Les Bois aux Sorcières

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Yuimen
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Les Bois aux Sorcières

Message par Yuimen » jeu. 14 nov. 2019 11:41

Les Bois aux Sorcières

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Au nord du Royaume, entourant le Manoir des Belmont, se trouvent quatre bois qui formaient autrefois une terre au gibier important et à la flore épanouie. Depuis quelques siècles, la nature a perdu ses droits et la forêt s'est divisée pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui, vestige de sa gloire passée. Certains disent que le sel du proche océan a finit par stériliser le sol de la région, d'autres évoquent des raisons plus surnaturelles, mais personne ne sait quoi réellement penser de ces endroits, sauf l'idée d'en rester éloigné.

De taille plus ou moins égal, les futaies abritent toutes une source d'eau en leur centre qui leur fournit les maigres forces nécessaires pour subsister. Les arbres sont tous fins et montent suffisamment haut pour créer cette ambiance oppressante qui s'empare du moral des audacieux, regrettant bien vite leur choix. S'y perdre est souvent synonyme de traumatismes pour ceux qui parviennent à en sortir, sinon de tombe pour les plus malchanceux. Ici, le bruissement des feuilles est semblable à une complainte et le vent froid fausse les sens des forestiers les plus aguerris, souvent incapables de compter sur leur expérience. Beaucoup diront que ces bois n'ont rien de naturel et qu'il y dort des menaces insoupçonnés, mais la population du Royaume n'a pas attendu pour surnommer l'endroit "Les Bois aux Sorcières".

Si les Belmont possèdent officiellement ces terres, ils les ont désormais bien délaissés. Les voyageurs sont libres d'y pénétrer à leurs risques et périls, sans personne pour leur venir en aide. On n'y trouve ni hameaux, ni petits villages, mais certains racontent avoir aperçu une bicoque plus ou moins délabrée qui disparaît dans un brouillard lorsqu'on tente de s'en approcher pour mystérieusement réapparaître dans un autre des quatre bois.

Depuis peu, de nombreux trépassés errent dans les plaines et ses environs, s'attaquant à tous les vivants qu'ils rencontrent. Ils sont attirés par le bruit et le mouvement et chassent sans relâche des sons et des silhouettes qu'ils ont aperçu, formant ainsi des groupes toujours plus importants qui peuvent occasionnellement former des hordes. Les transports de marchandises à départ et destination d'Exech se font plus rares qu'auparavant et toujours sous bonne escorte.

Lieux particuliers :
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Fromritt Verlorgot
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Fromritt Verlorgot » lun. 17 févr. 2020 23:38

Chaleureuse était la présence du demi-elfe, au point de faire baisser d’un ton l’ombre dans Fromritt.
Bientôt, avant même que les yeux humides du Verlorgot ne le découvrent, voilà que le duo s’échappait du Manoir Maudit, où un éternel souvenir de haine et de violence resterait gravé à jamais.
Son guide l’amena, le soutint par les épaules et ses paroles afin de lui donner les forces nécessaires à leur extraction. Le tourmenté voyait son corps faiblir de seconde en seconde, mais l’encouragement ainsi que l’attention particulière de Selen le poussait de l’avant.


Quelque chose qu’hier encore n’existait pas entre eux deux les avait inéluctablement liés. Un respect mutuel doublé d’une étrange alchimie semblait les rapprocher. Peut-être le mage épéiste était un baume plus puissant encore qu’il le pensait ? Ou bien était-ce cette version de Fromritt qui avait atteint cet être à l’apparence si froide ?
Dans tous les cas, le colosse le suivait aveuglément, dut-il aller jusqu’en enfer pour se trouver près de sa voix, murmure ô combien salvateur.
Néanmoins, aussi forte était la lumière qu’il apportait à son ami, la chimère du combattant le travaillait au corps et à l’esprit. Les ténèbres environnantes se muaient en démons invisibles et le moindre bruissement de feuilles faisait faire un léger sursaut au grand gaillard.


Son visage apeuré se tournait vers chaque bruit, réagissant à la seconde, contrairement au reste de son corps pataud et tremblotant. Ses gestes se faisaient de plus en plus lents et imprécis, au point tel qu’il laissât la pointe de sa lame entailler la boue et les mauvaises herbes.
Ses pieds s’enfonçaient dans la gadoue, plusieurs fois il faillit choir, mais tint bon grâce à l’aide de son sauveur.
Il avait froid maintenant, des frissons apparaissaient sur les parties visibles de son corps. Ses paupières voilaient sa vision amoindrie et après s’être éloignés de quelques kilomètres, son genou droit fléchit. L’autre tomba dans la terre humide et son enveloppe corporelle aux veines bien apparentes trembla de plus belle comme gelée et incapable de faire le moindre effort supplémentaire.


Seeee… Sa voix brisée se perdait dans un sifflement malade. …len. Peux… plus… Tandis que ses yeux se fermaient, sa tête vacillait dangereusement. Déso… lé… Lâcha-t-il dans un dernier soupir, exténué et en train de chuter.

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Selen
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Selen » sam. 29 févr. 2020 17:30

Nous marchâmes loin les terres du manoir sans tarder. La nuit était encore sombre et je craignais que l’épidémie de marche-mort n’ait dépassé le clos de la propriété. Je dirigeai notre duo vers une zone boisée du Ponant, que nous ne tardâmes pas à rejoindre. J’espérais y trouver un refuge, un abri pour la nuit où je pourrais veiller sur le sommeil du Verlogot sans craindre de me faire repérer. J’avais personnellement suffisamment dormi dans l’abri des gardes du manoir : mes blessures soignées ne me faisaient plus souffrir, et mes fluides magiques avaient repris leurs forces. Dans la marche, je soutenais mon compagnon meurtris du mieux que je pouvais, l’épaulant à certains moments, le laissant à une pénible marche solitaire à d’autres, le guidant de mes pas et de ma voix feutrée.

Ces bois avaient de quoi être terrifiants, la nuit. Les arbres montaient haut et leurs troncs étaient fins, comme autant de griffes terribles s’arrachant du sol pour nous emprisonner sous sa canopée effeuillée. Le parterre de feuilles sèches crissait sous nos pas, et nous pouvions entendre quelques fois des bouts de bois craquer, des buissons frissonner, des branches grincer sous le souffle éteint d’un vent nocturne ou sous les pas et mouvements de la faune locale. Derrière moi, Fromritt était mal en point, sursautant au moindre son, boitant à chaque pas, laissant stagner sur son visage une expression de terreur épuisée. Je savais qu’il ne tiendrait guère longtemps sans un peu de repos.

Et je n’eus pas tort : bien vite, des plaintes se firent entendre de sa voix brisée. Incapable d’articuler une phrase nette, il semblait peiner à prononcer chaque mot dans un souffle sifflant. Il titubait, dodelinant de la tête : ses yeux étaient presque clos… Il était au bout du rouleau. Et alors qu’un pas de trop alla l’envoyer au tapis, je me projetai vers lui pour lui éviter la chute, l’étreignant entre mes bras pour le poser au sol avec délicatesse. Je m’agenouillai à son côté et posai sa tête sur mes cuisses, passant une main gantée dans sa chevelure, laissant mes fluides lumineux faire leur œuvre à nouveau. Je tentai de lui instiller non pas la force ou le courage de poursuivre, car je savais que seul le repos pourrait le réparer, mais je tentai de réduire, d’apaiser les troubles dans son esprit : sa peur, son angoisse, ce qui découlait d’une lourde fatigue physique et mentale. Doucement, je le berçai jusqu’à ce que ses traits soient adoucis par la magie et ma présence. Dormait-il ? Je n’en savais fichtre rien, mais il semblait paisible. Plus paisible qu’avant, en tout cas.

« Chuuut. C’est tout. Tout ça est loin désormais, loin derrière. Je nous en ai sortis… »

Je me sentais responsable de son état, bien sûr : c’est moi qui l’avais attiré là dans cette aventure, pour des envies pécuniaires que nous ne verrions jamais. Ce Belmont était un cinglé qui ne tarderait guère à trépasser, comme tout le reste de sa famille. Je n’avais plus à m’en soucier. Je ne me souciai plus que de From. Alors qu’il était inerte, je m’affairai pour faire de l’endroit de sa chute un lieu plus ou moins confortable pour passer la nuit. Je veillai que son matelas de feuille de contienne pas quelque racine lui labourant le dos, j’étendis sur lui ma cape noire, afin qu’il n’attrape pas froid.

