Les Bateaux Pirates (X1)

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 23 août 2020 00:53

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Derniers jours en mer.

Le départ de Bouhen se fit au matin du cinquième jour, alors que la ville était encore endormie et qu'une légère brume recouvrait la mer et les alentours du port. J'avais demandé à être réveillée pour participer, aidant dans la mâture à déployer les voiles dès que Makan en donnerait l'ordre. La brise était légère et fraîche, le temps, semblait-il, serait radieux, et tous les marins étaient heureux de reprendre la mer après ces quelques jours de pause sur terre. Ils en avaient même profité pour recruter quelques gars à qui l'aventure semblait plus intéressante que la vie de citadins. Ou peut-être étaient-ils mercenaires ? Toujours était-il que l'un d'entre eux me regardait étrangement, et cela ne me plut guère. Je ne savais pas vraiment déchiffrer les expressions des inconnus, mais la lueur que j'avais pu percevoir dans son regard ne me disait rien qui vaille. Peut-être étais-je trop sur mes gardes, avec cette histoire concernant Kisp. Je devenais paranoïaque, voyant le mal partout là où il n'y avait que de la curiosité. J'essayai de m'en convaincre, sans vraiment réussir à faire taire ce mauvais pressentiment qui ne me quitta plus une fois le port quitté.

En sortant de Bouhen, le navire prit plein nord en longeant la fameuse côte de la Baie des Grottes. Il ne faudrait que quelques jours pour atteindre l'endroit prévu et je profitai de ce moment pour vérifier l'état de mes affaires et de mes réserves. Le cuisinier avait gentiment prévu de me donner quelques denrées périssables, notamment les fameux citrons, et je passai quelques heures à nettoyer armes et armures après notre départ, pour être sûr que l'air marin n'allait pas complètement ruiner le métal qui les composait. Une fois cela fait, je passai un moment à observer la côte depuis le pont du navire. Beaucoup de falaises, de pentes escarpées et de rochers bloquant tout moyen d'approche en navire. Je comprenais pourquoi Akram ne voulait pas s'approcher du rivage avec son navire. Les eaux semblaient dangereuses dans le coin, avec de forts courants qui pouvaient être traîtres.

La matinée passa dans un calme absolu, bien loin de l'effervescence qu'avait pu être le premier départ et, comme à chaque fois qu'ils quittaient le port, les marins préparèrent une soirée avec alcool coulant à flot. J'observai avec un sourire Jonas et Elvia remonter les caisses emplies de bouteilles, allant leur donner un coup de main lorsque je compris que la fête serait un peu différente cette fois. Akram et ses hommes allaient monter à bord, et je devais m'occuper l'esprit avant de me mettre à psychoter en redoutant ce qui pouvait se produire si ce type se mettait en tête de m'importuner pendant la soirée.

L'après-midi, comme pour le rendez-vous sur son navire, une passerelle fut installée entre les deux bâtiment et Akram et quelques-uns de ses hommes montèrent à bord sous le regard meurtrier d'Elvia et celui inquiet de Jonas. Occupée à parler avec Makan concernant la suite des événements, je ne l'entendis pas approcher et m’aperçus de ma présence qu'en voyant le regard de Makan se plisser avant qu'une main ne glisse le long de mon dos jusqu'à mon épaule. Je ne retins pas une grimace de dégoût et me retournai, le foudroyant du regard alors qu'il souriait d'une manière qui voulait probablement innocente. Ce type me tapait sur les nerfs. Si je n'avais pas un accord avec lui je lui aurait enfoncé mon pied dans son entrejambe pour lui faire comprendre ma façon de voir les choses. J’empoignai sa main et l'ôtai de mon épaule, non sans la serrer plus que de raison, voyant avec satisfaction une légère grimace de douleur passer sur son visage.

- Sacrée poigne... Ravi de passer cette soirée à bord, Makan. Yliria, toujours un plaisir.

Je ne répondis pas, me contentant de lui lancer un regard mauvais qui ne fit qu'accentuer son sourire. Makan fut appelé ailleurs et le Sang-pourpre en profita pour se pencher vers moi.

- Tu devrais te montrer plus accueillante, je pourrai parler de la prime à tout moment.

- Faites donc, je me ferais un plaisir de vous le faire regretter.

- Si agressive... Alors que nous pourrions être si proches...

- Le genre de proximité que vous voulez me répugne au plus haut point. Tenez-vous loin de moi Akram, je ne plaisante pas.

Il haussa un sourcil et s'approcha, me forçant à reculer jusqu'à ce que le mât ne bloque ma fuite. IL approcha son visage bien trop près du mien et posa une main près de ma tête, l'autre m'empoignant la hanche. Avant même que je n'ouvre la bouche, un sourire apparut sur son visage.

- Si je voulais, je pourrais t'obtenir dès maintenant. Tu as peut-être un caractère de teigne, mais tu restes une femme, et je sais parfaitement comment m'y prendre.

Il était beaucoup trop près. Sa main sur ma hanche n'avait rien d'anodin, mais je ne parvenais pas à esquisser le moindre geste, j'étais complètement tétanisée. Je me rendis compte que, bien plus que la gêne, c'était la peur qui m'empêchait de faire le moindre mouvement. Il avait un regard qui me fichait la trouille et la sensation de sa main qui se glissai sous ma chemise pour empoigner ma hanche à même la peau me fit trembler. Ce type....

- Ne soit pas trop prompte à me menacer, Yliria, tu n'es vraiment pas de taille face à moi. Tâchons plutôt de passer une bonne soirée...

Il avait dit ça en murmurant, sa bouche collée à mon oreille et lorsqu'il dévia vers mon visage, je restai pétrifiée et fermai les yeux avant de le sentir s'écarter. Mes jambes me lâchèrent je me retrouvai affalée sur le pont, le dos posé contre le mât alors qu'il s'éloignait, non sans m'offrir un dernier sourire. J'avais le souffle court et je sentais encore sa main sur ma hanche, faisant redoubler les tremblements de mes mains. Merde... Comment il pouvait me faire me sentir aussi impuissante... J'allais tuer ce sale...

(Yliria ! Respire, calme toi!)

- AKRAM !

Il se retourna alors que je me relevai et son sourire me mis hors de moi. Sous les exclamations surprises des marins, une lame de feu se forgea dans ma main alors que je me ruai sur le Sang-pourpre. Il tira son sabre mais les flammes de ma lame léchèrent sa gorge avant qu'il n'ait le temps de tirer complètement son arme de son fourreau. Il me toisait, mais l'amusement avait complètement quitté ses traits cette fois.

- Essayez encore un truc dans ce genre, et je vous jure que je vous tue !

Je restai ainsi quelques instants avant de tourner les talons en éteignant les flammes de ma main. Je me ruai jusqu'à mon hamac et m'y blottis sans avoir la moindre envie d'en sortir pour le reste de la soirée. Il m'avait terrifié sur le pont, et je détestai ça.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 23 août 2020 01:01

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J'étais restée dans mon hamac tout le reste de la journée. Je ne voulais pas revoir cet enfoiré, je ne voulais pas faire face et je voulais surtout ne pas apercevoir son sourire satisfait. Il avait gagné, il m'avait vraiment fait peur et je n'arrivais simplement pas à comprendre comment cela était possible. En fermant les yeux je pouvais revoir son satané sourire et l'image de sa main sur ma hanche me donnait la nausée et des tremblements que j'avais du mal à contrôler. Merde...

(Calme-toi, respire...)

(J'essaie figure-toi ! Pourquoi je me sens comme ça ? Il ne m'aurait rien fait, pas sur le pont devant tout le monde et je... j'ai pas réussi à me défendre.. Alyah... j'ai pas su... J'y arrivais pas...)

(Ce type te cherche depuis que tu l'as rencontré et, honnêtement, je pense que tu as très bien réagi.)

(C'est vrai?)

(Oui. Essaie de te calmer, concentre toi et use de ta magie, apaise-toi, repose-toi et on en reparlera demain quand tu seras un peu moins sur les nerfs. D'accord?)

Je hochai la tête et fit ce qu'elle recommandait. Je finis par me sentir mois mal après un certain temps et parvins finalement à fermer les yeux sans que mon cœur ne se mette à tambouriner dans ma poitrine. Je me calmai peu à peu, sombrant dans une somnolence bienvenue, éloignant enfin les problèmes de mon esprit le temps de quelques heures. J'entendais même quelqu'un murmurer mon prénom d'une voix douce. Je finis par ouvrir les yeux en papillonnant légèrement, la tête encore alourdie par le sommeil avant de comprendre que la voix était celle d'Elvia qui était penchée au dessus de moi, un sourire aux lèvres et le regard légèrement amusé.

- T'es mignonne quand tu dors, tu marmonnes et tu te roules en boule.

- Ne te moque pas...

- Loin de moi cette idée. Je venais te chercher, les autres t'attendent.

- Ils m'attendent ? Pour ?

- La soirée ! Apparemment tu as promis une danse et plusieurs marins refusent de commencer sans toi. On a vu ce qu'il s'est passé avec l'autre enfoiré et il se tiendra loin de toi... Ne gâche pas ta soirée à cause de lui, apparemment tu avais aimé la première. Enfin c'est ce que Georg a dit. Sinon tu laisses Akram gagner.

Je soupirai, mais finis par me lever. Elle avait raison, je jouais le jeu du Sang-Pourpre en étant aussi vulnérable, je devais lui montrer que ce qu'il faisait ne m'atteignait pas. Je suivis Elvia sur le pont après avoir soigneusement caché ma dague sous une de mes manches. Si quelque chose se produisait de nouveau, je voulais être capable de réagir immédiatement cette fois. Il régnait une ambiance étrange sur le pont. Akram et ses hommes semblaient parfaitement détendus mais ceux de Makan semblaient bien moins à l'aise et je pus percevoir quelques regards hostiles avant que le capitaine ne me donne une bonne tape dans le dos, me faisant presque tomber et réussissant à m'arracher une grimace de douleur alors qu'il s'exclamait.

- Ah bah enfin ! Allez les gars, la crevette est là, on peut picoler. !

