La Forêt Eternelle

Répondre
Avatar du membre
Yuimen
Messages : 2485
Enregistré le : mar. 26 déc. 2017 19:17

La Forêt Eternelle

Message par Yuimen » dim. 21 oct. 2018 13:00

La Forêt éternelle

Image


D’aussi loin que l’on puisse se souvenir, dans les livres ou dans la mémoire des hommes, la Forêt éternelle a toujours été là, dominant le Nord-Ouest de Nosvéris, dernier bastion de vie avant les Plaines Gelées du grand Nord.

Lorsque l’on arrive dans ces bois depuis le Sud ou l’Est, on peut observer quelques vieux feuillus à la lisère qui laissent rapidement place à d’immenses sapins et autres conifères dont le tronc témoigne de l’âge avancé de cette forêt. Il y a une telle densité d’arbres qu’aucun son, qu’aucune lumière ne parvient de l’horizon, la seule luminosité que l’on peut avoir provient du ciel, et encore, cette dernière est filtrée par les épines des sapins. Ce sont ces mêmes épines qui jonchent le sol et le recouvrent sur plusieurs centimètres. Lorsque l’on marche dessus, le son est étouffé rendant l’atmosphère toujours plus pesante.

La vie dans cette forêt se résume aux créatures sauvages, et aux Wotongoh. Ces derniers y vivent en tribus dans les clairières, cloîtrés dans ces bois depuis que les armées Garzok d’Oaxaca les ont massacrés, dans les plaines, lors de l’invasion de Royaume de Pohélis par ces mêmes forces. Les Wotongoh sont les seuls êtres « intelligents » que l’on peut croiser dans ces bois, le climat est bien trop rude l’hiver pour que d’autres y vivent à l’année. En effet, la blanche saison porte parfaitement son nom ici. L’intégralité de la forêt est recouverte de neige pendant l’hiver, faisant d’elle une image en noir et blanc, figée dans le temps, éternelle…

Mais pour les plus (mal ?)chanceux des visiteurs de cette forêt, peut être entendrez vous une douce harmonie de harpe, mélancolique. Vous apercevrez alors la Maîtresse Magicienne Meheni, émergeant des arbres, venant à votre rencontre, pour le meilleur comme pour le pire.

Avatar du membre
Kenra
Messages : 19
Enregistré le : jeu. 27 déc. 2018 12:26

Re: La Forêt Eternelle

Message par Kenra » lun. 30 mars 2020 02:07

L'air froid est doux sur ma peau sans fourrure. Et les feuilles, je les entends crisser au rythme de mon fastidieux réveil. J'ouvre des yeux de nouveau-né sur un monde que je ne connais pas. Ou plus ? Et qui suis-je, moi qui écoute les pensées d'un homme dont je n'ai plus le souvenir ?... Un homme, vraiment ? C'est pourtant vrai. Deux mains qui appuient sur le sol pour me relever, deux pieds qui supportent le corps d'un inconnu, de cet "homme" que je ne reconnais pas. Et pourtant, son odeur est si familière, si apaisante. Je le connais, mieux que quiconque, mais il demeure comme un vide dans mon esprit assailli par l'inquiétude.

Image

Des arbres, des feuilles. L'empreinte de la nature est partout. Je hume l'air comme le ferait n'importe quel enfant de la forêt. Dans cette forêt. Je sens... des pins. Des fleurs. L'eau d'un ruisseau, la mousse des rochers, le chant des oiseaux curieux. Mes sens s'éveillent peu à peu, mon corps cesse de se reposer et s'agite une jambe à la fois. Ma peau caresse tout ce qu'elle rencontre, j'ai mon pelage d'homme, celui qui protège du regard de mes semblables. Sous cette forme, je suis comme eux, comme n'importe qui. Et pourtant, je suis différent, je le sens au fond de moi. Mes bras sont couverts d'une cendre qui ne part pas et mes ongles sont plus verts et durs que l'émeraude. J'ai les yeux d'un autre, des yeux qui voient loin jusque sous la lumière des étoiles. Mais qui suis-je ? Je me connais, j'en suis persuadé. J'ai des souvenirs dans une mémoire incomplète, des images qui résonnent dans mon crâne comme un hurlement de douleur. On veut me parler, me dire que j'existe. Cette voix sait qui je suis et elle me le répète, mais je ne l'entends pas. Mon corps parle plus fort que ma tête, me parle d'un monde que j'ai quitté récemment. Des hommes, d'autres hommes, qui vivent avec les éléments. Un monde qui fait partie du passé, le mien. Pris de panique, je hurle, je demande à cette nature qui vient de m'accueillir en son sein.

"OU SUIS-JE ?! QUELQU'UN ?! AIDEZ-MOI !"

Je ne veux même pas que l'on me réponde. La forêt me rend mon écho avant qu'il ne se perde dans de mauvaises oreilles. Elle me chuchote la même chose que cette voix dans mon esprit, trop bas pour que je le comprenne clairement. Elle me dit que je suis un homme, un fils de la terre, mais je le sais déjà. Les feuilles me content l'histoire de mon arrivée, soudaine et mystique, vomi par un étrange portail d'une magie oubliée. Je m'en souviens !

(Elysian.)

Je cesse de courir, je m’assoie au pied d'un arbre qui rattrape mon dos sur son écorce. Les petits habitants de la forêt sont curieux, mais pas inquiets. Je suis assailli de réponses qui fusent après la découverte de l'endroit où je me trouvais hier encore.

(Barkhane. Oslight. Guasina. Ætelrhyt. Illyria. Birhûvaya. Cyrialle. Faoil.)

Des noms avec qui j'ai échangé. Des lieux que j'ai visité. Et finalement, un autre que j'ai été.

(Hurlenuit...)

Que je suis toujours. J'ai entendu mon nom, il est clair dans mon esprit, désormais. Je regarde la main qui me sert à toucher une feuille tombée non loin de là. Et lui, qui est-il ? Un homme, le réceptacle de souvenirs brisés que je reconstitue un à un. Je finis par le retrouver.

(... Kalas.)

Un sourire sur mon visage qui s'illumine. Je pose ma tête contre le bois, fier de m'être reconstruit.

"Kalas."

La forêt se souvient, elle me souffle de reprendre la chasse. Mais pas tout de suite. J'attrape la tige d'un pissenlit blanc, souffle sur ses plumes et les regarde voler, m'installant plus confortablement en calant une main derrière ma tête convalescente. Qu'il est bon d'être entier.


-------------------------------------------------------------------

(((Suppression de tous les éléments matériels sur la fiche d'équipement de Kalas)))
Kalas / Hurlenuit

Shaman du Loup et Druide des forêts blanches

Avatar du membre
Kenra
Messages : 19
Enregistré le : jeu. 27 déc. 2018 12:26

Re: La Forêt Eternelle

Message par Kenra » mar. 31 mars 2020 00:03

Couché dans les fourrées, j'attends qu'il sort de son terrier. Il ne devrait pas tarder, je le sais. Le pivert a chanté trois fois pour annoncer que le soleil est à son paroxysme dans le ciel, comme à chaque fois. Généralement, il va se nourrir à ce moment de la journée. Je l'entends, le sens et finalement, je le vois. Il s'expose timidement au soleil, comme s'il se doutait de quelque chose. Sa famille l'a peut-être prévenu qu'un prédateur rôdait au dehors, qu'il était plus prudent de rester à l'intérieur du terrier, mais les lièvres sont têtus, joueurs. Je les connais bien et celui-ci ne fait pas exception. Il est vieux, proche de la mort qui viendra plus rapidement que prévu. Je l'ai choisi lui et pas un autre. Il est faible, gras après un doux hiver et son heure viendra bientôt s'il ne finit pas dans la gueule du loup. Dans la mienne.

Je me fonds dans la nature, du mieux que je le peux. On ne me voit plus, très peu le pourraient, en fait. Lui commence à se dégourdir les jambes comme un lapin, pas à pas. Je ne bouge pas encore, il aurait encore le temps de se mettre à l'abri. Je le laisse gambader tranquillement, même s'il lève trop souvent la tête pour vérifier si danger il y a. Il accélère, sait où il veut aller, désormais. Là où les siens se sentent en sécurité quand ils sortent du terrier. Pas cette fois. Mon premier pas est son dernier. L'âge ne lui enlève pas la prudence et il entend mieux que prévu. Le voilà qui se met à courir, pas vers chez lui en tout cas. Il sait que c'est trop tard, qu'il ne peut que tenter de me semer. Mais il ne le peux pas. Je m'élance à sa poursuite, galopant de mes pattes puissantes qui résonnent jusque sous la terre. Sous cette forme, je le piste facilement et son odeur forme un tracé dans l'air, un brouillard fin que je suis sans difficulté. La peur au ventre, le vieux lièvre s'épuise vite et ralentit la cadence. J'aurais pu l'atteindre en un rien de temps, mais j'ai besoin de cette sensation de chasse, de me sentir vivant. Et alors, le jeu s'arrête brusquement. Ma mâchoire se referme sur son cou qui craque en une fraction de seconde. Il n'aura pas souffert, ce n'est pas mon plaisir. Je secoue ma proie pour éviter aux nerfs de sursauter d'agonie ; je déteste cette sensation en bouche ; puis je retourne dans mon repaire, au trot.

Image

Lorsque je m'en approche, j'attends toujours plusieurs minutes, à l'entrée. Je m'y suis réfugié un jour et depuis plusieurs nuits, j'y dors sans savoir à qui il appartient. Il est vide quand j'y suis, mais peut-être pas quand je pars chasser, alors je me méfie. Le temps passe, le soleil est fort, mais l'air est doux et sans bruit. Finalement, je me décide à entrer en humant l'air rafraîchi qui humidifie ma truffe. J'approche du feu mort en à peine quelques bonds et ouvre ma gueule pour lâcher mon repas au sol. Je quitte Hurlenuit pour Kalas, l'homme aux cheveux qui sentent la mousse et à la peau tâchée par la terre. Je ressens davantage le froid, mais je ne grelotte pas pour autant. Sous cette forme, je peux allumer mon feu et cuire ma viande. Je ne m'habitue pas à la viande crue, signe que je suis humain avant d'être loup. Et j'ai fini par comprendre quoi faire, par comprendre où aller. Ce sont mes dernières heures dans ce repaire, je m'y réfugie une ultime fois pour déguster un repas chaud avant de partir vers le sud. J'y ressens la présence d'autres, comme moi. Et une odeur que je ne connais pas, mais qui réveille des sensations jusque dans mes veines. J'y chercherais des réponses sur ce que je dois faire, car j'en ai la certitude : je ne suis pas arrivé ici par hasard. Je n'ai aucune idée du continent sur lequel je me trouve, même si je suis sur Yuimen, mais je trouverais. Le repas s'avale au fil des questions sans réponses, lesquelles finissent chassées de mon esprit. Je m'étire en fermant les yeux, mon corps me réclame un bâillement bruyant qui résonne dans la grotte. Puis je me change à nouveau. C'est Hurlenuit qui fera le voyage.
Modifié en dernier par Kenra le dim. 5 avr. 2020 22:09, modifié 1 fois.
Kalas / Hurlenuit

Shaman du Loup et Druide des forêts blanches

Avatar du membre
Kenra
Messages : 19
Enregistré le : jeu. 27 déc. 2018 12:26

Re: La Forêt Eternelle

Message par Kenra » mer. 1 avr. 2020 23:41

J'ouvre des yeux fatigués, mais toujours à l'affût. Debout sur mes quatre pattes, je m'étire lentement en allant chercher loin devant, la gueule qui s'ouvre à m'en décrocher la mâchoire. J'ai les muscles un peu tendus, pas suffisamment pour m'inquiéter de rester trop longtemps sous cette forme. Combien de jours, aujourd'hui ? Six ? Sept ? Ils se ressemblent tous depuis que je me suis mis en route, à galoper en m'arrêtant par moments pour me sustenter à l'ombre d'un rocher. À la fin de celle-ci, je casserais le rythme si je ne suis toujours pas sorti de la forêt. Je l'aime bien, celle-ci. Elle m'écoute lorsque je lui parle et elle me laisse toujours choisir mes repas, comme si j'étais son enfant légitime. Mes habitudes d'hommes surgissent de plus en plus : je déguste le gibier cru avec moins d'appétit et cuisiner me manque. J'ai des souvenirs d'un homme, mon père, lui m'a toujours nourri. Exactement comme cette forêt. Je me secoue les puces, il est temps de se mettre en route.

