Les Fermes autour de Tulorim

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Yuimen
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Les Fermes autour de Tulorim

Message par Yuimen » lun. 29 oct. 2018 11:43

Les fermes autour de Tulorim

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Profitant de l'ensoleillement et du climat qui y règne, de nombreuses fermes parsèment les alentours de Tulorim. Les plus connues sont la propriété de riches magnats, qui y produisent de nombreux vins reconnus jusqu'à Kendra Kâr – et qui ne sont pas à l'abri des contrefaçons de basse qualité. Mais on y trouve également des vergers d'agrumes ou d'oliviers et des cultures de céréales, plus classiques, ainsi que des élevages qui se multiplient lorsqu'on descend vers le Sud. Si les terres les plus proches de Tulorim sont la propriété de riches personnages et présentent des installations à l'aspect superbe malgré la misère relative des fermiers employés, cette tendance disparaît au fur et à mesure que l'on descend vers le Sud et que les terres deviennent plus sauvages et moins cultivées qu'occupées par divers cheptels.

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Annette
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Re: Les Fermes autour de Tulorim

Message par Annette » lun. 19 août 2019 04:45

L'après-midi approchait sa fin. Les ombres vibrantes des arbres fruitiers zébraient la route désormais dorée par les rayons du soleil descendant alors qu'un vent frais se levait enfin sur la région de Wiehl. Annette ferma les yeux pour accueillir l'air de fin de journée contre ses joues rougit par son long voyage sous le soleil ardent. C'était le matin même, tout juste avant que l'aube ne montre ses premières couleurs qu'elle avait quitté la maison. Elle avait embrassé pour une dernière fois sa mère, qui, après une caresse et une demande de promesse de retour, garda un œil attentif sur sa fille jusqu'à ce qu'elle disparaisse à l'horizon.

Le vent s’engouffrant désormais dans ses cheveux, Annette soupira puis sourit, un sentiment de doute et de bonheur se mélangeant dans son cœur. Elle essuya les quelques gouttes de sueurs qui perlaient sur son front alors qu'autour d'elle, de petites maisons et fermes commençaient enfin à se dessiner. Se protégeant la vision du soleil pour mieux les percevoir, elle remarqua les silhouettes d'une femme et d'un enfant la devançant. En s'approchant d'eux, Annette remarqua que tous deux semblaient porter chacune un panier bien lourd. Leur vitesse en étant affectée, la jeune femme les rejoignit bien rapidement et constata avec étonnement que la dame chantonnante portait avec elle beaucoup plus qu'un fardeau de pêches fraîchement cueillit, mais aussi, au creux d'un ventre bien rond et proéminent, la vie nouvelle. Inquiète, Annette ne put se retenir de s'exclamer:

" Madame! Pardonnez-moi! Je... je me prénomme Annette et en vous voyant j'ai... je me demandais si vous accepteriez mon aide pour transporter votre panier."

La dame ne semblait pas avoir vu la jeune femme l'approcher et se retourna haletante, tout en laissant une odeur de fleur d'oranger s’échapper de ses longs cheveux brillants et dévisagea l'inconnue d'un air méfiant. Annette lui sourit avec toute la sincérité du monde. Elle avait l'habitude que les gens prennent un temps pour déchiffrer ses traits singuliers.

" Et... vous venez d'où?"

Annette n'avait pas l'allure d'une femme du peuple de Wiehl et savait bien que son apparence avait tendance à semer le doute. En revanche, la futur mère, de sa beauté, en portait bien le nom. Sa peau lisse et basanée miroitait sous les rayons orangés du soleil mettant en valeur ses yeux du vert d'une jeune olive toujours accrochée à sa branche.


" Et bien.. Je viens d'un tout petit village à une journée de marche d'ici. Peu de personnes ne le connaissent vraiment. Certain m'ont dit qu'on pourrait le comparer à Melwasul, mais sans la pêche, en moins connu et en encore plus petit si vous pouvez vous imaginer plus petit. Hahaha..."

Tout en l'écoutant, la dame reconnu l'accent du coin, lui rendit le sourire, charmée et laissa échapper un soupir de soulagement.

" C'est un plaisir de vous rencontrer. Je suis Maltide. J'accepterais volontiers votre aide ... Anne?"

" Annette. Enchantée!" S'exclama-t'elle les bras tendus vers le panier habilement tressé.

"Oh,Désolé. Annette. "Se reprit Matilde. Faites attention, c'est assez lourd... AH, je sais! Échangeons plutôt."

En toute confiance, Annette échangea son sac de voyage en cuir usé contre le panier. Matilde le posa sur son épaule et observa d'un œil attentif les genoux de son aidante fléchir sous le poids inattendu du panier.

" Vous êtes sûre que..?"

" Ah.. oh oui oui!"

Faisant mine d'être en toute maîtrise, cette dernière reprit le pas, débalancée, tremblante et grandement ralentit. Matilde la suivit de près, attentive à ses difficultés, clairement inquiète de la situation de sa bénévole. Elle faufila ses doigts nerveux entre les quelques mèches de cheveux qui obstruaient son visage.

" Je suis vraiment désolée, les sangles du panier ont brisées ce matin même et j'espérais être en mesure de faire sans elles pour aujourd'hui, mais je constate que c'était une très mauvaise idée. Mon mari est..."

Elle s'arrêta nette le regard porté au loin. L'enfant qu'Annette avait aperçut plus tôt se trouvait à bonne distance maintenant.

" Ariane! Ariane ne t'éloigne pas!""

Annette leva les yeux du contenu de son panier pour voir la petite fille qui les attendait avec impatience. Elle était vêtue d'une robe de la couleur des fruits qui mûrissaient dans les arbres bordant la route et portait des traits similaires à ceux de sa mère.

" Ah..Je suis.. impressionnée!" Souffla-t'elle. Ah... Votre... votre fille est.. est très forte."

L'enfant portait sur son dos un panier presque aussi remplis que le sien. La petite, aux mots de l'étrangère bomba le torse et prit la pose pour montrer ses muscles dans les meilleures positions, l'air fière et le sourire taquin.

" Et vous, vous avez une drôle de tête."

" Ariane!" S'indigna Matilde.

Annette ne broncha pas.

" Haha, non.. Non. Je vous en pris ne vous inquiétez pas. Haha.. ha. J'ai bel et bien... une drôle de tête... Ma maman m'appelle même... sa petite.. sa petite souris."

