Grandes Plaines du Royaume d'Exech

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Yuimen
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Grandes Plaines du Royaume d'Exech

Message par Yuimen » mer. 13 nov. 2019 23:42

Vert-Flétri, Grandes Plaines du Royaume d'Exech

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Ceux qui écoutent les histoires des ménestrels aux goûts morbides savent parfaitement à quoi s'attendre. Dans le Royaume d'Exech, le plus grand territoire sauvage n'est qu'une terre morte et désolée, témoin de bien plus de drames et de catastrophes que de miracles. Les voyageurs qui suivent la route depuis Melwasul en traversant le fleuve de l'Imive parcourent une route bien mal entretenue, jonchée d'irrégularités, de bosses et sans protection aucune. Ces plaines défraîchies portent le triste nom de Vert-flétri par les locaux qui savent pertinemment que l'herbe est plus verte ailleurs. Le fleuve descend des montagnes au sud jusque dans l'océan, le long de la frontière est du pays.

De jour, le soleil peine à éclaircir ce qui ne devrait pas l'être. La flore semble constamment à l'agonie, comme maintenue en vie par les cruelles lois de la nature. Il n'est que peu d'arbres vivants, de buissons touffus et de mousse sur la pierre dans cette immense étendue de pestilence. Les marais éphémères pullulent ici et là, dissimulés sous une herbe jaunie qui n'attend que le pied d'un inconscient pour l'emprisonner jusqu'aux hanches, là où il finira certainement ses jours. Au gré de leurs traversées, les voyageurs expérimentés ont appris à éviter de bivouaquer sur le chemin. En effet, il est quasiment impossible de trouver du bois pour alimenter un feu et même si elle reste discrète en journée, la faune est l'une des plus cruelles et sauvages du continent. Sans parler des nuées de moustiques et d'autres insectes qui n'ont de cesse de tourner autour de la moindre proie à vider de son sang.

Lorsque le ciel s'assombrit, personne ne devrait se trouver au dehors. Les hameaux et petits villages qui subsistent malgré les dures conditions de vies savent que la nuit doit être vécue entre quatre murs, solides de préférence. Chaque bruit, chaque ombre devient une menace potentielle et rares sont ceux qui reviennent de leurs investigations nocturnes après un réveil en sursaut. Ces terres sont le théâtre de multiples phénomènes paranormaux, même si les légendes qui en sont nés sont parfois des plus extravagantes.

Depuis peu, de nombreux trépassés errent dans les plaines et ses environs, s'attaquant à tous les vivants qu'ils rencontrent. Ils sont attirés par le bruit et le mouvement et chassent sans relâche des sons et des silhouettes qu'ils ont aperçu, formant ainsi des groupes toujours plus importants qui peuvent occasionnellement former des hordes. Les transports de marchandises à départ et destination d'Exech se font plus rares qu'auparavant et toujours sous bonne escorte.


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Gamemaster2
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Re: Grandes Plaines du Royaume d'Exech

Message par Gamemaster2 » dim. 19 avr. 2020 16:06

Intervention pour Adam et Eden


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Enfin. Le clapotis des sabots sur le pavé du chemin principal sonne comme un triomphe. Mais alors que les grilles du domaine se trouvent derrière eux, les chevaux ralentissent subitement avant de commencer à se disloquer. La Non-vie les quitte jusqu'à ce que les os qui les composent ne s'éparpillent sur le sol, laissant les aventuriers désemparés rouler sur quelques mètres en avalant terre et poussière. En se relevant avec difficulté, ils peuvent observer les alentours à la recherche de Valendro tout en constatant que leurs poursuivants sont toujours à leurs trousses. Après quelques minutes, Adam et Eden parviennent enfin à repérer le carrosse dans une position particulière, renversé sur le côté. En s'approchant, ils découvrent un Valendro coincé sous la masse de bois et de fer, les jambes et le bassin écrasés alors qu'il tente d'attraper l'air en grognant et vociférant à l'approche des vivants. L'homme n'est plus et semble avoir rejoint le camp adverse, désireux d'attraper un mollet qui se promène trop près de lui. Non loin de là, l'un de ses chevaux broute nonchalamment l'herbe au sol, son derrière et son flanc parcouru de quelques hématomes ici et là qui témoignent que la bête s'est certainement renversée avec le carrosse avant de parvenir à se défaire et s'échapper. Il hennit doucement d'inquiétude à l'approche des aventuriers, mais se laisse caresser et même monter sans problèmes. Cependant, aucune nouvelle du deuxième cheval qui a certainement réussi à s'enfuir lui aussi. Enfin, la bête emporte Adam et Eden sur son dos, loin des horreurs du Manoir maudit et de leurs poursuivants aisément semés qui s'éparpillent désormais sur les terres du Royaume.