Je voulus faire un feu, mais le bois alentours était trop humide pour tenter quoique ce soit. Je me résignai à seulement retourner vers lui, à son côté. Je m’allongeai sur le dos, tout contre lui, une main posée sur la sienne, pour toujours garder le contact. Et j’attendis que la nuit avance, que la nuit passe, et que l’humain à mon côté montre quelques signes d’une vie retrouvée…

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Fromritt Verlorgot
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Fromritt Verlorgot » jeu. 5 mars 2020 16:24

La forêt se déroba à sa vision. Tout s’écroula en un instant fatidique. Il ressentit le poids de sa carcasse, véritable fléau, chuter comme une lourde pierre. Il attendit la rencontre avec le sol boueux qui ne vint jamais.
Quelque chose, quelqu’un le maintint puis le déposa sur un lit de feuilles avec tendresse. Plus aucune force n’émanait de son enveloppe vide. Ses paupières tenaient à peine, le laissant voir un rideau obscur éclairé par la lumière de Selen. Ses doigts fins traversèrent ses cheveux gras et humides, l’apaisant d’un délicat mouvement.


Une chaleur, un noyau de bienveillance irradiait du semi-elfe. La pâleur de son visage s’était muée en un soleil et sa chevelure ébène en un ciel noir dépourvu du moindre nuage.
À la simple vue de cet être, aussi troublée était-elle, la haine qui brûlait dans le Verlorgot s’étiolait au point de ne devenir qu’un brasier couvant pour des heures plus sombres. Les cicatrices qu’avaient tracé sa hargne se résorbaient à l’intérieur de sa chair, devenant de simples lignes blanches quelque part dans son esprit.
Doucement, la douleur mentale fit place à celle de ses blessures, plus concrète, plus rassurante. Tout son côté droit délivrait une souffrance bienvenue qui pulsait dans son aisselle, son bras, à ses doigts et à sa jambe. Elle berça Fromritt en plus des mots de son sauveur, de sa voix si rassurante.


Les battements de son cœur ralentirent et se stabilisèrent, insufflant à son corps l’ordre de se reposer. Les traits de l’espadonneur se délièrent très progressivement jusqu’à être totalement détendus. La moindre étincelle d’énergie avait quittée ses muscles, faisant retomber son visage en direction du soigneur, les yeux complètement clos.


Il était assis là, en tailleur, au milieu d’un océan qui se teintait de rouge à certain moment, lorsqu’un éclair lézardait le ciel pourtant bleu. Ses rides avaient disparues, lui donnant facilement une décennie en moins. Une force tranquille découlait de lui, comme une aura protectrice semblable à un pavois tout-puissant.
Fromritt se leva et marcha sur l’onde, sans pour autant la troubler, sauf lorsque la foudre transperçait les cieux. Sur son chemin des graines poussaient comme pour lui tracer une route avant d’éclore en de magnifiques fleurs colorées. Un air déterminé s’était forgé sur ses traits implacables autant que semblait l’être son corps tout en muscles et en volonté.
Au loin se dessinaient les courbes de trois silhouettes, une plus grande flanquée de deux plus petites. À ce moment, un franc sourire creusa un sillon sur le visage du Verlorgot. Il entama une course effréné jusqu’à eux et les fleurs l’entourant se firent plus majestueuses encore. Une lueur scintillait dans son regard empli d’amour et de bonheur.
Ses jambes battaient l’eau comme des baguettes un tambour, tandis que les éclairs burinaient le firmament à une cadence affolante. À mesure qu’il avançait, les années s’écoulaient sur son faciès faisant perdre de sa pureté à ses traits autrefois immaculés. Ses pas se firent plus lent et la flore se fana, imbibée d’hémoglobine à la lumière de la foudre.
Alors qu’il arriva face à sa femme et ses enfants, ses iris ne devinrent qu’un point minuscule. Le ciel devint un maelstrom mêlant une pluie diluvienne à des éclairs incessants. En un battement de cils, le paysage était devenu apocalyptique et des vents d’une violence inouïe emportèrent sa famille. Il ne restait plus d’eux qu’un vague souvenir et un sentiment d’une chaleur magmatique.
La Vengeance.


Ses paupières s’ouvrirent subitement, une surprise ainsi qu’une certaine incompréhension dansaient sur ses yeux. Une douce chaleur parsemait sa peau, une cape noire le réchauffait et Selen tenait sa main d’où émanait une sensation de bien-être étrange.
Plus important encore, il tendit l’oreille pour écouter sa voix rageuse, mais rien ne vint. Il jeta un coup d’œil autour de lui, constata le mal que s’était donné son acolyte pour qu’il puisse s’endormir. Au fur et à mesure qu’il comprenait, sa poigne se resserra et il voulut susurrer un mot qui fut finalement une parole au timbre étonnamment profond, presque puissant.


Merci d’être là, Selen. Il relâcha doucement ses doigts.


Le soleil peinait à pénétrer ces lieux, mais une lueur diffuse les éclairait avec une détermination exemplaire. Des bruits couraient un peu partout, la nature qui s’éveillait sans doute. Notre tulorien ne put réfréner des œillades inquiètes et sa faiblesse de la veille faisait encore trembler ses membres. Membres qui lui faisaient mal d’ailleurs, de quoi lui arracher un sourire fugace. Chaque serpent de douleur qui grouillait en lui, lui rappelait à quel point il était vivant.
Il dégagea précautionneusement l’habit du semi-humain et fit en sorte qu’il ne devienne pas plus sale qu’il ne l’était puis s’appuya sur son côté droit pour essayer de se relever. Il se rétama en beauté. Son tendon droit avait failli à sa tâche et une douleur aiguë à son aisselle l’avait fait instinctivement relâché toute force dans son bras.


Il se retrouva sur le ventre, des feuilles et quelques insectes sur le visage. Les maux tambourinaient ses blessures, ça piquait, brûlait et grattait au point de le faire grogner.
Il craqua.
Ce fut d’abord quelques sanglots puis des larmes chaudes qui tombèrent. Il contracta violemment son bras droit, fit fi de la douleur et se tourna sur le dos. Il cracha ce qui lui obstruait la bouche et mêla un rire malade à ses pleurs.


Hé hé hé hé hé, putain ! Il s’essuya les yeux avec son avant-bras gauche. Snif. J’comprends pas, Selen. J’entends plus ce cri, mais j’ai toujours peur. Hé hé hé. J’ai mal, mais j’m’en fous, mais là… Il tapa son sternum, là où son cœur devait être. Ça serre, ça serre horriblement et ça brûle. Ha ha ha ha ha. Ses sanglots s’accentuaient et il devait s’essuyer les yeux presque à chaque rire forcé.

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Selen
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Selen » ven. 13 mars 2020 13:32

Le Verlogot finit par s’endormir, et je veillai sur son sommeil avec l’attention d’une mère sur sa couvée fragile. Lorsqu’il s’éveilla, plusieurs heures plus tard, et que j’étais moi-même un peu gourd, somnolant sans dormir, je sentis une pression sur mes doigts qui me sortit de ma torpeur. Sa voix mâle venait de prononcer les premiers mots raisonnés et posés depuis notre escapade nocturne. Il me remerciait.

Le jour pointait ses lueurs éparses parvenant difficilement à percer la haute canopée de ces bois. From relâcha ma main et me tendit ma cape, avant de vainement tenter de se relever. Ses blessures, bien que traitées, le faisaient encore souffrir. À plat ventre dans la tourbe, il finit par se tourner pour cracher les feuilles qu’il avait en bouche. Il était en train de pleurer. Il était en train de rire, aussi. Et moi, face à ce mélange d’émotions, je restai impassible, sombre et perdu. Les mots qu’il prononça ne firent que confirmer la confusion et la détresse dans lesquelles il était. Je me relevai et ajustai ma cape, lui tendant une main secoureuse.

« Debout, Fromritt. Il n’est pas prudent de rester trop longtemps au même endroit, dans cette région. Tentons de rallier Exech au plus vite : là, tu pourras prendre du repos. Nous pourrons en prendre. »

J’étais prêt à l’épauler dans ce trajet qui s’annonçait plein de peines, mais il devait donner le premier élan.

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Fromritt Verlorgot
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Fromritt Verlorgot » jeu. 19 mars 2020 16:30

Selen remit les idées de Fromritt en place. Le pauvre avait craqué sans crier gare et même lui en semblait déboussolé. Il ragea d’être si pitoyable, la conscience qu’il avait reprit ne le rendait que plus triste de se voir en pareil état. Il serra les dents et détourna le regard en prenant la main salvatrice de son ami. Oui, dorénavant il pouvait le considérer comme tel, car après tout, il l’avait sauvé de bien des manières durant cette foutue expédition.


Ouais. Ouais, vraiment, je… Sa tête tourna de droite à gauche, comme pour chercher ses mots dans ce paysage lugubre. Vraiment désolé qu’tu m’vois comme ça.


Par mesure de précaution, il accepta l’aide de son acolyte pour commencer la marche. Sa jambe droite avait un appui incertain et dans ces lieux inhospitaliers, il valait mieux rester sur ses deux pieds.
Sa tenue, un peu plus digne, lui permit de mettre le ricasso de son espadon sur l’épaule. Fromritt avait complètement oublié qu’une épée splendide se trouvait dans son fourreau. Pour l’heure, il se sentait plus en sécurité avec sa dame de fer.