La petite s’esclaffa.

" Haha! C'est rigolo. Moi j'aime bien les souris, mais maman a très peur."

L'enfant rigola davantage et Annette la rejoignit sous le regard embarrassé et un brin soulagé de Matilde. Les trois conversèrent ainsi jusqu'à rejoindre un embranchement qui les éloignait de la route principale menant vers Tulorim. Annette profita de l'occasion et prit une pause pour souffler et rattacher sa sangle de soulier si usée qu'on se demandait bien comment elle pouvait encore tenir, puis, une gorgé d'eau plus tard, elles reprirent chemin tout en suivant désormais leurs ombres qui s'étiraient devant elle. Annette parlait de son village et Matilde de leur ferme alors que la petite Ariane s'amusait à piétiner la tête de leur ombres en ricanant et chantant toute sorte de chansons enfantines.

Le ciel s'habilla doucement de ses plus beau habits rouges et même si son soleil continuait de leur chauffer la nuque, l'air commençait à se refroidir. Ariane se tenait désormais tranquille entre sa mère et Annette, leur tenant à chacune la main. Elle marchait en silence, plus ou moins attentive à la conversation. Puis soudainement, son regard sembla reprendre vie et lâcha son emprise pour pointer l'horizon du doigt. Au bout du chemin, de nouvelles silhouettes se dessinaient. Annette crut y voir un homme à la haute stature et aux épaules larges accompagné de ce qui semblait être deux jeunes garçons. Matilde joignit les mains de contentement.

" Vous êtes sauvée. Voilà mon mari."

Le mari aux cheveux noirs et ruisselant de sueur s'approchait à grand pas, un regard fixe et sévère. Il était suivit de près par ses deux fils essoufflés, visiblement plus agés qu'Ariane.

"Pardonne moi, nous avons eu des problèmes sur le chemin, mais Je t'avais pourtant dit de nous attendre ou de laisser les paniers derrière! Je ne veux pas que tu... "

" Allons, ça va." Le coupa Matilde, ses yeux olive aussi dures que ceux d'azur de son mari. "C'est parce que j'ai reçu de l'aide que j'ai prise la décision de prendre route. Je te présente Annette."

Elle présenta cette dernière d'un gracieux mouvement de main.

" Et voici mon mari, Alem. "

"Ah..."

L'homme venait tout juste de remarquer l'intruse et resta béa un instant, embarrassé. Son air se détendit et laissa paraître de jolis dents bien droites.

" Mes excuses. Je vous remercie grandement de votre aide. Je soupçonne que ma femme ait tenté de faire preuve d'un peu trop de zèle. Attendez, je vous débarrasse."

Annette ne jugea pas nécessaire de confirmer que Maltide avait bel et bien essayé de revenir chargée et laissa Alem prendre avec beaucoup d'aisance, le panier. Il le tendit ensuite à l’aîné de ses garçons et commanda à lui, son frère et sa sœur d'aller le ranger avec les autres.

Les yeux sur les enfants qui couraient ensemble aux loins et sans le moindre effort, Annette se secoua les bras et tenta de replier ses doigts engourdies. Elle allait les remercier et reprendre sa route initiale, lorsque Matilda, l’œil aiguisé, déposa une main sur une épaule.

" Je suis vraiment désolée pour le détour. Y a t'il endroit où vous devez être?"

Annette sembla surprise de la question.

" Ah euh... non. Pas spécialement. Mais... n'ayez aucunes inquiétudes, ce fut un réel plaisir."

Maltide répondit au sourire d'Annette avec un sourire encore plus resplendissant.

"Alors Laissez nous vous inviter à notre table. Vous avez marché toute la journée. "

Le bout des oreilles d'Annette prirent des couleurs

" Oh, c'est bien gentil, mais ce n'est vraiment pas nécessaire. Je suis toujours ravie de... "

" C'est une bonne idée." L'interrompit Alem.

" Il y a longtemps que nous n'avons pas accueillit quelqu'un à notre table et c'est la moindre des choses entre bonnes gens de Wielh."

Annette acquiesca en silence et se laissa tirer par Matilde sur la route leur demeure, les joues et les oreilles rougit d'embarras, mais plus encore, de reconnaissances.

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TGM
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Re: Les Fermes autour de Tulorim

Message par TGM » mar. 12 janv. 2021 11:47

-----E-----


Ah que j'aime ces villes sans murailles. La possibilité d'entrer et sortir sans devoir passer devant des gardes est vraiment agréable. Je songe néanmoins à me faire un peu oublier après mon dernier coup d'éclat et chevauche vers le Sud. En chemin, je croise un marchand itinérant se dirigeant vers la ville qui m'interpelle en me croisant.

"Jeune homme ! Avec une si belle monture, êtes-vous un aventurier ?"

Intrigué, je m'arrête près de lui et réponds en bombant le torse.

"Bien vu, l'ami ! Vous avez une mission à me confier ? Loin de la ville si possible, je n'y suis pas à l'aise."

Le voyageur, sur sa charrette tirée par un âne, éclate alors d'un rire gras avant de répondre :

"Rassurer-vous, aventurier, cela aurait lieu dans les bois. Si vous êtes intéressés, continuez vers le Sud jusqu'au village lutin de Tuiles-aux-Rimes. J'ai cru comprendre qu'ils recherchaient des aventuriers."

Lorsque je lui demande plus de détails, en particulier sur la récompense, il me dit de m'adresser directement aux lutins lorsque je les verrai, expliquant qu'il ne fait que commercer avec eux. Bien que je ne sache pas du tout en quoi cette mission consiste, elle tombe à point nommé. Il ne me reste qu'à voir si elle est suffisamment bien payée pour les risques pris. Pour cela, je n'ai d'autre choix que de suivre les indications du marchand et rencontrer ce peuple de fables qui m'est encore inconnu. Je me sépare donc de l'homme en le saluant et m'enfonce au cœur de ce continent que je commence seulement à découvrir.