><

Le soleil se lève à peine lorsque les survivants de l'expédition atteignent les murs d'Exech. Sur la zone d'embarcation, aucun visiteur, mais le service fonctionne. Les portes de la cité, elles, s'ouvrent tout juste et accueillent les nouveaux venus s'ils le souhaitent. En tout cas, ils pouvaient maintenant relâcher la pression et réfléchir calmement à la suite des événements.


Que décidez-vous, aventuriers ?


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Récompenses :
  • Adam = 3 (Fuite mouvementée du Manoir maudit) : 3 XP
  • Eden = 3 (Fuite mouvementée du Manoir maudit) + 2 (Apprentissage de "Trancheur" réussi") : 5 XP
"Bwaf Assistance, que puis-je faire pour vous ?"

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L'appel au standard "Bwaf Assistance" est taxé à hauteur de 90 Yus suivi d'une tarification de 25 Yus par minute. La discussion est susceptible d'être enregistrée s'il y a un os.

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Syelsa
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Re: Grandes Plaines du Royaume d'Exech

Message par Syelsa » dim. 1 nov. 2020 12:57

Premiers Pas

Vide et désolé. C'est ainsi que le monde s'ouvre devant moi, sous la forme de plaines immenses. Immenses et vides. La végétation rasante n'est qu'herbe brûlée ou morte et les rares arbres encore debout ne sont qu'ombres rachitiques, indignes d'être comparées aux magnifiques tours de bois et de feuilles qui ont bercées mon enfance, quand je vivais encore parmi les miens. C'est avec une certaine déception que mon regard balaie les étendues qui s'offrent à moi. Je me retourne, jette un œil à l'orée des bois. Il est encore temps de renoncer... je me secoue, pas question de décevoir ma mentor, j'ai dit que j'irai, alors je vais y aller. Même si je suis déçue, rien ne dit que cela ne va pas s'améliorer avec le temps.

Après une profonde inspiration, je descend la petite butte menant aux plaines et marche vers l'Est, comme me l'a conseillé Isqua. Plusieurs heures s'écoulent dans un étonnant silence à peine perturbé par le son du vent sifflant à mes oreilles. J'aperçois finalement la route, sorte de chemin à demi pavé et ensevelie sous la maigre végétation. Du bout du doigt, je frôle la pierre taillée par la main de ceux l'ayant créé et frissonne. Pieds nus, je préfère encore marcher sur le côté, choisissant l'étrange sensation des herbes cassantes plutôt que la froideur lisse d'une pierre qui n'est de toute façon pas assez égale pour couvrir tout le chemin. Des tronçons entiers semblent manquer ou disparaître sous la terre, mais il n'est pas difficile de suivre le chemin.

Je marche un moment, sans vraiment me presser, mais sans vraiment avoir quoique ce soit à observer, à mon plus grand regret. Tout est si vide que ça en devient presque triste. Je grignote quelques baies sauvages, la saveur légèrement acide me piquant la langue tandis que je ramasse une petite branche morte et joue avec tout en avançant, sans vraiment regarder où je vais avec attention, mais veillant tout de même à suivre le tracé sinueux du chemin vers l'Est. Le temps passe, monotone sous le ciel nuageux qui menace à chaque seconde de laisser tomber un déluge qui ne s'est pourtant toujours pas décidé à tomber.

