Les Monts Eternels

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Yuimen
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Les Monts Eternels

Message par Yuimen » mer. 29 août 2018 15:24

Les Monts Éternels

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Les Monts Éternels sont le plus gros massif montagneux de Nosvéris, s'étendant de ce que les shaakts de Gwadh appellent la Grande Barrière jusqu'au Nord-Est du royaume de Pohélis en couvrant le Nord de la principauté d'Henehar et presque la moitié du royaume perdu de Nosvéria. Peuplés en très grande majorité par les phalanges de Fenris, organisés en tribus ou meutes possédant chacune son territoire, ces montagnes hostiles au climat glacial ne sont que peu visitées par les explorateurs et les étrangers. Dans ce massif dominé par les quatre "Monts Éternels" que sont le Pic des Nuages, la Crête Hurlante, le Croc de Fenris et le Plateau d'Aras Mül, se cachent de nombreux dangers prêt à emporter auprès de Phaïtos les imprudents. En effet, si vous arrivez à survivre au froid polaire de la région accentué par l'altitude et diverses chutes mortelles dans glaciers et ravins qui vous attendent sournoisement camouflées par la neige, il vous faudra affronter les prédateurs locaux tels les intimidants flérustres, les majestueux hypogriffes, les fulgurants barioth, mais aussi leurs proies toutes aussi dangereuses à l'image des chameau-béliers sauvages et des hardes de gakhaïs. Si vous survivez à tout cela et ne vous faites pas attraper les une meute de phalanges de Fenris, sans doutes les plus dangereux prédateurs de ces montagnes, vous pourrez avoir la chance de croiser le légendaire Mouflon Argenté dont chaque touffe de poilse vends très cher pour sa valeur de porte bonheur ou encore pénétrer dans la mythique cité de Nosvéria que la déesse Yuia emprisonna dans les glaces il y a plusieurs millénaires de cela. Enfin ne relâchez pas votre vigilance si vous avez trouvé un abris dans une grotte, les créatures qui y habitent souvent plus vicieuses et mortelles que celles qui vous attendent à l'extérieur.


Lieux particuliers au sein des Monts Éternels:

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Ehök
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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » dim. 23 févr. 2020 16:17

I.1 Un matin dans le Nosvéris.
I.2 Un rituel hors des traditions.

Il y a une raison à mon départ si tôt dans la matinée. Chaque matin, avant de partir chercher à manger, je prends le même chemin qui m’amène à un surplomb où je peux contempler le village. Pourtant, même si la vue est magnifique lorsque le soleil se lève, ce n’est pas non plus la raison de ma présence. Au bout de ce surplomb se trouve deux pierres, la plupart du temps entourées de neige. Si rien ne permet de les différencier d’autres pierres, c’est que leurs présences ne se justifient qu’auprès de moi. En cet endroit, j’aimais faire venir ma femme et ma fille le matin pour admirer les lever de soleil. Aujourd’hui ce n’est plus qu’une stèle, un lieu de recueillement personnel. A chaque fois que je pars, je passe toujours ici. Je me remémore mes souvenirs heureux lorsque ma famille était entière.

"Pourquoi a-t-il fallu que l’on vous arrache à moi ? Qu’ai-je fait pour mériter un tel châtiment ?"

J’ai souvent posé cette question au vent, à la pluie, la neige, à qui veut l’entendre en réalité. Jamais je n’ai eu de réponse. J’ai, par moments, eu l’envie de franchir les quelques pas supplémentaires qui m’enverraient vers ma famille, mais deux êtres dépendent de moi et leurs présences m’en ont toujours empêché.

Les phalanges de Fenris considèrent la mort sans véritable émotions particulières. Ce n’est que la fin d’une vie qui aura été au mieux glorieuse et au pire rapidement oubliée. Pourtant, si ces hommes du nord ne subissent aucun état d’âme lorsque la mort survient à leurs proches, quel est cet étrange liquide salé qui coule le long de la joue d’Ehök ?

I.3 Une chasse à l'écureuil qui tourne mal.
Modifié en dernier par Ehök le dim. 23 févr. 2020 20:50, modifié 1 fois.

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Ehök
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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » dim. 23 févr. 2020 20:48

I.2 Un rituel hors des traditions.
I.3 Une chasse à l'écureuil qui tourne mal.


Je marche dans les montagnes depuis quelques heures déjà. Un peu plus tôt, j’ai repéré une zone où je serais capable de trouver des fruits et des herbes que les herbivores affectionnent. A défaut d’avoir de la viande, je ne reviendrais pas les mains vides. Pourtant je garde l’état de santé de Grand’Ma à l’esprit. Il lui faut quelque chose de plus consistant que des baies et des fruits à longueur de journée, sans quoi son état ne fera que s’empirer. Je descends en suivant un petit cours d’eau. Le clapotis de l’eau à tendance à occulter les bruits de pas.

J’arrive au fameux endroit que j’ai remarqué et attends, patiemment que la nature oublie ma présence, caché derrière des buissons. Quelques écureuils sont présents. Mon père me disait que si la région n’est pas un secteur où ils aiment vivre habituellement, cette espèce-là résiste plus au froid et la grande quantité de nourriture qu’ils peuvent trouver fait qu’ils possèdent une couche de graisse particulièrement savoureuse. Malheureusement ils sont bien trop rapides pour que je sois capable de mettre la main sur l’un d’eux. Dans l’idéal un arc serait une arme parfaite, mais ce n’est pas une arme honorable. Plus que la viande elle-même, c’est le combat qui donne cette saveur, cette sensation d’être vivant. Le duel mortel entre deux créatures, dont seul le vainqueur décidera du sort du vaincu. Cependant je ne suis plus ce guerrier et mes priorités sont différentes aujourd’hui.

(Au diable l’honneur, les miens ont le ventre vide !)

Je me décide donc à fabriquer moi-même un arc. La tâche va générer de la nuisance donc je préfère m’éloigner d’ici pour ne pas faire fuir mes futurs proies. Je repère diverses branches qui semblent intéressantes. Grâce à mon Guisarme j’arrive à en atteindre à une bonne hauteur. Malheureusement mes premières récoltes ne sont pas bonnes. Pour être efficace, le bois de l’arc doit être souple pour ne pas casser en se pliant, mais il doit être assez résistant pour reprendre sa forme d’origine avec force. Ce qui n’est pas le cas pour le moment. Il me faut ne nombreux échecs avant de tomber sur un arbre et surtout ses branches qui soient à mon goût.

Maintenant il faut tailler le bois. Même si ma hache est une lame assez grosse pour ce genre de tâche, je sais comment la manier pour un résultat disons…correct. Je retire feuilles, petites branches et autres aspérités et créé de petites fentes pour y insérer la corde. C’est à ce moment que je maudis mon manque d’anticipation. Je n’ai pas la moindre corde hormis celle qui me sert à de temps à autre et qui fait dans les vingt mètres de long. Je devrais donc finir le travail dans ma yourte. De même que pour mes recherches des branches, j’ignore le résultat que cela aura donc je préfère réaliser quelques exemplaires avec du bois de nature différent.

Quitte à avancer autant continuer en réalisant quelques flèches. Je dépose le fruit de mon travail et pars chercher de nouvelles branches. Certains types de bois étaient trop rigides pour l’arc, mais il devrait convenir pour faire les flèches. Je ramasse les branches les plus fines car je ne veux pas et surtout je ne peux pas m’amuser à tailler plusieurs flèches dans une même grosse branche. Je rapporte un tas de bois à ma zone de travail, pose mon arme principale contre un rocher et continue mon labeur. Encore une fois j’enlève les aspérités en prenant soin de ne pas endommager la flèche. Cependant après la réalisation de quelques-unes, je comprends qu’il me faudra terminer les finitions pour un résultat efficace. Ou du moins qui ne cassera pas au bout de deux ou trois tirs.

Alors que je suis encore à la réalisation de quelques flèches, j’entends derrière-moi un grognement. "Roaaar !" Je saisis ma hache mais il est déjà trop tard. Un ours blanc me saute dessus et enfonce ses griffes dans mes avant-bras alors que je me retourne. La bête insiste et profite de l’avantage de sa surprise pour me harceler, mais aidé de mon arme je parviens à prendre de la distance en frappant dans le vide devant moi.

C’est un ours noir, mais visiblement jeune au vu du poids qu’il fait. Il semble me prendre pour une menace ou un rival peut-être avec les fourrures que je porte sur moi. Autrefois, je n’aurais eu aucun mal à venir à bout d’une telle bête, mais je n’ai plus ce feu intérieur qui faisait de moi un grand guerrier. Non, maintenant deux idées se bousculent en moi. D’un côté je pense à la viande, la peau, les os qui seront utiles à Grand’Ma et au village. D’un autre, une voix me dit qu’il s’agit d’un jeune ours, que sa mère ne devrait pas être très loin et qu’elle peut aller jusqu’à cent vingt kilos. Un adversaire que je ne saurais vaincre seul.

(Non, oublie tes peurs ! Si tu ne reviens pas avec de la viande, l’état de Grand’Ma en pâtira et cela fera souffrir Gärähm ! Bats-toi comme un guerrier ! Bats-toi comme un homme du nord !)

Je ressers la poigne sur ma hache. Avec mon arme d’hast j’ai l’avantage de la portée, je dois profiter de la moindre occasion pour m’en saisir. Je cherche à contourner l’animal, mais il se dresse devant moi, pensant probablement que je veux l’attaquer par derrière. Il saute en avant pour me frapper d’une de ses pattes et j’évite le coup en reculant.

(Je n’aime pas ça, c’est cet ours qui mène l’affrontement. Je suis un guerrier du nord, il n’est pas question que je perde face à un si petit ours !)

Je mouline dans le vent pour intimider la bête et la manœuvre marche quelque peu. L’animal recule avant de bondir soudainement, la gueule ouverte. Je saute sur le côté pour échapper à ses crocs. S’il parvient à m’attraper avec sa gueule, il va me broyer les os. J’évite de justesse crocs et griffes, mais je ne suis pas un homme très habile et je me ramasse face contre le sol. Le temps de me retourner, la bête est déjà sur moi. Je n’ai que le temps de placer ma hache entre ses crocs pour l’empêcher de me dévorer le visage. Malheureusement, le tranchant de la hache est orienté de mon côté et la bête exerce une pression qui pousse ma propre lame contre moi. Alors que mes deux mains repoussent mon arme de chaque côté, une patte de l’ours agrippe mon épaule droite et s’enfonce dans ma chair. Je prends le risque de lâcher ma main gauche pour repousser le cou de la bête et lever sa tête afin de dévier la lame de mon visage. J’exerce une pression sous la gueule de l’animal et parviens à m’extraire de la menace qu’est devenue ma hache. Cela me permet de tirer d’un coup sec mon arme et bien que la gueule de l’ours soit de nouveau une menace sérieuse, je place un coup de hache dans son épaule, par le tranchant cette fois-ci.

Le coup inflige une belle blessure malgré la résistance de l’animal. La bête recule en gémissant, mais je ce n’est pas encore suffisant. Je profite de l’occasion qui m’est offerte pour me relever et courir jusqu’à mon arme de prédilection, rangeant ma hache dans mon dos. Je me saisis de mon Guisarme qui m’offre l’avantage d’une plus grande portée et la pointe vers l’ours avec la ferme intention d’en finir. Au sol, je vois mes tentatives de fabrications d’arcs en morceaux lorsqu’il m’a chargé la première fois.

(Sale bête !)

L’animal souffre, il gémit et tente de lécher sa plaie. Je m’avance rapidement à sa hauteur et assène un coup de haut en bas, espérant mettre un terme à ce combat, cependant l’ours se redresse et balaie mon arme de sa patte encore intacte. La parade ouvre ma garde et l’ours bondit une fois redescendu. Je n’ai que le temps de dévier la charge en ramenant le manche de mon arme devant moi. Cette fois-ci c’est lui qui m’ouvre sa garde, m’offrant le moment que j’attendais. Je rassemble mon énergie, que je n’ai pas utilisé depuis tant de temps et frappe de mon arme pour empaler la bête. La lame pénètre la peau épaisse et s’enfonce largement dans la chair. Je maintiens la pression pour perdurer cet avantage que m’offre ma position, le temps que l’ours se vide de son sang, sapant petit à petit ses forces. Malgré la douleur, l’animal cherche à s’extraire de mon emprise. Ses râles se propagent aux alentours et je crains qu’une horde de loups n’arrivent à moi. Je décide d’en finir rapidement. Je me saisis de ma hache et assène coups sur coups à l’animal qui finit par se coucher au sol dans un dernier souffle.

I.4 Une invitée surprise.
Modifié en dernier par Ehök le dim. 23 févr. 2020 20:52, modifié 1 fois.

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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » dim. 23 févr. 2020 20:52

I.3 Une chasse à l'écureuil qui tourne mal.
I.4 Une invitée surprise.

Je suis exténué. Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas battu de la sorte et j’avoue que je me sens un peu plus vivant après ça. Avec cet ours, je vais pouvoir apporter de quoi manger au village, en particulier à Grand’Ma. Je fais un bref état de mes blessures. Si certaines sont douloureuses, je devrais être en mesure de porter l’animal en le vidant un minimum. J’ai une longue route à faire et le moindre poids en moins peut faire la différence sur le chemin. Je rassemble mes affaires à commencer par mes ébauches d’arcs, enfin ce qu’il en reste. Tous sont détruits, éclatés en morceaux, sauf peut-être un. Bien au milieu de ce qui est à présent un tas de bois, une de mes tentatives d’arc est encore intacte. Sa position montre clairement qu’il n’a pas échappé à la patte de l’ours. Cela signifie qu’il possède la nature de bois idéale. Il faudra juste terminer les finitions. Je ramasse mes flèches et retourne à ma proie.

"Roaaar !"

Un nouveau rugissement se fait entendre, bien plus puissant que ma victime. Un ours adulte, de plus de cent kilos à vue d’œil, est présent vers le corps de ma proie et cours vers moi. Les voix se battent dans ma tête. Si le feu intérieur du combat s’est ravivé, il n’en reste pas moins que mon instinct de survie obtient le dessus. Je prends mes jambes à mon cou et cours à perdre haleine. Les ours ont quatre pattes puissantes, ce qui leurs permet d’être efficace en monté. Je descends donc la première pente qui s’offre à moi, sachant qu’une telle course sera plus problématique pour l’ours qu’en montant. Assez rapidement je n’entends plus rien. Je regarde derrière-moi et vois la bête qui fait demi-tour. Je pense à rentrer, cependant il est hors de question de laisser ma proie à des charognards. Je reviens sur mes pas, m’obligeant à suivre l’imposant ours.

L’animal se rend vers le corps du jeune ours. Je reste assez éloigné et cherche un point de vue en hauteur. J’observe l’animal adulte donner des coups de museaux et de légers coups de pattes pour faire réagir le corps meurtrie de coups. Les appels restent sans réponse. Finalement, l’ours adulte se couche contre le corps sans vie et semble ne pas vouloir accepter sa mort.