Le vent est de la partie, aujourd'hui. Pas dans mon sens, malheureusement. Ma fourrure me garde au chaud, mais les odeurs se mélangent et je ne sens plus aussi bien la trace des hommes du sud. Peut-être faudra t-il compter sur les conseils des arbres et le chuchotement des feuilles pour poursuivre ma route ? Je tends l'oreille à ce qu'il se dit, les hommes seraient plus proche que je ne le pense. Je prends cette nouvelle comme celle qui me pousse à continuer, car après tout, qui suis-je pour mettre en doute la parole de la nature ? Je finis par partir au trot dès les premiers rayons du soleil et accélère lorsque le terrain me le permet, filant vers la direction qui me semble la plus fiable.

>< >< ><

Je fatigue, je l'admets. Je ne cours plus depuis que les oiseaux ont cessé de chanter et que les étoiles sont apparues dans ce ciel qui s'assombrit. J'y vois aussi bien que le jour, mais je n'ai plus la force de continuer pour aujourd'hui. Bientôt, d'autres prédateurs se mettront en chasse des plus faibles et je ne tiens pas à faire partie du lot. En quelques coups de museau, je trouve un endroit calme et en retrait, un gros terrier abandonné depuis bien longtemps. Je l’agrandis en creusant et m'installe au fond, à plus d'un mètre du dehors. Ici, je n'attirerais que les nez les plus fins que j'inciterais à rebrousser chemin en grognant suffisamment fort pour les décourager. Blotti en boule, je ferme déjà les yeux en sautant le repas du soir que je rattraperais au matin, en espérant sans vraiment le croire que cette journée soit la dernière de mon voyage.

><

Au milieu de la nuit, j'entends approcher. C'est discret, trop pour ne pas attirer mon attention. Les oreilles dressées, je lève la tête, préparé à recevoir n'importe qui comme n'importe quoi. Me fiant à chacun de mes sens pour m'indiquer plus clairement ce que j'attends, je n'ai plus la sensation du temps qui file et guette pendant une bonne partie de la nuit, sans nouvelles. Aux aurores, je me glisse silencieusement hors de mon terrier et entreprend de trouver la source du bruit qui m'a sorti de mon sommeil réparateur. À l'ouïe, il est encore là. À l'odeur, ça ressemble à un homme. Le parfum des cendres lorsqu'on se tient trop près du feu, l'arôme de plusieurs de ses semblables sur sa peau ou ses vêtements. À la vue, il se cache. Non loin d'ici, j'en suis persuadé. Il me regarde toujours, me voit peut-être. À l'oreille, une nouvelle fois. Quelque chose qui se tend. Fort. Une corde. Un arc ! Je saute vers l'avant, disparaissant dans des fourrées plus hautes que moi alors que le sifflement très distinctif d'une flèche qui vole résonne jusque derrière moi. Elle se plante dans un nid d'épines de sapins, mais je suis déjà quelques mètres plus loin, gagnant de la distance à chaque seconde qui défile. Je ne m'enfuis pas, je veux le trouver, car il souhaite la même chose que moi. Il ne me lâchera pas, même si j'atteins l'orée de la forêt, c'est certain. D'abord, le trouver, ensuite, on verra. Je redoute la suite, peut-être tragique pour lui s'il ne comprend pas. Je ne m'inquiète pas pour moi, il ne me touchera pas. Trois flèches depuis le départ, aucune qui ne daigne me frôler. Il bande son arc trop longtemps, m'informe de sa position à chaque mouvement. Je finis par le repérer, caché derrière un tronc plus large que lui. Il regarde vers moi, ne me voit plus depuis que j'ai feinté de tourner après un rocher qui me dissimulait. À pas feutrés, je m'approche sans le quitter des yeux. Il est à une dizaine de mètres devant moi. Huit. Cinq. Il finit par me voir, panique un peu, mais finit par se reprendre. Il sort de sa cachette, tente de m'intimider en encochant une flèche à son arc.

Image

Personne ne bouge, ni lui, ni moi. La forêt est spectatrice de notre duel de regards, fait taire les chouettes et calme le bruissement des feuilles pour ne pas nous déconcentrer. Je ne le menace pas, mes crocs sont rangés derrière mes babines, mais je me tiens plus prêt que jamais à sauter si besoin. Lui cligne à peine des yeux, comprend qu'il a à faire à autre chose qu'un simple loup. La tension devient plus pesante à chaque seconde qui passe, je finis par lui faire comprendre qu'il n'a rien à craindre, qu'il n'a plus à me considérer comme une proie. Un pas de retrait de sa part, je le laisse reculer. Plusieurs pas en arrière, il détend la corde de son arc. Je pose la patte en avant, il s'arrête. L'idée m'a traversé l'esprit, il fait peut-être parti des hommes que j'ai senti il y a des jours de cela. Il est la seule piste que je suis parvenu à trouver dans cette forêt qui semble s'amuser de moi. Je ne le sens pas mauvais, je ne peux pas expliquer cette sensation. Décidé, je joue le tout pour le tout et adopte une forme qu'il comprend mieux. La transformation est de courte durée et ses yeux sont plein de surprise et d'incompréhension. Il découvre un homme plus blanc que lui, dans une tenue de peau et de chair. Après un moment de silence, j'affirme mon humanité en lui adressant ces quelques mots.

"Je ne te veux aucun mal."
Modifié en dernier par Kenra le dim. 5 avr. 2020 22:17, modifié 1 fois.
Kalas / Hurlenuit

Shaman du Loup et Druide des forêts blanches

Avatar du membre
Kenra
Messages : 19
Enregistré le : jeu. 27 déc. 2018 12:26

Re: La Forêt Eternelle

Message par Kenra » dim. 5 avr. 2020 00:14

Il m'a cru. Enfin, peut-être, je ne le sais pas. Nous ne parlons pas la même langue, ne nous comprenons que par des gestes et les émotions du visage. Un Wotongoh Nosvérien, le premier que je rencontre. Il m'a vu nu et s'est inquiété pour moi, m'a offert une couverture en peau de bête le temps de trouver une tenue plus convenable. Je le suis difficilement, en traînant des pieds et en me rattrapant aux troncs presque tous les mètres. Je suis resté bien trop longtemps sous la forme de Hurlenuit et je n'ai plus l'habitude de marcher sur deux pattes. Il semble le comprendre et me porte assistance jusqu'à destination, acceptant même de ralentir la marche. Il a l'air d'un homme bon, qui chasse pour se nourrir et non pour le plaisir. J'accepte que les choses se passent ainsi et la forêt est sensiblement du même avis si elle l'a laissé en vie jusque là. Mais l'odeur des hommes, elle m'a manqué et les parfums se multiplient à mesure que l'on approche de son campement.

Nous arrivons et les regards sont nombreux. Je n'entends pas leurs pensées, seulement leurs doutes. Un étranger fait toujours cet effet et pour moi, ils le sont tous. Je compte sur mon instinct, ne sachant pas ce qu'ils me réservent. Si je dois courir, je le ferais sans me retourner. Je m'en veux de penser ainsi après la main qui m'est tendue, mais j'ai perdu l'habitude de côtoyer autre chose que les habitants de la forêt. À eux de me prouver qu'ils en font partie.

D'un signe, je fais comprendre au guide que je peux me débrouiller seul pour marcher. C'est faux, mais je ne veux pas trop lui en demander. Je pénètre dans la même hutte que lui, plus large que les dix autres qui l'entourent. À vue d’œil, j'ai compté une trentaine d'individus dont moins de dix enfants. Le vent du matin n'est ni froid ni violent, mais se retrouver à l'intérieur de quatre murs solides me rassure plus que je ne l'aurais pensé. Un feu brûle au centre de l'unique mais vaste pièce. De nombreuses autres peaux de bêtes servent de tapis, de banquettes et de lits. Ils semblent vivre principalement de la chasse, je dois être l'un des rares gibiers qu'ils ont épargné. L'homme fouille dans une panière en oseille et en sort des vêtements, une tunique longue, des braies et une paire de bottines. Je les accepte sans un mot, me contentant d’acquiescer en signe de remerciement. Je me débarrasse de la peau et enfile la tenue rudimentaire ainsi que les bottes en peau, que c'est agréable. La sensation d'être habillé, étrange, presque nouvelle et pourtant indispensable. Il me fixe, ne me lâche pas du regard. Il parcourt mon corps de son œil curieux et sans pudeur, s'arrête sur mes bras, mes yeux, ma façon d'agir et mes réflexes lupins, que j'ai même sous ma forme d'homme. Je l'intrigue plus que ne l'inquiète, c'est une bonne chose. Il ne retente pas la conversation et préfère me demander de rester là par un mot que je ne comprends pas, mais surtout avec un geste clair de ses deux mains abaissées vers le sol. Je me rapproche du feu en l'attendant, ça aussi, ça m'a manqué. La chaleur des flammes est rassurante et je me délecte de sa caresse sur ma peau blanche. Mais après quelques minutes passées trop vite, il revient accompagné.

Une femme, d'âge moyen et à la peau caramel. Elle a l'odeur de quelqu'un qui vient de donner la vie, des cernes qui soutiennent des yeux fatigués. Je la laisse s'approcher sans dire mot, elle qui fouille dans sa mémoire pour y chercher des mots presque oubliés.

"Hem...Toi...venir...de où ?..."

Je laisse quelques secondes s'écouler en la fixant, comme fasciné par son accent et fini par lui répondre avec un vocabulaire simple et choisi.

"Pas ici. Autre part, loin."

Elle semble satisfaite de s'être fait comprendre et surtout de m'avoir compris. Je réponds à chacune de ses questions à la lumière du feu que le chasseur entretient en nous écoutant. Elle me dit s'appeler Elfrig et son compagnon Thodo. Il est très proche d'elle, assis à ses côtés. Je sens un lien qui les unit, quelque chose de fort, ça se lit dans son regard. Après avoir éclairci sur mes origines, elle tente d'en savoir plus sur celui qui m'accompagne en tout temps, plus confiante dans son choix de mots.

