La Forêt des Loups Blancs

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Yuimen
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La Forêt des Loups Blancs

Message par Yuimen » mar. 24 juil. 2018 20:22

La Forêt des Loups blancs

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La principauté d'Henehar est bordée, à l'Est, par une forêt de conifères qui s'étend tout le long des chaînes de montagne qui marquent la frontière avec le Matriarcat de Gwadh. Si ces terres et cette forêt est théoriquement sous le contrôle d'Henehar, ce sont en pratique les tribus de phalanges de Fenris y vivant qui y imposent leur loi. Au sein de cette forêt n'a été fondé aucun hameau vassal d'Henehar et seuls quelques miliciens de la ville sont autorisés à y passer de temps en temps pour vérifier que les Shaakts se tiennent tranquilles de l'autre côté.
Le nom de la Forêt fait référence à la propension de loups blancs vivant là et au rituel mis en place par la quasi-totalité des tribus, qui gardent les peaux et s'en servent comme déguisement au sein de cette forêt... de façon assez trompeuse.
Cette forêt est couverte de neige la majeure partie de l'année (lorsque ce n'est pas simplement un blizzard qui y souffle) : les rares sentiers y sont donc bien souvent cachés dessous. Entre le climat, les phalanges de Fenris, la faune et, si l'on se perd trop loin vers l'Est, les Shaakts, les dangers sont nombreux et mortels. En outre, la région n'est pas cartographiée en détail et le relief y est particulièrement traître : quelques crevasses et falaises d'une dizaine de mètres de haut parsèment la forêt...
Bon courage.

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Ahrroë
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Re: La Forêt des Loups Blancs

Message par Ahrroë » jeu. 2 avr. 2020 19:49

Lorsque, enfin, la lisière de la forêt est franchie, Claire serre les deux poings devant elle, victorieuse.

« Gaïa soit louée nous sommes à l'abri du vent ! » se réjouit-elle sous le regard amusé d'Ahrroë.

Il leur aura fallu presque cinq jours pour traverser la plaine malgré un temps relativement clément pour l'endroit. Le voyage ne fait que commencer, mais protégées par les arbres et ayant maintenant accès à une réserve illimitée de bois leur confort s'en trouve grandement amélioré. Sans compter la possibilité de poser quelques pièges la nuit en espérant attraper quelques proies pendant leur sommeil. C'est cependant tout autre chose qui enchante la vagabonde.

« Aaaaaaaah, je peux le sentir, on va enfin avoir de l'action ! »

L'érudite lui jette un regard moribond.

« Génial, on va se faire capturer et violer par des tribus entières de Phalanges de Fenris, » lâche-t-elle d'une voix plate.
« Mais non ! » la rassure la sauvageonne. « Tout va bien se passer, je suis là. »
« Malgré tout le respect que j'ai pour toi Ro, excuse-moi si je doute de ta capacité à nous défendre face à une vingtaine de guerriers entraînés alors qu'il y a une semaine tes blessures se rouvraient simplement en faisant quelques mouvements brusques. »

L'intéressée hausse les épaules, pas inquiétée pour un yu.

« C'que t'arrives pas à comprendre c'est qu'il y a toujours pleeeeeeeeein de façons de se tirer d'une situation de merde, » philosophe-t-elle en enjambant une souche morte.
« Oh, et quelle est ta façon de nous tirer toutes deux vivantes d'une embuscade tendue par plusieurs guerriers familiers d'une région dans laquelle tu poses le pied pour la première fois, au juste ? » ironise son amie.
« Aucune idée ! » se réjouit l'autre. « C'est ça le plus drôle, faut toujours improviser ! »

L'érudite lève les yeux au ciel, ne partageant pas l'enthousiasme de sa compagne de route, mais ne dit pas un mot. Pour autant, et malgré toutes ses protestations, elle continue de la suivre. Sans bien comprendre elle-même pourquoi elle fait tant confiance à cette étrange femme qu'elle ne connaît que depuis deux semaines.

Leur chemin continue ainsi quelques heures alors que les rayons de soleil traversant les branchages s'amenuisent. Lorsque ceux-ci ont pratiquement disparus, Claire fait signe à Ahrroë de s'arrêter.

« Le terrain est accidenté dans cette forêt, on ferait mieux de se préparer pour la nuit, » conseille-t-elle.

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Ahrroë
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Re: La Forêt des Loups Blancs

Message par Ahrroë » ven. 3 avr. 2020 05:24

Pour la troisième fois depuis qu'elles sont entrées dans cette forêt, la nuit tombe ; aucun signe de Phalanges de Fenris jusque là, au grand bonheur de Claire et au grand dam d'Ahrroë. Si le temps est plus clément entourées ainsi de barrières naturelles, chaque soir est pour la première un sujet d'inquiétude, les deux voyageuses devant toujours impérativement faire des feux, aisément repérables dans ce territoire hostile, pour se maintenir suffisamment au chaud comme pour cuire les oiseaux et lapins qu'elles parviennent à attraper.

Cependant, si un feu est visible en ce début de soirée, ce n'est pas le leur. Une odeur de fumée est portée par le vent alors que les deux jeunes femmes parcourent ce qui devrait être leurs derniers mètres avant de monter le camp et quelques bruits anormaux se font entendre dans la même direction.

« Bizarre, » commente sobrement et doucement Ahrroë en remarquant ces signes.

S'étant dirigées avec plus ou moins de succès en direction du nord très rapidement après avoir pénétré la forêt, elle n'imagine pas croiser une véritable installation de Phalanges si près de la lisière. Mais pour qu'elles sentent une telle odeur de fumée avant d'en voir le foyer alors que leur vision est partiellement dégagée en cette partie encore peu dense des lieux, la conclusion naturelle lui venant en tête est celle d'un vrai campement et non du bivouac d'une petite patrouille comme il serait logique d'en trouver dans les alentours. Théorie renforcée par l'hétérogénéité des sons arrivant jusqu'à elles, lui laissant imaginer la présence de nombreuses personnes peu discrètes plutôt que de quelques voyageurs ou éclaireurs furtifs.

« Ca m'fait penser à un camp militaire, » continue-t-elle en se tournant vers Claire. « Mais j'croyais que les armées foutaient pas les pieds ici ? »

L'érudite hoche la tête avec vigueur, comprenant le questionnement de son amie.

« Cela ne me dit rien qui vaille, nous devrions contourner amplement. »

Face à la prudence de l'académicienne, Ahrroë affiche un sourire vaguement moqueur.

« Ca y est, tu t'chies dessus ? » taquine-t-elle, attirant un roulement d'yeux à l'intéressée.
« Henehar n'enverrait jamais ses troupes ici, ils pourraient venir de Gwadh, » justifie-t-elle. « Même toi n'as pas envie d'être capturée par des shaakts, crois-moi. »

La sauvageonne hausse les épaules.

« Déjà fait, » balaye-t-elle. « Donc je sais d'expérience que les shaakts font pas autant de bruit en territoire ennemi. »

Visiblement anxieuse, Claire lâche un soupir d'agacement.

« Qui que ce soit, qu'ils soient aussi désinvoltes dans cette forêt est le signe que nous devrions les éviter. »

Nouveau sourire de la vagabonde.

« Mais t'es pas curieuse ? » demande-t-elle, les yeux pétillants. Puis ajoute, sans attendre de réponse : « Allez, on va voir ! »

Ni une, ni deux, elle se tourne dans la direction du fameux campement et s'avance d'un pas décidé, laissant son amie paralysée par la stupéfaction. Et avec un choix cruel : rester seule dans un lieu potentiellement dangereux ou l'accompagner vers un lieu sans aucun doute dangereux. Evidemment il ne lui faut pas longtemps pour rattraper Ahrroë en courant.