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Syelsa
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Re: Les Fermes autour de Tulorim

Message par Syelsa » dim. 22 août 2021 03:38

Connexion spirituelle

Le reste du retour en bateau se fait surtout en silence, moi perdue dans mes pensées liées au bois, et Halatir occupé à gérer la barre, grognant parfois lorsqu’il doit faire un effort malgré mes recommandations d’y aller doucement. Le soleil est encore loin de se coucher et le vent chargé d’iode me fouette le visage, me forçant à garder une main sur mon chapeau pour ne pas qu’il s’envole. Rapidement, le petit bateau retrouve la direction du port pour finalement y entrer. De nouveau les bruits, l’agitation et les odeurs m’assaillent les sens et j’inspire une dernière fois l’odeur du large avant que Halatir ne manœuvre pour nous porter à quai. Captant probablement mon regard désolé sur son bras, il ouvre la bouche.

- Tu te fais pas trop de soucis pour moi. J’en ai vu d’autres. C’est le quotidien d’un pêcheur. J’espère que tu vas réussir à rentrer chez toi saine et sauve et que tu trouveras le moyen de guérir tes arbres.

Avec son aide, je saute sur le quai et lisse ma robe avant de réajuster la sacoche sur mon épaule. Je lui souris, reconnaissante de ce qu’il a fait pour moi. Je ne peux pas me forcer auprès de lui pour sa guérison ? j’espère qu’il ira bien.

- J'espère que vous vivrez longtemps, Halatir, et heureux. Et si un jour vous avez besoin, le Bois aux Sorcières vous sera ouvert, car je ne vais pas le laisser mourir.

Je le salue une dernière fois avant de prendre le chemin de la sortie de la ville, ma mission ici étant terminée. Je tiens toujours mon chapeau face au vent qui s’est levé et lui fait un signe de la main lorsqu’il me dit lui aussi au revoir une dernière fois. Il a beau avoir un sale caractère et prompt à la provocation, ça n’en reste pas moins quelqu’un de bien et j’espère que la vie lui sourira autant que possible.

Avec une certaine impatience, je marche en boitillant un peu vers la sortie la plu proche de la ville, droit vers l’ouest, évitant les lieux les plus bondés et les rues les plus sombres. Avoir vu le reflet d’une arme et le regard perçant d’un seul humain dans l’un d’elle m’a suffi à ne plus jamais en approcher une seule. Sortir de la ville m’est plus long que je ne l’aurai aimé, mais je parviens finalement à mettre le nez dehors en soupirant de soulagement. Devant moi s’étendent les vastes plains me conduisant chez moi et cela suffit à me faire sourire. Je ne vais sans doute pas croiser la caravane qui m’a conduit à l’aller, mais ce n’est pas grave, un peu de calme me fera un peu de bien pour le retour.

Une fois suffisamment éloignée de la ville, je profite de l’ombre d’un olivier pour allonger mes jambes en m’adossant au tronc noueux de l’arbre. Je sens aussitôt la vie de l’arbre et souris, ravie de sentir autre chose que le vide que je ressentais à Tulorim. Je ferme les yeux, écoute avec plaisir la nature vivre tout autour, enfonçant mes doigts dans la terre un peu sèche, mais fraîche à l’ombre de l’arbre. Quelques oiseaux chantonnent au-dessus de moi et je peux humer le parfum des olives tandis que quelques cigales chantent dans les parages.

Fouillant dans mon sac, j’en retire une des fioles de fluides de terre que j’ai acheté aux marchands. L’épais liquide de couleur maronnasse n’a à première vu rien d’engageant, mais il me suffit d’ouvrir la fiole pour sentir l’odeur de la terre après un orage, les senteurs de la mousse et du lichen de la forêt. Je ne sais pas si Isqua serait d’accord avec cette utilisation des fluides. Elle n’a jamais parlé en bien ou en mal de ce genre de chose, se contentant de m’informer de leur existence sans donner le moindre jugement. J’imagine que cela signifie que je peux en user sans crainte. Je renifle à nouveau la fiole en souriant et finis par l’ingurgiter. Le liquide n’est ni froid, ni chaud, mais il est épais, comme un sirop de baies tout juste fait. Il glisse dans ma gorge sans peine et le goût est étrange, mais ce n’est pas le goût de terre auquel je m’attendais.

Je remets la fiole vide dans mon sac et ferme les yeux. J’ai l’impression qu’il ne se passe rien au début et cela me semble étrange, mais, soudainement, les odeurs de terre m’assaillent violemment et j’inspire un grand coup ? Ma peau me gratte et j’ouvre les yeux pour voir qu’elle est couverte d’une fine pellicule semblable à de l’écorce. Mes veines sont d’un vert sombre presque noir sous ma peau et tout mon corps semble rigide. Je ferme à nouveaux les yeux, plantant mes mains dans le sol le temps que l’effet des fluides s’imprègne à mon corps.

Je sens ma conscience s’intégrer au sol. Je sens les racines sous la terre, toute la vie qui s’y abrite. J’ai l’impression de plonger toujours plus profondément, dans une fraicheur réconfortante. Puis il y a comme une présence qui s’éveille. J’ai le sentiment de pouvoir la toucher et pourtant mes doigts ne sentent que la terre sur laquelle je suis assise. Un long grondement enfle, résonne et deux immenses yeux de la couleur de l’émeraude s’ouvre et me fixe. Ils sont flous, comme indistincts, sans pupille, mais je sais qu’il me fixe. Le grondement s’amplifie et je perçois comme un son ; un simple mot.

- Curuni

J’inspire brutalement et ouvre les yeux. Autour de moi, l’obscurité a commencé à tomber et ma peau est redevenu normale. Seule la sensation me reste encore. La présence à disparu et je n’ai aucune idée de ce qu’il vient de se passer. J’inspire avant de froncer les sourcils en sentant quelque chose sous mes doigts. Sortant mes mains de la terre, je retire une pierre brillante d’un vert vivant, entourée de racines qui semblent incrustées en son sein. Je l’observe et sens une énergie similaire à la mienne en émaner. Je passe un moment à l’observer, fasciné par la pureté de la pierre. Je finis par la reposer au sol, mais l’envie de la garder avec moi est si forte que je la reprends en main aussitôt. Je sens quelque chose avec cette pierre, une sorte de connexion. Peut-être est-ce de cela dont parlait Isqua lorsqu’elle me disait de trouver une pierre pour mon bâton. Une pierre qui serait unique pour moi et qui me conviendrait.

- Est-ce vraiment si simple, Isqua ?