Regardant autour de moi, je n'aperçois toujours rien et décide de m'asseoir dans l'herbe sèche pour m'arrêter quelques heures avant de repartir. Jambes croisées, ma sacoche au creux de mes genoux, je ferme les yeux et me laisse aller à cet état de sommeil sans rêve qui me redonne de l'énergie. C'est bien pour cela qu'aucun lit n'est présent dans la chaumière. À quoi bon lorsque l'on peut simplement s'asseoir deux heures pour être en forme. Et s'il m'arrive de dormir, rien ne vaut le sol moelleux tapissé d'herbe.

Cependant, lorsque j'ouvre les yeux, plutôt que le confort chaleureux de la chaumière, c'est une dizaine de paires d'yeux curieux qui me fixent. Petites créatures au poil de différentes nuances de bleu, la queue terminée par une petite boule alors que la tête, ronde et ornée de cornes, laisse apparaître une petite mâchoire, pour certains encore en train de mâchouiller je ne sais quelle plante qui doit pousser quelque part plus à distance de la route. La petite colonie de bouloums semblent me surveiller du regard. L'un d'eux, probablement un téméraire endurci, s'est même approché suffisamment pour presque me chatouiller les pieds.

- Si j'étais un prédateur je ne ferai qu'une bouchée de toi, tu devrais le savoir.

L'animal penche la tête sur le côté, comme s'il essayait de comprendre ce que je raconte, me tirant un sourire amusé. Ces petites bêtes sont mignonnes, mais un peu envahissantes d'après ma mentor qui, malgré son amour de la nature, n'aurait pas aimé voir une de leur colonie s'installer trop près de notre forêt. Lorsque je me lève, les petites créatures s'éparpillent en poussant des petits « loooouuum » adorables me tirant un sourire attendri. Seul le téméraire semble trop curieux pour avoir un instinct de survie et reste là à m'observer après avoir un peu reculé.

Un bruissement d'herbe l'alerte pourtant et le petit être tourne la tête vers l'origine du bruit. Je fais de même et l'entend simplement crier avant de disparaître dans les fourrés tandis qu'un renard en émerge. Il renifle un instant, me fixe avant de japper et de partir à la poursuite du petit bouloum probablement déjà terré sous terre, hors de portée des petites pattes du prédateur roux. Sans plus attendre, je reprends ma route, un peu rassérénée par ces rencontres. Si la nature parvient à continuer à prospérer ici, tout n'est peut-être pas aussi désolé que ces plaines. Plaines qui réservent finalement une surprise de taille lorsque la nuit commence à tomber.

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Syelsa
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Re: Grandes Plaines du Royaume d'Exech

Message par Syelsa » dim. 1 nov. 2020 12:59

Quelques feuilles

Je reste perplexe face à la vision qui s'offre à moi. Il y a des gens, des humains pour la plupart de ce que j'arrive à voir, qui sont au milieu de la route, entourées par des chariots. Il y a des cris et je peux voir des animaux au milieu du cercle formé par les chariots. Je reste immobile, observant la scène, curieuse. Je me demande ce qu'il se passe pour qu'ils soient en train de crier comme ça. Je finis par me décider et approche, profitant de l'obscurité pour atteindre les chariots. Une certaine agitation règne et je peux facilement passer la tête entre deux pour observer tout cela avec attention.

Au centre, un grand homme barbu et aux yeux bleus semble hurler sur un autre, plus petit et portant un casque. Le deuxième me tourne le dos et il m'est impossible de le voir correctement. Tout autour des gens semblent peinés ou effrayés et, plus loin, deux corps sont au sol, l'un inerte et l'autre bougeant avec difficulté. Haussant un sourcil, je fais le tour et me faufile entre deux chariots pour avoir une meilleure vue. Une femme est allongée, le visage en sueur crispée par la douleur. Sa jambe gauche est visiblement blessée. J'entends distinctement les mots « morts » et « morsure » dans la conversation des deux autres se hurlant dessus et comprends aussitôt le problème.

