La Jungle Dense

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Yuimen
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La Jungle Dense

Message par Yuimen » ven. 5 janv. 2018 13:23

La Jungle dense

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Cette jungle est tellement grande que même un géant pourrait s'y perdre. Les arbres y atteignent aisément une cinquantaine de mètres. Pour s'y retrouver il faut vivre dans ces lieux. Quand on arrive au plus profond de cette forêt, on parvient dans un centre où seuls les plus forts et les plus mauvais peuvent survivre car les monstres les plus puissants y résident. Ce centre de la forêt s'étend sur le territoire des elfes noirs...


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Jorus Kayne
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Re: La Jungle Dense

Message par Jorus Kayne » ven. 3 avr. 2026 15:39

X.10 Le refus du retour.

X.11 Aux portes du marais.


Les Sindeldi multiplient les propositions pour que je termine le voyage grâce à eux ; leur ego a certainement été touché autant que leur appareil. Pourtant, j’insiste sur l’intérêt que représente cette opportunité, laissant entendre que je vois d’un bon œil l’atterrissage forcé du cynore.

J’entame donc mon voyage avec mes nouveaux compagnons. Je fais ainsi la connaissance des deux hommes armés qui accompagnent Don Fradid. Le premier, et le plus jeune, se nomme Laïné. À peine âgé d’une vingtaine d’années, il parcourt ces terres, allant de mission en mission en quête de fortune, de gloire et surtout de femmes. Habitué des établissements où l’on monnaie les services féminins, il paraît quelque peu déçu de ne pas avoir pu s’arrêter à la Sororité, où il aurait, selon ses dires, démontré l’étendue de ses talents.

Le second, Tanéjni, est bien plus terre à terre que son compagnon. D’une bonne quarantaine d’années, il a vécu plus longtemps cette vie de mercenaire et se contente d’argent facile, pesant le pour et le contre des missions, plutôt que de rechercher la gloire, contrairement à ceux qui risquent leur vie sans cesse, comme je le fais.

Les conversations tournent autour des missions qu’ils ont accomplies, mais aussi des vérifications concernant ma réputation naissante. Ils évoquent le combat contre le Dragon Noir à Kochii, celui contre Oaxaca, ainsi que les nombreux faits d’armes des uns et des autres. Je me montre plus réticent lorsqu’il est question du régicide de Silméria, dont ils ont entendu parler. Moi-même, je dois admettre que sa réussite défie l’entendement, mais mon mépris pour cette personne dépasse ses exploits. Je me contente de répondre que je combattais sur un autre front, face à l’armée des morts.

La conversation se poursuit ainsi, évoquant les affrontements contre les hautes figures ennemies, ma participation à la capture de Xenair et la mise à mort de Gadory. Puis viennent une foule de questions sur les pouvoirs incroyables dont certains ont fait preuve, notamment Xël et ses portails, ou encore Yliria et sa magie destructrice.

Je perçois chez eux une véritable fascination pour mes récits, même Tanéjni se laisse porter par l’enthousiasme de son camarade. Me voilà placé sur un piédestal, moi qui ne possède aucun pouvoir magique. J’ignorais être devenu une telle célébrité… même si j’en profite quelque peu lorsqu’il s’agit de voyager dans les airs.

Notre périple se poursuit ainsi, porté par les récits des uns et des autres, comme une barque glissant sur un fleuve tranquille. Si j’apprécie la fougue de Laïné et son ambition d’être reconnu à travers Yuimen, je ne peux qu’éprouver du respect pour la tempérance de Tanéjni. Malgré l’ambiance détendue, il garde toujours un œil sur les alentours, nous arrêtant dès qu’il perçoit un danger.

Ce calme face à l’imprévu, cette vigilance constante, cette attention presque instinctive pour éviter la moindre menace inutile me font comprendre comment il parvient à survivre dans cette vie faite de périls.

(Voilà bien un homme sur qui l’on peut se fier !)

Au soir du troisième jour, nous avons pénétré dans la jungle et approchons du terrible marais. C’est là que nous installons notre campement, le dernier avant de nous aventurer plus profondément dans ces sombres terres.

Réunis autour du feu, la discussion porte principalement sur la manière d’approcher l’afryton.

« Ces créatures vivent en meute et creusent des trous dans lesquels elles déposent leurs œufs. À la moindre menace, elles réagissent immédiatement. Ce sont des êtres à sang froid, mais capables de se réchauffer presque instantanément. Et c’est justement sur ce point que nous allons jouer. En les attirant, nous viderons le nid, et une fois leur phase d’échauffement passée, elles refroidiront, ce qui les rendra vulnérables. Ensuite, on enchaîne avec Don Fradid. »

Il trace au sol une illustration grossière à l’aide d’une branche.

« Ce n’est pas qu’un simple commerçant, il manie aussi la magie de glace. Grâce à ses pouvoirs, il pourra refroidir la zone et presque les immobiliser. Mais c’est là que réside le problème : l’un de nous devra attirer ces créatures suffisamment loin et tenir assez longtemps pour que nous puissions récupérer les œufs. »

Les regards se baissent. Tanéjni se tourne vers moi, le visage assombri.

« C’était le rôle d’Egnir… Il avait l’habitude d’échapper au danger. Mais cette fois, il a voulu en faire trop. Il est sorti de la zone de froid créée par Don Fradid… et les créatures l’ont submergé. »

Il jette un regard appuyé à Laïné, inspire profondément, puis déclare :

« C’est moi qui prendrai sa place. »

« Quoi ? Mais… et notre duo ? » Proteste le plus jeune.

« On s’était mis d’accord dès le départ. Et on ne va pas demander à Jorus : il n’était pas prévu pour cette mission. On n’a pas vraiment le choix… sauf abandonner. »

La remarque agace Laïné, qui détourne le regard.

« Votre duo ? » Fais-je, intrigué.

« Laïné et moi travaillons ensemble depuis longtemps. Les afrytons quittent leur nid pour affronter la moindre menace, mais il en reste toujours un ou deux. On sait les gérer sans difficulté. On n’a même pas besoin de parler. Ça nous a sauvé la vie plus d’une fois… mais il va falloir s’en passer. »

« Je vais le faire » Dis-je en croisant le regard du vieux mercenaire. « Je jouerai le rôle d’appât. »

« J’apprécie ton engagement, mais aussi doué que soit le héros de Yuimen, » Commence-t-il en me taquinant, « le marais est un terrain dangereux. Je ne peux pas te confier une mission pour laquelle tu n’es pas préparé. »

« Faire face à des dangers sans être préparé ? C’est toute ma vie. Je saurai m’en sortir. Fais-moi confiance. »

(Avec mes fouets, je n’aurai aucun mal à me sortir des eaux boueuses… Ils vont être surpris.)

« Tu sembles sûr de toi. J’espère que ce n’est pas un excès de zèle… comme l’autre endive ! » Lance-t-il en désignant Laïné.

« Comment ça, un excès de zèle ? » S’indigne ce dernier.

« Tu veux qu’on reparle de ta petite bourgeoise à Tulorim ? »

« Comment pouvais-je savoir que son mari arriverait à ce moment-là ? » Se défend-il, bras ouverts.

« Le fait qu’elle soit mariée est déjà une bonne raison de ne pas la courtiser. » Réplique Tanéjni, les poings sur les hanches, comme un père grondant son fils.

« Mais… c’est elle qui… Et puis… ho elle était si belle et sentait si bon ! »

« C’est surtout toi qui sens le putois ! Tu te laveras de fond en comble à notre retour. Même si ton odeur a au moins le mérite d’éloigner les bêtes ! »

Le groupe éclate de rire tandis que Laïné renifle ses aisselles.

La nuit avance. Nous nous relayons pour monter la garde jusqu’à l’aube. Tanéjni me prend à part pendant que les autres dorment.

« Concernant tout à l’heure, je vais te montrer où tu devras aller. »

Il dessine à nouveau au sol, détaillant le nid des afrytons, notre approche et la direction que je devrai prendre.

« À l’est. Suis le bord du marais. Tu trouveras une vieille ruine abandonnée. Don Fradid t’y attendra en hauteur et utilisera sa magie pour refroidir les créatures. Elles grimpent bien, mais avec le froid, tu auras le temps de monter. Ensuite, vous nous rejoignez au point de rassemblement. Et on repart sans pertes. Compris ? »

Un plan simple… mais risqué. Pourtant, avec mes capacités, j’ai toutes mes chances de m’en sortir vivant.

« Compris. Ne t’en fais pas pour moi… je suis plein de surprises » Dis-je avec un sourire en coin.


X.12 Trois nids, une proie.

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Jorus Kayne
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Re: La Jungle Dense

Message par Jorus Kayne » ven. 3 avr. 2026 16:16

X.12 Trois nids, une proie.

X.13 L’ombre du pacte.


Je me précipite avec cette nouvelle façon de traverser le marais. Attrapant la branche d’un arbre avant de passer à un autre, je parviens à me déplacer avec beaucoup plus d’aisance que précédemment. Je vais plus vite, je risque moins de tomber et mes pieds ne font plus de gros schplok après être passés par une zone boueuse. Invisible et discret, j’arrive sans éveiller l’attention de ce qui a mal tourné. J’imagine une créature provenant d’ici. Quelque chose qui n’est pas forcément grand, mais qui sait utiliser le marais à son avantage. Se camouflant dans la vase ou possédant une teinte similaire à celle des arbres locaux. À moins qu’il ne s’agisse d’un groupe avide d’argent facile et qui nous aurait pris en chasse. Qu’importe la raison, la prudence est de mise.