(Bon sang ! Pourquoi a-t-il fallu qu’il reste ici ? C’est la loi du nord ! Seul celui qui est plus fort ou plus chanceux peut survivre !)

Je comprends parfaitement la peine de perdre un être cher. Ne désirant pas abandonner un bon amas de viande, je reste là à attendre que la bête se décide à accepter l’inévitable et à partir. Ce qu’elle fera après un très, très long moment. Une fois que je pense l’animal assez loin, je me rapproche du corps et entreprends de le vider de tous ce qui peut être inutile, allant jusqu’à lui ôter la tête pour diminuer le poids. Je le ficelle afin de le porter sur mon dos pour me faciliter le voyage de retour. Je dois me dépêcher, car l’odeur du sang va attirer les charognards si ce n’est déjà le cas. Une fois cela fait, je fais un tour complet pour m’assurer de ne rien avoir oublié car les ressources sont rares et entame la longue marche jusqu’à ma yourte.

I.5 Affrontement verbal.

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Ehök
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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » jeu. 20 août 2020 14:10

II.1 Encore un matin.
II.2 Chasse à l'arc.


Après m’être recueillit à mon autel comme je le fais quotidiennement, je retourne là où je me trouvais hier. Bien que je risque de croiser à nouveau la femelle ours, j’y vais surtout pour attraper des écureuils blancs. L’endroit semble peu propice à la cueillette, tâche à laquelle je m’exécute la plupart du temps depuis la mort de ma famille. C’est bien moins dangereux que de chasser, car que ce soit le gibier ou un prédateur attiré par le sang, les blessures majeures ici ne sont que quelques coupures sur les mains. Malheureusement, un tel régime alimentaire ne renforce pas assez Grand’Ma qui en souffre avec le temps et la générosité du village a ses limites.

Arme en main, j’arpente le terrain en prenant le temps d’observer au préalable le chemin pour faciliter ma traversée. J’ai trouvé cette zone par pure chance et mon retour a été un peu compliqué avec mes blessures et le corps du petit ours. J’arrive assez vite sur la zone en me référant aux quelques marques particulières sur le chemin : la forme d’un arbre, un éboulement de roches, une crevasse légère. Autant d’éléments significatifs que j’ai repérés durant mon retour et qui facilite ma progression. Arrivé à mon terrain de chasse, j’arpente le secteur en quête de trace d’un prédateur dangereux pour moi. Il serait désagréable de faire tout ce travail pour finalement se faire voler son dur labeur dans le meilleur des cas. Le pire étant d’attirer toute une meute de bêtes.

Je dépose ma guisarme au sol et me saisis de mon arc. C’est la première fois que je l’utilise, mais j’ai déjà eu à tirer avec une telle arme…il y a longtemps de cela. Je reste persuadé que ces choses ne se perdent pas avec le temps. Il me faut attendre longtemps avant que ma présence ne soit oubliée et que les premières créatures apparaissent. Trop frêle ou trop petit pour risquer de révéler ma position, je patiente encore jusqu’à ce que la proie que je suis venu chercher apparaisse : un écureuil blanc. Une espèce particulière de la région paraît-il. Plus apte à survivre dans ce milieu inhospitalier et si savoureuse avec sa chair très grasse. Le plus délicatement possible, j’encoche une flèche et brandis mon arc. Ne voulant pas revenir bredouille je fais preuve d’une grande patience. La bête grimpe sur un tronc d’arbre et étend son corps un maximum pour le gravir. J’attends que la créature soit immobile un certain temps avant de lâcher la pression sur la flèche. Le projectile file à grande vitesse jusqu’à sa cible et percute de plein fouet…le tronc. Alors que ma proie s’enfuit sans demander son reste, je m’avance jusqu’à ma munition et crains le pire.

(Et merde !)

En effet, j’ai non seulement perdu une belle occasion, mais aussi ma flèche qui s’est brisée. Il ne m’en reste plus que quatre. Je ramasse cependant la flèche cassée et récupèrerai ses éléments encore intactes. Mon échec ayant alerté le gibier local, je n’ai plus qu’à partir. Sur le chemin je ramasse quelques baies que je sais comestibles ainsi que des branches qui me serviront à créer d’autres flèches. Je m’installe ensuite et prépare le nécessaire pour faire mouche la prochaine fois, à savoir un stand de tir. Concrètement, je fabrique une cible de fortune doublée avec de la mousse pour éviter de casser mes flèches. Finalement, la reprise de cette activité est plus dure que dans mes souvenirs. C’est après m’être entraîné longuement que je comprends le problème. J’ai réalisé un arc avec ce que j’avais sous la main, ce n’est pas la réalisation de quelqu’un qui maîtrise son œuvre. Mon arme dispose d’une déviation, dont la répétition des tirs me permet de compenser l’erreur de trajectoire.

Finalement je reviens me mettre en position pour une nouvelle tentative. Aidé de ma hache, je grimpe à un arbre et fais tomber de petits glands rouges, les mets préférés des écureuils et les disposent dans un renfoncement. Ainsi, ils seront obligés de rester au même endroit le temps d’extraire tous les glands.

Le temps passe avant qu’une nouvelle occasion se présente. De nouveau je brandis mon arc et lorsque je sens qu’il est temps, je tire. Cette fois, la cible n’a aucune chance. Bien qu’encore en vie, la flèche l’a transpercé et cloué contre l’arbre. Je me précipite vers lui et l’achève d’un coup sec à l’arrière du crâne. Je m’assure qu’il soit bien mort avant de le détacher du tronc et de le pendre à mon pantalon. A la fin de la journée, ma chasse se solde avec trois autres tentatives, mais un seul autre écureuil en trophée. Alors que je prends la direction du village, un craquement sinistre se fait entendre près de moi.

II.3 Promenons-nous dans les bois, pendant que...
Modifié en dernier par Ehök le jeu. 20 août 2020 14:13, modifié 2 fois.

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Ehök
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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » jeu. 20 août 2020 14:13

II.2 Chasse à l'arc.
II.3 Promenons-nous dans les bois, pendant que...


Je me fige sur place. Sans bouger la tête, je cherche du regard la source du bruit. Une tâche noire, presque hors de mon champ de vision se meut d’elle-même à ma droite. De la main opposée, je déplace lentement mon arme de prédilection pour la proposer à mon autre main. La créature se déplace soudainement plus vite et je tourne sur moi-même pour mettre le tranchant sur sa route dans le même mouvement. Plus rapide que le je pensais, la bête bondit sur moi et au lieu de la planter avec mon arme comme prévue, ma lance frappe de côté et dévie la trajectoire juste assez pour ne finir qu’avec une lacération à l’épaule droite. Un peu plus de retard et ma gorge aurait été tatouée d’une belle rangée de crocs acérés.

Faisant désormais face à mon adversaire, celui-ci se présente sous la forme d’un loup noir amaigri. Il n’a visiblement pas mangé à sa faim depuis des jours et si sa condition le rends moins dangereux physiquement, la faim qu’il éprouve devrait compenser cet affaiblissement. Il fonce sur moi pour me mordre aux jambes. Je frappe pour intercepter sa course, mais il évite le coup et s’éloigne hors de la portée de mon arme. Il rôde autour de moi et ne voulant pas jouer à un jeu d’endurance, j’avance jusqu’à lui et tente de le frapper de la pointe. Il évite chacun de mes coups, me laissant présager d’un dangereux instinct de survie. Il reste continuellement à distance, mais à chaque fois que je tente de me déplacer, il se dresse sans cesse sur ma route, comprenant que me laisser bouger à ma guise signifierait de voir sa proie s’échapper. Même dans son état, il reste agile et très vif. Il y a peu de chance que je parvienne à l’empaler. Je dois garder mon énergie pour le bon moment.

Je me dois donc le provoquer. Mon arme se présentant comme une lame large se finissant avec une pique, je ramène la partie létale jusqu’à moi et plante un de mes écureuils morts dans la partie basse du tranchant, laissant une bonne distance entre mon butin et le bout de la pique. L’effet est rapide. Le loup trépigne sur place, ne sachant qui suivre entre son ventre et son instinct de préservation. Finalement le ventre à raison de lui. Il s’avance, manquant de peu de se faire trancher la patte et revient l’instant d’après. Je parviens à lui infliger quelques égratignures, mais cela attise plus sa colère que ça ne l’affaiblit et mon plan commence à se retourner contre moi. A plusieurs reprises, il parvient à effleurer le corps de l’écureuil m’obligeant à revoir ma stratégie. La peur de voir ma proie s’enfuir dans ses crocs me place dans une attitude moins agressive qu’avant et le loup remarque ce changement. Peut-être saisit-il que mon attention se porte davantage sur le bout de ma pique, il bondit sur moi toutes griffes dehors. J’arrive non sans peur à placer mon manche devant moi pour me protéger. Le poids de l’animal et la surprise nous font tomber à la renverse et une fois au sol je repousse mon adversaire, évitant de justesse un coup de crocs à la gorge. Lorsque je me relève, des blessures sanglantes sur mes bras apparaissent. Visiblement, je n’ai pas senti cette intrusion dans ma chair tant mon esprit est obnubilé sur ma survie.

Dans mon malheur, j’ai la chance que ce loup soit seul. Plusieurs d’entre eux auraient scellé mon destin. Nous entamons à nouveau la même danse brièvement, avant que le loup ne reprenne sa position avant de sauter. Je parviens de justesse à dévier la charge d’un coup de manche. Ratant sa tentative, le loup m’expose son dos, offrant par la même une occasion de frapper dans son angle mort. Je me précipite pour ne pas laisser passer cette chance, mais la ruée m’a plus déstabilisé que je ne le pensais et mon adversaire se dérobe à ma portée. Cependant, même si cette occasion est manquée elle me laisse dans un arrière-goût d’inachevé, comme si mon corps cherchait à se souvenir d’une manœuvre oubliée. Cela ravive cette ardeur glaciale de la Phalange de Fenris que je suis. J’ai passé ces dernières années à éviter ce genre de danger, mais mon corps semble souffrir, comme une absence d’un besoin essentiel. Si je parviens à me positionner dans son dos, je devrais être en mesure de frapper plus efficacement.

Le loup ne me laisse cependant pas l’opportunité de me rappeler ces souvenirs d’antan. Il se précipite sur le bout de ma lance et manque de peu d’attraper mon gibier. Je ne parviens pas à l’atteindre et j’entame donc la même manœuvre qui l’a poussé à me sauter à la gorge. La bête tombe dans mon piège. Je tente de passer dans son dos, quitte à me blesser pour mieux frapper. Hélas, sa patte trouve une stabilité sur mon bras et lui offre l’occasion de me mordre à l’épaule. La douleur me vrille le bras et il me faut un effort de volonté considérable pour parvenir à repousser mon adversaire.

(Bon sang, je n’aurais pas dû lui offrir une telle opportunité. Si je veux vraiment accroître mes chances de toucher, il me faut absolument esquiver. L’idéal serait de…)

Je ne peux malheureusement pas aller plus loin dans ma réflexion. L’animal attaque encore et encore, augmentant le nombre d’assauts contre moi. Il est clair que le goût du sang a accru sa faim et son désir de me saigner encore. Il bondit de nouveau, sans attendre que je le provoque. J’évite cette fois-ci l’attaque et me prépare à frapper, mais je manque de fluidité dans le geste, ce qui ralentit la manœuvre.

(Bon sang ! Je suis obligé d’utiliser mon énergie sans quoi je ne serais pas capable de le toucher !)

Le loup lui n’attend pas. Il cherche encore à me mordre et me fais reculer. Il gravit finalement un petit monticule qui lui donne un avantage en bondissant soudainement, griffes et crocs prêts à me lacérer avec plaisirs. Ce coup-ci j’esquive l’assaut en monopolisant mon énergie interne dans tout mon être pour me déplacer avec fluidité. J’évite l’attaque de peu et me retrouve dans son dos. Cependant, je n’ai plus l’habitude d’user de mon énergie et mon corps se déplace trop vite, rendant ma masse impossible à stopper dans l’élan. Je viens de rater une occasion en or et je n’ai désormais plus d’énergie en moi.

Le duel n’est pas terminé. Le loup me fait encore face, mais reste immobile. Attitude étrange pour une bête affamée qui a gouté au sang il y a peu. J’use de la longueur de ma lance pour le provoquer, mais il ne répond pas et ne tente pas un nouveau bond. Comme s’il avait pressentit d’instinct qu’il est passé à près de la mort. Il s’éloigne davantage de moi et me regarde avec une haine sans nom. Soudain, il hurle ! Un hurlement d’appel au rassemblement.

(Ce n’était pas un loup solitaire, mais un membre d’une meute ? Il aurait simplement cherché à s’approprier toute la viande en me dévorant.)

Je ne peux me permettre d’attendre pour m’en assurer. Hors d’atteinte de la bête pour le moment, je reprends la route du village à toutes jambes et la neige n’étant pas le plus sûr des terrains pour une telle course, je multiplie les risques pour y arriver en vie. Je passe par un chemin chaotique gelé qui, même s’il me demande plus d’efforts à traverser, il est également un obstacle pour le loup qui doit être non loin de moi. Un bref regard en arrière m’indique que j’ai raison. Même si mon adversaire ne cherche plus à prendre de risque en m’attaquant ouvertement, il me suit de près en arpentant le chemin à ma suite, telle l’ombre de la mort qui désire récolter une nouvelle âme.

Je redouble d’effort, tant physiquement qu’intellectuellement pour traverser dans des zones que ma mémoire et mon instinct me dictent, afin de m’éloigner de la mort sur pattes. Derrière-moi, elle pousse un nouveau hurlement. Je glisse et tombe le dos dans la neige. Elle n’est cependant pas la raison du frisson qui me parcourt l’échine. Au loin, l’appel du loup trouve un écho, puis un autre. Le reste de la meute a entendu l’appel et bientôt un banquet va avoir lieu où j’y tiendrais une place d’honneur.