Au bout de quelques minutes de marche, l'origine de la fumée se dessine devant elles alors que les bruits se changent en brouhaha. Un énorme feu de camp illumine les alentours jusqu'à plusieurs centaines de mètres de distance malgré les arbres et il devient de plus en plus évident que les voix et autres sons viennent d'un véritable peloton. Et lorsqu'enfin elles arrivent à bien discerner les contours du campement, la scène prend tout son sens pour la vagabonde. Au milieu d'une clairière, cinq chapiteaux sont montés devant un très grand foyer trônant au centre, une bonne vingtaine d'hommes en armures légères, diverses et dépareillées se réchauffant en mangeant et buvant avec une insouciance insolente. Plusieurs charrettes étrangement cubiques sont entreposées un peu partout autour d'eux et recouvertes d'un tissu. Il n'en faut pas plus à Ahrroë pour laisser tomber son paquetage près d'un arbre.

« Des braconniers. Reste-là. »

Claire la dévisage quelques instants, affolée. Jamais elle ne l'a vue avec un visage si grave. Il n'empêche qu'à une contre - au moins - vingt, même en pleine possession de ses capacités ce n'est rien d'autre qu'un suicide. Alors... blessée ?

« Non ! » la retient l'académicienne d'une voix basse mais ferme. « Tu vas juste te faire tuer ! »

La vagabonde la regarde avec surprise.

« Bien sûr que non, » répond-elle le plus naturellement du monde. « Je vais les tuer. »

Et, échappant à l'emprise de son amie d'un coup d'épaule, se dirige vers le campement.

« Mais si tu me suis on s'fait toutes les deux violer jusqu'à la mort, » prévient-elle sans se retourner.

Elle n'est pas peu fière de son effet. L'art et la manière de couper un débat, sa mère le lui avait toujours dit. Ou reproché, selon les situations.

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Ahrroë
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Re: La Forêt des Loups Blancs

Message par Ahrroë » sam. 4 avr. 2020 01:13

Il y a toujours plein de façons de se tirer d'une situation de merde. Ne reste qu'à trouver laquelle. D'autant qu'aussi irresponsable soit-elle, Ahrroë sait que si elle y passe Claire est foutue.

( Incroyable de pas savoir se défendre à son âge, ) se plaint-elle mentalement.

Elle s'approche lentement de la clairière, restant le plus loin possible pour rester hors de vue mais suffisamment près pour avoir une vue d'ensemble des lieux.

( Sont presque tous ronds comme maman dans une cave à vin, ) observe-t-elle en voyant quelques hommes tituber. ( Ou comme moi dans une cave à vin. )

Puis entreprend de les compter plus précisément. Un humain qui fait distraitement le guet non loin d'elle. Un, deux, trois autres plutôt sobres en train de nourrir les un, deux, trois... dix chevaux, détachés de leur attelage et paissant à l'opposée de la clairière. La vagabonde contourne quelque peu, changeant d'angle de vue pour mieux se faire une idée de l'ensemble. Cinq autres sont bourrés, près du feu, assis en tailleur ou sur des rondins de bois. Un dernier, sobre, se tient à l'écart, installé sur une souche d'arbre. Son armure est belle. Plus complète. Le chef.

( Cinq humains sobres, cinq bourrés, ) comptabilise-t-elle.

Deux garzoks. Pas sobres du tout. Mais même bourrés, ça fait bien quatre-cent livres de viande. De viande sans gras. De viande lourdement armée. Un elfe gris. Dans son coin. Visiblement sobre aussi. Grimace. Ca a l'ouïe fine ces saloperies. Ou c'est les blancs et eux c'est la vue ? Elle s'en souvient jamais.

( Dans l'doute on va essayer de pas trop faire de bruit. Et de surtout pas sortir de l'ombre. )

Un humoran. Bien clair, probablement d'origine tigrée. Bourré. Tout ça près du feu, encore.

( Pourquoi y font comme chez eux, j'croyais que tout le monde avait peur des Phalanges de Machin ? ) se demande-t-elle.

En tout cas c'est à son avantage. Reste quatre nains. Et trois petites merdes vertes, autrement connues sous le nom de gobelins. Ou sektegs. Mais elle préfère petites merdes vertes. C'est plus marrant. Sans surprise, ils ont tous bu. En fait les petites merdes vertes piquent déjà du nez.

( En même temps ça fait vingt livres ces saloperies, ) songe-t-elle en retenant un ricanement. ( C'bien des p'tites merdes vertes. )

Elle continue son petit tour quelques secondes pour vérifier les angles morts. Rien en vue. C'est l'heure du bilan.

( Un elfe et cinq hommes sobres. Deux garzoks, un humoran, quatre nains, trois sektegs et cinq hommes bourrés. )

Elle fait une moue pensive. Elle est un peu en sous-nombre. Heureusement qu'il y a quatre petits chariots et trois gros. Etat final des lieux : six personnes plus ou moins sobres, quinze à des degrés d'ivresse variés, dix chevaux, sept attelages, cinq chapiteaux et un énorme feu.

( Jouable, ) conclut-elle en hochant la tête. ( Si j'ai d'la chance sur les cages. )

« Hééééé, cheeeeeeef ! » beugle l'un d'eux, attirant l'attention de la vagabonde.

C'est un humain. L'un des bourrés, évidemment.

« On peut vraiment pas s'farcir les femmes ? » demande-t-il, presque suppliant.

L'intéressé lui jette un regard glacial. Gagné, c'est bien le gaillard sobre sur la souche.

« Si l'un de vous abîme la marchandise je le revends avec pour compenser le déficit, » prévient-il très sérieusement.

Ahrroë fronce les sourcils.

( Les femmes... Ils ont vraiment envie que je les massacre ces enculés. )

Comme si elle avait besoin de plus de raisons pour rendre leur agonie lente.

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Ahrroë
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Re: La Forêt des Loups Blancs

Message par Ahrroë » dim. 5 avr. 2020 06:24

[:attention:] (((Attention, scènes choquantes !))) [:attention:]


Attente. Longue. Trop longue. La patience n'a jamais été le fort d'Ahrroë. Mais mieux vaut un ennui passager que se retrouver morte après avoir fait le tour d'un camp de braconniers esclavagistes, même elle en a conscience. Alors elle attend. Mais si pour elle le temps passe lentement, il ne faut finalement pas longtemps aux bandits pour se terminer au rhum et à la bière. Certains vident leur estomac dans les buissons avant d'aller se coucher. D'autres s'endorment sur place, la bave au coin des lèvres, avant d'être réveillés par les quelques humains encore debout. Un à un, alors que les tours de garde s'organisent en fonction de la sobriété de chacun, ils rentrent presque tous dans les quatre tentes-dortoirs, le chef accaparant la cinquième seul.

Puis finalement vient le temps de passer à l'action. Sur les quinze poivrots, Ahrroë en a compté neuf ivres morts, les autres ayant fini dans un état un peu plus enviable, quoique second. Le froid a failli engourdir ses muscles, l'obligeant à remuer les membres de manière régulière ; heureusement l'été approche à grands pas et ils sont à basse altitude. Ses blessures sont handicapantes, ralentissant ses mouvements et impactant sa souplesse et sa force comme sa précision, mais la douleur ne devrait pas être un problème.