Je l’ai cherché longtemps, même alors que j’essayais d’aider les lutins, mais je pensais devoir être dans une forêt pour qu’elle vienne à moi. Mais cet instant… cette connexion avec la terre. Tout cela est venu si naturellement, si instinctivement… je finis par prendre la pierre et la gadrer avec moi. Elle est plus grande que ma main mais n’est pas lourde. Elle est encore pleine de terre, mais cela me semble être la meilleure chose. Je finis par la ranger dans ma sacoche, entourée des herbes que j’ai rangées. Les senteurs de la terre ont faibli, mais je les sens toujours avec bonheur. Mon regard se porte finalement vers l’Ouest, vers le Bois où je vis.

Il est temps de rentrer.

***

Absorption d'un fluide de terre 1/4

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Syelsa
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Re: Les Fermes autour de Tulorim

Message par Syelsa » mar. 28 sept. 2021 18:20

La simplicité de la vie

J’ai repris la route après l’intense et étrange expérience avec cette fiole de fluide. Les questions se bousculent dans ma tête et j’ai hâte de demander à Isqua si elle a déjà eu affaire à une telle expérience. Il y a tant de choses qui restent à découvrir. La magie est un sujet si vaste et passionnant qu’il me tarde d’enfin commencer ma formation la concernant. Les préceptes du monde, de la vie, de la mort, de la nature, des plantes, des animaux, des autres races intelligentes foulant ce monde, tout ça a rythmé mes études durant ces dizaines d’années. Et pourtant, j’ai l’impression d’en apprendre encore davantage à chaque pas que je foule, à chaque individu que je croise. Comme cet homme sur son âne qui me salue jovialement alors qu’il emmène des paniers emplis d’olives en ville. Ou ces deux individus en armures qui me dépasse, montés sur leurs chevaux en me jetant simplement un regard avant de hocher la tête et de repartir. Il y a aussi cette femme et sa fille qui cueillent des oranges dans un verger entouré de petites barrières en bois.

Je les observe quelques instants et voit la plus jeune se hisser sur la pointe des pieds pour tenter, en vain, de cueillir les fruits dans les branches les plus hautes. Elle persiste et je souris devant la scène, avant de lui donner un peu d’aide. Usant du don de l’arcane, je fais doucement pencher les branches les plus hautes qui semblent s’incliner devant la jeune fille, amusant cette dernière qui s’empresse de pointer cela du doigt à sa mère avant de ramasser les fruits. C’est sa mère qui me repère et semble comprendre rapidement puisqu’elle fait un signe de la main auquel je réponds en inclinant la tête avant de repartir. J’ai à peine fait quelques pas qu’une petite voix fluette m’interpelle. Je me retourne pour voir l’enfant courir vers mois, foulant le sol de ses souliers, soulevant sa robe pour ne pas se prendre les pieds dedans, ses cheveux tressés en natte voltigeant derrière elle. Elle s’arrête à ma hauteur, les joues rougis d'avoir couru ainsi, avec un immense sourire aux lèvres et les yeux pétillants.

- Maman m’a dit que c’est toi qui as baissé les branches ! C’est vrai ?

- Et bien… oui. J’ai vu que tu avais du mal à atteindre celles du haut.

- Wahou, merci beaucoup ! C’est pour toi ! Maman a dit que c’est pour te remercier.

Elle me tend une des oranges qu’elle vient de ramasser et je l’accepte de bon cœur avant de saluer de la main l’enfant qui repart vers sa mère. J’observe un instant le fruit, retire mes gants, puis commence à l’éplucher en reprenant la route, amusée par cette rencontre aussi douce qu’inattendue. Peut-être que les humains sont plus plaisants quand ils sont jeunes ou lorsqu’on les aide… ou alors c’est simplement le fait de vivre en dehors de la ville qui les rend moins pressés et soupçonneux que ne le sont les citadins. Je reste dubitatif sur la façon dont vivent ainsi les peuples, loin de la nature, mais il semble y avoir autant de modes de vie que de races sur ce monde. Peut-être qu’ailleurs, tout est différent.

Une fois le fruit épluché, je le mange tout en marchant, savourant la chair juteuse et acidulée de ce fruit que je n’ai pas eu l’occasion de goûter souvent. Les orangers sont inexistants dans le Bois et la plaine sèche qui l’entoure n’accueille hélas guère d’arbres susceptibles de donner ce genre de savoureux mets. C’est en me léchant les doigts que je remarque que les vergers changent du tout au tout selon les endroits. Ici des oranges, là des citrons, plus loin des olives ou des figues. Cela donne un charme à l’endroit tout en offrant le son des cigales, l’odeur fruitée ajoutée à celle de la mer qu’on aperçoit parfois au sommet d’une colline dominant le paysage.
Sentant la chaleur du soleil devenir de plus en plus forte, je profite qu’il y ait autant d’arbres pour m’aventurer dans l’un des vergers et m’installer contre un olivier pour reposer mes jambes et boire un peu d’eau. Je ferme les yeux, savourant la brise et le son des feuilles que les branches des arbres agitent doucement sous le vent. La terre est douce et pleine de vie ici. Les insectes volent tranquillement, les abeilles travaillent d’arrache-pied et leur bourdonnement, autrefois si familier, me semble presque nouveau à présent. Le Bois a tellement souffert de la corruption que même les insectes l’ont déserté, incapable de subvenir à leurs besoins parmi les arbres morts et les plantes devenant chaque jour moins vivantes. Mon premier but a toujours été de rejoindre le Convent et de rendre fière Isqua en faisant partie des Sorcières après toutes ces années qu’elle a passé à m’enseigner. J’espère que devenir l’une d’entre elles me donnera la force de raviver la vie dans le Bois…

- Hey là maraud ! Vire tes miches d’mon terrain ou il t’en cuira !

Une voix grave et pleine de colère me fait tourner la tête. J’aperçois un homme portant un chapeau de paille usé, de hautes bottes et un pantalon tout aussi usé. Il porte un grand panier sur le dos et un long bâton qu’il brandit comme si voulait effrayer les oiseaux. Il s’approche en soufflant comme un bœuf, ses yeux fixés sur moi, une moue réprobatrice sur son visage brunit par le soleil. Il ralentit finalement le pas en approchant et retire son chapeau, dévoilant un crâne presque aussi nu que son torse. Il s’incline, à ma plus grande surprise.

- Pardon mam’zelle, j’pensais mirer ces maudits vauriens de rej’tons d’l’autre empaffé d’Horel. Les auriez pas vu, par hasard ?