Mal élevé que je suis, je me relève sans attendre les convives. Mon poursuivant semble avoir repris du poil de la bête depuis que ses amis se sont fait entendre. Sa présence harcelante refait surface et je me souviens que plus loin, un éboulement a eu lieu. La neige a revêtu l’ensemble, transformant le tout en une piste glissante très douloureuse. Je m’y précipite et me laisse glisser de tout mon long. Le choc des petits cailloux et gros rochers est rude et une série d’ecchymose m’attend en bas. Je m’essaie à garder le contrôle de la descente et lorsque des rochers sur ma route me semblent trop gros, mes pieds sont là pour dévier ma trajectoire avant un choc trop rude. Dans le tumulte de la glisse chaotique, je perçois que quelque chose se passe derrière-moi. Ce n’est qu’une fois que j’ai atteint le bas que je me retourne et comprends que le loup a osé me suivre dans cette folle route. Cependant, il n’est pas aussi adroit que moi pour se guider et subit les chocs, rocher après rocher. C’est ma chance ! Alors qu’il arrive à son tour en bas, je me précipite arme en main là où il s’apprête à arriver et frappe, alors qu’il n’a toujours pas repris sa stabilité. Ma lance l’atteint juste au-dessus de sa patte avant droite et s’enfonce dans la chair. Avec une patte en moins et les nombreux chocs subis, mon adversaire n’est plus en mesure de se tenir correctement. Avant qu’il n’appelle à nouveau ses camarades, je lui enfonce une nouvelle fois l’embout de mon arme pour l’achever et la bête s’effondre dans un dernier râle.

Maintenant terrassé, je n’ai plus à craindre l’arrivée de ses congénères puisqu’il n’aura plus l’occasion de les guider à présent. Je place la dépouille sur mon épaule et reprends la traversée jusqu’à la maison. Il est désormais mon butin et ma fierté. Je suis certain de Grähäm sera contente lorsque je rentrerais. Si ma descente m’a finalement été d’un grand secoure, il me faut cependant remonter une importante pente, avec un poids supérieur à ce qui était prévu. Non sans difficulté, j’atteins le haut d’une colline, pour ne pas dire falaise tant l’ascension relève de l’escalade. Le combat, la course et cette montée avec ma prise commencent à devenir une véritable épreuve. Je serre les dents et reprends mon souffle car bientôt le village sera à portée de vue avec un repos bien mérité.

Au loin le hurlement de la meute se fait de nouveau entendre. Peut-être ferais-je mieux d’accélérer le pas au cas où. Le chemin que je décide de prendre m’amène en haut des cimes. Certes, physiquement c’est éprouvant, mais la vue dégagée que cela m’offre est un avantage considérable. Surtout lorsque j’aperçois de nombreuses tâches noires suivre un chemin, comme une piste à suivre. En détaillant la route qu’ils prennent, je comprends trop tard qu’il s’agit de la voie que j’ai empruntée et plus particulièrement la trace de sang que le loup a laissé en me poursuivant, indiquant une piste sanglante à suivre. Je continue ma progression en passant par un chemin particulier. Plus loin, une arche naturelle fait office d’unique chemin jusqu’au village.

Je gravis à perdre haleine la montée enneigée, ignorant autant que possible les ecchymoses et blessures qui parsèment mon corps. Derrière-moi j’entends les loups arriver rapidement et jette un regard pour comprendre la gravité de la situation. Une demi-douzaine de loups arrivent à toute allure, poussés par la faim et l’odeur du sang. J’ai peut-être une solution, mais elle me fend le cœur rien qu’à l’imaginer. Pourtant si je ne fais rien, mon cœur ne sera pas fendu, mais dévoré par une multitude de crocs avides de sang. Je largue donc le corps du loup que je possède qui glisse dans une large faille. Accessible aux loups, il leurs faudra cependant choisir entre moi et le loup mort. Je ne m’attarde pas sur leur décision et continue ma course jusqu’à l’arche naturelle, mais j’entends que je ne suis pas seul.

Un loup noir, plus gros que celui que j’ai abattu arrive jusqu’à moi et s’arrête net lorsque je brandis ma lance dans sa direction. Il s’agit certainement du chef de la meute pour être aussi gros. Il s’avance lentement en montrant une belle rangée de crocs tandis que je recule petit à petit, sur le chemin qui devient de plus en plus mince. Le loup s’avance rapidement jusqu’à moi, sans risquer cependant de courir et de perdre l’équilibre. Il donne des coups de pattes pour éloigner le bout de ma lance, mais il se heurte à la lame que j’oriente systématiquement pour qu’il se blesse. Comprenant qu’il n’arrivera à rien, il recule en me regardant avec ses yeux gorgés de haine. Finalement, il s’en va également rejoindre le reste de la meute boulotter certainement ce qui reste du loup mort.

II.4 Retour au village.

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Ehök
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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » jeu. 20 août 2020 14:26

II.5 Un coeur au bord du déchirement.
II.6 Dansons sur la glace.


Je quitte le village avec une véritable angoisse qui ne me lâche pas. Faërlom est à huit jours de marche. La neige et le froid s’établissent de plus en plus dans les montagnes. Je pars sans vivre et une meute de loup peut potentiellement me prendre en chasse. Malgré tout cela, c’est Grähäm qui occupe mes pensées. L’état de la petite et le regard grave de Grand’Ma lorsqu’elle évoquait l’étrange maladie ne cesse de me suivre. Je vois l’image de la petite dans chaque rocher, amas de neige ou même dans les nuages.

Je suis parvenu à échapper à la meute de loup, en profitant d’un moment ou les bêtes se sont ruées sur un pauvre animal qui n’avait rien demandé. C’est non seulement l’occasion rêvé pour moi d’échapper à leur surveillance, mais aussi une opportunité de chasser sur un terrain que je connais. Je suis capable de tenir un certain temps sans manger, mais il vaut mieux que je n’arrive pas à Faëlorm affaibli par un manque de nourriture, surtout si les rancœurs sont restées intactes.

Alors qu’un lapin pointe le bout de son museau, un hurlement se fait entendre. Sur ma droite, la silhouette d’un loup noir se distingue dans le blanc de la neige, sur la cime d’une falaise. D’autres loups le rejoignent et confirment ma première impression, il s’agissait du loup alpha. Il se met à courir subitement et disparait derrière le relief. Mon vieil instinct de chasseur et surtout ce courant froid qui s’installe le long de ma colonne m’indiquent que je viens de passer à l’état de proie. Je délaisse le lapin, qui de toute manière s’en est retourné au fin fond de son terrier et m’élance à mon tour. A grandes enjambées je m’évertue à mettre de la distance avec la meute, mais je ne suis pas dupes, deux jambes iront moins vite que quatre.

(Il va me falloir trouver un moyen de leur échapper. Malheureusement, il n’y a pas de relief qui me serait favorable dans le secteur comme le pont en arche, rien de particulier hormis un lac. J’y pense, un loup ça sait nager ?)

Cela peut paraître fou, mais je ne vois pas d’autres moyens d’échapper à ces bêtes. Je me rue en direction du lac qui ne se trouve plus très loin. Derrière-moi les loups ne sont pas visibles, mais le relief les cache car je les sens à mes trousses. J’arrive dans la vallée où se trouve le lac. De chaque côté, la montagne se dresse en un obstacle naturel infranchissable. En face de moi le lac reflète, le blanc immaculé de la neige qui se mêle avec harmonie avec la lumière généré par le relief. Au-delà, la lumière pénètre par un étroit sentier qui est le seul autre chemin. Le lieu regorge de beauté, mais hélas j’ai d’autres priorités que de poser mon cul et sol pour admirer la vue. Lorsque j’arrive enfin au bord du lac, la surprise est totale.

(Quoi ? Non impossible, c’est beaucoup trop tôt !)

De plusieurs semaines en avance, la surface du lac s’est gelée. Je pose un pied dessus et malgré un craquement la glace reste ferme, tout comme lorsque mon poids entier y repose. Cependant je ne suis pas dupe. Même si des évènements ont provoqué ce gel prématuré, il est certain que par endroit la glace est plus fragile et ne supportera pas mon poids. Mais ai-je le choix ? J’ai la mort aux trousses et de l’autre côté ses bras glacés qui se tendent vers moi. Le choix finit par s’imposer à moi en la présence des loups qui viennent d’apparaître à une centaine de mètres d’ici, venant dans ma direction. Entre les loups et l’eau gelée, une mort est certaine et l’autre simplement très probable.

Je m’éloigne de quelques pas du lac gelé pour prendre mon élan et courir sur la glace. A chacun de mes pas le sol craque, mais ne se rompt pas. D’ordinaire pour progresser sur une telle surface il est recommandé d’étendre son poids sur un maximum de surface et de prendre son temps, mais dans ce cas je n’ai pas le luxe de ramper. Tandis que j’avance, priant pour que chaque pas suivant ne fasse pas céder la glace, voir même que je glisse et tombe de tout mon poids, les loups sont arrivés au bord du lac. Quelques loups, dont l’alpha, s’y sont arrêtés. Leurs instinct naturel doit signaler qu’il est dangereux d’aller plus loin. Cependant trois d’entre eux prennent le risque de traverser le lac. Peut-être que pour ceux-là, la faim aura été plus forte que l’instinct de survie.

Leurs quatre pattes offrent une plus grande mobilité que ma paire de jambes et c’est près du milieu du lac, là où je sais la glace la plus fragile, qu’ils arrivent vers moi. Deux d’entre eux tentent de me sauter dessus, mais prendre appuis pour sauter ne fait qu’augmenter les chances de glisser. C’est ce qui les attend et la chute provoque des craquements sinistres qui se propagent sur le sol. Le troisième est plus malin et se rapproche de moi pour me mordre à la cuisse à la première opportunité. Les crocs pénètrent ma chair au travers de mes vêtements, faisant gicler le sang et m’extirpant un hurlement de douleur. Toujours accroché à mon membre comme une sangsue, la bête ne dessert pas sa prise et me ralentit fortement, usant des muscles de son cou pour aggraver la morsure. Malheureusement pour lui, le loup est une cible facile et d’un coup de ma lance, je fais pénétrer la lame dans sa mâchoire et l’enfonce jusqu’à ce qu’elle atteigne la moitié de son cou pour enfin lui fait lâcher prise.

Ayant perdu mon élan, je me retourne pour m’assurer de la situation concernant les deux autres loups. Tous deux se ruent sur moi et profite du corps du loup blessé pour s’assurer de ne pas glisser en sautant. Je parviens à repousser le premier avec le manche de mon arme sur le côté droit, mais le second bondit sur mon torse la gueule grande ouverte et me fait choir au sol. Le choc est rude et la glace se brise en une multitude de blocs flottant. La plaque gelée où je suis penche dangereusement sous nos poids combinés, mais cela provoque également une perte de stabilité du loup qui ne parvient pas à me mordre au visage. Avisant de la seconde bête qui arrive par la droite, j’use de mon arme pour m’offrir un support de la main gauche et de l’autre j’attrape la bête par le coup et la lance sur son comparse. Les deux se rencontrent violemment, me laissant l’occasion de me relever.

Je manque de tomber à l’eau avec la plaque de glace qui n’a désormais plus le support du reste du lac. Les deux loups sont dans la même situation que moi et je bondis devant moi avant qu’ils ne me sautent dessus. En me réceptionnant, je grince des dents par la pression que je réalise sur ma blessure à la jambe et brise une nouvelle plaque de glace, manquant de tomber à nouveau à l’eau. Je ne peux attendre d’être stable et prendre le risque que les bêtes parviennent à m’atteindre. Je bondis à nouveau en avant et répète l’opération afin de gagner de la vitesse. Les divers chocs des blocs de glaces entre eux et la pression que j’exerce lorsque j’atteins une portion plus solide sont trop pour la couche de glace car tout autour de moi, le lac gelé ne cesse de se briser encore et encore.

Je pense atteindre une zone plus sûre, mais en réalité je fais soulever une énorme plaque de glace par mon poids. Avec mon élan et le pic de ma lance, je parviens à poursuivre ma progression sans tomber à l’eau. Alors que je m’attends à ce que la plaque retombe dans l’eau, les deux loups arrivent et accroissent la pression derrière-moi, soulevant davantage la plaque qui peut désormais laisser d’autres éléments flottant passer sous une partie d’elle et c’est précisément ce qui arrive. Le mouvement des icebergs vient pousser sur la plaque où je me trouve et la relève, accroissant encore la pente. Je sors ma hache de ma seconde main pour l’enfoncer dans la glace afin de ne pas tomber, tandis que mon autre main maintient toujours ma lance en son milieu. Derrière-moi, les loups se battent pour ne pas glisser jusqu’à ce que l’un d’eux termine sous l’eau. Tandis que le mouvement des plaques s’accentue, nous arrivons au point où la plaque de glace sur laquelle je me trouve entame sa descente. Elle retombe lourdement contre sa consœur et se brise en de multiples morceaux. Si je peux à nouveau progresser une masse de poils passe au-dessus de moi en volant.

Je ne sais comment l’envol s’est produit, mais le loup s’écrase lourdement loin devant moi. Je progresse malgré le tangage de la glace et me fais surprendre lorsque celle-ci se fait percuter par un autre élément de glace flottant, me propulsant à mon tour au loin. J’atterris sur une glace plus ferme, mais je ne parviens pas à contrôler mon avancé. Peu importe, pour le moment je ne pense qu’à ma jambe meurtrie qui me lance encore. Je tourne sur moi-même de gauche à droite et arrive dangereusement là où se trouve le loup qui a lui-même glissé plus loin. Durant mes rotations, j’ai quelques secondes où j’arrive à voir que le loup peine à rester debout par une blessure à son arrière-train. Malgré cela je dois faire quelque chose sans quoi je risque de dévoiler mon dos à la bête qui n’aura plus qu’à me mordre à la gorge. Alors qu’il ne me reste que quelques mètres avant de l’atteindre, je cale ma lance entre mes jambes pour utiliser la lame afin de guider ma glissade et accueil le loup d’un coup de hache dans sa gueule ouverte pour me mordre.

Je termine de glisser dans une mare de glace qui se teinte de rouge. Le loup mort, j’examine la blessure à la cuisse qui saigne abondamment. Je me lève et fixe au loin la meute de loup qui n’a pas bougé d’un pouce. Puis après quelques instants les bêtes disparaissent, me lissant la crainte qu’elles prennent un autre passage pour arriver jusqu’à moi, mais cela leurs prendra un certain temps. De mon côté je panse rapidement la plaie à ma cuisse en déchirant un bout de tissus. Il me faudra cautériser après avoir fait du feu, mais pour l’heure, il y aura du loup ce soir ! Maigre, mais de la viande toute de même !

II.7 Une chasse qui prend fin.
Modifié en dernier par Ehök le jeu. 20 août 2020 14:30, modifié 1 fois.

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Ehök
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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » jeu. 20 août 2020 14:29

II.6 Dansons sur la glace.
II.7 Une chasse qui prend fin.


J’avais oublié à quel point guérir une blessure en la cautérisant pouvait être douloureux. Heureusement pour moi et malgré un morceau de bois entre les dents, mes cris ont certainement davantage éloignés les bêtes qu’ils n’ont attiré d’autres dangers. Le loup a été particulièrement savoureux, même s’il manquait tout de même de la chair à avaler. Je me suis évertué à décortiquer la bête minutieusement, gardant les os pour plus tard comme refaire des flèches une fois que je serais rentré au village. Après l’évènement du lac, je n’ai plus croisé les loups sur le chemin. J’ai bien aperçu d’autres créatures dangereuses, mais je me suis contraint de les éviter systématiquement étant trop loin de chez moi pour guérir d’éventuelles blessures graves. D’ailleurs la morsure à la jambe ne semble pas s’améliorer. J’ai apposé des herbes que Grand’Ma utilise souvent pour soigner une infection naissante, mais la douleur est persistante.