Alors que j’approche, une voix au loin m’interpelle. Je m’arrête, pensant m’être fait repérer, mais la discussion continue assez sereinement. Je m’approche plus lentement, le sol du marais est traître. Je distingue rapidement une première silhouette, puis une deuxième. Je reconnais les vêtements : il s’agit de Tanéjni et Laïné. Les voir sains et saufs me procure un grand soulagement, qui s’estompe rapidement lorsque je vois Don Frarid, présent également. Il devrait être près des ruines, il devait préparer sa magie pour me protéger des créatures. Il va bien, ils vont tous bien et, malgré le fait que ce dernier n’ait rien à faire ici, ils ne sont en rien inquiets, alors qu’ils n’ont pas suivi le plan.

(Sauf si j’étais le seul à le suivre.)

(Je crois bien que tu étais le dindon de la farce.)

(Dindon… et oui, ils m’ont dupé. Reste à savoir pourquoi, juste attirer les bêtes ?)

Ils examinent le nid où je me trouvais il y a peu, attirant les afrythons plus loin. Je perçois un râle, ou plutôt le souffle d’une agonie. Don Frarid et Laïné mettent les œufs dans un sac, avant qu’une petite main griffue tente de l’en empêcher. Elle est brutalement repoussée par le jeune du trio, qui frappe au cœur du nid, laissant un cri de douleur s’étouffer.

« Cesse de geindre, sale bête ! Sois reconnaissante qu’on te laisse à chaque fois la vie. D’ailleurs, on en est à combien de prises ? » Demande-t-il nonchalamment en ramassant un autre œuf.

« Je ne sais pas, j’avoue que je n’y ai jamais songé. Tu parles de cette saison ou depuis le début de l’année ? » Enchaîne Don Frarid, lui aussi curieux du nombre d’excursions de ce genre.

(J’hallucine ! Ils dépouillent ces créatures depuis combien de temps au juste ?)

(Quelque chose me dit qu’il y a plus glauque encore.)

« Taisez-vous tous les deux ! » S’exclame Tanéjni, autoritaire, bien qu’à voix basse. « Arrête de la battre inutilement, cette mère vaut de l’or, je te rappelle. On prend les œufs et on se casse avant qu’ils rappliquent ! »

(Bon sang, ils dérobent sans cesse les œufs de la même mère !)

« Je ne les entends pas. » Déclare Laïné en tendant l’oreille durant un léger moment de silence. « Jorus a dû leur donner du fil à retordre. À votre avis, il a réussi à atteindre les ruines ou il a fini dans le marais ? »

Comprenant qu’il s’agit de moi, sa remarque me fait tiquer et me met aux aguets, tant dans la réponse que dans la manière de la formuler.

« Dans les ruines, j’imagine. Il a survécu à cette bataille à Oranan, il doit être un minimum dégourdi. » Répond Tanéjni.

« Dis plutôt que t’espères que son corps sera hors des eaux pour qu’on ramasse tout ce qu’il avait sur lui. » Réplique Laïné.

Il n’y a aucun signe de remords, de peine ou de quoi que ce soit d’autre du genre. Au mieux, une cupidité particulièrement malveillante. J’ai été berné comme un imbécile.

« Oui, t’as pas tort. Rien qu’avec ses lames, on en aura pour un bon paquet de fric ! »

« Héros ou pas, il restait un sacré abruti pour s’être laissé embobiner par notre combine. »

« Un peu de magie psychique, un charme hypnotique… qui peut résister à mes talents de persuasion ? » Se vante Don Frarid, le sac à présent plein d’œufs.

(De la magie ? Ils ont utilisé de la magie sur moi, c’est possible ?)

(Je ne connais pas bien ce type de magie, mais je crois qu’elle peut influencer les gens.)

En les voyant faire, se vanter de m’avoir utilisé pour parvenir à leurs fins, une blessure s’ouvre en moi. Plus encore que mon cœur qui souffre d’avoir cru en des personnes que je pensais dignes de confiance, mon ego en a pris un sacré coup. Mes mains tremblent de colère et mon souffle devient saccadé. Je contrôlais ma respiration il y a peu encore, mais je souffle trop fort. Le voile brumeux qui s’échappe de mon souffle est plus important que prévu et, contrairement à moi, lui est visible. Heureusement pour moi, ils ne l’ont pas perçu.

Du moins, c’est ce que j’ai cru.

Tanéjni exécute un mouvement qui m’est occulté par son propre corps et, évoquant ce qu’ils comptent faire par la suite, lance immédiatement une lame de jet dans ma direction. J’arrête in extremis la lame en attrapant l’arme de ma main. Flottant dans les airs, la lame se teinte de rouge sang avant que le reste de mon corps ne se dévoile à eux, surprenant les deux autres.

« Ainsi donc tu es vivant. » Lâche Tanéjni avec une déception mêlée de curiosité.

« Je suis un homme plein de surprises. » Dis-je en serrant les dents, contenant la colère qui m’habite.

« Je vois ça. C’est comme ça que tu as survécu à Kochii ? En te rendant invisible ? »

« Ça doit valoir une fortune, un truc pareil. Comment tu fais ? » Déclare Don Frarid, les yeux pleins de yus.

« Qui sait ? Ainsi donc, tout ceci n’était qu’une mise en scène pour vous ? Un moyen de vous faire plus d’argent. »

(Jorus, aussi doué que tu sois devenu, ils sont trois, dont un mage, et le terrain n’est pas favorable !)

(Tu as raison… et s’ils m’ont menti depuis le début, qui sait quels atouts ils cachent. Je dois me montrer prudent et agir avec méthode. Le mage y passera en premier.)

Je jette de fureur le poignard de jet dans l’eau boueuse. J’aurais pu m’en servir sur eux, mais pour le plan que j’ai en tête, j’ai besoin de ma main libre. Ou du moins, qu’ils le croient. La paume de mes mains leur étant cachée, je fais sortir mes fouets et les guide le long de mes bras. Je dois être particulièrement précis pour ne pas éveiller les soupçons. Tanéjni semble doté de sens particulièrement affûtés.

« Avoue que c’est plus facile ainsi, non ? Et comme les équipements ne servent pas les morts, on gagne un petit bonus. Tes lames me plaisent beaucoup, tu sais ? » Lâche Laïné avec un regard envieux.

Encore ce matin, nos échanges étaient cordiaux, orientés sur la sécurité des uns et des autres. À présent, je vois qu’ils cachaient tous leur jeu. Ces derniers jours n’étaient qu’une façade, un simulacre orchestré par des comédiens horriblement talentueux.

« Combien d’hommes ont déjà subi ça ? » Dis-je, alors que mes fouets redescendent dans mon dos.

« Honnêtement, je n’en sais rien. Trop pour les compter, pas assez pour en être dégoûté, je dirais. »

« Comment peut-on en arriver à sacrifier des camarades de la sorte ? Arrivez-vous simplement à vous regarder dans un miroir ? » Fais-je, toujours pour chercher un prétexte afin de gagner du temps.

Dans mon dos, je sens ma gourde et ma dague qui y sont dissimulées s’agiter sous l’effet de mes fouets. J’ai besoin qu’ils parlent encore et me laissent agir.

« Honnêtement, la première fois, ça a été dur. » Répond Laïné. « On l’aimait bien, not’ pote. Mais au moment d’aller chercher sa dépouille, on s’est vite rendu compte que l’argent récolté sur les cadavres était tout aussi gratifiant que la mission. On savait comment venir s’occuper de ces bêtes et, avec cette mère, on a des œufs particulièrement gros. Le reste, c’est un bonus pas dégueu, si tant est qu’on appâte un gus assez riche. » Ajoute-t-il avec un sourire carnassier.

« J’aime pas ce qu’il fait. Il cache quelque chose ! » Se doute Don Frarid, qui scrute mon visage d’une manière étrange.

« Cette mère ? » Fais-je en me focalisant sur le sujet pour détourner leur attention de mon petit manège. « Combien… combien de fois lui avez-vous volé ses enfants ? »

Doucement, j’ouvre le goulot de ma gourde et dégaine la dague dérobée sur Xenair lors de sa capture. Lentement, en cherchant à être le plus silencieux possible, je la sors de son fourreau.

« Je sais pas ce que tu prépares, mais arrête ça ! » Déclare Don Frarid de son côté, plus méfiant que jamais, manipulant sa magie. Il fait apparaître autour de ses mains la manifestation de son pouvoir de glace, probablement pour m’intimer d’arrêter.

« Oh ses enfants, comme tu y vas ! » Se moque Laïné. « Ce ne sont que des œufs. Qu’est-ce qu’on s’en moque de ce que pense cette bête tant qu’elle nous rapporte du fric ! Hein, c’est pas vrai ? » Clame-t-il en portant son attention sur la femelle.

Celle-ci, atteinte par une quantité de coups innombrables, tente malgré son état de reprendre ses petits en tendant le museau vers le sac au sol. D’un coup de pied ignoble sur une blessure profonde, Laïné la fait gémir de douleur.

« Ça suffit. On va achever ce que les bêtes n’ont pas pu finir ! » Lâche Tanéjni, qui mesure l’importance des craintes du mage de glace.