( Pff, t'façon même avec une jambe en moins j'vais pas claquer contre ces fils de putains, ) balaye-t-elle immédiatement après ces pensées.

D'aucun l'appelleraient téméraires. Et en fait ils auraient raison.

( Mais jamais à tort, ) songe-t-elle en se levant, un sourire au coin des lèvres.

Le garde pique du nez. S'étire. Secoue la tête. Il est dos au feu, maintenant pratiquement éteint, et le froid l'engourdit. Et il ne s'attend visiblement à rien. Ils connaissent vraisemblablement l'endroit suffisamment pour se croire hors de danger. Après tout la plaine est à moins d'une journée de marche à l'ouest, le pire qu'ils pourraient croiser est une petite patrouille de Phalanges. Pensent-ils.

Ahrroë fait un grand tour. Lentement. Discrètement. Et lorsqu'une tente se dresse entre elle et le garde, se glisse en tapinois jusque la première des grosses charrettes. Des cordes retiennent le tissu qui la recouvre mais il ne lui faut que quelques secondes pour retirer quelques attaches et soulever le drap. Une énorme créature aux canines supérieures de la taille de ses avant-bras est allongée dans une cage en métal et ouvre un œil épuisé dans sa direction. En une seconde il se redresse, poussant un grondement sourd. Malgré la pénombre, elle peut discerner ses yeux se teinter de rouge en la voyant.

( Que la fête commence ! )

Elle est ravie. Ne voyant pas l'ouverture et entendant le garde bouger derrière le chapiteau, elle s'empresse de sortir sa hachette et de passer sous la cage. Bruits de pas. Un seul homme. Il n'a prévenu personne. Elle sourit.

( Z'êtes trop sûrs de vous, ) pense-t-elle en apercevant des bottes de cuir se rapprocher.

« Putain de gobelins, savent même pas faire un nœud, » l'entend-elle râler.

Il se penche en avant, tirant de nouveau le tissu malgré le grognement de l'animal captif, pendant que la vagabonde roule de l'autre côté. Il est temps de semer le chaos. Elle raffermit sa prise sur sa hache, l'attrapant à deux mains pour compenser son manque de précision, et contourne prestement la cage, prête à viser sa nuque d'un coup horizontal tant qu'il est occupé. CRACK. POOOOOOW. Le bruit n'est pas très fort mais est sourd et vibre quelques instants dans les airs. Elle a failli se déboîter une épaule et a frappé à quelques centimètres de sa cible, le tranchant de sa hache s'encastrant entre ses mâchoires et faisant rebondir sa tête sur les barreaux. Oups. Il était même pas positionné comme prévu. Ses yeux la fixent avec incompréhension alors que des sons gutturaux s'échappent de sa bouche obstruée, du sang s'échappant de manière chaotique d'un peu tous les côtés. Reprenant des forces, la créature pousse un petit rugissement, signant le sursis d'Ahrroë. Les quelques alcooliques du camp ne se lèveront pas pour si peu mais il reste un elfe et quatre hommes au sommeil probablement plus léger. N'hésitant pas plus, elle ressort d'un coup sec son arme de la tête du braconnier... pour l'y replonger plus ''proprement'', cette fois dans le front. Son corps chute au sol. Le plus dur commence.

« T'as intérêt à m'aider, » chuchote-t-elle à l'attention du prédateur.

Elle dresse de nouveau son arme et frappe dans le support, en bois, de la cage, visant près de la roue. Une voix s'élève faiblement depuis la tente. Elle frappe à nouveau. Le bruit est ténu mais pas suffisamment. Encore un coup. Au même endroit. Enfin, à peu près. La créature gronde de plus en plus fort, commençant à faire des tours dans sa prison. Son cri commence à réveiller le contenu des autres cages, d'où s'élèvent des rugissements menaçants. PAF. Les voix se multiplient derrière elle. Le temps presse. Elle a déjà mal au bras droit, handicapé. Mais serre les dents et abat encore sa hachette, inlassablement.

« Oh tu fous quoi ?! Fais-les taire ! » hurle une voix depuis l'un des chapiteaux alors que les cris des animaux captifs commencent à occuper l'espace.

( Au moins ça couvre le bruit que j'fais, ) se console-t-elle en donnant un énième coup près de l'axe de la roue.

Mais cette fois c'est la bonne. Le support lâche. La cage s'affaisse sur elle-même. Entre le métal et la bestiole, le bois finit par éclater sous son propre poids et l'engrenage se casse net. Le coin du chariot chute. La bête pousse un hurlement quand elle se sent tomber, mais le sol n'est pas très loin. Le choc avec celui-ci fait voler des morceaux en éclats, la faisant paniquer. Mais décrochant la cage de son socle.

« ROOOOOOOOAAAAAAAAAAAAAAAAR ! »

Ahrroë s'écarte d'un bond.

( Ha ! ) se félicite-t-elle intérieurement en observant la créature s'extirper tant bien que mal, apeurée, de la cage branlant à moitié en l'air.

Sans demander son reste, elle court aussi vite qu'elle peut en direction du feu, contournant la tente qui la sépare de celui-ci. Deux hommes émergent de sous les tentures mais elle les ignore royalement, utilisant sa hache à deux mains pour taper en plein dans les braises, se brûlant superficiellement au passage sous leurs yeux ahuris. Mais ils n'ont pas vraiment le temps de comprendre ce qu'il se passe.

« Le barioth ! » crie l'un d'eux, paniqué.
« NIQUEZ VOS MEEEEEEEEEEERES ! » hurle la vagabonde en continuant de taper dans le feu comme une démente.

Portés par le vent, des tisons finissent par atterrir sur l'un des chapiteaux alors que d'autres braconniers émergent de leurs dortoirs pour identifier l'origine du vacarme. Des ordres et des insultes fusent mais il est trop tard, le feu prend à une vitesse impressionnante, attisé par la brise ambiante. Son travail accompli, la sauvageonne reprend sa course en direction de la forêt, des bandits sur les talons. Mais le chaos a raison de leur lucidité : trois la suivent, d'autres cherchent désespérément l'eau, certains encerclent la créature enragée... Mais presque tous sont nus et désarmés.

Arrivée dans les bois, Ahrroë se tourne subitement et agite sa hachette pratiquement à l'aveuglette, touchant un humain à l'épaule. La lame se plante nette, envoyant voler une gerbe de sang et lui tirant un cri de douleur. Réalisant qu'ils n'ont pas d'arme, les deux autres s'arrêtent aussitôt, marquant une hésitation. Une hésitation fatale pour leur compagnon. Rattachés par l'arme qu'elle a planté dans son bras, elle ne peut pas louper son attaque, même handicapée : elle donne un coup de talon magistral dans sa rotule gauche, qui explose sous l'impact, le faisant tomber sur son genou droit dans un craquement atroce. Hurlement. Elle sourit. L'un des deux autres poursuivants se jette sur elle, réussissant à dévier l'attaque qu'elle cherchait à asséner au visage du blessé, mais manque de chance l'arme est envoyée dans sa nuque à la place, coupant court à son supplice. Le plaquage de l'humain lui fait perdre la prise sur la hache, qui reste figée là. Ils tombent tous deux sur des branchages.

« Va m'chercher une corde ! » crie son assaillant au troisième en étreignant la vagabonde pour l'empêcher de bouger.