Des exclamations ravies lui répondirent alors que je lui jetai un regard outré, la bouche ouverte pour lui demander de cesser avec ce surnom ridicule, sans parvenir à me faire entendre face au vacarme qui régnait à présent sur le pont. Je soupirai et jetai un regard noir à Makan qui se contenta d'un sourire narquois pour toute réponse. Comme la première fois, une musique s'éleva, quelques marins ayant sortis leurs instruments, et la fête démarra véritablement lorsque les premières pintes furent terminées et que les pirates se mirent à chanter aussi fort qu'ils le pouvaient. J'observai la chose, un sourire aux lèvres, ne préférant ne pas toucher à la pinte qu'on m'avait offerte. Rien que l'odeur me donnait le tournis, je préférais ne pas essayer d'y tremper les lèvres au risque de finir avec une migraine comme la dernière fois. Jonas et Elvia s'embrassait dans un coin du navire, Makan semblait occuper à vider des pintes aussi vite que son bras lui permettait d'atteindre sa bouche et beaucoup d'autres semblaient partis pour s'enivrer à l'excès.

- Alors ? On fait bande à part ?

Je tournai la tête vers Georg qui affichait un large sourire avant de hausser les sourcils en voyant ma pinte pleine. Il s'assit à côté de moi, bu une gorgée des sa propre boisson avant de tourner la tête vers moi.

- T'sais, gamine, tu devrais profiter un peu plus.

- L'alcool ça ne me plaît pas trop...

- J'te parle pas d'ça... 'fin pas que. J'connais pas ta vie, ton passé et, honnêtement, ça m'regarde pas, mais c'que j'vois, c'est que t'es toujours sur la réserve. Jamais tu te laisses aller, sauf quand t'es énervée, comme tout à l'heure. Tu crois pas que tu devrais un peu plus vivre comme ça te chante ?

- Je le fais déjà.

- Non. Nous on le fait, on est libre, vraiment libre. Toi, gamine, t'as encore des trucs qui t'empêchent de vivre, de profiter. J'parle pas de cette ordure de sang-pourpre ou l'autre pourri qui t'en veux, c'est autre chose. Ça se voit, que t'es pas libre là-dedans.

Il me tapota la tempe de son index et je repoussai sa main en grognant, lui tirant un sourire amusé.

- T'es bien philosophique quand tu bois, toi... Et vu que je ne suis pas libre, soit-disant, que me conseilles-tu ?

- Ah, ça, c'est tout le sel. C'est pas à moi de te dire comment faire, c'est à toi de trouver.

- Tu n'aides vraiment pas...

- Bon, bon, je vais t'aider... Tu me dois une danse, à ce propos.

Il se leva et me tendit la main, un sourire aux lèvres et je la pris après une légère hésitation. Il me tira jusqu'au centre du navire et la musique changea brusquement alors que plusieurs marins nous regardaient. Je voulus m'écarter mais il serra ma main plus fermement. Je commençai à paniquer lorsqu'il s'approcha, et il dut le sentir.

- Détends-toi, gamine. On va simplement danser.

- Quoi ? Mais je... je sais pas... Et les autres ...

- Oublie les autres un moment. Je te l'ai dit, gamine, t'es pas libre dans ta tête, faut que t'arrives à surpasser ça, tout ce qui te retiens. C'est juste une danse, et une amusante de surcroît. Tu m'fais confiance ?

- Non ! Mais bon je vais faire comme si...

- Tu me blesses. Donnes-moi ton autre main et suis juste le mouvement, je te guiderai. Allez !

Je m'exécutai non sans une certaine appréhension. Danser au Cirque ça n'avait rien à voir. J'y dansais seul, avec ma lame et mes flammes, j'apprenais à danser, je retenais une chorégraphie, m'entraînai pour la maîtriser les yeux fermés. Là, je devais juste suivre les mouvement de Georg et ses instructions à peine soufflées alors que la musique et les chants n'aidaient absolument pas. La danse était pourtant si simple. Tourner l'un en face de l'autre, lever le genoux gauche, tourner à nouveau, croiser les bras. Lorsqu'il lâcha ma main et me fit tourner une fois sur moi-même je faillis presque trébucher, un peu surprise, avant de récupérer sa main et croiser son regard amusé et son large sourire.

- Cela t'amuse hein ?

- Évidemment ! Pas toi ?

Je devais reconnaître que si. La musique accélérait, tout comme notre danse et je me laissai finalement aller. Cela ma rappelait les rondes que mon père me faisait danser quand j'étais petite. C'était plus bruyant et moins intimiste, mais je m'amusai ce soir-là. J'oubliais tout pendant un instant, et ça me fit du bien de ne penser à rien. Je n'osais pas l'avouer, mais il,avait raison. Tout ce qui me retenait, c'était dans ma tête. Étais-je simplement capable de passer outre ? J'en doutais.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 23 août 2020 01:12

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La danse avec Georg avait duré un moment et se termina par une parodie de révérence de sa part, me tirant un sourire amusé alors que d'autres pirates voulaient à leur tour une danse. Georg les repoussa, arguant avec une totale mauvaise foi qu'il était mon seul et unique cavalier et qu'il ne partageait pas. Elvia aussi eut droit à tout un cortège de demandes et se prêta davantage au jeu sous le regard désabusé de Jonas qui finit par l'inviter sous les sifflets de tous les pirates, certains demandant expressément au jeune couple de leur montrer ce qu'ils savaient faire. Je levai les yeux au ciel et bus par mimétisme une gorgée de la pinte que Georg m'avait mise dans les mains. L'alcool me brûla la gorge, faisant rire quelques marins lorsque je toussai par sa faute. Georg me tapota le dos en se moquant et, par fierté, j'en repris en le défiant du regard, le faisant rire de plus belle.

La nuit avançait peu à peu et je m'étais un peu laissée aller, à dire vrai. J'avais fini la première pinte et serrai distraitement la seconde en écoutant les chants des marins, suivant la mélodie en bougeant la tête, applaudissant parfois, mais étant incapable de retenir les paroles d'une seule chanson, hélas. Si la plupart était en langue commune, l'une d'elle ne l'était pas, apparemment chantée en ynorien, elle racontait l'histoire de deux dragons des mers qui s'étaient battus pour le cœur de l'océan lui-même. Tout cela ressemblait à une tragique histoire d'amour, finalement, mais l'air étant entraînant malgré les traductions approximatives d'un Georg qui commençait à tituber, je la suivis avec un certain plaisir. La soirée se passait bien. Jusqu'à ce que...

- Allez ! Montrez-moi c'que vous savez faire bande de gouffres à chiasse. Couteau, cible, trois essais, allez !!

Makan avait hurlé ça à l'intention son équipage et beaucoup grognèrent, visiblement peu emballés à l'idée de jeter des couteaux sur une planche de bois. Nombreux étaient ceux ayant déjà bien bu, aussi je doutais quelque peu de l'idée, persuadée que cela finirait simplement avec des blessés. Pourtant quelques-uns se levèrent et commencèrent à installer le matériel avec toujours une pinte à portée ou à la main. J'étais malgré tout un peu curieuse, n'ayant jamais profité des moments de calme pour observer les pirates lancer ainsi leurs dagues. Les deux premiers ne touchèrent même pas la cible, ne récoltant que les rires et les moqueries de leurs compagnons. D'autres touchèrent avec le manche, mais j'observai bien plus en détail Georg, qui, je le savais, maniait très bien ses couteaux et les lançait d'ordinaire avec une précision redoutable. Le voir tituber en s'avançant me fit me demander s'il saurait ne serait-ce que tenir debout, mais il prit son couteau par la lame. J'observai comment il le tenait, le côté de la lame face à lui, le pouce d'un côté et tous les autres de l'autre. Il prit appui sur sa jambe droite en avançant la gauche, plia le coude jusqu'à ce que le couteau soit près de son oreille et le lança rapidement.

La lame se ficha profondément dans la cible. Pas en son centre, mais clairement bien plus près que n'importe qui avant lui. Il y eut quelques sifflets, mais les autres participants ne bronchèrent pas. J'en vis même quelques-uns croiser les bras, un air attentif sur le visage. Je n'étais apparemment pas la seule à l'observer. Le deuxième lancer fut légèrement différent puisqu'il ne plia pas autant son coude et sa main se retrouva plus haut que sa tête cette fois. En lançant, je le vis se pencher légèrement en avant et accompagner le mouvement de son arme qui se ficha encore un peu plus près du centre. Il y eut quelques grognements et un large sourire s'afficha sur le visage de Gerog. Le troisième lancer fut dans la même veine et quelques-uns abandonnèrent. Je me levai à mon tour, avec l'intention d'essayer. Après tout, cela pouvait être extrêmement utile pour tenir un ennemi en respect le temps de m'équiper correctement ou pour en blesser un s'ils étaient plus nombreux que moi.

Je me mis devant la cible, à la même distance et mimai les gestes de Georg, calant ma lame entre mes doigts, pliant le coude avant de le lancer d'un geste un peu trop brusque. Si la dague parti, elle rata complètement la cible et m'entailla le pouce sur toute sa longueur dans le processus. Je lâchai un juron sous quelques rires des pirates et allai ramasser ma lame avant de refermer la plaie avec un peu de fluides. Je n'avais pas du tout envie de retenter la chose de la même façon et choisi plutôt de saisir la dague par le manche. Elle était trop tranchante pour que je la prenne par la lame. Je gardai la même posture en tenant fermement le manche, pliant à nouveau le coude avant de lancer la lame d'un geste fluide. Si la dague parti sans me blesser cette fois, elle ne tourna pas assez vite et c'est le manche qui cogna contre la cible en bois, provoquant à nouveau quelques rires. Je partis la récupérer tout en réfléchissant à comment la faire tourner plus vite. Ce n'était probablement qu'un jeu avec le poignet, mais sans plus d'indications, je ne parvenais pas à trouver comment bien le faire et le troisième lancer échoua tout aussi lamentablement que le second.

Je récupérai ma dague en haussant les épaules, ayant bien l'intention de tenter la chose plus tard, avec un peu plus de sérieux et un peu moins d'alcool dans le corps. Georg fut déclaré grand vainqueur, mais un des pirates eut alors une fabuleuse idée qui me fit grincer des dents.