"Toi homme-loup ?"

J’acquiesce sans avoir idée que mon honnêteté sur ce type de sujet peut surprendre.

"Oui, moi homme-loup."

Elfrig s'étonne, regarde son compagnon. Lui la fixe et acquiesce à son tour, comme pour l'inciter à me croire.

"Ici, homme-loup mauvais présage. Vole enfants la nuit."

Cette fois, la surprise s'agrippe sur mon visage. Je n'avais pas conscience que certaines coutumes pouvaient appréhender ce genre de pouvoir.

"Si moi mauvais présage, pourquoi moi ici ?"

"Homme-loup aussi être esprit des chasseurs. Nous avoir besoin de l'esprit pour aider nous."

"Pourquoi ?"

Elle finit par m'expliquer le problème, comme quoi un nid de harpies s'est installé non loin de la tribu. Deux chasseurs ont déjà perdu la vie et Thodo a manqué de nourrir leurs petits récemment venus au monde, ne s'échappant que sur un coup de chance. Je tente de me faire une idée de la menace et rassemble ce que je sais sur ces créatures, c'est à dire presque rien. Mes seuls souvenirs proviennent d'une comptine pour enfants dont j'ai oublié les paroles, mais qui mentionnent les harpies. Elfrig attend de savoir si j'accepterais de leur venir en aide, soutenue par le regard de son compagnon. Je finis par donner mon accord pour accompagner les chasseurs dans trois nuits, le temps qu'ils se rassemblent tous et cela les comble de joie. Thodo prend ma main qu'il sert plus que nécessaire et s'incline en guise de remerciement, tandis que la Wotongoh fait de même sans ce jeu de mains. Je m'incline de la même façon pour ne pas leur manquer de respect.

"Toi dormir ici."

Elfrig finit par quitter la pièce en suivant son compagnon qui a déjà fait de même, s'inclinant une dernière fois avant de disparaître derrière le rideau de peaux.

"Merci."

La nuit sera courte et le sommeil absent, mais les questions qui se bousculent dans ma tête éloigneront l'ennui.
Modifié en dernier par Kenra le dim. 5 avr. 2020 22:23, modifié 1 fois.
Kalas / Hurlenuit

Shaman du Loup et Druide des forêts blanches

Avatar du membre
Kenra
Messages : 19
Enregistré le : jeu. 27 déc. 2018 12:26

Re: La Forêt Eternelle

Message par Kenra » dim. 5 avr. 2020 15:46

Contenu choquant pour les jeunes lecteurs [:attention:]



Au troisième jour, je sens que ma présence inquiète moins qu'à mon arrivée. Les membres de la tribu s'écartent toujours lorsque je sors chasser et les enfants, très curieux, me suivent jusqu'à assister à ma transformation. J'ai fini par m'éloigner d'une dizaine de mètres à chaque fois, derrière les palissades du campement pour ne pas les attirer trop à l'écart et ils semblent fascinés par ce qu'ils voient. Mes retours sont toujours surveillés avec attention par les chasseurs qui comparent leurs prises avec les miennes, rigolant ou gonflant le torse de supériorité quand ils ne découvrent qu'un lapin dans ma gueule ou mes mains. Après tout, je ne prends que ce que la forêt me donne, mais j'ai fini par me prendre à ce petit jeu de compétition et c'est sans dire mot que je finis par ramener un daim entier pour remercier la tribu de son accueil, ne manquant pas d'apprécier les clameurs pour cette grosse quantité de viande. Mais une fois seul, j'ai le cœur pincé d'avoir refusé les complaintes de la forêt durant ma chasse indigne. L'avarice et la cupidité sont des traits significatifs des hommes et des loups, peut-être le suis-je encore plus que chacun d'entre eux.

><

Le dernier repas n'est pas aussi chaleureux quand les chasseurs se rassemblent pour se préparer. On vérifie les flèches, la corde et le bois des arcs, les couteaux et on fait ses adieux à la tribu. J'aurais préféré que cela se passe autrement, que l'on me demande de régler seul le problème, mais la tradition semble imposer la présence des trappeurs aux côtés de l'esprit. Des personnes qui mourront peut-être et que je garderais sur ma conscience malgré moi. Nous sommes cinq à partir lorsque la nuit est complète, à la fin du crépuscule. Hurlenuit prend rapidement ma place tandis que je tente au mieux de capter les menaces alentours, mais la forêt sera clémente avec nous ce soir. Les hommes suivent plutôt bien, ne sont pas gênés par le rythme que j'impose. Nous nous approchons silencieusement de l'endroit indiqué, à moins d'une lieue du campement. Les doigts se pointent vers les hauts arbres aux branches aussi épaisses que le tronc et j'y repère des touffes de brindilles, de branches courtes et de feuilles mortes. J'attends là, immobile, tentant de capter le moindre mouvement, mais les habitants des hauteurs semblent dormir profondément. Je me tourne alors vers les chasseurs en me demandant comment ils comptent les déloger et certains s'affairent déjà à encocher leurs arcs, mais Thodo les interrompt d'un signe de main. Ils discutent brièvement et à voix basse entre eux, puis il vient me mimer les consignes avant l'attaque. De ce que j'en ai compris, les hommes souhaitent mettre le feu à l'arbre qui est suffisamment éloigné des autres pour ne pas démarrer un brasier dans toute la forêt. L'idée est réalisable, mais je la conteste fortement. Je ne peux pas lui expliquer que l'arbre est en bonne santé et qu'il n'a pas à mourir pour des invités indésirables, je dois donc trouver un meilleur plan d'attaque pour le convaincre. Je me perds un instant dans mes pensées, tentant d'élucider le problème et je finis par trouver quelque chose à proposer. D'un geste très compréhensif, je demande aux chasseurs de s'éloigner et pose mes deux mains sur le sol, tout près de l'arbre concerné. Mes bras chauffent progressivement sous l'effet de l'énergie qui monte dans mes membres tandis que j'injecte directement mes fluides dans la terre qui vibre sous l'effet de l'absorption. Thodo et les siens observent le phénomène avec des yeux ronds, devinant que tout ceci n'a rien de naturel. Après plusieurs minutes, je parviens à rendre la terre tout autour de la base de l'arbre aussi molle que la vase d'un marais et regarde sans satisfaction l'arbre vaciller sous son poids, ses racines qui se dévoilent une à une. Tout en reculant, la scène me fait déglutir alors que j'entends la forêt me grogner aux oreilles, mais je me rassure en prévoyant de l'avoir empêché de brûler et en me promettant de le remettre à sa place une fois tout ceci terminé. Du moins, du mieux que je le pourrais.

La chute de l'arbre provoque un gros bruit sourd qui réveille tous les animaux alentours. Les oiseaux s'éveillent, les rongeurs s'enfuient et comme attendu, les harpies s'excitent en piaillant de surprise et de mécontentement. De grandes ailes se déploient et leurs formes repoussantes s'exhibent à la lumière des étoiles. La plupart se sont envolées avant de tomber, d'autres ont une aile ou une patte coincée sous le poids de l'arbre et quelques autres sont complètement écrasées sous l'écorce ou fracassées contre un rocher. La pagaille est difficile à comprendre, mais les chasseurs n'attendent pas pour lancer l'attaque. Des flèches fusent et touchent plus ou moins, mais aucune harpie n'est terrassée lors de la première salve. Au même moment, je repère quelques-une d'entre elles qui tentent de sauver des petits blessés dans l'un des nids et j'interviens rapidement. En moins de temps qu'il n'en faut, je puise dans la terre pour former une grande colonne compacte et l'écrase au centre d'un geste, explosant ce qu'il reste du nid et achevant la progéniture agonisante. Les mères s'énervent, s'affolent puis s'élèvent à quelques mètres au-dessus du sol pour me fondre dessus, mais déjà, la deuxième salve des chasseurs est lancée, plus efficace et meurtrière que la précédente. Plusieurs harpies chutent, piaillant de douleur et de rage tandis que j'abats une deuxième colonne sur l'une d'entre elles, clouée définitivement au sol. Un véritable carnage pour les femmes-bêtes qui ne s'attendaient pas à une offensive aussi dévastatrice.

Bien plus nombreuses que nous, les survivantes ne sont plus qu'une poignée d'individus qui finissent par attaquer les chasseurs postés à plusieurs mètres de là. Les couteaux sont dégainés et tailladent dans le vent pour les tenir en respect tandis que je laisse Hurlenuit prendre le relais, fonçant déjà à vive allure vers les prédateurs des cieux. D'un bond, j’atterris dans le dos de l'une d'entre elles et enfonce profondément mes crocs dans son cou, tirant de toute mes forces pour emporter le plus de chair avec moi. La bête hurle tandis que sa gorge se remplit de sang et finit par s'effondrer sans me voir, ses ailes s'agitant nerveusement une dernière fois. Les hommes se défendent comme ils le peuvent, mais peinent à tenir en respect les prédateurs enragés qui lacèrent tout ce qui vient à leur portée. Thodo et un autre sont grièvement blessés tandis que les deux autres parviennent à pourfendre leurs adversaires. Je saute à nouveau, cette fois sur celle qui attaque le Wotongoh rencontré dans la forêt, mais cette dernière semble préparée à me recevoir. D'un rapide dégagement dans les airs, je manque ma cible et atterris sur le sol alors que la harpie fond sur moi, enfonçant ses griffes dans la chair de mon dos. Je couine de douleur et m'agite pour me dégager, mais sa prise est ferme et se resserre sans que je ne puisse y faire quoi que ce soit. C'est l'intervention d'un des chasseurs qui me sauvera la vie, plaquant la bête au sol en frappant de sa lame malgré les graves lacérations qu'il reçoit en retour. Tentant de me remettre, je lui porte secours en plongeant sur la gorge de la créature que je déchiquette avec la même rage qu'elle, continuant largement ma boucherie même après sa mort. Les autres parviennent à achever la dernière qui piaille jusqu'à s'éteindre dans un gargouillement infâme et je finis par m'arrêter, la gueule pleine d'un sang qui n'est pas le mien. Dans un haut-le-cœur qui n'est pas forcément dû au dégoût, je crache fortement et vomis un épais morceau de chair qui tombe au sol dans un bruit peu ragoûtant, entamant déjà ma transformation en homme. D'un revers de la main, je m'essuie les lèvres et vient aux nouvelles de mes quatre compagnons, désormais à un nombre plus réduit. Le chasseur qui m'a porté secours ne bouge plus, le corps parsemé de longues et profondes entailles ensanglantées. Thodo n'est pas en reste avec une balafre sur la joue et son cou abîmé qu'il compresse de sa paume. Un autre se tient l’œil droit perdu d'un vicieux coup de serre d'une main pleine de sang. Un lourd bilan pour libérer la tribu de l'extinction.
Modifié en dernier par Kenra le dim. 5 avr. 2020 22:37, modifié 1 fois.
Kalas / Hurlenuit

Shaman du Loup et Druide des forêts blanches

Avatar du membre
Kenra
Messages : 19
Enregistré le : jeu. 27 déc. 2018 12:26

Re: La Forêt Eternelle

Message par Kenra » dim. 5 avr. 2020 22:04

Les chasseurs se rassemblent autour du corps de leur compagnon perdu, sans larmes ni tristesse. La mort au combat doit être considérée comme une fin valeureuse pour ces habitants des forêts constamment exposés aux dangers. Je sais déjà ce que j'ai prévu de faire et j'indique d'un signe de la main que je dois reprendre mon souffle, que je les laisse continuer sans moi. Mais Thodo n'est pas dupe et revient me voir, concerné. Il tente de s'approcher pour constater l'état de ma blessure, mais je refuse en le gardant face à moi, indiquant de vive voix que ce n'est pas nécessaire. Nous ne parlons pas la même langue, mais il semble avoir compris. Je pense qu'il sait déjà que je ne retournerais pas parmi les siens, que je n'ai fait que les aider comme ils l'ont fait pour moi. Un silence de mots, mais pas de pensées que Thodo rompt en s'inclinant, gardant la pause plusieurs secondes pour appuyer sur ses remerciements. Je le regarde se relever, puis dans les yeux et fixe finalement son dos qui s'éloigne jusqu'à disparaître derrière le tronc d'un sapin. Je reste là, immobile dans l'obscurité et n'ayant aucune envie de laisser Hurlenuit profiter de ce moment à ma place.