Les jours suivants, mon voyage s’est plutôt bien déroulé. En utilisant des herbes et de la boue, je pense avoir assez bien camouflé mon odeur, me permettant ainsi d’éviter les prédateurs locaux. Lorsque ceux-ci semblait trop proches, je me cachais le temps pour eux de perdre la piste et de disparaître. Par moment il me fallait faire de grands détours, au point où je suis encore dans les montagnes alors que je devrais être arrivé à destination. Au lieu de cela je regarde un peu partout autour de moi, cherchant un point de repère. Cependant c’est autre chose qui attire mon attention. Une tâche noire qui se meut dans le blanc de la neige, puis une autre. Je comprends que trop tard que la meute est toujours sur mes traces.

Je me précipite dans le sens opposé à cet adversaire tenace. Il me faut trouver une solution et pour cela je gravis une colline. Malheureusement elle ne sera pas un obstacle insurmontable par les bêtes. Une fois en haut je réalise le constat de ma situation.

(Je suis dans une belle merde ! Rien ne semble être d’une quelconque à mon avantage. Il y a bien une falaise, mais je serais bien incapable de la gravir moi-même. Quoique si, il y a une grotte un peu plus loin, je pourrais m’y cacher, mais comment les inciter à prendre une autre route ? Pas le choix, je vais devoir me débarrasser de mon manteau !)

Je me déleste donc de mon vêtement et me frotte le corps avec, j’insiste particulièrement sur les zones où j’ai transpiré pour y déposer des marqueurs olfactifs. Je me roule dans la neige pour réduire autant que possible mon odeur. Je porte mon manteau du bout de ma lance et me dirige vers la grotte en bifurquant vers une zone où je pourrais envoyer loin mon leurre. Je profite d’une bourrasque pour accroître la distance de lancer et le projette de toutes mes forces. Une fois cela fait, je me dépêche d’enter dans la grotte et me terre dans l’obscurité.

Le temps qui passe me paraît une éternité. Mon cœur s’accélère à mesure que j’entends de plus en plus les loups qui se rapprochent puis distinguent des silhouettes qui passent au ralenti devant la grotte, puis continuent leurs courses lorsque l’odeur du leurre est décelée. Plusieurs loups passent ainsi, mais pas l’alpha. Il se place devant la grotte et l’observe. Je ne fais aucun bruit. J’arrête même de respirer pour ne pas alerter de ma présence, mais finalement lui aussi finit pas suivre le reste de sa meute. J’attends quelques instants avant de m’offrir le luxe de respirer à nouveau.

(Il s’en est fallu de peu cette fois-ci !)

Lentement je me rapproche de la sortie, mais quelque chose me serre à la cheville gauche. Je n’ai pas le temps de voir ce dont il s’agit, qu’une puissante force me tire le pied et me fait tomber au sol. Alors que ma tête frappe le sol et que mon esprit s’embrume d’un voile opaque, mon pied se lève lentement vers le haut. Lorsque je comprends enfin ce qui m’arrive, de nombreux tentacules m’agrippent un peu partout sur le corps et orientent lentement ma tête vers le plafond. Heureusement pour moi, ma lance est une partie de mon corps et même lorsque je suis groggy, j’ai l’instinct de serrer mon arme pour ne pas la perdre. Je tente de frapper l’étrange silhouette sombre qui se dessine au plafond. Malheureusement je ne parviens à manier correctement mon arme avec une seule main disponible, l’autre étant emmêlé dans ces étranges tentacules.

Sentant le danger, les tentacules s’agrippent à mon arme et tentent m’en délester. Alors que j’approche lentement du plafond, je finis par comprendre l’identité de mon adversaire : une pieuvre terrestre. Ces saloperies pullulent dans les grottes. Elles s’accrochent au plafond et une fois qu’elles ont attrapé la tête de leur victime dans leur gueule, la mort par décapitation est quasi assurée. Le port d’un casque offre toutefois une aide précieuse car il est un véritable problème pour ces créatures. Malheureusement pour moi, je n’en suis pas muni et il va falloir rapidement trouver une solution car sa gueule béante s’ouvre pour sa prochaine collation.

Je finis par lâcher ma lance car elle ne me sera d’aucun secours ici. L’arme tombe au sol tandis que j’essaie d’attraper ma hache, mais rien n’y fait, les tentacules m’empêchent d’atteindre mon arme. Je tente d’arracher les tentacules et si certains lâches, il y en a bien trop pour me libérer de son étreinte. La gueule se rétracte quelques instants et mon expérience de chasseur m’indique qu’elle s’apprête à s’élancer sur ma tête. Loin de vouloir lui offrir ce plaisir, j’attrape ses tentacules de ma main gauche pour me stabiliser et de la droite je m’apprête à lui offrir mon poing. Si ses bras tentaculaires me gênent pour baisser mes membres, ce n’est pas le cas si je les lève plus haut et je ne souffre d’aucune gêne lorsque j’assène ma main ferme sur elle. Sentant mon désir de survivre, elle bondit sur moi au même moment. L’un comme l’autre nous frappons avec réussite. Elle parvient à m’atteindre tandis que mon coup dévie sa gueule sur mon épaule gauche au lieu de ma tête.

La pression qu’elle exerce est féroce et je sens chacun de ses crocs se planter en moi. Je hurle de douleur, mais en plus de la souffrance, une colère profonde nait en moi. J’enlace son cou de mes deux mains et enfonce tous mes doigts dans son être. Ce sont mes pouces qui pénètrent les premiers, rapidement suivis par ses petits frères au gré de la résistance de la créature qui répond de la blessure que je lui inflige en mâchouillant férocement mon épaule.

C’est un duel de résistance qui se joue entre nous deux et le premier qui lâche meurt. Si je n’ai plus l’habitude de souffrir autant de blessures, le souvenir de Gärähm aux portes de la mort attendant mon retour devient le moteur à une vieille ténacité. Loin de faiblir, j’use de ma force pour incliner mes jambes vers le haut pour atteindre le plafond. Malgré leur extraordinaire force, ces créatures ne mesurent pas plus de soixante-dix centimètres de haut et il m’est facile de finir accroupi au plafond de la grotte. Ayant désormais la possibilité d’user de mes jambes, je pousse aussi fort que possible pour l’arracher au plafond. La pieuvre se bat désespérément pour ne pas perdre l’avantage de sa position, quitte à lâcher sa prise avec sa gueule. Cela ne suffit pourtant pas et emportée avec moi, nous nous retrouvons à percuter le sol.

La chute est rude, mais j’en ai connu de bien pire et je continue d’enfoncer mes mains dans sa chair. Petit à petit, mes doigts se fraient un chemin tandis que les tentacules encerclent mes membres et bientôt, mon cou pour m’étouffer. Je manque rapidement d’air et le combat m’en devient défavorable avec le temps qui passe. Pourtant, que sais que relâcher ma prise pour retrouver le souffle signerai ma mort. Alors que je garde mon esprit focalisé sur mes mains, je sens quelque chose de dur du bout de mon pouce gauche. J’y apporte rapidement toute la force dont je dispose et finis par passer mon pouce autour pour l’encercler. Avec ce support le reste de ma main atteint ce qui ressemble à une petite cordelette d’os. D’un coup sec je l’arrache et mets fin à la vie de la créature dont les membres relâchent immédiatement leurs prises.

L’air qui pénètre en moi apporte bienfait ainsi que souffrance avec les mouvements de ma poitrine sur ma blessure à l’épaule. Plus habitué à l’obscurité désormais, le peu de lumière qui m’atteint me permet de voir qu’au creux de ma main, une sorte d’équivalent de colonne vertébrale de la créature y réside. Cependant, d’autres mouvements attirent également mon attention. De nombreux tentacules se meuvent vers moi.

(Elle n’était donc pas seule ?)

A vue de nez il y en a bien une demi-douzaine qui résident en ce lieu. Malheureusement pour elles, leurs portées ne sont pas suffisantes pour m’atteindre alors que je suis couché au sol. Sachant cela, je rassemble toutes mes affaires en rampant et quitte ce lieu maudit en lacérant mon torse du relief chaotique du sol. Cependant, la malchance est une malédiction qui ne semble pas avoir de fin. Alors que j’atteins la seule voie d’accès, le loup alpha m’y attend. Il se dresse face à moi et dévoile ses crocs lorsque nos regards se croisent. Rapidement d’autres loups arrivent à sa suite. La salive qui dégouline de leurs gueules présage d’un festin qu’ils attendent depuis longtemps.

Sans attendre la réaction des bêtes, je fonce plus profondément dans la grotte. S’ils me veulent, ils risquent d’être surpris. Je cours aussi vite que mes blessures me le permettent avec la meute à mes trousses. Lorsque j’arrive au corps de la pieuvre, je me laisse glisser au sol et oriente mon corps pour continuer mon avancée en roulant. Une fois que mon élan se termine, je relève la tête pour y voir les loups toujours après-moi. Alors qu’ils se montent les uns sur les autres pour savoir qui aura la première bouchée, ils sont stoppés dans leurs élans. Une multitude de tentacules les attrapent tout au long du trajet. C’est l’occasion idéale pour faire demi-tour. Aussi rapidement qu’il m’est possible de parcourir la distance qui me sépare de la sortie accroupie, je traverse une atmosphère particulière entre loups agonisants, le sang qui gicle, des corps qui tombent au sol lorsque leur tête se voient arrachée du reste d’un côté et de l’autre, les bruits des gueules affamées et de leurs tentacules brassant l’air.

J’arrive dehors, non sans avoir subis quelques griffes de loups désespérés face à leur sort. Je ne m’attarde qu’un instant pour observer les loups qui, à vouloir à tout prix me dévorer, ont fini eux-mêmes en repas. J’ai mal, mais ce n’est pas le lieu idéal pour panser ses plaies. Je m’arrête plus loin, en contrebas de la montagne où se trouve la grotte aux pieuvres. Ou du moins, je suis obligé de m’arrêter. J’ai la tête qui tourne et il me faut quelques instants d’intenses respirations pour reprendre pied à la réalité. La raison est simple : j’ai perdu beaucoup de sang. La blessure à l’épaule nécessite des soins que je ne saurais guérir et de surcroît, la tâche rouge sur le bandage à la jambe indique clairement que la plaie s’est rouverte. Trouver le village devient désormais une question de survie personnelle.

Alors que je me remets en marche, un bruit derrière moi m’interpelle. Un dernier instant je parviens à repousser le loup qui a soudainement bondit sur moi et m’effondre au sol. Tandis qu’il roule dans la neige et la teint de rouge, je me redresse et brandis ma lance. Nous nous observons, alors que la couleur de la neige devient de plus en plus rouge là où nous nous trouvons. Plus fort, plus habile ou peut-être plus chanceux que sa meute, le loup alpha me fait de nouveau face. C’est un jeu qui pourrait sembler lassant, mais il ravive le feu en moi.

"Tu ne comptes pas me laisser en vie n’est-ce pas ? Pas après avoir perdu tant des tiens pour moi !"

Bien sûr je ne m’attends pas à ce qu’il me réponde, mais dans mon état de confusion, j’estime qu’il mérite d’avoir au moins d’avoir ma reconnaissance, d’où le fait que je lui parle d’égale à égale. De deux adversaires prêts à tuer l’autre non pas pour vivre, mais par orgueil. Pour ressentir la vie s’estomper par ses propres mains simplement parce qu’on en a décidé ainsi.

Je suis en piteux état. J’ai marché durant des jours avec peu de nourriture et une jambe endolorie. J’ai une blessure assez grave pour avoir les reproches de Grand’Ma durant les semaines à venir lorsque je reviendrais et ce sang, que je suis incapable de stopper. Pourtant je ne suis pas le seul à être si affaibli. Mon ennemi a visiblement eu son lot de blessure et sortir de la grotte n’a pas été aussi facile que pour moi.

(Lorsque j’ai affronté le loup seul il y a quelques jours, j’étais sur le point de réussir une manœuvre. Le mélange entre la finesse de l’esquive et l’habileté martiale. Je n’ai pas réussi par manque de contrôle dans l’utilisation de mon énergie, mais je ne pourrais l’utiliser qu’à une seule reprise. Je n’aurais de toute manière pas la force physique de tenir longtemps ! )

Ces pensées me traversent alors que je sens mon arme devenir de plus en plus lourde dans mes mains, mais je crois que le loup doit penser pareil et finit par courir dans ma direction en grognant de rage. Je fais je même en hurlant de toutes mes tripes. Le loup ressemble à l’idée que j’ai des raz-de-marée que les anciens me comptaient dans ma jeunesse, implacable et dévastatrice. Si c’est loin de la finesse dont j’ai besoin, cette notion d’eau me ramène à l’image d’un courant d’eau qui se meut avec fluidité.

(C’est de ça dont je dois m’inspirer !)

Soudainement, il saute. La gueule ouverte et les deux pattes avant prêtes à déchirer ma chair. Je rassemble mes dernières ressources physiques pour user de ma force intérieure et la répandre dans tout mon corps. Je la guide en moi pour transformer mes mouvements en un courant fluide. J’esquive au dernier instant la charge et vois de très près la masse imposante de la bête ainsi que ses énormes griffes. Alors que je m’apprête à réaliser la même erreur que la dernière fois, je garde le contrôle de mon énergie en la guidant au travers de mes membres avec fluidités tel un courant. Mon adversaire retombant au sol, je profite de ma position avantageuse pour lui planter la lame dans le corps. Le coup le transperce en pleine poitrine atteignant un de ses poumons ainsi que son cœur. Il s’effondre lourdement et je n’ai pas le temps de savourer ma victoire que je le suis, tombant dans la neige et l’inconscience.

II.8 La promesse de sang.

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Ehök
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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » ven. 28 août 2020 14:11

II.9 Sur le départ.
II.10 La source de la haine.


Nous quittons le village de Faërlom sans mot dire. Je n’ai qu’à peine entendu la voix de mon guide lorsqu’il a voulu protester de me ramener chez moi et l’absence de sa Yarl ne va pas aider à établir un potentiel lien entre nous. Non pas que je souhaite qu’il devienne mon ami, mais les dangers de ces montagnes incitent un groupe à s’unir pour sa survie. Ce qui est loin de ses préoccupations.

Quelques minutes seulement après avoir quitté le village, je regarde le paysage et découvre avec surprise l’endroit où j’ai affronté le loup et sombré dans l’inconscience. Finalement, je n’étais pas loin du but. Une tâche noire attire mon attention en contrebas et ne sachant comment faire, je multiplie les gestes jusqu’à tirer les lanières et arrêter le renne. Maintenant que je suis à l’arrêt, je distingue le corps d’un animal noir. Le cadavre du loup est toujours au sol.