Mais alors qu'il s'éloigne en courant, docile, le sourire de la jeune femme s'élargit et fait hésiter le bandit massif qui la retient, surpris. Il ne lui en faut pas plus : elle se redresse juste assez pour atteindre sa jugulaire et mord de toutes ses forces. Nouveau cri, au plus grand plaisir de la sauvageonne qui se laisse tomber en arrière sans lâcher sa prise. Il détend l'un de ses bras pour tenter de glisser ses doigts entre les dents d'Ahrroë, mais, son bras gauche libre, elle lève sa main et tâtonne sur son visage de ses doigts. Paupière trouvée. Paupière touchée. Elle enfonce son pouce dans son œil, appuyant de toute la force dont elle est capable ; rapidement son hurlement s'intensifie alors qu'elle sent son globe oculaire se transformer en pâte visqueuse sous la pression.

« Salope ! » gémit-il avec douleur en relâchant complètement sa prise pour tenter de se défaire de celle de celle qu'il croyait à sa merci deux secondes plus tôt.

Ses dents toujours figées dans le cou du braconnier, elle se propulse du bras droit : essayant de s'extirper en arrière, il ne faut qu'une petite impulsion pour qu'il se retrouve sur le dos et elle sur lui. Tirant d'autant plus sur sa mâchoire, elle arrache un morceau de chair à l'homme, gravement blessée, puis attrape la première pierre qu'elle aperçoit. Et frappe. Et frappe. Et frappe. Le second œil vole rapidement hors de son orbite mais elle continue quelques fois pour la forme avant de se redresser. Elle se retourne prestement pour voir le troisième assaillant arriver avec une corde et du renfort... Un nain et un garzok, les yeux injectés de sang, ayant du mal à aligner deux pas. Derrière eux le fameux barioth s'occupe de bouffer la tête d'une petite merde verte pendant que le feu prend des proportions démesurées. Il y a au moins quatre morts. Elle recrache le morceau de chair, la bouche pleine du sang d'un autre, attrape sa hachette encore plantée dans le premier des poursuivants et éclate d'un rire dément à l'attention des nouveaux arrivants. Ils sont à quelques mètres d'elles, mais même le garzok semble hésiter.

« Comme tous les fils de pute vous connaissez que la force brute, » s'amuse-t-elle.

Elle a mal. Elle est fatiguée. Elle est blessée. Mais elle a une putain de créature d'une tonne de ''son côté'', des vêtements et une arme. Et toute la nuit pour s'amuser.

Profitant de leur seconde d'hésitation, elle se retourne et décampe dans les ombres.

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Hindbaer
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Re: La Forêt des Loups Blancs

Message par Hindbaer » mar. 18 août 2026 20:55

Derrière elle, les battants ferrés se refermèrent avec un grondement de tonnerre. Devant, une route de terre partait vers le sud-est, longue cicatrice brune entre deux étendues de neige grise, creusée par le passage des hommes et femmes venus commercer dans la cité des mages… Mais aussi, elle le savait, par les chevaux et miliciens aux commandes de son père.

(La traque peut commencer.)

Son arc et son carquois retrouvaient sur son corps des places familières. En ville, ces objets l'avaient désignée comme une étrangère. Ici, ils tenaient les étrangers à distance... D'ailleurs, les gardes lui semblèrent soulager de la voir s'éloigner dans le paysage. Elle, indifférente à leur opinion, n'avait d'yeux que pour le fleuve qui roulait à sa droite, sombre et gonflé par le dégel. Au-delà, la plaine s'étendait jusqu'à l'océan, invisible derrière un ciel si bas et si gris qu'il semblait reposer sur l'horizon neigeux.

La route serait longue... Hindbær allongea le pas. Otis avait deux jours d'avance. Douze archers-mages, un guide et deux chevaux de bât ne se déplaçaient pas comme une chasseuse solitaire. Ils devaient éviter les pentes trop raides, chercher des gués et s'arrêter assez longtemps pour nourrir les bêtes. Elle pouvait les rejoindre. Pour autant, ce calcul ne signifiait pas qu'elle se pressait pour retrouver son père. (Non.) Elle voulait retrouver les enfants, voilà tout.

Vers le milieu de la matinée, elle aperçut deux hommes agenouillés près du fleuve. Des pelles, des tamis et une petite charrette encombrée de sacs les désignaient comme des orpailleurs avant même que l'un d'eux ne se redressât. Il portait une barbe rousse raidie de givre et une baguette courte à la ceinture : les Varrockiens étaient capables de mêler la magie à n'importe quelle activité, même celle consistant à triturer de la boue.

L'homme leva une main.

- La route est mauvaise plus loin !

Hindbær considéra la boue qui lui montait déjà aux chevilles de l’orpailleur.

- J’vois ça.

Le second ricana. Son compagnon choisit de ne pas relever la remarque.

- Tu vas vers l'est ?
- P’tet’.
- Une troupe est passée avant-hier, ajouta l’orpailleur pour rompre la monotonie de son travail. Des gars de la milice avec des chevaux.

Hindbær cessa de marcher.

- Combien ?
- Une douzaine. Treize avec leur guide. L'un d'eux avait une barbe grise et donnait des ordres à tout le monde.

(Otis.)

- Pressés ? demanda-t-elle.
- Assez pour refuser de faire boire un cheval dans une crevasse, répondit-il en haussant les épaule avec un sourire mi-figue mi-raisin.

Elle observa l'homme. Il ne mentait pas. Pas complètement, du moins. Mais il y avait autre chose qu’il ne disait pas…

- Autres gens sur route ?

Le sourire du mineur disparut. Il jeta un coup d'œil vers le nord.

- Par sur la route, non, mais au loin. Deux silhouettes. Peu après la troupe. Elles venaient du Nord et restaient en retrait.
- Du Nord… Fenris ?

L'homme haussa les épaules.

- Elles portaient des peaux blanches. Je les aurais pas distinguées, avec la neige et tout, si la nature m’avait pas appelé plus loin à ce moment.

Hindbær repartit sans le remercier.

Le reste de la journée, elle marcha sans faire de pause, ou presque. Aucune rencontre mais l’appel de la nature tout de même, comme l’autre avait dit… Le soir venu, elle abandonna la route pour dormir sous un talus couvert d'épicéas. Elle dressa sa tente assez loin du fleuve pour ne pas entendre craquer la glace. Mais surtout pour éviter les mauvaises rencontres…

***
Le lendemain, le ciel se mit à neiger. Ce n'était pas une vraie chute, seulement une poussière blanche qui se déposait sur les épaules. Hindbaer lorgna, amusée, sur le bout de son nez. Un flocon y fondait lentement. Plus lentement que sur une autre…Son héritage Fenris. Replongeant son regard au loin, la bâtarde du Grand Nord marcha jusqu'à ce que la plaine se resserrât entre le fleuve et les premières élévations du terrain.

Peu avant midi, l'eau décrivit un large coude vers le sud. La route le suivait ; les traces d'Otis, non. Hindbær s'accroupit à l'endroit où celles-ci quittaient le chemin. Les sabots avaient déchiré la terre ramollie et les bottes laissé des empreintes profondes. Un homme s'était appuyé sur un bâton. Deux autres avaient marché de part et d'autre d'un cheval. La pisteuse gratta le fond d'une empreinte du bout de l'ongle. La boue avait durci sur les bords, mais demeurait humide dessous.

(Un jour. Peut-être moins.)

Elle releva les yeux vers l'est. Une piste maigre montait à travers des landes rases, si peu fréquentée que la neige la recouvrait par endroits. Plus haut, les montagnes s'élevaient en gradins blancs et noirs jusqu'aux nuages. Les Monts Éternels n'avaient rien d'éternel à ses yeux. Ils vivaient, craquaient et tuaient ceux qui les croyaient immobiles.