De mon côté, je vois la bête souffrir, mutilée simplement par plaisir. Ils auraient pu user de magie, voler les œufs et repartir. Non. Ils viennent, sacrifient des inconnus, torturent des êtres innocents et volent encore et encore la progéniture d’une mère qui revit sans cesse la perte de ses petits. Peut-être est-ce l’émotion face à cette scène, l’empathie envers cette mère qui perd ses enfants, qui me déstabilise. En laissant couler le produit sur ma lame, quelques gouttes tombent sur une légère mare à mes pieds, produisant le son d’un liquide qui s’écoule dans l’eau.

« C’est quoi ça ? » S’inquiète Tanéjni en regardant au sol. « Tue-le maintenant ! » Ordonne-t-il.

La zone boueuse rend l’esquive compliquée et offre un avantage à ceux qui savent atteindre leurs cibles à distance. J’en ai pleinement conscience. Les deux mercenaires emploient certes des lames de jet, mais un mage est particulièrement dangereux avec la variété de ses sorts. Don Frarid augmente la puissance de ses fluides et s’apprête à en faire usage sur moi. Je peux l’atteindre, mais ayant entamé son mouvement avant le mien, il me touchera en premier. Il ne me reste qu’à espérer que mon coup l’atteindra tout de même.

Mon fouet se déploie soudainement et, alors que je canalise l’énergie de mon corps pour frapper avec la vivacité d’un serpent, je sens une énergie différente et nouvelle. Une force qui provient de mes épaulettes. Elle nourrit mon fouet armé et lui donne une rapidité fulgurante. Alors que l’initiative du premier coup était à l’avantage du mage, mon attaque fond sur lui avec une vitesse qui me surprend moi-même. J’aurais manqué mon attaque si je n’étais pas entraîné comme je le suis, habitué au geste. Ma lame frappe le mage à l’épaule, qui voit avec effarement sa magie s’éteindre sous ses yeux.

« Que m’as-tu fait ? » hurle-t-il.

Je ramène mon fouet à moi et dégaine ma dague de glace pour être équipé de deux lames, brandies avec des fouets sortant de mes mains.

« Je vous avais pourtant dit que j’étais plein de surprises. » Dis-je avec un demi-sourire formé par la colère qui m’habite encore.

J’évite de justesse les projectiles qui arrivent sur moi, esquivant le premier et stoppant la trajectoire du second avec une lame. Unis par une même volonté, sans avoir à se parler, les deux mercenaires foncent sur moi sans attendre que je reprenne mes esprits. Tanéjni est un stratège assez fin. Il a vite compris que j’avais un avantage de portée et a rapidement réduit l’espace entre nous. Aux prises avec lui, nos échanges sont vifs, précis, mais notre sens de l’esquive l’est tout autant. Malgré mon style de combat particulier, employant mes fouets, il fait preuve d’une adaptabilité surprenante. Nos coups fendent l’air ou se voient bloqués par les lames de l’autre.

Le terrain n’est pas propice aux échanges groupés. Chance ou malchance, Laïné ne le rejoint pas avec ses lames ; il reste à distance et use de son arc pour m’atteindre. J’essaie d’utiliser la position de Tanéjni pour m’en faire un obstacle, gênant sa précision. Me frôlant plus qu’elles ne font mouche, ses flèches restent cependant un handicap majeur. Constamment à chercher une position pour me prémunir des tirs, mon attention sur mon adversaire direct s’en trouve amoindrie, lui laissant l’occasion de me blesser à plusieurs reprises. Le froid de l’acier me mord la chair, m’arrachant des grognements à chaque coup sanglant.

Hélas, j’ai également sous-estimé la complicité et l’aisance avec lesquelles ils ont combattu ensemble. Malgré les positions désavantageuses, Laïné parvient à m’atteindre et montre qu’ils ont répété ce mouvement un nombre incalculable de fois. Alors que Tanéjni préparait un énième coup, celui-ci change subitement de posture et, levant brusquement le bras, passe d’une attaque de bas en haut à son exacte opposée. Son bras armé laisse passer une flèche qui s’enfonce dans ma cuisse et me fait ployer sous la douleur. Achevant son coup visant ma tête, je ne dois ma survie qu’à mes nombreux combats, à mon expérience des situations de crise comme celle-ci et à ma familiarité avec la douleur qu’engendrent les blessures. Grâce à mon fouet, j’arrive à frapper et dévier la lame qui devait m’achever, avant de retirer la flèche de ma cuisse.

(Je pensais nous mettre sur un pied d’égalité, mais je me suis largement planté. Il faut que j’inverse la situation d’une manière ou d’une autre.)

(Et tes armes de jet ? Tu pourrais t’en servir.)

(Changer d’arme m’exposerait au corps-à-corps, sans m’assurer de l’atteindre.)

(Du coup, l’arbalète ?)

(Même problème, surtout que je n’ai pas pris le temps de m’en servir correctement.)

(Dans ce cas, il ne te reste que tes fouets.)

(Facile à dire, Tanéjni sait déjà comment me contrer.)

(Il a peut-être cette capacité, mais je ne parlais pas de lui ! Trouve un moyen d’atteindre Laïné.)

Ma faéra met le doigt sur quelque chose. Arriver à contrer mes fouets aussi facilement nécessite une adaptation après de nombreux combats face à tous types d’armes. Tanéjni est un guerrier accompli, ce que n’est pas Laïné. Raison pour laquelle ils ont choisi ces positions. Reste à trouver un moyen de renverser la situation. Durant mon bref échange avec ma faéra, j’ai focalisé mon attention sur l’esquive et la parade. Ils n’ont pas réitéré leur attaque dissimulée, mais ils sont peut-être en train de préparer la suivante, ou de me le faire croire pour attirer mon attention ailleurs. Je dois agir, et vite, afin de briser leur rythme pour imposer le mien. Mes fouets sont le meilleur moyen d’y parvenir. Reste à savoir comment atteindre ma cible. Je dispose d’une allonge exceptionnelle, mais avant de réduire l’écart qui nous sépare, j’ai un obstacle à franchir.

(Et pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups ?)

Les marais sont omniprésents. De grandes zones où il est difficile de se déplacer. Or, à plusieurs endroits, il y a des arbres, ici et là. Des arbres dotés de branches faciles à atteindre pour moi. Ne laissant qu’une lame pour me défendre, j’enroule rapidement mon autre fouet pour en attraper une. Je m’extirpe ainsi des coups de Tanéjni, mais m’éloigne par la même occasion de ma cible. Qu’importe, la surprise de mon action me fait gagner le temps nécessaire pour placer mes pieds sur le tronc. Le temps que mes adversaires comprennent, il est déjà trop tard. Je me propulse en direction de ma cible avec la force de ma rage. Porté à la fois par la tension de mon fouet et l’avantage de la hauteur, je dépasse sans mal mon obstacle vivant pour arriver non loin de Laïné. Déstabilisé par mon mouvement si particulier, il réagit un peu trop tard. Le fouet dont je me suis servi pour me propulser décrit un large arc de cercle au-dessus de moi et pointe la lame à son extrémité dans sa direction.

« Attention en bas ! » Hurle son camarade.

Alors qu’il s’apprêtait à recevoir un coup venu d’en haut, mon second fouet, glissant au-dessus du sol, remonte pour atteindre sa main directrice dans une gerbe de sang et de cris. Ses esprits rapidement repris, Laïné lâche son arc pour se saisir de sa lame et tenter de m’embrocher. Il ne fendra que l’air où je me trouvais un instant plus tôt, évitant ainsi le coup, et potentiellement aussi des attaques à distance de son camarade. Profitant de ma position avantageuse à la réception, je frappe le plus jeune du duo, qui ne reçoit qu’une lacération au flanc. Cependant, en évitant ainsi une attaque mortelle, il glisse sur le nid et perd l’équilibre, menaçant ce qui s’y trouve de son poids. Ils ont déjà volé nombre d’œufs et torturé une pauvre mère, en plus des innocents sacrifiés pour l’appât du gain. Quelque chose en moi, d’indéfinissable, surgit et je tire Laïné vers moi, l’empêchant de tout détruire.

Alors que je n’étais moi-même pas prêt à cela, le poids de son corps m’oblige à changer mes appuis, un peu trop tard toutefois. Percuté par Tanéjni qui me charge, je vole dans les eaux boueuses du marais, avec une douleur horrible qui me vrille le corps.

Me relevant avec peine en me tenant un flanc ensanglanté, je fais face à une situation compliquée. Mes adversaires ne se portent pas trop mal, même en considérant l’absence de magie de Don Frarid. Il leur reste des lames de jet et un arc avec des munitions. Quant à moi… je suis touché en de multiples endroits du corps, avec une blessure importante, au milieu d’un bourbier dans lequel le moindre déplacement est un véritable effort. Et le pire, c’est que j’estime que la prise la plus proche pour m’extraire se trouve à plusieurs mètres de moi. Trop loin pour mes fouets. Mon grappin attaché à la corde me serait salutaire, s’il n’était pas si facile à couper. Pourrait-on imaginer pire situation ?

(Tu oublies que les afrythons vont débarquer ici pour protéger leur nid !)

(M-E-R-veilleux. J’ai toujours voulu me faire becqueter le cuir par des reptiles.)

Face à mes anciens camarades, j’attends qu’ils me criblent de projectiles, me transformant en hérisson. Me jetant un bref regard, ils s’inquiètent ensuite de leurs propres blessures. Je profite de ce moment d’inattention pour ranger mes lames et me munir de mon arbalète de poing. Je n’ai pas le temps de l’armer qu’un projectile se fiche dans mon épaule, m’arrachant un cri de douleur.