- Dernier lancer, celui qui gagne roule une galoche à Yliria !

- C'est hors de question !

- Fais pas ta rabat-joie !

- Quoi ?! Mais j'ai pas envie, j'ai...

- Ah, Georg s'y met avec enthousiasme !

Je jetai un regard noir au concerné qui osa me faire un clin d’œil avant de lancer son couteau. Toujours pas au centre, mais personne ne pouvait faire mieux que lui et j'échouai lamentablement lorsque je tentai ma chance pour ne pas à subir cette punition. Georg s'avança alors sous le regard de tout l'équipage alors que je le menaçai, le doigt pointé vers lui.

- Un pas, et je te crame les cheveux... Georg, je suis sérieuse...

- Un instant ! Je veux jouer aussi pour lui éviter ça. Solidarité féminine !

Je tournai un regard suppliant vers Elvia qui me fit un clin d’œil avant de tendre la main pour prendre un couteau en lançant un sourire moqueur à Georg. Elle le prit de l'exacte même façon que je le faisais, par le manche, mais plia encore davantage le poignet et bloqua son coude à la fin de son lancer. Le couteau fila comme un flèche et se planta en plein centre sous les exclamations des pirates et mes applaudissements. Je jetai un regard narquois à Georg qui haussa simplement les épaules

- Comme si je voulais embrasser une crevette. Les fruits de mer, c'est juste bon dans l'assiette.

Je lui offris un simple sourire moqueur, bien trop contente d'échapper à cela, avant de me tourner vers Elia, un sourire plus large sur le visage.

- Merci, je l'ai échappée belle, je te revaudrais ça.

- J'te le fais pas dire.

Elle approcha, un sourire narquois sur les lèvres et, par instinct, je fis un pas en arrière, méfiante, mais elle fut plus rapide que moi, m'attrapa la taille d'une main et passa son autre main derrière ma tête en murmurant.

- J'ai bien le droit à ma récompense non ? Laisse-toi aller.

Et, sans prévenir, elle colla ses lèvres contre les miennes sous les sifflets des marins. Ça n'avait rien à voir avec le baiser timide que j'avais échangé il y a longtemps avec Vyrl. Elle pressait ses lèvres, les entrouvrait pour presque aspirer les miennes tout en me collant contre son corps. Je me figeai, complètement prise de court, les yeux écarquillés alors qu'elle gardait les siens fermés. Je ne savais pas ce qui était le plus étrange, qu'une fille m'embrasse, ou que ce soit honnêtement très agréable, au point que je fermai les yeux aussi, lui rendant son baiser. Je ne savais pas ce que je faisais, je l'imitai bêtement, sans même comprendre pourquoi j'en étais venu à accepter la chose alors que je la refusais deux secondes plus tôt. J'aimais ça, et c'était perturbant.

(Mets la langue! On veut une vraie galoche !)

Je grognai mentalement et finis par m'écarter, le souffle court et le visage en feu. Alyah ricanait dans mon esprit, et quelques marins applaudissaient autour de nous, arguant que la vision valait largement toutes ces semaines en mer. J'eus envie de me cacher pour le restant de mes jours et je fis brusquement demi-tour pour disparaître dans mes quartiers après qu'Elvia m'ait fait un clin d’œil sous le regard abasourdi de Jonas. Cette soirée c'était n'importe quoi...

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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 30 août 2020 18:35

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La fin du voyage

Je me réveillai avec une sensation désagréable dans la bouche et un mal de ventre croissant. Je soupirai en constatant que ce deuxième point n'était en aucun cas lié à la soirée d'hier soir. On était cette période du mois... Je soupirai et me levai, fouillant dans mes affaire pour utiliser un tissu propre pour nettoyer et éviter que cela ne soit visible. C'était bien le genre de choses dont j'aurai pu me passer. Une fois propre, je montai sur le pont, d'assez mauvaise humeur alors que me mon esprit remettait en place les éléments de la nuit dernière. Et évidemment les dizaines de sourires qui m’accueillirent sur le pont n'allaientt clairement pas me faire oublier ce qui s'était passé. Je les ignorai autant que je le pouvais, me servant un grand godet d'eau claire pour m'éclaircir les idées. Je croisai Elvia en allant vers la proue et notre échange de regard fut gênant et silencieux avant qu'on ouvre la bouche en même temps.

- Euh je...

- Je voulais...

On pouffa en même temps et je soupirai, me sentant mal à l'aise et un peu ridicule, à me gratter la tête d'un air gêné face à elle.

- Je vais pas te dire que je suis désolée, parce que ce serait mentir, mais excuse-moi, je me suis laissée emporter, avec l'alcool et tout ça..

- C'est pas grave... C'était pas si mal...

- Pas si mal ? Tu me vexes ! Ton premier ?

- D'accord, c'était super, contente ? Et non, mais c'est pas important … Et Jonas ?

- Jonas ? Il a profité du spectacle et... de fil en aiguille pour me faire pardonner ce petit écart...

- C'est bon, j'ai compris, je ne veux rien savoir de plus.

- Petite prude !

Je lui tirai la langue et la gêne installée se dissipa rapidement, à mon plus grand soulagement. C'était l'alcool qui nous avait fait faire n'importe quoi, rien de plus. Si les regards des marins restèrent amusés, personne ne fit le moindre commentaire et je pus passer la journée à récupérer de la courte nuit et des douleurs que je ressentais dans le ventre. Je tentai d'user de mes fluides pour réduire la douleur, mais c'était superflu, bien trop léger pour être véritablement efficace, je pris donc mon mal en patience, comme à chaque fois que cela arrivait. Installée à la proue, j'observai la mer, assise sur la rambarde du navire, profitant de l'air marin.

- Navire en vue ! Aucun pavillon !

Je scrutai l'horizon jusqu'à l'apercevoir. Comparé à celui de Makan, il ne payait pas de mine et le navire d'Akram voguait non loin, je doutais que quoi que ce soit ne se passe. Personne n'eut l'air de s'inquiéter outre mesure et je me replongeai dans la contemplation des flots, posant des yeux ravis sur quelques créatures marines qui bondissaient à la surface de l'eau. Makan m'avait appris que nous longions les côtes de la République d'Ynorie, le pays d'une ethnie propre à ce continent, les Ynoriens. Apparemment en constante guerre contre Oaxaca et ses forces, c'était encore un pays où je n'allais pas être reçues avec plaisir, mais je doutais d'y mettre le pied, de toute façon.

(Yliria... J'ai un mauvais pressentiment.)

(C'est à dire?)

(Ce navire... il ne dévie pas de sa route, il vous fonce droit dessus.)

Je relevai la tête et fixai le bâtiment qui avait largement grossi entre temps. Effectivement, il n'avait pas l'air de vouloir changer de trajectoire et toutes ses voiles étaient sorties. Je me redressai en apercevant quelques chose briller sur le navire et écarquillai les yeux avant de me jeter sur le pont, une flèche passant un peu trop près de moi à mon goût. Elle se ficha sur le pont, et je gémis de douleur, m'étant cognée le crâne en tombant de la rambarde. Je relevai la tête juste à temps pour rouler derrière la rambarde avant qu'une volée complète de flèches de n'abatte sur le pont. J'entendis des jurons, mais c'est un cri de douleur qui me fit tourner la tête. Je vis Elvia s'effondrer, une flèche plantée dans le dos et Jonas se ruant sur elle en criant. Je serrai les poings tandis que Makan ordonnait à tous de se préparer au combat. Je me ruai aussitôt vers Elvia qui respirai difficilement alors que Jonas était à deux doigts de fondre en larme.

- Jonas ! Mets la sur le dos, vite ! Elvia, mord ça !

Je lui tendis ma dague pour qu'elle mette le manche entre ses dents. Elle comprit et obtempéra. Je jetai un œil à la flèche. Elle était profondément enfoncée juste sous ses côtes. J'inspirai, murmurant des paroles aussi rassurantes que possible. Elle allait souffrir, mais il fallait vite l'enlever avant que ça n'empire. J'empoignai la flèche de ma main droite et posai la gauche sur son dos, me préparant à user de mes fluides. Je n'avais pas vraiment l'habitude de retirer les flèches, mais je n'avais pas le choix. Jonas me fixa et je hochai la tête, mimant avec mes lèvres le compte à rebours. En atteignant un, je tirai. Elvia hurla, le son étouffé par le manche de ma dague, et je reçus un peu de son sang sur le visage. J'usai aussitôt de mes fluides pour refermer la plaie. Elle se calma, malgré une respiration erratique et je pus lire le soulagement dans les yeux de Jonas. Dégoûtée, je jetai la flèche sur le côté et m'essuyai le visage.

- Je vais tuer ces enfoirés... Jonas, emmène Elvia à l'infirmerie, prend soin d'elle, d'accord ?

Il hocha la tête et porta Elvia comme une princesse. Elle me sourit faiblement et ma gorge se serra avant que je ne me rue vers Makan qui dirigeait son vaisseau sur le navire ennemi. Ses hommes ripostaient, tirant à leur tour. Il me jeta un bref coup d’œil et hocha la tête. Je fonçai aussitôt et m'équipai rapidement. En remontant je constatai que l'autre navire avait lâchement fait demi-tour, sans cesser d'envoyer des volées de flèches. Makan leur collait au train et Akram commençait même à les rattraper, mais la journée avançait vite et je doutai qu'ils puissent poursuivre ainsi la poursuite de nuit. Voyager aussi près des côtes de nuit allait se retourner contre nous, il allait être difficile de naviguer avec les forts courant et une visibilité quasi nulle alors que les falaises et les rochers risquaient de nous réduire en pièces. Après un moment, avec la baisse de la visibilité, Makan fut forcé de ralentir, tout comme Akram. Étonnamment, l'autre navire fit de même, faisant froncer les sourcils de Makan.

- Ils se foutent de notre gueule...

- Cap'taine ! Un message sur une des flèches !

- Donne... Ah merde...

Je fixai Makan, le voyant pâlir légèrement avant qu'il ne passe une main sur son visage soudainement las. Il me tendit le parchemin, m'expliquant avant même que je ne le lise.