Mathias et Edgar, et Adam et Eden ils… Ils sont restés… Là-bas, c’est ça ?


Il connaissait plus ou moins la réponse, mais voulut se focaliser sur les obstacles tels les racines et troncs se trouvant çà et là dans ce bourbier infâme. Sa poitrine le serrait, il avait l’impression d’avoir commis le pire acte de trahison. Il sentit une fois de plus les larmes lui monter aux yeux, mais les retint de toutes ses forces. Cette faiblesse ne lui ressemblait pas et pour la première fois depuis… des lustres, il ressentait du dégoût pour cette mollesse d’esprit.

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Syelsa
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Syelsa » mar. 8 sept. 2020 13:57

Blanche fourrure


Le forêt est devenue plus sombre. D'année en année, le sol se stérilise, les arbres meurent, les plantes dépérissent et les cours d'eau s'assèchent. La poignée de terre que j'ai ramassé ne contient pas le moindre insecte, ce n'est qu'une terre sans vie, laissée à l'abandon malgré l'amour de la forêt. Je me souviens encore de l'herbe grasse, des hauts arbres et des animaux qui vivaient ici. Une brindille craque, non loin, et je repars, prudente. Ces choses qui arpentent désormais les bois, elles ne devraient pas y être. La corruption provient de l'extérieur, j'en suis sûre, mais il m'est interdit de m'y rendre. Je dois rester ici, apprendre, comprendre, avant de penser à sortir.

- J'espère que vous avez raison, isqua.

Ce n'est mon pas genre de remettre en cause les paroles de ma mentor, mais depuis quelques temps, elle faiblit à vue d’œil. L'âge la rattrape finalement et je crains toujours que les protections qu'elle a mise en place ne tiennent plus et que le monde apprenne son existence, au cœur même de ces bois qu'elle a toujours chéri. La forêt de mes souvenirs à disparu et laissé place à cette nature à moitié morte, rongée par un mal impossible à endiguer. Les oiseaux ont déserté les arbres, presque plus aucun animal ne gambade gaiement entre les plantes, c'en est devenu désolant. J'espère me montrer à la hauteur pour l'aider dans sa tâche.

Pour l'heure, j'ai une mission, et elle n'avance guère. Trouver une pierre pour mon bâton, je pensais que ce serait facile, mais ce ne doit pas être n'importe quelle pierre, il faut qu'elle soit spéciale. Elle ne m'en a pas dit plus, aussi me voilà à arpenter la forêt en espérant tomber par hasard sur la pierre qui me conviendrait. Celle du bâton de ma mentor est d'un vert éclatant et toutes les nuances de la forêt s'y retrouvent et flamboient lorsqu'elle invoque sa magie, mais je doute de trouver une telle merveille ici. Cela fait déjà plusieurs heures que je fouille le sous-bois sans savoir où chercher, ni quoi chercher. Les seules pierres que je trouve sont banales, de simple cailloux sans propriété aucune.

J'entends soudainement un bruit. C'est léger, mais on dirait des pas, comme si un animal approchait lentement. Cela m'étonne car plus rien ou presque ne vit dans les parages, aussi je m'éloigne rapidement du bruit. Les créatures qui hantent à présent les bois, si elles laissent la chaumière tranquille, sont bien plus à l'aise dans le sous-bois et mieux vaut ne pas croiser leur route. Le bruit qui provient cette fois de ma gauche me fait tendre l'oreille. Cette fois les pas sont plus lourds, plus larges, comme si une créature massive approchait. Cela me rend curieuse, intriguée de voir ce qui peut évoluer par ici. Avisant un buisson informe de ronces noircies, je me faufile derrière et patiente, retenant à demi mon souffle.

La première créature ne tarde pas à apparaître. Un cadavre ambulant, encore un. Rien d'intéressant ici. Ces hideuses choses arpentent avec audace la région depuis quelques temps, et je crois les gens de l'extérieur responsables de ce fait. Ils ont forcément dû faire quelque chose pour réveiller ainsi autant de morts de leur sommeil paisible. Bien peu intéressée par cette apparition, je fixe avec impatience l'endroit d'où provenait l'autre bruit. Et lorsqu'elle apparaît enfin, je retiens difficilement un cri d'excitation. Enfin quelque chose que je ne connais pas !

Devant moi se tient une bête avançant sur deux jambes. Une fourrure blanche, un immense bloc de métal à la main, couverte de cuir animal et de tissu, un épais bracelet à un bras, elle a le regard vif et jaune des prédateurs et la mâchoire qui sied à ce type d'être. D'un bond, elle se jette sur le trépassé qu'elle coupe aussitôt en deux, sans plus de cérémonie. J'observe le tout en silence, me retenant de sautiller sur place à ce spectacle. C'est si inattendue et neuf ! Je dois en parler à ma mentor, la questionner. Je me demande ce que peut être cette chose. Ce n'est pas un humain ou un elfe, trop grand pour être un thorkin ou un membre du petit peuple

- Saloperie de cadavres...

Sa voix est grave et grondante, comme un grognement guttural sortant du tréfonds de son corps. A bien l'observer, il semble fatigué. Il, parce que c'est clairement un mâle au vu de sa voix et de sa physionomie, regarde autour de lui et renifle plusieurs fois, comme s'il cherchait à sentir quelque chose. Je me retiens de sortir mon grimoire et ma plume pour le dessiner et noter ce que je vois, ce n'est vraiment pas le bon moment. Je l'examine autant que possible alors qu'il semble s'agiter de plus en plus, comme s'il était nerveux. Les bois ne sont pas vraiment un endroit accueillant et nombreux sont déjà ceux devenus fous en les arpentant, mais j'aimerais l'observer un peu plus avant que cela n'arrive...

- Hey... Je sais pas qui t'es, mais sors de là.

Ses yeux fixés sur l'endroit où je me cache ont une intensité inquiétante. Il semble prêt à bondir à l'attaque et je doute de pouvoir faire grand chose contre une telle montagne de muscles, de griffes et de crocs. Vu la manière dont il s'est occupée de l'arpenteur défunt, je pense que c'est un guerrier expérimenté et puissant. Je voulais continuer à l'observer, c'est dommage... Il avance lentement, son énorme arme brandie devant lui et je suis bien obligée d'agir. Je me relève et pars en courant entre les arbres alors que je l'entends m’interpeller.

- Attends ! Reviens !

Elle va être en colère... personne n'est supposé nous voir, mais comment pouvais-je savoir qu'il pouvait me sentir à travers un buisson au beau milieu de la forêt ? Le pire, c'est que je l'entends, derrière moi, me courir après à travers les arbres. Que suis-je supposée faire à présent ?

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Syelsa
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Syelsa » mer. 28 oct. 2020 11:35

Mercenaire

Parcourir les bois a toujours été agréable. Même après que la forêt se mette à dépérir, fouler du pied la terre encore meuble, sentir la vie sous les branches des arbres avait quelque chose primordial pour moi. Je connais chaque recoins de ce bois, chaque rocher, chaque arbre, chaque buisson. Et malgré ça, impossible de semer la chose qui gagne inexorablement du terrain alors que je tente de fuir. Car je ne sais pas me battre, tout au plus puis-je espérer lui faire peur en invoquant les ombres qui emplissent les lieux, mais rien qui ne saurait arrêter totalement cette créature au pelage de neige. Elle est rapide malgré sa corpulence, je dois me souvenir de le noter plus tard.

Pas question de l'amener à la chaumière, je dois le perdre au fond de la forêt. Si personne ne peut trouver le chemin de notre maison, c'est grâce à ma mentor, car seules ses apprenties et elle peuvent passer le brouillard qui l'entoure sans se perdre indéfiniment. Mais si j'approche avec cette chose sur les talons, il pourra me suivre et trouver notre chaumière. Et c'est hors de question. Sautant par dessus un ruisseau encore vivace, je jette un bref regard en arrière, apercevant l'imposante silhouette à quelques mètres à peine. Mes lèvres se pincent de frustration. Je bifurque, tournant sur ma gauche en recommençant à courir. Cacher ne sert à rien, j'ai l'impression qu'il peut me sentir.

C'est le grognement rauque d'un arpenteur défunt qui me fige finalement. Il se tient là, claudiquant en tenant difficilement sur ses jambes. Le bruit de ma course lui a fait tourner la tête vers moi, ses yeux d'un blanc laiteux se fixant dans ma direction avant qu'il n'avance vers moi. Je n'ai que le temps d'inspirer avant qu'une ombre ne passe sur mon côté. Un éclat métallique et bientôt le mort retourne à la terre, privée de sa tête par l'imposante fourrure blanche et son arme impressionnante. Les yeux jaunes me fixent alors, le sang gouttant encore de sa lame et tâchant son pelage neigeux où je peux entrevoir quelques rayures plus sombres.