« Hé bien, hé bien. Ce n’est pas très gentil de tirer dans le dos des gens, Jorus. On s’attendait à mieux du héros de Yuimen. »

La voix de Tanéjni perce le silence avec autant de force que son tir dans mon épaule. Serrant les dents et posant une main sur ma nouvelle blessure, je le fixe d’un regard sombre.

« Et maintenant ? »

« Maintenant ? »
ricane-t-il en réarmant lentement son arc. « On ramasse les œufs et on se tire avant que les reptiles ne reviennent. On reviendra plus tard pour toi. Ça me laissera le temps de savoir quoi faire de ta dépouille, ou de ce qu’il en restera. Ta tête pourrait se vendre cher, qui sait. » Tout en me fixant, il donne ses ordres aux deux autres, avant de m’adresser un dernier salut. « Ramassez les œufs, on décarre immédiatement ! Allez, ne sois pas mauvais perdant. Ça a été sympa le temps que ça aura duré… »

Un grondement sourd l’arrête net. Provenant de partout et de nulle part à la fois, c’est comme si tout le marais hurlait sa colère.

« C’est quoi ça ? » s’inquiète déjà le mage sans magie.


X.14 Le protecteur du Marais.
Modifié en dernier par Jorus Kayne le ven. 3 avr. 2026 22:18, modifié 1 fois.

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Jorus Kayne
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Re: La Jungle Dense

Message par Jorus Kayne » ven. 3 avr. 2026 22:17

X.13 L’ombre du pacte.

X.14 Le protecteur du Marais.


Visiblement, c’est nouveau pour eux et la peur que je lis sur leur visage ne m’inspire aucune confiance. Tout le marais résonne de ce bruit, ou de cette voix si c’en est une. Quelque chose est là et réagit. Le sol se met à vibrer sous nos pieds et la surface de l’eau boueuse réagit également.

D’ordinaire, lorsqu’on jette un caillou dans l’eau, des ondes se forment après le choc, dévoilant la source de la perturbation à l’épicentre. Ici, pas moyen de comprendre d’où cela provient. L’eau du marais projette des éclaboussures en réaction. C’est comme si une énorme masse martelait le sol, ou si le marais vibrait dans son intégralité. Mais c’est impossible, n’est-ce pas ?

Alors que nul ne comprend la situation et observe avec crainte les alentours, une énorme masse émerge de l’eau, ou du sol, ou des entrailles du marais lui-même. Un volume comparable à un gros monticule de terre apparaît. Sombre et voilé par une brume, il est impossible d’en percevoir la nature ou les détails.

Jusqu’à ce que deux lumières vertes apparaissent.

Rondes, brillantes et vraisemblablement fixées sur nous. Centrées au milieu de la masse noire et indescriptible. Deux joyaux luisant dans la pénombre du marais. Le grondement se tait, mais son écho résonne encore dans le marais. Un vrombissement lointain qui alerte toutes les créatures aux alentours.

(Survivre. Juste survivre à… ça.)

Enlisé dans les eaux boueuses du marais, mes possibilités de fuite sont particulièrement restreintes. Ce qui n’est pas le cas des trois compères. Dénué de magie, Don Frarid est le premier à quitter les lieux, rapidement suivi par les deux autres acolytes.

(Parfait. Je vais pouvoir m’éch…)

Je tente de me saisir de mon grappin, mais mes doigts glissent un instant sous l’effet de la douleur. Soudainement, le grondement redevient plus fort. Un élément passe dans le coin de mon champ de vision, me faisant tourner la tête lors du choc. Un énorme pilier de terre vol et s’écrase sur un arbre, pulvérisant le tronc à l’impact. Aux pieds de celui-ci, gisent les restes sanglants du mage.

Stupéfaits par cette démonstration de force, les deux restants s’immobilisent un bref instant. Plus expérimenté, Tanéjni est le premier à reprendre le contrôle de ses esprits et s’enfuit en zigzaguant comme il le peut sur ce terrain compliqué. Malgré cela, un amas de boue vient l’envelopper, l’arrêtant net dans son élan.

Laïné fait de même et dépasse son camarade sans lui accorder la moindre attention ou la moindre assistance. Il court et saute aussi vite qu’il le peut pour échapper à cette menace sombre. Un peu plus loin sur le côté, je vois de nombreux mouvements dans sa direction. Quelque chose que je reconnais. Une horde, avide de vengeance. Les reptiles sont revenus et fondent sur lui dans un hurlement à vous glacer le sang.

Il ne reste que moi. Moi et Tanéjni, encore pris dans cet énorme manteau de boue qui l’enferme et le retient de bouger.

Derrière, j’entends le déplacement d’une énorme masse d’eau.

BOUM !

Un choc se fait ressentir dans tout le marais, accompagné par une énorme éclaboussure. Quelque chose de gros et de lourd vient de frapper la surface du marais.

BOUM !

Le bruit est devenu plus fort. Pas plus puissant, plus proche. Les gouttes d’eau projetées arrivent à présent à mon niveau, sans que je n’ose tourner le regard de peur d’en voir l’origine. Peu importe la nature de cette créature, elle a été capable de tuer deux individus et d’en stopper nette une troisième. Que pourrais-je faire alors que je suis enlisé dans la vase et que le ou la responsable est clairement en train de se déplacer jusqu’ici ?

BOUM !


Une énorme vague d’eau me submerge. Ma perte de sang altère mes sens, me faisant choir dans l’eau saumâtre, m’obligeant à plonger une main dans l’eau pour éviter d’être complètement immergé.

Puis c’est le noir. Comme une éclipse en plein jour, un voile d’obscurité se dresse entre moi et le peu de lumière présent. Une fine pluie tombe, mais localisée dans cette zone d’ombre dense. J’ose lever les yeux et contemple l’origine de ce phénomène.

Un être immense se dresse pile au-dessus de moi. De plusieurs mètres de haut et de large, il a l’air d’être fait de bois, de terre, de boue, de branches, de feuilles… en réalité, il semble être composé de tout ce qui fait le marais, comme si ce dernier avait fait naître en son sein une créature, un avatar pour le représenter. Le son guttural d’une bête se mêle à la torsion du bois lorsqu’il se déplace.

Sans se soucier de moi, il me laisse là où je suis et s’en va attraper Tanéjni d’une main lente et inexorable. Son membre disproportionné fait passer le malheureux homme pour une petite poupée, un vulgaire jouet. Il l’approche de son visage, sans aucune menace. Piégé dans sa prison de boue, Tanéjni exprime pourtant une terreur profonde. Il raffermit sa prise et, dans un hurlement dément, serre sa prise jusqu’à ce que la voix s’éteigne à jamais.

Il laisse tomber la dépouille au sol, laissant aux afrythons le loisir de s’en repaître. Effrayé par le sort qu’a déjà subi le groupe, je me saisis de ma gourde et soigne ma blessure à la cuisse et au flanc. Le liquide coule sur les plaies, puis tombe dans l’eau, alertant la créature qui porte son intérêt dans ma direction. Ses deux yeux verts se pointent vers moi comme deux lances qui me figent sur place. Un effroi glaçant parcourt tout mon être.

Impuissant, je le regarde lentement diriger son corps immense vers moi. Sa tête se rapproche de la mienne, de près, de très très près. Sa gueule ressemble à une fourmi. Deux grosses mandibules sortent de ce qui ressemble à une gueule, mais ses yeux verts restent enfermés dans une noirceur indescriptible. Tout son… visage, si je peux le définir ainsi avec ma vision devenue floue, est recouvert de mousse, de lianes et de vase. Son souffle inspire la crainte, autant qu’il expire des relents abominables chargés d’une odeur humide de terre pourrie. Trempé, le froid me gagne alors que l’effet de ma broche est toujours actif. Curieux et inquiétant à la fois.

Il me regarde et m’observe…puis semble glisser plus bas sur ma poitrine, sans être une menace pour moi. Sa présence me terrifie, au point où je ne remarque qu’au dernier instant que les afrythons m’ont encerclé. Ainsi, je vais servir de gueuleton pour ces bêtes. C’est mérité après que j’ai osé m’en prendre à leurs œufs. Pourtant, les reptiles restent à distance. Je n’en comprends la raison que lorsque la main de l’être du marais se dirige vers moi. Je vais finalement subir le même sort que Tanéjni.

Je ferme les yeux pour ne pas voir cela et sens, quelques secondes après, une griffe me lacérer la poitrine. Doucement, la griffe me saigne du milieu du torse et remonte jusqu’à la base du cou, où elle s’arrête. La présence de la griffe disparaît, pour laisser place à une force qui me tire en avant, forçant sur ma nuque. La façon de faire me fait penser à une liane qui m’oblige à avancer, mais un doute en moi se crée et me force à ouvrir les yeux.

Ce n’est pas une liane qui me pousse ainsi, mais mon bijou, celui de mon père et le seul héritage que j’ai de lui, la seule trace de mon passé. De son doigt crochu, la créature le tire à elle, manquant de briser le lien autour de mon cou.

De tout ce que je possède, c’est mon bien le plus précieux. Alors, lorsque la chaîne se rompt, instinctivement je la rattrape. En plus d'être inférieur physiquement, je suis très affaiblie. Je lâche une des extrémités de la chaîne, pour le faire glisser le long de sa griffe. Comprenant mon subterfuge, il bloque l’autre morceau de la chaîne en ajoutant simplement un second doigt. Les mains mouillées et le rapport de force à mon désavantage complet, je ne peux qu’assister à la perte de mon seul lien avec mon passé.