(Je dois le ramener ! Il faut avoir prouvé sa valeur pour être autorisé au défi du Torkensën. Ce loup est la preuve que j’ai vaincue la meute à moi seul !)

Cependant cela ne semble pas au goût de mon guide qui continue de marcher. Je secoue les rênes et donne plusieurs petits coups à la croupe de l’animal pour rattraper Lyörik.

"Attends !" Fais-je à son attention, mais visiblement il fait la sourde oreille.

J’arrive à son niveau et place ma monture devant la sienne pour l’obliger à s’arrêter. Je ne sais pas comment m’y prendre et finalement mon renne tourne sur lui-même. Après un tour complet où je finis par montrer mon dos à l’homme, il s’arrête. Il me faut donc me tourner sur l’animal pour m’adresser à Lyörik.

"Je dois emmener le corps du loup avec moi !"

Aucune réponse. Le guide me regarde et ne voir que ses yeux me déstabilise un peu. Finalement il décide de me contourner, dénigrant ma remarque. Je dois sortir ma hache pour avoir toute son attention.

"Ta Yarl t’a fait me ramener chez moi car j’ai fait une promesse de sang et ramener le corps de ce loup m’aidera à tenir cette promesse !"

L’homme me regarde sans ciller. Au bout de quelques secondes sans réaction, il prend les rênes de ma monture et dirige les deux animaux pour faire demi-tour jusqu’à arriver au plus près du loup sur la route. Cependant il ne bouge pas d’un pouce. J’en conclus que c’est à moi de faire tout le travail.

Pour m’aider, je me saisis de ma corde et descend la pente enneigée jusqu’à atteindre le corps de la bête. Je la contemple quelques secondes et un objet attire mon attention près de son corps qui m’a l’air familier. Il s’agit d’une rune ! Je n’aime pas ces objets magiques, mais Grand’Ma m’a dit qu’elles venaient de Fenris lui-même ! Je la ramasse et m’intéresse à la bête. Je l’attache avec ma corde et fait de même avec moi. Ainsi je pourrais remonter à l’aide de mes deux mains. La tâche n’est pas compliquée, mais mes blessures ajoutées à la pente glissante m’obligent à la prudence. Finalement, j’arrive jusqu’à ma monture sans que monde guide n’ait esquissé le moindre geste. Je tire sur la corde pour rapporter le loup et le pose sur le renne. Bien entendu, le corps de l’animal retombe au sol par manque de maintient. Je retente ma tâche et alors que je m’attèle à l’harnacher sur ma monture, il glisse malgré mes tentative pour le maintenir. Je regarde ma corde et cherche un moyen de maintenir mon trophée, mais le manque de connaissance me fait cruellement défaut. Lyörik descend finalement de son renne, parcours les quelques pas qui nous séparent et me repousse fortement de ses deux mains. Il se saisit du loup et prouve son habileté en harnachant le corps avec une facilité déconcertante. Il me regarde un bref instant avant de retourner à sa monture et de reprendre le chemin sans daigner m’attendre.

"Ce voyage promet d’être long !" Me fais-je à moi-même.

***

Quelques jours passent et je suis désormais dans une partie des montagnes que je connais mieux. Nous sommes dans une grotte inoccupée et un petit feu nous procure une chaleur appréciable. Nous ne dormons que peu pour atteindre notre but aussi vite que possible. Dans mes affaires se trouve la mixture que la Yarl a utilisée pour me soigner et alors que nous sommes proches de notre destination, mes blessures vont beaucoup mieux après en avoir usée avant de dormir. Ce soir, il y a du lapin que j’ai abattu un peu plus tôt dans la journée. C’est incroyable le temps que nous avons gagné sur ces montures. J’aimerais demander comment ils sont parvenus à apprivoiser ces bêtes, mais puisqu’il n’a toujours pas prononcé le moindre mot je doute obtenir une réponse. Non pas que l’absence de conversation me gêne bien au contraire, je ne suis pas homme parler ou écouter de longs discours, cependant je me méfie de lui. En revanche, il y a bien une question à laquelle j’aimerais avoir une réponse.

"Le corps du loup. Pourquoi vous ne l’avez pas récupéré ?" Finis-je par demander.

Lyörik ne m’offre que son regard emplie de dédain et je m’attends à son éternel mutisme jusqu’à ce qu’il me réponde.

"Il ne valait rien !"

(Comment ? Entre sa chair, sa peau, ses os ainsi que sa ribambelle de crocs et de griffes il ne valait rien ?)

Le mépris qui m’est adressé depuis le début de notre voyage me pousse à lui répondre de la même manière.

"Un loup qui ne vaut rien ? C’est la première fois que j’entends une telle bêtise ! C’est à croire que vous ne savez pas tirer des ressources les plus élémentaires !"

Cette pique semble faire mouche car il prend le temps d’expliquer son raisonnement en regardant ailleurs. Ce qui est pour le moment notre plus longue conversation depuis quelques jours.

"Il a été abattu par un homme de Gròòth Vallhü. A nos yeux, sa dépouille valait autant que l’honneur de ses guerriers." Il croise mon regard avant de finir. "Rien !"

"Je sais que nos villages sont ennemis pour la mort de votre Yarl et le vol d’un objet sacré par l’un des nôtres, mais est-ce là une raison de douter de l'honneur de nos hommes ?" Fais-je alors qu’ayant délaissé mon honneur de guerrier, je ne me sens pas particulièrement touché par l’insulte.

"Le vol d’un objet sacré ?" Commence-t-il presque en ricanant avant de reprendre son sérieux. "La mort de notre précédent Yarl dans un duel est honorable, que notre objet sacré nous soit volé est une chose grave, mais les hommes de Gròòth Vallhü ont commis bien pire !"

(Ca y est nous y sommes. Quelles raisons se trouvent derrière cette haine ?)

"J’avais une femme et un garçon. Un jour, je les ai retrouvés dans la neige. Mon fils avait les membres coupés, sa tête embrassant son propre cul, tandis que ma femme…" Il s’arrête un instant avant de reprendre visiblement, il est encore touché par ces évènements. "…ma femme avait ses vêtements déchirés et je pense qu’elle a fini par se donner la mort. J’ai suivi les empruntes de pas. Ils ont été enlevés non loin de notre village tandis que les traces des hommes repartaient en direction de Gròòth Vallhü. De ce qu’on en sait, à cette époque aucun étranger ne venait chez vous. Alors non, vous n’avez pas plus d’honneur qu’il n’y a de poisson dans le ciel. Je suis loyal envers la Yarl Ehärik et même si elle ne souhaite pas venger notre affront, je n’attends qu’une opportunité de brûler votre piteux village en cendres !"

Je reste abasourdi. Je ne pensais pas qu’il s’agirait d’une affaire pareille et elle me touche particulièrement.

"J’ai moi-même perdu ma femme et ma fille dans un raid, mais elles ont eu la chance de ne pas avoir subit le même sort horrible." Fais-je à Lyörik qui ne répond rien. Cependant, il a évoqué un sujet qui me taraude depuis que nous sommes partis. "Pourquoi ne se venge-t-elle pas ? J’ai vu un grand nombre de guerriers et visiblement vous gardez un œil sur nous, donc vous savez qu’il ne vous sera pas difficile de nous vaincre. Qu’attendez-vous dans ce cas ?"

Lyörik me regarde profondément dans le rouge des yeux puis fini par me répondre.

" Nous ne faisons que garder un œil pour éviter une attaque, mais nous portons notre attention ailleurs que vos misérables existences !"

"Comme quoi ?" Dis-je curieux.

"Si la Yarl ne t’as rien dis c’est que tu n’as pas à le savoir ! Maintenant dors. J’ai hâte d’être à demain car je n’aurais plus à te supporter ! Savoir que j’aide un membre de ce maudit village me donne assez la gerbe comme cela !" Lâche-t-il de toute sa colère. Puis il se tourne pour rompre toute tentative de poursuivre la conversation.

II.11 Le haut fait d'un guerrier.

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Ehök
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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » dim. 14 févr. 2021 20:37

II.11 Le haut fait d'un guerrier.

III.1 Le monologue d'un homme désemparé.



Lorsque je me réveille, je ressens une pression inhabituelle sur moi. Une vérification de la main m’informe que Gärähm s’est lovée contre moi cette nuit. Sa présence me réchauffe mon cœur brisé par tant de malheurs au cour de ma vie. Lentement, je me lève en prenant soin de ne pas la réveiller tandis que je la dépose jusqu’à sa couche la recourant avec ses fourrures. Cela fait quelques jours que le remède fait effet et si les premiers symptômes ont disparu rapidement, il a fallu attendre davantage pour que la maladie disparaisse. Le simple fait d’y penser me fait enrager. Je serre le poing à l’idée qu’un membre de notre clan soit capable d’empoisonner un des nôtres. J’ignore encore comme il ou elle s’y est pris pour rendre malade ma jeune nièce, mais ce qui est sûr c’est qu’il le paiera tôt ou tard !

Je rassemble mes affaires pour repartir à nouveau à la chasse et prends quelques linges propres. La Yarl Ehärik s’en est servi pour aider à ma guérison. Même s’il faut nourrir les miens, c’est un nouveau but qui m’anime désormais. Pour obtenir le précieux remède, il m’a fallu réaliser une promesse de sang pour participer au Torkensën, un défi pour prétendre au titre de Yarl du village. Je n’ai pas de crainte pour la jeune fille, Grand’Ma, la grand-mère de l’enfant veille sur elle. Je n’espère qu’une chose, qu’elle ne révèle en rien la promesse que j’ai faite. Aucun n’a survécu depuis la perte de notre Yarl et je ne voudrais pas l’inquiétude sur son joli visage.

Je quitte ma yourte en prenant une direction particulière, un lieu surplombant le village. Au bord de la falaise on peut percevoir les yourtes emmitouflées dans une couverture nuageuse. Les Monts Eternels commencent à revêtir le manteau blanc qu’ils ne quittent que durant le temps la saison chaude. Au loin, on peut percevoir le bleu de l’océan qui se reflète sur les plaines gelées, donnant une couleur azurée unique.

"C’est pour cela que tu as toujours aimé cet endroit et particulièrement en cette saison !" Dis-je face à l’immensité silencieuse de ces terres. "Une couleur que tu aimais porter d’ailleurs. Tu avais toujours cette étrange babiole faite en plumes bleues claires que tu affichais à ton oreille. La gauche si je ne me trompe !"

Je me tourne lentement pour regarder non plus le paysage, mais les deux stèles que j’ai érigées en honneur pour ma femme et ma fille. Bien sûr leur corps n’est pas ici, mais j’ai toujours pensé que s’il m’arrivait quelque chose, ma femme aurait fait cela pour moi. C’est notre lieu à nous ! Je fais le tour pour m’assoir sur un rocher tout près. Je plante le bout de ma lance dans la neige et cale de ma main droite le manche pour sentir son contact froid sur ma tête, puis j’entame une énième discussion illusoire.

"Je suis toujours venu ici depuis…depuis que vous êtes partis mes amours ! Chaque jour. Il…il n’y a pas un seul jour où je ne pense pas à vous. Que ce soit pour Gärähm ou même Grand’Ma, j’agis toujours pour rester digne de votre souvenir." Je souris comme si on me posait une remarque amusante. "Oui Grand’Ma est toujours des nôtres ! Cette vieille bique à la peau dure, mais sa volonté est bien plus dure encore. Gärähm…tu savais que Gärähm voulait m’accompagner chasser ? On s’est un peu disputé parce que je ne voulais pas prendre de risque en l’emmenant avec moi." Une légère contrariété se peint sur mon visage comme si je venais de recevoir une réprimande. "Quoi ? Ca n’a rien à voir, si j’avais eu un garçon du même âge je…tu as peut-être raison finalement. Je l’aurais certainement emmené avec moi." Fais-je en inclinant la tête quelques instants avant de la relever. "Mais tu sais les choses sont différentes ! Grand’Ma est vieille et il ne lui reste plus beaucoup de temps ici. J’ignore même si elle passera l’hiver ! Qu’adviendra-t-il si je perds la petite ? Et par ma faute en lui permettant de m’accompagner !" Je ferme les yeux un instant et poursuis. "Pardonne-moi, je me lamente encore et pour tout dire, je ne suis pas venu pour cela. Je dois participer au Torkensën !" J’imagine la surprise de ma femme et cela me fait rire. "Oui le Torkensën ! Tu m’imagines moi, Yarl du village ?" Mon sourire s’estompe pour laisser place à un visage plus triste. "Oui c’est vrai…mon père aurait été fier de moi, mais je crois que vous deux aussi. C’est une promesse que j’ai faite et je compte bien la mener à bien, je n’ai plus le choix désormais ! Je sais que depuis la mort de notre Yarl, aucun n’a réussi ce défi. J’ai peut-être une chance d’y parvenir cependant je…j’ai besoin d’y mettre tout mon être pour me préparer. Je ne pourrais donc plus venir vous voir. Non Ehökö ma chérie, ne pleure pas !" Je tends mon bras gauche comme si je pouvais prendre ma fille et la réconforter. "Ton père t’aime tellement. Ho si tu savais comme je t’aime mon cœur ! Mais c’est très important tu sais et je te promets que je reviendrai ! Ce n’est qu’un au revoir, pas un adieu !" Je me lève en m’aidant de ma lance et regarde avec amour les deux stèles. "Je vous laisse mes chéries. Gramäa veilles sur notre fille comme tu l’as toujours fait et…si tu en as l’occasion, demande à Fenris de m’envoyer un signe."

Je fais lentement demi-tour pour partir et je les regarde une dernière fois, avant ce qui pourrait être une éternité pour moi.

"Moi aussi je vous aime !"

III.2 Le vieux, le renne et le borgne.
Modifié en dernier par Ehök le dim. 14 févr. 2021 20:42, modifié 2 fois.

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Ehök
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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » dim. 14 févr. 2021 20:41

III.1 Le monologue d'un homme désemparé.
III.2 Le vieux, le renne et le borgne


Mon chemin m’amène à descendre une longue pente pour rejoindre une vallée de la région. Cet endroit est connu pour le gibier qui y vie, mais aussi pour les prédateurs dont il faut se méfier. C’est donc avec une grande prudence, les sens aux aguets que je parcours la forêt d’épineux. La neige est omniprésente et m’oblige à faire attention aux pas que je fais pour minimiser le bruit et les chances de me faire entendre. Non loin de moi un lapin se dresse. Avec une précaution extrême, je pose ma lance et me saisis de mon arc ainsi. Une seule flèche me sera utile car je n’aurais pas de seconde chance si je devais rater ma cible. Lentement j’encoche une flèche, brandis mon arc et arrête de respirer le temps de cibler correctement la bête.