- C'était moins une pas vrai ? Tu cours sacrément vite malgré ta taille, qu'est-ce que tu fais ici ?

Je penche la tête sur le côté, détaillant encore davantage l'inconnu. Ami ? Ennemi ? Simple voyageur ? La vraie question est : que fabrique-t-il ici, au beau milieu de nos bois ? Il n'y a clairement pas sa place, je dois le faire partir. J'en oublie de répondre à sa question. Elle n'a pas grand intérêt de toute façon. Qu'importe qui je suis, il ne doit pas rester ici.

- Partez, vous n'avez rien à faire ici.

Je vois ses sourcils se hausser. Pourtant j'ai parlé d'une voix aussi douce que possible, je ne comprends pas sa réaction de refus lorsqu'il secoue la tête. La curiosité prend peu à peu le pas sur la raison, mais je ne dois pas m'intéresser à un étranger. Il doit partir et oublier m'avoir vu, c'est capital.

- Je cherche la sorcière. Je dois lui dem...

La curiosité que j'éprouvais juste un instant auparavant se mue en fureur à ses mots. Il n'est pas égaré, il est sciemment venu ici ! Il se tait en voyant mon visage et je le sens se tendre, nerveux. La magie roule sur ma peau, m'entoure alors que j'appelle les forces obscures à moi. Il n'est pas question que cet être vienne mettre en péril tout ce que ma mentor à mit une vie à bâtir. Pas question que l'ignorance et la peur venue de l'extérieur ne vienne davantage perturber ses lieux et s'en prennent à celle à qui je dois tout. Je suis prête à tout pour...

- Nessa... La voix de ma mentor résonne autour de nous et fait lever les yeux de l'inconnu. Rentre, s'il te plaît. Conduis donc notre invité jusqu'à moi.

Je suis stupéfaite et ma voix hésite, tremble légèrement tandis que ma magie retrouver son calme, s'adoucit pour disparaître dans les tréfonds des ruisseaux de fluides qui parcourent mon corps.

- Isqua ? mais et votre... C'est dangereux !

- Tout va bien, Nessa. Sa voix est apaisante comme toujours, calme et douce. Il n'est pas une menace. Guide-le, s'il te plaît.

Je reste hébétée, mais finit par m'incliner. Comment lui refuser ? Que se passe-t-il pour que ma mentor décide soudainement d'accueillir pareille créature chez elle ? Je pince les lèvres, vexée de ne pas comprendre tous les tenants et aboutissants de tout cela. J'observe un instant l'inconnu, triture nerveusement le contour de mon chapeau avant de finalement faire demi-tour pour prendre la direction de notre chaumière. J'entends les pas lourds me suivre avant que la voix qui les accompagne ne s'élève.

- Hey, tu pourrais m'attendre. C'est Nessa ton nom ? Moi c'est...

- Les noms ont un pouvoir. Je le coupe, mais parle doucement, tenant à lui expliquer. Nessa n'est pas mon nom et je ne vous le donnerai pas. Tout comme le votre ne devrait pas être donné si facilement.

- Je vois... Comment dois-je t'appeler alors? Je ne peux décemment pas t’interpeller à tout bout de champs.


- Comme vous voulez. Je nomme ma mentor isqua, car elle est sage, et elle me nomme nessa car je suis jeune. Qu'est-ce que vous êtes ?

- Drôle de coutume... Il reste pourtant pensif, semblant réfléchir sérieusement au vu de ses sourcils froncés et de ses doigts grattant son menton. Je suis un mercenaire, un guerrier.

- Dans ce cas c'est tout trouvé, macar.

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Syelsa
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Syelsa » mer. 28 oct. 2020 11:48

La Chaumière des Bois

Tout cela m'intrigue. Pourquoi ma mentor autoriserait-elle soudainement quelqu'un à la rencontrer, à pénétrer le sanctuaire qu'elle s'est efforcée de protéger pendant tant d'années ? Je n'y comprends rien. Je n'ose même pas demander la vraie raison de sa présence à l'étranger. Il est armé et dangereux, c'est certain, pourquoi Isqua tient-elle tant à le laisser entrer ? Il semble percevoir mon regard car il tourne un visage interrogateur vers moi. Je me contente de détourner la tête, le menton levé avant de marcher plus vite. C'est puéril, mais ne pas comprendre m'énerve. J'espère que j'aurai les réponses en arrivant.

Macar est calme et me suit sans faire autre chose que marcher d'un pas lourd mais paisible. Il ne voit pas – ou ignore- les coups d’œil que je lui lance régulièrement. Cette espèce m'intrigue, je n'ai jamais vu quoi que ce soit qui s'en rapproche dans les livres que j'ai pourtant étudié avec acharnement pendant des années. Isqua sait-elle ce que c'est ? Probablement, elle sait tout. Tandis que nous avançons, lui se prenant les branches basses des arbres que j'évite sans problème, tout comme les racines apparentes qui semblent tenter de faire trébucher, je reprend une distraite recherche de la fameuse pierre que je dois trouver pour mon bâton. Difficile de réussir tout en marchant d'un pas qui se veut vif et rien ne me saute aux yeux tandis que nous atteignons le brouillard qui entoure la chaumière. Un brouillard blanc, épais à couper au couteau, et dont seuls ceux invités ou guidés peuvent en sortir.

- Restez près de moi surtout, sinon vous ne retrouverez jamais votre chemin.

Et sans attendre davantage, je passe la barrière du brouillard. Ce n'est jamais une sensation agréable, il y fait très froid et humide, mais au moins cela est court lorsqu'on connaît le chemin. Je plains les pauvres hères perdus à jamais dans ce nuage laiteux. Parfois on peut percevoir une ombre, une silhouette, mais cela ne dure jamais longtemps, comme si ce n'était qu'un souvenir ou une âme perdue à jamais, condamnée à errer sans jamais trouver une sortie ou le salut. Peu importe à vrai dire, il ne faut pas entrer ici sans y avoir été invité.

Lorsque le brouillard se délite et que j'émerge de la brume, un sourire orne déjà mon visage. La chaumière est là. Ronde, à moitié soutenu par un grand arbre qui n'a jamais dépérit, elle semble en harmonie avec la nature qui l'entoure et la protège. Ses murs sont de lierre et d'écorce, son toit de mousse et d'herbe et la petite fenêtre ronde ouverte laisse filtrer la lumière bienfaisante d'un feu réconfortant. Isqua est là, attendant sur la dernière des huit marches qui mènent à la porte. Je la rejoint aussitôt, recevant une caresse affectueuse sur le haut de la tête. Âgée de plusieurs siècles, je sais qu'elle est une Hinionne, ces elfes grands et fins qui peuplent Nirtim et ce sont installée dans les contreforts des montagnes d'Imiftil. Ses yeux clairs et sa peau blanche n'ont pas changé depuis tout ce temps, mais son corps, lui montre son âge et le bâton qu'elle ne lâche jamais à présent me laisse toujours une sensation étrange. Cela devait être le signe de sa puissance, mais elle s'en sert pour se tenir et marcher. Elle m'offre un sourire.

- Tu as bien agi Nessa. Dit-elle avant de se tourner vers l'étranger resté en retrait, les yeux balayant le décor avec surprise.Bienvenue voyageur. J'ai eu vent de votre présence en ces lieux. Suivez-moi, nous avons à discuter. Nessa, je vais te demander un peu de patience et de nous attendre dehors.

Je hoche la tête, déçue malgré tout de ne pas pouvoir savoir ce qu'il se trame. Macar entre dans la chaumière sans un mot, suivit de ma mentor qui referme la porte en me lançant un regard. Je soupire et m'éloigne, consciente que si je tente de l'espionner, elle le saura et me passera un savon. Je m'installe donc un peu plus loin, sur le sol, là où j'étudie ordinairement lorsque le temps le permet. Je me pose mille questions sur ce qu'ils peuvent se dire. Vient-il demander de l'aide ? Des conseils ? Il était une époque où ma mentor partageait ses connaissances et voyageait pour aider les habitants de ce monde, mais elle a finit par abandonner, lassée du mal présent dans le cœur de chacun et s'est retranchée ici, léguant soin savoir à une poignée d'enfant qu'elle choisissait elle-même. Ses petites sorcières. Je n'ai jamais rencontré les six autres, j'espère en avoir la chance un jour.