Je passe la barrière des chariots et avance vers la femme allongée auprès de laquelle je m'accroupis. Visiblement elle a été violemment mordue par l'autre corps allongée au sol et la plaie risque de s'infecter si rien n'est fait. J'entends des exclamations alors que je lui touche le front. Elle a de la fièvre et je doute qu'elle s'en sorte sans soin adéquats. J'entends un chuintement avant qu'une lame ne se présente devant mes yeux, me faisant loucher sur le métal froid. Je tourne la tête, rencontrant les yeux furibonds du grand type barbu qui tient une épée.

- Putain de merde t'es qui toi ?

Tous les regards sont tournés vers nous et je désigne la femme allongée au sol qui respirait avec difficulté alors que mon autre main pose ma sacoche sur le sol.

- Il me faut de la sauge, de la graisse, un bol et de l'eau chaude.

- Je t'ai posé une putain de question ! Edgart, chope la !

Un autre homme au teint buriné et aux yeux verts s'avança vers moi en tendant la main.Je fronçai les sourcils en comprenant son intention et laissait ma magie s'écouler soudainement en appelant les forces obscures à moi. Elle érupte violemment, frappant de plein fouet les deux hommes dont le teint devient livide. Le barbu lâche son arme tandis que le second tombe sur son derrière, les yeux emplis d'effroi. Le silence se fait tout autour et je prends à nouveau la parole.

- Je peux l'aider mais me faut ce que j'ai demandé. Sinon elle ne passera pas la nuit.

J'ai l'impression que personne ne bouge, mais c'est une vieille femme au large nez et aux sourcils broussailleux qui brise le silence en poussant quelques personnes, ramenant dans ses mains ce que j'ai demandé. Je lui offre un large sourire de gratitude et sort de la consoude de ma sacoche avant de commencer à la mâcher tandis que je mélange la graisse avec un peau d'eau pour y ajouter les feuilles broyées pour en faire une pâte un peu épaisse. J'entends le barbu reprendre son épée et sa voix se fait menaçante.

- Si tu lui fais du mal...

- Elle souffre déjà. Ce que je fais ne peut pas empirer son état.

Je n'ai pas le temps d'argumenter avec des ignorants. Une fois la mixture terminée, j'examine la plaie et grimace. Elle n'est pas belle et il va falloir que je me salisse un peu plus que prévu. J'ai horreur de ça en plus, même si c'est efficace et parfois indispensable.

- Quelqu'un peut lui lever un peu la jambe ? Et il me faudrait une gourde d'eau claire.

Deux hommes s'approchent. L'un soulève doucement tandis que le deuxième me tend la gourde. Je la débouche, prend une gorgée que j'utilise pour me rincer la bouche avant de la cracher au sol sous les regards surpris. La plaie commence à s'infecter, il faut que je retire au plus vite ce qui pourrait empirer son état. J'inspire avant de ventouser mes lèvres à la plaie sous les exclamations surprises. J'entends quelqu'un faire un pas, mais je termine d'aspirer et crache au sol le sang mélangé au pus, me rince la bouche et recommence. Le goût est atroce et il me faut une dizaine de succions pour que la plaie paraisse propre. Je me rince la bouche plusieurs fois une fois cela terminé et grimace avant de nettoyer la plaie à l'eau claire pour enfin y apposer le baume qui s'est épaissit suffisamment.

Une fois le baume posé sur la plaie, je mets la sauge dans l'eau chaude et attend qu'elle infuse suffisamment avant d'en faire boire quelques gorgées à la femme qui est parvenue, je ne sais comment, à rester plus ou moins consciente tout le long, gémissant plus ou moins fortement selon mes manipulations. Elle manque de s'étouffer mais finit par avaler et je peux finalement éloigner l'infusion de ses lèvres avant de me tourner vers le barbu dont l'épée, si elle n'est pas rengainée, est pointée vers le sol et non vers ma tête.