Un morceau d'étoffe bleue accroché à un buisson le long de la route attira son attention. Hindbær le décrocha. De la laine grossière, semblable à celle des manteaux de la milice. Une tache sombre en raidissait un bord. Elle la porta à son nez.

(Sang de cheval.)

Pas assez pour tuer. Assez pour ralentir.

(Bien.)

Sans un regard en arrière, elle laissa le morceau d’étoffe s’envolé dans la bise qui descendait de la montagne devant elle. Ses yeux étaient rivés sur le formidable obstacle naturel que formait la barre rocheuse au loin... D’ici là, une pente douce l’y conduirait progressivement.

(De quoi se mettre en jambe.)

Néanmoins, la montée se révéla plus pénible qu'elle ne l'avait prévu. Le vent poussait contre elle et la neige masquait les trous entre les pierres. À plusieurs reprises, elle dut s'aider des mains. Les archers-mages, avec leurs bagages et leurs chevaux, avaient taillé des marches maladroites dans les pentes. Le passage de la troupe se lisait partout : une branche brisée, une pierre retournée, un tas de crottin encore souple sous sa croûte de gel.

Hindbær n'avait plus besoin de chercher : elle suivait.

Vers le soir, elle trouva les restes d'un campement. Treize places disposées autour de trois feux, dont deux seulement avaient été correctement enterrés. Les militaires laissaient toujours des traces comme s'ils espéraient impressionner par leur nombre... Les chevaux avaient été attachés, plus loin, à un arbre isolé. L'un d'eux s'était agité au point de labourer le sol. Hindbær suivit les marques jusqu'à une plaque de neige rougie. Des poils noirs y adhéraient. Le cheval blessé perdait davantage de sang.

Elle se redressa et examina les alentours. Une empreinte de botte. Puis une autre. Larges, profondes et éloignées du campement, elles descendaient vers un ruisseau avant de disparaître sur les pierres. (Trop grandes, et surtout trop bien dissimulées, pour un Varrockien.) Hindbær posa sa main dans l'une d'elles. Ses doigts n'en couvraient guère la moitié.

(Fenris.)

Au loin, un loup hurla.

Un autre lui répondit depuis les hauteurs.

Elle défit son arc, en vérifia la corde et reprit la piste jusqu'à ce que l'obscurité l'obligeât à s'arrêter. Alors, Hindbær ferma les yeux et huma l’air de la forêt éparse. Le vent portait l'odeur de la neige, du sapin et d'un danger encore trop lointain pour montrer les dents.

Cette nuit-là, elle dormit bien.
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Re: La Forêt des Loups Blancs

Message par Hindbaer » mar. 18 août 2026 21:15

Le troisième jour, la plaine boisée disparut.

D'abord, le relief se plissa. Des vallons étroits se creusèrent entre des collines couvertes de broussailles. Puis les rochers sortirent de terre, de plus en plus nombreux, jusqu'à former des mâchoires de pierre autour de la piste. Enfin, au passage d'un dernier contrefort, Hindbær se retrouva face à la forêt boréale dans toute son imposante majesté. Les sapins se dressaient serrés les uns contre les autres. Leurs branches noires ployaient sous la neige et leur cime se perdait dans la brume. Entre les troncs, l'ombre semblait assez épaisse pour arrêter une flèche.

La chasseuse inspira : la résine lui emplit les narines.

(Enfin.)

Elle pénétra sous la canopée épineuse.

Le monde changea aussitôt. Le vent se tut. Chaque son prit une importance nouvelle : le frottement de ses vêtements, la neige cédant sous ses bottes, le pépiement furtif d'un oiseau invisible. Car la forêt ne demeurait jamais silencieuse. Elle respirait juste trop lentement pour les citadins, tandis que Hindbær avançait à son rythme. Sous la neige, elle trouva des racines, des pierres et l'empreinte légère d'un lièvre. Elle posa deux collets sans s'attarder. Si la chasse était bonne, elle les relèverait au retour.

(Au retour.)

Elle s'arrêta. Le mot avait surgi sans permission ; elle le refoula comme une pensée parasite. Hindbær reprit sa marche, résolue de ne pas se laisser prendre au piège d’un retour à Henehar, à ce qui la rattachait à son humanité varrockienne.

A mesure qu’elle s’enfonçait dans le paysage sauvage, les traces de la compagnie se faisaient plus nettes. Otis avait choisi le chemin le plus direct, comme l'indiquait la carte. Il longeait un ruisseau avant de le franchir sur un tronc couché, puis grimpait entre deux barres rocheuses. Et visiblement, les chevaux avaient peiné, leurs sabots glissant dans la poudreuse et déchirant les plaques de mousse sur les quelques rochers qui en émergeaient. Par endroits, les hommes avaient coupé de jeunes sapins pour renforcer le passage. Elle trouva même un fer à cheval perdu, abandonné dans la neige.

Au crépuscule, elle aperçut une lueur entre les troncs et s'accroupit aussitôt. Sa main rejoignit une flèche. La lumière provenait d'une petite lampe protégée par une boîte de corne. Un homme marchait seul sur la piste, un paquet attaché dans le dos et une arbalète sous le bras.

(Trappeur.)

Hindbær se redressa avant qu'il ne la dépassât. L'homme sursauta et leva son arme.

- Baisse.
- Par Meno ! D'où est-ce que tu sors ?
- Arbres.

Il regarda les arbres. Puis elle.

- Évidemment.

Sa barbe était blanche, mais ses yeux demeuraient vifs. Il remarqua les traits fenris de Hindbær et se raidit sans toutefois relever son arbalète.

- Tu cherches tes amis ?
- P’t-êt’... hasarda-t-elle, intriguée.
- Ils sont passés hier matin, la renseigna-t-il de mauvaise grâce, mais pas sans ajouter : Je sais pas ce que vous faites dans les parages mais vous avez pas intérêt à braconner.

La chasseuse banda son arc un peu plus, accompagnant le geste d’un haussement de sourcils on ne peut plus explicite.

- Tu ferais moins la fière devant la milice. Ils patrouillent la zone, tu sais…
- Ah oui ? Capitaine ?
- Barbe grise et tête de cochon. Mais un sacré archer, précisa-t-il pour l’impressionner.

Elle hocha la tête. (Otis)

- Continue.
- Il m'a demandé si j'avais vu des enfants.

Les doigts de Hindbær se crispèrent sur son arc.

- Et... ?
- Rien depuis des semaines. Mais j'ai vu des feux dans les hauteurs. Trop nombreux pour des braconniers. Ça devait être des collègues à eux, du coup… Ou bien des Fenris locaux, ajouta-t-il avec mépris comme s'il cherchait à montrer qu'il ne craignait pas d'offancer celle qui le tenait en joue.
- Où ?

Le trappeur désigna l'est.

- Au-delà de la crête des Trois-Dents. Près du défilé d'Isen.

Ce n’étaient certainement des miliciens, non. Et les groupes de Fenris locaux ne s'attrouperaient pas ainsi, en temps normal. Ça ne présageait rien de bon… Elle lui tourna déjà le dos et prétendit ne pas entendre les insultes marmonnées dans sa barbe.

Le temps pressait.

***
Au matin du quatrième jour, le froid mordit plus fort. La nuit avait figé les eaux de fonte. Une pellicule de glace recouvrait les rochers et transformait les pentes en pièges luisants. Hindbær avançait sans hésitation, posant le pied là où les racines perçaient la neige dès qu’elle le pouvait. Ce froid-là ne lui était pas hostile. Il pinçait ses joues, raidissait ses doigts et blanchissait son souffle. Pourtant, sous ses vêtements de peau, son corps conservait une chaleur régulière. Le sang fenris légué par sa mère supportait mieux la morsure de Yuia que celui de la plupart des Varrockiens.