- Sont là pour toi.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 30 août 2020 19:04

<< Précédemment


Je tournai en rond sur le pont depuis un moment maintenant. Kisp avait retrouvé ma trace et envoyé ses hommes, et ça ne me plaisait pas du tout. La nuit était tombée et Akram et Makan étaient en train de discuter sur le pont concernant la marche à suivre. Kisp était puissant et se le mettre à dos était une très mauvaise idée. Manque de chance, c'était déjà mon cas, mais à l'époque je n'en avais pas la moindre idée. A présent, je devais régler ce problème, et la meilleure façon c'était de trouver Kisp. Et pour ça, je devais savoir où aller. Je ne pouvais plus chercher la relique, ce salopard avait déjà retrouvé ma trace, il fallait que j'agisse vite, maintenant. Il était peu probable qu'il ait mis la main dessus, vu ce qu'Akram m'en avait dit.

- Qu'est-ce qu'on attend ! On n'a qu'à les pulvériser !

Un murmure d'approbation parcourut les martins rassemblés. L'attaque avait énervé la plupart d'entre eux et ils voulaient leur faire payer. Avoir vu Elvia se prendre une flèche m'avait douloureusement rappelé certaines choses et je ne voulais absolument pas revivre ça maintenant. Les deux capitaines ne semblaient pas décider à se mettre d'accord, alors je devais agir. Je descendis à mes quartiers et empaquetai mes affaires, m'équipai avant de remonter et de me poster juste à côté d'eux, attirant inévitablement leurs regards surpris.

- Ils en ont après moi, alors je vais foutre le camp d'ici. Je vais les forcer à me suivre, la crique est praticable en barque, non ?

- Euh.. oui... m'enfin gamine qu'est-ce que tu m'racontes ? Tu ne vas pas...

- C'est ma responsabilité, Makan. C'est moi qu'ils veulent, ils vous laisseront tranquille.

- Attend, attend, on va pas laisser une des nôtres..

- Je ne suis pas une des vôtres, Makan ! Je ne suis pas une pirate, je ne le serai jamais. J'ai apprécié ce voyage et je vous remercie vraiment pour votre acceuil et tous les bons moments, mais ça s'arrête là. On savait que ça avait une date de fin, et même si c'est plus tôt que prévu... Je suis désolée. J'ai vraiment aimé vivre sur ce navire avec vous... et c'est pour ça que je dois faire ça.

- Gamine...

- Et notre accord ?

- Honnêtement, là c'est le cadet de mes soucis, Akram. J'imagine que vous n'avez pas vraiment envie d'avoir Kisp sur le dos.

- Pas vraiment, je le reconnais. Très bien, fais ce que tu veux, c'est simplement... dommage.

- Makan...

- J'ai compris... P'tain quelle merde! Fais ce que t'as à faire, gamine. On va te fournir de quoi te nourrir.

- Merci. Je vous revaud...

- Non, Yliria, c'est nous qui te devons quelque chose. Encore. Allez les gars, aidez la d'moiselle à se préparer. Tu as un plan ?

- On peut dire ça.

C'était basique, mais c'était toujours mieux que rien. Aller sur leur navire en profitant de la nuit, obtenir des réponses, mettre le feu et foutre le camp. Rien de bien compliqué en résumé, mais tout pouvait déraper. Les deux capitaines proposèrent même un abordage commun, mais je refusai. Je ne voulais pas risquer à nouveau leurs vies pour moi. Je passai voir Elvia à l'infirmerie et restai avec elle un moment. Elle essaya de me dissuader, mais j'étais trop têtue, selon elle, pour changer d'avis. Elle me promit de partir vivre avec Jonas après ça. Elle avait aimé Bouhen et se voyait y vivre, ce que je ne comprenais pas vraiment, la ville n'étant guère attrayante à mes yeux.

Une fois la nuit tombée et les au revoir terminés, j'embarquai dans une chaloupe, direction le navire des hommes de Kisp. Ramer me sembla plus difficile que prévu, mais mon entraînement quotidien me servit car je parvins au vaisseau sans être complètement exténuée. J'accrochai la barque à l'un des cordage et grimpai sur le pont silencieux. A peine le pied posé, je sus que ça n'allait pas se passer comme prévu. Eux ne pouvait pas le savoir, mais je voyais nettement les marins accroupis sur le pont, prêt à l'action. Ils devaient finalement s'attendre à quelque attaque de ce genre et mon effet de surprise allait en prendre un sacré coup.

(Quoi ? Ne me dis pas que tu vas quand même y aller!)

(Ils ne voient rien!)

(Et au moment où l'un d'eux allume une torche ou une lanterne, c'est fini!)

(Et à ce moment là je pourrais utiliser la magie. Surveille mes arrière et tout ira bien!)

Elle soupira, pas du tout enchantée, mais n'ajouta rien. Aussi silencieusement que possible, je m'accrochai à la rambarde et décidai de m'éloigner un peu de l'entrée la plus évidente en avançant, bras tendus, les pieds pendant dans le vide. Après quelques mètres, je me hissai sur la rambarde et scrutai le pont. Huit hommes étaient disséminés dessus. Tous n'étaient pas alertes, loin de là. J'avais mes chances. Je tirai ma lame dans un chuintement et pris mon bouclier avant de descendre délicatement sur le pont. Je fis quelques pas, inspirai, et me jetai sur le premier type qui ne vis rien venir. D'un coup rapide, je lui perçai la nuque et il s'effondra, alertant les autres qui commencèrent à jeter des coups d’œil autour d'eux, mais l'obscurité les englobait et les empêchait de savoir ce qu'il se passait.

(Nouvelle lune les gars, pas de chance.)

J'allais les faire parler. Et les faire payer.

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Yliria
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Yliria » dim. 30 août 2020 19:08

<< Précédemment

Sitôt le premier ennemi au sol, je me ruai sur le second, sans prendre le temps de me faire discrète cette fois. L'un d'eux hurla d'allumer une torche alors que les autres tiraient leurs armes, l'un d'eux moulinant même dans le vide en espérant toucher quelque chose. J'atteignis rapidement le second marin qui se tourna vers moi, criant à ses camarades où j'étais. Sa lame s'abattit sur moi, mais je me dérobai rapidement, passant sur son flanc, frappant juste sous son aisselle. Il hoqueta lorsque je retirai ma lame et m'éloignai. Je ne restai pas vérifier qu'il était mort ou non, j'avais peu de temps pour agir, je devais semer la panique, glaner des informations et ensuite ficher le camp, rien de plus. Alyah me prévint que l'un des marins étai en train de s'acharner sur une torche, mais il était bien loin de moi, aussi me ruai-je plutôt sur un autre. Il avait les yeux plissés et me fixai, distinguant probablement ma silhouette au milieu de l'obscurité. Je fonçai vers lui et, lorsque je fus assez proche, illuminai brièvement ma lame, le forçant à détourner le regard, ébloui par la soudaine lumière blanche. Mon bouclier le frappa sous le menton et il s'écroula à son tour.

- C'est elle ! Putain, chopez la !

L'un des marins avait finalement réussi à allumer une torche, éclairant suffisamment le pont pour qu'ils me repèrent finalement. Deux étaient sur ma gauche, dont celui tenant la torche, un était devant moi, le dernier su ma droite, légèrement en retrait. Vu le boucan que l'affrontement allait faire, le reste du navire allait rapidement suivre, je n'allais pas avoir le temps de poser beaucoup de questions. Je m'écartai du marin que je venais d’assommer et courus vers la rambarde, comme pour quitter le navire. Comme prévu je les entendis me prendre en chasse et me courir après. Je bifurquai aussitôt et fondis sur le marin en retrait, armé d'une hache. Il hurla en l'abattant de toutes ses forces, allant jusqu'à l'encastrer dans le pont lorsque je l'évitai. Mon bouclier le frappa derrière le genou, le forçant à s'abaisser pour que la pointe de ma rapière soit à hauteur de son visage.

- Où est Kisp ?

- Va crever, catin !

Je tiquai et ma lame s'enflamma, le faisant étrangement couiner de surprise. Là il avait peur, et c'était juste ce qu'il me fallait.

- Où est Kisp ?!

- O... Oranan... Mais tu es foutue, notre messager va le prévenir, tu n'as nul part où t'enfuir. Tu vas crev...

Je ne le laissai pas terminer et le frappai du pommeau de mon arme sur la tempe, l'envoyant aussitôt au sol. Messager ou non, il ne fallait pas que ces types me suivent. J'allais m'élancer vers eux mais les crampes d'estomac revinrent et je grimaçai. Je restai immobile une seconde ou deux, le visage crispé avant que je ne fasse abstraction de la gêne. Déjà les marins restants approchaient et j'avais peu de temps pour agir. Fallait que ça tombe maintenant... Quelle plaie. je n'allais jamais leur tenir tête dans cet état. Je changeai de plan, en désespoir de cause. Une boule de feu fonça depuis mes mains jusque vers eux, les forçant à s'écarter le temps que je me concentre. Mes fluides convergèrent depuis le ciel et, satisfaite, je ne perdis pas de temps à admirer le résultat. Je sautai sur la rambarde et courus vers l'endroit où était ma chaloupe, attirant les marins avant qu'un fracas de fin du monde ne retentisse. Dans une explosion de feu, la comète que j'avais invoquée avait explosé contre le mât du vaisseau, propageant du feu sur les voiles et les cordages. La navire allait bientôt être une boule de feu sur l'océan, j'avais intérêt à vite sortir de là. Rompant complètement le combat, je dévalai l'échelle à toute vitesse pour rejoindre ma barque et tranchai la corde la reliant au navire. J'espérai que les marins seraient trop occupé avec l'incendie pour faire attention à moi et commençai à ramer.