La créature se redresse et contemple son butin, très haut au-dessus de moi. Puis, sans en comprendre l’obscure raison, elle ouvre sa gueule et l’y laisse tomber. Son corps se met à frémir, faisant vibrer la surface de l’eau.

Il s’arrête quelques instants plus tard et reporte sa tête au-dessus de moi. Sa gueule s’ouvre dans un bruit de mélasse et une gerbe verdâtre et visqueuse coule sur moi. Dans cette mixture immonde, je sens la présence de mon bijou. La même forme ronde, les deux extrémités de la chaîne. Je ne distingue pas grand-chose avec l’être qui me cache la lumière et cette bave marécageuse, mais je la tiens fermement dans mes mains.

De la sienne, d’ailleurs, il m’empoigne délicatement dans la vase et m’en extirpe. Délicatement et sans aucune forme de menace ou de preuve de force, il me dépose un peu plus loin sur un sol plus ferme. Un à un, il ramasse les corps, ou ce qu’il en reste, de ses trois malheureuses victimes et les avale également.

D’une manière ou d’une autre, il ne souhaite pas ma mort. Alors qu’il déguste son repas, j’ai l’occasion de nettoyer mon bien pour le rattacher à mon cou, là où est sa place, et remarque que celui-ci n’arbore plus la même apparence.

La chaîne est devenue d’un or parfait. Le sertissage, fait du même or, se mêle à de multiples pierres précieuses violettes. Son cœur est fait avec ces mêmes pierres, taillées en spirale, jusqu’à ce que le violet laisse place à un bleu magnifique d’un ciel sans nuage. Des filaments se croisent en son centre, d’où une fine lumière brille d’un éclat doux.

Je pense m’être trompé, qu’il ne s’agit pas du même bijou que l’on m’a dérobé, mais le symbole des Danseurs de l’Opale présent m’oblige à admettre qu’il s’agit bien du même bijou. D’ailleurs, je le reconnais. Il m’est particulièrement familier. Mes cauchemars sont devenus de plus en plus clairs et de plus en plus détaillés depuis ma présence à Ashaar. Même encore maintenant, je revois cet homme, usant de tout son corps pour repousser une poutre en feu. Se sacrifiant pour que la personne qui me retient m’emmène loin de cet homme et de cet incendie. Dans mon rêve, je parle. Je n’entends pas mes propres paroles, mais je sais que je parle à cet homme, portant le même bijou que celui à présent dans le creux de mes mains. Ces images de mes rêves, intenses et récurrentes, se mêlent à l’assurance que j’ai de certaines vérités… et tout devient limpide dans mon esprit, ainsi que mes paroles dans mes songes.

« Papa ! »

Je revois de nouveau l’homme. Un Whiel avec une tenue typique des ayajpaks, faite d’éléments animaux, dont le thème est l’aigle. Sa coiffe est un indicateur assez net, avec ce casque qui rappelle le rapace, couvrant les joues et le haut du visage, avec des ouvertures au niveau des yeux. Si la bouche est exposée, le nez est protégé par un bec d’aigle. L’arrière est orné d’une grande coiffe avec des plumes foncées. Le reste du corps suit la même logique, à savoir des protections pour protéger les parties vitales, sans trop couvrir celui qui les porte pour éviter de suffoquer sous la chaleur du sud de l’Imiftil. Le tout est agrémenté de plumes, ainsi que de griffes sur les avant-bras, tandis que les jambières possèdent chacune un ornement doré de griffes d’aigle.

Pendant que je visualise et m’imprègne de l’homme, qui s’avère être l’unique souvenir de mon père, je sens après coup que quelque chose opère. Une énergie douce parcours mon corps et s’agite en surface. Non pas en moi, mais sur moi. Reprenant le cours de la réalité, je constate avec étonnement que mon équipement et mes propres vêtements ont changé. Ma vision est gênée par une présence au milieu de mon champ de vision et ce n’est qu’en l’attrapant que je constate qu’elle est liée à mon casque. Casque qui, d’ailleurs, a changé pour adopter la coiffe de mon rêve, avec le même amas de plumes longues et sombres.

Mes avant-bras ont subi le même traitement, mais en plus d’adopter des plumes attrayantes, ils se prolongent jusqu’à mes épaules en formant deux serres assez fermes. Le voile sombre que je me suis procuré sur le Nyr'tel Ermansi en a également pour son compte. Ce sont à présent des plumes légèrement souples, mais résistantes, qui se referment sur mon torse. Plus ouvert qu’auparavant, je souffre moins de la chaleur ambiante.

Si mes armes ne souffrent pas de ce changement, ma broche représente désormais un oiseau de feu. Mon monocle est toujours aussi rond, mais ce sont deux griffes qui viennent remplacer les éléments allant sur mon oreille ainsi que mon nez, tandis que le verre est maintenu par deux plumes de métal, la pointe du calamus d’une plume touchant l’étendard de sa consœur à son extrémité.

Enfin, ma cape magique, celle qui me permet d’être particulièrement visible avec son rouge vif et invisible grâce à la magie à l’intérieur, est à présent devenue un long amas de plumes, entremêlées comme deux ailes qui se rejoignent. L'ensemble est globalement sombre avec des couleurs jaune or. Un jeu de couleur qui n'est pas sans me rappeler le Soleil Noir d'Ashaar, mais qui va parfaitement bien avec le style des ayajpaks.

Face à ce changement, une grande incompréhension me gagne. Fort heureusement pour moi, je ne suis pas seul.

(Ca va, mon Jojo ?)

(Oui...Non....Si....J'sais plus. J'comprends pas c'qui m’arrive.)

(Je crois que cela vient bien de ton bijou. Après avoir été avalé dans la gueule de ce… cette chose, il a libéré sa vraie nature. Comme si son pouvoir était scellé dans une autre apparence, qui n’a pas supporté le passage buccal.)

(Et donc quoi, cette… créature du marais aurait utilisé sa… salive pour supprimer cette prison magique ? Pourquoi ?)

(Alors ça, mon grand, je l’ignore. Demande-le-lui !)

Nos regards se croisent, à moi et au géant du marais. Il regarde mon changement d’apparence sans en être inquiété. Alors que je m’apprête à parler, il se met à hoqueter sur place. D’étranges spasmes obligent sa tête à des allers-retours rapides, comme un chat qui cherche à recracher un tas de poils.

L’image n’est pas loin de la réalité, car il régurgite certains des équipements de ses dernières victimes. Un tas d’armes, de protections et d’autres objets métalliques s’entassent dans le même mucus visqueux.

Curieux, je jette un regard à ces nouveaux objets, mais aucun changement notable n’est identifiable. Certains objets sont même pris d’une rouille plus ou moins avancée. La créature regarde son propre rejet répugnant, le tâte avec un de ses énormes doigts griffus, avant de le déplacer jusqu’à moi.

Ne comprenant pas ce qu’elle souhaite, je reste interdit face à son attitude et celle-ci recommence, repoussant tout l’amas à mes pieds.

(Je crois qu’il ou elle...veut que j'les emporte...avec moi. Mais pourquoi faire ?)

Je doute que son intention soit de m’enrichir de biens. Plus que cela, il me vient à l’idée que la présence des hommes, ainsi que leurs traces, est interdite en ce lieu. Cette chose voudrait donc que je les emmène avec moi, afin que le marais retrouve sa pureté originelle.

Hélas, je n’ai pas suffisamment de place pour tout emporter avec moi. Si je veux récupérer l’ensemble, il va falloir que je trouve un moyen de me faire un sac supplémentaire… ou autre chose.

J’observe les alentours, hésitant un instant, avant de me traîner jusqu’au premier arbre à disposition. J’utilise mes fouets pour m’y hisser, mes mouvements un peu moins fluides qu’à l’accoutumée. Une fois en hauteur, je coupe quelques branches droites à l’aide de ma pourfen’dent, en prenant soin de ne pas perdre l’équilibre. Je passe ensuite à un autre arbre et fais de même avec des lianes disséminées ici et là, tirant parfois un peu trop fort, arrachant plus que je ne le voudrais.

Une fois au sol, je rassemble le tout devant moi et entreprend de nouer tout cela ensemble comme je le peux. Heureusement, j’ai toujours mes vieilles habitudes de marin, cette mémoire des mains qui tournent les lianes sans que je n’ai besoin d’y penser.

Le résultat se solde par quelque chose de grotesque, mais j’ai froid, je suis épuisé et je n’ai pas la force de recommencer.

(Ca suffira.)

Sous le regard curieux de la créature et, plus loin, des afrythons, je rassemble ce qui a été recraché par le géant du marais et le jette sur mon traîneau rudimentaire. La faible sensation sur mes doigts rend les prises compliquées, mais ce sera là, mon dernier effort de la journée. Un ultime coup de nerf.

(Allez…faut que ça tienne !)

Je ne sais pas quoi faire. Dois-je remercier cette chose de m’avoir épargné ? D’avoir empêché les afrythons de me becqueter ? D’avoir libéré mon bijou, me permettant ainsi d’en savoir plus sur mon père ? Tout cela à la fois, je pense.

Ne sachant pas comment exprimer mes émotions, je me contente d’une simple main levée. La créature, elle, ne bronche pas. Visiblement douée de conscience, j’ai cru qu’elle allait me répondre, mais non. Elle attend.