- Trempez un linge blanc dans l'infusion et posez le sur son front. Il faudrait aussi un linge propre pour bander sa plaie. Il lui faut du repos et du calme maintenant, le reste dépend d'elle.

Ils me regardent tous étrangement et il faut quelques secondes avant qu'ils ne se décident à bouger enfin. Je me relève, époussette ma robe avant que l'ombre du barbu ne me fasse relever les yeux vers lui. Il a rengainé son bout de métal coupant et me fixe un instant avant de me faire signe de le suivre. Je fais la moue mais obtempère. Visiblement la politesse ou la gratitude est une chose que les humains n'ont guère en abondance. Et dire que je suis encore loin de ma destination.

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Syelsa
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Re: Grandes Plaines du Royaume d'Exech

Message par Syelsa » dim. 1 nov. 2020 15:06

En caravane

- Merci.

Il me surprend, ce grand barbu, à me remercier à l'écart, comme s'il avait honte de le faire. Son visage marqué par le soulagement me fait m'interroger sur la relation qu'il a avec cette femme. Sa femme peut-être justement ? Ou une sœur ? Peut-être me suis-je trompée sur son compte, peut-être qu'il est simplement timide ou gêné de devoir remercier une complète étrangère. Je sens le haut de mes joues rosir alors qu'un sourire se dessine sur mes lèvres face à son remerciement. J'incline la tête en réponse et ouvre la bouche.

- Elle doit se reposer maintenant. D'ici une semaine elle devrait pouvoir bouger la jambe.

- Très bien. Nous l'emmènerons voir un guérisseur une fois en ville, mais la route est encore longue. Avec ces morts-vivants... tu n'y es pas liée, pas vrai ?

Je me disais aussi... Il doit se méfier après avoir vu mes fluides en action. Je hoche la tête, niant toute implication avec la prolifération de ces créatures sorties du repos éternel.

- Non, je n'ai pas appris les arcanes de la nécromancie, mais je sais qu'elles arpentent davantage ces lieux depuis quelques mois. Soyez prudents.

Je m'apprête à tourner les talons, mais il me demande d'attendre et me propose quelque chose que je n'avais pas envisagé.

- Je voudrais te remercier, tu as sauvé la vie d'une des nôtres. Dit-il en me tendant une bourse que j'examine avant de la prendre et de l'ouvrir. À l'intérieur, des morceaux ronds de métal. J'observe un instant la chose puis la referme et la lui rend, faisant face à un regard surpris. Que veut-il que je fasse de bouts de métal ?

- Je ne vois pas à quoi ça me servirait, mais merci. Je n'ai besoin de rien que vous possédez. Je vais reprendre la route, j'ai encore du chemin à faire. Puisse la route vous être paisible.

Il me fixe, encore surpris et je lui offre un sourire avant de faire demi-tour. Il ne me faut pas plus de quelques mètres avant qu'il ne m'interpelle à nouveau. Son insistance commence à devenir étrange et je me retourne à nouveau, plissant les yeux. Mais c'est une plutôt bonne offre qu'il me propose cette fois, et elle est difficile à refuser.

- Tu pars vers l'est, nous aussi. Joins-toi à nous. Tu iras plus vite qu'à pied et nous veillerons à ta sécurité pour te remercier. Qu'en dis-tu ?

Je n'hésite pas longtemps avant d'accepter et le suis jusqu'au centre du cercle de chariots pour qu'il informe la petite troupe de ma présence pendant les semaines à venir. On me remercie, me souhaite la bienvenue dans une étrange cacophonie. Des noms fusent, se perdent un peu au vu du nombre et je n'en retiens que bien peu sur la trentaine de personnes présentes. Et c'est donc au milieu du cercle que je passe ma première nuit de voyage, à voir s'alterner les gardes alors que l'obscurité emplit les plaines et que les dormeurs plongent dans le pays des songes.