La première flèche me rata largement, tombant dans l'eau et je redoublai d’efforts pour m'éloigner le plus possible du navire qui illuminait à présent la mer grâce aux flammes qui consumaient peu à peu la voilure. Je m'éloignai peu à peu, ravie de constater que mon petit incendie occupait bien trop les marins pour qu'ils ne se mettent à vraiment me tirer dessus. Une flèche alla néanmoins se ficher sur le bord de ma barque, mais je fus bientôt trop loin pour que les archers soient précis avec l'obscurité qui m'entourait. Sans perdre de temps, je ramai, m'arc-boutant pour aller aussi vite que possible vers le rivage. Ramer seule était difficile, mais en plus je devais me retourner pour savoir où j'allais et ce n'était pas une partie de plaisir. Lorsque j'atteignis enfin la plage, je soufflai quelques instants avant de tirer la barque sur le sable. Au loin le navire brûlait toujours, mais avec moins d'intensité. Je n'avais pas vraiment pu leur faire payer, mais au moins ils étaient hors course et je savais où me rendre pour débusquer cette ordure. Je mis mon sac sur mon dos et me hâtai de grimper la petite côte, m'éloignant ainsi de la mer et de tout ce qui allait avec.

(Et maintenant ? Tu vas foncer sur Oranan c'est ça ?)

(Tu voudrais que je fasse quoi ? Que j'aille où?)

(Luminion ! Il y a une commanderie de l'Opale là-bas!)

(C'est vrai... Il faut que je trouve une carte... J'aurais dû en acheter une à Bouhen!)

(Essaie de trouver une route. Après ça, suffira de demander ton chemin dans un village.)

(S'ils acceptent de m'aider... )

(L'argent aidera toujours, au besoin.)

( Tu as raison... Je dois déjà trouver un endroit où dormir, je suis épuisée... Il fallait que ça tombe maintenant...)

(Je crois me souvenir qu'il y a des plantes pour ça... mes lesquelles...)

(Merveilleux... ça m'aide.. Si tu vois un ruisseau, dis-le moi, j'aimerais me laver un minimum.)

(Compris.)

Je marchai au hasard pendant ce qui me sembla une éternité avant de finalement tomber sur un coin pourvu d'assez d'eau claire pour me laver. Je me déshabillai, lavai le sang et le linge alors que le soleil pointai le bout de son nez à l'horizon. J'avais du mal à garder les yeux ouverts et, doutant que les hommes de Kisp puissent me poursuivre, décidai de malgré tout préparer le camp pour dormir. Je m'effondrai à demi, l'estomac noué et douloureux, tournant le dos au soleil en essayant de m'installer confortablement. J'avais vraiment un mauvais pressentiment en ce qui concernait toute cette histoire.

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Tergeist
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Tergeist » mer. 9 sept. 2020 00:39

Troisième Arc : Encre de feu, Ancre de sang.

Chapitre I : Longues nuits de solitude.

Cherock regardait le lointain, assit sur le bastingage du navire sur lequel il avait embarqué il y avait déjà plusieurs jours. Combien ? Il ne savait pas vraiment. Les jours sur le bateau se ressemblaient tous et le peu de sommeil qu’il avait su trouver était souvent peuplé de souvenirs de son père. Des souvenirs qui finissaient invariablement par se transformer en cette vision d’horreur qu’il avait eu dans sa maison, avec un parent crucifié et ensanglanté. L’enchanteur se réveillait alors complètement en nage, les yeux fous, dans le hamac qu’on lui avait « prêté ». Ensuite, il errait sur le pont, sous un ciel rempli d’étoiles mais qui paraissaient désormais bien froides.

(Cherock, il faut que tu manges…)

(… Je sais.)

Évidemment, son état inquiétait sérieusement Amy. Il lui répondait de manière brève, sans émotion, atone. Une fois la colère passée d’avoir perdu sa famille, la tristesse était arrivée pour être balayée tout aussi rapidement qu’elle était venue. Il n’avait pas versé de larmes, s’y refusant tant que sa mère n’était pas en sécurité. Il pensait que c’était ce qu’on père aurait voulu, lui qui répétait souvent que face à la tragédie, il fallait d’abord sans sortir pour pouvoir ensuite écraser ses larmes de tout son saoul.

Amy était la seule « personne » avec qui il parlait. Il ne voulait pas sympathiser avec qui que ce soit parmi l’équipage de Kisp, et ils lui rendaient bien. Peut-être car, à peine arrivé sur le bateau, l’un des sbires avait raillé Cherock en le qualifiant de « Fils d’un traître et d’une singe ». L’homme avait ensuite vu la paume du fulguromancien s’écraser sur son visage et le plaquer contre la paroi de bois du navire. Cherock avait senti le rictus du pirate se figer sous sa paume avant qu’une flopée d’éclairs ne lui brûle le visage. Le hurlement bref de l’homme avait plongé le bateau dans le silence, qui fut ensuite perturbé par le son mat du corps sans vie s’écrasant sur le pont. Plusieurs lames avaient été dégainées et l’Ynorien sentait sans grande peine les intentions meurtrières glisser sur sa peau, ce dont il se moquait royalement : d’un coup d’œil, il voyait bien qu’aucun des pirates n’était de son niveau. Une partie de lui criait vengeance et n’attendait qu’une chose, à savoir passer ses nerfs sur ces enflures. Il allait prendre des coups et sûrement en mourir, mais sa propre vie ne l’importait plus sur le moment. Son salut (ou celui des pirates ?) vint lorsque le capitaine intervint pour calmer la situation.

« Rengainez vos lames, bandes de crétins ! Sauf si vous tenez à rejoindre Reig par le fond !

- Mais, Reig… Il l’a-

- Reig était un crétin fini doublé d’un arrogant, avait coupé sèchement le capitaine. Il savait pertinemment que l’Ynorien allait être de mauvais poil et pouvait lui coller une branlée une main dans le dos, mais il a quand même fait le mariole. Moi, j’ai pas besoin de tocard fanfaron sous mes ordres. Par contre le Boss a besoin de ce type. Alors tout le monde retourne à son poste, EXÉCUTION ! »

Le capitaine était un grand type baraqué portant des braies et une chemise toute simple ainsi que dans le dos une arbalète, une arme peu commune surtout sur un bateau pirate. Ou mercenaire. La terminologie de l’embarcation n’intéressait pas vraiment Cherock, qui avait regardé avec un œil vide les salopards ranger leurs armes avant de se disperser, non sans lui rendre des regards plus qu’hostiles. Le capitaine s’était porté à sa hauteur et le toisait d’un air dédaigneux avec une pointe de colère.

« Reig était un pauvre con, mais c’était quand même un de mes hommes. Encore un écart, et ta petite maman connaîtra une fin précoce. On a un Messager sur le bateau, et s’il n’envoie pas son rapport quotidien, couic la maman.

- Je croyais que vous aviez besoin de moi… avait dit entre ses dents Cherock, les doigts encore crispés sur le manche de la Kizoku.

- On a besoin d’un type suffisamment puissant pour choper l’autre pyromane, mais pas forcément toi. Des types comme toi ça court pas les rues, mais Monsieur Kisp attendra bien un peu plus le temps de trouver un remplaçant. Il attend depuis plus de deux ans, il n’est plus à quelques semaines près.

- … Tant que vos hommes dépassent pas mes limites, je les toucherai pas.

- À la bonne heure. »

La conversation s’était arrêtée là, et plus aucun des hommes présents à bord n’avait adressé la parole au jeune homme. Les seuls contacts qu’ils avaient, c’est lorsqu’on lui apportait son repas -il soupçonnait le cuisinier de cracher dans son écuelle en voyant les curieux amas visqueux- ou lorsqu’on lui intimait des ordres propres à la navigation. En dehors de ça, Cherock en venait presque à oublier le son de sa propre voix.

La nuit ce soir-là était particulièrement calme. La veille avait été mouvementée par une mer quelque peu agitée, mais celle-ci était lisse et on entendait à peine le clapotis de l’eau contre la coque.

(Amy…)

(Cherock.. ?)

Le ton de l’être de fluide était empreint de surprise. Pour la première fois depuis des jours, c’était lui qui initiait la conversation. Elle reprit cependant rapidement une voix plus confiante.

(Cherock.)

(Qu’est ce que je dois faire ?)

(C’est… Une question dont je n’ai malheureusement pas la réponse. Mais je pense que ce que tu fais est le bon choix.)

(J’ai laissé Frans et Anthelia derrière moi... Ils doivent se faire un sang d’encre pour moi…)

(Tu n’avais pas vraiment d’autre possibilité non plus. Ce Kisp, on ne sait pas de quoi il est capable, ni jusqu’où s’étend son réseau. Le moindre faux pas les aurait mis en danger. Le message que t’as laissé à Anthelia est trop vague pour qu’elle soit impliquée dans les affaires de Kisp, mais quand elle apprendra pour l’incendie, je suis sûre qu’elle fera le rapprochement, ne t’en fais pas.)

« Je reviens. » C’était le message que Cherock avait tatoué sur une peau de cochon avant de la laisser devant la porte de la tatoueuse. Il aurait voulu lui en dire plus, mais il se doutait que si il lui en avait parlé en face-à-face, elle aurait refusé de le laisser partir seul. Il pourrait toujours s’excuser une fois sa mère en sécurité… Alors qu’il n’était pas sûr de pouvoir ramener qui que ce soit à la vie si l’une des deux femmes mourrait parce qu’il avait été un peu trop bavard.

(Je ne comprend quand même pas le pourquoi du comment avec ta Cible.)

(Moi non plus. Pourquoi Kisp peut autant lui en vouloir ? Qu’est-ce que cette personne a bien pu faire pour qu’il soit aussi déterminé ?)

(Tu as vu son visage ? De sacrées brûlures. Qui ont dû lui faire un mal terrible pendant un long moment. C’est pas étonnant qu’il veuille autant lui mettre la main dessus.)

(Ce fumier doit aussi y être pour quelque chose.) répliqua d’un ton un peu plus agressif le jeune homme en revoyant l’air suffisant et sadique de Kisp.

(Sans doute, mais pour l’instant ce n’est pas important de savoir qui a commencé entre Kisp et cette Cible. Il te menace, elle non. Capture-la, on avisera ensuite.)

Un soupir se fit entendre, tranchant avec le calme qui entourait le jeune fulguromancien. Il regarda ses mains, marquées par l’entraînement militaire qu’il avait suivi dès sa plus tendre enfance, sous l’œil sage de son père.

Son père.