Je relève la tête lorsque finalement la porte s'ouvre. L'étranger, poli, s'incline devant ma mentor avant qu'elle ne lui tente un objet, un pendentif. Puis il s'en va et s'en va dans le brouillard sous mes yeux médusés. Elle se contente de sourire et de me faire signe de rentrer. Je me relève aussitôt, époussette un peu ma robe et trottine jusqu'à la porte pour la suivre à l'intérieur, retrouvant avec bonheur la chaleur et le confort de la chaumière. Si elle n'est pas bien grande, le confort est plus que suffisant. Un large tapis d'herbe offre un sol moelleux alors que les murs regorgent de plantes et d'ingrédient, séchant sur des étagères. Le seul meuble en dehors du large bureau où Isqua travaille est la petite table où nous mangeons et où elle m'a appris à lire et écrire toutes ces langues. Je m'y installe, impatiente de savoir ce qu'elle va me dire. Elle s'assoit en tailleur face à moi et dépose son chapeau sur le côté après l'avoir caressé avec nostalgie.

- Tu trépignes de savoir ce qu'il voulait, n'est-ce pas? Malheureusement, je ne peux te le révéler, mais je dois discuter avec toi d'une chose importante.

- Qu'est-ce donc ?

- J'aimerais que tu fasses quelque chose pour moi, mais pour cela, tu devras quitter ces bois, seule. Je dois m'absenter et je ne peux aller faire le plein d'herbes. Je voudrais que tu le fasses pour moi.

- Moi ? Mais...

- Tu en es capable, Nessa. Tu es une élève attentive et assidue, je sais que tu trouveras tout ce qu'il nous faut. Tu devras te rendre dans le territoire des lutins, facétieuses créatures, et me ramener quelques plantes que je ne trouve plus ici.

- Pourquoi maintenant ? Je croyais que je ne devais pas sortir ! Et je n'ai pas trouvé ma pierre !

Elle fronce les sourcils et je baisse les yeux, soudainement peinée à l'idée de l'avoir peut-être mise en colère en émettant autant de doutes. Sa main enfonce un peu plus mon chapeau sur ma tête et je rigole avant de relever les yeux pour croiser son regard amusé qui redevient sérieux rapidement.

- Je dois partir de mon côté et tu es capable de t'en sortir. J'ai confiance en toi, mon apprentie. Tu dois te faire tes propres expériences à présent. Chacune des sorcières a dû un jour quitter la forêt pour avancer dans le vaste monde. Et ce n'est pas pour toujours, tu reviens ici après, ne crains rien. Acceptes-tu ?

- Bien sûr !

- Je suis fière de toi, Syelsa. Maintenant, parlons un peu de cette liste de plantes.

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Gamemaster8
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Gamemaster8 » ven. 30 oct. 2020 03:10

Intervention pré-quête pour Syelsa
De l'intérieur de la chaumière, tu entendit le cri d'un oie sauvage qui semble s'approcher. Si tu ne désires pas aller admirer le grand volatile, et bien il poursuivra son chemin, et quelques secondes plus tard, tu ne l'entendras plus. Point.

Par contre, si tu sors de la chaumière, tu pourras voir au-dessus de la fôret voler un beau spéciment d'oie sauvage. Lorsqu’elle passa au-dessus de toi, elle laissa tomber un petit caillou. Celui-ci rebondit d'arbre en arbre pour finalement rebondir sur le bout de ta botte droite. Sur celui-ci est ficelé un tout petit parchemin renfermant un message :

Nous, lutins de Tuiles aux rimes recherchons des gens vaillants et téméraires afin d’affronter les dangers de la forêt des aiguilles et y tracer une voie lutine qui partirait du village jusqu’à la boutique de Korer Haibon. Récompense généreuse promise. Pour vous rendre au village, informez-vous auprès des marchands de Tulorim.
Conseil de Tuiles-aux-rimes
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À votre service, pour le plaisir de rp !

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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Syelsa » sam. 31 oct. 2020 15:17

Sur le départ

La liste de plantes n'est pas si longue, mais celles poussant dans nos bois sont devenues trop rares et Isqua n'a plus la force d'entreprendre un tel voyage. Je comprends et suis un peu fière qu'elle me confie cette tâche. Elle me fait confiance et m'assure que, dès mon retour, nous nous pencherons sur la confection de mon bâton et une pratique plus exhaustive de la magie. J'ai appris énormément depuis qu'elle m'a recueillie, mais elle a toujours mis un point d'honneur à m'expliquer que la magie ne résolvait pas tout.

- La magie est un outil au même titre que la faux du paysan ou le marteau du forgeron. Le tout, c'est de l'utiliser de la manière adéquate.

Elle m'a souvent répété ces mots alors que je la suppliais de m'apprendre la magie pour laisser de côté l'herbologie, la géologie et toutes ces choses qui, aujourd'hui, sont ancrées dans ma mémoire. Jamais elle n'a cédé, arguant que chaque chose venait en son temps et que la magie, si elle s'apprenait, devait aussi venir naturellement. Je n'ai aucune idée de ce qu'elle entend par là, mais j'ai fini par comprendre que le temps viendrait où je saurai interpréter ses mots et où je pourrai véritablement me plonger dans l'étude des arcanes à proprement parler.

- Es-tu prête, Nessa ?

Je lève le nez de ma sacoche pour rencontrer le regard tendre de ma mentor qui me tend mon chapeau avec un sourire. Je le lui rend tout en récupérant mon chapeau que j'enfonce sur ma tête. Elle avait voulu s'assurer que mes affaires soient en bon état pour partir et, satisfaite, se met à préparer le repas tandis que je patiente, n'ayant guère de choses à emmener pour mon voyage. Quelques plantes curatives dans ma sacoche, des baies et autres petites choses à manger, mes habits et mon carnet, voilà tout. Elle me donne toute de même une petite gourde de sa confection que j'attache à la ceinture enserrant ma taille. J'aurai aimé avoir un bâton pour partir, mais tant pis, je dois être patiente, le temps viendra.

- Je suis prête et...

Un étrange bruit au dehors me fait tourner la tête. Je me relève, trottinant jusqu'à la porte que j'ouvre, passant la tête à l'extérieur avant de la pointer vers le ciel où le cri d'une oie sauvage résonne. Intriguée, j'observe le volatile passer si près de la cime des arbres qu'il risque d'y laisser quelques plumes. Un petit bruit sourd suit et un caillou tombe près de mes pieds. Ficelé à celui-ci, un petit bout de parchemin attire mon attention et je ramasse le caillou avant de déplier le message. Intriguée, je le montre à ma mentor qui l'examine avant de sourire.

- Une demande d'aide de ces petits lutins pour aller dans la forêt des aiguilles ? Et jusqu'à Korer Haibon, voilà qui tombe à point.

- Tu le connais ?

- C'est un herboriste de talent. Il pourrait avoir certaines des plantes dont j'ai besoin.

- Donc si j'aide les lutins à aller jusqu'à lui, peut-être qu'il me donnera les plantes !

Le fin sourire qui orne le visage d'Isqua me suffit. L'idée lui plaît, visiblement, et moi aussi. Le seul point incertain, c'est la présence d'autres individus que les lutins et le fait qu'ils demandent de l'aide. Je laisse ça de côté, de toute façon je partais pour aller dans la forêt des aiguilles, alors autant essayer de voir si je peux joindre l'utile à l'intéressant en allant voir du côté de cette fameuse Tuiles-au-Rîmes. Le repas étant prêt, je mange avec entrain sous le regard amusé de ma mentor qui montre un peu plus de retenue, savourant sa soupe avec calme. Lorsqu'elle termine, elle m'explique en détail comment se rende vers Tulorim et, de là, marcher vers la ville Lutine où elle est déjà allé par le passé, lorsqu'elle était encore une jeune sorcière parcourant les continents pour amasser du savoir, tout enm'invitant à demander des précisions une fois à Tulorim. Elle me met cependant en garde.

- Traite les lutins avec respect. Ce sont des créatures malicieuses qui aiment les farces et s'amuser, alors ne t'offusque pas s'ils se montrent un peu chahuteurs. Je ne me fais guère de soucis, tu seras sans doute à ton aise, mais sois tout de même prudente sur le chemin. Je ne sais ce que les humains ont fait, mais la région est devenue viciée, alors ne perd pas de temps. Tu as compris ?

- Oui, Isqua, je serai prudente.

- C'est bien, ma petite apprentie. Va, apprend, et reviens. J'aurai une surprise à ton retour.

- Vraiment ? Qu'est-ce que c'est ?! Dis-je en trépignant sur place, lui arrachant un rire cristallin avant qu'elle ne me caresse doucement la joue.

- Une surprise justement, petite curieuse. Va, Syelsa et sois sûre que tu es à la hauteur.

Elle m'embrasse sur le front avant que je n'ouvre la porte, prenne une grande inspiration, puis fait demi-tour pour l'enlacer, la serrant contre moi une dernière fois tandis qu'elle me frotte affectueusement le dos. Je ne suis pas triste de partir, parce que je vais revenir, mais j'ai quand même un peu de mal à quitter ma mentor et la chaumière qui a été ma maison pendant si longtemps. Et alors que je traverse le brouillard qui la protège, la voix de ma mentor résonne, murmure tendre à mes oreilles.