><

Mon séjour parmi les Wotongohs m'aura permis d'en savoir plus sur l'endroit où j'ai atterri. J'ai été étonné de savoir que je me trouve en Nosvéris, cette terre de neige au froid polaire. Mon père m'en avait parlé à plusieurs reprises, mais je n'ai jamais daigné m'intéresser à des endroits trop loin pour moi. Et pourtant, m'y voici... J'ai aussi appris la nature de l'endroit duquel émane une étrange énergie qui ne cesse de m'attirer depuis mon arrivée dans cette forêt, un ancien temple désormais tabou. Peut-être y trouverais-je des réponses à des questions que je ne me pose même pas ? Pour l'heure, j'ai une destination vers laquelle aller et des sens auxquels me fier. Tandis que j'approche de l'orée de la forêt, j'entends les feuilles me remercier d'une voix sifflante. Le cycle de la nature n'a pas été altéré par mon passage et j'ai replanté l'arbre sur lequel nichaient les harpies qui nourrissent désormais les charognards. Et alors que la lumière du soleil m'apparaît sans le moindre obstacle feuillu, je n'entends plus que moi et Hurlenuit, son puissant galop qui m'emmène vers le lointain.
Kalas / Hurlenuit

Shaman du Loup et Druide des forêts blanches

Avatar du membre
Nhaundar
Messages : 204
Enregistré le : dim. 30 déc. 2018 20:08

Re: La Forêt Eternelle

Message par Nhaundar » ven. 27 févr. 2026 11:28

X 16 Celui qu'on ne peut abattre.

X 17 La Lune dans l'ombre de la neige.


Le lendemain, Mange-Botte semble aller beaucoup mieux. Je regarde la blessure à sa patte qui ne porte qu’un léger stigmate de la veille. Juste pour être sûr, je referme la petite plaie pour le confort du trajet, mais aussi pour lui montrer que je m’occupe de lui. Nous levons le camp après un bref repas et reprenons la route. Le jour ne s’est pas encore levé. En cette saison, le soleil est fainéant et cela me va assez bien. Un confort visuel qui sera vite brisé dès les premiers rayons rasant du jour. Comme à notre habitude, je prends les rênes du traîneau et profite d’une position plus haute que mon camarade pour observer les alentours. Aëgis, couché à l’intérieur, guette de l’oreille d’un éventuel signe d’hostilité comme la veille.

C’est d’ailleurs lui qui détecte la menace à nouveau. Voyant les signes d’inquiétude, en prêtant plus d’attention à ce qu’il entend, je scrute les alentours, mais rien. Du moins jusqu’à ce qu’une première flèche se plante près de moi sur le traîneau. Je crois à une attaque, mais d’autres flèches, enflammées celles-ci, se plantent dans la neige, encerclant notre convoi et stoppant Mange-Botte qui refuse d’aller au-devant du feu qui le bloque.

Gêné dans ma vision avec ces feux près de moi, je perçois tout de même des silhouettes sorties de derrière les arbres. Une bonne vingtaine d’hommes, de femmes et d’animaux sont présents, menaçants de leurs armes pointées dans notre direction.

« Montrez un signe d’hostilité et vous mourrez atrocement. Suivez-nous sans faire d’histoires et peut-être qu’An’bha vous accordera une mort douce ! » Clame l’un d’eux qui s’est avancé.

(Mourir ou mourir. Tu parles d’un choix.)

Certain de notre défaite face à tant d’adversaires, nous nous mettons d’accord d’un signe de tête avec Aëgis. Désarmés, ligotés et attachés sur notre propre traîneau, nous sommes conduits comme des proies. Durant la mise en place de nos entraves, je remarque deux choses. La première est que Mange-Botte est détaché du traîneau. Deux rennes viennent prendre place pour nous tirer sur la neige. Le second, un étrange symbole qui transparaît, pendant à leur cou.

« An’bha est la déesse des Wotongohs. » Déclare l’elfe blanc à mes côtés.

« Je ne sais pas pourquoi, mais je l’aurais parié. J’espère en revanche que les membres de la Lune de Gel ne sont pas cannibales. J’ai cette horrible impression d’être un cochon qu’on va passer à la broche » Lui-dis-je.

« Tu penses qu’il s’agit d’eux ? »

« Disons que le bijou en forme de lune autour de leur cou me pousse à le croire. L’avantage, c’est qu’on n’aura pas à les chercher, ils nous ont déjà trouvés. »

Par contre, ces saligauds mon enlevé mon bonnet et j’ai terriblement froid. User de mes fluides pour me réchauffer me permettra au moins de tenir un peu plus avant de finir en statue de glace.


X 18 Sous la protection du Grand Esprit.
Modifié en dernier par Nhaundar le ven. 27 févr. 2026 11:41, modifié 1 fois.

Avatar du membre
Nhaundar
Messages : 204
Enregistré le : dim. 30 déc. 2018 20:08

Re: La Forêt Eternelle

Message par Nhaundar » ven. 27 févr. 2026 11:40

X 17 La Lune dans l'ombre de la neige.

X 18 Sous la protection du Grand Esprit.


La destination vers laquelle nous nous rendons, me paraît incroyablement longue. Peut-être est-ce le fait d’être saucissonné, l’absence de considération, de confort, où tout cela réunit, mais c’est terriblement pénible. Notre escorte est composée d’un grand nombre d’humanoïdes, mais tout autant d’animaux. Des loups, des oiseaux et beaucoup de rennes. Certains attirent même ma curiosité, car ils paraissent de nature magique. Durant le trajet, j’ai beau chercher Mange-Botte du regard, rien. Ce dernier avait disparu. Je crains qu’au vu du nombre de bête présentes, ils ne comptent l’utiliser pour s’en repaître.

Au bout de ce long périple, nous approchons d’une zone pleine de lumière. Ce n’est pas évident au premier regard, ni au second d’ailleurs à cause de notre position, qui ne nous permet pas un examen décent de notre environnement. Cependant, c’est vers bien un village, logé au sein de la forêt que nous nous rendons. Un grand mur, formé de pics de bois et de branchage entoure de nombreuses habitations, visibles depuis son entrée. A l’intérieur, les édifices de bois et de boues recouverts de neige se comptent sur les doigts d’une main.

On nous dépose finalement au centre du village. Près d’un bûcher important. Là, la lumière est forte, tout comme la chaleur en m’y mettant de trop près à mon goût. Nous sommes présentés ainsi pour être vus à l’intégralité des membres, et je vois un grand nombre d’êtres en sortir pour venir nous observer. Dans un premier temps, un homme près de nous parle dans un dialecte qui m’est inconnu et à Aëgis aussi d’ailleurs. De mes yeux éblouis par la lumière, mon regard va et vient partout, mais c’est sur une silhouette connue que mon esprit se focalise.

« Mange-Botte ! » Fais-je à son attention en me relevant malgré les liens au bras.

Mon intervention n’est vraisemblablement pas bien prise. Je le remarque aux rictus de colère de l’homme, à ses yeux me fixant intensément et accessoirement à son poing dans mon abdomen. Je me plie en deux sous le choc et tousse à plein poumon, tentant avec peine de reprendre mon souffle. Qu’est-ce que j’aurais donné pour être capable de générer un bouclier de pierre juste avant.

« Pas un mot shaakt ! » Grogne mon bourreau.

Mon corgy arrive à moi et étrangement, on le laisse faire, comme s’il était natif de la région. Il porte son museau à moi et me lèche en couinant.

« Ca va mon…grand. Ca va. Comment…tu te sens ? Il t'on…fait quelque chose ?» Lui dis-je sans vraiment attendre de réponse.

« Il a l’air de bien se porter. En-tout-cas, les fleurs qu’ils lui ont placées sur sa fourrure semblent indiquer qu’il est traité avec respect. J’en serais presque jaloux. » Déclare ironiquement Aëgis.

« Ha…ha…et moi donc. Tu crois qu’il…existe un lieu où la peau foncée… » Fais-je avant de me faire interrompre par un coup de pied à nouveau dans l’abdomen.

Mon corps se soulève sous le choc et retombe lourdement dans la neige.

(Bordel, je vais vomir mes tripes à ce rythme.)

« Pourtant, ils ont l’air aussi noir que toi ! »

Une poigne attrape férocement mes cheveux et me tire la tête en arrière, me laissant voir le visage de celui qui me prend pour une cible d’entraînement et de ceux qui m’entourent. Les membres de cette communauté ont une corpulence assez fine, que ce soit pour les hommes et les femmes. Comme l’a souligné l’hinion, ils ont une peau sombre mais pâle en comparaison de la mienne. Sur leur visage, je vois plusieurs dessins blancs et de nombreux ornements dorés dans des cheveux tressés en nattes. Emmitouflés dans des peaux de bêtes, ils ont l’air d’avoir plus peur que moi. Certains portent leurs mains au visage, laissant entrevoir des ongles comme des griffes et des crocs aussi pointus que des loups. Ils me craignent, contrairement à mon nouvel ami. Une haine pure se lit sur ses traits et le froid d’une lame vient se poser amoureusement sur ma gorge. Un simple geste et il en est fini de ma vie. A quelques pas de moi, Mange-Botte couine et s’agite en me voyant.

« ASSEZ ! » Tonne une voix qui, à elle seule, provoque une hésitation dans la prise de mon geôlier.

Face à moi, la troupe d’êtres se divise en deux, laissant entrevoir une femme similaire aux autres, en plus âgée. Doté de nattes plus longues, décorées avec plus de parures que la plupart, elle paraît afficher un poste important dans la hiérarchie cette communauté.

« Relâche-le ! » Ordonne-t-elle.

Ils échangent des propos dans leurs langues, mais je crois comprendre qu’elle ne souhaite pas ma mort et cela déplaît à celui qui voulait inspecter ma glotte de plus près.

« Emmenez-les tous les trois dans ma hutte, sans leurs entraves. Ne manquons pas de respect à notre hôte de marque et ses compagnons. » Déclare-t-elle, à la fin d’un échange qui nous est incompréhensible, en se dirigeant vers une bâtisse, sans attendre le moindre refus.