(Papa…)

Les mots de l’imposant homme d’affaires tournaient encore dans la tête de Cherock. C’était vrai, il ne savait pas grand-chose sur le passé de son père, contrairement à celui de sa mère. Elle avait été fille de marchande, élevée comme telle avant d’embrasser peu à peu la foi Ranaïque. Elle avait ensuite rencontré Marcus alors que son unité faisait une halte au temple de Rana après avoir repoussé un assaut Garzok. Le Samouraï avait toujours été évasif sur son enfance quand son fils cherchait à en savoir plus. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il était né et avait grandi dans la grande ville de Tulorim, en Imiftil. La patrie des humains de Wiehl dont Cherock avait hérité la taille, la couleur de ses cheveux ainsi que l’œil bleu. Mais les raisons de son départ ainsi que les détails de son enfance avaient toujours été voilés de mystère. Comment aurait-il réagi s’il avait appris que son père avait travaillé pour la pègre ? Tout ce qu’il connaissait de lui ne collait pas avec l’image qu’avait pu renvoyer Kisp.

(Je ne juge la valeur d’un homme qu’à ses actes… Mais comment puis-je juger celle de mon père si je ne connais pas ce qu’il a pu faire par le passé ?)

Lentement, l’Ynorien se mettait à se méfier de son père. S’il lui avait caché tout ça, c’était sûrement parce qu’il avait fait des choses qu’il ne voulait pas que son fils sache. L’avait-il dit à sa femme, la mère de Cherock ? Sans doute : ils étaient un couple, mariés depuis des années et des années, elle en savait certainement plus que lui. Alors elle était aussi dans le coup ? Elle, comme son père, lui avait menti… ?

L’enchanteur se pinça très fort pour empêcher son esprit de l’emmener vers ce terrain glissant. Ce genre de pensées était superflu et n’allait pas l’aider à récupérer sa mère, au contraire. Mais le savoir ne rendait pas la chose plus évidente, aussi essaya-t-il de s’occuper en pensant à autre chose. Le bruit des vagues léchant lentement la coque du navire lui rappela ce sort qu’il n’avait pas pu maîtriser avec Frans, la Vague Energétique. À défaut de pouvoir le calmer, l’entraînement avait toujours été très éprouvant physiquement et peut-être qu’il pourrait plus facilement trouver le sommeil une fois épuisé.

Le principe du sort était de créer une onde de choc autour du mage pour frapper toutes les personnes autour de lui. L’onde de choc était redoutable, capable de faire chuter ceux qui l’encaissaient. Mais à l’instar d’un Obus de foudre ou du Cercle Protecteur, l’onde frappait sans distinction alliés comme ennemis. C’était donc un sort à utiliser prudemment pour ne pas blesser ceux qui combattait avec soi, mais son côté omnidirectionnel en faisait un sort très efficace pour repousser une horde d’adversaires encerclant le mage. Le nom de « Vague » venait, selon Frans, du fait que le premier à l’avoir utilisé était un aquamancien et un pyromancien qui se débarrassait de ses adversaires en répandant des vagues de feu et aquatiques tout autour de lui. D’autres mages versés dans des fluides différents trouvèrent des manières différentes de les appliquer à leurs propres éléments, faisant de ce sort un des rares sorts omni-éléments.

Pour les fulguromanciens, les vagues de foudre étaient assez compliquées à produire : c’est pourquoi la plupart imaginèrent une onde de foudre se répandant en cercle autour du lanceur. Comme une pierre qu’on jetterait dans l’eau. Le but était donc de créer une sphère de foudre et de l’écraser au sol pile en son centre pour qu’elle libère sa puissance dans toutes les directions uniformément. Une raison pour laquelle, toujours selon le vieux mage de foudre, c’était un des rares sorts se lançant traditionnellement avec le pied. La sphère se formait sous le talon qui l’écrasait alors. Dans ce but, Frans lui avait fait effectuer des exercices de maîtrise de fluides pour lui apprendre à lancer des sorts aussi bien avec ses pieds qu’avec ses mains. Durant le voyage du retour vers Oranan, Cherock avait vite réalisé à quel point il avait délaissé cette partie du corps dans son apprentissage de la maîtrise des fluides, et était parvenu à lancer des Chocs de Valyus depuis ses pieds, bien qu’ils manquaient clairement en précision.

Désormais que le bas de son corps était prêt à relâcher lui aussi des sorts, il s’attaquait au sort en lui-même. La sphère de foudre ne lui posa aucun problème à créer : c’était une structure qu’il utilisait dans de nombreux sorts, autant interne que pour les munitions élémentaires. Ce qui était plus ardu en revanche, c’était la libération du sort. Frapper précisément le centre de la sphère pour qu’elle éclate uniformément dans toutes les directions, c’était un exercice bien plus compliqué qu’il le pensait. S’entraînant d’abord sur la rambarde de bois avec de petites sphères et ses doigts, l’enchanteur perdit rapidement patience devant ses échecs répétés. Une patience dont il était notamment pourvu, mais qui lui faisait faux bond étant donné l’état chaotique de son humeur et de ses pensées. Il passa donc rapidement à la pratique en utilisant directement des doses qui pouvaient aisément être utilisées pour de véritables sorts.

Délaissant les petits cercles de bois brûlé plus ou moins concentriques qu’il avait créé sur le bois du bastingage, Cherock se plaça un peu plus à la proue du bateau, là où il était sûr de ne toucher personne.

(Pas que ça me dérangerait, mais je dois faire profil bas pour l’instant.)

Son talon se leva doucement du sol, les orteils toujours en contact avec le bois du plancher. Contrairement à leur habitude, les fluides convergèrent vers le talon gauche de l’enchanteur pour y former une sphère compacte. Lorsqu’elle eu atteint la taille d’une orange, Cherock écrasa cette dernière : l’onde de choc qui en résultat éclata dans un grondement sourd, avant de se répartir davantage dans le dos du jeune homme que devant lui. Frustré par l’échec, il réessaya plusieurs fois avant d’abandonner, faute de fluides. Fatigué, il finit par se retourner pour rejoindre la partie de la calle où son hamac était installé. Derrière lui se trouvait plusieurs marins qui l’observaient d’un regard torve, en silence. Sans doute attirés par les éclats lumineux lors de leurs tours de garde ou d’une insomnie, ils s’écartèrent sur le chemin de Cherock sans un mot et le laissèrent passer non sans lui jeter de coups d’œil désapprobateurs. Et comme depuis son arrivé, Cherock s’en ficha et ne dit rien lui aussi, pas plus qu’il ne leur accorda un regard.

Arrivé dans son hamac, il s’y écroula et se laissa rapidement gagner par la fatigue. Il espérait, cette nuit encore, pouvoir trouver un sommeil réparateur. Mais plus les jours passaient, et moins il y croyait.


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Tergeist
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Tergeist » sam. 12 sept. 2020 10:52

Dans le chapitre précédent...


Troisième Arc : Encre de feu, Ancre de sang.

Chapitre II : Exutoire.

Plus que les cris, ce fut le choc sourd et la secousse qui s’ensuivit qui réveillèrent Cherock aux premières lueurs du soleil, plusieurs jours plus tard. Ayant passé ses journées à s’entraîner à la maîtrise de la Vague Énergétique et à l’art du tatouage quand ses réserves étaient vides, les nuits avaient été plus simple à passer puisqu’il était plus correcte de dire qu’il tombait d’épuisement plutôt qu’il s’endormait. Au milieu de ces journées monotones à longer une côte pleine de grottes, il avait au moins pu voir ses progrès. Si son sort attirait encore les regards en biais et les reniflements dédaigneux, il était désormais capable de répartir plus ou moins équitablement l’énergie autour de lui. Il aurait bien voulu la tester sur les membres de l’équipage, mais il avait eu trop peur de tuer le Messager par inadvertance. Car malgré ses observations, il n’avait pas été en mesure de trouver qui était le fameux Messager. De par son expérience, il savait que c’était un mage qui était bien souvent doublé d’un archer, mais au moins trois membres de l’équipage correspondaient à cette description.

Un second impact fini de parfaitement réveiller le jeune homme. Le bruit d’un combat se répercuta jusqu’à lui, et il n’eut pas trop de peine à prendre conscience de la situation : le bateau était attaqué. Cherock sauta de son hamac, déjà vêtu de sa cotte de maille et de ses bottes : si les cottes d’écailles du Drakarn étaient trop inconfortables pour dormir avec, ce n’était pas le cas du reste de son armure et il refusait de baisser sa vigilance sur un navire adverse. Un coup de dague était si vite arrivé. Le temps que le ceinturon de la Kizoku se boucle à sa taille et qu’il saisisse son marteau, Amy revenait déjà vers lui avec les informations brèves qu’il lui avait demandé de confirmer. C’était bel et bien une attaque, probablement des pirates qui avaient pris le navire des sbires de Kisp pour un bateau marchand. Ce qu’il était en apparence, Kisp étant « officiellement » un homme d’affaires et un marchand.

L’enchanteur sorti de la partie de la calle qui lui servait de chambre, près des réserves et de la soute pour les cargaisons. Il traversa cette même partie du bateau, dont les différentes et rares caisses étaient solidement attachées avec des filets et autres cordages. L’une d’elle n’avait en revanche pas été assez bien attachée et avait déversé son contenu sur le sol : de curieux fruits jaunes et ronds.

(Des citrons.) expliqua Amy, ce qui servit de rappel pour Cherock. L’un deux roula sous son pied et fut écrasé, remplissant l’atmosphère d’une douce senteur sucrée et acide. Odeur qui quitta bien vite le nez de Cherock quand la trappe menant à l’extérieur s’ouvrit à la volée, répandant l’odeur plus métallique et bien moins agréable du sang. Le visage du capitaine passa à travers, aperçut l’enchanteur et instantanément se mit à hurler.

« Qu’est-ce que tu branles l’Ynorien ?! T’attends une invitation pour nous filer un coup de main ?! »

Cherock ne dit rien et rejoignit rapidement le pont du navire. La première chose qu’il vit en montant à l’air libre, c’est le carreau du capitaine fendre l’air et être instantanément suivi d’un cri de douleur. L’ambiance était chaotique sur le navire, où une bonne vingtaine d’hommes étaient en train de s’entretuer. D’autres membres de Kisp ou des pirates attendaient sur l’autre pont ou sur les côtés, impatients d’en découdre sur ce champ de bataille improvisé trop petit pour que tout le monde puisse s’ouvrir en deux joyeusement. Le regard du capitaine fut sans équivoque et transmit rapidement l’ordre à son passager / prisonnier : Qu’il le veuille ou non, il allait devoir les aider à repousser leurs opposants.