J’ai du mal à suivre ce qu’il raconte avec son accent à couper à la faucille et les mots qu’ils mâchent à moitié, mais j’ai bien compris qu’il m’a prise pour quelqu’un d’autre. Je me lève néanmoins et hoche la tête pour retourner son salut en retirant également mon chapeau avant de le remettre. Je suis bien incapable de lui dire si quelqu’un d’autre est dans les parages et cela suffit à le faire repartir en maugréant après m’avoir néanmoins souhaité une bonne route. Je reste interdite face à ce court échange qui prend finalement sens lorsque je le revois, quelques minutes plus tard, courir après un petit groupe d’enfant en train visiblement de se servir dans son oliveraie avant de partir en courant et en riant sous les vociférations du pauvre homme bien incapable de les rattraper. D’un mouvement de la main, une racine d’un arbre proche de leur route se lève, faisant trébucher le premier, entraînant ensuite le petit groupe qui finit par se faire enguirlander par le vieil homme tandis que je reprends ma route, amusée par l’insouciance de ces enfants et par le vieil homme acariâtre.

Les jours commencent ainsi à se succéder. Le jour étouffant laisse la place aux nuits plus fraîches que je passe à marcher pour rattraper les heures que je passe à l’ombre pendant la journée. Voyager de nuit offre d’autres visions. Des groupes de lucioles autour d’un point d’eau servant à irriguer les champs alentours offrent un ballet lumineux et hypnotique lors d’une nuit sans lune et j’ai bien souvent le nez levé vers le ciel à contempler les étoiles, les constellations et les nuages colorés offerts par le ciel nocturne. Plusieurs fois, cela me vaut de mettre le pied sur un défaut du sol ou de la route et manque de me faire tomber. Je veille alors à bien regarder où je vais, marchant toujours dans l’herbe malgré certains endroits où elle a souffert de la chaleur. La sensation de douceur sous mes pieds est réellement incomparable avec celle de marcher sur la terre battue ou la roche de la route.

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Izel
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Re: Les Fermes autour de Tulorim

Message par Izel » dim. 14 nov. 2021 13:48

Izel avait passé les jours suivant son départ du refuge des lutins à parcourir la contré sauvage. Elle n'avait hélas pas trouvé encore de faune remarquable, mais avait au moins noté quelques plantes. En revanche, elle ne savait plus vraiment où elle était, se demandant même si elle était encore dans les environs de Tulorim.

Continuant à marcher inlassablement, convaincu que ses pieds la mèneraient forcément en un lieu ou un autre, elle finit par suivre une route, espérant y trouver quelqu'un qui pourrait lui indiquer les lieux remarquables proches.

De fait, elle trouva quelqu'un. Et même deux personnes. L'une était un impressionnant woran à la fourrure blanche à la lourde épée. Sur ses épaules, se trouvait une petite femme à la peau et aux cheveux verts, avec une robe et un château pointue. Un peu surprise, Izel s'approcha et salua :

« Que les dieux vous gardent. Je suis une humble voyageuse et je cherche s'il y a un lieu remarquable ou une ville proche à découvrir. »

De ce qu'elle apprit, il n'y avait dans les environs que villes dangereuses, malfrats et déserts mortels. En revanche, ils avaient connaissance de la ville des lutins, et affirmaient qu'il y avait aussi un « campement ».

« Je viens précisément de chez les lutins mais... un campement ? Je n'ai rien vue. Je suis un peu perdu, à vrai dire. »

Il s'agissait apparemment d'un camp woran, le clan de l'aigle. La fille verte lui proposa de les suivre :

« Vous pouvez faire le trajet avec nous si vous voulez ! Comme ça vous ne serez plus perdue et peut-être que vous trouverez votre voie en chemin. »

« Ma voie est celle que les dieux me donnent. Mais, qu'Utu vous bénisse, je vous suivrais avec plaisir. Je suis curieuse de rencontrer les woran des contrées lointaines. »

Elle sourit :

« Si je puis me permettre, êtes-vous une sorte d'elfe ? Ou apparentée au dryades qu'on dit pourtant éteinte ? »

Ils se présentèrent comme Fanangä le woran et Syelsa la taurionne. Elle souleva son chapeau, sur lequel était posé un papillon. Ce nom de peuple n'était pas inconnue d'Izel, car on disait qu'ils vivaient aussi dans la jungle, quoique ne s'approchant des grandes villes ayajpak que rarement. Elle inclina la tête :

« Izel Ilhuicoatl, de l'Oianid Macktiuelti d'Eniod. Je suis en voyage pour rédiger un codex sur la faune, la flore et les peuples de l'Imiftil. »

Et, en réponse à Fanangä qui s'interrogeait sur la raison pour laquelle les dieux l'auraient amené ici, elle sourit :

« Je l'ignore aussi, mais j'ai confiance. Notre rencontre est peut-être un signe d'Utu ? L'avenir le dira. »

Ils lui proposèrent leur aide assez spontanément, ce qui était surprenant, et plutôt une bonne nouvelle. D'autant que la taurionne se décrivait comme une « sorcière des plantes ».

« Je dois voir et non m'entendre raconter des histoires, mais si vous acceptez de me conseiller, ce sera avec grand plaisir ! Mettons-nous en route ! » lança-t-elle.

Ils se mirent donc en marche, tandis que la jeune fille demandait avec curiosité pourquoi elle voulait faire un codex.

« C'est... compliqué. Disons que c'est la meilleure contribution que je puisse apporter à mon peuple, je pense... »

Izel se fit un peu plus distante. Ses raisons étaient trop personnelles pour être exposées ainsi... Cependant, quelque chose l'avait interpellé :

« Comment m'avez-vous appelé ? »

Elle expliqua alors que dans son couvent, les noms avaient une grande importance et le devaient pas être employés à la légère, c'est pourquoi elle préférait nommer les gens par d'autres noms. Le woran était ainsi Sorno silma « l'aigle blanc », et Izel serait Colehtë, du nom d'un oiseau surnommé le porte-lance. Cela la fit sourire :

« Voilà une tradition intéressante. Je m'en souviendrais. Mon peuple à une tradition similaire, et nos noms ont souvent une signification. Le mien signifie « l'unique serpent céleste ». C'est ainsi que mes parents m'ont nommés. Nos peuples ne sont peut-être pas si éloignés. »

« Je ne connais pas bien les traditions de votre peuple et je n'ai pas vu un des miens depuis de nombreuses saisons, je ne saurais dire. Vous avez un joli nom, en tout cas. »

La suite du chemin fut plus silencieuse. Syelsa s'arrêtait régulièrement pour récolter des plantes. Izel en profitait pour lui demander le nom et les vertus de ces plantes, s'efforçant de tout mémoriser comme une vraie exploratrice Ayajpak. Pour sa part, elle partit de sa propre initiative chercher à manger. Si elle ne parvint à capturer aucune proie, elle trouva au moins des baies et des champignons qu'elle savait comestible. Elle les prépara le soir, tout en récitant une courte prière à Shezal Macktotl pour le remercier de leur accorder la subsistance. Puis, comme la nuit tombait et que Huarakohatli établissait son empire, elle laissa échapper un frisson. Chaque nuit, elle se demandait si son père spirituel n'allait pas venir la chercher, si elle allait vraiment se réveiller le lendemain matin...