On vient nous libérer de nos cordes, avant de nous aider à nous relever. Passer de prisonnier à hôte de marque en si peu de temps à de quoi me faire chavirer l’esprit. Néanmoins, je garde en mémoire la menace que représente l’homme qui a manqué de me tuer.

« C’est bien la première fois que je suis reçu avec une telle considération. Ca change. » Dis-je à Aëgis.

« Reçu avec considé… » Reprend-il, avant de poursuivre avec un sourire en coin. « Tu penses être l’hôte de marque ? Sans vouloir te vexer, je suis le seul de nous deux à ne pas avoir été molesté. »

« Ha, je vois. Il va falloir revoir le traîneau si on veut que tes chevilles rentrent dedans. » Fais-je en retour.

On nous guide jusqu’à la hutte de la femme, la plus grande du village. En pénétrant à l’intérieur, une énorme et unique pièce est présente, centrée autour d’un feu entretenu. A l’intérieur, nombre de personnes sont déjà installées : hommes, femmes, enfants, et même des animaux. C’est une énorme bâtisse qui regroupe tous ces êtres et au vu du nombre de couches présentes, tous paraissent y vivre. Je comprends à présent la raison derrière ce si petit nombre de huttes, malgré la foule d’être présents : la chaleur. Pour lutter contre le froid et conserver une température décente dans cette région, les besoins sont réduits au strict minimum.

« Je vous en prie. » Propose la cheffe du village en nous invitant à nous asseoir.

Nous nous rendons sur place, Aëgis en tête. Le port fier, il se plaît dans son rôle d’hôte de marque.

« C’est un immense honneur que de recevoir la venue d’un grand esprit au sein de notre communauté. Veuillez accepter nos excuses pour le traitement que vous et les vôtres avez subi. » Déclare-t-elle à nouveau dans notre dos.

« Ce n’est rien. Je suis sûr que les vôtres… » Commence Aëgis, avant de se retourner et de voir que la femme faisait face à la tête de Mange-Botte dépassant à l’intérieur de la hutte.

(L’hôte de marque ? Le grand esprit ? Elle parle de Mange-Botte.)

« Pardonnez-moi, vous disiez ? » Demande-t-elle en se tournant vers l’hinion.

« Heu non, non. Rien. » Réplique-t-il un peu penaud. Nos regards se croisent et je ne retiens qu’avec difficulté, l’hilarité qui naît en moi.

Mange-Botte pénètre complètement dans la hutte et malgré l’espace disponible drastiquement restreint par sa présence, nul ne s’oppose à sa présence. Il s’installe au sol cherchant une place à mes côtés.

« Que nous vaut l’honneur de la présence d’un grand esprit et de ses compagnons. » Demande-t-elle en s’asseyant en face de nous.

Nous nous regardons quelques instants, Aëgis et moi, avant de s’assurer qu’elle nous parle à nous et non au grand esprit. Après de brefs regards et une conversation muette, l’elfe blanc me fait comprendre que c’est à moi de prendre la parole. Je crois aussi qu’il se sent encore honteux du quiproquo. Je prends une longue inspiration pour apaiser mon esprit et parle d’une voix claire et assez forte pour être entendu de tous.

« Nous…nous sommes en quête. Nous recherchons la trace ou la tombe de quelqu’un qui avait des liens avec le clan de la Lune de Gel. Il s’agit bien de vous n’est-ce pas ? J’ai vu vos ornements. »

« En effet. Le grand esprit vous a conduit sur le bon chemin. En revanche, je crains que vous ne fassiez fausse route. Aucun étranger n’est venu depuis bien longtemps. Dites-moi, quel nom porte l’être que vous cherchez ? » Demande-t-elle en portant à ses lèvres, une boisson chaude.

« Ho, il a vécu il y a bien longtemps. Il se nommait Kaërnil. Mais peut-être le connaissez-vous sous le nom de… » Dis-je, alors que la maîtresse des lieux me coupe la parole.

« Kaërnil Patte-Folle. » Dit-elle en se figeant un bref instant. « Vous êtes en quête de sa précieuse relique. Dites-moi, comment avez-vous eu connaissance de son existence. »

« Dois-je en conclure que vous savez où elle se trouve ? » Lui dis-je en retour.

« Pensez-vous être en position de ne pas répondre à mes questions ? » Lâche-t-elle, alors qu’autour de nous, les habitants de la hutte s’agitent nerveusement.

(Ainsi elle dévoile sa véritable personnalité. Elle ne cherche que des informations à notre sujet. Il va falloir être prudent.)

« Je…c’est un descendant qui me l’a évoqué. » Fais-je nerveusement en comptant le nombre de personnes aptes à se battre. Trop selon moi.

« Evoqué ou…interrogé ? » Continue-t-elle.

« Interroger ? Sous-entendez vous que je l’ai menacé pour savoir une telle chose ? » Dis-je outré de penser que j’aurais pu faire du mal à Eyöim. Cependant, ma réponse n’est pas au goût des êtres autour de moi, m’imposant de répondre ou d’en subir les conséquences. « Je n’ai fait aucun mal à Eyöim…enfin, au descendant de Kaërnil, bien au contraire. Il m’a offert le recueille de son ancêtre pour lui avoir porté secours. »

« Lui porter secours ? Quel mensonge est-ce là ? Pour nous, il est un ami très cher et par-delà la forêt, le membre d’une illustre lignée. Comment un shaakt pourrait lui venir en aide d’une quelconque manière ? » Rétorque-t-elle.

(Une illustre famille ? Mais oui !)

« Hélas, le temps passe, change et avec lui, les savoirs peuvent se perdre. Ils ne sont plus les maîtres mono-élémentalistes qu’ils étaient. » Scrutant les traits de son visage, je vois que ma réponse l’intrigue. « Pire que cela, le jeune Eyöim a fait naître des fluides d’air et non d’eau. Savez-vous ce que cela implique ? »

« Il a été traité en paria ? » S’offusque la cheffe avec véhémence dans un souffle. « Vous osez me dire que ces pratiques subsistent toujours ? »

(Ainsi, on est d’accord sur ce point. Peut-être qu’en mettant l’accent sur ma relation avec Eyoïm, je pourrais améliorer son attitude envers nous.)

« Hélas oui. Si encore, il avait le don de ses aïeux, cela aurait pu passer, mais ils l’ont perdu au fil du temps. J’ai pu lui porter mon aide en le formant à un art magique dont la cité avait grand besoin. Il s’est montré talentueux, très talentueux. Ses ancêtres peuvent être fiers de lui. » Dis-je solennellement.

« Pourquoi ne pas l’avoir formé à l’art des siens ? » Demande-t-elle à nouveau plus calmement.

« Je ne peux apprendre un savoir que je ne connais pas et qui, par sa nature, m’est impossible à atteindre. »

« Et quel savoir lui avez-vous offert ? » M’interroge-t-elle curieuse.

« Si vous me le permettez, une démonstration est plus adéquate qu’un long récit. » Dis-je, avant de recevoir son approbation.

A ces mots, je tends un bras devant moi et exerce un contrôle sur mes fluides de feu. Les manipulant avec aisance, je fais naître une boule de feu dans le creux de ma main. Puis je retire la nature élémentaire de mon sort pour ne laisser qu’une flamme sans élément. Du feu magique à l’état pur.

« Vous savez retirer l’essence magique des éléments ! » Déclare-t-elle fascinée, alors que je romps mon sort.

(Tâchons de voir à présent son attitude vis-à-vis de la relique. Comment aborder la chose ?)

A mes côtés, Mange-Botte gesticule. Il tend la gueule en avant et d’un gros coup de langue, attrape un morceau de viande. Une idée me vient.

« Comme je vous le disais, nous sommes venus pour trouver la relique. D’après les informations à son sujet, elle permettrait de communiquer avec les espèces animales. Grâce à elle, nous espérons répondre plus efficacement aux besoins du grand esprit. D’où le long voyage jusqu’à vous. »

Contrairement, au début de notre conversation, elle semble plus apaisée et moins curieuse quant à notre présence. Une attitude qui montre que mes propos vont dans le bon sens.

« C’est une noble quête que de servir au mieux un grand esprit. Cependant, est-ce normal que ce soit lui qui vous transporte comme une vulgaire monture ? » Lâche-t-elle, les yeux plissés de suspicion.

(Ha...oui. Il fallait s’y attendre à celle-là.)

« Le grand esprit a des envies bien étranges et porter des hommes sur son dos est l’un d’eux. Cependant, rares sont ceux qu’il accepte sur son dos et c’est toujours un immense honneur. » Dis-je en lui grattant à l’arrière de l’oreille. Une attention qui affectionne beaucoup.

« Il accepte que vous le montiez ? » S’offusque-t-elle incrédule.

« Depuis le jour de notre rencontre oui. Je pourrais lui demander d’en faire de même pour vous si vous le souhaitez. »

« Je…non. Je verrais cela comme une insulte à sa personne. Où l’avez-vous trouvé ? » Continue-t-elle dans ses questions.

(Jouons le jeu. Tant qu’elle montre une curiosité positive, c’est bon à prendre. Cependant, je ne peux révéler l’emplacement du village lutin.)

« C’est plutôt lui qui m’a trouvé et depuis, je reste à ses côtés. Quant au lieu…je ne puis hélas vous le révéler. D’autres pourraient être en danger si l’emplacement venait à se savoir. » Dis-je simplement.

« Vous dîtes qu’il y en a d’autres ? »

« J’ai eu l’honneur d’en croiser un autre en effet. » Fais-je au souvenir de n’avoir pas été le seul à faire grandir un corgy en quittant le village.

« Vous avez vu deux grands esprits et servez l’un d’eux. Vous ne mentez pas, je le vois dans vos yeux. Vous êtes clairement quelqu’un de singulier pour avoir accompli tant de choses. » Elle s’arrête un instant avant de consulter les siens du regard et revient vers moi. « Bien. Nous sommes effectivement le clan de la Lune de Gel. Les descendants de votre illustre membre. Il était un ami de la nature et du clan. Nombre d’histoires à son propos sont relatées de génération en génération. A présent, nous sommes les gardiens de son héritage. Il est dit qu’un jour quelqu’un viendrait pour sa relique, celle qui lui permettait de ne faire qu’un avec le peuple de la forêt. Nous nous attendions à un de ses descendants, mais servir un grand esprit nous honore. Nous vous y conduirons après une fête en l’honneur du grand esprit. Pour l’heure, vous êtes nos invités. » Déclare-t-elle en se relevant pour venir à nous, dans une étrange étreinte dans laquelle nos bras s'entrecroisent et nos fronts se joignent. « Je me nomme Farek. »

« Nhaundar. » Dis-je en retour. « C’est un immense honneur que vous nous faites. Le grand esprit vous en est très reconnaissant. Voici Aëgis. En plus d’être habile avec son épée,… » Dis-je en le désignant une main sur l’épaule, alors qu’il prend une posture fière. « …il est également chargé de la toilette du grand esprit et de son bien-être intestinal. »

Au travers de ma main sur son épaule, je perçois la tension de la surprise. Une duperie qui va me coûter très cher.

« C’est un plaisir de vous rencontrer Nhaundar, celui-qui-porte-le-lien et Aëgis, toiletteur-du-grand-esprit. » Déclare-t-elle en rejoignant les mains pour s’incliner, avant d’être imitée par les siens.