Soudain, le cri d’une bête se fait entendre faisant déguerpir le lapin. Je maudis intérieurement cette intervention jusqu’à ce que le bruit se fasse de nouveau entendre. C’est un râle, un cri de bête blessée implorant de l’aide, cependant mon estomac me donne une autre vision de la chose. Abattre le prédateur et sa proie serait un festin particulièrement apprécié par le village. Je me rapproche aussi discrètement que possible et la scène me laisse un goût particulièrement amer.

D’une part le prédateur se trouve être en réalité un homme, qui doit être d’une autre tribut puisque je ne le connais pas, mais il ne fera pas partie de mon prochain repas. D’autre part la proie qu’il chasse est un magnifique renne brun sur la partie visible du soleil et blanc pour ceux qui regarderaient d’en bas. La pauvre bête est blessée et laisse une marque de sang dans la neige. Une route à suivre pour les prédateurs en quête de satiété. En moi deux esprits se battent pour savoir qui aura le dessus. Le premier est dicté par la faim car il faut se l’avouer, ses cuisses ferment et son ventre dodu me font particulièrement saliver. Le second est la raison qui m’incite à sauver l’animal pour m’en faire une monture. Cependant, je n’ai pas de corde pour l’attacher et je ne sais pas comment m’y prendre pour l’amadouer. La faim commence à prendre le dessus lorsque je remarque une lueur briller. Dans le creux d’un arbre, une étrange pierre reflète l’éclat du jour.

(Une rune de nouveau ? Ainsi donc Fenris m’envoie un signe attendu. Il a l’œil sur moi et m’indique le chemin à suivre ?)

Rapidement je range la pierre et m’empresse de me dévoiler pour stopper l’homme à une dizaine de mètres de moi.

"Non ! Ne le tues pas !"

Celui-ci se retourne et me fait face. Il a l’air d’être assez jeune, plus que moi en tout cas ! La peau blanche et les yeux rouges comme tous les humains de ce monde, il possède un large manteau composé de plusieurs bêtes, des chausses en cuir solides et visiblement bien rembourrées et ses avant-bras possèdent une protection assortie à ses pieds. Il a certainement tué une grosse bête, ou toute une tripoté pour avoir autant de cuir similaire. Il possède une longue épée, une hache ensanglantée plus petite et un regard qui en dit long sur ses intentions.

"Et en quelle honneur ?" Me répond-il menaçant.

"Tu es sur le territoire du village de Gròòth Vallhü. Tu n’as pas à chasser ici. Ce gibier nous appartient !" Dis-je sans me laisser démonter.

"Je chasse ce renne depuis deux jours ! Il est hors de question que je le laisse filer maintenant qu’il est à ma merci !" Grogne-t-il.

"Tu connais nos lois ! As-tu une preuve de ce que tu avances ?" Fais-je connaissant déjà la réponse.

"Et toi, tu peux prouver que les hommes de Gròòth Vallhü ne sont pas des lâches ?" Lâche-t-il avant de repartir finir sa sale besogne avec le renne.

"Tu bafoues nos lois ancestrales et tu risques une guerre de clan pour un simple…" Dis-je avant d’être brutalement interrompu.

Je me suis avancé sans craindre une attaque d’aussi loin. Se cachant derrière son ample cape en peau d’animal, l’homme a en réalité amorcé une rotation sur la droite, pour m’envoyer sa petite hache rouge sang avec précision. J’évite un coup mortel de peu, mais ma cuisse droite se fait mordre par le fer de l’arme, m’arrachant un cri et me faisant poser le genou au sol. Je n’ai pas le temps de souffler que mon adversaire bondit déjà sur moi armé d’une épée et s’apprête à porter un coup puissant de haut en bas, usant de ses deux mains. Je porte ma lance pour parer le coup et notre joute devient une épreuve de force. Cependant ma position précaire n’est pas en ma faveur et la douleur à la jambe est un véritable frein à la concentration. Mais le murmure d’un souvenir revient à moi.

"Tu es un fier guerrier de Fenris. Soit fort et brave ! Ne laisse pas une blessure obscurcir ton jugement. Si tu as mal c’est que tu es en vie, alors bats-toi pour le rester !"

Tel était mon père ! Un homme particulièrement dur lorsqu’il m’apprenait les choses essentielles à la survie. Usant de ma force de volonté, je m’aide de ma jambe blessée pour repousser mon jeune adversaire et pointe ma lance dans sa direction. L’écart de portée entre ma lance et son épée lui impose plus de prudence et l’oblige à s’éloigner. Ne voulant me lancer dans un combat inutile alors que mon but va requérir le meilleur de moi-même, je profite de l’opportunité offerte pour parlementer.

"Je te laisse encore le choix gamin. Tu fiches le camp et il ne t’arrivera rien !"

Malheureusement pour moi, discuter n’a jamais été mon fort.

"Tu plaisantes là ?" Ricane l’homme qui me fait face. "Non seulement une proie de choix n’attend que moi, mais en plus le seul obstacle qui se dresse devant moi, c’est un grand-père à peine capable de se tenir sur une jambe !"

J’ajuste le bout de ma lance dans la direction de sa tête avant de le menacer une nouvelle fois.

"Le grand-père va te rosser le cul si tu décampes pas d’ici rapidement ! Retourne téter le sein de ta mère !"

"J’vais plutôt passer m’occuper des femmes dans ton village de pouilleux ! Une fois que je t’aurais troué la peau, il y aura sûrement une jeune femme à consoler." Provoque-t-il à son tour.

Mon cœur manque un battement et mon souffle se fait court. Autour de moi, le blanc de la neige devient rouge sang, à moins que ce ne soit mon esprit qui me fait perdre la raison. Cette petite merde vient de souiller la mémoire de ma précieuse fille. C’est une erreur impardonnable ! Je fais un pas dans sa direction, puis un second, serrant ma lance à en avoir la main droite plus blanc que la neige. Petit à petit, ma marche devient course et l’homme devant moi s’apprête à me recevoir. Je fais mine de foncer et use de l’avantage que me procure la longueur de ma lance. Le guerrier se prépare à esquiver sur ma gauche pour mieux contre-attaquer, mais au dernier moment je bondis sur le côté opposé. Cette manœuvre a le mérite de me mettre hors de porté de sa lame, mais pas lui de la mienne. Maniant la lance du bout du manche en joignant mes deux mains, je frappe d’un arc de cercle et lacère son torse. Une brève gerbe de sang teinte le sol immaculé, tandis qu’un cri de douleur résonne.

Entraînée dans son élan, mon arme ne m’offre plus de protection l’espace d’un instant. Mon adversaire profite de ma faiblesse pour se ruer sur moi, mais c’est avec un sourire carnassier que je l’accueille. Aguerri par mes nombreuses années d’expériences qui refont surface, je prends de court la charge en frappant avec le manche de mon arme à la gorge. Ne coup n’est pas très puissant, mais il a le mérite de perturber son équilibre. Alors qu’il ne parvient pas à se stabiliser immédiatement, je profite de l’occasion pour charger, la lame droit devant, visant le bras armé. Le métal s’enfonce dans la chair et la douleur déforme le visage du jeune homme. Cette fois-ci, il ne me laisse pas le plaisir de le voir gémir.

De sa main libre, il attrape mon arme et tente de me trancher la gorge de l’autre. Je l’évite de peu avec un pas en arrière. Sa main gardant solidement ma lance, il m’empêche de prendre de la distance. Il profite de son avantage pour me trancher une partie de mon bras gauche, le plus avancé sur le manche de ma lance, puis s’apprête à me sectionner les doigts, en faisant glisser sa lame le long de mon manche. Sa satisfaction est à son paroxysme lorsque je lâche finalement mon arme et recule de quelques pas.

"Alors, on fait moins le malin papy !" Ricane le jeune homme.

Pour toute réponse, je me saisis de ma hache rangée dans mon dos et dissimulée à sa vue. Sa colère et son mécontentement déforme son visage en une version qui m’est plus plaisante à regarder. Il jette ma lance au loin alors que le vrai combat au corps-à-corps commence. Nous chargeons l’un sur l’autre avec un style bien différent. Mon adversaire n’a que faire des précautions. Il porte des coups les uns après les autres sans craindre d’être blesser. Quant à moi, mon expérience m’a appris qu’une mauvaise coupure ou une morsure peut dégénérer en une infection mortelle ou très handicapante. Sollicitant davantage mes appuis, je privilégie ma défense en attendant une ouverture pour une contre-attaque.

Malheureusement ses attaques sont rapides et puissantes. Durant ses assauts, je me positionne pour esquiver ses coups en vue de riposter, mais il me faut l’aide de ma hache pour parer ses assauts. Une opportunité vient après un coup que je parviens à dévier. Mon arme entraîne sa lame qui me manque et pointe vers le sol sur ma gauche. Je frappe de toutes mes forces en essayant de redresser le tranchant de mon arme vers lui, mais je ne parviens qu’à le frapper à l’œil avec le manche.

"Arg !" Fais-je plus fort que moi.

Profitant que mon arme n’était plus là pour me protéger, il en a profité pour me laisser une entaille profonde entre l’épaule et le coude gauche. Nous nous séparons après cette joute en portant chacun une main à la blessure.

Mon bras saigne abondamment. Il va vite falloir que je termine ce combat avant de perdre trop de force. Je vais mourir s’il s’éternise trop. De son côté, ce petit con voie sa vue en partie affaiblit. Mon coup a touché à l’arcade et un flot de sang coule, l’obligeant à fermer l’œil. Malgré cela, il me saute à nouveau dessus.

Je tente des coups à son bras armé, mais il est plus rapide que moi. L’avantage d’être agressif, c’est qu’on dirige le rythme du combat et qu’on le dirige où on le souhaite. Petit à petit, je suis repoussé vers un escarpement rocheux où il me sera plus difficile d’éviter les assauts.

(Merde ! Il faut que je prenne l’ascendant par tous les moyens !)

Je m’éloigne d’un bond pas et arme ma hache. A cette distance je ne fendrais que le vent, mais ce n’est pas mon intention. Imitant sa première attaque, je lance ma hache dans sa direction. Je suis trop près pour ne pas le manquer, mais pas assez adroit pour le toucher mortellement. Il pare avec facilité le coup en s’orientant sur sa droite. Je profite de l’occasion pour m’éclipser dans son angle mort à sa gauche, l’œil fermé de ce côté, m’aidant dans ma tâche. Lorsqu’il comprend ma manœuvre, il tente de me frapper, mais je saute sur le côté et parviens à m’extraire de sa zone d’influence. Avec toute la force physique et mentale qu’il me reste, je me rue vers ma lance restée au sol, en ignorant les signaux de supplice que m’envoie ma jambe.

Mes oreilles me confirment que mon adversaire est sur mes talons. Je saute en avant pour attraper ma lance et fais volte-face juste à temps pour le recevoir et planter mon arme dans l’abdomen. Incapable de s’arrêter, il saisit le manche de mon arme et bondit pour se laisser entraîner par mon arme, décrivant un arc de cercle au-dessus de moi. Il finit au sol en roulant, tâchant la neige de son sang. Cependant, après ces nombreuses blessures, l’énergie déployée pour se battre et la récente blessure qu’il a subie, il se relève de nouveau.

(Par Fenris, mais quelle énergie !)

Je ne peux qu’être jaloux de lui. Jaloux de sa force et de son endurance exceptionnelle. Avec un tel corps et mon expérience du combat, je n’aurais pas à craindre un quelconque adversaire. Mais l’expérience vient avec le temps, emportant avec lui cette fougue qui me fait désormais défaut. Je me relève pour lui faire face, mais son visage aussi hargneux puisse-t-il être, affiche une résignation. Il s’éloigne de moi et de sa proie. Je reste quelques instants sans rien dire et cherchant encore moins à le poursuivre. Je n’aurais peut-être plus la force pour rentrer vivant chez moi. Il me faut panser mes plaies et surtout me reposer.

III.3 Amadouer la bête.
Modifié en dernier par Ehök le dim. 14 févr. 2021 20:44, modifié 1 fois.

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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » dim. 14 févr. 2021 20:43

III.2 Le vieux, le renne et le borgne.
III.3 Amadouer la bête.


L’homme est parti. Ne représentant plus une menace, j’observe les alentours. J’ai besoin de prendre le temps de guérir mes blessures au calme et les nuages sombres que j’aperçois au loin ne me plaisent guère. Il y a une grotte à portée de vue. Il ne m’était pas facile de la remarquer avec le manteau neigeux qui camoufle assez bien son entrée, mais sa présence est de bon augure. Je déplace ma carcasse meurtrie jusqu’à l’entrée et me raidis immédiatement, lorsque je remarque la présence de sang à l’entrée ainsi qu’à l’intérieur.

(Une bête blessée ? Le renne peut-être ?)

Avec beaucoup de précaution, je m’enfonce avec la pointe de la lance en avant. Un animal acculé est dangereux, mais plus encore s’il est blessé. Les parois glacées renvoient la lumière extérieure et me permettent de voir le renne gisant au sol dans une importante flaque de sang. Dommage qu’il ait péri. Il aurait fait une incroyable monture avec son pelage brun et ses grands bois. Il aurait éventuellement pu porter deux personnes sur son dos vu sa taille. Des pirates qui sont venus à notre village, j’ai appris qu’il existe des créatures semblables à nos rennes, mais ces derniers sont bien moins grands. Je m’approche vers lui, délaissant la discrétion et sursaute lorsqu’il dresse soudainement la tête.

(Bon sang ! Je l’ai cru mort !)

L’animal s’agite face à ma présence et gémit de douleur. Bien qu’il soit encore vivant, il ne le sera plus pour très longtemps en s’excitant de la sorte.

(Il faut stopper la blessure et cela m’oblige donc à m’approcher de lui. Mais il doit se calmer avant cela ! Il faut non seulement trouver de quoi bander ses blessures, mais surtout trouver un moyen de l’amadouer ! Aucune chance qu’il laisse un autre être humain le laisser s’approcher.)

Malgré ma fatigue, je fonce hors de la grotte pour trouver quelque chose, n’importe quoi qui puisse faire l’affaire. Davantage habitué à la cueillette qu’à la chasse, il ne me faut gère de temps pour trouver de bonnes portions de baies et des herbes connues pour calfeutrer les toiles de nos yourtes. Malgré tout, la tâche reste difficile après le rude combat. Mes blessures saignent encore et la perte de sang commence à me donner le tournis. Avec plus de prudence, je retourne à la grotte et de nouveau, l’animal essaie de fuir.

"Tout doux ! Du calme !" Lui dis-je en espérant que la tentative fonctionne un petit peu.