N’ayant pas la longévité d’un arbre, je décide de reprendre le cours de ma vie, traînant les restes humains pour rendre à ce lieu sa quiétude originelle.

Maintenant que je n’ai plus à m’inquiéter de me faire surprendre par les afrythons, je peux emprunter des chemins plus propices au transport de ma nouvelle charge.

Je m’éloigne ainsi du marais et du nid où tant de choses se sont produites : la poursuite par les habitants, la trahison de mes pseudos camarades, notre affrontement, la venue du géant des marais, l’anéantissement du groupe, sa clémence à mon égard et son œuvre avec mon bijou.

Rien que ce dernier moment a un impact sans précédent sur moi. Durant mon trajet, j’en viens à penser à mes parents, à ce qu’a été ma vie et ce qu’elle aurait pu être en leur compagnie. Et puis ce bijou n’est-il pas, au final, la preuve que ce n’étaient pas des cauchemars, mais des souvenirs douloureux, refoulés par mon esprit et se frayant un chemin jusqu’à mon être ?

Mon esprit est hanté par toutes sortes de questions, alors que je rejoins le campement. Je lâche, plus que je ne dépose les affaires au sol, attendant la lucidité et surtout l’envie de faire le tri dans tous cela.

Je compte rester ici pour le reste de la journée, à préparer mon départ jusqu’à Eniod, entretenir les lames, soigner mes plaies, le tout accompagné de questions. Si mon père est mort ce jour-là, comment est morte ma mère ? Pourquoi n’ai-je que ce jour en souvenir ? Et existe-t-il un lien avec cet homme qui a reconnu mon bijou, pourtant scellé à l’époque, et la mort de mes parents ?

Avec ces questions en tête, je laisse la fatigue accumulée m'envahir et me faire sombrer dans un profond sommeil.


X.15 Cicatrices visibles et invisibles.

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Jorus Kayne
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Re: La Jungle Dense

Message par Jorus Kayne » sam. 1 août 2026 22:09

X.22 Le fugitif des marais.

X.23 A l'ombre de la canopée.


Je pénètre dans la jungle sans avoir été inquiété par un assaut surprise. J’aurais pu utiliser ma cape pour me rapprocher, cependant je préfère attendre le dernier moment avant d’avoir recours à ses pouvoirs. Qui sait ce qui se trouve à l’intérieur ?

Ici, l’ambiance change diamétralement par rapport à la plaine verte. L’ensoleillement et les vents brassant les hautes herbes font place à une atmosphère bien différente. La haute canopée empêche la plupart de la lumière d’atteindre le sol. L’atmosphère humide et chaude, particulièrement lourde, rend difficile la progression avec des équipements inadaptés. Heureusement, je peux modeler mes équipements pour moins souffrir de cette chaleur suffocante et adapter leurs teintes à celles de l’environnement pour mieux m’y fondre.

J’avance seule dans cette immensité verte.

Ici, l’ambiance change diamétralement de celle de la plaine verte. L’humidité y est omniprésente. Les feuilles des plantes, la surface des troncs et même le sol sous mes pieds sont maculés d’une fine pellicule aqueuse. La chaleur est déjà excessive dans cette partie de l’Imiftil, une telle humidité la rend encore plus suffocante.

Je pourrais tâcher de modifier mon équipement pour lui donner une forme plus aérée, mais après quelques essais, je comprends que celui de mon paternel, tel que je m’en souviens, est amplement suffisant. Comme si sa tenue avait été conçue pour ce genre d’excursion dans la jungle. Est-ce lié ? Avait-il œuvré dans la jungle ? Si oui, quel était son rôle ?

Toujours immergée dans cet épais amas végétal, les odeurs s’imprègnent en moi. L’air humide, bien sûr, mais aussi la végétation luxuriante, qui prend une place importante dans mon odorat. Les plantes usant d’odeurs pour attirer les insectes pollinisateurs. Celles qui les attirent pour des besoins plus alimentaires. Le bois mouillé des troncs d’arbres. Le sol lui-même n’est pas en reste avec ses amas de feuilles, de fleurs et de branches d’arbres qui se décomposent pour nourrir la terre des prochaines pousses.

Bien que j’aie grandi à Eniod toute ma vie, je n’ai pas souvenir d’avoir parcouru la jungle. Trop de dangers y rôdent. À présent que je suis capable d’assurer ma propre protection, j’observe les arbres avec une curiosité enfantine. Combien de fois ai-je entendu les récits des guerriers, arpentant la jungle d’arbre en arbre, passant de l’un à l’autre avec une dextérité folle ? Avec le temps, je voyais dans ces récits des exagérations destinées à glorifier leurs exploits.

À présent, je comprends. La jungle d’ici n’est pas comparable aux forêts. Les arbres massifs étendent des branches tout aussi imposantes, pointant leurs bras boisés d’un arbre à un autre comme des ponts naturels. Si tous ne sont pas reliés, ces majestueux colosses de la nature forment, sans le savoir, des accès pour ceux capables d’atteindre ces hauteurs et de braver le vertige.

Dans cet espace, les rayons du soleil traversent difficilement la canopée. Bien qu’il fasse jour, la lumière est loin d’être aussi éclatante que dans la grande plaine. C’est un terrain plus propice aux shaakts qu’ailleurs. Il faut faire attention.

La végétation est dense, mais malgré cela, une légère brise vient caresser ma peau qui commence à perler de transpiration à grosses gouttes. Un mince filet glacial court le long de mon dos. Le danger peut venir de partout. Derrière chaque large feuille, chaque tronc particulièrement imposant ou dans les hauteurs vertigineuses, peuvent se tapir des prédateurs mortels.

D’ailleurs, j’entends la faune locale, comme une musique rythmée et vivante. Les cris des animaux qui se disputent ou s’alertent, le battement d’ailes des oiseaux et des prédateurs aériens quand ils ne crient pas, ainsi que celui des insectes, particulièrement omniprésent, me tournant autour depuis que j’ai foulé cette dense région.

Ce milieu m’est inconnu. Moi qui ai l’habitude des habitations, cela me change beaucoup. D’un autre côté, je perçois cette nouveauté comme un défi à relever. Il y a ici quelque chose. Un danger qui a poussé la créature à fuir son habitat. Il est amusant de jouer à qui parviendra à débusquer l’autre en premier.

Loin d’être démunie, j’ai tiré une récente expérience de ma déconvenue dans les marais proches d’ici. Bien que mes seules capacités de dissimulation résident dans ma capacité à ne faire aucun bruit lorsque je me déplace et dans le bien provenant de mon père qui me permet de changer les couleurs de mes équipements pour mieux me fondre dans la forêt, je suis également en mesure de me déplacer d’une façon… unique.

Je m’approche de l’arbre le plus proche de moi et observe son tronc et les nombreuses anfractuosités qui le composent. D’une main habile, je retire mon shoge dénué de corde et l’enserre dans mon fouet avant de le projeter six mètres plus haut. Le grappin, accroché dans l’épaisse écorce, me permet de hisser le reste de mon corps, escaladant les quelques mètres qui nous séparent avec une facilité savoureuse.

Je continue mon ascension jusqu’à atteindre les premières branches : épaisses, solides et nombreuses. À cette hauteur, nul n’attend un humain, pas même les prédateurs locaux. Entre ma capacité à réduire le bruit de mes pas et mes fouets pouvant atteindre des branches lointaines, je progresse rapidement tout en observant ce qui se trouve au sol.

Il me faut également faire attention aux créatures qui se trouvent à cette hauteur. Sans faire attention, j’ai provoqué l’envol de perroquets, dévoilant ma présence. Heureusement pour moi, seuls les insectes et les petits mammifères s’en sont inquiétés.

Arrivant sur un énième arbre, je manque d’alerter des singes sur une branche où j’avais posé mon dévolu. Proches d’eux, ils auraient pu me voir sans mal en tournant simplement la tête. Pourtant, leur esprit est accaparé par quelque chose que je ne vois pas. Et pour cause, c’est un bruit qui ne vient pas de la nature.

Le métal contre le métal.

Le tintement caractéristique de lames qui s’entrechoquent. En prêtant l’oreille, il y en a plusieurs qui s’opposent actuellement.

(C’est sûrement ça le problème !)

Sans attendre, je me rapproche du bruit, non sans contourner les singes au préalable. Je progresse aussi rapidement et discrètement que possible, jusqu’à m’arrêter net. À la même hauteur que moi, deux silhouettes sont présentes, installées sur une branche très épaisse, si ce n’est large. Encapuchonnées dans un tissu aux couleurs et motifs évoquant le feuillage, elles seraient totalement invisibles sans progresser à la même hauteur. De ma position, elles sont même difficilement décelables. En vérité, ce sont leurs arcs qui m’ont alerté en premier, dévoilant leurs propriétaires.

Tout comme les singes, leur attention est focalisée sur un point au loin, masqué par l’arbre sur lequel ils ont jeté leur dévolu, un peu plus éloigné du tronc.

(Des taurions ?)

Les couleurs seraient proches de celles des elfes verts, mais les vêtements sont trop présents pour ce peuple habitué au minimalisme vestimentaire.

(Des ayajpaks ?)

Possible, mais quelque chose me dit que la réponse est ailleurs.

Curieux et ignorant encore la source de leur attention, je cherche un moyen d’atteindre leur arbre. Il est cependant plus éloigné que je ne l’aurais voulu et je ne vois aucune branche pour m’en approcher sans sauter.