« Celui-qui-porte-le-lien vous dites ? »

« Vous êtes celui qui l’a trouvé, celui qui l’a monté et celui qui le protège du danger. Je vous ai vu face à la bête. » Répond-elle en me fixant amicalement dans les yeux.

« Vous m’avez vu ? »

(Comment ? Existe-t-il une magie pour voir d’aussi loin, ou bien un puissant artefact.)

Puis je me remémore la scène avec le loup de Thimoros, en particulier la fin. A ce moment-là, nous n’étions pas tout à fait seuls.

« La chouette ! C’était vous n’est-ce pas ? Vous êtes une change-forme. »

« Je crois que les vôtres appelez cela shaman, mais oui, c’était bien moi. Je sers l'esprit de la chouette blanche. » Dit-elle en se relevant. « Profitez de la journée. Qui sait ce qu’il se passera pour vous là-bas. »

Je perçois un sous-entendu, mais ayant déjà leur accord pour nous guider et la chance de rester en vie, je ne vais pas chercher à plus qu’il ne nous en faut. D’ailleurs à ce sujet…

« Qu’en est-il de l’homme qui voulait nous éliminer ? Il semblait s’opposer à notre présence. »

« Graégus n’aime pas les étrangers, mais il respecte la volonté de l’ainé. C’est appréciable lorsqu’on est comme lui le plus fort guerrier du village. » Explique-t-elle.

(Le plus fort guerrier ? Pourquoi les types qui ne peuvent pas me sentir ne sont jamais les maîtres du tressage de couronne de fleurs ?)


X 19 La parole qui n'est pas humaine.
Modifié en dernier par Nhaundar le ven. 27 févr. 2026 14:41, modifié 1 fois.

Avatar du membre
Nhaundar
Messages : 204
Enregistré le : dim. 30 déc. 2018 20:08

Re: La Forêt Eternelle

Message par Nhaundar » ven. 27 févr. 2026 14:39

X 18 Sous la protection du Grand Esprit.

X 19 La parole qui n'est pas humaine.


Le reste de la journée passe assez rapidement avec les festivités. En ma qualité de celui-qui-porte-le-lien, je reste auprès de Mange-Botte. Nombreux sont ceux qui viennent voir mon Corgy géant. Ils prennent les animaux pour des esprits et le fait que ma monture soit d’une taille hors norme nous offre un accueil chaleureux. Les adultes sont à notre service et apportent tout ce dont nous avons besoin, enfin, en particulier pour Mange-Botte qui se régale comme jamais. Les enfants quant à eux sont aux petits soins pour mon Corgy. Ils ne cessent de lui apporter des fleurs sur sa fourrure, ce qu’il semble apprécier, mais bien moins que les papouilles aux endroits que je lui connais. Aëgis lui, en sa qualité de toiletteur-du-grand-esprit, est aidé dans sa tâche pour évacuer les…déjections de l’hôte de marque. Je vais en entendre parler pendant un bon moment de cette histoire.

Finalement, le temps vient où Farek annonce notre départ. Sous escorte de plusieurs guerriers et animaux, nous quittons le village pour se rendre à une bonne distance de celui-ci à pied. Alors que le soleil décline dans le ciel et que nous pénétrons dans une sorte de vallée, nous nous rapprochons d’un monticule de pierres, étrangement semblable à celui contre lequel j’ai envoyé valser le Loup de Thimoros.

« Ceci est un cairn. Un assemblage symbolique, annonçant la présence d’un lieu sacré. » Explique notre guide, alors que je laisse mes yeux un peu trop longtemps sur l’édifice.

« Ha…c’est…intéressant. » Fais-je cachant mes craintes concernant mon fait de la veille.

Nous continuons un peu en descendant. Nous débouchons au pied d’une falaise, jusqu’à l’entrée d’une grotte taillée avec soin, malgré des outils que j’estime rudimentaire.

« Vous voilà arrivé. Ce lieu est sacré et seul ceux qui désire la relique, sont autorisés à y pénétrer. » Déclare-t-elle, avant de venir me murmurer à l’oreille. « Vous qui convoitez l’objet sacré de ce lieu, ne laissez pas ce tombeau devenir le vôtre. » Termine-t-elle, avant de repartir en compagnie des siens. Une tranquillité rapidement interrompue.

« Le toiletteur du grand esprit ? Mais tu te fous de moi ? »

Je tente de réprimer le fou rire qui me vient, mais devant la tête de l’elfe blanc et son air offusqué, la difficulté est bien trop ardue pour moi.

« Nous sommes là, c’est le principal non ? »

« Si jamais quelqu’un en entend parler à Lebher, je te jure que tu vas me le payer ! » Me promet-il en se rapprochant de moi.

« Ha non, reste loin de moi ! T’es-tu au moins lavé les mains ? »

Je me moque de lui et très clairement, il n’apprécie pas la pique à son égard. Il me regarde avec des yeux plein de colère.

« Dis-toi que c’est pour tous les coups de pieds dans le derrière ! » Dis-je en souriant avant de porter mon intérêt sur le tombeau.

J’observe l’entrée dans la falaise et y faisant quelque pas en compagne d’Aëgis et Mange-Botte, un léger détaille vient poser problème. Derrière-moi, mon Corgy couine ne pouvant pas nous suivre dans un accès trop petit pour lui. Je m’approche pour lui caresser la tête et tâche de le rassurer.

« Tu ne vas pas pouvoir nous suivre mon grand. Reste à l’entrée, nous ferons au plus vite. Promis. » Dis-je, sans savoir s’il comprend une once de ce que je lui ai dit.

Heureusement pour nous, Farek nous a offert quelques biens pour le grand esprit. J’ouvre dans mon sac des mets qu’il pourra mastiquer, même avec sa taille importante. De quoi l’occuper assez longtemps, j’espère. Une dernière caresse à son attention et nous nous engouffrons Aëgis et moi dans le tombeau. C’est une première pour l’elfe blanc que de visiter un lieu perdu dans le temps, pas pour moi. Il s’occupe de faire de la lumière avec une lampe torche que j’examine déjà les marques et nombreuses inscriptions présentes. J’aurais pu faire un feu froid autour de ma main, pour éclairer la zone, mais l’absence de besoin et les inscriptions présentes à l'entrée, sont un appel irrésistible pour moi.

Toi qui marches debout et te crois maître du monde,
laisse derrière toi la voix des hommes.

Car la pierre n’écoute pas les mots,
et la racine ne comprend pas les rois.

Celui qui cherche le présent le plus précieux
devra oublier son propre visage.

Que sa gorge devienne souffle sauvage,
que ses membres se plient à la terre,
que son regard cesse d’être humain.

Nul ne reçoit le don en restant lui-même.
Nul ne parle aux enfants du ciel et de la terre
sans d’abord marcher, ramper, bondir et chanter comme eux.

Lorsque la chair se souvient
de ce qu’elle fut avant les mots,
alors seulement la nature reconnaît son ami
…et l’ami devient nature.


Ma voix est claire et son écho résonne durant de nombreuses secondes dans le profond et unique chemin à prendre. Les mots de l’inscription se mêlent et s’entremêlent dans mon esprit, essayant de comprendre un éventuel sens caché, en vain.

« C’est quoi ce charabia ? » Demande l’elfe noir avec sa lumière, un peu moins boudeur.

« Une inscription bien étrange. Quelque chose se cache entre ces mots, mais…je n’en comprends pas la nature. Les deux premiers paragraphes évoquent la pseudo-supériorité des hommes sur le règne animal et la nature. En revanche la suite…"Celui qui cherche le présent le plus précieux devra oublier son propre visage." On dirait une sorte d’énigme à résoudre. Regarde celui-là. » Fais-je en désignant un paragraphe en particulier. « " Que sa gorge devienne souffle sauvage, que ses membres se plient à la terre, que son regard cesse d’être humain." Tu comprends quelque chose ? »

« Je crois avoir une idée. » Déclare-t-il.

« Ha oui ? Laquelle ? »

L’excitation dans ma voix est palpable et mes yeux luisent d’une curiosité envieuse.

« Qu’on ne risque pas de trouver la solution en restant ici. Continuons, ou Mange-Botte aura des petits qu’on sera toujours devant ces lignes ! »

Mon excitation laisse place à une déception profonde de la part de mon compagnon. Néanmoins, il a raison sur un point, Mange-Botte attend seul dehors et nous ne gagnerons rien à déchiffrer des textes si nous n’avançons pas. La solution viendra certainement une fois le problème face à nous.

Ainsi, nous parcourons le chemin, jusqu’à déboucher sur une vaste salle. Au milieu, une multitude de cercles centrés sur un socle de pierre. Autour de nous, plusieurs accès quittent cette salle dans des directions différentes. A première vue, aucune différence n’est à noter. La réponse vient peut-être de l’énorme statue de chouette qui nous fait directement face.

« Et maintenant, on fait quoi ? » Demande l’elfe blanc.

« On commence par observer les alentours, on cherche le moindre indice qui peut nous éclairer. »

« Si tu veux que je t’éclaire, j’ai une torche avec moi. »

Je mobilise mes fluides de feu et fait naître une flamme froide autour de ma main. Non pas que j’en ai besoin, mais si ça peut rassurer Aëgis sur ma présence. Il sera rapidement alerté par mon absence si je découvre quelque chose, ou si c’est ce quelque chose qui me trouve.

« Cherchons séparément. Nous avancerons plus rapidement. »

J’observe avec attention les différents motifs présents, mais il n’y a strictement rien. Hormis les colonnes, la statue et les passages, tout semble le plus minimaliste possible.

« Tu as trouvé quelque chose ? »

« Rien et toi ? »

« Beaucoup de poussière et une odeur d’air vicié. » Ironise-t-il.

« Ton aide m’est très précieuse, tu le savais ? » Dis-je sur le même ton, avant de reprendre plus sérieusement. « Je n’ai rien vu de particulier dans les passages et toi, tu as entendu quelque chose de singulier ? »

« Absolument rien. On tente un passage au hasard ? »

« Et risquer les pièges qui s’y trouve ? Passe devant, je te rejoins quant tu auras trouvé ! »

Je continue d’inspecter la pièce, mais il faut se rendre à l’évidence : il n’y a rien de plus. L’entrée, les sorties possibles et cette statue géante. Hormis ces éléments, il n’y a rien provenant de l’homme. Ha si peut-être, les cercles s’entourant les uns les autres, autour du socle de pierre. Je fais le tour, mais celui-ci est également dépourvu de signe, symbole, gravure, inscription ou fiente d’oiseau divine.

(Peut-être qu’en exerçant une pression dessus…)

Je pose un premier pied en attendant un déclenchement particulier…rien. Je pose le second pour y mettre tout mon poids…rien. Sur ce point d’observation, rien de plus n’est à noter. Quoiqu’après réflexion, j’ai cette horrible impression d’être observé par l’énorme chouette de pierre. Une sensation à vous donner la chair de poule.

« Toujours rien ? »

« Non. Pas le moindre changement. » Fais-je dépité.

« Bon sang, on cherche une relique pour parler aux animaux, pas une arme capable de changer le cours d’une guerre par sa simple présence ! » S’impatiente Aëgis.

« Parler aux animaux ? » Dis-je tout bas, mais mon camarade possède une ouïe très fine.