Le marteau de Valyus crépita d’éclairs et les fluides dans le corps de Cherock bouillonnèrent en réponse : cela faisait plus d’une semaine que sa frustration et sa colère s’accumulait sans pouvoir s’exprimer, il allait enfin pouvoir passer ses nerfs sur quelqu’un. Pas le comportement qu’il aurait aimé avoir, il n’était juste pas en position d’avoir une position plus mesurée. La situation faisait que les deux équipages se valaient plus ou moins en terme de force, ce qui faisait de Cherock un combattant au-dessus du lot. Sa première action consista à libérer la pression imposée sur les sbires de Kisp et un nuage se forma rapidement au-dessus du navire, et une étincelle vint déclencher le grondement du tonnerre. Lorsque le craquement du tonnerre se fit entendre, tous les hommes levèrent un regard apeuré et craintif au-dessus d’eux. Un nuage d’orage n’était jamais bon signe en mer, bien que ce dernier était en réalité inoffensif. Les pirates « alliés » à Cherock se remirent cependant plus rapidement que leurs adversaires, et contre-attaquèrent avec une hargne redoublée. Sans doute attribuaient-ils ce phénomène inexpliqué au fulguromancien dont l’étendue des pouvoirs leurs étaient encore inconnus. Ils poussèrent d’ailleurs un cri de guerre quand la foudre émergea du nuage. Quatre éclairs frappèrent simultanément quatre hommes et les réactions allèrent du cri de douleur à l’absence totale de son, certains mourant sur le coup. Galvanisés contre des ennemis terrifiés, les survivants de l’attaque se firent rapidement achevés et l’affrontement se renversa subitement.

La mer n’était pas des plus calmes ce matin-là : le roulis s’intensifia et sur un plancher ou le sang commençait peu à peu à former de petites flaques, l’équilibre était précaire pour Cherock. Néanmoins, tant qu’il n’avait qu’à se déplacer et pas à se battre, il était à peu près sûr de ne pas chuter. Les runes du Marteau s’illuminèrent alors de nouveau et un à un, des munitions de foudre partirent frapper les malheureux pirates. Certaines manquèrent leur cible et touchèrent des sbires de l’imposant chauve, ce qui n’était pas pour déranger l’enchanteur outre mesure.

(Je pourrai toujours invoquer le chaos de la bataille et le tangage du bateau.)

(Pas sûre que ça leur suffise…)

(Ils n’ont pas le choix. Et vu comment je les aide, ils ont pas intérêt à râler.)

Pour étayer son aide, Cherock décida d’expérimenter sa Vague Énergétique. Se frayant difficilement un chemin à travers la cohue de la mêlée, il arriva à atteindre le pont supérieur d’où il surplomba la bataille : le bateau pirate était attaché à leur navire via des grappins qui permettaient au flux d’hommes de rapidement combler les trous causés par la mort de leurs camarades. D’un simple saut, on pouvait passer d’une embarcation à l’autre, mais les deux ponts supérieurs ne se trouvaient eux pas au même niveau. Cherock n’allait pas pouvoir passer par là, mais qu’à cela ne tienne : dans un geste inconsidéré il se retourna, prit son élan et à l’aide de ses bottes, pris appui sur le bastingage et sauta avec suffisamment de vitesse pour traverser l’espace entre le pont supérieur et le pont principal adverse. Il allait retomber au beau milieu du groupe de pirates.

Ce que vit le pirate torse-nu à la longue natte couleur nuit et au nez cassé devait sûrement ressembler à ça : le ciel qui s’obscurcit soudainement par une ombre vêtue d’un manteau et avec un marteau de guerre à la main. Ses deux bottes jointes, tendues vers sa poitrine. Et devant ces pieds, un globe de foudre qui faisait aisément la taille d’une grosse pastèque. L’impact le renversa, fendit sa cage thoracique et l’explosion de foudre qui s’ensuivit l’acheva sur le coup quand la sphère éclata après qu’il fut plaqué au sol. L’onde de foudre frappa avec violence la plupart des pirates, dont une petite moitié se retrouva renversée. L’enchanteur sentit la moitié de ses fluides disparaître d’un coup, ce qui ne lui laissait plus grand-chose après l’Orage Terrifiant et l’Appel de Valyus. De plus, son sort bien qu’efficace avait été mal exécuté : une bonne partie de ses adversaires se trouvant sur sa gauche étaient encore debout, frappés moins violemment par le sort. Si une part de lui chercha à se justifier en arguant qu’atterrir sur la poitrine d’un homme n’offrait pas le support le plus stable, il savait pertinemment que le sort devait pouvoir être lancé aussi bien sur du sable que sur le torse enfoncé d’un humain.

Rangeant avec un calme glaçant son marteau, Cherock dégaina à son tour la Kizoku Rana : pour préserver ses fluides, il allait utiliser ses armes. Le cours du combat avait définitivement changé et le combat se déportait désormais sur le bateau des assaillants. Leurs adversaires se relevaient péniblement en grimaçant de douleur, et les rares qui n’avaient pas été touchés se précipitaient sur lui. Un long et fastidieux combat s’ensuivit, et la puissance de Cherock s’en retrouva bien diminuée. Se déplacer sur un navire et combattre étaient deux choses complètement différentes : le tangage ruina à de nombreuses reprises les appuis de l’enchanteur qui commença à accumuler entailles et coupures sur ses bras, peu protégés en l’absence des écailles de Drakkarn. Et, il devait bien l’admettre, son niveau d’épéiste était réellement lacunaire par rapport à ses compétences de mages. Un problème qu’il avait déjà relevé contre le chevalier mort vivant de la Shaakte, mais qui se faisait plus criant dans une mêlée de longue haleine. La Furie de Rana l’aida un instant à pallier ses défauts, puis ce furent sa technique des Cents Lames qui lui sauvèrent la mise. Mais une fois ces deux cartes épuisées, il se retrouva à lutter pour sa survie. L’un de ses adversaires justement se battait à l’aide d’un petit bouclier et d’une courte hache et lui donna beaucoup de fil à retordre. La lame de Faerunne glissa encore et encore sur le bouclier, ouvrant sa garde à des coups rapides et vicieux de la hache. Le roulis n’aidant pas, Cherock fut jeté à terre par un croche-pied vicieux qui l’envoya rouler. Ses bras étaient lourds alors qu’il se relevait difficilement pour découvrir trois pirates plus ou moins amochés le bloquer dans un coin du pont.

Un coup d’œil au reste du combat lui donna ce qu’il voulait savoir : la victoire ne faisait aucun doute, les rares pirates restant se faisant sommairement achever. Mais sur les quelques sbires qui n’avaient personne à tuer, tous regardaient les trois pirates survivants acculer Cherock. Et aucun n’avait l’air de vouloir lever le petit doigt pour lui venir en aide.

(Pas comme si je pouvais m’attendre à ce qu’ils me sauvent, vu comment ils me tiennent dans leur cœur.) constata avec un un visage amer Cherock. Il allait devoir se débrouiller seul, trop fatigué pour combattre au corps-à-corps et avec des réserves magiques pas bien glorieuses. Et donc se débarrasser des trois d’un…

« CREEEEVE ! »

Comme un seul homme, les trois pirates chargèrent pour lui porter le coup de grâce final. Parce qu’il n’avait pratiqué que ce sort pendant des jours, la Vague Énergétique et la solution que son corps choisit instinctivement. Le talon du jeune homme se leva et la sphère de foudre se forma sous son pied. Au moment où il allait l’écraser, une vague plus forte que les précédentes secoua l’embarcation et perturba de nouveau l’équilibre de Cherock. Sa main libre le rattrapa de justesse à la paroi de bois derrière lui dans une position des plus précaires. L’éclat de l’acier fusait vers lui, prêt à rougir un peu plus le pont avec son sang. Il n’eut d’autre choix que de se pousser en avant et d’abattre son pied de toutes ses forces sur la sphère.

Quand l’onde se propagea à l’instant où la maille crissait sous le tranchant de la hache, l’enchanteur remarqua que quelque chose se passait différemment. Au lieu d’écraser la sphère du talon, il le fit avec le plat du pied. Le résultat fut un cercle de foudre parfaitement circulaire qui envoya rouler ses trois adversaires convulser au sol, pris de spasmes douloureux causés par la foudre. Le secret du sort était non pas de percer la sphère du talon, mais de l’aplatir. Le jeune homme s’adossa à la paroi de bois et regarda autour de lui. Les brumes du combat et de la colère arrêtèrent d’obscurcir son esprit et il prit conscience du carnage auquel il s’était livré. Un profond dégoût envers lui-même s’insinua dans ses pensées. Les hommes qu’il avait tués étaient des pirates, et sans doute méritaient-ils la mort. De plus, il n’avait fait que se défendre, c’était eux qui avaient attaqués leur bateau. Quand bien même, avait-il besoin de se déchaîner autant ? Le drame qu’il vivait était-il un prétexte suffisant ?

Trop occupé par ses pensées, Cherock ne vit pas le capitaine des sbires sauté sur le pont, balayer du regard le charnier et se diriger vers lui. Quand il perçut enfin sa présence, il remarqua dans les yeux de l’homme quelque chose de nouveau. De la crainte ? Du respect ? Quel que soit cette émotion, elle faisait parler le marin dans la force de l’âge avec une mesure plus prononcée -tout en restant d’une certaine froideur.

« Merci du coup de main.

- C’est pas comme si vous m’aviez laissé le choix, répliqua d’un ton acerbe Cherock.

- Eh l’Ynorien, je te remercie, c’est déjà suffisant. Alors tires pas trop sur ma bonté du moment avec tes remarques à la con, vu ?

- … Ouais.