Et c'est ainsi que, jours après jours, le voyage se passe bien plus rapidement que je ne l'avais espéré. La caravane, des marchands n'ayant pas les moyens d'aller en bateau, est en route vers Yarthiss, une ville à l'autre extrémité du continent et est lourdement protégée par une douzaine de gardes. Même les marchands sont armés. Il y a Edwart, qui est le chef des gardes, Wolfried, le barbu chef de la caravane et Filip, le cuisinier, dont je retiens rapidement le nom et le poste. D'autres discutent avec moi au fil des jours. La doyenne, Martha, qui est une marchande refusant de se poser dans une maison. Le guetteur, Reg, et son jumeau Fror, qui sont amusants et racontent souvent de petites histoires quand ils ne sont pas à balayer les alentours de leurs yeux perçants. Hildegarde, la responsable des provisions, qui surveille toujours Ferdinand, un colosse qui me semble plus large qu'un chêne et qui mange comme trois. Elina la douce femme du cuisinier qui chante des chansons pour apaiser les esprits. Ou encore Loric, celui qui gère les bœufs tirants les chariots de la caravane.

Toute cette petite troupe rend le voyage moins monotone et agréablement intéressant. Chacun à ses propres expériences à partager et, s'ils se montrent curieux à mon sujet, ils n'insistent jamais vraiment quand j'admets ne pouvoir leur répondre. Je ne peux risquer de divulguer quoi que ce soit sur ma mentor, à qui que ce soit. Je sais qu'elle s'est retirée du monde pour une raison et je ne veux pas que quelqu'un essaie de la trouver. Au lieu de quoi, je leur parle des légendes que j'ai apprises, des histoires qu'elle me contait étant plus jeune et leur donne quelques conseils sur l'utilisation des plantes, comme ce que j'ai fait le premier soir en les rencontrant et en sauvant la vie d'Agnès, la femme de Wolfried. Agnès qui, après une semaine de doute, a fini par ouvrir les yeux dénués de toute douleur ou presque. Tout le monde semblait ravi. Elle ne marche pas encore, mais sa jambe, que j'ai régulièrement continué à panser, ne met plus sa vie en danger. Elle gardera à vie les séquelles et boitera sans doute, mais au moins vivra-t-elle.

Les jours puis les semaines passent. A part quelques rencontres avec quelques trépassés, la route reste heureusement calme malgré les coups d’œil inquiets de Wolfried lors d'une nuit particulièrement orageuse. Rien n'est sorti de l'obscurité, mais il resta prudent tout le reste du trajet. Nous avons traversé quelques hameaux et un village plus conséquents où accueil chaleureux fut offert à la caravane qui échangea quelques biens avec les locaux. J'ai pu observé avec circonspection l'utilisation des fameux bouts de métal nommés yus et Agnès, amusée, s'évertua à m'expliquer l'intérêt de l'argent. Isqua n'en a jamais fait mention, probablement parce qu'elle a même oublié le principe. A quoi peut bien servir la monnaie lorsque la nature nous fournit tout ce dont on a besoin ?

C'est par un matin nuageux que la fameuse Tulorim est enfin apparut. Assise sur le chariot de tête, j'observe avec intérêt les bâtiment, les fumées s'en échappant et l'agitation que je peux percevoir même depuis le lointain. La caravane s'arrêtant quelques jours ici, je les quitte après de longs au revoir qui font verser quelques larmes. Agnès m'enlace longuement en me remerciant tant de fois que cela en devient presque gênant. Je reçois une tape sur l'épaule de Wolfried qui me souhaite de réussir ma cueillette et il glisse dans ma main la petite bourse qu'il a conservé depuis mon refus, en me faisant un clin d’œil.

- Tu aurais bien besoin de bottes, va-nu-pieds.

La remarque me fait rire et c'est ce sur ce petit échange que je les quitte, leur faisant de grands signes pour me diriger vers la grande ville proche de la mer. Ne me reste qu'à trouver où me renseigner et j'irai directement à Tuiles aux Rîmes. Simple comme la cueillette de baies !

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