- Ce sera toujours ta maison, Syelsa.

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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Syelsa » sam. 16 oct. 2021 17:34

La douceur du retour


Voyager est à la fois reposant et insupportablement ennuyeux lorsque rien ne se passe. Sur la route menant aux Bois, je crois voyageurs et marchands, caravanes et cavaliers, habitants et soldats, de toutes les races et de toutes les tailles- ou presque. Pourtant, ce sont des rencontres éphémères. Un saigne de tête, un salut poli ou un simple regard. Souvent, il n’y a pas d’échanges et, parfois, les hommes en armes me disent d’être vigilante et de ne pas voyager seule. Les marchands, eux, sont généralement ceux avec le regard méfiant, comme s’ils craignent un quelconque danger tandis que les simples voyageurs, souvent en petits groupes marchand au milieu de la route qui est de plus en plus accidentée, se plaisent à discuter, échanger quelques mots ou informations. Comme cette petite famille partie d’un petit village et se rendant à Tulorim pour visiter de la famille. Ils ont parlé d’un monstre blanc en disant qu’il n’apparaît que la nuit, comme perdu, avant de repartir comme si de rien n’était, malgré les carcasses dévorées laissées dans son sillage. Je les écoute avec intérêt, mais doute quelque peu de leur propos. Pourquoi appeler un monstre quelque chose qui n’attaque pas simplement pour le plaisir de détruire ? Parfois les gens me semblent trop effrayés par ce qu’ils ne comprennent pas et cela m’attriste de voir à chaque fois cet écart entre la nature et la civilisation forgée dans le bois mort et la pierre arrachée du sol.

Je marche souvent la nuit, plus clémente car plus fraîche, la journée sous le zénith étant au contraire le moment de faire une pause à l’ombre d’un arbre pour se reposer. Ce que la plupart des voyageurs ne font pas, d’ailleurs, avançant péniblement sous la chaleur écrasante ou, une fois ou deux, sous une pluie battante rendant la route difficile et la terre boueuse. C’est d’ailleurs un vrai plaisir que de marcher dans cette terre meuble et fraîche plutôt que celle craquelée et parsemée de touffes d’herbes jaunâtre. Parfois, je perçois quelques animaux. Je pense apercevoir un renard roux bondir dans les fourrés un jour, et rencontre une famille de hérissons un autre jour, me hâtant de les écarter de la route qu’ils peinaient à traverser, les portant doucement de l’autre côté pour les voir disparaître dans l’herbe près d’un champ. Il n’est pas rare que je sorte de ma méditation pour voir un ou deux oiseaux proches de moi ou même, pour les plus téméraires, juchés sur mes jambes ou mes épaules, cherchant quelques miettes de nourriture que je leur offre de bonne grâce avant de les voir repartir. Je parviens même à observer une hulotte, un soir où la pleine lune donne au paysage cette pâleur et cette clarté irréelle. L’oiseau, niché sur une branche, hulule doucement, son regard braqué sur moi, comme s’il me guettait alors que je passe devant son perchoir. Le genre d’animal fascinant que je me plais à observer en retour avant de continuer ma route.

Je ne sais combien de jours il m’a fallu, mais je parviens finalement à reconnaître sans mal les plaines qui annoncent mon arrivée prochaine. Ce paysage, après avoir vu les contrés vertes et cultivées de l’est, me laisse un profond sentiment de tristesse. Il n’y a ici que de l’herbe brûlée et des arbre rachitiques, bien loin des champs et des vergers entourant Tulorim. Une fois de plus, alors que je traverse ces contrées, je me demande si, comme pour le Bois, je pourrais faire un jour quelque chose. Je l’espère en tout cas. Malgré la vue de ces Bois aux arbres noircies et corrompus, bien loin de la splendeur de la forêt de mon enfance ou de celle aux aiguilles, je ne peux empêcher un sourire de flotter sur mes lèvres. Me voilà revenue à la maison, là où j’appartiens vraiment. Je franchis l’orée et pénètre dans l’obscurité glauque de la forêt maudite. Il ne faut pas longtemps pour que je tombe sur un arpenteur défunt, mais je l’évite rapidement, je n’ai pas envie de perdre du temps avec une de ces choses, pas alors que je suis à deux doigts d’être enfin à la maison.

Enfin, je perçois et pénètre la barrière de brume et sautille d’impatience tout en avançant au milieu des ombres perdues à jamais dans ce labyrinthe magique. Lorsque j’émerge, un large sourire fleurit sur mon visage. La chaumière est là, toujours adossée contre cet arbre vénérable qui semble dominer le paysage. Il y a toujours le potager à côté d’une petite mare et le carré de terre servant à planter les herbe médicinales d’Isqua, laissé en jachère le temps que la terre se repose et soit entretenue et nourrie par les bons soins de ma mentore et de moi-même. Je me dirige aussitôt vers la porte de la chaumière, grimpant en vitesse les quelques marches pour arriver sur le perron. J’ai à peine mis un pied sur ce dernier que la porte s’ouvre, dévoilant Isqua qui sourit elle aussi, ses longs cheveux blanchis par les années flottant derrière elle. Elle ouvre les bras et je me jette au milieu pour l’enlacer en riant, heureuse de la revoir. C’est la première fois, depuis que j’ai commencé à étudier avec elle, que nous sommes séparées aussi longtemps, et je me rends compte à quel point elle m’a manqué. Son rire fait écho au mien et elle me serre dans ses bras si fort que j’ai vaguement l’impression d’étouffer. Cela ne dure pas et elle m’écarte à bout de bras pour m’observer, comme pour voir si rien n’a changé pendant ces quelques semaines de séparation.

- Je suis rentrée, Isqua !

- Bon retour à la maison, Nessa. Tu as grandi.

Je ris de nouveau en secouant la tête. Comme si je pouvais avoir grandi alors que ce n’est plus arrivé depuis des dizaines d’années. Son sourire devient énigmatique et elle me serre à nouveau dans ses bras.

- Tu as tellement grandi…

J’ai comme un étrange sentiment en entendant ces mots, comme s’ils signifiaient bien plus que ce qu’ils ne devraient. Pourtant, elle n’ajoute rien de plus et nous fait rapidement entrer dans la chaumière où un feu ronflant diffuse une douce chaleur apaisante et au-dessus duquel mijote une marmite depuis laquelle une douce odeur de soupe s’échappe, faisant frémir mes narines depuis trop longtemps privées de l’odeur de la cuisine de ma mentore. J’en salive d’avance, attirant le regard bienveillant de la sorcière qui s’installe à sa place favorite : sa vieille chaise près de son bureau. Je m’assois en tailleur à même le sol après avoir posé mon sac et défait ma cape que j’accroche près du bâton de ma mentor. Mon chapeau sur les genoux, je lui tends ma sacoche de plantes qu’elle prend et commence à trier.

- Alors, dis-moi, comment était ce voyage ?

- Incroyable ! j’ai rencontré beaucoup de monde. Les lutins, des humains. Il y avait ce petit gobelin aussi, et puis cet homme au caractère de cochon sauvage et…

Je lui raconte alors mes aventures, depuis la rencontre de ces caravaniers attaqués par un trépassés en passant par le problème rencontré par les lutins, le pêcheur bougon ou encore le centaure blessé. Je ne me gênais pas pour dire à quel point les gens étaient étranges, que la ville était horrible et sentait mauvais. Parfois elle rit de mes remarques ou anecdotes, mais hoche surtout la tête tout en triant les plantes qu’elle classe à sa façon.

- Qu’en as-tu retenu, de ce voyage ? Demande-t-elle lorsque je raconte brièvement l’ennui du voyage de retour.

- Que je n’aime pas la ville de Tulorim, que les humains sont parfois horribles, mais pas tous et que tu avais raison.

- A quel sujet ?

- Que la magie c’est aussi une question d’instinct, autant que de l’apprentissage.

- Bien ! Ce voyage a été plus que fructueux, alors, je suis ravie pour toi, Nessa. Tu peux prendre quelques jours pour te reposer, tu l’as bien mérité, puis…

- Avant cela, j’aurai une… faveur. Demandé-je en la coupant un peu prématurément.

- Oui ? Je t’écoute.

Je me lève pour aller chercher mon sac et en sortir les deux rouleaux de tissus que je lui présente. Elle les étudie un instant et lève un sourcil interrogateur, aussi je m’empresse d’expliquer.

- Je trouvais le tissu agréable, je ne savais pas quoi faire de l’argent que j’avais gagné et ma robe et mon chapeau commencent à avoir besoin d’être changé alors j’ai pensé qu’on pourrait en faire des nouveaux ? Si tu veux bien…

Je lui offre un regard plein d’envie et d’attente face auquel elle se met à sourire plus largement.

