ! C’est bien trop dangereux pour une enfant !" Dis-je en haussant le ton.

"C’est faux, je ne suis plus une enfant ! Je peux même…"
Commence la jeune fille avant de se faire interrompre par la doyenne.

"Gärähm, Ehök a parlé ! N’insiste pas !" Clame-telle.

La réponse de la doyenne est suffisamment claire et autoritaire pour faire taire la jeune fille qui préfère sortir comme une furie sans un mot. Le silence se fait dans la yourte pendant quelques instants durant lequel je prépare un espace pour terminer mon arc et mes flèches.

"La petite est pleine de bonne volonté !" Commence Grand’Ma, mais je ne réponds rien. "Un jour je ne serais plus et Gärähm devra trouver sa place."

Même si je n’en ai pas l’air, j’écoute les propos de la doyenne. Elle cherche clairement à me faire culpabiliser. Me toucher là où ça fait mal avec sa mort qui me rappellerait celle de ma famille. Pourtant, loin de me laisser manipuler j’use des mêmes arguments contre elle.

"J’ai arrêté de chasser pour une raison, les dangers sont grands dehors. Le froid, les bêtes, les crevasses sous la neige. Si toi et moi ne sommes plus, que deviendra-t-elle ?"

"Elle mourra !" Répond simplement Grand’Ma, et ces deux mots m’arrêtent immédiatement. "Elle quittera le village et elle mourra, avec la fierté d’avoir fait ce que son cœur lui dicte !"

Je ne réponds rien. Je n’aime pas évoquer ce genre de choses, en particulier lorsqu’il s’agit de Gärähm. Rapidement la doyenne revient vers moi avec un ton qui n’attend aucune réplique.

"Enlève tes vêtements. Tu peux tromper une enfant, moi pas !"

Elle pose de l’eau propre ainsi que quelques bandages et attends que je m’exécute. Elle a rapidement compris que le combat avec l’ours n’a pas été de tout repos, mais elle a attendu que Gärähm ne soit pas là pour le voir. Elle s’occupe de mes bandages alors que dans ma tête ses mots résonnent encore et me rendent nerveux. Même faible, Grand’Ma ne cesse de se rendre utile sans se plaindre. Une fois les soins finis, je noie mon anxiété à ma tâche actuelle qui est de réaliser un arc, ou du moins de finir le travail. Je prends deux de mes couteaux, un gros pour couper les morceaux qui dépassent et un autre, plus petit qui me permet de mieux le manipuler et ajuster les finitions nécessaires. Je passe un bon moment sur le seul morceau de bois que l’ours n’a pas éclaté. Au bout d’un certain temps, alors que mes ressentiments sont passés, je termine mon œuvre. J’en suis assez satisfait. Le bois est assez souple pour se tordre, mais suffisamment rigide pour tendre la corde que je vais mettre. Je réalise deux encoches justement, qui serviront à fixer la corde. Je me tourne vers Grans’Ma qui s’est affairé avec la carcasse de l’ours. En voyant la dépouille, une idée me vient.

"Grand’Ma tu as une corde pour moi ? Et garde-moi une patte de l’ours également !" Dis-je.

Elle met une patte de côté et me présente une corde que j’espère être assez solide pour ne pas qu’elle lâche au pire moment. J’attache une extrémité de la corde sur un bout et fais de même pour l’autre côté. Je dois m’y reprendre à plusieurs fois car la corde doit tendre le bois, mais également laisser une marge de manœuvre pour le plier lorsque je banderais une flèche.

Une fois cela fait, vient au tour des projectiles. Pour le moment ce ne sont que des bouts de bois et comme pour l’arc, je m’assure de ne laisser aucune aspérité avec mes couteaux. Je réalise un espace pour encocher les flèches et de l’autre extrémité je cherche quelque chose pour accroître le pouvoir perforant du projectile. Matériau commun chez nous, l’idée me vient rapidement et je me tourne vers l’ancienne pour lui demander s’il reste de quoi faire des pointes.

"Il reste des os de l’ours ?"

Sans montrer des signes de colère, elle me dépose de nombreux ossements lavés sans un mot. Je m’attelle donc à tailler les os, parfois en ayant besoin de casser des gros morceaux pour obtenir ce que je souhaite. La taille est ce qui me prend le plus de temps, mais c’est surtout un élément essentiel. Sans eux, les flèches perdront de leurs mordants.

Le résultat final me plaît assez. Je bande quelques flèches pour m’assurer que l’ensemble me satisfait. Maintenant il me reste un dernier élément. Je ne peux me déplacer sans avoir de quoi entreposer mes flèches. C’est là que la patte d’ours intervient et tout le travail va être de vider l’ensemble du membre sans endommager la peau. Je réfléchie à la chose, mais entre la peau à éviter, la chair présente et les os qui me gènent, je doute être capable d’une telle prouesse. Non le plus simple est de couper dans la longueur et de recoudre par la suite. J’entaille la patte et ouvre délicatement la peau avant d’extraire soigneusement l’intérieur.

La peau est une partie qui se fragilise avec le temps et sans traitement approprié, elle va finir en morceau avec le climat de la région. Je ne dispose pas des compétences nécessaires à une telle chose et c’est clairement un travail qui ne s’improvise pas, mais je connais qui en serait capable. Je rassemble les chairs de la patte dans une auge en bois ainsi que la peau et apporte le tous à Aïyak, notre tanneur. Ce dernier a moins à faire avec l’absence de proie ces derniers temps. J’arrive à sa yourte et pénètre à l’intérieur après m’être fait annoncer en frappant à l’entrée.

"Ehök ? Tu as besoin de quelque chose ?" Me demande le tanneur.

Plus grand encore que moi, il possède une barbe des plus garnies ainsi qu’un regard joyeux lorsque ses bambins courts dans ses jambes. L’espace d’un instant je reste muet, imaginant ma vie avec une famille fournie. Finalement je sors de ma rêverie et tends la peau.

"Oui, tu peux t’occuper de ça pour moi ?"

"C’est petit. Tu veux en faire quoi, un bonnet ?" Demande Aïyak avec un petit sourire narquois.

"Non un carquois."

Cette simple réponse fige l’homme qui me fait face l’espace d’un instant, son sourire laissant place à un rictus de mépris. Je suis connu pour avoir été un guerrier dans le clan et posséder un arc est un déshonneur lorsqu’il s’agit d’un combat. Cependant je m’attendais à ce genre d’attitude et c’est sans ciller que je lui réponds.

"J’ai repéré des écureuils. Leurs corps pourraient attirer des proies plus intéressantes ! Je te laisse toute la chair qui va avec la peau de la patte."

Je lui tends le tout alors qu’Aïyak soutient mon regard et semble peser le poids de mes arguments car le déshonneur irait également sur lui. Il finit cependant par prendre le tout non sans faire une demande en retour.

"Je n’ai jamais réalisé une telle chose mais je vais voir ce que je peux faire. Si tu attrapes des écureuils, tu pourrais m’en garder ? Ma femme va faire naître un nouveau membre et mes petits ont toujours aimé que je fasse une peau rien que pour eux."

La réponse me perce le cœur. Pourquoi n’ai-je pas la chance que d’autres possèdent ? Ma douleur semble perceptible car Aïyak porte une main à mon épaule. Il s’apprête à me parler, mais je le devance et pause une main amicale sur la sienne.

"Avec plaisir !"

Sans plus de cérémonie je quitte la yourte, sentant monter une émotion qui ne correspond pas à un guerrier de Fenris.

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