« Ba oui ! C’est tout de même pour cela qu’on est venu à la base. » Continue-t-il presque excédé.

« "Celui qui cherche le présent le plus précieux
devra oublier son propre visage.
Que sa gorge devienne souffle sauvage…" »


Je regarde la chouette avec une curiosité nouvelle. Une idée stupide traverse mon esprit, mais quitte à tenter tout et n’importe quoi, essayons quelque chose en rapport avec la relique.

« Hou-houuu. » Fais-je en imitant le cri de la chouette, alors que mon cri résonne partout dans la pièce en une nuée de chouettes invisible.

« Tu abandonnes ou tu deviens juste cinglé ? » Se moque l’elfe blanc.

« Il est dit que la relique permet de communiquer avec les animaux. C’était une idée à t… par mes fluides ! » Fais-je sursautant, alors que les yeux de la chouette se mettent à luire.

Un tremblement secoue toute la pièce, tandis qu’autour de la statue, une onde de poussière se forme. La raison ? Elle tombe en avant ou plutôt, c’est le haut de son corps qui bascule dans ma direction. Maintenant, la question est de savoir qui est le plus résistant entre, un elfe tourné vers les arts mystiques, n’ayant donc pas une constitution d’un guerrier au front, et un bloc de pierre d’au bas mot deux tonnes, peut-être trois ? Je n’ai pas la réponse à ma question qu’un éclair à la chevelure blonde se rue sur moi et me plaque au sol plus loin. A cause du choc, j’ai un début de maux de tête et une horrible douleur dans le dos. La poussière remuée par le haut de la statue nous fait longuement tousser l’un et l’autre. Ce n’est qu’une fois nos quintes de toux passées que nous pouvons parler à nouveau.

« J’ai déjà entendu parler de voix à faire tomber la pluie, mais jamais des statues de plusieurs mètres de haut. » Commence Aëgis en se relevant et m’aidant à faire de même.

Je mobilise mes fluides de lumière pour soigner mes blessures. On ne sait jamais dans ce genre d’endroit, je pourrais être amené à devoir éviter un bloc de pierre en forme de chouette. La douleur passe rapidement après mes sorts. J’examine les environs et remarque un détail intéressant.

« A première vue, j’ai une voix à faire trembler les secrets ! » Dis-je en pointant la nouvelle position de la chouette.

Celle-ci s’est à moitié courbée vers le sol, s’arrêtant devant le socle de pierre. Son bec s’est largement ouvert pour permettre à un individu de s’y glisser sans trop de mal. Le plus intéressant dans cette affaire, est le nouveau chemin qui nous dirigerait vers son estomac.

(Les autres accès ne sont que des leurs destinés à nous tromper.)

« Me dis pas que tu comptes t’y rendre ? » S’inquiète l’hinion.

« Non je te rassure. » Fais-je avant d’achever ses espoirs. « On y va tous les deux ! » Fais-je avant de m’engouffrer à l’intérieur.

« Mais pourquoi je l’ouvre moi ? »


X 20 Une marche semée d'embuches.
Modifié en dernier par Nhaundar le ven. 27 févr. 2026 15:50, modifié 1 fois.

Avatar du membre
Nhaundar
Messages : 204
Enregistré le : dim. 30 déc. 2018 20:08

Re: La Forêt Eternelle

Message par Nhaundar » ven. 27 févr. 2026 15:49

X 19 La parole qui n'est pas humaine.

X 20 Une marche semée d'embuches.


Bien entendu, nous n’arrivons pas dans l’estomac de la statue. Le chemin continue et semble aller au-delà du mur où elle reposait. Cependant, l’accès est assez glissant, une couche humide rend notre progression plus difficile. Notre destination s’arrête au bout de quelques minutes de marche, après une descente ardue et de nombreuses ecchymoses.

Nous débouchons sur une nouvelle pièce, ou plutôt un couloir. Sur les côtés, deux énormes ours de deux mètres gardent l’entrée du chemin. L’un observe au loin sur ses deux pattes, l’autre à quatre pattes. Encore une fois, les murs ne présentent aucun dessin ni indication. Un simple amas de pierres. Sauf que ce n’est pas le cas du sol. Composé de multiples dalles bien agencées, droites, sans aucun motif apparent. Un chemin assez simple en somme. Pourtant, nous sommes aux aguets avec Aëgis. Par réflexe, nous nous éloignons de la statue et inspectons les parois en quête d’un autre élément qui pourrait nous tomber sur le coin du bec.

Nous nous regardons tous deux l’un l’autre et après un moment d’hésitation, nous nous mettons à grogner comme des ours.

« Groar ! Groar ! »

« Groar ! Groar ! »

Rien ne se passe.

« C’est moi ou on avait l’air de deux oursons réclamant sa maman ? »

« On n’a pas déclenché de piège, mais peut-être qu’on les a désactivés ? » Déclare l’elfe blanc en passant un premier pas au sol.

Rien ne se passe, démontrant notre possible réussite de l’épreuve…ou pas. Lorsqu’il s’apprête à poser le pied pour la quatrième fois, la dalle s’enfonce et la clochette à mon oreille se met à teinter, signe d’un danger imminent. J’attrape l’elfe blanc par le col et le tire de toutes mes forces en arrière. Il évite ainsi des flèches sortant du mur par les interstices entre les pierres. Déséquilibrés, Aëgis m’entraîne en arrière contre le mur.

« Hé ba, t’as faillit perde ta belle crinière ! » Dis-je en tapotant son torse.

« On aurait mal grogné selon toi ? » Me demande-t-il en reprenant ses esprits.

Je regarde les alentours et cherche une explication.

« Difficile à dire. »

(L’inscription à l’entrée. Je crois qu’elle était plus explicite qu’on ne l’aurait cru. Aëgis avait raison, il nous faut faire face aux épreuves pour comprendre son sens.)

« Je crois…je crois qu’on fait fausse route. » Le regard de l’elfe blanc croise le mien, m’invitant à de plus amples explications. « "Celui qui cherche le présent le plus précieux devra oublier son propre visage. Que sa gorge devienne souffle sauvage, que ses membres se plient à la terre, que son regard cesse d’être humain." On agit comme des hommes et c’est là notre erreur. On doit oublier notre manière de penser pour une autre. Regarde ! » Je désigne les ours sur les côtés. « Nul ne reçoit le don en restant lui-même. Nul ne parle aux enfants du ciel et de la terre…" » Je m’arrête un bref instant avant de reprendre, sur ce qui me semble être l’essentiel pour cette épreuve. « "…sans d’abord marcher, ramper, bondir et chanter comme eux." »

« Donc il faut marcher comme un ours ? Pourtant, celui-ci est debout. »

« Je ne sais pas. Regarde celui-ci. C’est pas un p’tit bébé. »

« Le problème serait le poids ? »

« Je n'ai pas l'impression qu’il y ait de magie ici, tout n’est qu’un ensemble de mécanismes. Il est possible que les dalles s’activent sous l’effet d’une pression, mais qu’un excès de force, désactive le piège. En somme, il faudrait générer le poids d’un ours. »

« Ton armure de pierre ça pourrait faire l’affaire non ? » Me propose l’elfe blanc.

« Ca peut marcher. Je vais tenter la chose. »

« Non laisse, j’y vais. De nous deux, je suis le plus agile et tu es le seul capable de soigner ou de ressusciter. » Insiste Aëgis en me bloquant le chemin.

Je lance mon sort sur lui et une armure de pierre s’agglomère tout autour de son corps. Une fois équipé, il fait deux pas, sans déclencher de mécanisme. Au troisième et quatrième, toujours rien. Il se tourne vers moi, affichant un pouce en l’air, que ma clochette se met à tinter.

« Attention ! » Fais-je en hurlant, mon écho résonant dans le tunnel.

Une dalle sous ses pieds s’enfonce et projette de nouveaux projectiles. Il a tout juste le temps de sauter, les flèches percutant la pierre dans une série de tintements explicites, qu’il atterrit près de moi, s’étalant au sol.

« Tu l’as échappé belle ! » Dis-je, alors qu’il grimace en regardant sa jambe.

Finalement, il ne les a pas toutes évitées. L’une d’entre elles s’est logée dans son mollet, dans un interstice fin entre les éléments de pierre. Je l’examine le temps que mon sort s’estompe, mais c’est la seule qu’il s’est prise. Un coup de chance que j’ai été en mesure de l’avertir à temps. Je retire d’un coup sec la fléchette et soigne sa jambe.

« Finalement, je vais peut-être te laisser y aller en premier. » Déclare-t-il avec ironie.

(Le déplacement ne fonctionne pas. Pourtant, c’est le seul indice à notre disposition.)

Je regarde alternativement les deux statues, avant de comprendre quelque chose.

« Qu’as-tu remarqué ? »

« Je n’ai jamais eu l’occasion de voir des ours, mais j’aurai tendance à penser qu’ils se déplacent à quatre pattes et non deux. »

« Aller, une autre tentative, on n’est plus à ça près ! » Se plaint déjà l’elfe blanc, avant d’émettre une idée. « D’ailleurs, tu as remarqué que les flèches semblent disposées assez hautes ? »

« A quoi penses-tu ? »

« Regarde-moi ça ! » S’exclame-t-il, fier de sa trouvaille, avant de se mettre à ramper au sol.

Les premières dalles ne réagissent pas, à croire qu’elles ne sont pas piégées. Cependant, lorsqu’il s’éloigne à une certaine distance, il déclenche des pièges, sans que ma clochette ne réagisse. Une volée de flèches file à toute vitesse, passant au-dessus d’un Aëgis plus que satisfait d’avoir trompé le piège. Il continue ainsi sa progression, avant qu’un autre mécanisme ne se déclenche. Au bout du chemin, plusieurs lames circulaires apparaissent et progressent vers l’elfe blanc en tournoyant. Cette fois-ci, ma clochette tinte à nouveau.

« Reviens vite ! » Fais-je, alors que rassemble ma magie.

Mobilisant me fluides de terre, j’envoie une colonne de terre et de pierre pour bloquer les lames. Celles-ci, renforcées par la rotation, pulvérisent ma manifestation magique. Elles ralentissent tout de même, laissant à l’hinion le temps de revenir.

« Bordel de bordel ! » S’insurge-t-il en posant son dos contre le mur à notre niveau.

Je me rapproche de lui et pose une main réconfortante sur son épaule.

« Il nous faut comprendre l’épreuve et la réussir comme il est demandé. Ca va aller toi ? »

Il a l’air choqué. Lui qui a pourtant l’habitude d’affronter des ennemis, tenter de combattre un adversaire impalpable comme cette énigme est nouveau et assez déroutant.

« Laisse-moi quelques instants et on reprend. Tu avais quoi en tête ? »

« On a marché comme des hommes. On a essayé de reproduire la masse d’un ours et maintenant, c’est plus un reptile que tu as imité. L’ours est l’indice de cette épreuve. Marchons comme lui, à quatre pattes. »

Après quelques minutes pour calmer son esprit, Aëgis se met à quatre pattes et commence à marcher à ras du sol. Une première main vient se déposer sur une dalle qui s’abaisse légèrement, sans déclencher le mécanisme du piège. Puis une seconde main, sans que rien n’arrive. Je reste toujours aux aguets. Il commence à poser un premier pied, puis un second, avançant de même avec les bras. Pas de flèche des murs ou d’ailleurs ne vient entraver ma progression.