- Bien sûr, Nessa. Je vais devoir reprendre quelques mesures, mais on va te confectionner quelque chose de plus seyant.

- Merci beaucoup Isqua ! Ah, j’ai aussi trouvé ceci !

Je sors à son tour la pierre qui est sortie du sol lorsque j’ai communié avec elle et je vois les yeux d’Isqua s’écarquiller lorsqu’elle prend la pierre entre ses mains. Je lui explique comment je l’ai trouvé et je vois son regard pétiller avant qu’elle ne me redonne la pierre après l’avoir examinée.

- Et bien, Nessa, il semble que ce voyage ait été encore plus utile que je ne le pensais. Les prochaines semaines vont être intenses, j’espère que tu seras prête.

- Bien sûr Isqua, je serais plus que prête !

Car je sais ce que cela signifie. Je vais enfin obtenir mon bâton de sorcière et rien au monde ne me fait plus plaisir en cet instant.

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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Syelsa » lun. 18 oct. 2021 10:47

Le Berceau

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Être rentrée me fait un bien fou. Dès le lendemain de mon retour, Isqua s’est occupée du fameux tissu que j’ai apporté et, pendant ce qu’il a semblé être des heures, elle a mesuré chaque centimètre carré de mon corps avant de se mettre à coudre et confectionner comme elle seule sait le faire ; D’aussi loin que mes souvenirs remontent, elle a toujours cousu elle-même chaque vêtement, sac, besace, sacoche que j’utilise aujourd’hui et met un point d’honneur à ce que cela reste ainsi, car, selon elle, rien ne vaut la couture sur-mesure. Je la laisse ainsi travailler pendant de nombreuses heures, observant le tissu prendre peu à peu forme au gré de ses ajouts et de ses points. Elle commence par la robe qui sera plus longue à faire que le chapeau et se permet d’y ajouter quelques fantaisies, comme elle dit avec un sourire enthousiaste.

- Tu verras, elle t’ira très bien. Cela faisait longtemps que je ne t’avais pas cousu quelque chose.

Je hoche la tête en souriant à sa remarque. Cela me rappelle les premiers instants passés ici, quand je venais d’arriver, que je ne savais pas ce qu’il m’attendait et qu’Isqua m’a fait me sentir chez moi dans cette chaumière perdue au milieu des bois. La revoir s’atteler à la couture me renvoie à ces moments qui semblent désormais si lointains. Lorsqu’elle se lève finalement, elle me présente la robe que j’observe avec enthousiasme avant de l’enfiler aussitôt. LE tissu est doux et chaud et il semble glisser délicatement sur ma peau. Le bas de la robe s’arrête juste à mes chevilles et les manches à mes poignets. Elle est parfaite, pile à ma taille et bien plus belle que celle que je porte depuis des années maintenant. Cette dernière, posée sur une chaise servira à Isqua pour autre chose, j’en suis sûre.
Fabriquer le chapeau est étonnamment plus rapide, avec moins de fioriture et un patron de bois qu’elle garde précieusement dans un placard. Lorsqu’elle retire celui que je porte pour mettre le nouveau, je remarque qu’il est plus grand et couvre bien plus le haut de ma tête. Le petit papillon qui demeure toujours sur la pointe de mon couvre-chef s’empresse d’ailleurs de s’installer sur le nouveau, attirant le regard curieux d’Isqua qui l’examine un instant avant de sourire.

- Les lutins ont décidément des connaissances et des capacités bien étranges et singulières… Que penses-tu de tes nouveaux habits, Nessa ?

- Ils sont parfaits !

Je tourne sur moi-même pour lui montrer, attirant son regard satisfait et son sourire. Avec ses nouveaux habits et les superbes gants que j’ai reçu en cadeau des lutins, j’ai l’impression de porter quelque chose de plus que simplement du tissu. Un sentiment un peu étrange d’euphorie qui cesse dès qu’Isqua saisit son bateau et met son chapeau sur sa tête. Je la regarde, soudainement curieuse de savoir ce qu’elle compte faire en enfilant sa cape et en prenant son sac. Elle tourne son visage vers moi et hausse un sourcil.

- Et bien, Nessa, ne reste pas plantée là ! Nous avons fort à faire. Prend tes affaires et suis-moi.

- Où allons-nous ? Demandé-je en obéissant, enfilant ma cape et en passant mon sac en bandoulière.

- Au cœur de la forêt, reste près de moi.

Je la suis en hochant la tête, refermant la porte derrière nous avant de l’accompagner à la lisière de la barrière de brouillard qui entoure le petit domaine ma mentore. Elle se tourne vers moi et me fixe un instant sans rien dire avant de s’enfoncer dans el brouillard. Je reste sur ses talons, me demandant ce que ce regard et ‘air sérieux qu’elle arbore à présent peu bien signifier. La journée étant bien entamée, la lumière peine à percer un chemin à travers le sous-bois, rendant la forêt d’autant plus lugubre. Isqua avance d’un pas soutenu et me distance d’abord avant que je ne la rattrape, une fois passée la surprise. Je l’ai rarement vu si pressée, surtout que la forêt ne risque pas de s’évaporer dans la nuit. Je lève la tête vers elle en sautant par-dessus une épaisse racine, lorsqu’elle m’interpelle sans cesser de marcher.

- Dis-moi, Nessa. Qu’as-tu ressenti lorsque tu as récupéré cette pierre ?

- Difficile à exprimer… Je me sentais en communion avec la terre à ce moment précis, comme si je ne formais qu’une avec elle. Je n’avais pas peur, je me sentais bien… comme si, c’était la plus naturelle des choses.

Cela semble la ravir, mais elle n’ajoute pourtant rien à ce sujet et continue de me conduire au cœur des bois. Nous ne croisons aucun marcheur mort pour parvenir à une clairière à la jonction des quatre portions des bois. Etonnée, je m’arrête une seconde avant de trottiner pour rattraper Isqua qui n’a pas ralentis. Elle se place au centre de l’endroit et se tourne vers moi, une expression énigmatique sur le visage. D’un geste doux, elle m’invite à la rejoindre et je remarque de curieuses marques dans le sol à mesure que j’avance, comme si la terre était différente ici. Il y a définitivement quelque chose dans cet endroit, sans que je sache pourquoi. Isqua se met à genoux et me fait signe de l’imiter. J’obéis en regardant autour de moi, cherchant à comprendre, mais ma mentore ne fait pas durer le suspense éternellement.

- Ceci, Nessa, est le Berceau, et la raison pour laquelle une sorcière dotée du don de géomancie doit rester dans ces bois. Inspire et observe, ma jeune apprentie, parce qu’un jour, tu seras la gardienne de ce savoir. Ondo cundo, amortalyë !

En prononçant ces mots, elle frappe le sol de son bâton et celui-ci se met à trembler tout autour de nous, et même sous nous. Je regarde Isqua avec un mélange d’anticipation et de crainte, mais son sourire me calme quelque peu avant que le sol ne se craquelle. Tout autour de nous, le sol s’ouvre pour laisser jaillir de grandes pierres dressées vers le ciel, au nombre de huit, formant un cercle autour de nous. Des pierres plus petites entourent la première formation rocheuse, cernant le tout. Le bruit cesse lorsque toutes les pierres semblent être en place. Alors, Isqua se lève et je l’imite. D’un nouveau geste, elle m’invite à explorer l’endroit, sans m’en dire plus et, curieuse, je m’approche d’une des pierres. De forme allongée et pointant vers le ciel, elle est gravée d’un grand symbole en son centre, différent sur chacune des pierres. Je pense comprendre, au vu du nombre de pierres, mais la réponse vient d’Isqua.

- Chaque pierre représente un des fluides primordiaux. Nous appelons cet endroit le Berceau, car c’est ici que les premières sorcières fondèrent le Coven, il y a de cela des milliers d’années. C’est également là que naissent les sorcières, si on peut dire, car c’est en ce lieu qu’elles sont intronisées à leurs paris et peuvent rejoindre le Coven. Bien sûr il faut que celui-ci soit rassemblé pour que la cérémonie puisse avoir lieu, aussi, tu comprendras que nous ne sommes pas venues pour cela aujourd’hui, n’est-ce pas ?

Je hoche la tête, sans voix, observant avec un œil nouveau l’endroit où je suis pourtant passée plusieurs fois pendant toutes ces années, sans jamais me rendre compte de l’importance de ce lieu. Je passe ma main sur la pierre la plus proche, suivant les contours gravés du symbole de l’élément que je pense associer à l’eau et finis par rejoindre Isqua au centre où elle a posé une petite bourse de tissu qu’elle ouvre. Sous mon regard curieux, elle dépose huit graines et glands sur le sol et lève son regard vers moi avec un sourire.