Tant pis, il me faudra prendre le risque et, au pire, me rendre invisible.

J’observe une nouvelle fois les alentours et découvre une branche plus haute, mais qui a le mérite d’être dans l’axe de leur arbre. Je me projette la scène dans mon esprit, évalue la distance, vérifie une dernière fois que mes équipements soient bien accrochés et me lance, sautant dans le vide.

Dans le creux d’une unique main tendue, mon fouet s’étend et vient attraper la branche, provoquant ainsi un effet de balancier, au lieu de me laisser m’étaler bêtement au sol. Je me laisse porter par la force du mouvement et, avant de perdre l’élan qui me fait avancer, je lâche prise pour reprendre ma chute en direction de l’arbre.

Cette fois-ci, je manque de discrétion et perçois l’agitation des deux silhouettes. Sans attendre, j’use de mon shoge pour me déplacer rapidement en hauteur. Un individu encapuchonné se déplace rapidement vers ma position, mais je suis déjà bien loin de là. Plus haut et dissimulé dans l’épais feuillage, je le vois scruter les environs avant de revenir sur ses pas.

Sa voix est audible, mais pas ses paroles. Ils usent d’une langue que je ne connais pas, mais qui ne m’est pas inconnue. Je m’apprête à demander plus d’informations à ma faéra lorsque je les vois manipuler leurs arcs, une flèche dans l’autre main. Une main noire.

(Des shaakts !)

(Ça ou les ayajpaks ont radicalement changé de teinte de peau.)

Suivant leurs regards, je découvre la scène d’un affrontement. Face à plusieurs elfes noirs armés de lames, un jeune ayajpak fait preuve d’une habileté remarquable avec ses propres armes. Ses coups rapides fendent l’air et la cuirasse de ses ennemis. Bien qu’il soit seul, il parvient à tenir ses opposants, pourtant en nombre, en respect.

(Des shaakts finalement. Mais je doute qu’ils soient là pour lui prêter main-forte.)

Cela n’a pas de sens. Des guerriers combattant au sol, des archers dans une position à l’accès compliqué, mais offrant une fenêtre de tir optimale. De leur poste, ils ne peuvent pas manquer leur cible, s’ils sont suffisamment patients.

(Un guet-apens !)

(De quoi ?)

(C’est un piège visant à tuer le guerrier. Au vu de son habileté, ce n’est pas surprenant qu’ils s’en prennent spécifiquement à lui.)

Je pourrais regarder, rester dans mon coin et ne pas risquer ma vie. Pourtant, même si je n’ai aucune raison de m’en mêler, je n’ai guère envie d’offrir cette victoire aux shaakts.

Une nouvelle fois, ils parlent entre eux et ma faéra, connaissant leur langue, est en mesure de me traduire leurs propos.

(Apparemment, ils comptent attendre que les guerriers soient presque tous abattus pour revenir s’accaparer la gloire et affaiblir le clan luttant au sol. C’est un ordre de leur cheffe.)

(Une guerre entre clans shaakts ? C’est parfait !)

Discrètement, je m’éloigne de ma position et atteins une position au-dessus d’eux. Sur leur branche d’appui, je remarque la présence d’un cordage. D’instinct, je pense à une sécurité, dans l’éventualité où ils viendraient à tomber, mais sa position me fait davantage penser à une solution de repli.

Dans le doute, et comme ils l’ont prévu, je dégaine ma Pourfen'dent et viens délicatement couper la corde en déployant au maximum mon fouet pour contourner leur vigilance. Lorsque la corde me semble sur le point de rompre, je m’arrête avant de terminer la coupure et reprends ma lame en main.

Si mon fouet seul peut atteindre sans mal la distance, les deux réunis seront trop courts. Afin de réduire la portée nécessaire, je m’assois sur la branche et me laisse doucement glisser en arrière, terminant les jambes sur mon appui végétal et le reste du corps pendu dans le vide.

Je sors ma dague de glace et, de mes bras tendus, laisse sortir deux fouets de mes mains, serrant mes armes. Le temps de préparer le terrain, ils ont bandé leur arc et s’apprêtent à décocher leur flèche.

Mes fouets font descendre mes lames jusqu’à leur hauteur et, avant qu’ils ne tirent, le fil de mes dagues coupe la corde tendue de leurs arcs, les faisant sursauter de surprise, tandis que je rétracte immédiatement mes fouets.

« Et c’est de là que vient l’expression : avoir plusieurs cordes à son arc. » leur fais-je en dévoilant ma présence.


X.24 Une danse suspendue dans la jungle.
Modifié en dernier par Jorus Kayne le sam. 1 août 2026 22:56, modifié 1 fois.

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Re: La Jungle Dense

Message par Jorus Kayne » sam. 1 août 2026 22:55

X.23 A l'ombre de la canopée.
X.24 Une danse suspendue dans la jungle.


Incrédules, les deux elfes noirs me regardent fondre sur eux depuis mon perchoir. D’un geste de la jambe, je me laisse tomber, atterrissant sur leur branche entre les deux, et, d’un geste souple, ma lame vient sectionner la carotide de celui qui se trouve désormais à ma droite. Ma victime porte ses mains à sa gorge, mais au vu de la blessure qu’il a subie, ce n’est qu’une question de secondes avant son trépas.

Son camarade, encore en vie, analyse brièvement la scène, évalue mes capacités et, comprenant la situation dans laquelle il se trouve, démuni de son arme de prédilection, décide d’opter pour une approche différente : la fuite. L’idée est bonne, mais un détail lui manque. Comme je le soupçonnais, la corde servait de point de fuite. Il s’élance dans le vide, lâche son arc, désormais réduit à l’état de lance à poisson, et dégaine une lame de jet dans ma direction, sans toucher sa cible. Son visage paniqué, comprenant trop tard que sa corde de vie souffre d’une profonde entaille, va rester dans mon esprit pendant un bon moment.

La corde cède sous son poids et il termine sa chute en hurlant, ne s’arrêtant que lorsqu’il atteint le sol dans un bruit sourd, rapidement imité par son camarade, dont la gorge ruisselle de sang.

« Deux tentatives et pas un seul ricochet. Moi qui avais parié sur au moins deux. »

En me penchant un peu trop pour observer mon œuvre, mon pied glisse sur la branche, rendue plus glissante par le sang qui la macule à présent. Je me retiens de justesse en prenant appui sur mon dernier pied encore en place et en retenant mon corps de mes deux mains sur la branche, , lorsqu'un sifflement termine sa course dans un « chtong » caractéristique, suivi par deux autres.

(Des flèches ! Il y en a d’autres !)

Tournant la tête dans la direction opposée, je distingue à présent d’autres silhouettes plus loin. Il fallait s’y attendre. Une nouvelle salve fuse dans ma direction, me forçant à bouger.

Ma situation est précaire. Faire face à des archers en les surprenant au corps-à-corps est une chose aisée, surtout lorsqu’ils sont démunis de leurs armes. Affronter des archers armés, positionnés à distance, alors que le chemin qui peut me mener jusqu’à eux n’est qu’une succession de branches limitées est… une toute autre histoire. L’évidence est de battre en retraite. De trouver une position à couvert des projectiles. Ce à quoi ils s’attendent.

C’est bien pour cela que je fais l’exact opposé. Filant aussi vite que possible dans une direction qui me rapproche d’eux, je fais un effort surhumain pour ne pas tomber.

J’ai bien franchi des huniers en pleine tempête pour sauter sur un navire ennemi. Courir sur ces chemins précaires ne devrait pas poser de problème… même si je suis la cible de projectiles mortels.

Je dois me rapprocher le plus rapidement possible, réduire la distance qui me sépare des tireurs. Plus le temps passe, plus ils ont la possibilité de me tirer dessus. Le temps joue contre moi. Inutiles dans cette situation, mes lames sont rangées afin de laisser mes mains libres et disponibles pour l’effort à venir.

Une première salve de flèches file dans ma direction et, voulant m’arrêter net, je me plie pour poser mes mains sur la branche, absorber mon mouvement vers l’avant et le transformer en une rotation plus lente du corps. La volée de flèches passe juste devant moi, alors que mon corps termine son mouvement, les pieds sur la branche épaisse, dans une élégante pirouette.

(Très belle prestation de l'éniodais qui se rattrape in extremis. La note artistique risque d'en pâtir. Qu'en pensent les jugent ?)

Je reprends mon avancée, alors qu’un ordre est glapit plus loin. Une nouvelle volée de munitions sans aucun doute.

(Coup de chance ou coup de génie, ils attendent certainement le prochain mouvement pour se décider !)

Cette fois, la prochaine volée est plus dispersée. Je pourrais être touché si j’avance, si je recule ou si je décide de m’arrêter sur place pour boire une décoction apaisante. Ne voyant aucune autre solution, je tente ma chance ainsi. Me fiant à mon instinct et à ma chance, j’exécute un salto pour réduire la surface pouvant être touchée. Sans avoir été atteint, je retrouve la fermeté de mon support, qui tangue légèrement sous mon poids. Cette histoire commence à m'agacer.

(Jorus Kayne démontre toute l'étendue de ses capacités exceptionnelles. Très belle performance de l'éniodais qui à défaut de plaire aux juges, ravis son public !)