Hindbær ne remercia aucune déesse... Elle avait grandi assez longtemps parmi les Fenris pour savoir que les puissances du monde n'offraient jamais rien. Le froid éprouvait les faibles et préservait les prudents ; le soleil nourrissait autant qu'il brûlait. Meno pouvait faire lever les graines, Yuia les enfermer sous la glace. Entre les deux, les mortels mangeaient lorsqu'ils le pouvaient.

(D’ailleurs, mangeons ! ...)

Dans une clairière, elle déterra des racines sous une couche de mousse gelée. Plus loin, elle trouva des baies desséchées demeurées sur leur arbuste. Leur peau ridée éclata sous ses dents avec une saveur acide. Elle abattit ensuite un tétras d'une flèche propre, le pluma sans s'arrêter et suspendit la carcasse à sa ceinture.

La forêt fournissait ce dont elle avait besoin. À elle, et aux animaux de la forêt… Une meute la suivait depuis l'aube. Hindbær l'avait entendue avant de la voir : le froissement d'une patte dans la neige, un souffle bref, le claquement d'une mâchoire. Cinq loups se déplaçaient à distance, parallèlement à sa piste. Le plus grand possédait un pelage presque noir ; une jeune femelle boitait légèrement. Ils ne chassaient pas : ils l'observaient. Et cette compagnie lui convenait. Les loups n'exigeaient ni explication ni sourire. Ils gardaient leurs distances entre curiosité et instinct de préservation.

À midi, Hindbær atteignit le ruisseau d'Isen. L'eau courait sous une épaisse croûte de neige. Elle l'entendait gronder dans l'obscurité, cherchant une issue entre les pierres. Quant à la compagnie, leurs traces n'indiquaient plus que quelques heures d'avance. (Peut-être moins.) Elle s'accroupit près d'un crottin encore tiède au centre. (Près.) L'espoir gonfla dans sa poitrine. Elle le réprima aussitôt.

La troupe suivait la rive jusqu'à une pente qui contournait la crête des Trois-Dents. Avec les chevaux, Otis n'avait pas d'autre choix. Hindbær, si. Elle connaissait un ancien passage de chasse qui grimpait droit vers le nord, traversait une combe boisée puis redescendait de l'autre côté. Une troupe ne pouvait y avancer. Un cheval encore moins. Elle gagnerait plusieurs heures et leur passerait même devant !

Le raccourci existait toujours, mais la montagne l'avait rongé. Des éboulements barraient le sentier et des sapins tombés formaient des palissades naturelles. Elle rampa sous certains troncs, escalada les autres. La neige s'accumulait jusqu'à ses cuisses dans les creux.

Elle avançait vite malgré tout, repoussant les protestations de son corps. Ses poumons brûlaient. Son cœur frappait fort et régulièrement. Chaque difficulté confirmait qu'Otis ne pouvait être passé par là. Pour la première fois depuis Henehar, sa présence ne l'entourait plus sous la forme d'empreintes, de branches coupées ou de cendres froides.

Elle était seule.

Un loup apparut sur une hauteur. Le grand mâle la regarda, les oreilles dressées. Lorsqu'elle passa sous lui, il repartit au trot. Hindbær sourit, appréciant sa manière fraternelle de la narguer, elle, la bipède en peine…

La combe s'ouvrit enfin devant elle. Au-delà des sapins, une crête blanche découpait le ciel. Une fois franchie, elle verrait la compagnie d’Otis de sa position de hauteur et descendrait les rejoindre. La chasse touchait à sa fin et cette perspective lui apporta un regain d’énergie.

Elle accéléra… puis ralentit. La forêt était devenue muette.

Pas silencieuse.

Muette.

()

Les loups avaient disparu.

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Re: La Forêt des Loups Blancs

Message par Hindbaer » mar. 18 août 2026 22:10

Hindbær demeura immobile, son souffle formant de petits nuages devant son visage. Elle n'entendait plus les loups. Aucun oiseau ne remuait dans les branches. Même le vent semblait contourner la combe.

Elle abaissa les yeux. Des traces parsemaient le manteau neigeux. Celles de la meute se mêlaient à d'autres empreintes plus profondes : des bottes, de grands pieds nus… Hindbær s'accroupit sans lâcher son arc. Les marques repartaient en arrière.

(Qu’est-ce que ça veut dire ?)

Elle pivota pour les suivre… ne comprenant que trop tard. Une masse blanche tomba des branches !

Hindbær plongea sur le côté. Une lance d’onyx traversa l'endroit où se trouvait sa gorge et s'enfonça dans la neige. La chose qui la tenait atterrit à quatre pattes, enveloppée dans une peau de loup arctique. Puis, un visage humain se redressa sous la gueule de l'animal : Peau blanche, iris rouges, longs cheveux gris.

(Fenris.)

Hindbær tira. L'homme pivota. (Rapide !) La flèche lui laboura l'épaule au lieu de percer sa poitrine. Il arracha la flèche avec une grimace, mais la satisfaction de l’archère fut de courte durée : Quelque chose bougea derrière elle.

La chasseuse se retourna et lâcha une seconde flèche. Une guerrière fenris leva son avant-bras, protégé par une épaisse bande de cuir. La pointe s'y ficha, sans blesser. Et l’attaquante qui poursuivait sa charge sans ralentir, arma son bras et le déploya dans un revers féroce.

Par instinct, Hindbær roula sur le côté, sous la trajectoire de la hache, laquelle passa au-dessus d'elle et entama l'écorce d'un sapin. Elle décocha à bout portant ! La Fenris rejeta brutalement la tête en arrière ; la flèche ne lui arracha qu’un hoquet de surprise.

L'homme arrivait sur sa droite ; alors, Hindbær courut.

Elle ne cherchait pas à fuir, mais à gagner de la distance. Entre les troncs, les deux Fenris devaient contourner les branches basses. Ils étaient plus forts, plus grands et vêtus de peaux épaisses qui arrêteraient les tirs mal placés. Ils ne semblaient toutefois pas avoir sur eux d’arme capable de l'atteindre de loin. La forêt appartenait à son arc ! Elle se retourna, posa un genou à terre et tira : la flèche entra dans la cuisse de l'homme. Cette fois, il s'effondra avec un grondement. La femme se plaça devant lui et arrêta le trait suivant dans sa peau de loup. Quelle peste !

Hindbær repartit entre les arbres.

Les deux Fenris ne criaient aucun ordre et prenaient leur temps. Ils combattaient comme une meute, chacun connaissant la place de l'autre. La femme la rabattait vers les rochers. L'homme, malgré sa blessure, coupait sa retraite... Et Hindbær comprit trop tard : la paroi surgit derrière elle. Une falaise basse d’où tombait une cascade gelée. Elle se retourna. Son dos heurta la pierre. Piégée, elle chercha une issue du regard.

La guerrière s'avançait à gauche. L'homme boitait à droite. Du sang coulait le long de sa jambe, mais il souriait maintenant. Ses dents semblaient très blanches entre ses lèvres rougies par l’excitation du combat. Elle allait lui faire voir… !

Hindbær plongea la main dans son carquois.

Ses doigts ne rencontrèrent rien.

(Vide.)