- Choisis une graine, Nessa, mais choisis bien, car elle te sera liée pour de longues, très longues années.

Je hoche la tête et observe les graines une à une, reconnaissant sans mal la plupart d’entre elles, exceptée une, ce qui me laisse perplexe. Lorsque je tends la main, j’hésite et finit par fermer les yeux. Je m’attends à ressentir quelque chose, mais rien ne se produit et je rouvre les yeux, une moue dubitative sur le visage. Isqua m’encourage d’un regard et je recommence. Il faut de longues minutes avant qu’un éclat ne pulse et que je ne m’empare aussitôt d’une graine. Ou plus précisément d’un gland, que je montre à Isqua. Cela la fait sourire et elle récupère les autres graines disséminées sur le sol avant de tendre la main. Je lui donne le gland et elle creuse magiquement un trou dans lequel elle l’enterre avant de reboucher le trou.

- Nous allons commencer, il faut que tu te détendes complètement et que tu sortes ta pierre. Il est temps que tu obtiennes ton bâton.

***
HRP : utilisation des deux rouleaux de tissus de l'inventaire pour fabriquer : Robe de Sorcière (Habit de torse, Haute qualité) et Chapeau de Sorcière (Habit de tête, Haute qualité)

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Syelsa
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Syelsa » lun. 1 nov. 2021 16:41

Chant de création


Mon cœur tambourine dans ma poitrine malgré le conseil d’Isqua de garder mon calme tandis qu’elle m‘observe avec douceur. J’inspire longuement, expire, laisse le calme reprendre sa place dans mon cœur et mon esprit. Je suis tellement excitée à l’idée d’avoir enfin le droit de posséder mon bâton, la première étape pour accéder au titre de sorcière. Une question, pourtant, me taraude.

- Pourquoi maintenant, Isqua?

- Pour deux raisons, Nessa. Dit-elle en montrant deux de ses doigts. Premièrement parce que tu es parvenue à obtenir cette pierre qui est un élément indispensable. L’autre raison, c’est parce que ton pouvoir grandit et qu’il faut que ton bâton évolue avec ta magie. Une sorcière trop peu puissante ne pourra éveiller son bâton et une sorcière trop puissante pour un bâton nouvellement créé risquerait de le détruire ou que sa magie n’échappe à son contrôle. Trouver le juste milieu n’est pas évident, mais je sais que tu es prête à présent.

- Mais… je ne suis pas… Je n’ai pas appris à lancer des sorts comme toi.

- Ce n’est pas une question de connaissance ou de sorts, mais une question de puissance magique. Ta magie a grandi et va continuer d’évoluer et il faut que ton bâton participe à cette évolution, qu’il s’imprègne de ta magie, de ta puissance, au fur et à mesure. Est-ce que tu comprends ?

- Je pense que oui.

- Bien, alors détends-toi et nous pourrons commencer.

J’obéis, ferme les yeux et calme lentement mon excitation. Je fais le vide, ne pense à rien d’autre qu’à ce qui m’entoure. La fraicheur de la brise, le son des branches qui craquent et ondule sous le vent, la faible respiration apaisante d’Isqua non loin de moi, la fraîcheur de la terre sous mes pieds, la sensation de la pierre entre mes mains. J’inspire longuement, expire et ouvre finalement les yeux après de longues minutes. Isquan’a pas bougé et m’attend, calme et détendue. Elle hoche doucement la tête et désigne le sol. J’y pose ma pierre, juste au-dessus de l’endroit où elle a enterré la graine, avant de saisir les mains qu’elle me tend.

- Bien. Tu n’es pas encore capable d’appeler les arbres, aussi, c’est moi qui vais le faire, mais c’est ta magie, ton pouvoir et ton énergie qui doivent imprégner ton bâton, pas le mien. Dès que la pousse sortira du sol et commencera à grandir, ce sera à toi de jouer, Nessa. N’aie crainte, tu en es capable. Suis ma voix, laisse ta magie imprégner chaque fibre de bois et la pierre que tu as trouvée, et tout ira bien. Prend ton temps.

Je hoche la tête, inspire à nouveau et laisse quelques instants passer, pour me préparer à ce qui va suivre. J’ai déjà vu Isqua faire pousser des plantes. C’est toujours un processus intriguant, mais épuisant et qui peut être long de plusieurs heures, alors j’imagine que nous ne bougerons pas d’ici tout de suite. Lorsque je suis prête, je serre doucement les mains d’Isqua qui me sourit en retour avant de commencer à chanter d’une voix lente.

Imi i taurë,
Cuilë ëa ainas,
Nu i Isil,
Sairina losta,
Hlar i yello,
Eccoita !
Lohtas ho i cemen,
Ier o curuni nostas silumë.


La mélodie est lente, le chant doux et je sais aussitôt quoi faire. Lorsqu’Isqua reprend le chant, je l’accompagne, apercevant tout juste un début de sourire ourler ses lèvres tandis qu’elle continue. Nous chantons à l’unisson jusqu’à ce que la terre se craquelle pour laisser une pousse sortir et grandir peu à peu, lentement, millimètre par millimètres. A ce moment précis, Isqua s’écarte légèrement et je comprends que c’est uniquement à moi d’agir, à présent. Je continue de chanter en prenant la pierre en dextre, mon autre main accompagnant peu à peu la croissance de cette unique pousse. Je ferme les yeux et continue de chanter, encore et encore, aussi concentrée que je peux l’être, sentant à peine la soudaine fraicheur de l’eau qui ruisselle sur ma main lorsqu’Isqua abreuve doucement la plante qui se forme.

C’est long et épuisant de chanter ainsi pendant ce qui de vient plusieurs dizaines de minutes, puis une heure. J’ai la bouche sèche à force de chanter, les mains engourdies à force de soutenir la croissance de la plante qui se forme lentement alors qu’Isqua arrose régulièrement le tout. Peu à peu, la forme de la plante se précise, prend une forme qu’aucun arbre n’aura jamais. Je sens Isquame toucher l’épaule et je comprends. D’une main, je prends la pierre et la porte contre le bois. Lentement, les branches s’enroulent autour, supportent et intègrent la pierre à l’ensemble. Je sens une légère résistance, comme s’il manquait quelque chose malgré tout cela. Je porte alors une main à mon pendentif et, tout en continuant à chanter, utilise son pouvoir. Les branches et racines accompagnent mon souhait, se meuvent et prennent, comme l’a précisé Isqua, qui convient à sa propriétaire. Un grand bâton dont le sommet est éclairé par la pierre scindée en fragment plus petit. Tel un arbre, des branches semblent avoir poussé sur le côté. Il n’est pas droit, il n’est pas poli ou parfait, mais, alors qu’Isqua, usant de son pouvoir, le sort finalement de terre alors que je peine à reprendre mon souffle, vidée, épuisée, je ne peux détacher mes yeux du bâton qu’elle finit par me tendre avec un sourire empli de fierté.

- Relève-toi, Syelsa.

J’obtempère, sentant mon cœur battre rien qu’à entendre mon prénom dans la bouche de ma mentore. Je sais déjà ce que cela signifie. Je me redresse et inspire tandis qu’Isqua sort un athamé de sa robe. J’ouvre la main et la lui tend. Délicatement, elle incise ma paume, juste de quoi faire perler une goutte de sang. Je ne grimace pas, me tend à peine, top obnubilée par ce qui se joue ici.

- Ló sina sercë, sairina lutta ! O curuni nostas…

Elle me tend alors mon bâton que je saisis avec ma main entaillée. Je sens aussitôt la magie m’envahir et je suis un instant prise de court par la sensation avant que je ne parvienne à inspirer lentement. Je tiens fermement le bâton malgré l’écorce jeune et la terre qui le recouvre tandis qu’Isqua fait disparaître le trou du sol et que le Berceau retourne sous terre. Le silence de la nuit revient alors et elle sourit à nouveau, les yeux brillants.

- Ma petite sorcière…

Emue, je ne retiens pas une larme ou deux de couler lorsqu’elle me serre dans ses bras, l’enlaçant également, mon bâton toujours fermement tenu par ma main serrée. La savoir fière est une récompense encore plus importante que le bâton lui-même. J’ai franchi une étape. Une étape que je redoutais tant elle était longue à venir. Je sais que ce n’est pas la fin, simplement le tout début de ce que je dois accomplir pour enfin être une membre reconnue du Coven. Mais en cet instant, seule la fierté qui émane d’Isqua me suffit, je ne souhaite rien de plus.

***

HRP : La pierre brillante de l'inventaire est consommée lors de la création du bâton

Traduction du chant depuis l'elfique :
Dans la forêt,
La vie est bénie,
Sous la lune,
La magie fleurit,
Écoute l'appel,
Eveille-toi !
Pousse du sol,
Car une sorcière naît en cet instant.

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