Mais si, elle se réveillait toujours, et ils atteignirent bientôt le camp de l'aigle.

Les worans avaient établis là un ensemble de tentes et de constructions rudimentaires. Il régnait une certaine activité, mais la principale préoccupation d'Izel était la réputation sauvage des hommes-félins. Aussi, elle se tourna vers le compagnon de route poilu pour demander s'il avait connaissance de choses à faire ou de traditions à respecter pour ne pas froisser les habitants.

« Ne répondez jamais à une quelconque provocation ou vous risquez d'avoir à vous battre devant tout le village, selon les lois Woran... qui ne seront guère à votre avantage. Les étrangers sont rarement bienvenus et, même si nous avons requis l'aide de la petite sorcière, cela s'applique tout de même. Faites preuve de respect envers les prêtresses, particulièrement la matriarche et observez ce que j'ai fait pendant le voyage, à savoir rester calme pendant la nuit, lorsqu'Utu n'est plus maître du ciel. Restez près de moi et tout ira bien. D'autres questions avant que nous n'approchions ? Les sentinelles nous ont surement déjà remarqué.  »

Des avertissements sages à défaut d'être rassurants. Parfaitement impassible, Izel hocha la tête et prit le chemin du village.

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Re: Les Fermes autour de Tulorim

Message par Syelsa » mer. 11 mai 2022 10:33

Les dents de l’herbe.


Après quelques jours de voyage, les grandes plaines à la végétation jaunie et rachitique qui bordent les Bois laissent bientôt la place à de petites collines verdoyantes aux arbres fruitiers et où on peut apercevoir, ça et là, de petites habitations entourant des champs. La route elle-même semble retrouver un second souffle, mais je continue de marcher dans l’herbe, me délectant de la sensation de fraicheur et de vie qui effleure chacun de mes pas, bien loin de la dureté irritante de la route pavée que mon compagnon de route m’enjoint à prendre. Je suis simplement plus à l’aise dans l’herbe, autant parce que je vais pieds nus, que parce que je préfère la sensation de l’herbe à la pierre taillée par l’homme. Je n’ai pas peur des chardons et autre plantes piquantes. Après des décennies à marcher ainsi, j’ai appris à rapidement retirer mon pied au moindre changement dans le sol, m’évitant de me retrouver à marcher sur des épines.

- Je préférerais te ramener en un seul morceau auprès des miens.

Je lui souris, touchée par sa prévenance. Il semble surpris et détourne le regard, me laissant perplexe, même si je n’ajoute rien. Il semble embarrassé pendant un instant. Tout comme il l’est lorsque, profitant d’un ruisseau, je me déshabille pour me laver avant de sécher au soleil. Il est resté dos à moi tout du long, comme si son regard risquait de me gêner. Cela me rappelle ce pêcheur qui semblait lui aussi gêné par ma nudité lorsque j’avais été cherché les plantes sous-marines qu’Isqua m’avait demandé de récupérer. J’admets avoir du mal à comprendre ce qui dérange tant les gens de voir quelqu’un sans vêtements. Une fois rhabillée, nous reprenons notre route et je me tourne vers Sorno silma, cherchant une réponse à mon interrogation. Cela semble l’embarrasser encore plus.

- Et bien… c’est juste… comme ça. On ne se dévoile pas devant n’importe qui. Regarde, tu portes une robe.

- C’est une robe de sorcière, c’est la tradition. Je pensais juste que les Worans ne s’encombraient pas d’habits.

- Nous ne sommes pas des animaux !

Il semble soudainement s’énerver contre moi en me fixant d’un air furieux. Tout ça alors qu’il a mal compris mes mots. Je soupire et secoue la tête.

- Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Simplement, de ce que je sais de votre mode de vie, je vous pensais davantage comme mon peuple.

- Ton peuple ?

- Les Taurions, ou elfe verts ou elfes des bois si vous préférez. Cela fait longtemps, mais, dans mes souvenirs, nous vêtir n’était pas notre première préoccupation. Mais nous ne vivons pas aussi proches des humains que vous, peut-être que c’était par nécessité.

- Peut-être, oui.

Et la conversation s’arrête là et je ne renchéris pas. Le sujet ne semble pas vraiment lui plaire et je n’ai pas pour habitude d’insister lorsque mon interlocuteur souhaite mettre fin à la conversation. Au lieu de ça, nous marchons en silence et je profite du vent qui rafraichit quelque peu mon visage agressé par le soleil dardant ses rayons sur nous depuis le milieu de la matinée. Nous croisons finalement quelques personnes, mais ceux-ci ne s’attardent pas et préfèrent même passer leur chemin rapidement. Lorsque j’en demande la raison à voix haute, curieuse, Sorno silma reste muet, mais je peux apercevoir une certaine tension dans sa mâchoire. Une fois de plus, je me retiens d’insister. Communiquer n’est pas vraiment évident par moment.

Après une halte pour manger quelques provisions devenant éparses dans nos sacs respectifs, nous reprenons la route. Le village de son clan n’est plus qu’à quelques jours de marche, alors Sorno silma semble plus heureux. Tout comme moi je le suis en revenant auprès d’Isqua. L’atmosphère se détend et il parle un peu des siens, d’Utu, le dieu soleil, des épreuves de son peuple et de sa volonté de trouver une belle woran à qui faire des enfants. Cela m’arrache un sourire et je lui conte quelques moments de ma vie, de mon apprentissage et du seul voyage que j’ai pu faire depuis que j’ai commencé à habiter dans les bois. Lui voyage beaucoup, étant une sorte de messager tout en étant un guerrier. Et chaque soir, avant que le soleil ne se couche pour de bon, il s’entraine et je l’observe manier son épée qui semble être plus grande que moi en me demandant à quoi peut bien servir pareil instrument.