C’est peine perdu. Plus je m’approche et plus il gesticule. Je recule de plusieurs pas, ce qui a au moins le mérite de le calmer, puis j’entreprends d’enlever toutes mes lames, montrant ainsi mes intentions pacifiques. Le renne reste calme, mais il ne me quitte pas des yeux. J’approche ensuite une poignée de baies que je lui tends. Craintif, il renifle plusieurs fois sans pour autant les manger. Je me rapproche d’un pas de plus pour les déposer à sa portée et recule. Il en attrape une avec sa langue puis rapidement les autres disparaissent dans une grosse lapée. A nouveau je pose une nouvelle poignée, mais reste sur place. Cette foi-ci, il avale rapidement les fruits sans me craindre. Je dépose une nouvelle poignée et laisse ma main juste à côté. Il approche son museau avec prudence et recule rapidement lorsque je tends la main vers lui. L’absence d’hostilité et la faim le pousse à se rapprocher de nouveau pour manger. Lentement, je pose ma main sur son museau et le caresse. En me rapprochant de lui, il recule la tête et me fixe. Anxieux, mais sans s’agiter. Sa forte respiration démontre la nervosité que lui inspire ma présence. Lentement, je pose une deuxième main sur son cou en continuant les caresses.

Je fais glisser ma main jusqu’à son flanc où une importante blessure est présente. La pression de ma main provoque une légère douleur qui agite l’animal. Je recule pour éviter qu’il n’ouvre encore sa plaie. L’espace d’un moment, je suis à nouveau pris de vertige et me rappelle que je dois me soigner sans perdre de temps. Je fouille dans mon sac et sort la sacoche avec le produit de la Yarl Ehärik. En me rapprochant à nouveau du renne, celui s’inquiète de mes intentions.

"Ce n’est rien regarde !" Fais-je pour le rassurer.

Je rassemble quelques herbes dans ma bouche et les mastiques pendant que je prélève une partie des onguents. Je pose le produit sur mon bras gauche qui saigne beaucoup, puis je dépose les herbes mastiquées pour faire un pansement très collant. Rapidement, l’onguent fait effet avec une fraîcheur qui calme la douleur. J’ai encore d’autres blessures, mais le renne a encore plus besoin de soin que moi. Je me rapproche lentement de lui avec le produit. Encore un peu craintif, il me regarde sans détourner le regard de mes mains. Je mâche à nouveau un tas d’herbe pendant que je dépose l’onguent sur sa plus profonde plaie. Il me faut réitérer la tâche plusieurs fois car la plaie est importante, comme le flot de sang qui me gêne. Peut-être aurais-je dû nettoyer la plaie, mais avec quoi ? Peu importe, je reprends encore de ce produit miraculeux qui a entamé la majorité pour le renne uniquement. Je mâche encore une fois des herbes et prends le temps nécessaire pour bien opérer. J’observe la blessure, mais le sang semble s’être arrêté de couler. Je jette un regard au renne qui s’est permis de poser sa tête contre un rocher.

(Il n’est pas mort au moins ? Il ne réagit plus à ma présence et ça m’inquiètes assez ! Mais qu’est-ce que je peux y faire ?)

J’ai fait au mieux pour le sauver, le reste dépend de la chance. J’ai tout juste assez pour me soigner moi-même. Je laisse l’animal se reposer et espérer qu’il passe la nuit. Je me soigne à mon tour et laisse tomber le repas de ce soir. Mieux vaut que je guérisse mes blessures avant toutes activités dangereuses. Faire un feu dans une grotte est dangereux, mais il reste cependant le problème du renne. Il va consommer de l’énergie pour se réchauffer et pour ce faire, je préfère rassembler mes fourrures et me blottir contre le renne. Affin de partager la chaleur, je me dévêtis un peu et pose toutes mes couches sur moi et la bête, avant de sombrer dans un sommeil profond.

III.4 C'est vivant ce truc ?
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Ehök
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Message par Ehök » dim. 14 févr. 2021 20:48

III.3 Amadouer la bête.
III.4 C'est vivant ce truc ?


La nuit ne s’est pas si mal passée. Le contact direct avec le renne nous a permis de conserver un maximum de chaleur durant notre sommeil. L’animal se réveille également, mais se rappelant de la présence d’un humain, il s’excite rapidement. Je dois de prendre le temps de le calmer, sinon sa blessure va s’ouvrir à nouveau. Il s’essaye à marcher, mais il paraît encore affaiblit. Ce n’est pas un humain, alors lui faire comprendre qu’il vaut mieux rester coucher est peine perdue. Il devrait avoir au moins l’instinct de se reposer, enfin je l’espère.

Je m’équipe et sors de la grotte. La tempête est toujours présente, même si elle s’est calmée. Trouver de quoi manger pour moi et le renne est le but de la journée. J’étais loin de me douter qu’en sortant de la grotte, je tomberais sur un spectacle particulièrement bizarre. Un étrange tintement se fait entendre dans le vent glacé. A l’affût d’un ennemi qui semble se rapprocher, je guette du regard la moindre présence. Un monticule de neige se déplace petite à petit dans a direction. C’est difficile à décrire, mais une chose semble faire remonter la neige au fur et à mesure de sa progression, sans être parfaitement visible. J’arme ma lance, attendant le moment propice pour frapper et remerciant Fenris de m’apporter ma pitance du jour.

Soudain, la chose sort de la neige et se dresse en me regardant. Du moins, c’est l’impression qu’elle me donne et par réflexe, je bondis en arrière par surprise. Une étrange branche de sapin particulièrement souple, dotée de plusieurs boules rouges, courbe le bout de son corps comme s’il s’agissait d’une tête. Pire encore que de se mouvoir, cette engeance démoniaque se met à parler.

"Bonjour à toi Ehök fils d’Ehöl !"

"Par le sang des Fenris qu’elle est cette abomination ?" Fais-je face à cette prise de parole d’une créature qui n’a ni bouche pour parler, ni un seul œil pour voir où elle rampe.

"Une abominasssion ? Non, je sssuis Enguerrande la guirlande !" Répond la créature.

"Peu importe ce que tu es, tu vas finir empalée par ma lance !" Fais-je mué par la peur que m’inspire cette chose.

D’un mouvement vif, je frappe la guirlande qui évite le coup en se tordant comme si elle n’avait aucun os. Ce qui paraît logique pour une branche finalement. Avec une vivacité qui me prend de court, elle s’en va s’enrouler autour d’un arbre proche pour m’y observer sans que je puisse désormais l’atteindre avec ma lance.

"Je ne te veux aucun mal Ehök fils d’Ehöl !" Continue-t-elle.

"Tu es une créature de la magie, un être du chaos engendré par Njord. Sinon comment saurais-tu qui je suis !" Fais-je en hurlant à la bête.

"Je sssuis effectivement une créature magique, mais de là à être consssidérée comme un être du chaos, ccc’est une première ! Je sssuis une amie du Père No-Hell qui connait chacun des enfants sssur Yuimen, même sss’ils ont grandi. Trêve de bavardage, j’ai un prézzzent pour toi. Prend ccceci, cccela pourrait bien t’aider à l’avenir !" Joignant le geste à la parole, la créature fait tomber dans la neige une étrange fiole avec des inscriptions que je ne sais lire.

Je prends le temps de m’intéresser à cette chose avant de porter à nouveau mon attention sur la guirlande.

"Qu’est-ce que… ?" Mais plus rien. L’étrange branche à boules rouges s’est enfuit dans les hauteurs du sapin, d’après le bruit des boules qui s’entrechoquent que je perçois et rapidement, plus aucun son ne me parvient.

Ayant moins peur d’un récipient que de cette chose, je l’inspecte attentivement de loin, avant de finalement prendre le courage de la saisir de mes mains. Rien de mauvais ne s’en émane et aussi curieuse qu’elle était, la créature ne m’a pas semblé inamicale.

(Grand’Ma saura trouver des réponses à mes questions !)

Pour l’heure, il est nécessaire de me sustenter. Je range ma lance et me saisis de mon arc. Il me faut du temps pour trouver de quoi manger pour moi avec la présence d’un gibier qui devait être transit de faim pour affronter une telle tempête. Je trouve également des baies, ainsi qu’un cours d’eau. Je devrais y emmener le renne pour qu’il s’y désaltère lorsqu’il sera remis sur pied. D’ailleurs pour lui, je trouve des feuilles, de l’écorce, mais je suis plus satisfait de moi lorsque je finis par tomber sur du lichen. Sans savoir pourquoi, durant ma première traversée avec le guide de Faërlom, j’ai pu constater qu’il en donnait à ses montures et qu’il les gardait précieusement. Mon sac commence à se remplir, mais il me reste à trouver de précieuses plantes sur la route. Même soumis à de rudes tempêtes, l’agencement de ces plantes renfermées sur elles-mêmes leurs permettent d’avoir un noyau au sec, propice à la création d’un feu. Il est toujours plaisant de manger cuit.

Désormais bien chargé, je retourne à la grotte. Le Renne tente de marcher, mais je l’en dissuade avec les herbes et le lichen trouvé. Au bord de la grotte et malgré tout à l’abri de la tempête, je m’attelle à la création d’un foyer. Le temps que le feu prenne correctement, je m’occupe du lapin en lui enlevant sa peau ainsi que les organes indigestes. Un bien maigre festin, mais la faim se presse contre moi comme un enfant qui ne veut quitter sa mère. J’espère que demain, moi et le renne serons en mesure de prendre la route.

En attendant je dois me préparer. J’ai été particulièrement surpris par la technique du jeunot. Faire croire qu’il se désintéressait de moi pour mieux me surprendre avec son lancé de hache. Ce n’était pas un simple jet ordinaire. Il y avait une véritable puissance cachée cette attaque à distance. Il me reste du temps avant que la nuit ne pointe le bout de son nez et aucun être sensé ne prendra le risque d’attaquer par un temps pareil. Je m’éloigne donc de l’entrée de la grotte pour ne pas faire peur au renne et délaisse ma lance pour ma hache. Dans un premier temps, je lance l’arme contre la paroi de glace. Les essais sont…peu concluants. Si ma survie devait dépendre de mes capacités à distance, j’aurais bien vingt kilo en moins aujourd’hui en étant optimiste.

(En même temps, j’utilise une arme de mêlée pour frapper loin. Je dois pas m‘attendre à un résultat différent !)

L’utilisation de l’énergie interne est une lame à double tranchant. La maîtriser est une nécessité pour survivre dans un milieu aussi hostile, mais à trop compter dessus, on finit à court de force et incapable de se défendre sans. Pour le moment je suis dans un endroit assez tranquille donc je ne risque rien à m’entraîner. Du moins je l’espère. Je mobilise mon énergie dans mon bras pour lancer avec force la hache contre la paroi. Si le coup est bien plus fort que précédemment, il reste encore imprécis.

(Bon clairement ça ne va par marcher. Le lancer du minot était particulièrement précis. Il y a surement un truc que je saisis pas !)

Je réitère l’opération en rassemblant mon énergie, non pas dans mon bras, mais dans l’arme elle-même. Je garde la pose, hache devant moi et bras tendue, concentrant mes ressources internes en la faisant circuler dans l’arme. Lorsque je me sens prêt, je lance la hache qui frappe pour la première fois la glace avec le tranchant. En me rapprochant, je remarque qu’il n’y a qu’une légère entaille réalisée.

(C’est une bonne chose que j’arrive enfin à toucher convenablement, mais si c’est pour faire une caresse, je vois pas l’utilité. En fait il faudrait et la puissance et la maîtrise à la fois !)

Il ne me reste assez de force que pour un dernier essai. Je rassemble mes dernières traces d’énergie en la mobilisant dans l’arme et dans le bras armé. Je fais circuler cette force comme un courant qui circule de l’un à l’autre et je rencontre un problème. Mon bras possède naturellement cette force et la faire circuler en moi, ou dans une partie de moi, n’est pas compliqué. La faire pénétrer dans un objet demande serte de la concentration, mais ce n’est pas irréalisable pour autant. En revanche, passer de l’un à l’autre est différent. C’est comme si mon énergie était un courant d’eau et que j’avais besoin de monter le niveau pour entrer dans un ancien lac séché. Le retour n’est pas plus facile pour autant car une fois que le lac est rempli, l’énergie qui revient à moi paraît comme une immense cascade qui arrive d’un coup et me submerge.

Cette sensation n’est pas très agréable et je continue de faire circuler mon énergie, pour qu’elle soit aussi fluide que possible. Ce n’est qu’ainsi que je suis parvenu à réussir convenablement son utilisation jusqu’à présent. L’avantage, c’est que tant que je ne l’exploite pas, cette ressource interne ne me quitte pas. Je m’exerce durant un long moment pour parvenir à cette fluidité et lorsque je me sens enfin prêt, je me place pour lancer l’arme à nouveau. Le métal se plante dans la glace et s’enfonce de plusieurs centimètres. Je serais particulièrement heureux, si je n’avais pas eu autant de mal pour la ressortir.

(C’est une bonne chose que je sois parvenu à cela ! Maintenant il ne me reste plus qu’à réduire le temps de concentration, ou simplement demander à mes adversaires de se poser quelques instants le temps que je me prépare !)

III.5 De vie à trépas.
Modifié en dernier par Ehök le dim. 14 févr. 2021 20:57, modifié 1 fois.

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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » dim. 14 févr. 2021 20:55

III.4 C'est vivant ce truc ?
III.5 De vie à trépas.


Le réveil d’aujourd’hui est particulièrement difficile à vivre. Il a fait plus froid que la veille et malgré le sommeil proche avec le renne pour partager notre chaleur, c’est grelottant que j’enfile mes diverses couches. C’est pas un p’tit lapin qui va me nourrir et le froid n’aide clairement pas à reprendre ses esprits. Pourtant il est crucial, lorsqu’on est frigorifié comme je le suis de bouger pour générer de la chaleur. La tempête semble s’être calmée. Nous allons pouvoir partir sous peu. Tandis que je rassemble mes affaires, le renne se lève à son tour. Encore un peu gêné par sa blessure profonde, il parvient cependant à se lever pour marcher. Des premiers pas hésitant, il prend de plus en plus d’assurance.

Nous sortons de la grotte. Le froid se ressent davantage en plein vent et j’incite le renne à me suivre. Il va avoir encore besoin de surveillance avant qu’il ne soit guérit complètement. Il accepte de me suivre. Peut-être que le temps passé ensemble a suffi à lui montrer ma bonne volonté. Mais après quelques pas dehors, il s’arrête brusquement. Si je ne comprends pas aux premiers instants la raison de ce brusque changement, un bruit de victoire plus loin vient me donner la réponse. Deux hommes, dont l’un porte une imposante fourrure s’arrêtent en nous voyant. Un gros tas de poils tombe lourdement au sol et je comprends qu’il s’agit en réalité d’une proie qu’ils ont mise à mort. Tous deux paraissent être de solides gaillards et en voyant les lames qui sortent, j’en déduis que ce n’est pas une bonne chose. Au moins, l’un des deux semble sévèrement blessé d’après sa démarche. Ils s’approchent de nous et cette menace vient effrayer le renne qui recule. La distance nous séparant, je reconnais l’un des deux hommes, comme étant celui qui a chassé le renne jusqu’à ce que j’intervienne et contre qui j’ai eu du mal à lutter.