« Un système d'activation par action multiple. » Fais-je tout bas.

« Un système d'acti-quoi ? » Demande l’hinion ayant entendu mes murmures pour moi-même.

« Les dalles ne sont pas sensibles au poids de celui qui marche, mais au nombre de celui-ci. Cependant, en agissant sur plusieurs appuis, comme le fait l’ours en marchant, qu’on active la désactivation des pièges par le nombre d’appuis. J’avoue qu’au début, je pensais à un système de répartition de poids. Je l’ai lu dans un livre rédigé par les ingénieurs de Mertar. Un ouvrage passionnant qui associe les procédés physiques à la… »

« Et si on avançait ? » Me coupe l’elfe blanc.

« Heu… oui, oui. Garde toujours un maximum d’appuis au sol et ça devrait aller. »

« "Ca devrait aller." ? Tu n’es pas sérieux là ? »

« Aussi bizarre que cela puisse paraître, ce ne sont pas mes premières ruines et il y a toujours un lot d’incertitude. » Dis-je en avançant tout de même.

Grommelant, il continue de progresser jusqu'à émettre un souffle de satisfaction, une fois de l'autre côté. Voyant que rien n'est arrivé, je fais de même et atteins l’autre bout du chemin à mon tour.

« Bon ben, c'était pas si dur !" » Fais-je en avançant, alors que sens un regard noir dans mon dos.


X 21 Ce que l'homme ne voit pas.
Modifié en dernier par Nhaundar le ven. 27 févr. 2026 15:57, modifié 1 fois.

Avatar du membre
Nhaundar
Messages : 204
Enregistré le : dim. 30 déc. 2018 20:08

Re: La Forêt Eternelle

Message par Nhaundar » ven. 27 févr. 2026 15:57

X 20 Une marche semée d'embuches.

X 21 Ce que l'homme ne voit pas.


Après ce passage, le chemin se poursuit plus normalement que précédemment. Pas de sol ou mur humide, aucune crevasse ou saillie rocheuse. Il fait cependant plus sombre que précédemment et Aëgis me demande de réchauffer un peu l’atmosphère. En ôtant mon bonnet, la protection magique qu’il m’offre disparaît et je fais face à un froid assez glacial, même avec la présence de sa torche. Sans attendre, je réchauffe l’espace autour de moi en usant de mes fluides. Il faut suivre les statues et non en devenir une de glace.

Nous continuons à marcher plusieurs minutes et débouchons sur une vaste salle. Encore une. Pas de voie cette fois-ci, seule une statue de chauve-souris se dresse debout, devant-nous, les ailes refermées comme si elle dormait. Encore une fois, tout ce qui est humain est réduit à son plus strict nécessaire. Hormis la statue et bien entendu la vaste pièce, rien ne permet d’y voir une présence humaine, ou elfique, ou naine, enfin bref. Progressant dans la pièce jusqu’à la statue, nous marchons sur le sol. Des dalles sont bien présentes, mais aucun indice sur la manière d’avancer. Ne sachant quoi faire et ne pouvant voler comme une chauve-souris, nous décidons d’avancer. Lorsqu’une des dalles sous nos pieds s’enfonce dans le sol, un effroi glaçant parcours notre dos. Un vrombissement général apparaît soudainement dans la pièce et alors que je m’attends à une épreuve sonore, l’accès par lequel nous sommes venus se referme, nous emprisonnant à l’intérieur. Pire, le vrombissement s’accentue sur les côtés et le raclement pierre contre pierre, nous alerte que les murs se rapprochent.

« Qu’est-ce qu’on a fait de mal ? » S’affole l’elfe blanc.

« Je l’ignore. Peut-être rien. » Dis-je, craignant par là qu’il ne s’agisse du bon déroulement de celle-ci.

Nous approchons avec crainte des murs qui se rejoignent, cherchant une solution. Rien. Pas d’anfractuosité, de symbole ou de marque quelconque sur lesquels agir.

« La statue vite ! » Fais-je en me rendant vers celle-ci.

Les épreuves précédentes étaient dénuées de présence humaine. Symbole de l’ascendant animal sur l’humanoïde. Pourtant, contrastant avec les autres pièces, une inscription est présente. Taillées dans la pierre, plusieurs représentations animales sont affichées, tous de profil. Armés de nos connaissances mutuelles concernant la faune de monde, nous arrivons à identifier les créatures présentes.

Le premier à gauche, est un serpent, dont le corps courbé deux fois se commence par l’extrémité de la queue en bas à gauche et se termine par la tête en haut à droite, comme la lettre S. Une empreinte d’oiseau, dotée de trois griffes à l’avant, orientées à gauche et une à l’arrière, vers la droite. Puis l’illustration d’un même oiseau représenté deux fois. Une sorte de colibri, le corps penché en avant, à droite sur la représentation, les ailes déployées à gauche et une longue queue elle aussi à gauche. Ensuite, c’est un suricate, simple, fin, le corps dressé pour regarder au loin. Puis c’est un ours assis, le corps tourné à gauche et semblant tenir un bout de bois, ou une canne. Finalement, c’est peut-être un panda mangeant du bambou. Le tout dernier animal présent est un chat. La tête en bas, son corps s’enroule sur lui-même par la gauche et sa queue se termine elle aussi en se recroquevillant.

Étrangement, cela ne nous aide pas. Nous cherchons bien un lien entre les dessins, un potentiel mot commençant par un "S", mais rien ne semble coller et ce n’est pas la promesse de finir en carpette sanglante qui nous aide à réfléchir.

« On pense mal ! » Dis-je, tâchant de retrouver un esprit clair. « On cherche à résoudre ça comme des elfes. Depuis le début, il nous a fallu réfléchir et agir comme un animal. Le hululement de la chouette, la marche à quatre pattes de l’ourse, il y a forcément un rapport avec la statue de chauve-souris ! Tu entends quelque chose ? » Fais-je à l’elfe blanc.

« J’entends bien quelque chose, mais je doute qu’un vacarme assourdissant nous aide ! » Se plaint-il. « Tu connais mieux ces bêtes que moi, c’est toi l’habitué des grottes ! » Lâche-t-il presque en s’énervant, retournant vers les murs pour les pousser, alors que ceux-ci ne sont plus qu’à quelques mètres l’un de l’autre à présent.

Je prends la remarque comme une pique à mon égard, mais m’en prendre à lui ne va en rien nous aider. Surtout qu’il a raison le bougre. Dans mon enfance, j’en ai vu et pas qu’une des chauves-souris. Pourtant, elle paraît tout à faire normal, les détails me semblent très soignées et particulièrement réaliste à ce que je connais. La seule chose de notable c’est que ces créatures...

(Elles…elles ne dorment pas ainsi !)

Une idée bête, stupide, mais pas plus que d’imiter le cru d’une chouette, ou de marcher à quatre pattes. Me baissant à raz-de-sol pour y poser mes mains, je courbe le corps pour regarder les illustrations sous un autre angle, celui d’une chauve-souris. A présent, les illustrations prennent un sens nouveau pour moi. La position du chat fait maintenant penser à un la lettre "G". L’ours ou le panda semble être la lettre "R". Avec sa queue sous ses pattes, le suricate devient un "I". Les deux colibris ressemblent beaucoup à deux "F". L’empreinte d’oiseau se transforme en la lettre "E". Le seul qui reste fidèle à lui-même est le serpent, immuable "S" depuis le début.

Après avoir compris le message, je fonce sur la statue, en particulier sur ses GRIFFES, alors que les murs sont à présent séparés de la longueur d’un elfe. Pas d’indice supplémentaire, ça aurait été trop simple. Si le serpent formait un S, ce n’est pas pour rien. En tentant de pousser les griffes dans le sol, j’arrive à les enfoncer toutes…sauf une qui s’y refuse. On pourrait croire que le test est fini, terminé et que les murs vont s’arrêter : rien. Si la statue, elle, ne sera pas impactée par les murs, de par sa position enfoncée dans le mur, il n’y a aucun emplacement pou s’y loger. J’en suis persuadé, la solution repose dans ces foutues griffes. Mais alors, pourquoi toute sauf une ?

(Le temps.)

Le temps pourrait en être la cause. Altéré par l’usure du temps qui passe, le mécanisme est peut-être grippé. J’insiste, je force sur lui, mais rien n’y fait, cette foutue griffe refuse de s’y enfoncer. J’essaie de taper dessus avec mes poings, puis avec le pommeau de mon épée, sans plus de succès. La colère me prend. Mon échec vient certainement de mon manque de force physique. Alors je ruse pour palier à ce manque. Guidé par mes fluides de terres, je mobilise ma magie pour former autour de moi une armure de pierre. Si elle ne m’octroie aucune de force supplémentaire, j’ai un impact plus conséquent en frappant. Mes poings percutent la dernière griffe comme de vrais boutoirs, accompagnant le vrombissement des murs qui se rapprochent de plus en plus.

Dans un dernier clic, l’ultime griffe s’enfonce. Arrêtant quelques brèves secondes plus tard, le mécanisme qui rapprochait les murs l’un de l’autre. Puis, le plus simplement du monde, ceux-là qui nous promettaient une fin tragique et plate, s’éloignent et pour reprendre leurs places. Jusque-là, nous avions arrêté de respirer, mais à présent nous reprenons de l'air avec un plaisir non feint. Heureux de s’en être tiré, je me dirige vers Aëgis à pas lent le prendre dans mes bras, d’une étreinte qu’il me rend.

« Alors comme ça, tu me considères comme un habitué des grottes ? » Fais-je, en jouant faussement la colère.

« Alors…à ce propos… »

Le malaise dans sa voix est évident, mais la tension de notre situation laissait transparaître des choses qu’il avait enfouies. Même si depuis que je lui ai sauvé la vie à lui et aux soldats, je reste un shaakt. La vision de voir un ennemi est toujours présente et si tel est le cas, il fait preuve d’une retenue sans pareille pour l’avoir si bien caché en lui.

« Laisse. C’est déjà oublié mon ami. »

Je m’éloigne de lui pour faire face à son visage, et lui adresser une tape franche sur son épaule. Une sérénité passe brièvement sur les traits de son visage, avant de revenir à la réalité.

« Et maintenant ? Qu’elle est notre prochaine épreuve ? »

Comme si ses mots résonnaient en une supplique à ce lieu, il nous répond. Dans un premier temps, les mures reprennent leurs positions. Puis une série de cliquetis parcours l'intérieur des murs et la voie par laquelle nous sommes entrés se rouvre, laissant entendre que le chemin du retour est la seule destination possible. Puis les cliquetis sont à nouveau perceptible. Du centre de la pièce, une fine colonne se dresse avec un étrange objet. Cette curiosité cylindrique à un diamètre large comme deux pouces et long de deux doigts. La relique ? Peut-être. Peut-être est-ce simplement les derniers mots de Kaërnil. Il faudra prendre le temps d’inspecter cet objet pour le savoir. Pour l’heure, nous désirons follement de retrouver l’air libre, bien que très frais de l’extérieur, ainsi que Mange-Botte.

Répondre

Retourner vers « Domaine de Sinenfain »