J’obtiens la réponse le lendemain. Comme à mon habitude, je marche dans l’herbe, un fruit en main et une chanson soufflant entre mes lèvres, observant le paysage qui se colore toujours un peu plus en se couvrant d’arbres fruitiers et de maisons de moins en moins dispersées. Puis, une douleur terrible me prend à la cheville et je tombe au sol en criant. J’entends un juron de la bouche de mon compagnon avant de jeter un œil à mon pied. Quelque chose s’y est agrippé en le mordant violemment. Quelque chose qui ressemble à une plante, mais avec des dents qui me transpercent la cheville. Ni une ni deux, Sorno silma tranche la plante d’un coup de son épée, mais sans que cela n’enlève sa tête de ma cheville. Il s’agenouille et tente de tirer, mais je l’arrête bien vite, le pied encore plus douloureux.

- Arrêtez ! Arrêtez !

- Il faut l’enlever…

- Je sais.. Aïe… pas comme ça ! Vous allez m’arracher le pied !

- D’accord, d’accord. Je vais écarter ses mâchoires, alors retire ton pied dès que tu peux.

Je hoche la tête, les yeux humides à cause de la douleur alors qu’il s’accroupit. Des ses grandes mains, il tire de chaque côté de la mâchoire de la plante, ignorant les dents qui ne semblent pas passer ses épais gants de cuir et tire. Je récupère ma jambe avant que la mâchoire ne se referme d’un claquement sec lorsqu’il la relâche. Puis, sans hésiter, il écrase la plante du plat de son épée avant de venir vers moi alors que je tente de sortir mes propres plantes de ma sacoche, les doigts tremblants.

- Je t’avais dit de marcher sur la route…

Je ne réponds rien, gardant les lèvres serrées. Il soupire et tend la main, m’offrant un regard encourageant. Je finis par lui donner ma sacoche et il en tire le baume que je cherchais avant de l’appliquer délicatement sur ma cheville. Qui aurait cru que d’aussi énormes mains puissent être si douces ? Il enroule le tout dans un linge propre et me bande la cheville avant de se relever pour venir à ma hauteur, un sourire aux lèvres.

- Tu ne peux pas marcher dans cet état… allez !

Sans efforts et sans demander, il me soulève d’un coup et me juche sur son épaule ou je me cramponne à sa tête avant qu’il ne proteste et que je ne le lâche malgré mon appréhension. Il garde une main sur mon genou pour me garder stable et reprend la route sans plus s’attarder. Je finis par annoncer, pleine d’une mauvaise foi que je ne pensais pas posséder.

- Je pouvais marcher.

Cela le fait rire. Un rire puissant, mais doux et je me prends à rire aussi. Ma cheville me lance toujours et il faudra sans doute quelques jours avant que ça ne soit guéri, mais qu’importe. Je ne vais pas arrêter de marcher dans l’herbe pour si peu.

- Mets des bottes au moins.

- Jamais !

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Re: Les Fermes autour de Tulorim

Message par Syelsa » jeu. 12 mai 2022 18:38

La jeune Porte-lance


Après l’incident, Sorno Silma a décidé de me garder sur son épaule dès que nous nous mettions en route. Lui ne souffrait que bien peu de l’exercice, le qualifiant même de facile comparé à ce qu’il avait déjà fait et je ne risquais pas de me faire hacher le pied à nouveau. La route reprend donc, calme et paisible. Nous croisons fermiers et familles, qui sont étrangement plus distantes que dans mes souvenirs. Mon compagnon de route accepte le fait qu’il y soit sans doute pour quelque chose et je soupire. Je comprends d’un côté la méfiance face à un guerrier, mais j’ai surtout le sentiment que c’est lié à une réputation que les worans se sont forgés à cause de quelques incidents qui n’ont rien à voir avec lui. Quand j’en parle, un soir, il dit simplement qu’il a l’habitude et clôt la conversation. Tout cela ne me semble pas juste, mais je sais que changer les mentalités serait un travail de longue haleine. Il ferme les yeux et je reste là à me demander si cela pourrait changer un jour.

Le lendemain, toujours juchée sur son épaule, j’aperçois une silhouette solitaire bien différente de toutes les personnes que nous avons croisées jusque-là. Une jeune femme, humaine, à la peau sombre et à la chevelure sauvage avance, seule, au milieu de la route. Ses habits sont simples et peu couvrants, ce qui me semble étonnant sur une humaine. Elle porte des bijoux fait d’or ainsi qu’une curieuse lance à la longue lame verte et ornée de ce qui ressemble à du gui rouge. Cette fameuse lance posée sur l’épaule, elle s’arrête devant nous, demandant conseils et directions après nous avoir salué. Sa voix est agréable à l’oreille et je lui souris en lui faisant un signe de la main tandis que mon compagnon, toujours sérieux, lui répond.

- Qu'Utu éclaire votre chemin, Ayajpak, il est rare de croiser les vôtres par ici. Je vous déconseillerais néanmoins de poursuivre vers l'Ouest, il n'y a que désert et ville de malfrats pour vous accueillir, sans compter les arpenteurs défunts qui jalonnent les sentiers déjà peu sûrs...

Ayajpak… Ce nom ne m’est pas inconnu, mais c’est la première fois que j’en vois une vraie. Isqua m’a parlé de ces humains qui vivent dans les jungles au Sud, même si elle n’a jamais vraiment pu entrer dans les détails, leur ethnie étant bien loin de nous et vivant dans des endroits difficiles d’accès, de ce qu’elle en sait. Curieuse, je me penche, intriguée par les tatouages qui peignent son visage avant d’ajouter, pour ne pas sembler la dévisager.

- Il paraît que c'est pire que Tulorim, qui est déjà affreuse... Là d'où vous venez il y a une forêt avec des lutins et un vieil Oudio solitaire, mais très gentil. Ah et il y a le campement où nous allons, aussi !