Joignant l’acte à mon agacement, je me saisis de mes boomerangs en retombant et les lance en direction d’un des archers. Le lancer courbé le désarçonne. Deux armes de jet, deux bras pour les lancer, deux angles de tir, pour, au final, deux courbes différentes. Si le premier coup est stoppé, se plantant dans le bois de l’arc, le second se fiche dans son épaule, lui arrachant un râle de douleur. S’il ne tombe pas, il tirera bien moins efficacement à présent.

Ne voulant pas que je répète l’opération, une nouvelle salve se dirige vers moi. Je l’évite in extremis en roulant derrière une épaisse branche, laissant mon fouet s’enrouler autour de celle-ci pour m’empêcher de tomber. Une partie des flèches se plante dans le bois, une autre passe au-dessus, là où je me trouvais, tandis que deux autres font mouche. L’une me lacère le mollet, tandis qu’une autre se plante dans ma protection de torse pour s’enfoncer d’un ou deux centimètres.

(C’est pas passé loin.)

Me voilà suspendue dans les airs, attendant la prochaine salve, qui vient sans se faire prier. Pourtant, je l’évite à nouveau. Rétractant mon fouet, je remonte aisément, à la stupeur de mon public. Je leur offre un spectacle unique, et ils ignorent qu’un nouveau numéro s’apprête à voir le jour sous leurs yeux ravis, quoique légèrement déformés par la rage.

Cette fois-ci, je cours sans chercher à savoir si je vais glisser et saute dans le vide. J’aimerais bien être dans leurs petites têtes, savoir ce qu’ils pensent alors que j’imite l’envol d’un oiseau sans ailes, bondissant sur le côté en m’éloignant de mon chemin boisé. Mais j’ai l’assurance avec moi.

Mon fouet se déploie quelques mètres plus loin devant moi, autour de ce qui fut mon support, et je me mets à me balancer, avant de me lancer à nouveau dans le vide, à quelques mètres d’un arbre plus touffu que les autres. Mon corps disparaît dans l’épaisse végétation pour en ressortir… totalement invisible grâce à l’effet de ma cape.

Je stoppe mes déplacements. J’ai complètement disparu aux yeux des elfes noirs,
ou plutôt, je ne suis jamais ressortie de cet amas végétal. Confirmant mes suspicions, une volée de flèches file vers le dernier endroit connu, déchirant les feuilles et sectionnant de petites branches innocentes.

Sauf que je ne suis plus là. Avec la souplesse d’un prédateur, je me déplace sans bruit, lentement mais sûrement. Ignorant mon état actuel, mes adversaires scrutent un lieu où je ne suis plus, délaissant la plus élémentaire des vigilances : surveiller leurs arrières.

Grâce à mes fouets, je me suis déplacé sans mal derrière leurs lignes sans faire le moindre bruit.

Retenant mon souffle pour ne pas révéler ma présence, je dégaine ma Pourfen'dent, la plus efficace de mes armes. J’avance sur le chemin de bois menant à ma cible. Je ne suis pas un aventurier, je suis la brise qui souffle dans le feuillage. Je ne suis pas un combattant, je suis une partie de l'arbre, ne faisant qu’un avec l’élément de bois sous mes pieds. Je ne suis pas un assassin, je mets simplement fin à une vie qui a trop duré.

Dans un mouvement fluide de la main, la lame tranche une gorge dans un flot carmin. Tournant autour de ma victime pour ne pas tomber, je l’empêche de faire de même d’une main et, de l’autre, j’abats le suivant quelques mètres plus loin avec mon fouet.

Tout mon être est invisible sous l’effet de cette incroyable magie, mais pas le sang qui teinte à présent ma lame. Avant de laisser les deux corps tomber au sol dans l’incompréhension totale de mes ennemis, je m’assure de nettoyer mon arme sur les vêtements de ma première victime. Deux des leurs viennent de tomber sans avoir perçu la moindre menace, sans que le reflet d’une lame ait dévoilé un danger.

Deux sont tombés et ils ne savent pas comment réagir à cela.

J’estime qu’éliminer mes ennemis ainsi risque de dévoiler mon invisibilité. Alors je m’éloigne en me rattrapant à un support en hauteur et m’y laisse pendre. Je ne me suis pas entraîné à utiliser l’arbalète du maître assassin, mais dans cette situation, je ne devrais avoir aucun mal à atteindre mes cibles.

Armant l'arbalète de poing de ma main valide, mon geste alerte les elfes noirs. Je vise une cible au milieu de tous et fais fuser un carreau en pleine tête, surprenant ceux qui l’entouraient. Rapidement, j’enchaîne avec un second tir qui atteint l’épaule au lieu de la gorge.

Autour de moi, l’affolement gagne les rangs ennemis. Tous cherchent un couvert, ignorant d’où provient le danger, se cachant presque les uns des autres. Il ne me reste plus qu’à réitérer les frappes au corps-à-corps. Cependant, je capte un mouvement suspect dans le coin de mon champ de vision. Plutôt que de se terrer, l’un d’eux se meut dans une position étrange et, pris de spasmes, son corps se modifie sous mes yeux.

D’une forme humanoïde, le corps de l’elfe noir se transforme en une créature étrange, à mi-chemin entre un oiseau et un vers. Dotée d’un corps très allongé, d’un bec acéré et d’une queue se terminant par ce qui ressemble à un dard, la créature revêt deux paires d’ailes. Je lorgne un instant cette métamorphose, lorsque de ses yeux inexistants, elle pointe son bec directement dans ma direction avant de pousser un cri strident. L’instant suivant, une volée de flèches se dirige dans ma direction.

(Elle peut savoir où je me trouve ! Comment ?)

(Sans yeux, je dirais qu’elle se fie à l’ouïe ou à l’odorat.)

Ils connaissent la direction où je me trouve, mais ignorent précisément mon emplacement. Même compensée par le nombre, la nuée de flèches manque sa cible, ayant relâché ma prise pour me laisser tomber dans le vide.

Je me rattrape rapidement à l’aide de mon fouet, mais une vive douleur se fait sentir. Venant du haut, une mâchoire vient me perforer la peau sous ma protection. Un filet de sang se déverse sur moi, visible aux yeux de mes ennemis.

Je frappe la créature pour m'extraire de son étreinte avant de devoir filer rapidement entre les arbres. Les flèches se font soudainement plus précises avec le sang qui coule sur ma protection, indiquant ma position, et la bête ailée me charge sans cesse, dévoilant mes déplacements et mes potentielles cachettes.

Cette marque de sang permet de me viser, mais sans la présence de cette créature, je pourrais aisément faire disparaître les traces, ou simplement me cacher. Cette chose me pourchasse inlassablement, aidant ses camarades à ajuster leur tir.

Je suis en proie à un dilemme. Tant que je me déplace, je suis une cible très compliquée à atteindre, mais si je prends le temps de la mettre à mal, je serai criblé de flèches dans la seconde qui suit.

Je me démène pour la distancer. J’attrape des supports aléatoirement, change de direction brutalement, use de la gravité et tire de toutes mes forces sur mes fouets pour prendre de la vitesse, mais rien n’y fait. La bête ailée se déplace de façon étrange. Tournant à une vitesse folle, elle donne l’impression de nager dans l’air plutôt que de voler. Une technique qui me perturbe en plus d’être une véritable épine dans le pied, refusant de s’éloigner de moi.

(Tu n'arriveras pas à la distancer ainsi ! C’est voué à l’échec.)

La remarque est aussi cruelle que fondamentalement vraie. Je dois éviter les tirs et fuir cette chose qui me pourchasse. Ce n’est qu’une question de temps avant que ma fatigue ne devienne bien trop écrasante.

(Qu’importe les risques, j’en emporterai un maximum avec moi !)

Délaissant les esquives, j’opte pour une stratégie offensive.

Au travers des yeux des elfes noirs, une scène étrange prend vie. Alors que leur compagnon volant file au travers des arbres, pourchassant une tâche de sang volante, l’animal braque soudainement pour foncer sur un des shaakts, avant que celui-ci ne s’envole, percuté quelques mètres avant que la créature ne l’atteigne.

Arrimé à sa corde de sécurité, il se balance au bout de son lien, contemplant à son tour d’autres camarades recevant le même traitement.

Petit à petit, j’envoie valser les shaakts. Dans leur position, me tirer dessus est une tout autre histoire. Diminuant à la fois leur nombre de tireurs**,** mais également ma vitesse, ce qui devait arriver arriva.

La créature me rattrape et mord avec force mon mollet avant d’entourer son corps autour de mes jambes. Je n’ai pas le temps d’en libérer celles-ci que plusieurs flèches me transforment en porc-épic dans un hurlement de douleur.

Perdant le fil de ma course, je termine accroché à une branche d’arbre. Aucune autre prise à proximité, deux choix s’offrent à moi : tenter de remonter avec le poids supplémentaire accroché à mes jambes, ou lâcher prise et m’écraser au sol à défaut de prise visible.

Ne voulant pas leur faire ce plaisir de m’abattre comme un chien, je m’apprête à lâcher, lorsqu’une volée de flèches rugit, prenant pour cible… les elfes noirs. Les projectiles frappent les shaakts, accompagnés de sortilèges magiques. Des piliers de terre se mêlent à des jets d’eau et à des éclairs fulgurants.

La créature arrimée à mes jambes tombe elle aussi, quelques instants après m’avoir lâché, atteinte par plusieurs flèches.

Au sol, je vois de nombreux guerriers aux atours particuliers : des plumes, des capes en peau de tigre et des casques à tête de serpent : des guerriers d’Eniod.

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