Alors qu’ils sont à bonne distance, les deux hommes s’arrêtent face à moi. Celui que j’ai affronté a une mauvaise mine. Il est clair qu’il n’a pas complètement guéri de ses blessures. Quand au second, s’il la bête qu’il a portée lui a donné du fil à retordre, il ne le montre pas. Sous son épais manteau, qui doit bien protéger du froid, je distingue les lames de deux armes dépassant de l’ouverture.

"Alors c’est lui ?" Fait le celui qui portait la bête il y a peu.

L’autre lui répond d’un hochement de tête en se prenant par l’abdomen par la main, penché en avant par la douleur, tandis que sa seconde main tiens fermement sa longue épée. Au moins dans son état, il lui sera plus difficile de me lancer sa hache.

"Tu n’avais pas dit l’avoir presque tué ?" Reprend le premier, qui n’attend pas vraiment de réponse et continue en regardant plus loin. "Et le renne, il devait pas être quasi mort ? T’es vraiment un bon à rien ! Va t’assurer que le renne parte pas et moi je m’occupe de ce guignol !"

Le second gars commence à me contourner, bien loin de ma portée. Je viens me placer dans sa trajectoire, mais je suis rapidement arrêté par le plus frais. Il interpose une de ses deux haches devant moi et arme la seconde, m’obligeant à user de ma lame pour m’en prémunir. Je garde brièvement un œil sur son comparse, mais il continue de me contourner et ne s’intéresse qu’à l’animal. Je pare un premier coup venant sur la tête et évite in extremis un second au flanc, avec un bond en arrière. L’homme ne s’arrête pas là et multiplie ses assauts. J’use de la longueur de ma lance pour le tenir éloigné et pour le moment il ne brasse que du vent. Je tente à mon tour de le frapper, mais il se met immédiatement hors de ma portée. Mes blessures ont suffisamment guéries pour ne plus être une gêne, mais je dois prendre garde à ne pas les ré-ouvrir. Ce jeu continue encore un peu avant que je ne comprenne qu’il ne cherche-là qu’à gagner du temps.

(Il ne prend pas de risque et ne fait qu’attendre que son copain termine sa basse besogne avec le renne pour s’en prendre à moi. Contrairement à l’autre, il pense avec sa tête et est particulièrement rusé. L’expérience de l’âge !)

Aussi près, je remarque que le temps a eu son effet sur son visage. Il paraît être aussi vieux que moi je dirais. D’un geste agile, il se déleste de son ample manteau et laisse sa carrure bien visible. Une musculature longuement travaillée sous une armure de cuir renforcée. Des lanières en veux-tu en voilà, qui offrent une protection bien plus importante que ce que je dispose sur moi. Notre duel est un affrontement d’endurance mentale. Le premier qui craque a perdu et à ce jeu, je suis clairement démuni et serais en grand danger lorsque son comparse nous rejoindra.

Je frappe de ma lance mon opposant, mais ce dernier n’attendait que cela. Déviant le coup avec son épée, il crée une ouverture et vient pour frapper mon bras gauche. Je lâche mon arme, ne la tenant plus que d’une seule main et manque presque de me faire désarmer. Tenir une arme aussi imposante à son extrémité est impossible en pleine joute et l’homme devant moi le sait. Avantagé il frappe à nouveau, au torse cette fois-ci. Si la lame s’enfonce dans ma poitrine, elle aurait pu être mortelle si je n’avais pas tenté de l’esquiver. Concentré sur ma propre survie, je serre les dents pour ne pas perdre pieds face à la douleur. Il retente son entreprise, mais cette fois-ci c’est moi qui le surprends. Je dégaine ma hache dans mon dos et entraine la sienne loin de moi. Prêt à frapper j’assène un coup de hache à la tête, mais l’homme est habile et ne se prend qu’un coup de manche dans le nez en rapportant sa hache à lui. Son sang lui coule sur la bouche et donne une impression encore moins amical qu’à l’origine.

L’un comme l’autre nous prenons nos distances. Je replace ma hache dans le dos pour saisir à nouveau ma lance correctement. Une bonne blessure contre un coup dans le nez. Je perds encore du terrain. Je ne peux me permettre d’être davantage blessé. Il me faut trouver une solution et vite avant de me faire tuer.

(Ou alors je rebrousse définitivement chemin et j’abandonne le renne. Non ! Une telle monture serait un atout indéniable. Je ne peux pas reculer après tous mes efforts et puis…je pense que j’ai finis par m’attacher à lui.)

Je garde l’homme à bonne distance, cherchant un moyen de prendre l’ascendant. Un hurlement nous immobilise tous les deux. Venant de là où se trouvent le second homme et le renne, seul l’animal est encore debout. A ses pieds, celui qui devait être son bourreau peine à se relever et une tâche rouge teinte la neige à l’endroit où il se situe.

Comme moi, l’homme qui me fait face a compris le danger dans lequel son compagnon se trouve et l’effroi se lit sur son visage. Il commence à se rendre vers lui, oubliant visiblement mon existence. L’occasion est trop belle pour ne pas prendre l’avantage. Je vise sa cuisse, mais mon coup est stoppé par ses deux lames. Finalement, il s’attendait à ce que j’agisse ainsi. Grâce à sa maîtrise martiale, il coince ma lance de sa hache. Je dégaine à nouveau ma hache avant qui ne m’abatte de la sienne de sa main libre. Loin de me frapper, il exécute une étrange manœuvre du poignet qui envoie ma hache plus loin. La main désarmée, j’attrape au vol son manche pour l’empêcher de me couper la tête. Un bref défis physique a lieu, mais le temps est désormais mon allié. Désirant ardemment mettre un terme à notre joute, il me frappe d’un bon coup de botte dans le ventre et m’envoie tomber au sol plus loin. La main ferme, je parviens à garder avec moi ma précieuse lance, ainsi que la hache qu’il a coincée et brandit mon arme face à moi pour éviter une frappe sournoise. Malgré la position précaire dans laquelle il m’a mis, il me délaisse pour se ruer vers son camarade. Je me lève tout aussi rapidement, pour le voir foncer vers le renne qui abat ses sabots contre l’individu au sol.

(Trop tard, je ne serais pas en mesure d’arriver à temps. A moins que…)

Je n’ai que le temps de quelques respirations pour agir. Si ma hache est hors de portée, ma lance est avec près de moi. Je ne me suis entrainé avec ma plus petite arme par mimétisme, mais peut-être qu’au fond, je craignais de voir cette arme qui m’est si chère trop loin de moi. Nous avons vécu tant de choses ensemble et affrontés de nombreux ennemis sans faillir. Plus qu’une arme, cette lance est une partie de moi. Je rassemble l’énergie au plus profond de mon être et la mobilise dans mon bras et mon arme. Le flot d’énergie qui se dirige vers ma lance et me revient est une nouvelle fois chaotique. Cependant, non seulement je sais transformer ce torrent en un flux harmonieux, mais mon affinité naturelle avec cette arme est bien plus rapide qu’avec ma hache. C’est comme si elle s’unissait à moi dans mon œuvre. Gorgée d’une puissante force destructrice, ma lance file, propulsée par mon bras qui use de toute l’énergie que j’ai accumulée. Telle une flèche géante capable de briser le roc et la glace, ma lance transperce la cuisse gauche de mon adversaire qui s’écroule au sol en hurlant de douleur.

Je ramasse ma hache et arrive au niveau de l’homme qui, malgré la blessure particulièrement grave, rampe jusqu’à son compagnon. Je le dépasse pour arriver jusqu’au renne que je calme, en m’approchant lentement, une main nue devant moi pour toucher sa tête qu’il incline pour montrer l’absence d’agressivité. Je me penche sur sa victime pour le retourner et m’apercevoir qu’il a déjà rejoint l’autre monde.

"Il est trop tard pour lui !" Dis-je à l’homme qui a cessé de ramper lorsque je suis arrivé.

"Il est…mort. Tué par...la proie qu’il chassait ! C’est avec honneur qu’il rejoindra ses frères et sœurs d’armes !" Clame-il avant de reprendre son souffle et de continuer. "Je veux mourir debout en…guerrier, pas couché dans la neige comme un…nourrisson qu’on égorge !"

"Entendu !" Fais-je simplement.

Je fais le tour pour arriver derrière lui et arracher d’un coup sec ma lance. Je retourne vers le renne en laissant l’homme se relever de lui-même. L’aider aurait été un véritable affront. Péniblement et en serrant la mâchoire à s’en broyer les dents, il me fait de nouveau face.

"Il se nommait Iyarlïk fils d’Orlïk. Quand à moi je suis Egäne, fils d’Ergöne. Je suis fier de mourir par la lame d’un honorable guerrier. Comment te nommes-tu ?" Me demande-t-il.

"Je suis Ehök, fils d’Ehöl et j’aurais été à ta place si tu n’avais pas pris un tel risque !" Lui dis-je en mentionnant le fait de tourner le dos à un adversaire.

Pour nous les hommes du nord, user des armes à distance pour se battre n’est pas digne. Seul le combat lame contre lame, à la force des muscles est l’essence même de nos êtres. Cependant, rien n’interdit d’user de nos armes de la sorte, mais peu le font au risque d’être sans lame.

"J’ai promis à son père de veiller sur lui jusqu’à ma mort. Le voir ainsi m'a..." Mais il s'interrompt là.

(Je comprends mieux son empressement. J’aurais certainement agis pareil avec Gärähm. C’est une des raisons qui me poussent à la confiner au village.)

"Dans ce cas je veillerai à ce que vous ne soyez pas loin, l’un de l’autre." Fais-je comme une promesse.

"Merci." Fait-il en frappant son torse de sa hache en signe de respect. "Faisons vite ! Je vois déjà le chemin invisible aux vivants !"

En réponse, j’arme ma lance et il fait de même. Il brandit son arme en s’avançant jusqu’à moi et je m’approche à mon tour. Je frappe la hache qui descend vers ma tête pour l’éloigner et tournoyant sur moi-même pour donner une grande vitesse à ma lance, j’abats mon arme et coupe sa tête. Le corps tombe dans la neige, dans un silence emporté par le souffle du vent.

Le corps du mort est le butin du vivant. Prendre les armes des vaincus n’est pas vu comme du pillage, mais une forme de respect. Même mort, les lames des trépassés continuent d’être les supports de leurs nouveaux maîtres, honorant leurs mémoires à jamais. Il en a toujours été et il en sera toujours ainsi. Je ramasse donc son armure de cuir. De solides lanières faites avec le cuir d’un animal particulièrement résistant et cerclé par une armature en métal pour le maintient. Sur son pantalon rembourré, je dégote encore des lanières de cuir remontant presque jusqu’aux genoux. Une lame de métal enfoncée entre deux lames de cuir est posée le long du tibia jusqu’à une forme arrondis protégeant le genou. Loin de servir pour couper du bois comme la mienne, ses deux haches sont particulièrement bien entretenues. Les manches ont été usés au point que ses mains ont forgé par le temps leur empreinte. Je garde ces armes particulièrement près de moi.

Sur le corps du plus jeune, je ramasse un casque en cuir clouté, grossièrement travaillé pour le coup, ses avant-bras et ses bottes moulé dans le même cuir, ainsi que sa petite hache de combat et son épée qui tinte d’un doux son lorsque je l’examine. Je range ces deux armes dans mon sac et m’attelle à rassembler les corps des deux hommes ensembles et pose la tête de mon précédent adversaire, là où elle aurait dû être. Silencieusement, je prie Fenris pour guider ces deux guerriers dans la demeure de non-vie.

Le renne est toujours présent alors qu’il aurait eu la possibilité de partir rejoindre les siens. Je lui flatte l'encolure et celui-ci viens me lécher le visage. J’ignore ce que cela signifie, mais il a l’air de m’apprécier. Je profite donc de sa présence pour l’emmener avec moi et surtout poser la proie qu’ils ont laissé derrière eux. Un ours, qui m’oblige à faire coucher le renne pour le poser sur son dos et l’harnacher avec ma corde. Malgré le poids, le renne tient bon sans que ses blessures ne s’ouvrent. Cela accroît ma fierté.

(Il faut croire que j’ai bien travaillé !)

Ensemble, nous partons jusqu’au Hameau de Gròòth Vallhü

III.6 Revenir seul ou à deux.
Modifié en dernier par Ehök le dim. 14 févr. 2021 21:02, modifié 2 fois.

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Re: Les Monts Eternels

Message par Ehök » dim. 14 févr. 2021 20:59

III.5 De vie à trépas.
III.6 Revenir seul ou à deux

Le chemin du village est plus aisé avec un animal qui transporte une partie du poids. Certains passages lui sont difficiles, mais je reste avec lui et l’aide à passer ces obstacles en prenant de temps de chercher des chemins plus adaptés. Tout du long, je m’inquiète de son état. Lorsque sa faiblesse se fait ressentir, je n'hésite pas à faire une pause pour le soulager de son poids et quand il s’arrête, attiré par quelques mets qui lui plaisent, je prends le temps de lui cueillir, surtout lorsque c’est en hauteur. Je reste toujours près de lui et passe une main chaleureuse sur sa fourrure.

Ce moment est très agréable. Moi qui ait l’habitude de voyager en solitaire, j’apprécie sa compagnie, même si ce n’est qu’un renne. Nous arrivons finalement assez près du village et c’est ici que je décide de nous arrêter. J’hôte tout ce qui se trouve sur son dos et me place devant lui, prenant sa tête entre mes mains. Ce n’est qu’un renne et j’ignore comment je peux m’y prendre pour qu’il se laisse dompter par une brute comme moi. Le mieux que je puisse faire est d’être aussi honnête que possible. Même s’il ne comprend pas le sens de mes mots, je ne compte pas faire de lui un vulgaire animal.

"On arrive chez moi ! Cet endroit pourrait également être ton refuge si tu acceptes de me suivre. Je préfère être franc avec toi, ils chercheront certainement de t’abattre pour te dévorer, mais je jure sur ma vie que je ne le permettrai pas ! Le choix t’appartient à présent. Si tu viens avec moi, par les dieux je promets de veiller sur toi comme un membre de ma famille. Dans le cas contraire tu devrais faire demi-tour. Nous sommes encore loin du village et des chasseurs. Tu peux encore partir sans craindre d’être chassé. A toi de prendre la décision, mais si cela peut t’aider, il y a une jeune fille qui serait ravie de s’occuper de toi avec beaucoup de tendresse."

J’ai fait au mieux pour guérir ses blessures, le reste ne dépend que de lui. Je rassemble mes affaires et attache la bête morte avec ma corde. Je fais quelques pas en direction du village et attends de voir le renne me suit de son plein gré ou non.

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