Elle admet connaître le lieu de vie des lutins, ce qui me surprend. Je pensais les petites créatures plus enclines à protéger la localisation de leur village. Les dangers seraient nombreux si des Grands venaient à trop s’en approcher. Et alors que Sorno Silma lui décrit le campement où vit son peuple, une idée me vient. Elle cherche visiblement une direction et, puisqu’elle ne sait pas où aller et que nous lui avons déconseillé l’Ouest...

- Vous pouvez faire le trajet avec nous si vous voulez ! Comme ça vous ne serez plus perdue et peut-être que vous trouverez votre voie en chemin ?

Elle accepte, autant par curiosité envers les worans vivant dans la région que par croyance que les dieux, d’une manière ou d’une autre, pavent sa route et la direction qu’elle prend. Sorno Silma se montre également curieux à propos de la jeune femme et son peuple et des raisons l’ayant amenée ici, tout comme moi. Je souris à la question qu’elle me pose, demandant si je suis une elfe ou apparenté aux dryades, ces créatures dont Isqua m’a parlé et qui ont une origine en dehors de notre monde. Je retire mon chapeau où se trouve toujours le petit papillon bleu, dévoilant mes cheveux couleur de feuilles et mes oreilles, si différentes des siennes.

- Elfes verts, elfes des bois, les humains nous donnent différents noms. Je suis une Taurionne, et mon nom est Syelsa.

- Izel Ilhuicoatl, de l'Oianid Macktiuelti d'Eniod. Je suis en voyage pour rédiger un codex sur la faune, la flore et les peuples de l'Imiftil.

Un programme fort intéressant et un nom qui sonne doux à mes oreilles, même si sa signification me reste inconnue. J’espère en apprendre sur son peuple pendant le temps que je passerai avec elle. Mon compagnon de route assure pouvoir l’aider dans ses recherches et annonce qu’en tant que magicienne des plantes, je serais sans doute à même de faire pareil. Je hoche la tête, mais rectifie néanmoins une chose.

- Sorcière serait plus exacte, mais c'est ça. J'étudie, manipule et protège les plantes et la nature. Je serai ravie de vous aider également. Signe ou non des dieux, cela tombe à pic en tout cas !

- Je dois voir et non m'entendre raconter des histoires, mais si vous acceptez de me conseiller, ce sera avec grand plaisir ! Mettons-nous en route !

Sa façon de voir les choses me plaît, bien que je me demande d’où cette envie de créer un tel ouvrage peut bien lui venir. Nombreux sont les chercheurs, mages et érudits à s’informer sur tout ce que notre mon a à offrir, je me demande bien comment elle compte faire.

- Je serai heureuse de vous aider, Colehtë. Pourquoi avoir décidé de faire ce codex ?

Ses raisons semblent… personnelles. Elle se montre moins loquace à ce sujet, presque distante et je n'insiste guère, comprenant sans mal que ce n’est pas quelque genre dont elle souhaite discuter. Ma curiosité est piquée, mais je sais me tenir et garde les lèvres closes, du moins jusqu’à ce qu’elle pose me demande la raison du nom que je viens de lui donner sans même y penser. Sorno Silma ricane et je lui renvoie une moue contrariée avant de m’expliquer, espérant ne pas l’avoir froissé sans le vouloir.

- Colehtë, c'est le nom dans la langue de mon peuple pour un oiseau que les humains appellent Porte-lance et qui vit dans les forêts du Sud. Je ne voulais pas vous offenser. C'est juste une habitude de nommer ainsi les gens autrement. Les noms ont un vrai pouvoir chez les Sorcières et je préfère ne pas utiliser ceux des gens à la légère.

- Elle m'a appelé Sorno silma, "L'aigle blanc", pour vous donner une idée.

- Voilà une tradition intéressante. Je m'en souviendrais. Mon peuple à une tradition similaire, et nos noms ont souvent une signification. Le mien signifie « l'unique serpent céleste ». C'est ainsi que mes parents m'ont nommée. Nos peuples ne sont peut-être pas si éloignés.

D’une certaine façon, elle a sans doute raison et sans doute ont-ils cohabité à une certaine époque, si tous les deux vivent au sud, dans les forêts. Pourtant je n’ai aucun souvenir d’avoir croisé un quelconque Ayajpaks dans les villages des miens dans mon enfance. Peut-être était-ce il y a longtemps. Je suis de plus ravie de connaître la signification de son nom, qui est vraiment jolie, il faut le reconnaître.

- Je ne connais pas bien les traditions de votre peuple et je n'ai pas vu un des miens depuis de nombreuses saisons, je ne saurais dire. Vous avez un joli nom, en tout cas.

Et c’est ainsi que débute le voyage en compagnie de Colehtë. Un voyage calme et bucolique au cours duquel je prends le temps, une fois ma cheville suffisamment guérie pour marcher un peu, de ramasser plantes baies pouvant être utiles et expliquant leurs propriétés et intérêt à Colehtë qui se montre intéressée tandis que notre woran de compagnon s’occupe des repas. Je reste la plupart du temps sur son épaule, d’ailleurs, à sa demande, le temps que ma cheville récupère vraiment. A force de soins, elle va déjà mieux, mais mieux vaut éviter de trop en faire. Comme à son habitude, c’est lui qui arrête notre marche lorsque la nuit approche et qui dresse le camp tandis que j’étudie les environs, cueille des fruits dans les arbres environnants tandis que la jeune humaine part à la cueillette de baies et de champignons. Notre trio s’habitue rapidement à vivre ainsi, jusqu’à ce que le fameux campement n'apparaisse enfin, en haut d’une colline. Marchant derrière les deux autres, j’entends Colehtë demander s'il y a des précautions ou gestes à observer. La réponse est sans appel, attendue, mais néanmoins importante.

- Ne répondez jamais à une quelconque provocation ou vous risquez d'avoir à vous battre devant tout le village, selon les lois Woran... qui ne seront guère à votre avantage. Les étrangers sont rarement bienvenus et, même si nous avons requis l'aide de la petite sorcière, cela s'applique tout de même. Faites preuve de respect envers les prêtresses, particulièrement la matriarche et observez ce que j'ai fait pendant le voyage, à savoir rester calme pendant la nuit, lorsqu'Utu n'est plus maître du ciel. Restez près de moi et tout ira bien. D'autres questions avant que nous n'approchions ? Les sentinelles nous ont surement déjà remarqué.

Aucune de nous n’en a, aussi, nous nous dirigeons droit sur le campement et la hâte de connaître le fin mot de l’histoire commence à se faire ressentir à nouveau.

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