C’est ce moment de faiblesse que la Fenris choisit pour bondir ! Hindbær dévia la lance avec son arc. Le bois gémit, mais ne rompit pas. Elle donna un coup de pied dans le genou de la femme, se dégagea et frappa l'homme au visage avec la branche inférieure de son arme. Il recula ; elle frappa encore ; le bois se brisa… La moitié de son arc demeura dans sa main, terminée par une pointe déchiquetée. Hindbær l'empoigna comme une épée courte. Les Fenris hésitèrent. L'espace d'un instant, elle aperçut son reflet dans leurs yeux : petite, couverte de neige et de sang, acculée contre la pierre avec un morceau de bois pour seule arme.

(Une proie.)

Hindbær montra les dents.

- Creuvez !

Elle se jeta sur eux ! La pointe improvisée toucha une épaule. Une main referma ses doigts autour de son poignet et broya presque les os. Hindbær mordit. Un goût de sang envahit sa bouche. Puis le monde éclata derrière son crâne.

La falaise bascula.
Les sapins se couchèrent.
Et la neige devint noire.

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Re: La Forêt des Loups Blancs

Message par Hindbaer » mar. 18 août 2026 22:27

Lorsqu'elle revint à elle, le ciel avait disparu.

Hindbær inspira brusquement.

(Enfermée !)

Il y avait de la toile au-dessus de son visage. À sa droite. À sa gauche. Les odeurs âcres de laine mouillée et de sang saturaient l'air. Des menottes à ses poignets et une corde serrée autour de ses chevilles, genoux et poitrine, elle était emprisonnée. Elle ne pouvait pas se redresser ; elle ne pouvait pas écarter les bras ; elle ne pouvait pas sortir.

- Argh !

Le souffle de Hindbær se brisa. Elle tira sur ses liens. Les anneaux de fer mordirent sa peau et la corde ses côtes. La tente parut se rétrécir autour d'elle, chaque mouvement rapprochant encore la toile de son visage.

- Ouvrez !

Elle se tortilla, heurta un piquet et hurla plus fort.

- Ouvrez ! OUVREZ !

Un coup de pied traversa la toile et atteignit ses côtes. La douleur chassa l'air de ses poumons. Hindbær cria de nouveau, moins par défi que parce qu'elle ne parvenait plus à faire autre chose. La toile bougea près de sa tête. Cette fois, la botte trouva son visage. Sa lèvre éclata contre ses dents. Le goût du sang lui remplit la bouche. Elle se figea… Dehors, une voix d'homme prononça quelques mots dans un dialecte fenris. Une femme lui répondit. Ils rirent.

(Deux.)

Hindbær ferma les yeux, l’identité de ses geôliers rapidement chassée par l’angoisse plus immédiate de se savoir enfermée.

Elle inspira par le nez. Une fois. Deux fois. L'air existait encore. La toile n'était pas de la roche. Les liens avaient été noués par des mains. Ce que des mains fermaient pouvait être ouvert. Et d’ici là, faute de mieux, elle s’évada par ses oreilles. Un feu crépitait à quelques pas. Quelqu’un de massif se déplaçait lourdement, avec une irrégularité dans la démarche. (Jambe blessée.) A proximité, une voix féminine chantait une chanson de travail fenris. C’étaient les deux traqueurs qui l’avaient capturée.

Près de la tête de Hindbær reposait une gamelle. Elle tourna le visage. Une bouillie épaisse y refroidissait, faite de vieux choux, de graisse animale et d’un épice… (De l’hisalan). Elle contempla le plat qu’elle connaissait bien : du délice de Henehar. (Bizarre, des Fenris qui cuisinent à la Varrockienne…) Puis son ventre se contracta. Hindbær mangea. Ses mains liées ne lui permettaient pas de saisir la gamelle. Elle dut approcher la bouche du bord et laper la bouillie comme un animal. L’épice salé brûla ses lèvres fendues. Elle continua jusqu'à ce que le récipient soit propre.

Dehors, les deux Fenris se parlaient. Elle n'entendit d'abord que des fragments. La compagnie. Le vieux capitaine. Les chevaux. Puis un nom.

(Isen ?)

Hindbær oublia sa pitance misérable et ses fers. La Fenris décrivait une troupe alliée plus nombreuse dissimulée dans le défilé. Des hommes sur les hauteurs. Des archers parmi les rochers. D'autres placés derrière la gorge pour fermer la retraite des miliciens. L'homme demanda quand le piège se refermerait.

- À l'entrée des chevaux, répondit la femme. Le lieut’nant ouvrira la marche. Les aut’ tomb’ront avec lui.

Un froid contre lequel elle n’était pas protégée traversa la bâtarde du Grand Nord: Otis marchait droit vers l'embuscade. Elle tira sur ses fers. Les anneaux lui arrachèrent la peau et lui douchèrent tout espoir.

(C’est fini... j’arriverais trop tard de toute façon.)

Puis…

(Non !)

Elle avait gagné des heures grâce au raccourci. La compagnie ne pouvait pas encore avoir atteint le défilé. Elle disposait peut-être d'une nuit. Peut-être moins.
Un bruit de pas approcha, la tirant de ses calculs désespérés… Une troisième personne. Les voix des Fenris changèrent. Plus brèves. Prudentes. Soudain, quelqu'un s'accroupit devant l'ouverture de la tente et souleva la toile.

La lumière agressa les yeux de Hindbær. Ce n'était que le dernier de ses problèmes... L'homme qui passa la tête à l'intérieur n'était pas un Fenris. Sa peau, bien que pâle, avait la teinte ordinaire des Varrockiens et des cheveux blond cendré dépassaient de sa capuche. Une baguette aussi droite que dure pendait à sa ceinture et le désignait comme un mage.

Il posa deux doigts contre le cou de Hindbær, planta son regard dans le sien comme s’il cherchait à sonder les profondeurs de son âme... puis soupira.

- Rien. Vous avez capturé une sauvage ordinaire.

La femme répondit quelque chose derrière lui, désinvolte. Le mage observa de nouveau Hindbær. Alors, son regard changea. Il glissa de son visage meurtri jusqu'à son corps ligoté, avec une lenteur qui n'avait plus rien de professionnel.

- Mauvaise pioche ? répéta-t-il. Pas entièrement inutile, cependant.

Hindbær comprit aussitôt. Sa prison de toile recommença à la suffoquer.

***


Les deux Fenris s'éloignèrent. Hindbær entendit leurs pas crisser dans la neige, puis s'arrêter près du feu. Le Varrockien se glissa entièrement sous la tente et rabattit la toile, refermant l’espace derrière lui.

Il parla d'une voix basse, comme s'il cherchait à apprivoiser une bête. Hindbær ne répondit pas. Elle fixa la jointure des pièces de toile au-dessus de son épaule et concentra son attention sur ce qu'elle pouvait encore compter.

Un…homme.

Deux… menottes aux poignets.

Trois… tours de corde enroulée autour des jambes.

Le mage prit son silence pour de la soumission. Ce fut sa première erreur.

Hindbær demeura immobile pendant qu'il disposait de son corps entravé. Elle ne lui offrit ni plainte ni supplique. Elle se retira là où il ne pouvait pas la suivre : dans une forêt intérieure faite d'odeurs, de traces et de distances de tir. Quelque part, un loup courait entre les sapins. Quelque part, le ciel existait encore.

Le corps de la jeune femme, lui, mémorisait : Le poids de l'homme… La position de ses genoux… La baguette à ses chevilles avec son pantalon baissé… La corde qu'il relâcha pour lui faciliter l'accès entre les jambes de la chasseresse… Ce fut sa seconde erreur.