- Bien. Mes gars vont nettoyer ce navire, prendre ce qu’il y a à prendre et l’envoyer par le fond. Va voir notre toubib, j’ai pas envie que tu nous clamses entre les pattes parce que tu as chopé une gangrène. Le Boss a toujours besoin de toi. »

C’est avec la sale impression d’être plus considéré comme du matériel militaire plus qu’un être humain que Cherock retourna sur le bateau où un vieil homme mastiquant une pâte brunâtre était en train de recoudre sur le vif une impressionnante balafre, dans les hurlements étouffés par un bâillon de son « patient ».


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Tergeist
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Re: Les Bateaux Pirates (X1)

Message par Tergeist » ven. 18 sept. 2020 12:24

Dans le chapitre précédent...

Troisième Arc : Encre de feu, Ancre de sang.

Chapitre III : La Traque commence.

Cherock grimaçait en s’étirant et massant ses muscles endoloris. Le combat l’avait éreinté et maintenant qu’il avait les idées claires, il se sentait incroyablement stupide de s’être jeté dans la mêlée aussi impulsivement. Amy en pensait sûrement autant, mais n’avait fait aucun commentaire. Après tout, l’état de son Maître devait sans doute l’empêcher de faire ce genre de remarque.

Le lendemain de la bataille, l’enchanteur était sur le pont à profiter de l’air frais après une nuit mouvementée et pas franchement réparatrice. Il sentait néanmoins que l’atmosphère sur le bateau avait changé à son égard : les hommes ne lui jetaient plus de regards venimeux ni ne parlaient sur son passage, au contraire : ils fuyaient son regard. Leur nombre avait aussi diminué, les ramenant à une petite vingtaine dont la moitié était blessée. Seuls deux ou trois marins l’étaient trop pour faire quoi que ce soit et participer aux manœuvres maritimes, les autres arpentaient le pont en grimaçant ou en claudiquant.

Le jeune homme tâta quant à lui ses bras : si le gauche avait simplement droit à quelques pansements, l’autre était entièrement bandé du poignet à l’épaule, suite aux nombreuses coupures qu’il avait reçu. L’une était particulièrement moche et courait tout le long de son avant-bras et avait nécessité plusieurs points de suture du médecin de bord. Cherock l’aurait plutôt qualifié de « boucher », mais au moins avait-il fait s’arrêter l’hémorragie. La douleur persistante qui émanait de sous les bandes blanches lui rappelaient que c’était peut-être lui, le boucher. Le massacre pur et simple auquel il s’était livré la veille n’était vraiment pas dans ses habitudes. Il avait voulu se décharger de la frustration et de la colère qu’il accumulait, mais à quel prix ?

(Les enseignements de Valyus, je n’ai pas réellement su les appliquer…)

(Tu sais Cherock, ce sont des principes, pas des ordres. Parfois, il y a des situations où les principes ont beau être importants, ils passent en second plan.)

(Un peu ironique comme paroles venant de la Faëra d’une relique sensée pousser son porteur à suivre sa Voie,) répliqua avec sarcasme Cherock.

(Humpf, j’essaye de t’aider, tu pourrais arrêter d’être un abruti cynique pendant un moment ? Tu n’es pas dans une position facile, mais ça ne te donne pas le droit de te cacher derrière tout le temps.)

Le ton excédé d’Amy surprit Cherock : elle n’était d’habitude pas aussi extrême et acerbe dans ses propos. Décontenancé, il la laissa poursuivre son laïus.

(Écoute, même si je ne connaîtrais jamais ce que c’est de perdre un parent, je l’ai en revanche observé un bon nombre de fois avec les précédents Porteurs. Tu es sur une pente dangereuse à te laisser guider par tes émotions et ta tristesse du moment. Et plus tu glisses sur cette pente, et plus dur ce sera d’en remonter. Que tu fasses ton deuil plus tard, je le comprends : ta mère passe avant. Mais rester là à ruminer et à t’enfoncer dans tes maugréassions ne la fera pas revenir plus vite et surtout, tu risques de te perdre plus qu’autre chose. Et je pense ne pas prendre de risque en affirmant que ni ta mère ni ton père n’aimerait te voir tomber si bas.)

Amy avait raison, il le savait. Mais il n’arrivait simplement pas à chasser les pensées noires qui le poursuivaient. Il avait besoin de quelqu’un à qui en parler, une personne qui pourrait comprendre sa douleur. Sa mère, par exemple. Avec beaucoup d’efforts, Cherock promit à Amy de faire son possible pour ne plus se laisser guider par ses pulsions. En échange, elle l’assura qu’elle serait son garde-fou le temps qu’il retrouve sa mère.

Pendant qu’ils parlaient de ça, les paroles de la Shaakte lui vinrent de nouveau en tête.

« On se bat tous par vengeance… Et tu ne fais pas exception. »

Bien que ça lui coûtait de l’admettre, la Psychomancienne avait fini par avoir raison. Quelque part, la protection de Valyus et la vengeance de Nizzre’ n’était pas si éloignée que ça, par moment. Cherock demanda alors à Amy de lui en dire plus sur cette fameuse vision Shaakte du Dieu de la Foudre. Ce qu’elle fit, malgré les quelques brides de connaissances qu’elle ne pouvait que lui fournir : elle avait une mémoire prodigieuse et un savoir encyclopédique, mais n’était pas pour autant omnisciente.
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Le capitaine l’avait fait venir dans sa cabine le soir même, et Cherock n’avait pas la moindre idée de la raison de cette invitation. Ce n’était certainement pas pour le remercier de nouveau, les précédents remerciements avaient eu l’air de lui arracher la gorge plus qu’autre chose. Sûrement était-ce en rapport avec l’épave fumante qu’il avait vu une heure auparavant. Echouée contre un récif, ce qui avait autrefois été un bateau gisait désormais sur les rochers pointus et écharpés qui garnissait le bord de la côte. Le mât avait été calciné, les voiles parties en fumée et les flammes avaient semblent-ils été arrêtées par la mer avant d’avoir pu dévorer le reste du bateau qui arboraient néanmoins de larges tâches noirâtres de brûlures. Quoi qui se soit passé, Cherock ne donnait pas cher de la peau des bougres qui avaient navigués dessus.

La cabine du Capitaine était éclairée par une lanterne tempête suspendue au plafond, éclairant d’une vive lueur la pièce qui paraissait étonnamment grande pour un bateau. Un bureau trônait en son centre, solidement chevillé au plancher, dans un bois mat moucheté de sel. Dessus s’étendait cartes et parchemins, ainsi qu’une ribambelle d’outils que Cherock savait être de navigation, mais dont il était bien incapable de donner leur utilité ou leur fonctionnement. Derrière ce bureau auquel était assis le chef des sbires de Kisp, un large hamac pendu au dessus d’une malle d’où dépassait quelques bouts de tissus, sans doute les vêtements de l’occupant des lieux. Ce qui était curieux, puisque Cherock n’avait jamais vu le capitaine dans une autre tenue que celle qu’il portait encore ce soir-là. Sur la gauche de la pièce, une étagère comme intégréz à la paroi était garnie de quelques bibelots, livres et autres instruments. De l’autre côté, l’arbalète du capitaine accompagnée de plusieurs carquois de tailles garnis de carreaux à empennages de différentes couleurs trônait, accrochée avec un soin évident. Une cabine comme l’enchanteur se l’imaginait plus ou moins pour un capitaine, qui justement leva son regard vers lui.

« L’Ynorien. L’heure est venue d’entrer dans le vif du sujet. »

D’un geste de la main, il l’invita à s’approcher de la table.

« Voilà les Collines Salées. Le cancrelat qu’on traque s’y cache depuis plusieurs jours maintenant, et a déjà dérouillé plusieurs de nos hommes de main. Tu as vu l’épave de tout à l’heure ?

- Celle incendiée et échouée ? Ce n’est quand même pas…

- Si, c’est son œuvre. Ils ont attaqué son bateau de pirates l’accompagnant et pour se venger, cette saloperie de pyromane y a foutu le feu. On a perdu plein de nos gars dans ce bordel.

- Sacrée puissance de feu, murmura avec un air impressionné Cherock.

- Evidemment, on t’as pas engagé pour la beauté du geste.

- « Engagé » ? répéta Cherock en grinçant des dents avant de se calmer sous l’impulsion de sa Faëra. Très bien… Bon, et comment je la retrouve, ma Cible ? J’imagine qu’avec vous aux trousses, elle ne doit pas avoir très envie de se montrer. Et je n’ai aucune idée de comment lui mettre la main dessus.

- Ca, c’est pas ton affaire. On a un Chasseur de Prime avec nous, un bon traqueur. Et avec les renseignements que les éclaireurs nous fournissent, lui tomber sur le coin de la tronche sera pas si difficile. Et là, tu vas devoir entrer dans la danse. »

Le capitaine lui indiqua ensuite comment les forces de Kisp procédaient : conscientes qu’elles se feraient tailler en pièces par leur proie, elles se contentaient de patrouiller et de petit à petit l’acculer dans un cul de sac des Collines Salées. En se montrant ça et là, elles bloquaient progressivement ses routes et chemins de fuite pour la mener à l’endroit prévu. Tout ça selon les prédictions du fameux Chasseur de Prime. Cherock demanda ce qui se passerait si la Cible ne se faisait pas avoir et parvenait à sortir de l’encerclement progressif, et la capitaine haussa les épaules : il n’en savait rien, mais d’après lui la fatigue commençait à se faire sentir chez elle.

« C’est qu’une question de temps avant que le cancrelat ne tombe de fatigue. Les personnes de son espèce sont tenaces, mais à l’usure on finit par les avoir. Ce sont des mortels après tout.

- Et ça ne vous pose aucun souci de traquer cette-

- Cette crevure a brûlé la moitié du visage de Kisp et a tué au moins une vingtaine de personnes : faut pas se faire avoir par les apparences, et je tiens trop à ma peau pour faire ce genre d’erreur. Puis c’est Monsieur Kisp qui nous l’ordonne, alors on exécute et on pose pas de questions. Ca vaut aussi pour toi, l’Ynorien. Si jamais tu doutes…

- C’est pas mon intention. »

Un silence tomba ensuite sur la pièce, chacun regardant l’autre dans les yeux. Un duel fictif que fini par perdre le capitaine, qui baissa lentement les yeux pour retourner à l’étude de la carte.

« On met pied à terre dans une heure. Prépare-toi. »


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