Hindbær attendit. Le Varrockien s'abandonna à son propre plaisir. Sa respiration devint plus rapide. Ses mains cessèrent de contrôler les siennes. Il ferma les yeux : la « petite mort » approchait… La grande aussi : lorsqu’il se retira finalement, Hindbær ramena brusquement ses jambes contre elle, puis les projeta autour de son cou ! L'homme n'eut pas le temps de crier. Elle croisa les chevilles derrière sa nuque et serra de toute ses forces. De toute la fureur de sa dignité outragée !

Il se débattit, tenta de se redresser sur ses pieds et heurta la toile. Hindbær roula avec lui malgré les liens qui retenaient encore ses bras. Le Varrockien chercha sa baguette. Ses doigts griffèrent le sol sans la trouver. Sans l'ombre d'une hésitation ou remord, elle serra davantage. Son visage rougit. Puis bleuit.

Alors, ses yeux rencontrèrent ceux de Hindbær. Le désir avait disparu. Il n'y restait qu'une incompréhension offensée, comme si le monde venait de rompre une règle écrite pour son seul bénéfice. Hindbær ne détourna pas le regard. Un dernier spasme traversa le corps de l'homme. Puis plus rien.

Hindbær maintint la pression encore longtemps. Elle compta jusqu'à vingt. Puis, elle relâcha ses jambes. Le cadavre s'affaissa contre elle. Hindbær le repoussa avec difficulté et resta étendue sur le flanc, haletante. La tente pesait toujours sur son souffle. Pourtant, quelque chose avait changé.

Elle n'était plus enfermée avec un homme.

Elle était enfermée avec un outil.

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Re: La Forêt des Loups Blancs

Message par Hindbaer » mer. 19 août 2026 00:00

La chasseuse fouilla le mort.

L’entrave des menottes compliquaient chaque geste. Elle dut se contorsionner pour atteindre la ceinture de son agresseur, puis glisser deux doigts sous le cuir. La baguette ne lui servait à rien. Une petite bourse contenait quelques pièces, une pierre marquée d’un étrange symbole… et une clé. Hindbær la saisit. Trop petite… Elle l'essaya néanmoins dans la serrure de ses fers. La clé entra, tourna d'un quart, puis se bloqua.

(Évidemment.)

Dehors, les Fenris riaient. Ils ne semblaient pas pressés de venir constater si leur invité avait terminé.

Hindbær considéra le corps. Le Varrockien gisait sur le dos. Ses yeux demeuraient ouverts. Hindbær arracha la fibule de sa cape et rabattit celle-ci sur son visage. Pas par respect, certainement pas ; elle ne voulait simplement plus le voir.

La cape défaite, elle découvrit que le mage portait, fichée sur son pourpoint, une broche en fer forgé, plus robuste que la fibule. Elle l'arracha avec les dents, en redressa la pointe contre le sol puis l'introduisit dans la serrure. Otis lui avait autrefois montré comment ouvrir de vieilles menottes militaires. Il avait parlé de goupilles, de tension et de patience. Elle n'avait retenu que la partie utile : pousser jusqu'à ce que quelque chose cède.

Le métal racla. La broche glissa et lui entailla le pouce… Hindbær recommença, et ripa, lui faisant perdre l'équilibre et bousculer le mort. Avec horreur, elle vit sa main poilue heurter la gamelle. Le bruit lui parut aussi retentissant qu'une cloche de guet !

Elle se figea.

Les rires continuaient. Puis, peu après, un autre son les remplaça : un souffle rauque, suivi d'un gémissement étouffé. Hindbær tendit l'oreille. Les deux Fenris ne surveillaient plus la tente. Ils s'occupaient l'un de l'autre.

La captive reporta son attention sur la serrure. La broche trouva une résistance. Elle appuya, tourna la clé dans l'autre sens et sentit un déclic. Le premier bracelet s'ouvrit. Hindbær retint un rire nerveux. Elle libéra son autre poignet, défit les cordes autour de sa poitrine, puis demeura un instant sur les genoux. Libérée de ses fers, elle ne pouvait pour autant pas savourer sa victoire : ses jambes tremblaient sous son poids et celui du traumatisme vécu.

Pour se concentrer sur quelque chose, la jeune femme se plongea dans les sensations que son corps présentait à son esprit hébété. Du sang séchait sur sa bouche, son menton et ses cuisses. Des douleurs inconnues occupaient son ventre. D'autres, plus familières, battaient dans ses côtes, son crâne et son poignet. Son regard descendit finalement sur le cadavre. Aucune satisfaction ne vint… Seulement l'urgence : elle ne voulait pas le suivre dans la mort.

(Sortir !)

Hindbær saisit la baguette du mage, hésita, puis la jeta. Une arme qu'elle ne savait pas manier ne ferait que l'encombrer. Elle récupéra en revanche la broche et la bourse, avant d’entrouvrir prudemment la tente.

Le campement occupait une clairière étroite. Un feu crépitait au centre. À une quinzaine de pas, les deux Fenris s'appuyaient contre un sapin, leurs chausses et leurs armes abandonnées dans la neige. L'homme tournait le dos à Hindbær. La femme lui faisait face, les yeux fermés.

Ses affaires à elle reposaient près d'un rocher : son sac, son carquois vide et les deux morceaux de son arc. Hindbær sentit une pointe de colère plus vive que toutes ses blessures. Elle était totalement impuissante ! Déterminée à y remédier, elle rampa hors de la tente. Chaque mouvement réveillait une douleur nouvelle. Elle les repoussa au même endroit que le reste. Plus tard, peut-être, son corps lui présenterait l'addition. Pour l'instant, tant que l’urgence persistait, il lui obéissait encore.

Elle atteignit ses affaires sans bruit. Derrière elle, les Fenris continuaient… La distance qui les séparait n'était pas grande. Quelques foulées à peine... La femme avait la gorge offerte. L'homme s'appuyait sur sa seule jambe valide. Hindbær pouvait s'approcher et terminer ce qu'ils avaient commencé.

Elle contempla leurs corps exposés.

Puis leur lances abandonnées.

Puis les arbres.

(La vengeance n'avertira pas Otis.)

À côté de son sac se trouvaient les paquetages des Fenris. Silencieusement, elle ouvrit le premier et en inspecta rapidement le contenu : des vivres séchés, une bouteille d'alcool fort, un couteau de cuisine, une pierre à aiguiser et une petite casserole noircie. Le second contenait trois fioles de verre enveloppées dans de la laine, une corde, de la ficelle, un briquet à silex, de l'amadou, un tissu ciré et un pot de graisse de phoque.

Tout disparut dans son propre sac. Le poids supplémentaire ne lui plut pas. Leur utilité, si. D’ailleurs, elle prit aussi les deux peaux de loup blanc portées par ses geôliers. C’est alors qu’un gémissement animal s'éleva près du sapin. La Fenris culminait, sonnant le glas de sa razzia. Sans attendre que sa congénère ne rouvrît les yeux, la chasseuse passa son sac sur ses épaules et s'enfonça dans la forêt.

Elle ne courut pas immédiatement. (Courir attire l'oreille.) Elle avança d'abord lentement, posant les pieds sur les plaques de mousse et les racines découvertes. Un tronc, puis deux, puis dix la séparèrent du campement.

Enfin, un cri retentit derrière elle ! Le cri d'une femme, et pas un cri de plaisir… Ils avaient trouvé le cadavre.

Alors, Hindbær prit ses jambes à son cou.

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